Savoirs expérienciels, quelle place pour le travail des «pairs» en addictologie ?

L’intégration de « travailleurs-pairs » ou « médiateurs de santé pairs » ou de encore « pairs-experts » sur le marché de l’accompagnement et de la formation se développe  mais reste encore très embryonnaire  dans les structures de soins en  addictologie. Quel regard porter sur ce phénomène : « usagers-alibi » ou véritable révolution conceptuelle ?

Le sujet encore assez nouveau  du travail des pairs en addictologie produit des remous dans certaines équipes pluridisciplinaires . Il serait légitime de se demander s’il s’agit d’une véritable volonté de reconnaissance de leurs savoirs expérientiels ou la manifestation d’une certaine démagogie qui ferait d’eux des « usagers-alibi ». Depuis quelques années les travaux qui font référence aux « savoirs expérientiels » des usagers et ex-usagers se multiplient et se formalisent, cela dans l’hypothèse de changer le regard et les pratiques professionnelles sur la prise en charge des addictions. Diverses associations, et notamment la Fédération Addiction, principal regroupement de salariés du secteur, se sont emparées du sujet et sont devenues les  interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics en matière d’intégration de ces nouveaux acteurs du champs sanitaire et social. 

Drogué un jour drogué toujours 

Dans le contexte actuel de socialisation et de banalisation de l’usage des drogues, la politique de réduction des risques propose un  éventail  de conduites allant de la consommation contrôlée jusqu’au sevrage et à l’abstinence . Qui d’autres que les personnes concernées,  représentées par Asud, peuvent constituer une avant-garde de citoyens éclairés susceptibles de porterce changement de paradigme ? Celui-ci implique nécessairement d’intégrer des « pairs » dans les accompagnements des usagers de drogue et pour cela de lever les tabous, sortir des poncifs comme   « Drogué un jour, drogué toujours », « les ex-usagers sont des personnes fragiles », « ils n’ont pas régler tous leurs problèmes ». Par ailleurs, si les équipes veulent se donner les moyens de bénéficier de toutes leurs compétences, les pairs-aidants doivent être reconnus comme des professionnels à part entière, des  « professionnels -pairs ». Pour toutes ces raisons ASUD envisage d’intégrer ce sujet primordial  à son projet associatif sans pour autant délaisser les autres, le corps médical ne pouvant  demeurer le seul arbitre du débat. 

Assemblée générale ordinaire

Nous savons qu’il est compliqué de se revendiquer usager de drogues ou même ex-usager quand on est intervenant professionnel ou bénévole du champ des addictions. Cela est dû essentiellement au statut illégal des drogues, à la pénalisation et aux clichés sur les usages et donc, sur les usagers. Néanmoins, il devrait être normal de nous annoncer usagers ou ex- usagers de drogues aujourd’hui, sans risquer d’être jugés, pour diffuser des messages de protection, pour la reconnaissance de nos savoirs expérientiels et pour être enfin inclus comme des acteurs à part entière de l’addictologie. Asud organise son Assemblée générale le 28  Septembre 2020 à Paris. Cet évènement constitutif de la vie associative sera précédé d’un débat sur la reconnaissance des savoirs expérientiels propres aux addictions aux drogues, réunissant principalement des acteurs du secteur, professionnels ou militants, usagers ou ex-usagers de drogues, et addictologues portant un intérêt particulier à ce sujet. 

Sybille Liegeois et Bruno Didier

La boutique en ligne ASUD

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Vous venez de découvrir ASUD et vous voudriez vous abonner au journal ou alors vous nous êtes fidèle depuis longtemps hélas quelques journaux manquent à votre collection.

Vous êtes usagers de drogue, professionnel en RDR ou autre et vous voudriez étoffer vos connaissances sur les overdoses, les TSO ou encore L’hépatite C, il vous suffit pour cela de commander nos brochures.

Retrouvez tout l’univers Asud sur notre boutique en ligne des brochures aux magazines, en passant par les DVD ou les « roule ta paille » et bien sur les abonnements.
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Global drug Survey special Covid-19

Aujourd’hui, nous vous invitons à participer à l’Edition Spéciale de la Global Drug Survey (GDS) sur le COVID-19. La Global Drug Survey est l’une d’est plus grande enquête sur les drogues qui regroupe chaque année 130 000 participants dans plus de 20 pays dont la France. 

La participation à cette enquête vous prendra 10 à 15 minutes dans le cas où vous avez consommé de l’alcool récemment, et un peu plus de temps si vous avez consommé d’autres drogues. Les questions porteront sur la manière dont le COVID-19 a impacté votre situation de vie, vos relations interpersonnelles, et votre santé mentale.

Nous vous demanderons si votre consommation d’alcool et d’autres drogues a évolué depuis le COVID-19, ainsi que sur les évolutions des marchés de la drogue et de l’accès aux services dans votre pays. Enfin, nous vous proposerons de rejoindre une cohorte du GDS en répondant à un questionnaire tous les 30 jours pour rester à jour des évolutions de votre consommation dans cette situation si particulière que nous vivons actuellement. Vous pouvez participer à l’enquête jusqu’à la mi juin, après il sera trop tard !

La participation à cette enquête n’est en aucun cas obligatoire. Vous pouvez choisir de ne pas y participer, et vous pouvez décider de ne pas répondre à toutes les sections. Cependant, une fois que vous avez commencé, vous pouvez vous retirer du questionnaire à n’importe quel moment, mais prenez en compte que les réponses déjà indiquées seront envoyées et utilisées.

L’enquête est menée par une équipe internationale, sous la direction du Pr Adam Winstock et la référente de l’enquête en France est Marie Jauffret-Roustide, sociologue à l’Inserm.

Retrouvez toutes les informations au sujet de la Global Drug Survey sur leur site internet.

roll it on a river

Cannabinophiles,Happy 4/20! (ou presque)

Le 4/20, ou le 4 avril pour nos contrées qui mettent le jour et le mois dans le bon ordre, est la journée mondiale du cannabis. Un genre de Canna Pride. C’est la translation d’une « tradition » des cannabinophiles qui consomment à 4h20 (enfin 16h20 dans nos contrées qui pensent correctes). Un genre de Tea Time pour stoners. 

D’où vient cette tradition ? Va savoir. Plusieurs théories se confrontent et je prendrais bien le temps de vous les détailler, mais en fait on s’en fout. Mais alors totalement. Parce que ce 4/20 est bien sombre. Beaucoup s’en cognent comme de leur première couche. Ils regardent simplement leurs maigres réserves obtenues de haute lutte et à prix d’or en se disant fébrilement qu’il faut que ça tienne jusqu’au bout du confinement. Surtout ne pas gâcher. Préserver au moins le bédo du soir, une fois les enfants couchés, les courses grappillées, les obligations télétravaillées, les angoisses de l’actualité encaissées, les commandes livrées aux confinés ou la journée à l’hôpital terminée. Pour se détendre, appuyer sur pause, trouver du réconfort, réussir à dormir. Pour certains se soigner. Et tout simplement parce qu’on aime ça, pourquoi chercher des explications. 

Alcool, tabac (vapotage, mais il a fallu négocier) sont considérés comme produits de premières nécessité. Psychotropes de prescription et TSO (traitements de substitution aux opiacés) ont obtenu des facilités d’accès et de renouvèlement des ordonnances pour éviter une privation qui viendrait s’ajouter aux autres bouleversements nombreux de notre quotidien cloisonné. Pour toutes les personnes consommant ces produits, une réponse est proposée. Même si cette réponse est largement discutable dans son application et dénoncée dans nos prises de position depuis le début de la « guerre ». Mais force est de reconnaitre que les besoins de cette population sont pris en compte.Et heureusement ! Est-il besoin de rajouter au stress de la situation exceptionnelle que nous vivons les affres du manque et plus simplement l’angoisse liée à la perte d’une habitude ?

Pour les centaines de milliers d’usagers réguliers de cannabis et les quelques millions d’usagers occasionnelles : tintin.  Enfin si :

  • Fumez pas tout comme des gorets, sinon y en aura plus.
  • Prenez pas de risques en allant pécho parce que y a pas la case adhoc sur l’attestation.
  • Profitez-en pour « décrocher » ou faire une pause.
  • Evitez de vous reporter sur l’alcool et les cachetons.
  • Décompensez en silence, y en a qui confinent.
  • Soignez-vous avec de la vraie médecine de labo aux effets secondaires que vous aimez tant.
  • et….Faites pas chier. Je résume, la liste est non exhaustive. 

Soyons clairs, pour la majorité de ces personnes, point de « manque » ou de traumas profonds dûs à cette « pénurie » toute relative. Mais un inconfort. La sensation persistante d’être surtout déclassés dans notre société. Négligés. Des rebuts qui pour la plupart travaillent, contribuent à « l’effort de guerre » et à la vie sociale en général, voir même ne font pas de footing. Et qui en plus paient des impôts pour financer les agents qui les prennent pour cibles. Notre seul tort, préférer un produit qui n’est pas dans la liste validée. Une «mauvaise habitude », comme la qualifiait Obama (encore un oisif). Et comme il en existe tant d’autres. Pour mieux l’illustrer, le consommateur de cannabis est à l’addiction aux psychotropes ce que Netflix est à l’addiction aux écrans. Tout le monde sait l’état dans lequel nous plonge l’oubli de notre smartphone à la maison, sa perte ou son décès suite à une chute. Tout le monde, ces dernières semaines, a envisagé le chaos que représenterait le crash d’internet et du streaming. Vous serriez irritables, perdus, en quête d’un substitut (genre un livre ou autre divertissement analogique) ou tout autre chose passible de vous distraire ou juste de passer le temps. Cela fait-il de vous des addicts en manque chronique ? Bien sur que non. Et bien c’est EXACTEMENT la même chose pour les consommateurs de cannabis. Est-ce qu’il y en a pour qui c’est plus compliqué que ça ? Evidemment. Idem pour les écrans. Passer ses journées dans une salle de jeux en réseaux, c’est être dans l’abus. Fumer des pétards toute la journée aussi. Marier le café avec le calva au petit dej, pareil. Mais c’est loin d’être la majorité. Pour autant, la majorité des consommateurs de cannabis continue de subir les affres de cette prohibition en PLS comme notre système économique et social. Donc que reste-t-il à célébrer, si ce n’est 50 ans d’une prohibition édentée dont le confinement actuel vient de confirmer, même auprès des plus sceptiques, la totale ineptie ? Rien, si ce n’est la résistance à une discrimination d’un autre temps.

Perfide ironie du destin, que le cannabis, cette drogue d’oisifs patentés, vienne à manquer lorsque enfin l’inactivité est érigée au rang de grande cause nationale pour sauver la nation et son système de santé.

Georges Lachaze , le 04 avril 2020

Naloxone : histoire d’une non-prescription

C’est l’histoire d’une non réussite commerciale, doublée d’un échec sanitaire grave, tout le contraire de ce qui fait de la France un modèle en matière de prise en charge des conduites addictives. Comment et pourquoi la naloxone, cette molécule miracle qui sauve tous les jours des consommateurs d’opioïdes de la mort, reste inconnue des Français deux ans après sa mise sur le marché ? Récit d’un Waterloo sanitaire lourd de conséquence

La trahison des héritiers du Subutex 
L’histoire commence en 2016 quand le laboratoire Indivior, détenteur du brevet, bénéficie d’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) pour un médicament sous forme de spray, destinée à préparer la mise sur le marché de la naloxone. Quelques mots sur ce labo, aujourd’hui distributeur de la buprénorphine dans notre pays. Si la France est une référence dans le monde en matière de prescription de traitements de substitution aux opiacés (TSO), elle le doit principalement aux efforts intelligents des devanciers d’Indivior, RBC Pharmaceuticals (pour la période 2011-2015) et surtout Shering-Plough (1996-2010), pionnier des TSO en France. Dans le contexte si sensible politiquement de la prise en charge des usagers de drogue, ces groupes pharmaceutiques ont réussi à s’insérer dans un réseau fiable et compétent, incluant pouvoirs publics, autorités médicales, intervenants de terrain, et, il faut le souligner, associations d’usagers. C’est l’avènement de la politique de réduction des risques liés à l’usage des drogues (RDR). Les résultats sont impressionnants: sortie des usagers de drogues du groupe des populations à risques VIH, baisse drastique des overdoses, jusque et y compris ces dernières années (1), et surtout autre particularité française, le classement de l’« épidémie d’héroïne » aux archives historiques de la nation (2). Ces succès mériteraient mieux que la micro-reconnaissance du milieu spécialisé, d’autant que cette révolution du soin rime avec la remarquable réussite économique de l’entreprise. Le seul Subutex® rapporte 96 millions d’euros en 2005 à Shering-Plough et, dixit une source proche du laboratoire Indivior, « à peu près la moitié de cette somme aujourd’hui », ce qui reste considérable pour le seul marché français. 

Or, une fois la parenthèse du sida refermée, le secteur de la « lutte contre la toxicomanie » est revenu à une approche verticale des problèmes de drogues, incarnée par l’apparition de mandarins spécialisés en addictologie. La doxa est d’aligner le tabac et l’alcool avec les produits stupéfiants dans un logiciel « patients », qui replace les usagers dans une situation de forte dépendance médicale comme d’autres patients chroniques. Dans une telle configuration, seule compte la parole du spécialiste, celle de l’usager ne vaut que pour mesurer son degré de compliance à l’égard des prescriptions. C’est une posture qui tourne le dos à la santé communautaire, en parfaite contradiction avec ce qui a fait le succès de la Rdr partout dans le monde. Pris dans ce mouvement général, les laboratoires ont déployé leurs procédés habituels pour obtenir le concours des pontes universitaires de l’addictologie avec l’idée que les patients suivront. 

Le fiasco du Nalscue®

Dans les années 2000-2010, les surdoses amorcent une remontée relative, le marché noir de « Subu » se sédimente tandis que les ventes sont mécaniquement grignotées au profit des différents médicaments génériques de buprénorphine, favorisés par la réglementation. Dès ce moment, le ver est dans le fruit.
En 2016, la mise en place d’une ATU par Indivior pour le Nalscue® obéit à cette stratégie verticale. L’idée est simple : les victimes de surdoses sont des drogués. Les drogués n’ont pas d’argent, il faut donc séduire les établissements spécialisés dans l’accueil des drogués, dont les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa), structures médicosociales financées par de l’argent public. Un pari qui s’est avéré doublement faux. Tout d’abord les Csapa accueillent des drogués, certes, mais pas tous les drogués, et surtout ils ne touchent pas majoritairement les victimes potentielles de surdoses d’opioïdes en France, usagers occasionnels, intermitents, ex usagers en phase de reconsommation, jeunes expérimentateurs sans parler des patients douloureux. Ensuite,  la naloxone a besoin  d’un marketing consumériste qui responsabilise les personnes plutôt que les protéger malgré eux, c’est encore loin de la culture « csapa », malgré des progrès indéniables de quelques établissements de pointe. Le laboratoire Indivior coincé dans son chantage à l’exclusivité a exigé un prix de vente élevé, du fait de l’étroitesse du marché. En réaction, une communication obscure centrée sur l’inadéquation des prix demandés par la firme a noyé le débat. La focalisation sur les seuls Csapa a contribué à maintenir les échanges dans une étrange confidentialité et à rater la cible naturelle de la naloxone : la population générale. Une rapide consultation Google avec les mots clés « naloxone drogues » montre les conséquences délétères de cette querelle de spécialistes. Les rares organes de presse susceptibles de porter un message de prévention des surdoses, publient des contresens propres à décourager le public :

 « Opioïdes : L’antidote aux overdoses… ne sera finalement pas accessible à tous en pharmacie » Journal 20 mn, 1er/10/2018 

« Le spray anti-overdose n’est toujours pas disponible en pharmacie », France Info, 24/10/19

« Faute d’accord sur un prix remboursé en ville, la naloxone en spray nasal Nalscue® sera disponible uniquement en collectivités », Le Moniteur des pharmacies 

Tous ces gros titres relèvent du contresens, voire de la désinformation, car dès 2019, Ethypharm, un autre laboratoire a mis sur le marché un kit de naloxone injectable disponible en pharmacie à un prix raisonnable (23 € TTC) : le Prenoxad®. La naloxone est disponible en France, mais personne ne le sait, et surtout pas les victimes potentielles de surdoses.

Le faux procès fait aux pharmaciens 
Après s’être fourvoyé une fois avec le spray, on a remis une couche avec une fausse querelle avec les pharmaciens. Dans une polémique dénoncée par Le Flyer (3), les pharmacies d’officine sont désignées dans une campagne absurde comme étant responsables de la pénurie de naloxone. Le fait que les officines ne délivrent pas une molécule qui n’est pas prescrite et pas demandée, ne relève pas du scandale mais du constat d’évidence.  Un point important  a été omis: n’importe quelle pharmacie  peut commander de la naloxone en 4 h de temps.  Il s’agit d’un faux procès lourd de potentielles conséquences. Quelques esprits légers, en mal d’agitation médiatique, ont voulu chausser les lunettes du vrai scandale  que constitue la non délivrance de TSO et des kits Stéribox , dans le but  de secouer le landernau de la presse spécialisée.  Cette agitation est à la fois une erreur de méthode et une faute stratégique en ce qu’elle risque de se couper des premiers soldats du front de  la naloxone, les pharmaciens.  

La disponibilité de la naloxone et celle des TSO ne répond absolument pas aux mêmes critères. À la différence d’un patient en quête de TSO, celui qui cherche la naloxone n’a à gérer aucune urgence. Il ne risque pas d’arriver en état d’overdose à la pharmacie pour demander son traitement. Se fournir en kit Prenoxad® signifie, point capital, que l’on n’est pas nécessairement l’utilisateur, mais une tierce personne, proche, amis, conjoint, co-consommateur présent au moment de la surdose. La naloxone s’adresse à l’ensemble du public. Elle est moins perméable à la discrimination qui rend parfois difficile l’accès aux TSO. Faire naître une fausse querelle avec ceux qui vont distribuer le médicament, alors même que l’ensemble des spécialités destinées à combattre les surdoses n’est pas encore inscrit au catalogue de la pharmacopée française est donc une erreur stratégique. 

Naloxone pour tous 
Le message efficace pour diffuser la naloxone est limpide. La naloxone est efficace contre les overdoses. Elle s’adresse à un large public, potentiellement victime de surdoses d’opioïdes prescrits ou non, absorbés dans le cadre large de la lutte contre la douleur, la prise en charge des addictions, ou la consommation de drogues. Le principal problème rencontré sur le terrain est l’absence de demande venue des principaux concernés, la population susceptible d’être victime d’une surdose d’opioïdes. Cette population est à la fois composite et dissimulée. Les jeunes consommateurs d’héroïne ou de méthadone, inexpérimentés ou occasionnels, les de patients sortant de cures et les victimes d’une surconsommation d’opioïdes, prescrits contre la douleur ne forment pas un groupe homogène. Paradoxalement, les usagers installés dans un traitement de substitution depuis de longues année , vont être protégés par leur forte tolérance aux opioides. Le message se doit d’être généraliste s’il veut être efficace car le cordon sanitaire qui entoure généralement « les histoires de toxs » empêche toute identification de la société qui permettrait qu’elles deviennent des « histoires pour tous ». La tâche est énorme et nécessite une coordination de tous les acteurs intéressés pour monter un véritable plan de communication. Les semaines, puis les mois passés sur l’argumentaire du prix du spray n’ont fait que rajouter à la confusion, quand nous avons à disposition un kit de naloxone injectable en pharmacie remboursé par la Sécurité sociale.

Encore une fois le but est de permettre à des personnes consommatrices d’opioïdes de disposer de la naloxone. Toute focalisation sur la forme nasale s’effectue au détriment d’une communication globale sur ses mérites de la naloxone, et constitue un obstacle majeur à une plus grande disponibilité. Comme souvent quand on parle de drogues, la dynamique de la demande est balayée par l’attention portée par les professionnels à leur seule offre de services. Mais en l’état, notre cible est bien la société civile, vous, moi, le voisin, la coiffeuse, le boulanger… Ce qui, dans une communication sur les opioïdes, colore le discours d’un brin de subversion. Pour finir et, nous l’espérons, être compris, le problème est lié à la difficulté que nous rencontrons à remplir notre mission d’autosupport des usagers de drogues. Malgré la multiplication des instances règlementaires supposées garantir l’expression de cette catégorie particulière de patients, il est patent que cette voix ne pèse rien face au système pénal d’une part, mais également face au pouvoir médical peu habitué à s’effacer pour laisser les patients s’emparer de l’outil. La tâche, immense, consiste à changer l’image que les Français ont d’eux-mêmes. Leur faire admettre que peut-être, ils seront un jour victimes d’une surdoses d’opioïdes, quelle qu’en soit la raison.

1) Lorsque l’on compare les chiffres français à la moyenne internationale des surdoses d’opioïdes en Allemagne, Espagne, Australie, qui possèdent des populations comparables de consommateurs d’opioïdes. 

2) Coppel, Kokoreff, Péraldi, « la Catastrophe invisible, Histoire sociale de l’héroïne », Éd. Amsterdam, février 2018 

3) Éditorial du Flyer, n° 76, octobre 2019

COVID 19 : Les prescriptions de traitements de substitution (TSO) sont facilitées

Le gouvernement a procédé à des ajustements réglementaires qui assouplissent la délivrance des médicaments de substitution et la porte s’ouvre sur des possibilités de primo prescriptions de médicaments de substitution en urgence, ce qui revient à blasphémer contre la sainte bonne pratique médicale.

Pour les usagers en traitement de substitution aux opiacés  (TSO), le confinement imposé par le COVID 19 est inquiétant. Inquiétant parce qu’une épidémie ne développe pas nécessairement l’esprit de tolérance et de solidarité et que l’expérience nous a montré que même en période normale, prescription et délivrance d’opiacés se heurtent  à des préjugés et des comportements discriminants. La fermeture prévisible de certains centres, l’indisponibilité de prescripteurs malades ou contraints à l’immobilité, la diminution de l’offre globale de services des pharmacies d’officine, autant de facteurs qui ne peuvent que s’aggraver avec le temps, autant de situations qui conduisent  à anticiper et à prévoir, un vocabulaire pas toujours familier du monde de l’usage des drogues. La pensée dominante c’est évidemment, la terrifiante pénurie, le cauchemard de tous les usagers de TSO. L’épuisement des stocks du à une trop forte demande ou à des difficultés d’approvisionnement, signifie une seule chose, redoutée entre toutes, LE MANQUE. Jusqu’à présent les contacts d’ASUD, aussi bien les laboratoires pharmaceutiques qui produisent les molécules que les médecins libéraux ou du médico-social  (CSAPA), nous ont rassuré. Ils ne sont pas inquiets sur le court terme. Pour autant nous conseillons à tous les usagers de TSO de ne pas rajouter à la peur de la maladie, la peur du manque, une angoisse familière qui dans notre échelle de Richter de dépendants culmine tout en haut, et pour cela lisez cette article jusqu’au bout et posez si besoin des questions en commentaires. Car nous aussi , on connait ça, la peur de manquer.

Dans un premier temps nous avons rappelé sur notre page FB toutes les méthodes plus ou moins réglementaires qui permettent de faire des stocks, toujours utiles en cas de pénurie. Mais heureusement, depuis le 20 mars 2020, le gouvernement a publié un arrêté qui facilite considérablement les modalités d’obtention du précieux médicament dit de substitution. Voici reproduit l’extrait de l ‘Arrêté du 19 mars 2020 complétant l’arrêté du 14 mars 2020 portant diverses mesures relatives à la lutte contre la propagation du virus covid-19 publié au Journal Officiel

III. – Eu égard à la situation sanitaire et par dérogation à l’article R. 5132-22, dans le cas d’un traitement de substitution aux opiacés d’au moins trois mois à base de méthadone sous forme de gélules, de méthadone sous forme de sirop ou de buprénorphine comprimés, lorsque la durée de validité de la dernière ordonnance est expirée et afin d’éviter toute interruption de traitement préjudiciable à la santé du patient, les pharmacies d’officine dont l’officine est mentionnée sur la prescription peuvent, après accord du prescripteur, dispenser, dans le cadre de la posologie et des modalités de fractionnement initialement définies par le prescripteur, un nombre de boîtes par ligne d’ordonnance garantissant la poursuite du traitement.
« La délivrance peut être assurée pour une période ne pouvant excéder 28 jours, y compris pour la méthadone sous forme de sirop. Elle est renouvelable jusqu’au 31 mai 2020.
« Le pharmacien appose sur l’ordonnance le timbre de l’officine et la date de délivrance ainsi que le nombre de boîtes dispensées.
« Les médicaments délivrés en application des dispositions du présent III sont pris en charge par les organismes d’assurance maladie, dans les conditions du droit commun, sous réserve que ces médicaments soient inscrits sur la liste des spécialités remboursables prévue au premier et au deuxième alinéas de l’article L. 162-17 du code de la sécurité sociale. »

A bon entendeur donc, mais rappelons que malgré nos continuels appels aux autorités sanitaires , le fait que la plupart des pharmacies refusent de délivrer les médicaments de substitution fragilisent considérablement ces dispositions. Pire, malgré nos protestations, une réglementation idiote oblige les prescripteurs à inscrire le nom et l’adresse du pharmacien sur l’ordonnance, bloquant ainsi toute possibilité de switcher sur une autre officine en cas de refus ou de pénurie. A titre individuel, la sage précaution c’est le stock. Néanmoins soyons attentifs au fait que si tous les usagers se mettent ensemble, au même moment à commander un volume de médicaments supérieur à ce que les laboratoires sont en mesure de produire, la situation pourrait devenir critique. Encore une fois ce n’est pas encore le cas. C’est pourquoi notre conseil est de ne pas accumuler de réserves inutiles, mais de prévoir suffisamment à l’avance le moment du renouvellement en tenant compte des dispositions qui évitent de repasser chez le médecin. Aucune disette ne se profile à l’heure actuelle et nous comprenons très bien que l’ambiance générale de sinistrose n’incline pas à réduire sa consommation en ce moment. Autre conseil, n’hésitez pas à demander à votre pharmacien de la Naloxone , disponible aujourd’hui d’hui en kit , et informer vos proches sur l’existence de cette antidote de la surdose , pour le risque d’overdose inhérent aux dépassements de posologie.

Rappel de réglementation

1-Chevauchement 

Si pour une raison ou une autre vous avez besoin de faire renouveler votre prescription avant son terme normal, vous pouvez retourner à votre centre ou chez votre médecin pour lui demander une nouvelle prescription avec un CHEVAUCHEMENT , c’est à dire comportant la mention sur l ‘ordo en toute lettre » chevauchement du … au ... » avec le nombre de jours qui vous sépare théoriquement de votre renouvellement normal.

2- Doublement de posologie

Si le Coronavirus vous vrille le cerveau et que vous sentez la nécessité d’augmenter votre consommation quotidienne de MSO , vous avez parfaitement le droit de demander une augmentation voire un doublement de votre posologie à votre médecin , ce qui vous permettra peut-être de mieux traverser ce moment difficile. Dans ce cas de figure, vous serez contraints de repasser chez votre prescripteur. Attention quand on dépasse les doses prescrites, ne pas oublier la naloxone avec un mode d’emploi pour vos proches.

 3- Primo prescription

Les recommandations de bonnes pratiques médicales vouent aux gémonies la prescription en urgence de médicament de substitution, toutefois à période exceptionnelle, remède exceptionnel. Si vous êtes un usager de TSO qui se ravitaille habituellement au marché noir, si vous êtes accros à l’héroïne ou à un autre opiacé, vous êtes tous en danger de manque. Au regard de cette perspective nous vous conseillons de vous présenter dans l’un des centres listés ci-dessous en vue d’une prise en charge immédiate. Nous attendons des autorités sanitaires qu’elles encouragent les professionnels à élargir cette possibilité dans toute la France. Ce drame collectif que nous vivons peut être l’occasion de mettre en exergue toutes les potentialités du système français de prescription de TSO, l’un , si ce n’est le plus libéral du monde. Cocorico.

PRIMO PRESCRIPTION: pensez à contacter les structures avant de vous déplacer.

Région parisienne : La primo prescription de méthadone et de sulfate de morphine en urgence est possible dans les établissements suivants :

  • Charonne-Oppelia : 9 quai d’Austerlitz 75013 lundi au vendredi de 10h00 à 13h00 et de 14h00 à 16h00
  • Gaia CSAPA rue de la pierre levée Paris du Lundi au vendredi 10h15/13h- 14h15/18h sauf mercredi 14h15 à 18h.
  • Csapa EGO Aurore: Lundi: 9h30-17h, mardi: 13h-17h30, mercredi: 10h-17h, jeudi: 9h30-18h30, vendredi: 9h30-17h (horaires à confirmer)

En région :

Tous les services d’OPPELIA vous accueilleront pour une primo prescription de TSO après une consultation médicale et un simple examen indiquant que vous êtes bien utilisateur d’opioïdes

Csapa Clemence Isaure : 2 bis rue Clémence Isaure Toulouse du lundi au vendredi 9h30 à 17h.

Nous essayerons d’actualiser la liste suite aux informations qui nous serons transmises.

GUERRE A LA DROGUE/GUERRE RACIALE : Le point de vue des policier

La guerre à la drogue, une maladie systémique du contrôle social du jeudi 14novembre 2019

Lieu = EHESS, Salle Lombard , 96 bd. Raspail, 75006 Paris

Horaires = 17h-20h / gratuit et sans inscription

Les représentants des forces de l’ordre ne sont pas uniquement des acteurs de premier plan des problématiques liées aux drogues, notamment sur le volet répressif. Leurs missions d’investigation et leurs témoignages peuvent également contribuer à la recherche sur le sujet, en permettant d’accéder à des données précises sur les marchés de stupéfiants, mais aussi, parfois, sur les pratiques des policiers, en particulier en matière de consommation. Le sujet des conditions d’interpellation reste cependant délicat à aborder.

Bénédicte Desforges : ex lieutenant de police. Elle a exercé dans un service d’anti criminalité en banlieue en tant que gardien de la Paix, puis à Paris dans le 18ème arrondissement. Démission en 2011. Auteur de deux livres d’histoires de flics, d’un blog et d’articles argumentant en faveur de la décriminalisation de l’usage des drogues. Adresse une lettre ouverte aux parlementaires en juin 2018 à l’occasion du projet de loi instaurant une amende délictuelle pour usage de stupéfiants.

Jean-Luc Garcia : ex gendarme et militant anti-prohibitionniste de longue date. Il a pris publiquement position dans des lettres ouvertes adressées au président de la République : à François Hollande plaidant pour la légalisation du cannabis, et puis Emmanuel Macron en mars 2018, ajoutant à ses arguments un avis critique sur l’amende forfaitaire délictuelle pour usage de stupéfiants.

Sonny Perseil : sociologue et juriste, chercheur HDR au Lirsa / Cnam. Il a notamment publié Politique, mœurs et cannabis : rétablir le droit ? (Le Médiateur), et coordonne la série Addictions aux Éditions Elsevier / ISTE.

Organisateurs

Vincent Benso, membre de Techno +
Béchir Bouderlaba, juriste, Directeur Exécutif de NORML France
Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Christian Chapiron (Kiki Picasso), artiste
Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD
Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue
Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS


LA TECHNO : Entre libéralisation, repression et instutitionnalisation

La guerre à la drogue, une maladie systémique du contrôle social du jeudi 12 mars 2020

Lieu = EHESS, Salle Lombard, 96 bd. Raspail, 75006 Paris

Horaires = 17h-20h / gratuit et sans inscription

Laissons place au bricolage sonore, à la danse libre et à la transe collective !
Il y a près de 30 ans que la techno est arrivée en France pour bouleverser les pratiques festives des jeunes générations des campagnes et des villes. Et pourtant, certaines de ces pratiques continuent à être incomprises, stigmatisées et réprimées. En effet, des clubs aux raves et aux free parties, le mouvement techno s’est progressivement décliné en une multiplicité de formes qui se distinguent, non seulement par leur façon de faire la fête, mais aussi par leur rapport à la légalité et aux dogmes moraux dominants de la société. Une question se pose : En quoi consistent ces pratiques festives et pourquoi les autorités publiques prennent-elles des dispositions stratégiques à leur sujet ? Nous tenterons d’y répondre en accordant une attention particulière aux free parties – projets de fête libre, gratuite et clandestine – sans délaisser pour autant une vision globale du mouvement techno. Ainsi, cette séance sera l’occasion de rendre compte du lien qu’entretiennent la fête, les drogues et les mouvements contestataires tout en interrogeant la dimension politique du recours à l’art, au rêve et à l’imagination.

Vincent Benso : sociologue, membre de Techno +, d’ASUD et observateur pour TREND Île de France. Acteur de terrain engagé dans le champ de la réduction des risques depuis près de 15 ans, il a mené des recherche-actions sur le trafic, les « nouvelles » drogues, les consommations en espace festif techno et les usages d’Internet liés aux drogues.

« Renard » : membre du Collectif de Soundsystems des « Insoumis » et de Techno + depuis plus de 10 ans. Teufeur de longue date, compositeur tekno, Renard est aussi militant pour la revendication de l’autogestion au travers de la confrontation festive.

Nathan Gimenez : masterant d’Etudes Politiques à l’EHESS et volontaire à Techno +. Amateur de free party et de musique techno, il consacre ses recherches aux enjeux politiques et militants du mouvement en France tout en s’engageant dans la réduction des risques liés à la consommation de drogues en milieu festif.

Organisateurs

Vincent Benso, membre de Techno +
Béchir Bouderlaba, juriste, Directeur Exécutif de NORML France
Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Christian Chapiron (Kiki Picasso), artiste
Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD
Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue
Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS


couverture brochure VHC

Nouvelle brochure VHC

Retrouvez dans cette nouvelle brochure toute l’information sur l’hépatite C cette maladie qui se caractérise par la destruction des cellules du foie, causée par un virus, l’alcool, les drogues ou les médicaments.

En plus d’une définition de la maladie vous trouverez dans la brochure toutes l’info sur les différentes prises de risques ou l’on peut retrouver l’hépatite C ( injection, sniffe, inhalation, relations sexuelles ou encore hygiène quotidienne)

On vous a listé les moyens de dépistage avec le lien pour trouver le CeGIDD (Centre gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic) le plus proche de chez vous ou les TROD (Test Rapide d’Orientation Diagnostique) qui sont des auto test à acheter en pharmacie.

Enfin nous avons dans cette brochure passés en revue les différentes méthodes d’analyses qui permettront d’avérée la présence et l’avancer de la maladie afin de choisir le traitement le mieux adapté selon que vous ayez ou non une cirrhose, que ce soit ou non votre premier dépistage.

Nous terminerons par vous donner quelques billes pour bien préparer votre traitement et le suivre au mieux, pour clôturer un quiz avec les questions qui nous reviennent le plus souvent.

Pour passer commande via notre boutique en ligne ou le bon de commande.

DROGUES ET RÉSISTANCES DES POPULATIONS AMERINDIENNES

Séminaire Drogues, Politiques et contre-cultures du jeudi 13 juin 2019

Lieu = EHESS, Amphitéâtre F. Furet, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Horaires = 17h-20h / gratuit et sans inscription

Carmen Salazar-Soler anthropologue, Directrice de Recherche au CNRS: « Coca et travail dans les entrailles de la terre : les mineurs du Pérou au XXème siècle »

Alessandro Stella historien, Directeur de Recherche au CNRS: « La prohibition du peyotl par l’Inquisition de Mexico : un conflit entre mondes magiques »

Mike Jay chercheur associé au Center for Health Humanities de l’University College London : « A religion of our own: the adoption of peyote by the Plains tribes of the USA »

Comme on sait, la colonisation européenne des Amériques s’est faite par l’épée, le sang, la traîtrise, la peur. Elle s’est faite aussi par l’extermination « naturelle » causée par les maladies importées d’Europe. Mais elle n’aurait pas pu s’accomplir sans la colonisation de l’imaginaire. Comment autrement quelques milliers d’européens auraient pu gagner contre des millions d’Amérindiens ? Pourtant, la colonisation a dû faire face à bien de résistances, sous toutes ses formes, armée, administrative, idéologique. Dans cette confrontation, les drogues utilisées par les populations amérindiennes, transmises aux Noirs, aux Métis, aux sang-mêlé, ont joué un rôle non négligeable. Les colonisateurs ont bien essayé d’interdire la consommation du peyotl, de la coca et d’autres herbes magiques utilisées depuis longtemps par les populations amérindiennes, mais sans aucun succès. Malgré les interdits, malgré la répression, les Amérindiens et les populations métissées ont continué à consommer ces plantes qu’elles pensaient un don des dieux.

Carmen Salazar-Soler : « Coca et travail dans les entrailles de la terre : les mineurs du Pérou au XXème siècle »

À partir de l’analyse des données recueillies dans les mines de Huancavelica, sierra centrale du Pérou, cette communication se propose de réfléchir sur les différents sens que revêt la consommation de feuilles de coca dans le contexte du travail minier. Tous les matins les mineurs fument des cigarettes au soleil et préparent ensemble leur pichou : une boule de feuilles de coca enroulées autour d’un morceau de chaux, que l’on garde au creux de la bouche. C’est un moment essentiel de leur vie quotidienne, pendant lequel ils discutent de leurs problèmes, organisent leur journée de travail, se réchauffent avant de plonger dans les entrailles de la terre. Les mineurs affirment que la coca les prépare mentalement pour le travail, qu’elle les met en forme et qu’elle les encourage. Elle facilite aussi la communication avec l’esprit gardien de la mine, et son goût permet de prédire le déroulement de la journée de travail. Souvent consommées avec l’alcool, les feuilles de coca facilitent le passage entre le monde des hommes et le monde souterrain. Divers rituels qui incluent de l’eau-de-vie, de la coca et du sang animal permettent aux mineurs de domestiquer les dangers du monde de ténèbres.

Carmen Salazar-Soler est anthropologue, Directrice de Recherche au CNRS. Elle est l’auteure d’Anthropologie des Mineurs des Andes. Dans les entrailles de la Terre (Paris, L’Harmattan, 2002) et de Supay Muqui, dios del socavón. Vida y mentalidades mineras (Lima, Fondo Editorial del Congreso de la República, 2006). Elle est co-auteure avec F. Langue du Diccionario de términos mineros para América española (siglos XVI-XIX) (Paris, ERC, 1993). Elle est éditrice en collaboration avec V. Robin du El regreso de lo indígena. Retos, problemas y perspectivas, (Lima, IFEA/CBC/Coopération Régionale avec les Pays Andins- Ambassade de France au Pérou, 2009). Ses recherches actuelles portent sur l’étude des conflits miniers socio-environnementaux et sur les processus des catégorisations sociales au Pérou.

Alessandro Stella : « « La prohibition du peyotl par l’Inquisition de Mexico : un conflit entre mondes magiques »

« La plante qui fait les yeux émerveillés » (A. Rouhier, thèse de 1927) mais aussi stimulant coupe-faim, le peyotl a été interdit par l’Inquisition de Mexico en 1620, car sa consommation rituelle constituait une forme de mysticisme concurrent à celui de l’Eglise catholique. L’on découvre ainsi qu’à l’origine des politiques prohibitionnistes se trouvent non pas des préoccupations de santé, mais une condamnation religieuse et morale, et en définitive un rapport de pouvoir, l’exercice d’une domination politique et culturelle. Comme souvent, les populations amérindiennes ont répondu « sí, señor », et ont continué leurs pratiques, rituels et consommations, parfois avec des subtiles dissimulations.

Alessandro Stella, historien, Directeur de Recherche au CNRS. Après avoir travaillé sur les révoltes sociales, l’esclavage, le métissage, le genre, ses études récentes portent sur la problématique des « drogues ». Ouvrages sous presse : L’herbe du diable ou la chair des dieux ? La prohibition du peyotl par l’Inquisition de Mexico, Paris, éditions Divergences, automne 2019 ; avec Anne Coppel (dir.), Vivre avec les drogues / Living with drugs, London, ISTE, automne 2019 (éditions en français et en anglais).

Mike Jay chercheur associé au Center for Health Humanities de l’University College London: “A religion of our own: the adoption of peyote by the Plains tribes of the USA’”

The Native American peyote ceremony emerged and spread rapidly among the tribes during the era of forced captivity on the reservations. It drew on the forms of Protestant worship mandated by the dominant culture while also creating a distinctively Indian world beyond its reach. Its advocates, both Indian tribal leaders and western ethnologists, presented it as a companion rather than a rival to Christianity and stressed its medical and spiritual benefits. It became a focus for resistance to the US federal policy of assimilation and constituted itself as the Native American Church for its legal protection. During recent years it has expanded rapidly, and now claims over 250,000 members.

Mike Jay is an author who has written widely on the history of science and medicine, and in particular on psychoactive drugs. His books include High Society: mind-altering drugs in history and culture (2011) and the recent Mescaline: a global history of the first psychedelic (2019). He lives in London and is a research affiliate at the Centre for Health Humanities at University College London. His website is mikejay.net.

Organisateurs

Vincent Benso, membre de Techno +
Béchir Bouderlaba, juriste, Directeur Exécutif de NORML France
Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Christian Chapiron (Kiki Picasso), artiste
Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD
Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue
Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS


Drogues et Genre

EHESS, 6-7 juin 2019

Amphithéâtre de l’EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Colloque organisé par Anne Coppel, Alessandro Stella et le Groupe Genre du CRH

La consommation de drogues n’échappe pas aux constructions sociales et culturelles genrées. Si, chez les jeunes occidentaux d’aujourd’hui, la consommation d’alcool s’est largement répandue chez les femmes, y compris dans les espaces publics, ce phénomène est tout-à-fait récent, car pour les générations précédentes d’Européens et d’Américains les femmes qui buvaient dans les cabarets, les tavernes et les bars, étaient stigmatisées et couvertes de toute sorte d’infamie. À l’instar de l’alcool chez les occidentaux, toutes les autres drogues psychotropes semblent avoir été historiquement des consommations majoritairement masculines. Que ce soit l’opium dans les sociétés indiennes, iraniennes, chinoises, la coca chez les peuples des Andes, ou encore le khat au Yémen et dans la Corne d’Afrique. Faut-il croire que les hommes ont éloigné les femmes de l’accès aux « plantes des dieux » ? Ou alors que les femmes ont pris elles-mêmes des distances avec des substances modifiant les comportements personnels et les relations sociales ? Pourtant, un peu partout, les curanderas, les sages-femmes et d’autres femmes moins sages, se sont appropriées des plantes soignantes. L’histoire au présent des usages de drogues semblent rompre bien de traditions, sous l’effet de la diffusion rapide et mondiale des substances et des changements des comportements personnels. L’hypothèse que nous formulons est que ce n’est pas le type de psychotrope en soi, ni les effets attendus qui produisent une consommation différente selon le genre, mais le cadre culturel, relationnel, dans lequel vivent des hommes et des femmes qui en influence l’usage. Entre psychotropes soignants, ludiques, performatifs, les drogues se mélangent aux construction de soi et à l’environnement collectif.

Jeudi 6 juin 2019, matin : Différence de genre, mélange de drogues

Anne Coppel, sociologue, Présidente honoraire d’ASUD = Introduction = « Drogues et Genre »

Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue, EHESS = « Etats psychotropes et différence des sexes : l’ivresse est-elle sexuée et/ou sexuelle ? »

Cristina Diaz-Gomez, sociologue OFDT = « Usage de drogues chez la population féminine en France, recours aux soins et situation épidémiologique : quelles spécificités ? »

Onata Chaka Coulibaly, Psychologue, Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan = « Genre et usages de drogues en Côte d’Ivoire »

Florent Schmitt, sociologue, Université de Paris XI, et Maïa Neff, sociologue, Université de Laval (Quebec) = « Femmes enceintes, drogues et traitement institutionnel »

Jeudi 6 juin 2019, après-midi : La morphinée, le mauvais genre

Emmanuelle Retaillaud-Bajac, historienne, Université de Tours = « Les drogues au féminin en France, du XIXe siècle aux années 1930 : ambiguïté et contradictions d’une représentation genrée »

Zoé Dubus, historienne, Université d’Aix-Marseille = « La morphinée : construction et représentation d’un mythe dans le discours médical »

Xavier Paulès, historien, EHESS = « Les femmes et l’opium à Canton sous la République (1912-1949) »

Malika Tagounit, intervenante centres de soins = « Héroïne et genre en France dans les années 1970 »

Vendredi 7 juin 2019, matin : Genre et drogues entre usages traditionnels et modernes

Maziyar Ghiabi, historien, Oxford University = « Le genre de l’intoxication. Les femmes iraniennes et l’expérience des drogues »

Maggy Granbundzija, anthropologue = « La révolution (du genre) par le qat ? »

Kenza Afsahi, sociologue, Université de Bordeaux = « La consommation de cannabis au Maghreb : une sociabilité masculine ? »

Vendredi 7 juin, après-midi : Sexe et drogues

Virginie Despentes, écrivaine = « Sexe, drogues et rock and roll » (sous réserve)

Laurent Gaissad, sociologue, Ecole d’architecture de Paris = « Où sont les hommes ? Masculinités gays à l’épreuve du chemsex »

Thierry Schaffauser, travailleur du sexe, STRASS = « Drogues et travail sexuel »

Gianfranco Rebucini, anthropologue, EHESS = « Drogues et politiques queer »

Contact :

Alessandro.stella@ehess.fr

vuckovic@ehess.fr

Anne Coppel : « Introduction »

Résumé: Si la consommation de drogues est soumise à l’emprise des normes de genre, elle a aussi accompagné la mise à l’épreuve de ces normes. A plusieurs reprises au cours du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, l’hétérosexualité construite comme norme naturelle a été interrogée par les mouvements de libération des femmes, et, en leur sein ou à leur marge, par les voix dissidentes théorisées par la problématique queer. Parce qu’elles modifient les états de conscience, les drogues psychotropes ont pu favoriser l’expérimentation de nouvelles construction de soi, avec d’autres expériences subjectives corporelles, d’autres relations aux autres et contribuer ainsi à la construction de nouvelles identité de genre.

CV: Sociologue, Anne Coppel est spécialiste de la politique des drogues, de la lutte contre le sida et de la réduction des risques liée à l’usage de drogues. Entre recherche et action, elle a mené des recherches sur les consommations de drogues, sur les pratiques à risques face au sida, la sexualité, le genre, la prostitution, l’auto-support des usagers de drogues, recherches qui ont débouché sur des projets expérimentaux de réduction des risques (BUS des Femmes, programmes de méthadone). Militante associative, elle a animé le débat public sur la politique de réduction des risques comme présidente du collectif Limiter la casse (1993-1997), puis avec la création de l’AFR, l’association française de réduction des risques (1998-2012). Prix international de la réduction des risques, Rolleston Award 1996. Publications : Le Dragon Domestique, deux siècles de relations étranges entre les drogues et l’Occident, en coll. avec Christian Bachmann, Albin Michel, 1989, 564 p. ; Peut-on civiliser les drogues ? De la guerre à la drogue à la réduction des risques, La Découverte, 2002, 380 p. ; Sortir de l’impasse, expérimenter des alternatives à la prohibition des drogues, avec Olivier Doubre, La Découvertes, 2012, 287p.

Véronique Nahoum-Grappe : « L’ivresse est-elle sexuelle ? l’ivresse est-elle sexuée ?  

Résumé : Ces deux questions, posées du point de vue de l’ethnologie, sont différentes. Au regard de ce psychotrope licite qu’est l’alcool, à l’échelle individuelle, l’invasion du système neurocognitif par l’éthanol est extrêmement hétérogène : à dose égale, l’expressivité de l’ivresse est spécifique non seulement entre les sujets des deux ou cinq sexes, mais aussi au sein d’une même trajectoire de vie lors des diverses « cuites » éventuelles. Différentes dans leur « occasion », leur sémiologie propre pour le buveur (toujours sobre dans son choix de « boire » à ce moment-là), et selon bien sur l’inscription culturelle, historique, sociale conjoncturelle de ce choix, et la scénographie de son présent, les scènes d’ivresse sont à chaque fois particulières pour l’ethnologue. Du point de vue des ivresses en tant qu’expériences psychotropes souvent jouissives, ne sont peut-être pas plus différentes en fonction des sexes qu’entre elles. Mais le fait que les sciences cliniques (chimie médecine psychiatrie) s’accordent   pour dénoncer une plus grande toxicité en terme de santé physique et psychique pour les femmes masque l’ivresse en tant que scène où ce qui se passe d’enivrant n’est pas plus susceptible d’être défini comme « sexué » que l’état de sobriété consciente. Pourtant la différence des sexes est une des constantes de l’épidémiologie des consommations d ‘alcool, plus importante en France que les différences de classes sociales … L’intervention ici voudrai penser cette discordance.

CV : Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue, chercheure associée au IIAC EHESS. http://www.iiac.cnrs.fr/article42.html

Cristina Diaz Gomez : « Usage de drogues chez la population féminine en France, recours aux soins et situation épidémiologique : quelles spécificités ? »

Résumé : Cette présentation aborde la question des spécificités des femmes sous l’angle de l’épidémiologie descriptive des drogues. Elle présente les évolutions récentes de l’usage des drogues en population générale, observées en France parmi les jeunes et les adultes, en explorant l’influence du genre. En analysant les situations contrastées, cette intervention se propose également de caractériser les publics féminins fréquentant les dispositifs de soutien aux usagers(ères) de drogues à partir des enquêtes d’observation récentes réalisées à l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (usages, pratiques à risque, comorbidités…). Enfin, la question du recours aux services de prévention, d’accompagnement et de soins des femmes usagères sera analysée ainsi que celle de l’adaptation de l’offre aux spécificités progressivement identifiées par les institutions et les professionnels.

CV : Cristina Diaz Gomez est économiste-épidémiologiste. Diplômée en méthodes de recherche clinique par l’ISPED, Cristina Díaz Gómez détient également un DEA en économie de la santé. Elle a démarré sa carrière à l’international en tant que membre du programme MEANS lancé par la Commission européenne en 1999 qui a permis d’améliorer et de promouvoir l’évaluation des politiques publiques en Europe. A l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), elle est responsable du pôle Évaluation des politiques publiques. À ce titre, elle coordonne et supervise les travaux d’évaluation des dispositifs existants dans le champ des addictions. Elle contribue également à l’évaluation des plans gouvernementaux. Elle est spécialisée dans la recherche interventionnelle, examinant l’efficacité des réponses élaborées pour prévenir les consommations, réduire les risques et accompagner les usagers en difficultés.

Maïa Neff et Florent Schmitt : « Le traitement institutionnel des femmes enceintes en établissements de soins et de réduction des risques « 

Résumé : Comment les femmes enceintes sont-elles prises en charge dans les établissements médico-sociaux de réduction des risques (RdR) – CSAPA et CAARUD ? Cette étude de cas montre que les pratiques et les discours des professionnel·le·s intervenants dans ces structures opèrent un réajustement genrée des principes de RdR lors des périodes de grossesse des femmes usagères de drogues. La temporalité de l’accompagnement imposée par la grossesse (opposé à l’adaptation au « rythme de l’usage.r.e »), le type de normes mobilisées et le déploiement de formes de coercition (opposé à la « libre adhésion » de l’usage.r.e) constituent les différents indicateurs de ces réajustements. La grossesse des femmes usagères de drogues apparait ainsi comme une circonstance favorisant un traitement institutionnel spécifique qui peut venir renforcer la division sexuée des rôles. 

CV : Maïa Neff : Doctorante en sociologie à l’Université Laval de Québec et à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, ma recherche porte sur le genre des carrières institutionnelles en addiction à Paris et Montréal. A ce titre, ma thèse s’axe plus particulièrement sur le traitement institutionnel des usages de drogues au féminin, au sein de structures médico-sociales en addictologie.

Florent Schmitt est doctorant en sociologie à Paris XI et rattaché au Cermes3. Son travail de thèse porte sur le rapport des usage.r.es de drogues aux CAARUD et l’implication du « rester usager.e.s » à long terme sur la mise en œuvre des missions de santé publique et de réinsertion sociale de ces institutions.

Emmanuelle Retaillaud : « Femmes et usages de drogues, entre interdits, exclusions et transgressions (France, 1800-1939) »

Résumé : Lorsque l’usage des produits stupéfiants commence à se répandre en France au cours du XIXe siècle, le regard social dénonce volontiers la femme initiatrice et corruptrice, assimilée à l’Eve de la tradition biblique, alors même que les statistiques disponibles suggèrent une pratique à dominante masculine, découlant de rapports sociaux de sexe structurellement inégalitaires. A contrario, la drogue au féminin apparaît souvent comme un facteur de vulnérabilité – dans le cas, notamment de la prostitution ou des femmes au foyer. En faisant la synthèse d’un siècle et demi d’histoire des drogues, cette communication souhaiterait analyser l’évolution d’un système de représentations dont la dimension genrée apparaît centrale, en montrant que le déplacement des frontières et des motivations de l’interdit reconduit une hiérarchisation du masculin et du féminin qui constitue la femme à la fois, ou successivement, en exclue de la sacralité des paradis artificiels mais aussi en agent de transgression à surveiller et à dénoncer – un double bind qui reconduit l’ambivalence des statuts féminins dans l’ordre de la sexualité, contrôlés parce que redoutés.

CV : Emmanuelle Retaillaud est MCF-HDR en histoire contemporaine à l’université François-Rabelais de Tours (CeTHIS/HIVIS). A notamment publié : Les drogues, une passion maudite, « Découvertes » Gallimard, 2003 ; Les paradis perdus, drogues et usages de drogues dans la France de l’entre-deux-guerres, Rennes, PUR, 2009 ; Stupéfiant, l’imaginaire des drogues de l’opium au LSD, Textuel, 2017.

Zoë Dubus : « La Morphinée : construction et représentation d’un mythe dans le discours médical »

Résumé : La question de la perception genrée de la consommation de morphine à la fin du XIXe siècle a lourdement pesé dans l’élaboration du discours médical, puis populaire, érigeant « la drogue » en problème social dans la société contemporaine. La morphine entre définitivement dans la pratique quotidienne des médecins au début des années 1860 grâce à l’invention de la seringue. Dans un contexte où ceux-ci n’ont guère d’efficacité thérapeutique, le soulagement de la douleur assure au praticien une clientèle fidèle et admirative. Après une décennie d’emploi sous forme injectée, les médecins constatent qu’ils sont à l’origine d’une nouvelle pathologie liée à une prescription médicale et qu’ils vont nommer « morphinomanie » aux alentours de 1875. Il s’agit alors pour les médecins de se dédouaner de la responsabilité de cette pathologie : si les statistiques produites à l’époque démontrent inlassablement que l’origine de la morphinomanie est due à la prescription trop désinvolte d’un homme de l’art, ceux-ci élaborent un archétype du morphinomane sous les traits d’une femme à la sexualité « perverse », qui trouveraient dans la morphine un plaisir nouveau et morbide. Cette condamnation de la morphine à travers ses supposées consommatrices, que l’on nomme désormais les « Morphinées », se retrouve dans la presse, la littérature et les arts de l’époque, ce qui accélère le processus de diabolisation de la substance.

CV : Zoë Dubus est doctorante en histoire à l’Université d’Aix-Marseille en France. Sa recherche traite des transformations des pratiques médicales ainsi que des politiques de santé en lien avec l’utilisation de psychotropes en France, du XIXe siècle à nos jours. Elle s’attache à comprendre les relations qu’entretiennent la médecine et les médecins avec les produits modifiant la conscience et la sensibilité, conçus alternativement comme des médicaments innovants ou comme des toxiques. Ce travail vise enfin à replacer ces mouvements à la fois dans la question de l’expertise médicale et de ses enjeux socioprofessionnels, et dans le contexte plus large des rapports que la société entretient avec les psychotropes et donc avec le plaisir, la folie, la douleur et la mort.

Xavier Paulès : « Les femmes et l’opium à Canton sous la République (1912-1949) »

Résumé : Concernant le rapport entre femmes et opium, dans les années 1930, l’attention de la société cantonaise se porte beaucoup moins sur les consommatrices, même si ces dernières sont soumises à une réprobation toute particulière, que sur les yanhua (« fleurs de la fumée »). Ces jeunes et jolies femmes, d’extraction modeste, sont employées dans les fumeries afin de préparer les pipes pour les clients. Cette fixation sur les yanhua découle du fait qu’elles cristallisent des craintes liées au maintien de l’ordre et, plus encore, de la hiérarchie établis. En effet, les séductions conjuguées de la drogue et de l’attrait physique de ces femmes apparaissent susceptibles de favoriser une mobilité sociale de mauvais aloi, qu’elle soit descendante (ruine du fumeur aisé causée par une consommation inconsidérée d’opium), ou ascendante (lorsqu’une yanhua parvient à séduire et épouser un riche client).

CV : Xavier Paulès est historien, maître de conférences à l’EHESS depuis 2010, ancien directeur du Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine (2015-2018). Il est notamment l’auteur de deux livres : Histoire d’une drogue en sursis. L’opium à Canton, 1906–1936 (éditions de l’EHESS, 2010) et L’opium, Une passion chinoise, (Payot ,2011).Il va publier en 2019 une synthèse sur la période républicaine : La République de Chine, 1912-1949 (Belles Lettres) et prépare également un livre sur l’histoire d’un jeu de hasard chinois appelé fantan.

Malika Tagounit : « Héroïne et genre en France dans les années 1970 »

Résumé : Cette présentation concerne les consommations d’héroïne devenues visibles à la fin des années 60. Pour mieux appréhender le comportement d’usage à travers une lecture genrée, il m’a semblé pertinent d’ajouter, dans un deuxième temps, ce que vivent les usagères de crack, drogue qui a émergé à la fin des années 80. Des observations ethnographiques issues de ma pratique professionnelle ou de ma participation à plusieurs recherches montrent que les usagères de drogues sont confrontées à des rapports sociaux, relationnels et culturels liés à leur genre. Leur statut, leur rôle, leur place dépend étroitement de leur singularité et des hommes qui les entourent. Le poids de la dépendance et la nécessité du financement de l’accès au produit, qu’il s’agisse de délinquance, de deal, de prostitution, régentent eux-aussi le comportement d’usage. Dans cet environnement collectif d’hommes et de femmes, où se pose continuellement la question du « qui fait quoi ?» pour permettre l’usage, la construction de soi des usagères d’héroïne fait apparaître des possibilités de catégorisation. Ces catégories d’usagères, seule ou en couple, actrices ou pas dans l’accès au produit, ne sont pas figées dans le temps. L’usagère qui assume seule son comportement d’usage peut devoir faire face à la violence des hommes de son milieu, en plus des risques inhérents à son activité. Pour se sentir « protégée », elle devra faire des alliances. Cette violence masculine sera plus fréquente si l’usagère, jugée se comporter « comme un homme », se lance dans une activité de deal. A l’image d’une Guerrière, elle devra redoubler de stratégies de protection et passer elle aussi par des alliances. Les femmes sont minoritaires dans le milieu des drogues. Elles peuvent même vouloir rester invisibles par peur des réactions de la société à leur encontre, notamment ce qui a trait à la garde de leurs enfants. Les usagères se sentent stigmatisées par la société, plus que les hommes, car elles ne répondent pas aux représentations sociales et culturelles de la femme : mère, épouse. Plus encore, quand elles recourent au travail sexuel. Dans les quartiers Nord de Paris, les usagères de crack gravitent dans un milieu où les hommes, dealers et usagers semblent tenir les premiers rôles. Le travail sexuel auquel elles se livrent constitue pourtant un moteur économique à ce système. Les modalités d’usage du crack et le mode de vie des consommateurs très précarisés renforce le rôle essentiel des usagères. Le travail sexuel permet la survie du groupe élargi, à l’image d’une tribu, en termes d’achat de crack et de besoins primaires.

Pour autant, il ne s’agit pas d’un système matriarcal. Les usagères de crack, à travers leur double identité prostitution/drogue, leur dégradation physique, ont perdu leur image de femme, même aux yeux des hommes du groupe « ce ne sont plus des femmes ». Des actes de violence, de racket, de pressions psychologiques s’exercent sur elles. Pour analyser l’ambivalence de leur statut, à la fois « dominantes par l’argent et victimes », il importe de prendre en compte les conditions de vie très misérables qui influent sur les relations dans le groupe élargi, les rapports sociaux et culturels liés au genre car les minorités ethniques (Dom/Tom, Afrique) sont très représentées dans ce milieu.

CV : Dans lesassociations Charonne, Aurore, Médecins du Monde, Arapej, j’ai travaillécomme intervenante socio-sanitaireauprès d’usagers de drogues (opiacés, crack…), de jeunes en errance, de sortants de prison, de travailleurs sexuels. Comme Chef de Projet, j’ai misen place des projets de Réduction des Risques innovants : des accueils bas seuil « Boutique 18 », « Beaurepaire » et « Itinérances » ; le premier lieu d’accueil pour usagères de drogues en réponse à leurs besoins ; spécifiques « Espace Femmes » ; la première Antenne Mobile auprès d’usagers de crack qui intervient sur les scènes ouvertes et dans les squats. J’ai été Présidente de Limiter La Casse et Membre du Bureau AFR (Association Française de Réduction des Risques). J’ai participé à plusieurs recherches dont : Hépatite C et usagers de crack (Rodolphe Ingold / IREP) ; Usagers de crack (Rodolphe Ingold / IREP) ; Travail sexuel et usagers de crack (Rodolphe Ingold / IREP) ; Nouveaux usagers d’héroïne (Groupe de Recherche sur la Vulnérabilité Sociale / Catherine Reynaud-Maurupt) ;Usagers de kétamine (Groupe de Recherche sur la Vulnérabilité Sociale / Catherine Reynaud-Maurupt) ; Usagers de Rohypnol (Groupe de Recherche sur la Vulnérabilité Sociale / Catherine Reynaud-Maurupt) ; Enquêtrice à l’Ofdt (dispositif Trend).

Onata Chaka Coulibaly : « Genre et usages de drogues en Côte d’Ivoire »

Résumé : Présentation de la problématique de l’usage de drogues en Côte d’ivoire, les évolutions sur la question du genre dans nos sociétés africaines, notamment les mutations en termes de culture et des modifications des comportements sociaux. La représentativité des femmes dans cette population d’usagers de drogues dont nous avons suivis durant l’étude. Les résultats en termes de niveau de scolarisation, le statut matrimonial et l’âge moyen de cette population d’usagers de drogues selon le genre. Les différences qui pourraient exister en termes de types de drogues consommées que d’effets recherchés par la consommation de ces drogues et enfin la discussion des résultats par rapport aux travaux antérieurs et les recommandations.

CV : Onata Chaka Coulibaly, titulaire d’un Diplôme d’études Approfondies de Psychologie, Doctorant au Laboratoire de Psychologie Génétique Différentielle de l’Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan (Côte d’ivoire). Psychologue consultant dans la prise en charge des usagers de drogues, à la Croix Bleue Côte d’Ivoire, de Septembre 2014 à Septembre 2018.

Maggy Grabundzija : « La révolution (du genre) par le qat ? »

Résumé : Au Yémen, mâcher la feuille de qat est une pratique répandue, auxquels hommes et femmes s’adonnent parfois quotidiennement. Une abondante littérature s’est attelée à analyser la portée sociale, politique, identitaire ainsi que les impacts économiques, médicaux et environnementaux d’une telle consommation qui s’étend depuis ces quarante dernières années dans toutes les régions du pays ainsi qu’au sein de toutes les classes sociales. Si les femmes sont évoquées dans ces écrits, il n’en reste pas moins qu’une grille d’analyse genrée qui met en perspective la pratique du qat dans le cadre des dynamiques des rapports hommes et femmes reste encore à être définie. Notre intervention tentera de formuler des pistes de réflexions pour décrypter la pratique du qat au regard des rôles et fonctions des hommes et des femmes dans diverses régions. Il s’agira également de s’interroger sur le mouvement révolutionnaire de 2011 et notamment de savoir si les nouveaux espaces de luttes inconnus dans l’histoire du Yémen ont permis une nouvelle dynamique de genres se reflétant dans la pratique du qat.

CV : Maggy Grabundzija est une consultante et chercheure indépendante, docteure en anthropologie sur les questions de genres au Yémen, pays dans lequel elle a vécu pendant quinze années. Elle a notamment publié un livre aux éditions L’Harmattan (2015), Yémen morceaux choisis d’une révolution.

Kenza Afsahi : « Maisons de maajoun » : Travail invisible des femmes dans le marché du cannabis (Maroc) »

Résumé : Traditionnellement, au Maroc, le maajoun (préparation sucrée à base de cannabis) était un produit partagé ou offert, non commercialisé. Fait complètement nouveau, de plus en plus de femmes sont arrêtées ces dernières années dans les villes pour leur implication dans la fabrication et la vente de maajoun. Par ailleurs, les produits ont pris de nouvelles formes et ne sont plus conditionnés de la même façon. Quelles places occupent les femmes dans cette nouvelle activité ? Que révèle cette activité sur le marché du cannabis ? 

CV : Kenza Afsahi est Maîtresse de Conférences en sociologie à l’Université de Bordeaux et chercheuse au Centre Emile Durkheim (CNRS). Elle est co-responsable de l’axe de recherche Sociologie (S) de l’International au Centre Emile Durkheim et membre du comité de rédaction de la Revue Française des Méthodes Visuelles. Elle est également associée au Centre de recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales (CNRS). A l’Université de Bordeaux, elle enseigne la sociologie de la déviance, la sociologie du marché du cannabis, la sociologie visuelle, les questions de l’implication des femmes dans le marché de la drogue et de criminalité environnementale. Son parcours de recherche se focalise sur la manière dont les acteurs déviants construisent des normes et des régulations dans le monde de la drogue. Après avoir travaillé sur la production, elle étudie aujourd’hui le marché du cannabis dans son ensemble, en conjuguant l’offre et la demande. Elle s’intéresse particulièrement à la construction socio-économique des marchés, à la circulation des savoirs, aux questions du travail invisible et domestique, en mettant l’accent sur les femmes et les intermédiaires, à l’environnement et aux ressources naturelles. Elle a par ailleurs initié de nouvelles comparaisons internationales Sud/ Sud avec le Liban et le Brésil.

Olivia Clavel : « Sexe, drogues, images »

Résumé et CV : est une plasticienne et autrice de bande dessinée française. Née en 1955 à Paris, elle fait ses études à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts à Paris à partir de 1972.  En 1975, elle participe au collectif Bazooka associé au mouvement punk sous le pseudonyme Electric Clito. Clavel se lance en particulier dans la bande dessinée, où elle change les conventions du groupe et de la bande dessinée en général. En 1976, elle commence à publier les aventures de « Joe Télé », son alter ego fictif avec une tête en forme d’écran, Pendant plusieurs années elle signe ses œuvres sous le nom d’Olivia « Télé » Clavel. Puis elle s’éloigne de la bande dessinée pour se pencher plus vers la peinture. En 2002, elle participe au projet Un Regard moderne, repris du blog de Loulou Picasso (Libération). Elle participe aussi à quelques projets vidéo : Traitement de substitution n°4 et L’Œil du Cyclone. En juin 2013, elle expose une collection intitulée « Vers Jung » à la galerie Jean-Marc Thévenet de Paris.  En 2019, elle fait partie de l’équipe des dessinatrices du nouveau mensuel féministe satirique Siné Madame, dès son lancement.

Laurent Gaissad et Tim Madesclaire : « Où sont les hommes ? Masculinités gays à l’épreuve du chemsex »

Résumé : Véritable pornotopie (Preciado, 2011), l’usage de drogues chez les gays s’est peu à peu dissocié de leurs mondes festifs pour se replier sur leur sexualité collective à domicile avec le développement d’internet et, plus dernièrement, des applications de rencontre par géolocalisation en ligne. En miroir de la crise du sida, le chemsex (pour chemical sex) a été analysé au prisme des risques pour la santé plutôt qu’en regard des performances corporelles masculines optimisées par les multiples substances consommées (Fournier, 2010) : multi partenariat, endurance, lâcher-prise, surtout pour ce qui concerne la sexualité anale. On reviendra ici sur le rôle-clef que les drogues ont joué dans les normes de genre au cœur des sexualités gays contemporaines, affranchissant le plaisir tout en le conformant aux attendus virils des rôles sexuels. Références : Preciado B. Paul, Pornotopie. Playboy et l’invention de la sexualité multimédia, Paris, Flammarion, « Climats », 2011 ; Fournier Sandrine, « Usages de psychoactifs, rôles sexuels et genre en contexte festif gay (Paris/Toulouse, 2007) », Clio. Histoire, femmes et sociétés, Vol. 31 N° 1, 2010, p. 169-184.

CV : Laurent Gaissad, socio-anthropologue à l’EVCAU (Environnements Virtuels, Cultures Architecturales et Urbaines) à l’ENSA Paris Val-de-Seine. Il a publié de nombreux articles sur l’espace public et la sexualité au temps du sida. Tim Madesclaire, chercheur indépendant, Paris. Éditeur la revue Monstre. Consultant pour les programmes Santé sexuelle des HSH (Hommes ayant des rapports Sexuels avec des Hommes) de Santé Publique France (Prends-moi, Sexosafe). Tous deux ont coréalisé l’enquête APACHES (Attentes et Parcours liés au CHEmSex) pour l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies en 2018.

Thierry Schaffauser : « Drogues et travail sexuel »

Résumé : L’usage de drogues est souvent associé au travail du sexe (appelé « prostitution ») afin de stigmatiser l’une et l’autre pratique. Au milieu des années 1980, l’émergence du VIH au sein de la communauté des travailleuses du sexe, en particulier celles usagères de drogues, a poussé les pouvoirs publics à accepter des politiques et pratiques de réduction des risques et de santé communautaire par & pour. Avec la généralisation des traitements de substitution, la thématique de « l’addiction » comme cause du travail sexuel cède du terrain dans les représentations au profit de celle de « la traite et des trafics » dans un contexte de migration de plus en plus mondialisée. L’association entre l’usage de drogues et le travail sexuel, refait surface depuis quelques années, mais cette fois à travers la thématique du « chemsex » concernant surtout les hommes travailleurs du sexe, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives. Entre représentations, stigmatisations, problématisation des parcours de vie, besoins en santé, et usages personnels des travailleurSEs du sexe, nous essaierons d’y voir plus clair.

CV : Thierry Schaffauser est travailleur du sexe et usager de drogues. Ancien militant d’Act Up-Paris et cofondateur du STRASS, le Syndicat du Travail Sexuel, il défend la syndicalisation des industries du sexe et leur complète décriminalisation. Il est l’auteur du livre Les Luttes des Putes aux éditions La Fabrique et auteur du blog sur Libératio.fr « Ma Lumière Rouge« .

Gianfranco Rebucini : « Drogues et politique queer. Le chemsex comme pratique culturelle en contexte de contrôle capitaliste ».

Résumé : Dans la définition médiatique et médicale, le chemsex est l’association de drogues (chem) au sexe (sex) tenue pour répandue spécialement chez les hommes gays. Cette définition et juxtaposition impliquent donc la possibilité d’une définition préalable de ce qu’est le sexe. Si le chemsex existe c’est parce que le « sexe » existe. Nous savons déjà ce qu’il est et qu’il est forcément sobre. Les « experts » médicaux et communautaires s’accordent à définir le chemsex comme une pratique associant des caractéristiques distinctives, parmi lesquelles l’usage de produits psychotropes, des relations sexuelles répétées, souvent avec des partenaires multiples, mais aussi de modes de rencontre sur les applications de géolocalisation. Dans une perspective queer et marxiste, cette intervention se concentrera plus particulièrement sur ces caractéristiques culturelles. Il s’agir alors d’aborder cette pratique comme une pratique culturelle à part entière dans le contexte plus large du contrôle biopolitique du capitalisme postfordiste touchant à la sexualité et au sexe. D’autre part, nous verrons le chemsex comme pratique de dévoilement et comme potentialité politique et créative parlant peut-être de ce que le sexe est ou plutôt de ce qu’il fait dans ce contexte capitaliste.

CV : Gianfranco Rebucini,est docteur en anthropologie sociale et ethnologie. Chercheur associé au IIAC – LAIOS (EHESS-CNRS), il est spécialiste des études sur les masculinités et sur les sexualités entre hommes et, plus récemment, se consacre à une recherche concernant le rapport entre les identités et les pratiques politiques queer. Parmi ses publications : éditeur scientifique associé de Juliette Rennes (dir.) Encyclopédie critique du genre, Paris, Éditions de la Découverte, 2016.

DROGUES ET CREATIVITE

Lieu = EHESS, Amphitéâtre F. Furet, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Horaires = 17h-20h / gratuit et sans inscription

Séminaire Drogues, Politiques et contre-cultures

Ben Morea, artiste : « LSD et production éditoriale dans le milieu de l’autonomie newyorkaise dans les années ‘60: Ben Morea, Black Mask and le group « Up Against the Wall, Motherfuckers! »

Jaïs Elalouf, artiste : « Psychédéliques et mouvements de contestations »

Kiki Picasso (alias Christian Chapiron), artiste : « Apologie du bad trip »

Captain Cavern, artiste : « Je pense donc je suis drogué »

Pierre-Antoine Pellerin, linguiste, MC Lyon III : « L’Ecriture en manque : addiction, sevrage et delirium tremens dans Big Sur (1962) de Jack Kerouac »

Du club des « haschischins » à William Burroughs et Jack Kerouac, en passant par les « poètes maudits », Henri Michaux et les amateurs de mescaline, des écrivains ont voulu expérimenter les effets des drogues sur leur écriture. A partir des années 1960, des rockeurs aux rappeurs, en passant par les musiciens de reggae et techno, consommation de drogues et musique ont marché de concert. De fait, depuis l’émergence de la beat génération, tous les arts en Occident ont été influencés par l’usage de psychotropes venus d’ailleurs. En particulier les arts dits psychédéliques, exprimés notamment dans la peinture, qui ont donné lieu à un véritable courant artistique. Un courant qui s’est inscrit et a participé au mouvement de contestation non seulement des arts conformistes mais de la société autoritaire et inégalitaire. Faut-il en conclure que les drogues sont propices à la création artistique, qu’elles peuvent apporter un plus au talent, qu’elles ont de l’influence sur les artistes qui s’en servent et, à travers eux, sur les gens qui les lisent, écoutent, regardent ?

Ben Morea est né en 1941. Il est devenu dépendant à l’héroïne quand il était jeune, pendant son adolescence. Sa carrière de peintre commence pendant un séjour dans l’hôpital d’une prison. Dans les années qui suivent, il chevauche la peinture et l’activisme sociale pour atteindre une nouvelle vie. Sa peinture à connu les teintées de la rébellion après avoir rencontré Dada et le Surréalisme ; aussi, il crée avec d’autres la revue « Black Mask ». Il a vite développé une forme de vie subversive ; il fonde aussi le groupe Up Against the Wall, Motherfuckers !, l’un des rares groupes « politiques » à s’approprier des nouvelles possibilités révolutionnaires mises à disposition après la découverte des substances psychédéliques. Après être entré dans la clandestinité et avoir fait face à une réalité changeante, il commence à chercher les moyens d’atteindre une perspective « totale », il est converti à une religion originaire des peuples indiens du Colorado, comprenant éléments psychotropes et animistes. La discussion sera centrée sur cette recherche, et sur la nécessaire escalade vers une nouvelle REALITE’ politique, culturelle et révolutionnaire.

Jaïs Elalouf : Psychédéliques et mouvements de contestations 

Il sera exposé les contradictions entre les valeurs de la société de consommation des années 50 et les caractéristiques du LSD, avec la présentation de quelques protagonistes. Le programme de la CIA « MK-Ultra » vivement actif dès la fin des années 50 et ses fantaisies meurtrières. La contre culture des années 60 et quelques sujets de contastations à travers des exemples de mouvements  comme les : Provo, Diggers, Mai 68 and les communautés. Un voyage graphique à travers des œuvres d’esthétique psychédélique inédites de la Collection Elalouf du Psychedelic Art Center.

 Jaïs Elalouf a présenté 500 shows audiovisuels où il mixe art, son et images; étant à la fois producteur de musique, DJ, réalisateur de films et commissaire d’exposition. Il manage l’agence de promotion Ping Pong qui à représenté le label anglais Ninja Tune pendant 15 ans. Il crée des musiques et films engagés avec ses propres tournages et des samples d’images d’archives, entre douceur rétro et groove électronique. Il créée actuellement le premier Centre d’Art Psychédélique à partir de sa collection, l’une des plus grandes sur ce sujet. 

Pierre-Antoine Pellerin : L’Ecriture en manque : addiction, sevrage et tempérance dans l’oeuvre de Jack Kerouac

Cette communication se propose de lire l’œuvre de Jack Kerouac (1922-1969) sous l’angle des rapports qu’entretiennent drogue, intensité et écriture dans le contexte de l’idéologie de l’endiguement (« containement »), du conservatisme politique des années Eisenhower et des discours de la « crise de la masculinité » dans l’après-guerre. Alors qu’on a souvent tendance à présenter l’auteur américain comme le fer de lance d’une recherche d’intensités propres à revitaliser une époque prise dans les rets du conformisme et du consumérisme, notamment par la consommation d’excitants (« uppers ») et de calmants (« downers »), il s’agit ici de montrer la centralité des notions de maîtrise de soi, de sevrage, de stase et de dépression dans son œuvre, comme l’illustre une lecture de romans comme The Dharma Bums (1957 ; 1958), Desolation Angels (1956 ; 1965) et Big Sur (1961 ; 1962) comme des récits appartenant au genre de la tempérance.

Pierre-Antoine Pellerin est maître de conférences en littérature américaine à l’université Jean Moulin – Lyon 3. Il travaille notamment sur l’expérience et la représentation de la masculinité dans la littérature et les arts à l’époque de l’après-guerre aux Etats-Unis et prépare actuellement une monographie consacrée à l’œuvre de Jack Kerouac.

Christian Chapiron, alias Kiki Picasso, est né en 1956 à Nice. En 1974, il fonde le groupe Bazooka Production avec Loulou Picasso, Olivia Clavel, Bernard Vidal et Lulu Larsen. Les membres de Bazooka pensent que les espaces d’expression alloués par les galeries et les institutions ne sont pas adaptés à leurs créations. Bazooka désire envahir les médias.  L’invasion commence par les journaux de bandes dessinées, elle se poursuit dans la presse militante. Leurs dessins sur l’information déclenchent des polémiques. Les journalistes de Libération disent que « Bazooka fait du Picasso ». A la fin des années 70, « faire du Picasso » sous-entendait dans le langage commun « faire n’importe quoi ». Bazooka commencent à signer les images Picasso.  Après la dissolution de Bazooka, Christian Chapiron s’oriente vers la vidéo et la peinture électronique. En 1995, il retourne vers la presse en prenant la direction artistique du magazine « Maintenant », le premier média français qui dénonce l’implication de la France dans le génocide rwandais. Vers l’an 2000 et après, Kiki écrit et illustre « Psychoactif, un livre hallucinant » sur l’usage récréatif du LSD, réalise le long-métrage « Traitement de substitution N°4 », construit des Chars de Carnaval pour les villes de Paris et de Bordeaux, la Gay pride, la Fête de la musique, la techno-parade… Ses films électrisent les dance floors, ses images décorent les salles de concert et le Cirque électrique. 

Captain Cavern. Né en 1956, dessinateur, illustrateur et peintre, Captain Cavern est armé, non pas d’une massue comme le personnage du dessin animé éponyme d’Hanna & Barbera, mais de crayons, plumes et pinceaux pour nous transporter dans l’espace-temps multidimensionnel des galaxies virtuelles. Un univers enchanté, somnambule, qui défile en images pop, cubistes et psychédéliques. Ses premiers dessins sont apparus sur la scène graphique underground française au début des années 80, dans la lignée de BazookaElles sont de sortie, Placid & Muzo… Il a collaboré à de nombreux graphzines et en a créé plusieurs (VertèbresCrimsex…). Il est aussi le fondateur et rédacteur en chef du journal Vertige, publié en kiosque. Et l’auteur de plusieurs BD : Le Gouffre de la piscine aux Requins Marteaux, Psychic Murder Show chez United Dead Artists. Captain Cavern commence vraiment à peindre en 1985, signant pour la première fois sous ce nom pour un affichage sauvage sur des panneaux publicitaires 4×3 organisé par les Frères Ripoulins autour de la place de l’Opéra. Dès lors, il ne cessera plus de peindre. Dessin, peinture… sont pour lui des moyens d’atteindre, à travers les faux-semblants de la perception, le merveilleux, le féerique, la magie.

Drogues, Politiques et contre-cultures

Séance du 14 mars 2019

Lieu = Amphithéâtre EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Horaires = 17h-20h

Drogues, troubles dans la réalité et politique dans les séries TV

La guerre à la drogue peut être considérée comme une co-construction avec les séries censées les représenter Même dans les plus réalistes des séries policières, des coïncidences inattendues ouvrent des pistes qui témoignent d’univers surréels, parallèles de la réalité ordinaire. La temporalité des séries TV fait irruption dans la ligne du temps : « Winter is coming », (la menace qui pèse sur le moyen-âge mythique de la série « The Game of Thrones ») était écrit sur les murs d’Istanbul lors de la révolte populaire en 2013.  Alors que les séries TV entreprennent de décoder le monde dans lequel nous vivons, la prolifération des univers ouvre aussi bien à la construction sociale de la réalité qu’aux croyances alternatives, avec les conceptions complotistes de l’histoire et les fake news. 

Sandra Laugier : « Addictions et séries TV » 

 Les liens qui nous attachent aux diverses victimes de la drogue dans les séries du XXIe siècle, de The Wire à Narcos. 

Sandra Laugier est professeure de philosophie à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne et chroniqueuse à Libération

Richard Mèmeteau : « La temporalité des séries »

De l’ultime saison de Game of Thrones aux 720 épisodes de Naruto ou les 853 épisodes de One Piece prétention. 

Richard Mèmeteau est philosophe et auteur de Pop Culture. Réflexions sur les industries du rêve et l’invention des identités (La Découverte)

Marco Candore : « Sans queue ni tête » : détectives déterritorialisés et envers du décor »

Du détective, entre noir et fantastique, avec une attention particulière pour the return de David Lynch.

Marco Candore est comédien, réalisateur, chroniqueur –radio du cinéma de genre.

Anne Coppel : Introduction et animation 

Anne Coppel est sociologue, entre recherche et action et militante associative 

Hommage au Professeur Michel Reynaud

Figure de l’addictologie qu’il a largement contribué à fonder, le professeur Reynaud, mais aussi Michel pour beaucoup de gens, a été un grand médecin et un grand professeur comme la France sait en produire, avec une carrière médicale et universitaire des plus brillantes. Dans ce champ qu’il a pensé et théorisé (voir son Traité d’addictologie, et al. Lavoisier 2016), il a su comprendre à quel point la question de la place du patient était centrale, comment le pari sur son autonomie au cœur même de l’aliénation addictive était le bon. Proche et toujours soutenant des groupes d’entraide et d’auto-support, engagé à promouvoir la figure d’un patient-expert en addictions (il était président d’honneur de France Patients Experts Addictions à qui il a donné l’impulsion initiale), il n’a eu de cesse de déjouer les grandeurs institutionnelles qu’il avait atteintes par un dialogue fait d’humanité, de respect et d’empathie avec les usagers et les patients. Sensible à la dimension sociale, politique et collective de la question des addictions, aux enjeux de la prévention, de la réduction de risques, de la régulation et du soin, il présidait le Fonds Actions Addictions et avait porté le projet numérique Addict Aide – Le Village des addictions (https://www.addictaide.fr/). Ce village a perdu un édile bienveillant, humain, engagé et disponible, toujours soucieux de servir au moins autant que de gouverner.

LE KRATOM : Lettre ouverte à la commission nationale des stupéfiants et des psychotropes de l’ANSM.

Une inscription à l’ordre du jour qui inquiète

Avec la publication du programme de la séance du 24 janvier 2019 du comité technique des centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance-addictovigilance (CEIP) sur lequel figurait la mention « Kratom : présentation de l’enquête », l’idée que le kratom puisse passer en commission des stupéfiants et y recevoir un avis recommandant son classement stupéfiant fait son chemin.
Sur les principaux forums d’usagers, les membres s’inquiètent de son éventuel classement, ou plutôt ils perçoivent cette inscription comme un préambule à l’exécution d’un classement inéluctable, d’où une interrogation sur l’image véhiculée par l’ANSM auprès des usagers.
De quoi s’agit-il ? Le kratom est une plante qui pousse dans le Sud Est asiatique dont les – très subtils – effets se rapprocheraient des opiacés, les principes actifs du kratom appartenant bien à la famille des opioïdes. De fait, depuis la mise sous prescription obligatoire de la codéine, le kratom apparaît comme le dernier opioïde en vente libre en France, dernier bastion du vice pour certains, dernière soupape de sécurité avant le passage
aux opiacés forts pour nous.

Le Kratom une drogue « douce »

La première chose à rappeler quant au kratom c’est la subtilité de ses effets… Que ceux qui n’en ont jamais pris ne s’y trompent pas : il ne s’agit pas d’un produit fort, on pourrait presque le qualifier de drogue douce. S’il est si peu consommé c’est aussi parce que beaucoup d’usagers se déclarent extrêmement déçus de leurs expériences avec ce produit :

  • « je n’ai jamais rien senti avec le kratom. Même en triplant la dose, rien, nada, même pas la tête qui tourne, la seule chose que j’ai eu c’est la nausée parce qu’en plus c’est infect ! » nous dit D, un usager festif n’ayant aucune tolérance aux opiacés. Bref il ne s’agit pas d’une héroïne bis, ni même d’un opiacé naturel détourné comme le thé
    de pavot confectionné en infusant des graines de pavot achetées légalement. Non il s’agit là d’un opioïde mineur qui serait à l’héroïne ce que la caféine est à la cocaïne. »

Mais ça n’empêche pas certains d’y voir un intérêt… Et c’est là que l’hypothèse d’une interdiction devient un sujet d’inquiétude. Pour ceux d’entre nous qui ont des rapports disons… passionnels avec les opiacés, malgré la subtilité de ses effets le kratom a une double utilité :
– D’abord il permet d’adoucir les sevrages légers sans passer par le médecin (ce à quoi se refusent justement bon nombre des « petits » consommateurs qui refusent de se voir comme toxicomanes) Jimmy Kempfer, figure historique de la réduction des risques, affirmait avoir expérimenté les qualités relaxantes de la plante lors d’un de sevrage d’héroïne , en Thaïlande, ce qui ne l’empêchait pas de conclure :

« je suis accro depuis trop longtemps pour ressentir un effet avec le kratom « 

-Ensuite il permet à des ex usagers d’opiacés sevrés de gérer leurs éventuels cravings (fortes envies qui peuvent s’emparer des ex usagers jusqu’à plusieurs années après leur période de consommation) en leur proposant une alternative à l’héroïne, au Skenan ou à leur opiacé de prédilection en cas de craving insupportable. C’est pour ces deux raisons que l’idée même du classement stupéfiant du kratom inquiète tant de partisans de la réduction des risques bien comprise, celle qui s’intéresse à la vie des
usagers.Précisons aussi que le kratom est et restera un produit de niche, dont la consommation confidentielle est réservée à un public d’initiés. D’une part en raison de sa faible accessibilité (quelques shops en ligne uniquement), de l’autre en raison de ses effets trop subtils pour la
plupart des usagers, enfin à cause de son goût et la préparation que sa consommation nécessite (aucun conditionnement sous forme de gélules n’existe). Partant du principe que le risque zéro est impossible, il sera toujours possible de relever quelques accidents impliquant du kratom, (dans la plupart des cas consommé avec un autre produit). Une revue de littérature sur les risques liés à la consommation d’eau nous apprendrait certainement que l’eau est un produit dangereux, un constat d’évidence dans la France d’Ancien Régime. Ne parlons pas de l’aspirine qui provoque 10 000 décès par an d’après le journal Le Figaro. Faut-il classer l’eau et l’aspirine ? Les risques induits par l’inscription du kratom au tableau des stupéfiants sont proportionnels aux avantages tirés par les consommateurs de sa non inscription ?

Un monde post crise des opioïdes

Dans un monde, frappé de stupeur par ce qu’il est convenu d’appeler « la crise des opioïdes » aux États Unis d’Amérique, il serait normal de prêter une attention soutenue à tout ce qui peu faire obstacle à la répétition d’une pareille catastrophe. On connait la désastreuse situation américaine qui continue de provoquer des dizaines de milliers de décès par overdose chaque année. L’’origine de cette « épidémie » est dite iatrogène, c’est-à-dire liée à la prescription de médicaments opiacés. La seconde phase de décès, qui débute en 2016-2017 n’est plus imputable aux antidouleurs, qui sont aujourd’hui beaucoup très difficiles à obtenir mais aux opiacés de rue vers lesquels , les usagers dépendants se sont immédiatement tournés, dès que
les condition de prescription se sont durcies. . Aujourd’hui le nombre de décès dus au fentanyl a dépassé et de loin les overdoses dues aux médicaments opiacés.La population des anciens dépendants, sevrés et abstinents d’opiacés, constitue de l’avis général une cible à hauts risques de décès par overdose du fait de baisse de leur tolérance conjuguée à l’habitude de consommer de fortes doses et à la fréquence de reconsommation inopinée, sous l’emprise du craving justement. En limitant le risque de craving chez les anciens usagers, le kratom sauve un nombre de vies non mesurable mais certainement largement supérieur aux décès qui peuvent lui être attribuer si tant est qu’il y en ait réellement.

Savoir dire non à l’interdit

Résumons. Nous avons un produit de niche. Dont les effets psychotropes sont si faibles que certains les qualifient d’inexistants. Qui joue cependant un rôle de tampon avec les opiacés de rue en évitant les rechutes, qui de plus est utilisé comme produit de sevrage efficace, sachant l’ extrême pénurie de molécules ayant prouvé leur efficacité dans cette indication. Comment dans un tel contexte, ne pas sur interpréter une possible décision de classement ? S’agit-il de protéger une jeunesse que la mise sous prescription obligatoire de la codéine a déjà t poussé vers ce produit pourtant bien différent ? Nous avons des doutes. Les signaux d’une hausse de la consommation de kratom nous ont peut-être échappés mais si tant est que ce soit le cas, n’est-ce pas rentrer dans une course classique à l’interdiction, cercle vicieux dont la commission a toujours prétendu s’affranchir ?

L’ inscription du kratom sur la liste des stupéfiants , venant à la suite d’une série de restriction – la dernière en date étant le retrait des codéinés de la liste 1- risque de conforter cette idée que l’ANSM n’est qu’un organisme vouée à la répression de l’usage en s’abritant derrière un alibi scientifique. Vieux procès de nature complotiste qu’ASUD s’efforce de démonter avec la conviction d’apporter un éclairage à la fois sur les risques liés à la consommation mais aussi sur les dangers, quelques fois bien plus grand de certaines interdictions. Les exemples historiques ne manquent pas qui montrent les dangers mortels de l’interdiction en matière de drogue qu’il s’agisse de l’interdiction de la vente des seringues en pharmacie, cautionnées par un lointain ancêtre de la commission des stupéfiants 1 , ou
l’interdiction de la méthadone durant de logue années. Nous savons que la politique de réduction des risques suppose aussi de savoir dire non à l’interdiction systématique au-delà d’ASUD, c’est la crédibilité de toute la commission e qui est en jeu. Si l’on veut réellement prendre des mesures sanitaires sur le kratom, il est indispensable de le traiter comme un produit destiné à la consommation humaine qu’il s’agisse du thé, le maté ou autres impliquant : des contrôles de qualité et de fraicheur susceptible de permettant de garantir au consommateur un produit, exempt des risques sanitaires comme la salmonellose.


Si vous êtes consommateur de kratom et que voulez nous aider à vous représenter à la commission des stupéfiants vous pouvez nous faire part de votre expérience et de vos remarques ici : Lien vers le questionnaire

Psychédélisme, punk et techno : expériences croisées

Des débuts du psychédélisme aux raves parties contemporaines il est possible d’établir une filiation. Difficile en effet de ne pas penser à des teufeurs transportant leur sound system aux quatre coins de l’Europe quand on lit les aventures des Merry Pranksters sillonnant les USA dans un bus bariolé pour organiser des « acid tests » à grand renfort de stroboscopes, de peinture fluo, de déguisements exubérants… Et bien sûr de LSD !

Sans y appartenir, le mouvement punk s’entrecroise avec cette filiation. Son esthétique est différente, pourtant elle se rapproche de certaines composantes de la culture techno… Des punks qui s’éclatent en teknival aux Hells Angels invités à se défoncer avec les Merry Pranksters, la consommation de drogues favorise-t-elle les rapprochements entre les contre cultures qui partagent ce point commun ?

Isaac Abrams, artiste peintre : « Retour sur une carrière d’artiste psychédélique »

Elise Grandgeorge anthropologue (Université Aix Marseille) : traduction

Vincent Benso, sociologue (ASUD / Techno+) : « Techno et drogues, 35 ans de passion… Pour le meilleur et pour le pire ! »

Alexandre Marchant, historien (ISP Cachan) : « Culture et esthétique de la défonce : drogues et mouvement punk (années 1970-1980) »

Florian Bureau, militant associatif (ASUD / Techno+),modérateur

Intervenants

Isaac Abrams, artiste peintre : « Retour sur une carrière d’artiste psychédélique »

Biographie : Isaac Abrams est l’un des pères fondateurs de l’art psychédélique. Après avoir expérimenté avec des drogues psychédéliques au début des années soixante, il se met à peindre et va étudier avec le peintre visionnaire Ernst Fuchs à Vienne. Très impliqué dans le monde psychédélique de New York, il organise la toute première exposition d’art psychédélique en 1965 et rencontre Timothy Leary et nombre de ses associés. 

Description : Cette présentation fera la part belle aux œuvres de l’artiste, qui sélectionnera plusieurs d’entre elles en les commentant. Il reviendra également sur son rôle dans le développement de cette forme d’art et dans la scène psychédélique new-yorkaise d’après-guerre.

« All Things Are One Thing »

Cette peinture a été achetée par Reed Erickson, philanthrope et transsexuel qui a créé une fondation pour étudier la transsexualité.

Alexandre Marchant, historien : « Culture et esthétique de la défonce : drogues et mouvement punk (années 1970-1980) »

Biographie :

Alexandre Marchant est professeur agrégé d’histoire et enseigne au lycée Albert Camus de Bois-Colombes. Docteur en histoire de l’ENS de Cachan, il est chercheur associé à l’Institut des Sciences sociales du Politique (ISP Cachan). Ses recherches portent sur l’histoire de la prohibition des stupéfiants en France dans le dernier tiers du XXe siècle et les économies criminelles de la drogue. Il a récemment publié L’impossible prohibition. Drogues et toxicomanie en France, 1945-2017, Paris, Perrin, 2018.

Résumé :

Le courant musical punk s’est inséré dans le paysage musical français dans la seconde moitié des années 1970. En plus d’être un nouvel avatar du rock, il reposait sur une sous-culture de la transgression permanente, un certain nihilisme et un goût pour la « défonce », et se retrouva donc assez logiquement associé aux drogues : amphétamines, cocaïne ou encore héroïne. Le “trip speed, shooteuse, arnaque et baston” est encensé par exemple dans L’Aventure punk, sorte de manifeste du mouvement punk français écrit par Patrick Eudeline en 1978. Tandis que certains groupes ou artistes phares de la scène punk ne faisaient mystère de leur consommation de « speed ». Mais ce courant a aussi participé à sa manière à la diffusion des drogues dans la société, le nihilisme punk transparaissant dans les poly-consommations de nombreux marginaux de l’époque. Il fut aussi à la source d’un imaginaire de dope-comics, dont le personnage de Bloodi créé par Pierre Ouin est une figure centrale, que se sont approprié de nombreux usagers de drogue des années 1980.

Vincent Benso, sociologue (ASUD / Techno+) : « Techno et drogues, 35 ans de passion… Pour le meilleur et pour le pire ! »

Vincent Benso est sociologue, membre de Techno +, d’ASUD, observateur pour TREND Île de France et rédacteur à la revue Swaps. Acteur de terrain engagé dans le champ de la réduction des risques depuis près de 15 ans, il a mené des recherche-actions sur le trafic, les « nouvelles » drogues, les consommations en espace festif techno et les usages d’Internet liés aux drogues, dont des résumés sont accessibles en ligne. Il a aussi récemment écrit un chapitre de « la catastrophe invisible, histoire sociale de l’héroïne, publié aux éditions Amsterdam sous la direction d’A. Coppel et de M. Kokoreff. 

Résumé : Mis systématiquement en avant par les autorités publiques et les médias, le lien entre musique techno et drogues a largement participé à la création du stéréotype du teufeur et à la perception des fêtes techno comme des situations à hauts risques. Victime collatérale de la guerre à la drogue, la techno underground résiste pourtant depuis plus de 35 ans, donnant parfois l’impression qu’elle se nourrit de la stigmatisation dont elle est l’objet. 

Quoiqu’il en soit, des tensions existent à l’intérieur de la galaxie des musiques électroniques, entre rejet et valorisation des différentes drogues… Nous tenterons de les mettre à jour en les situant dans une filiation culturelle plus large que les seules musiques électroniques afin d’étudier les rapports mouvementés qu’entretiennent drogues et Techno. 

Florian Bureau, militant associatif / Webmaster (ASUD / Techno+)

Florian Bureau est un amateur de free party et de musique techno depuis une quinzaine d’années. Après avoir longtemps côtoyé les associations de réduction des risques et plus particulièrement de santé communautaire comme Techno+ en temps que simple teufeur, il à intégré cette association touché par les valeurs pour lesquelles elle se bât. Tel que le non jugement, l’écoute, la défense de la culture tekno, l’accès à une information sur les drogues objective et la mise en place d’une politique de réduction des risques liés à l’usage récréatif des drogues, c’est-à-dire une politique basée sur la responsabilisation des consommateurs et non sur l’interdit et la répression. Membre du conseil d’administration national de Techno+ et webmaster pour Asud, il est un militant impliqué pour un changement de la politique des drogues.

Organisateurs

Vincent Benso, membre de Techno +
Béchir Bouderlaba, juriste, Directeur Exécutif de NORML France
Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Christian Chapiron (Kiki Picasso), artiste
Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD
Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue
Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

Les 10 ème états généraux d’usagers de substances / EGUS X

Les Etats Généraux des Usagers de Substances (EGUS) vous convient à leur Xème édition. Notre objectif est d’interroger, d’une part, ce qu’il est convenu d’appeler la « santé communautaire » sous toutes ses facettes même les plus improbables, ainsi que les nouveaux espaces de parole des patients/consommateurs à travers les dispositifs de représentations institutionnels. De l’histoire du milieu festif techno jusqu’au partage de savoirs sur internet, tous les angles qui permettent de cibler cette zone grise seront abordés tout au long de ces deux journées organisées en partenariat avec la Fédération Addiction

Si la politique de réduction des risques liés à la consommation de drogues (RDR) est historiquement associée à la lutte contre le Sida, celle-ci est organiquement attachée à la notion de santé communautaire, un concept encore mal aimé et surtout mal défini aujourd’hui comme pratique professionnelle ou comme règle de vie.

A l’origine, ce sont des associations comme AIDES, 1ère association de santé communautaire en France, qui faute d’alternative médicale, ont mis en place la politique de lutte contre le Sida. Faute de « communauté » clairement définie, la santé communautaire dans le cadre de l’usage de drogues n’a été officiellement revendiquée, en milieu festif dans la communauté techno qu’au milieu des années 90. Pourtant c’est bien par un acte communautaire que la RdR s’est inscrite en France. Lorsqu’une ministre de la santé courageuse, Michèle Barzach a levé l’interdiction d’acheter des seringues en pharmacies, ce sont d’abord et avant tout les usagers de drogues qui ont arrêté d’utiliser et de partager leurs seringues contaminées, ce que certains  spécialistes nous expliquaient être impossible au regard des plaisirs ordaliques et mortels recherchés. Pourtant ce fut le cas, dès que les seringues neuves furent disponibles, les usagers les utilisèrent et massivement.
La diffusion massive des Médicaments de Substitution aux Opiacés (MSO) a suivi le même chemin. Le laboratoire responsable de la mise sur le marché de la Buprénorphine Haut Dosage prévoyait une dizaine de milliers de traitements pour la fin du millénaire. Il a dû multiplier ses projections par dix pour répondre à la demande des usagers sur le terrain.

La santé communautaire en matière de RdR a mis en valeur le savoir individuel des usagers et leur faculté de transmettre, matérialisé ensuite par leur embauche dans quelques structures, essentiellement des CAARUDS. Or aujourd’hui, nombre de ces structures perdent leurs connaissances empiriques de la consommation. Nous sommes 30 ans après la mise en place de la politique de réduction des risques. La lutte contre le sida et les dynamiques communautaires qu’elle avait engendré, ont fait place à la gestion des addictions sur la longue durée. La chronicité s’est déplacée également sur le terrain social, aggravée par trente années de crise économique .

Quel regard porte-t-on à cette histoire commune ? Aujourd’hui la santé publique peut-elle se passer de la santé communautaire, seul canal pouvant faire remonter les pratiques et surtout des besoins des usagers actuels et futurs ?

Seconde question, la place prise par la représentation des usagers au sein des structures, à l’intérieur de ce qu’il est convenu d’appeler la démocratie sanitaire a-t-elle vocation à s’inscrire dans ce mouvement de transmission des savoirs expérientiels ?
Enfin, alors que les formes et les modes d’achat, de consommation et de transmission des savoirs se diversifient, quel est la place réelle ou fantasmée du citoyen-consommateur de substances achetées parfois sur internet ou consommée sous un motif thérapeutique.
Pour répondre à ces trois questions les Xème Etats Généraux des Usagers de Substances (EGUS) se proposent d’interroger à la fois des usagers, des acteurs professionnels et des institutions.

Inscription en ligne.

Programme :

ÉTATS GENERAUX DES USAGERS DE SUBSTANCES 10e édition
Lundi 14 janvier et mardi 15 janvier 2019 à Paris
Tarifs
15 € particuliers
200€ formation continue.

Première journée: lundi 14 janvier 2019

Une histoire de la santé communautaire.

9h00-9h30 : Accueil autour d’un café

9h30-10h00 : Introduction  des deux journées EGUS

Histoire de la santé communautaire et transformation du toxicomane en patient puis en consommateur, quelle est l’influence des personnes qui utilisent des drogues sur les politiques mises en place depuis 4 décennies ?

Intervenants : Alessandro Stella ASUD et Martine Lacoste FÉDÉRATION ADDICTION

10h-13h00 : 1ère table ronde

Une histoire de la santé communautaire

  • Animation : Jean Marc Priez ASUD
  • Catherine Patris : ex Direction Générale de la Santé Division Sida
  • Daniel Defert, AIDES
  • Jef Favatier , ASUD Nîmes
  • Thierry Charlois, TECHNO PLUS
  • Anne Coppel, LE BUS DES FEMMES

13h00-14h30 : déjeuner libre

14h30-15h00 : La santé communautaire aujourd’hui

Introduction, Ruth Gozlan, MILDECA

Quels sont les défis actuels ? Quels sont les enjeux pour les institutions ?

15h00-17h30 : 2ème Table Ronde

La santé communautaire, le champ des possibles.

  • Animation : Olivier Doubre, journaliste Politis
  • Fabrice Perez, Not for Human et réseaux sociaux : Un rendez-vous manqué.
  • Korzéame ( Toulouse) , La santé communautaire en milieu techno.
  • Jean Maxence Granier ASUD, Les groupes d’entraides comme outil de santé communautaire.
  • Benjamin Cohadon, Faiza Hadji, Le Village 2 santé ( Echirolles) Association de santé communautaire globale.
  • Thierry Schaffauser , Le Syndicat du TRavail Sexuel, de l’héritage de la santé communautaire pour lutter en faveur du droit
  • Vincent Leclercq, AIDES Ligne whatsapp et groupe Facebook : l’autosupport de Aides autour du chemsex – Paroles sur le Chemsex.

DEUXIÈME JOURNÉE mardi 15 janvier 2019 

Du patient au consommateur en passant par l’usager du système de soins, nouvelles libertés ou nouveaux stigmates ?

Entre la démocratie sanitaire, l’achat de substances sur le net, la prescription de drogues sur ordonnance ou le cannabis thérapeutique, la relation de la société avec les usagers de drogues se transforme-t-elle, se normalise-t-elle ou ne sont-ce que de nouveaux visages de l’assignation au silence ?

09h 45 Introduction : Alain Morel, Fédération Addiction et Fabrice Olivet ASUD

10h30-12h30 troisième table ronde :  Droit, pouvoir et démocratie sanitaire  

  • animation : Vincent Benso ASUD

  • Alain Morel Oppelia, la coopération usagers-professionnels dans de nouvelles pratiques est un levier politique de transformation culturelle et sociale

  • Marion GAUD, Association Aubes, l’histoire du Baclofène , une expérience de patients qui se transforme en Autorisation de Mise sur le Marché

  • Georges Lachaze ASUD, l’Observatoire du droit des Usagers (ODU)

  • Estelle Sarrazin, Les conseils de la vie sociale

12h30- 14h déjeuner libre

14H00-15h00 : La demande sociale de drogues est-elle plus légitime aujourd’hui qu’hier?

  • Nicolas Authier, CHU Clermont-Ferrand:  Du cannabis pour se soigner, une demande de patients

  • Marie Jauffret-Roustide INSERM: Les communautés dans la recherche en sciences sociales sur les politiques de drogues, France/USA 

15H00-17H00 Quatrième table ronde : Citoyens, société civile, et consommations, les nouvelles formes de socialisation de l’usage.

Animation Fabrice Olivet, ASUD

  • Sophie Niklaus (Norml) , drogues ,parentalité et sexualité nouvelle image des consommatrices de substances.

  • Vincent Benso , La plate-forme NPS d’ASUD: le citoyen consommateur

  • Sacha Benhamou,( Students for Liberty France) , drogues une marchandise comme une autre

  • Christian Andréo (ALPO)  : le consommateur de drogues dans le droit du travail Quel risques sociaux en comparaison avec la prise en charge traditionnelle de l’abus d’alcool ?

17h00 CLOTURE Anne SOURYS, Adjointe à la Mairie de Paris, chargée de la santé et des relations avec l’APHP.

SEXE, DROGUE ET ROCK’N’ROLL

Date & lieu :

Jeudi 10 janvier 2019 de 17H à 20H

EHESS, Amphithéâtre François Furet, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Présentation du séminaire :

Gratuit et sans inscription.

Quel beau titre pour cette séance que « Sex and drugs and rock’n roll » ! Il est inspiré de la chanson véritablement programmatique de Ian Dury (1977). Mais nous aurions pu tout aussi bien appeler ce séminaire « Lucy in the Sky with Diamonds », la célébrissime chansons des Beatles (1967) puisqu’il y sera largement question de la culture psychédélique des années 60-70. Olivier Julien évoquera les origines du rock dit psychédélique durant ces deux décennies tant aux Etats-Unis qu’en Angleterre. Du « Human Be-In » aux sous-sols londoniens, du « Summer of Love » au triumvirat de San Francisco, il reviendra sur les origines du rock dit « psychédélique » dans les années 1960. Axelle Blanc se penchera sur la scène psychédélique en France après 1967 dans le champ de la musique mais aussi de la performance et des arts visuels. Quant à Marc Dufaud, artiste secret et tourmenté, il nous fera la surprise de son intervention. Enfin, le modérateur, médecin de son état, veillera à ce qu’il n’y ait aucun « bad trip »… Dans tous les cas, c’est bien à des formes alternatives de réalité que cette séance nous invite.

Olivier Julien, musicologue : « Haight-Ashbury, le Middle Earth et ‘Unlimited Freak Out’ : l’émergence d’une tendance psychédélique dans les musiques populaires anglo-américaines »

Axelle Blanc, anthropologue : « Les Antipodes de la raison. L’aventure psychédélique en France : musique, arts performatifs et arts visuels, 1967-1978 »

Marc Dufaud, écrivain : « Sex and drugs and rock’n roll »

Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue, modérateur

Organisateurs :

  • Vincent Benso, membre de Techno +
  • Béchir Bouderlaba, juriste, Directeur Exécutif de NORML France
  • Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Christian Chapiron (Kiki Picasso), artiste
  • Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
  • Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD
  • Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue
  • Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
  • Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

Associations partenaires :

ASUD, Techno +, NORML, avec le soutien d’Apothicom

Enquête Mondiale sur les Drogues 2019

Professeur Adam R. Winstock, Dr Monica Barratt, Dr Larissa Maier et professeur agrégé Jason Ferris

(l’équipe de recherche principale de GDS)

Veuillez partager le vôtre et participer à la plus grande enquête sur les drogues au monde: GDS2019 www.globaldrugsurvey.com/GDS2019

La Global Drug Survey (GDS) est la plus grande enquête mondiale sur les drogues. GDS est composé d’un réseau d’experts internationaux dans les domaines de la drogue, de la santé, de l’épidémiologie et des politiques publiques. GDS utilise une plateforme de sondage en ligne cryptée pour mener des sondages anonymes annuels. Au cours des six dernières années, plus de 550 000 personnes ont participé à nos enquêtes.

Notre dernière enquête, GDS2019, lancée en novembre 2018, a été traduite dans 23 langues avec des partenaires dans plus de 35 pays. En partenariat avec les médias mondiaux et les réseaux d’information du monde entier et avec les organisations de réduction des dommages et l’industrie du divertissement, GDS se concentre sur des problèmes qui sont souvent ignorés par les organisations de recherche traditionnelles et les centres financés par le gouvernement.

En tant qu’indépendants, nous sommes libres d’explorer les problèmes liés à la consommation de drogues et nous pouvons concentrer notre attention sur notre mission: rendre la consommation de drogues plus sûre, quel que soit son statut juridique. Toutes nos recherches sont approuvées par des comités d’éthique universitaires et ont conduit à ce jour à la publication de 50 publications examinées par des pairs au cours des 6 dernières années.

S’attaquer à des problèmes tels que la prévention des surdoses, le virus du sang, les politiques irrationnelles en matière de drogue, les applications inéquitables et les violations des droits de l’homme est essentiel pour changer la façon dont nous pouvons réduire les méfaits de la consommation de drogue à l’échelle mondiale. GDS complète les travaux effectués par des groupes de recherche et de défense des droits qui œuvrent pour le changement dans ces domaines importants en se concentrant sur les habitudes de consommation de drogues et les méfaits potentiels des masses cachées de consommateurs de drogues non dépendants. En outre, nous visons à identifier les nouvelles tendances en matière de drogue avant qu’elles n’entrent dans la population.

Créer une voix de confiance pour partager cette information est un défi d’autant plus que la source d’informations la plus fiable sur les drogues provient des consommateurs de drogues. GDS considère que son rôle consiste à traduire l’expertise et l’expérience de centaines de milliers de personnes qui consomment des drogues en informations utiles, crédibles et utiles sur le comportement des toxicomanes et ressources gratuites sur la réduction des méfaits partagées par notre réseau mondial de médias et par notre site Web.

Participer à l’enquête mondiale sur les drogues est aussi important cette année que toute autre année. Le monde de la drogue a radicalement changé au cours de la dernière décennie, les progrès de la technologie ouvrant de nouvelles voies pour réduire les risques et réduire la réglementation des médicaments dans de nombreuses régions. On accepte de plus en plus la nécessité de changer les choses, en appelant à des solutions de rechange qui permettraient de lutter contre les atteintes à la démocratie et d’atténuer le pouvoir destructeur du crime organisé qui cause des centaines de milliers de morts chaque année et de tenir les conversations honnêtes à distance, tout en criminalisant autrement citoyens respectueux de la loi avec la marginalisation continue des plus vulnérables de notre société.

Cette année, nous explorons ce nouveau monde courageux. Nous allons examiner certains domaines fascinants, tels que le microdosage du LSD et l’acceptabilité des psychédéliques en psychiatrie, en vue d’évaluer différentes drogues, y compris l’alcool en termes de rapport qualité-prix. Nous examinerons l’impact des avertissements sur la santé liés au cannabis sur les connaissances et l’attitude des consommateurs vis-à-vis de la consommation et étudierons les raisons pour lesquelles les consommateurs consomment des produits alimentaires contenant du cannabis. Nous revisitons les drogues et la police et demandons à quel point vous faites confiance à la police de votre pays pour vous traiter équitablement. Nous effectuerons également des recherches sur la question complexe, délicate et trop actuelle de l’agression sexuelle et du consentement dans le contexte de la consommation de drogue et d’alcool. Nous poursuivons notre évaluation des marchés des drogues au noir et des nouveaux médicaments psychoactifs et posons la question«À quel point avez-vous confiance en la personne à qui vous prenez de la drogue? Enfin, nous vous demanderons si vous paieriez plus pour la cocaïne du commerce équitable.

Comme toujours, l’enquête est cryptée, anonyme et confidentielle et nous ne collectons pas les adresses IP. La première fois que l’on voit les résultats, c’est lorsque nos partenaires médias les partagent en mai 2019.

L’expérience compte.

 

Nouvelle plateforme RC, NPS, Legal highs

Nous avons créer une nouvelle plate-forme consacrée aux RC, designers drugs et autres NSP, ces «nouvelles substances psychoactives» au statut juridique ambigu et disponibles sur Internet.

En plus d’informations précises sur les principaux NPS classés par familles (hallucinogènes, stimulants, dissociatifs et dépresseurs), dans la partie « RDR » vous trouverez des conseils sur les mélanges, les différents modes de consommation, comment éviter les incidents etc. Comme leurs noms l’indiquent, les parties « Vos droits » et « chemsex » contiennent des informations sur l’aspect juridique de ces produits et sur la pratique du chemsex tandis que si vous éprouvez des difficultés avec votre consommation de NPS c’est sur « besoin d’aide » que vous trouverez la liste de structures pouvant vous soutenir.

Bonne lecture en espérant vous éclairer dans cette jungle que sont les NPS.

 

TRANSFORMER LA PRISE EN CHARGE DES PATIENTS DÉPENDANTS AUX OPIOÏDES

Communiqué de presse 28 mai 2018

La prise en charge des addictions, en particulier de la dépendance aux opioïdes, est menacée en médecine de ville. Dans les années 1990, près de 80 % des patients dépendants aux opioïdes étaient suivis par 20 % des médecins généralistes. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’environ 5 % à prendre en charge ces patients. La concentration médicale associée au départ à la retraite progressif des praticiens investis dans le suivi de ces patients, soulève la question majeure de la relève par les jeunes professionnels de santé. Cette situation est d’autant plus problématique en dehors des grandes agglomérations. L’addiction peine encore à être reconnue comme une pathologie chronique.

Lire la suite

LA CATASTROPHE INVISIBLE

HISTOIRE SOCIALE DE L’HÉROÏNE (FRANCE, ANNÉES 1950-2000)

Sous la direction de Michel Kokoreff, Anne Coppel, Michel Peraldi.

Avec les contributions de Vincent Benso, Anne Coppel, Jean-Michel Costes, Claire Duport, Emmanuelle Hoareau, Michel Kokoreff, Aude Lalande, Alexandre Marchant, Fabrice Olivet, Michel Peraldi, Liza Terrazzoni.

L’ambition de ce livre est de donner de la profondeur historique à la catastrophe sanitaire et sociale que fut l’héroïne, à sa répression, aux dynamiques et cycles de sa consommation et de son trafic. Il raconte cette histoire dans ses multiples dimensions, sociale et économique, culturelle et urbaine, politique et géopolitique, en privilégiant le point de vue de ceux qui ont été ses acteurs ou témoins. Plus généralement, il prend l’héroïne comme analyseur, pour saisir ce que les drogues font à la société.
Le marché de l’héroïne se structure au cours des années 1950, mais c’est avec Mai 68 que s’amorce un premier tournant : dans ce bouillonnement politique, sociétal et culturel, les produits se diffusent au sein d’une jeunesse en quête de liberté et d’expériences. La fin des Trente Glorieuses marque un durcissement. La consommation d’héroïne s’étend et les sources d’approvisionnement se multiplient, bien au-delà du mythe de la « French Connection ». Les années 1980 sont un tournant majeur : on voit apparaître des « scènes » où les drogues sont vendues et consommées ouvertement dans les squats, quartiers délabrés, « banlieues » et autres « cités maudites ». Les ravages de l’héroïne deviennent de plus en plus visibles et sa diffusion joue un rôle central dans la construction du problème des banlieues dans sa version sécuritaire et racialisée. Les quartiers dits défavorisés vont être au cœur de sa diffusion mortifère, frappées par l’épidémie de sida, d’une part, et par les politiques répressives, d’autre part. Une bascule s’opère dans les années 1990 lorsque Simone Veil, ministre de la Santé, s’engage dans la mise en place d’un dispositif expérimental de réduction des risques.
L’histoire de l’héroïne est celle de la répression, de la guerre à la drogue et, en corollaire, de l’absence de culture de santé publique en France, mais c’est aussi celle d’un processus de transformation des appartenances collectives et des identités culturelles qui interroge le rôle des produits psychotropes dans le changement social.

Retrouver ci joint les différentes critiques :

Médiapart :

Héroïne, «la catastrophe invisible»

17 FÉVRIER 2018 PAR 

 

Le Monde: 

L’héroïne, ce « monstre épidémique »

LE MONDE | 12.02.2018 à 04h30 • Mis à jour le 12.02.2018 à 16h33 | Par François Béguin

NOUVELLE BROCHURE DISPONIBLE : OVERDOSES TOME 2 Stimulants

Quand on pense overdose, on pense généralement opiacés. Pourtant, chaque année en France, plusieurs dizaines de personnes décèdent d’overdoses de stimulants. La cocaïne est ainsi responsable d’environ 10 % des décès par overdose (en consommation unique) et impliquée dans environ 30 % des décès liés à des poly-consommations. Elle est aussi le premier facteur de décès par accident vasculaire cérébral chez les moins de 35 ans et, selon l’ANSM, le nombre d’intoxications liées à son usage a doublé entre 2015 et 2016 et continue d’augmenter. Par ailleurs, avec le retour d’ecstasys très fortement dosés et le développement de la consommation de cathinones, on observe aussi une hausse du nombre d’accidents et de décès liés à des surconsommations de ces produits sérotoninergiques. Les effets et les risques des produits stimulants sont variés et complexes. Mal compris, ils sont souvent sous-estimés par les consommateurs qui se trouvent d’autant plus dépourvus lorsqu’ils en sont témoins ou victimes qu’ils ne connaissent pas toujours les signes avant-coureurs ni les réactions à avoir.

Le but de cette brochure est donc d’expliquer aussi clairement que possible ces risques, de donner des « trucs » pour les réduire et réagir  en cas de problème.

asud brochure OD-stimulants-08

SÉMINAIRE EHESS/ASUD en vidéos

Depuis maintenant 3 ans Asud organise en partenariat avec L’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales des séminaires.Cette année nous avons choisi pour thème: consommation et prohibition des drogues, approches transversale. Bien conscient que tout le monde ne peut se rendre sur paris pour participer, nous filmons et diffusons les vidéos de chaque séminaires. C’est à consommer sans modération.

Retrouver ici les vidéos des séminaires, à consommer sans modération.

Sortie du magazine Chimère : Changement dans les politiques des drogues ?

Retrouvez dans le prochain numéro de Chimère, les écrits d’ Asudiens, Fabrice Olivet directeur de ASUD et Alessandro Stella membre de l’association et directeur de recherche au CNRS mais aussi Vincent Benso sociologue et responsable de la cellule de veille des conduites à risque dans les milieux festifs au sein de Techno+.

« Un monde sans drogues » ? Chimère !
Depuis que Richard Nixon a déclaré la guerre à la drogue, sa consommation a explosé et partout dans le monde et elle alimente de redoutables mafias qui rejoignent la criminalité en col blanc dans les paradis fiscaux. Après des années de criminalisation des jeunes des quartiers, reconnaissables à la couleur de leur peau, quelque chose a permis l’irruption du cannabis dans le débat public. C’est ce « quelque chose » que ce numéro de Chimères cherchera à explorer. Avec la lutte contre le sida, un premier tournant s’est pris : distribuer des seringues, c’est accepter que des gens consomment des drogues. Mais ce tournant majeur a été masqué par une médicalisation acceptable dans une logique prohibitionniste sans l’action des associations d’usagers. Comment comprendre la bascule actuelle ? Quelle est l’urgence du changement ? Comment le continent américain s’est-il engagé dans cette voie? Quelles expériences avons-nous en France de ces nouvelles régulations ? Le changement de paradigme sera éclairé par le récit d’expériences militantes et l’examen du renouveau des recherches cliniques sur les drogues, cannabis, ecstasy, peyotl, «ces briseurs de soucis », qui accompagnent l’aventure des hommes d’après Freud.

http://www.cairn.info/revue-chimeres.htm

A l’occasion de la sortie le 8 décembre de ce 91 numéro intitulé « Changement dans les politiques des drogues » une grande fête sera organisée au Cirque électrique !

 

RDR Cannabis : Avec ou sans combustion.

On parle souvent de cannabis, mais plus rarement de RDR liée à sa consommation, et pourtant il y a beaucoup à en dire avec l’arrivée de la vaporisation, des dab ou encore des concentrés.

Nous drogué(e)s z’eureux nous avons décidés de réunir tous les conseils pour réduire les risques lié à la consommation de cannabis dans cette vidéo.

Merci au volontaire de Techno+ pour leur jeu de scène, au Musée du fumeur et à la centrale vapeur pour le prêt de matériel.

Sondage Collectif Hépatites Virales sur VHC et UD

Selon les données issues de l’enquête ANRS-Coquelicot 65 % des UDI (Utilisateurs de drogue par injection) seraient infectés par le VHC en France.

Et d’après le rapport de recommandation 2016 sur la prise en charge des personnes vivant avec une hépatite, les politiques de prévention et de réduction des risques (RDR) liés au VHC ont un impact limité.

 Aussi, le CHV et ASUD souhaiteraient savoir si vous avez accès au traitement contre l’hépatite C au même titre que n’importe quel patient.

Ce questionnaire est également un moyen de vous informer sur l’évolution de l’hépatite C, sur ses complications et sur les traitements disponibles à ce jour.

Merci à tous de votre participation.

Ci joint le lien vers le questionnaire

 

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