L’envie de vie (Journée mondiale de prévention des overdoses)

écrit par ASUD, le 31-08-2015 Thème : Heroïne, Naloxone.

Le 31 aout se tient, comme chaque année, la journée internationale de sensibilisation aux overdoses (International Overdose Awareness Day). Cet évènement mondial se propose de sensibiliser les consciences sur la question des overdoses et la stigmatisation qui entoure les décès liés aux drogues. Cette journée vise aussi à prendre en compte la douleur ressentie par les familles et les proches en commémorant le souvenir des morts ou des personnes devenues handicapées suite à une overdose de drogue.

Les chiffres des agences onusiennes comptabilisant les décès liés aux drogues à travers le monde font état d’environ 230 000 décès par an[1], dont 69 000 d’overdoses d’opiacés[2].

En France, malgré la politique de Réduction des risques développée depuis plus de 20 ans et une chute drastique des contaminations au VIH et des overdoses, des personnes meurent encore de surdoses. La plupart des surdoses sont directement ou indirectement liées à l’utilisation d’opiacés (Héroïne, mais aussi Méthadone et Sulfates de Morphine). L’OFDT constate qu’en France « les opiacés restent les principales substances à l’origine des décès par surdose (87% des décès en 2010)[3]. » Les chiffres les plus récents dont nous disposons datent de 2011 (340 overdoses létales) et affichent une tendance à la baisse par rapport à 2010. Néanmoins, le début du millénaire a été marqué par une hausse des overdoses contrastant avec la forte diminution entamée au milieu des années 90 avec la mise en place de la politique de RdR et des traitements de substitution.

Statistiques OD opiacés France

Malgré cette tendance à la hausse, l’OFDT rappelle aussi que le nombre de surdoses en France est quatre à cinq fois plus faible qu’en Allemagne, et six à sept fois plus faible que dans le Royaume-Uni. Le rapport 2015 de la Global Drug Survey (GDS 2015) indique également qu’aux États-Unis, la surconsommation et le détournement des opiacés sur ordonnance provoquent plus d’overdoses que l’héroïne. «Le problème commence à apparaître en Europe et en Australie, mais les données sont rares», note le rapport. En France, il y a un gros usage de codéine (18 % contre 10 % en global) et d’opiacés (21,4 % contre 13,8 %) dont 10 % en font un usage détourné. Pour autant, l’OFDT reconnait l’augmentation constante de ces dernières années et précise que l’enregistrement des données « … laisse entendre une sous-estimation probablement assez élevée du nombre de surdoses en France[4]. »

Il faut pourtant remettre ces données en perspective. Il existe une conception fataliste de l’usage de drogue qui consiste à penser qu’il conduit inéluctablement à la mort surtout s’il s’agit d’opiacés. Or il est indispensable de savoir qu’il existe de nombreux moyens d’éviter les overdoses, comme l’a démontré la politique de RdR. De plus, pour beaucoup une overdose est toujours fatale. Or ce n’est pas le cas. Prise en charge à temps, les services MÉDICAUX d’urgence ont les moyens d’éviter les décès liés aux overdoses d’opiacés. Ce moyen est la Naloxone.

OD opiacés signesPour beaucoup, l’image qui vient en tête lorsque l’on parle d’un traitement des overdoses c’est John Travolta agenouillé au-dessus d’Uma Turman, une aiguille géante à la main, prêt à lui planter en plein cœur dans le film Pulp Fiction. Cette vision hollywoodienne n’est que fiction. La Naloxone, commercialisée sous le nom de Narcan en France, est un antagoniste aux opiacés. Ce produit prend la place des opiacés sur les récepteurs neuronaux empêchant ainsi une dépression respiratoire consécutive à une surdose d’opiacés. C’est son seule rôle et sa seule indication médicale. Il n’engendre ni effet psychoactif, ni effets secondaires connus, ni contre-indication. Ce produit est le meilleur moyen d’éviter des morts. Le problème est qu’il n’est essentiellement utilisé que dans un environnement médical (Urgences, SAMU) et par le personnel médical, limitant ainsi son efficacité au temps de réaction entre l’apparition des symptômes et l’intervention.

Pour remédier à cela, il faut que la Naloxone soit accessible aux premières personnes concernées, les usagers de drogues et leurs proches. Plus particulièrement à celles les plus exposées aux risques de surdoses, les sortants de prison ou de cure de sevrage, du fait de leur baisse de tolérance aux opiacés et des risques de reconsommation. De plus en plus d’articles scientifiques soulignent l’efficacité de la mise à disposition de la Naloxone couplée à la formation des usagers de drogues et de leurs proches à son utilisation. D’ailleurs, dès son deuxième numéro, ASUD proposait en n° 8 dans ses 20 recommandations aux injecteurs : « je garde chez moi une ampoule de Narcan (en cas d’overdose) ». C’était en 1992. Même la très conservatrice OMS a publié un guide spécifique avec des recommandations qui encouragent la mise à disposition et la formation à l’utilisation de cet outil dans les programmes de premières lignes.

En France, bien que certaines institutions aient exprimé leur soutien à la mise en œuvre d’un dispositif Naloxone (depuis quatre ans déjà), aucune action n’a été concrétisée jusqu’à présent. En 2008, le groupe Traitement de Substitution aux Opiacés (TSO) de la Commission Addiction (Direction générale de la Santé – DGS) recommandait qu’au regard de « la littérature, de l’efficacité, de la sécurité d’emploi et dans un contexte de réaugmentation des OD aux opiacés la mise à disposition large de la Naloxone aux usagers de drogues présente un rapport bénéfice/risque favorable et fait envisager un nouvel outil de réduction des risques[5]. »

Malgré le bon sens de ces recommandations, l’innocuité de la Naloxone et les résultats positifs des programmes ayant mis en place notamment aux États-Unis, force est de constater qu’en France ça bloque. Un des arguments récurrents est le soi-disant garde-fou que représenterait le risque d’overdose quant à la consommation de drogues. Sans même évoquer les chiffres prouvant le contraire, le simple exemple de l’apparition des ceintures de sécurité dans les voitures démontre que les gens ne se sont pas mis à foncer volontairement dans des murs à 200 Kms/h juste parce qu’ils se sentent mieux protégés. C’est pareil avec la Naloxone. En 2015 donc, se pratique encore un chantage pour tenter de réguler les consommations d’opiacés : la mort ou le soin. C’est conférer à l’overdose des vertus thérapeutiques, un déclic salvateur chez certaines personnes. Pari risqué. Faut-il rappeler que pour pouvoir agir sur sa santé il faut être vivant ?

Est-ce le complexe de Dieu qui frappe les opposants à une distribution large de Naloxone ? La possibilité d’accomplir le geste ultime vous ramenant d’entre les morts ? Ou tout simplement la volonté de garder les usagers de drogues sous le regard bienveillant d’Hippocrate ? Ce serait quand même dommage de passer dix ans à la fac de médecine pour que les toxicos se soignent tout seul…

De tels programmes ont déjà fait leur preuve dans près d’une vingtaine de pays à travers le monde. Et pas toujours les plus junkies friendly : « les programmes de distribution de Naloxone sur la base communautaire sont présents à différents degrés dans au moins 16 pays incluant l’Afghanistan, Australie, Canada, Chine, Allemagne, Géorgie, Inde, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Thaïlande, Royaume-Uni, États-Unis, Ukraine, Russie et Vietnam… »[6] C’est encore peu, mais cela montre la faisabilité de telles actions, même dans des pays prônant la peine de mort pour les usagers de drogues (Thaïlande). Même les agents du NYPD sont désormais équipés de kits Naloxone pour sauver les usagers de drogues lors de leurs missions de terrain !! Si les escadrons de la guerre à la drogue se mettent à soigner les toxicos, tout est possible.

Finalement, à part de la bonne volonté, il n’y a rien qui empêche la mise en place de tels programmes en France. Compte tenu de la réalité sanitaire, l’ONG Médecins Du Monde, en partenariat avec des structures de premières lignes, souhaite développer un programme de prévention des overdoses mortelles aux opiacés par la mise à disposition communautaire de la Naloxone. Néanmoins, aujourd’hui la mise en place d’un tel programme rencontre de nombreuses difficultés (notamment l’infraction de trafic substances vénéneuses). « Take home Naloxone, n’est toujours pas une réalité en France pour des raisons administratives. Nous encourageons le gouvernement à suivre les recommandations internationales et à autoriser la mise à disposition de la Naloxone en KIT pour les personnes les plus exposées au risque d’une overdose d’opiacés », déclare le Dr. Corty, directeur des missions France de Médecins Du Monde.

En formant les intervenants de terrain à la reconnaissance des signes d’une overdose et à l’utilisation de la Naloxone, ces intervenants formeront à leur tour les usagers tout en leur remettant un kit Naloxone. Cet outil innovant en France sera évalué avec des questionnaires. Car l’objectif global est bien d’éviter des morts qui pourraient être empêchées très simplement. Dr. Corty : « Notre équipe et les équipes de nos partenaires sont formées et prêtes. » Bref, le bon sens en action.

Overdose dayCar c’est bien de cela qu’il s’agit, éviter des morts inutiles. Et l’EMCDDA (OEDT) rappelle que « la réduction des décès par surdose et des autres décès liés à la drogue reste un défi majeur pour la politique de santé publique en Europe. »[7] Alors qu’attendent les pouvoirs publics ? Est-il besoin d’attendre une démonstration type « usine à gaz à la française » de l’efficacité de ce « Take Home Naloxone » pour passer à l’acte ? Cette démonstration est déjà faite dans de nombreux pays, les recommandations internationales, européennes, et tout autant celles des experts français sont là ! Faut-il attendre encore des mois, voire plus, que la liste des morts par overdose s’allonge alors que la solution est là, à portée de la main ?

C’est dans cette optique de plaidoyer que se tient l’Overdose Day : faire passer le message que la tragédie des décès par overdose est évitable. Le 31 août, vous pouvez porter des rubans argentés pour montrer votre soutien. Le thème de cette année 2015 est « Repenser et se souvenir » (Rethink & Remember).

[1] UNODC, World Drug Report 2014 + les chiffres publiés récemment par les autorités chinoises (Le Monde, La drogue a fait 49 000 morts en Chine en 2014) http://www.lemonde.fr/addictions/article/2015/06/24/la-drogue-a-fait-49-000-morts-en-chine-en-2014_4660821_1655173.html)

[2] WHO, Information sheet on opioid overdose, November 2014. http://www.who.int/substance_abuse/information-sheet/en/

[3] OFDT, Drogues et addictions, données essentielles « Héroïne et autres opiacés », Cadet-Taïrou A. et Dambélé S. 2013

[4] OFDT, Drogues et addictions, données essentielles « Héroïne et autres opiacés », Cadet-Taïrou A. et Dambélé S. 2013

[5] http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/avis_narcan.pdf

[6] Global state report 2012 HRI

[7] Rapport Européen sur les drogues, EMCDDA, 2014

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1 Commentaire

  1. irby francis

    je suis en colere contre les mensonges des propagande anti drug et suis fiere detre libre malgres les souffrance et drames encaisse pour me soigner avec ma molecule favorite. ce sont des lois NAZI

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