Table Ronde : La santé communautaire, le champ des possibles.

  • Animation : Olivier Doubre, journaliste Politis
  • Fabrice Perez, Not for Human et réseaux sociaux : Un rendez-vous manqué.
  • Korzéame ( Toulouse) ,La santé communautaire en milieu techno.
  • Jean Maxence Granier ASUD, Les groupes d’entraides comme outil de santé communautaire.
  • Benjamin Cohadon, Faiza Hadji, Le Village 2 santé ( Echirolles) Association de santé communautaire globale.
  • Thierry Schaffauser , Le Syndicat du Travail Sexuel, de l’héritage de la santé communautaire pour lutter en faveur du droit
  • Vincent Leclercq, AIDES Ligne whatsapp et groupe Facebook : l’autosupport de Aides autour duchemsex – Paroles sur le Chemsex.

Table ronde : Une histoire de la santé communautaire

Introduction : Jean-Marc Priez (ASUD) 00h05mn10s : Tim Greacen (AIDES) : L‘histoire de AIDES 00h23mn58s : Anne Coppel (ASUD) : L’histoire du Bus des Femmes 00h40mn47s : Jef Favatier (ASUD) : L’histoire d’ASUD 01h05mn12s : Thierry Charlois (Techno Plus) : L’histoire de Techno Plus 01h23mn02s : Catherine Patris (Ex-Direction Générale de la Santé) : L’histoire de la Division SIDA 01h44mn49s : Échanges avec la salle

Introduction

Histoire de la santé communautaire et transformation du toxicomane en patient puis en consommateur, quelle est l’influence des personnes qui utilisent des drogues sur les politiques mises en place depuis 4 décennies ?

Intervenants :Alessandro Stella ASUD et Martine Lacoste FÉDÉRATION ADDICTION

Martine Lacoste

EGUS X : Le programme

Les Etats Généraux des Usagers de Substances (EGUS) vous convient à leur Xe édition. Notre objectif est d’interroger ce qu’il est convenu d’appeler la « santé communautaire » sous toutes ses facettes même les plus improbables. De l’histoire du milieu festif techno en passant par les dispositifs de représentations institutionnels jusqu’au partage de savoirs sur internet, tous les angles qui permettent de cibler cette zone grise seront abordés tout au long de ces deux journées organisées en partenariat avec la Fédération Addiction.

Si la politique de réduction des risques liés à la consommation de drogues (RDR) est historiquement liée à la lutte contre le Sida, celle-ci est organiquement attachée à la notion de santé communautaire, un concept encore mal aimé et surtout mal définie aujourd’hui comme pratique professionnelle ou comme règle de vie.

A l’origine, ce sont des associations comme AIDES, 1ère association de santé communautaire en France, qui faute d’alternative médicale, ont mis en place la politique de lutte contre le Sida. Faute de « communauté » clairement définie, la santé communautaire dans le cadre de l’usage de drogues n’a été officiellement revendiquée, en milieu festif dans la communauté techno qu’au milieu des années 90. Pourtant c’est bien par un acte communautaire que la RdR s’est inscrite en France. Lorsqu’une ministre de la santé courageuse, Michèle Barzach a levé l’interdiction d’acheter des seringues en pharmacies, ce sont d’abord et avant tout les usagers de drogues qui ont arrêté d’utiliser et de partager leurs seringues contaminées, ce que certains  spécialistes nous expliquaient être impossible au regard des plaisirs ordaliques et mortels recherchés. Pourtant ce fut le cas, dès que les seringues neuves furent disponibles, les usagers les utilisèrent et massivement.

La diffusion massive des Médicaments de Substitution aux Opiacés (MSO) a suivi le même chemin. Le laboratoire responsable de la mise sur le marché de la Buprénorphine Haut Dosage prévoyait une dizaine de milliers de traitements pour la fin du millénaire. Il a dû multiplier ses projections par dix pour répondre à la demande des usagers sur le terrain.

La santé communautaire en matière de RdR a mis en valeur le savoir individuel des usagers et leur faculté de transmettre, matérialisé ensuite par leur embauche dans quelques structures, essentiellement des CAARUDS. Or aujourd’hui, nombre de ces structures perdent leurs connaissances empiriques de la consommation. Nous sommes 30 ans après la mise en place de la politique de réduction des risques. La lutte contre le sida et les dynamiques communautaires qu’elle avait engendré, ont fait place à la gestion des addictions sur la longue durée. La chronicité s’est déplacée également sur le terrain social, aggravée par trente années de crise économique .

Quel regard porte-t-on à cette histoire commune ? Aujourd’hui la santé publique peut-elle se passer de la santé communautaire, seul canal pouvant faire remonter les pratiques et surtout des besoins des usagers actuels et futurs ?

Seconde question, la place prise par la représentation des usagers au sein des structures, à l’intérieur de ce qu’il est convenu d’appeler la démocratie sanitaire a-t-elle vocation à s’inscrire dans ce mouvement de transmission des savoirs expérientiels ?

Enfin, alors que les formes et les modes d’achat, de consommation et de transmission des savoirs se diversifient, quel est la place réelle ou fantasmée du citoyen-consommateur de substances achetées parfois sur internet ou consommée sous un motif thérapeutique.

Pour répondre à ces trois questions les Xème Etats Généraux des Usagers de Substances (EGUS) se proposent d’interroger à la fois des usagers, des acteurs professionnels et des institutions.

Première journée: lundi 14 janvier 2019
Une histoire de la santé communautaire.

9h00-9h30 : Accueil autour d’un café

9h30-10h00 : Introduction  des deux journées EGUS

Histoire de la santé communautaire et transformation du toxicomane en patient puis en consommateur, quelle est l’influence des personnes qui utilisent des drogues sur les politiques mises en place depuis 4 décennies ?

Intervenants :Alessandro Stella ASUD et Martine Lacoste FÉDÉRATION ADDICTION

10h-13h00 : 1ère table ronde

Une histoire de la santé communautaire

  • Animation : Jean Marc Priez ASUD
  • Catherine Patris : ex Direction Générale de la Santé Division Sida
  • Tim Greacen, AIDES
  • Jef Favatier , ASUD Nîmes
  • Thierry Charlois, TECHNO PLUS
  • Anne Coppel, LE BUS DES FEMMES

13h00-14h30 : déjeuner libre

14h30-15h00 : La santé communautaire aujourd’hui

Introduction, Ruth Gozlan, MILDECA

Quels sont les défis actuels ? Quels sont les enjeux pour les institutions ?

15h00-17h30 : 2ème Table Ronde

La santé communautaire, le champ des possibles.

  • Animation : Olivier Doubre, journaliste Politis
  • Fabrice Perez, Not for Human et réseaux sociaux : Un rendez-vous manqué.
  • Korzéame ( Toulouse) ,La santé communautaire en milieu techno.
  • Jean Maxence Granier ASUD, Les groupes d’entraides comme outil de santé communautaire.
  • Benjamin Cohadon, Faiza Hadji, Le Village 2 santé ( Echirolles) Association de santé communautaire globale.
  • Thierry Schaffauser , Le Syndicat du Travail Sexuel, de l’héritage de la santé communautaire pour lutter en faveur du droit
  • Vincent Leclercq, AIDES Ligne whatsapp et groupe Facebook : l’autosupport de Aides autour duchemsex – Paroles sur le Chemsex.

DEUXIÈME JOURNÉE mardi 15 janvier 2019 

Du patient au consommateur en passant par l’usager du système de soins, nouvelles libertés ou nouveaux stigmates ?

Entre la démocratie sanitaire, l’achat de substances sur le net, la prescription de drogues sur ordonnance ou le cannabis thérapeutique, la relation de la société avec les usagers de drogues se transforme-t-elle, se normalise-t-elle ou ne sont-ce que de nouveaux visages de l’assignation au silence ?

09h 45 Introduction : Alain Morel, Fédération Addiction et Fabrice Olivet ASUD

10h30-12h30 troisième table ronde :  Droit, pouvoir et démocratie sanitaire  

  • animation : Vincent Benso ASUD
  • Alain Morel Oppelia, la coopération usagers-professionnels dans de nouvelles pratiques est un levier politique de transformation culturelle et sociale
  • Marion GAUD, Association Aubes, l’histoire du Baclofène , une expérience de patients qui se transforme en Autorisation de Mise sur le Marché
  • Georges Lachaze ASUD, l’Observatoire du droit des Usagers (ODU)
  • Estelle Sarrazin, Les conseils de la vie sociale

12h30- 14h déjeuner libre

14H00-15h00 : La demande sociale de drogues est-elle plus légitime aujourd’hui qu’hier?

  • Nicolas Authier, CHU Clermont-Ferrand:  Du cannabis pour se soigner, une demande de patients
  • Marie Jauffret-Roustide INSERM: Les communautés dans la recherche en sciences sociales sur les politiques de drogues, France/USA 

15H00-17H00 Quatrième table ronde : Citoyens, société civile, et consommations, les nouvelles formes de socialisation de l’usage.

Animation Fabrice Olivet, ASUD

  • Sophie Niklaus (Norml) , drogues ,parentalité et sexualité nouvelle image des consommatrices de substances.
  • Vincent Benso , La plate-forme NPS d’ASUD: le citoyen consommateur
  • Sacha Benhamou,( Students for Liberty France), drogues une marchandise comme une autre
  • Christian Andréo (ALPO)  : le consommateur de drogues dans le droit du travail Quel risques sociaux en comparaison avec la prise en charge traditionnelle de l’abus d’alcool ?

17h00 CLOTURE Anne SOURYS, Adjointe à la Mairie de Paris, chargée de la santé et des relations avec l’APHP.

Sur internet la Prohibition c’est (presque) fini

Les nouveaux produits de synthèse (NPS), comme le Darknet sont issus de la prohibition : c’est parce que la prohibition existe que le Darknet existe et que les nouveaux produits de synthèse existent. Après les libraires, la musique et même les taxis, les drogues sont en train de faire leur révolution Internet.

Pierre Chappard est coordinateur du Réseau Français de Réduction des risques et président de PsychoACTIF. Avant ça il a été entre autre président d’Act Up – Paris et de Keep Smiling, mais aussi chargé de projet à ASUD de 2007 à 2012 pour représenter les usagers et s’occuper du forum.

Pécho sur le net
Cet article fait partie du dossier « Pécho » sur le net.

Les NPS ont été créés pour contourner les lois existantes. Leur apparition médiatique remonte à la fin des années 2000, surtout en France avec la méphédrone et le spice.

Un marché en train d’exploser

Seules quelques dizaines de NPS sont vraiment intéressantes mais le marché est en train d’exploser : 154 NPS identifiés en France depuis l’an 2000, dont 80 % ces cinq dernières années, selon l’OFDT. Aujourd’hui, chaque classe de drogue habituelle a son équivalent en NPS. On comptait plus de 600 sites de vente en 2012, des sites faisant des promotions et du service après-vente comme pour n’importe quel autre produit. Après l’interdiction de l’éthylphénidate le 9 avril 2015 en Angleterre, on pouvait en trouver à mille euros le kilo. Les produits ne sont pas chers (entre 10 et 20 € le gramme) et leur prix baisse très vite selon la quantité.

Promo éthylphénidate

Un exemple de promotion publique sur un shop « officiel » anglais suite à l’interdiction de l’éthylphénidate.

Que la plupart ne soient pas illicites ne veut pas pour autant dire qu’ils soient légaux car ils ne sont pas autorisés à la consommation humaine. C’est pour ça qu’ils sont vendus comme « Research Chemicals » (RC), qui veut dire « produits chimiques de recherche » pour contourner les lois sur la consommation.

Les produits vendus sur le Darknet (Lire Darknet, mode d’emploi) vont même jusqu’à imiter la forme des drogues, pas seulement leurs effets. On trouve par exemple de la fausse herbe saupoudrée aux cannabinoïdes de synthèse, des buvards qui imitent le LSD… Nous n’avons à l’heure actuelle pas de recul sur les NPS quant à leurs effets à moyen et long terme [Ndlr : et parfois même à court terme !]. Un des gros problèmes des RC. Autre souci : les produits ne sont pas contrôlés, sachant que beaucoup d’entre eux sont fabriqués en Chine, en Inde et au Pakistan et sont parfois encore plus dangereux (Lire Les pièges de l’achat de drogues en ligne).

« Faire de la RdR sur des produits comme ça est ce qu’il y a de plus dur parce que définir un dosage ou un protocole d’administration quand on ne connaît ni la molécule ni les proportions qu’il peut y avoir dedans… On est plutôt dans l’anti-RdR parce qu’on ne peut pas prévenir quelque usager que ce soit des effets secondaires ou des dosages. »

(Nicolas Urbaniak, Not For Human)

4 types de consommateurs

L’OFDT a repéré 4 types de consommateurs (bien qu’il n’y ait toujours pas de réelle étude en France) :

  • le milieu festif gay (notamment les slammeurs avec les cathinones) ;
  • les usagers avertis qui fréquentent les forums (et qui font notamment des trip reports, des témoignages minutés des effets secondaires d’un produit disponibles sur les sites de consommateurs, une manière de reprendre le pouvoir pour les consommateurs) ;
  • les jeunes adultes du milieu festif tekno (qui ne savent pas forcément qu’ils ont pris des RC si on leur a vendu pour un autre produit) ;
  • et depuis 2012, des jeunes qui consomment tout et n’importe quoi et surtout, qui ne connaissent pas la réduction des risques, à la différence des groupes précédents.

Les seules infos disponibles concernant la prévalence des RC en France ont été recueillies par l’association Safe qui gère des automates distributeurs de kits d’injection (Lire Safe, agence tous risques…). Son étude sur l’analyse des fonds de seringues a montré la présence de cathinones dans 25 % des cas et dans tous les lieux de collecte. L’usage se développe donc et quand les Caarud commenceront à poser la question à leurs usagers, ils découvriront que les RC sont aussi présents.

Ne pas se faire « uberiser »

Si leur consommation est encore assez faible malgré leur bruit médiatique, les NPS remettent en cause la politique des drogues parce que les gouvernements ne savent pas comment faire. On trouve très facilement sur Internet les cathinones, qui ont été interdites mais qui sont aussi de plus en plus consommées. Certains pays ont du coup commencé à changer leur législation, notamment la Nouvelle-Zélande qui vient récemment de classer les NPS selon leur risque (faible, moyen, fort) et de légaliser les cannabinoïdes à faible risque. La Commission européenne tente d’élaborer une loi classant de même en risque « faible », « moyen » et « fort », et pénalisant les vendeurs mais pas les consommateurs. Un énorme changement si les usagers ne sont plus pénalisés.

Sur PsychoACTIF, on voit des jeunes usagers qui n’ont jamais acheté dans la rue et toujours commandé sur ces sites. Et on se dit que dans dix ans, il n’y aura plus que ceux-là (Lire L’avenir de la consommation de drogues est en ligne). Il faut se mettre à la page pour ne pas se faire « uberiser », un terme de geek pour dire se faire dépasser.

Les pièges de l’achat de drogues en ligne


Ce n’est plus un secret, il est possible de se procurer des drogues sur Internet. Entre ses boutiques en lignes, ses sites de petites annonces et ses forums d’usagers, c’est un marché comme les autres. Mais est-ce aussi facile que les médias le présentent ? Quels changements en termes de risques pour les consommateurs ?

Léo Meignen et Nicolas Urbaniak font partie de Not for Human, une association communautaire de réduction des risques spécialisée sur les nouvelles drogues fondée en 2013 (Lire Quand les geek se mettent à la RdR). Ses membres se sont rencontrés sur des forums de consommateurs de drogues. Habituellement, leurs discussions bourrées d’anglicismes, d’acronymes et de termes chimiques restent incompréhensibles mais pour Asud, ils mettent un décodeur.

Pécho sur le net
Cet article fait partie du dossier « Pécho » sur le net.

Les shops « officiels »

Nous allons d’abord définir les différents types de shops : ceux qui envoient la bonne substance, il y en a pas mal, il ne faut pas se voiler la face, mais finalement, les sites qui envoient les bonnes substances ne sont pas majoritaires par rapport à l’offre présente sur Internet. Il y a énormément de scammers « sélectifs », des sites qui envoient les bons produits à leur clientèle régulière mais pas forcément la bonne substance lors d’un premier achat. Un phénomène qui commence à se développer du fait que les sites peuvent désormais se faire racheter lorsqu’ils ont une bonne clientèle.

Dans les bons shops, on va avoir les shops anglais et les shops néerlandais, qui tentent de rester dans la loi, c’est-à-dire qu’ils ne se cachent pas, montrent vraiment qu’ils vendent les produits qu’ils ont et n’hésitent pas à faire des promotions. Ce sont généralement des shops sérieux, même s’il y a un côté marketing indéniable. Les informations données sont des informations pharmacologiques, et c’est à peine déguisé : ces sites ne donnent pas les effets des substances, mais proposent des données pharmacologiques qui ne servent pas à autre chose pour les consommateurs.

Promo éthylphénidate
Un exemple de promotion publique sur un shop « officiel » anglais la veille de l’interdiction de l’éthylphénidate.

La plupart de ces sites ont un « disclaimer », un petit texte déclinant toute responsabilité vis-à-vis de ce que vous allez faire avec le produit. Les sites UK proposent en général la même chose, 10-12 produits, et se copient les uns les autres parce qu’ils ont les mêmes arrivages. Ce sont vraiment des sites miroirs. L’information est plus ou moins complète sur les paquets reçus. C’est là qu’on fait la différence entre les sites commerciaux et les sites purement marketing/scammers. Si un site propose un produit différent ou le même produit que les autres à des tarifs ou quantités trop alléchants, il s’agit probablement d’un scammer.

« Les sites anglais restent vraiment dans leur législation et c’est pour ça qu’ils ont une rotation dans leurs produits : dès qu’un produit est interdit, il ne sera plus vendu. On est donc loin de l’achat illégal. Dans leur pays, c’est tout à fait légal, le piège étant pour le consommateur que c’est à lui de vérifier si c’est légal dans son pays. Autre chose importante (d’où le nom de notre association), le “Not for Human Consumption” (pas destiné à la consommation humaine) qui les dédouane : bien que vendus en toute légalité dans leur pays, ces produits ne sont pas destinés à la consommation humaine. Si vous en consommez et qu’il vous arrive quelque chose, c’est bien fait pour votre poire, c’était marqué dessus. »

(Nicolas Urbaniak, Not For Human)

Les shops cachés

C’est de la bonne ?

SafeOrScamPour ceux qui ne connaissent pas, SafeOrScam.com (SoS pour les intimes) [NDLR : le site est devenu scamlogs.com en juillet 2015 suite à une attaque de leur serveur] est un site sur lequel on tape l’adresse web du shop qu’on a trouvé afin de connaître la note qui lui a été donnée. On y trouve aussi le score sur les trente derniers jours parce que comme certains sites ont pu fermer entre temps, ça peut varier du tout au tout. Certains peuvent en effet profiter du terme du bail du nom de domaine pour racheter les sites ayant une bonne clientèle, bien établie, et d’anciens sites fiables peuvent devenir des scams.

Mais même si cette notation permet d’avoir une vue d’ensemble, il y a plusieurs biais : les avis sont subjectifs et en général, les gens notent les shops sur les mêmes substances. Si 10 personnes notent un site 10/10 en ayant commandé du 6-APB, on ne sait pas du tout ce que vaut le 5-APB de ce vendeur. Il y a énormément de différences entre les produits d’un même shop.

Autre truc intéressant à savoir : on ne peut pas s’inscrire et poster des avis, il faut être coopté. Vous devez avoir un code qu’une personne du site vous a passé pour pouvoir vous inscrire, sachant que si vous êtes suspecté d’être un vendeur et de noter votre propre site et que les administrateurs s’en aperçoivent, non seulement vous êtes banni mais votre parrain l’est aussi.

Viennent ensuite des sites « continentaux ». En nombre bien inférieur, ils ne se ressemblent pas et proposent en général des produits plus rares. Destinés à une autre clientèle, ils sont référencés un peu plus loin sur Google. En tapant « Buy Ethylphenidate », on les trouvera par exemple à la quinzième page. Mais le problème est toujours de ne pas savoir sur quel site on va tomber. C’est pour ça que SafeOrScam.com (voir encadré)[NDLR : le site est devenu scamlogs.com en juillet 2015 suite à une attaque de leur serveur] joue un rôle très important là-dedans.

Un exemple avec scXXXon.com, qui est uniquement accessible sur invitation et on comprend facilement pourquoi : c’est un site façade, c’est-à-dire qu’on ne peut pas accéder à son catalogue tant qu’on n’a pas de compte. Une fois inscrit, on y trouve des produits qui échappent aux lois européennes, comme la 3-MMC, qui est une cathinone alors que les cathinones sont interdites depuis 2010 dans toute l’Europe. Ça ne les empêche pas d’en vendre en étant basés en Europe. D’où, là encore, l’intérêt du disclaimer : « Si vous en achetez, ce n’est pas notre problème, on n’est responsable de rien. »

 

Boutique cachée drogues Homepage publique Boutique cachée drogues Homepage privée
Page publique : des cours de soutien en chimie ? Page privée : Non ! Un catalogue de substances à commander

Certains sont des laboratoires reconvertis, comme chXXXre.com, qui se présente comme un laboratoire reconverti en boutique de vente de RC. Ou comme asXXXab.com, un shop polonais qui faisait juste des produits de laboratoire au départ.

La « gogaïne », une pure arnaque

Repérer un scam n’étant pas toujours super simple, on va plutôt parler de « sites de peu de confiance » englobant les sites qui n’envoient rien ou pas la bonne substance. De mémoire, il y avait 651 sites de vente en 2013, ça a dû exploser depuis mais c’est le dernier recensement qu’on ait. Et sur ces 651, on peut parler de trois-quarts de scams. On ne peut pas le savoir sans l’avis des utilisateurs car ce sont des sites qui ressemblent pas mal aux autres, tout en étant souvent plus flashies. Sauf qu’ils proposent aussi des aberrations pour appâter le chaland qui n’y connaît rien. Mais ça répond finalement à la demande de gens qui n’ont pas pris le temps de s’informer et de demander des avis aux gens. Ces sites peuvent éventuellement envoyer des produits psychoactifs mais qui ne correspondent pas forcément.

« On entend par “scam” les shops, boutiques en ligne, qui n’envoient pas la substance escomptée et ceux qui n’envoient rien du tout. »

(Nicolas Urbaniak, Not For Human)

Scammer shop

Exemple typique d’un scam : la « gogaïne ». On ne sait pas ce que c’est, ce n’est pas une molécule, j’ai vérifié ! Le nom est marketé, on a une petite page Facebook vantant 50 000 fans et des commentaires trop bien et surtout, un petit texte décrivant les effets et affirmant que c’est une super alternative à la cocaïne. On n’est plus du tout dans la sobriété des sites qu’on a l’habitude de voir et ça n’inspire pas forcément confiance. Autre exemple avec des produits censés faire disparaître les traces de produits (« Clearance Lines ») aux tests de dépistage, il faudra qu’on m’explique comment ça marche. De temps en temps, on voit aussi des produits chimiques extrêmement rares comme le beta-CFT, un analogue de la cocaïne, introuvable et hyper cher, donc pas le genre de truc qu’on peut trouver sur un scam.

On a également pas mal de sites en Allemagne mais qui ont pour particularité de ne pas s’exporter, c’est un peu un mystère. Enfin les sites sérieux – les sites UK qui ont bonne réputation ou les sites continentaux – proposent parfois des catégories « Rare Chemicals », comme le O-desmethyltramadol, un métabolite du Tramadol® (Ixprim® ou Topalgic®). Des parties souvent cachées, pour réduire les risques pourrait-on dire, pour éviter que n’importe qui puisse acheter directement des analogues du fentanyl par exemple.

 

Repérer un Scam Comment repérer un scam

Un ensemble qui donne un peu une idée de la disparité qui peut exister. Sur la plupart de ces sites, on peut payer par carte, même si ça tend un peu à disparaître, notamment parce que certains NPS commencent à être classés, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Donc d’un côté, oui, c’est facile d’accès mais de l’autre, il y en a énormément et comme ils se copient tous les uns les autres au niveau des produits qu’ils proposent, Google les sort en pagaille. On rejoint donc la première problématique : quel est le bon ? À ce jour, les seuls outils au service des consommateurs sont ceux qu’ils ont créés et qu’ils alimentent en permanence, comme SafeOrScam et les forums spécialisés.

 

Les communautés de consommateurs

La référence mondiale et modèle du genre est erowid.org, une association américaine indépendante qui a travaillé en étroite collaboration avec le mythique Alexander Shulgin.

Côté francophone, il existe 3 grandes communautés sous forme de forum : Psychonaut.com, Lucid-state.org et Psychoactif.org.

En France, l’association de forumeurs Nor For Human, parcourt les forums et les réseaux sociaux pour donner des conseils de réductions des risques aux consommateurs.

Échanges de bon plans en ligne

Il y a trois grandes communautés francophones de consommateurs de drogues (voir plus bas). Tous ces forums interdisent publiquement les échanges de plans et encore plus le deal. S’il a pu exister sur ces sites des discussions cachées dédiées à l’échange de plans et réservées à des forumeurs triés sur le volet, c’est surtout en tête-à-tête, via les messageries privées des forums, que se transmettent les bonnes adresses pour trouver des produits. Contrairement aux rencontres « en vrai » qui permettent de se faire une idée de la personne et qui favorisent la cooptation au sein du groupe, les communautés en ligne sont ouvertes à tous. Difficile de savoir si Kevin-du-93, 22 ans et avide d’expériences psychédéliques, n’est pas en réalité le colonel Moutarde de la cyberdouane. Choper des bons plans auprès de connaisseurs est donc un chemin ardu.

Nicolas Urbaniak de Not For Human explique :

« Il ne suffit pas de publier 3 posts ! Il faut donc souligner la difficulté à s’intégrer à cette communauté (on ne donne pas comme ça les coins à champignons aux plus jeunes qui arrivent au bistrot), ce qui nécessite tout un protocole d’usage et de cerner les personnes avant de donner des informations. Un sondage réalisé sur Psychonaut demandant dans quelle proportion les gens échangeaient leurs adresses (pas leurs plans) a ainsi montré que 75 % avaient eu recours à d’autres forumeurs pour pouvoir s’aiguiller ou avoir une idée d’où ils mettaient les pieds. Il faut aussi savoir qu’il n’est pas forcément facile de trouver quelque chose sur le Net, qu’il y a beaucoup d’arnaques et que dans les produits de synthèse, il n’y a pas que du bon. Les molécules vendues sous des noms commerciaux étant surtout des mélanges faits par les shops, on ne sait ni ce qu’il y a dedans ni à quel dosage. »

D’où l’importance, une fois la confiance acquise, de pouvoir discuter entre initiés des sources d’approvisionnement. Limiter les risques est une des principales raisons d’être de ces communautés en ligne.

Darknet, mode d’emploi ou le deal sans trace

Ce n’est plus un secret, il est possible de se procurer des drogues sur internet. C’est un marché comme les autres entre ses boutiques en lignes, ses sites de petites annonces et ses forums d’usagers. Mais est-ce aussi facile que les médias le présente ? Quels changements en terme de risques pour les consommateurs ?

Jamel Lazic est volontaire de Techno+, une association communautaire qui informe et aide les teufeurs (Lire Ecsta sana in corpore techno). Il est l’auteur principal des récents flyer Cathinones et Dépistage et s’intéresse de près aux nouveaux produits et aux moyens de se les procurer. Lors des Égus 9, il a amené Asud dans une virée live au cœur du Darknet.

Pécho sur le net
Cet article fait partie du dossier « Pécho » sur le net.

Le Darknet (ou Darkweb) est un réseau « pair à pair » ou « ami à ami », un réseau privé virtuel dont les utilisateurs sont considérés comme des personnes de confiance. On y accède de manière anonyme et le réseau n’est pas centralisé. Le Darknet est la partie la plus cachée du Deep Web, qui regroupe l’ensemble des sites et des informations qui sont sur le web mais qui ne sont pas référencés par les moteurs de recherche classiques. Les adresses sont en général en «.onion » (pas en .com ou .fr). Du fait de l’anonymat, on trouve sur le Darknet une multitude de sites qui seraient illégaux ailleurs dont des boutiques de vente de drogues. C’est ce qui nous intéresse et voici les étapes pour y accéder.

Les 3 sésames de l’achat sur le darknet

TorD’abord, utiliser un logiciel anonymisant sa connexion, comme Tor, le plus connu d’entre eux. Tor « mélange » les connexions entre beaucoup d’ordinateurs participant au programme, ce qui rend impossible de retrouver et l’identité de l’utilisateur et les infos envoyées.

Vous allez aimé avoir Tor

Thor

Téléchargeable en quelques minutes sur torproject.org, Tor est un logiciel légal dit « libre » (ouvert et gratuit). Chaque personne ayant des connaissances en informatique peut participer au projet et l’améliorer. À l’origine, Tor a été créé par des ingénieurs de l’US Navy qui voulaient trouver un moyen d’envoyer des données aux espions qui étaient dans les pays ennemis. Tor permet aussi bien de surfer sur des sites comme lemonde.fr ou leboncoin.fr de manière totalement anonyme, que d’accéder au Darknet qui attire de nombreuses activités illégales.

118mg MDMA + 3,3mg Amphétamine + 2mg CaféineBitcoin (janvier 2014)

Deuxièmement : recourir à une monnaie virtuelle comme les bitcoins, qui sont totalement indépendants de toute autorité financière. On peut les obtenir de différentes manières : ils peuvent être « minés » par des personnes ayant d’excellentes connaissances en informatique qui vont mettre à disposition des machines pour calculer en permanence l’ensemble des portefeuilles et l’indice de la monnaie ; ou vendus sur des plateformes d’échange spécialisées, qui proposent l’achat et la revente à des taux qui varient constamment. Un bitcoin vaut aujourd’hui [Ndlr : le 13 avril 2015] 222 €. Sur ces plateformes, on achète des bitcoins, soit à des entreprises qui « minent » pour ensuite les revendre, soit à des plateformes locales, où chacun peut proposer et vendre ses bitcoins. On vous demandera votre identité, votre adresse et généralement de payer par virement pour éviter les arnaques et les CB volées. Il existe aussi des vrais comptoirs, comme « La Maison du bitcoin » à Paris, où vous pouvez en obtenir avec une simple pièce d’identité.

bitcoin walletCes bitcoins sont regroupés dans un portefeuille ou wallet (dernier sésame nécessaire) sur votre ordinateur grâce à un logiciel hors-ligne que vous allez télécharger, dans votre téléphone portable ou en ligne via des sites Internet. Un portefeuille bitcoins, c’est simplement une série de chiffres et de lettres avec un code pin ou un mot de passe. Si vous perdez votre mot de passe ou votre code pin, vos bitcoins disparaissent. Personnellement, je me sers d’un logiciel qui s’appelle Electrum et qui permet de gérer son portefeuille en ligne. À aucun moment, on ne demandera le nom de la personne qui veut envoyer ou recevoir des bitcoins.

Où trouver de la drogue ?

On a donc téléchargé Tor, acheté et mis des bitcoins à l’abri dans un wallet, reste ensuite à savoir où acheter de la drogue. On trouve sur le web classique des forums d’actualités du Darknet, comme deepdotweb.com, qui fournissent des adresses de sites (en .onion), des critiques des différentes places du marché vendant des produits stupéfiants, un système de notation en étoiles, et des commentaires pour avoir une idée sur quel site aller. Ou encore l’annuaire thehiddenwiki.org qui essaie de recenser les sites du Darknet. Une fois l’adresse choisie, on la copie dans Tor pour accéder aux offres.

Cet annuaire note les sites qui notent vendeurs du darknet

L’autre méthode, c’est d’utiliser Grams, un moteur de recherche qui ressemble fort à Google et qui fonctionne comme un comparateur de prix. Après avoir saisi dans Tor l’adresse (facile à trouver) en .onion de Grams, il suffit de taper vos mots-clés pour que Grams affiche la liste des offres en cours sur différentes places de marché du Darknet.

Grams Grams résultats
On tape cocaine dans Grams…
…et le moteur vous en propose des kilos !

Attention ! Comme pour les shops de RC (Lire Les pièges de l’achat de drogues en ligne), c’est un marché qui évolue très vite et les sites de confiance peuvent rapidement devenir des escroqueries : le site a très bien fonctionné pendant des années, respecté ses vendeurs et ses acheteurs, et du jour au lendemain, commence à faire disparaître des bitcoins ou des comptes utilisateurs (comme le site Evolution, dont les propriétaires sont partis avec la caisse).

Agora, un eBay de la drogue

Un exemple avec un site ayant une bonne réputation, Agora, similaire à feu Silk Road. Comme sur eBay, vendeurs et acheteurs vont pouvoir se rencontrer et s’évaluer. Le site vous demandera de vous enregistrer : un nom d’utilisateur, un mot de passe et un code pin (un mot de passe pour pouvoir utiliser son portefeuille de bitcoins en ligne sur ce site). Comme le montre l’illustration ci-dessus, on y trouve à la fois des offres de produits stupéfiants et des forums avec toute une partie consacrée aux conseils de réduction des risques sanitaires, d’achat, les produits de coupe à utiliser (pour les vendeurs), comment reconnaître les produits, etc. On trouve également des médicaments, des stimulants, des contrefaçons et des produits stupéfiants.

Agora homepage

Comme, par exemple, cette offre de méphédrone (illustration ci-dessous), qui est interdite en Europe depuis 2010 : on voit pourtant qu’elle peut être livrée de Grande-Bretagne, des informations sur l’endroit où se situe le vendeur qui permettent de calculer le nombre de frontières que le produit aura à franchir avant d’arriver et de limiter le risque douanier. Mieux vaut si possible s’adresser à un vendeur hexagonal. On trouve aussi les dernières notes et commentaires à propos du vendeur.

Agora MéphedroneSi vous décidez d’acheter, on vous demandera votre n° de compte bitcoins, et le vendeur ne sera payé qu’une fois le produit livré pour éviter les arnaques. En résumé voici comment se passe l’achat sur le darknet :

crédit : Humanoïde magazine
crédit : Humanoïde magazine

« D’après l’étude de Fernando Caudevilla, à partir des données de Silk Road sur les NPS, la plupart des transactions en grosses quantités vont plutôt concerner les RC et aller d’Asie vers l’Europe et les États-Unis, alors que les petites quantités (moins de 200 $) vont plutôt être des street drugs traditionnelles allant d’Europe vers l’Europe ou des États-Unis vers l’Europe. »

(Jamel Lazic, Techno+)

La RdR sur le Darknet

La plupart des places de marché sur le Darknet disposent de forums. Les discussions des utilisateurs sur les arnaques et les conseils sanitaires y sont monnaie courante. Certains participants se sont fait une spécialité d’aider les autres, ces groupes d’entraide sont parfois encouragés par les administrateurs du site, comme ce fut le cas sur Silk Road, plus célèbre site de vente de drogues en ligne fermé (2 fois) par le FBI.

Outre les LSD Avengers (Lire Lysergamides 2015 : un nouveau summer of love ?), Fernando Villa d’Energy Control, une association espagnole qui fait aussi de l’analyse de produits, a mené pendant deux ans une action de réduction des risques (RdR) sur le forum de Silk Road en invitant les usagers à poser des questions au Dr X, qui a du coup répondu à plusieurs milliers de posts. Il a même reçu des dons en bitcoins pour ses services !

Lors de son procès, Ross Ulbricht a déclaré pour sa défense que « l’une des principales priorités de Silk Road était de réduire les risques et de promouvoir l’éducation sanitaire aux drogues ». De quoi rêver à une collaboration saine entre dealers et associations de RdR. Malheureusement pour lui, cette ligne de défonce défense ne l’a pas empêché d’écoper d’une sentence exemplaire : double perpétuité et 184 000 000 $ d’amende.

L’avenir de la consommation de drogues est en ligne

Ce n’est plus un secret, il est possible de se procurer des drogues sur internet. C’est un marché comme les autres entre ses boutiques en lignes, ses sites de petites annonces et ses forums d’usagers. Mais est-ce aussi facile que les médias le présente ? Quels changements en terme de risques pour les consommateurs ?

Olivier Peron est journaliste et auteur d’un dossier sur le deal de drogues en ligne via le Darknet paru dans le n°3 d’Humanoïde, un magazine dont il est le fondateur. Cette publication, qui a pour sous-titre est « La technologie est l’opium du peuple », fait très régulièrement allusion aux drogues. Illustrant cette intervention, leur dernière campagne de promotion transforme les grandes marques du web en produits de défonce.

Pécho sur le net
Cet article fait partie du dossier « Pécho » sur le net.

J’ai la certitude que l’avenir de la consommation de drogues est au Darknet et que dans dix ou vingt ans, il y aura beaucoup moins de deal de rue. Parce que le Darknet, c’est « génial » (on parle quand même de trafic de drogue…). Ce n’est pas très risqué pour le consommateur qui est absolument anonyme (tant qu’il est sur le Darknet et qu’il paye en bitcoins, il reste introuvable, personne ne peut dire qui il est). Une certaine tranquillité d’esprit vis-à-vis de la loi.

Les risques face à la loi

Que risque-ton face à la loi ? En ce qui concerne le flux électronique et les flux financiers, absolument rien en passant par le Darknet et en payant en bitcoins. Mais il y a risque à l’envoi du pli postal car il y a alors flux physique et là, vous risquez quelque chose. Mais les autorités font-elles beaucoup d’efforts pour essayer d’endiguer ce genre de trafic qui commence à prendre des proportions notables ? La cyberdouane française, c’est 10 à 12 personnes connectées 24 heures sur 24, qui connaissent très bien leur sujet. Mais d’après leur grand patron, ce qui les intéresse, ce n’est pas de scanner tous les plis postaux pour essayer de trouver 1 ou 2 grammes, mais les vendeurs. Entre 70 et 100 vendeurs opèrent depuis le territoire français mais l’avantage du Darknet Market, c’est qu’on peut aussi acheter à l’étranger sans risquer grand-chose : si le colis est intercepté et que les douaniers viennent chez vous, à eux de prouver que c’est vous qui avez passé la commande. Et comme on est sur le Darknet avec des bitcoins, c’est impossible. Encore une fois, du point de vue du consommateur et des risques vis-à-vis de la loi, le Darknet, c’est merveilleux.

crédit : Humanoïde magazine


Le fonctionnement des transactions anonymes sur le darknet (source Humanoïde magazine)

La qualité des produits

Concernant les risques sur la qualité des produits, je n’ai pas testé, mais le consensus général sur les forums de consommateurs est que la qualité est excellente, bien meilleure qu’avec le deal de rue, grâce à la notation des vendeurs par les consommateurs. La compétition commerciale est donc féroce entre vendeurs. La coke est par exemple pure de 60 à 90 % [Ndlr : contre 10 % à 30 % en moyenne chez le dealer du coin], mais forcément plus chère (de 100 à 150 € le gramme). Idem avec le cannabis et le taux de THC. Internet offre par ailleurs accès à un panel de produits qu’un dealer seul ne pourrait pas proposer.

Certains vendeurs sont capables de proposer 80 produits différents : opium, héroïne, Xanax®, coke, 20 variétés de cannabis… Une panoplie proposée par une seule et même personne, dont certaines totalisent 10 à 30 transactions par jour. Mais il y a parfois des problèmes d’étiquetage (par exemple 2C-B à la place de 4-MMC) et mieux vaut toujours faire un sniff test pour vérifier que les effets correspondent bien à ceux qui étaient attendus (et pour éviter d’éventuels surdosages liés à la pureté).

Les risques d’arnaque posent des problèmes : quelqu’un d’extrêmement dépendant à l’héroïne et qui achèterait uniquement par Internet, toutes les semaines à un vendeur avec lequel il entretient une relation de confiance. Et tout d’un coup, le site ne marche plus et le vendeur disparaît. Il faut donc faire attention à multiplier les sources [Ndlr : ce qui n’est pas bien difficile en ligne, contrairement au deal de rue si vous n’habitez pas une grande agglomération] quand l’utilisation est autre que récréative.

« L’achat de drogues sur le darknet c’est le téléchargement illégal des années 90 d’aujourd’hui : ça reste compliqué. Mais dans quelques années les drogues seront accessibles en ligne aussi simplement et surement que les films et les séries.»
(Olivier Peron, Humanoïde Magazine)

La fracture numérique

Accéder à ce marché nécessite d’avoir un ordi, une connexion, de télécharger Tor, maîtriser les bitcoins… et surtout, d’être anglophone car tout est encore en anglais. On peut donc craindre que le Darknet ne soit le futur du trafic de drogues que pour la classe moyenne blanche, qui a une connexion Internet, parle correctement anglais et est à l’aise avec l’outil informatique.

On risque alors d’assister à une séparation des marchés avec des points de vente dans les cités sensibles qui continueront à alimenter des gens qui sont eux-mêmes très marginalisés, ce qui renforcera la stigmatisation du méchant « dealer arabe » abusant des « pauvres exclus ».

Certains vendeurs sont cependant passés du deal de rue au 100 % Internet, en prenant soin de faire poster leurs envois dans des endroits différents pour ne pas se faire repérer. Je ne sais pas si le dealer arabe des cités va sur le Darknet ou même s’il le connaît, mais les choses vont forcément évoluer. C’est vrai aussi que ce nouveau mode d’achat ne concerne pas non plus l’usager précarisé des Caarud. Quoique pour les nouveaux produits de synthèse, un smartphone et une CB suffisent, et on peut très bien se faire livrer en poste restante, faute d’adresse.

Un mieux pour la société ?

Humanoïde Pub Windows doseLe Darknet s’assainit de plus en plus, dans cinq ou dix ans, le marché sera stable. On peut faire le parallèle avec le téléchargement illégal à la fin des années 90 : de nouveaux outils sont apparus en 2000, les processus de piratage sont devenus de plus en plus faciles et maintenant, tout le monde le fait. Le Darknet d’aujourd’hui, c’est le téléchargement illégal des années 90. On en est aux prémices, les outils sont difficiles d’accès (Lire Darknet : mode d’emploi), c’est toujours un peu compliqué d’acheter des bitcoins, de crypter son adresse et de virer ses bitcoins sur le portefeuille du dealer, mais ça va se simplifier. Ça ne peut aller qu’en s’améliorant.

Dans 4-5 ans, on pourra commander sa drogue sur Internet en toute sécurité parce que les autorités n’ont pas l’air de vouloir faire quelque chose (on ne verra jamais un scan systématique des colis postaux parce que ça touche au secret des correspondances). Ce genre de trafic qui se virtualise évite le trafic de rue, les dealers en bas de l’escalier, et toutes les nuisances qui vont avec. C’est un progrès, à la fois pour les consommateurs et pour la société dans son ensemble. Rendez-vous dans une dizaine d’années.

« Une immense hypocrisie »

Cette dernière session des égus était donc consacrée aux personnes qui prennent des drogues et qui travaillent dans des structures médicosociales, parce qu’il semble que dans ce pays, cela pose problème alors que dans certains pays anglo-saxons, c’est quasiment la règle.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

J’ai par exemple été frappé aux États-Unis où l’ensemble du secteur de base, ceux qui sont au contact avec les usagers, sont des gens qui se définissent comme ex-usagers et savent du coup exactement de quoi ils parlent. Même s’ils sont par ailleurs diplômés, les gens ne se cachent jamais d’avoir été consommateurs. En France, cela aboutit à un paradoxe : ceux qui travaillent dans les structures et consomment eux-mêmes des drogues seront les derniers à pouvoir profiter des services proposés par leur structure. C’est une cause d’invalidation de leur parole et de leur profession. Il serait pourtant intéressant que l’ensemble des gens qui travaillent dans ce secteur et qui consomment des substances aient à un moment la possibilité de s’exprimer publiquement, collectivement ou anonymement sur leur usage pour changer les représentations au niveau de la société. Que l’on s’interroge enfin sur cette immense hypocrisie qui consiste à avoir les usagers d’un côté et les professionnels de l’autre.

 

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Une dichotomie sur le rôle des usagers

C’est effectivement un secret de polichinelle : les travailleurs sociaux qui travaillent avec les usagers de drogues sont eux-mêmes un peu usagers, voire un peu beaucoup.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Sondage EGUS 9

D’après un petit sondage anonyme réalisé par Internet auprès des participants à ces Égus à l’aide de simples questions (« Êtes-vous usager de drogues ? », « Professionnel de la RdR diplômé et usager de drogue ? » …), les plus représentés sont des professionnels de la RdR diplômés, qui constituent 55 % de la salle, dont la moitié sont usagers de drogues. Ce n’est donc pas négligeable. La réduction des risques s’est historiquement construite avec des associations d’autosupport ou communautaires où les usagers avaient toute leur place parce que leur expérience était prégnante.

Des structures hors-cadre législatif jusqu’au décret donnant voix à la RdR dans la politique de santé publique qui précise que « les acteurs professionnels de santé ou du travail social ou membres d’associations comme les personnes auxquelles s’adressent ces activités doivent être protégés des incriminations d’usage ou d’incitation à l’usage au cours de ces interventions. L’organisation de l’entraide et du soutien par les pairs fait partie des modalités d’intervention de ces actions. » La santé communautaire et les usagers pairs s’inscrivent donc dans ces processus. Pourtant, en 2007, la loi relative à la prévention de la délinquance stipule, dans son article 54, que les peines seront aggravées d’emprisonnement et/ou d’amendes en cas d’usage au volant et pour les personnes travaillant dans les services publics.

Un certain nombre de questions

Une dichotomie sur le rôle de ces usagers et ce qu’ils peuvent supporter ou pas, qui pose un certain nombre de questions : Pourquoi les usagers de drogues sont-ils bâillonnés ou dans le déni ? En raison de cette loi de prévention de la délinquance ? De leur crédibilité professionnelle ? Pour ne pas être réduits au seul statut d’usager ? Pour se protéger face aux sollicitations ? Parce que leur usage n’est, pour eux, pas représentatif des personnes croisées dans la structure, et qu’ils ne se considèrent donc pas comme usagers pairs ? Il y a également une certaine porosité (on peut arriver sans être usager et le devenir un peu ou l’inverse, ce n’est jamais figé dans le temps), mais aussi un problème de réglementation et la problématique des diplômes (l’obligation d’être diplômé, ce qui est compliqué pour certains). Au final, comment articuler la santé communautaire et l’autosupport dans les structures médicosociales, et comment cette place peut-elle ou doit-elle être prise en termes de management, de diplôme, d’identité, de militantisme… ?

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Le communautaire, l’autosupport et la place des usagers

Je pensais illustrer cette question à travers mon parcours : j’ai découvert sur le terrain cette histoire du communautaire, de l’autosupport et de la place des usagers, qui ne figuraient pas dans mes études de pharmacie.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Je suis arrivée à la mission Rave de Médecins du monde il y a douze ans, sans connaître le monde de la teuf et j’ai découvert l’intérêt de ce beau melting-pot d’usagers de différents milieux, de gens issus des sound systems, et d’intervenants. J’ai apprécié qu’il n’y ait pas de jugement et qu’on me demande mon avis en tant qu’étudiante en pharmacie. Un joyeux mélange où régnait un certain équilibre (un usager pouvait parler à quelqu’un de plutôt usager ou plutôt professionnel, selon ses envies). Une multiplicité de profils bénéfique au sein de la mission où on apprenait chacun des uns et des autres. Étant personnellement sur le dispositif d’analyse des drogues, on m’a très vite parlé de la proximité de l’usage, et du risque de devenir consommatrice ou de consommer plus. La question de qui est usager et qui ne l’est pas s’est donc très vite posée assez ouvertement au sein de la mission. Une première approche de ce qui était, selon moi, l’approche communautaire bien que Médecins du monde ne soit pas considérée comme une association communautaire.

Une étiquette qui enferme

J’ai continué avec le projet Squat qui m’a peut-être encore mieux fait comprendre ce qu’est l’approche communautaire. Mais les communautés sont parfois « enfermantes » car il n’y a pas un type de squatteur mais des squatteurs. C’est mettre une étiquette sur des gens (« es-tu issu de la communauté ? ») alors que ce qui est intéressant, c’est le mélange des communautés. Dans le projet Squat, on a retrouvé ce mélange de gens. Et bien que n’étant pas moi-même issue de la communauté, je pense avoir eu une approche communautaire qui, selon moi, n’est pas être issu de la communauté mais faire avec les personnes, quelles qu’elles soient. Si on se retrouve sur une question, si on est un peu intéressé, on arrive à faire ensemble et c’est ça qui est intéressant.

Une question de légitimité

Je suis maintenant sur le programme Erli, qui peut paraître beaucoup moins communautaire bien qu’il y ait eu, dans l’équipe, des usagers injecteurs ou non-injecteurs. Mais finalement, qu’appelle-t-on usager ? Est-ce être usager de cannabis ? Sniffer, gober, injecter ? À quelle fréquence ? Toutes ces questions sont de nouveau un peu trop caricaturales et certains n’ont pas forcément envie de s’identifier en tant que tels. Ceux qui ont des pratiques d’injection occasionnelles ne se considèrent, par exemple, pas toujours comme des injecteurs. Dire que l’on s’adresse aux injecteurs revient donc à résumer une personne à une pratique. Dans l’équipe, il y a effectivement des personnes qui pratiquent l’injection de manière occasionnelle, qui le disent et peuvent en parler et d’autres, qui ne le feront pas. Y a-t-il une utilité à le dire ? C’est la question de la légitimité. Moi, ma légitimité, je l’ai acquise sur le terrain. N’étant pas au départ consommatrice, j’ai dû aller chercher cette légitimité à intervenir mais finalement, un usager ne fera pas forcément un bon intervenant et lui aussi doit aller chercher une légitimité.

Le risque lié à la proximité des produits

Dans le programme Erli où on est en très grande proximité de l’usage puisqu’on voit des gens injecter, être usager et donc potentiellement tenté par ce qu’on voit est une vraie question. Parce que si on n’est pas au clair dans sa tête par rapport à ça, c’est un peu compliqué d’intervenir. Qu’on soit usager ou pas au départ, parce que la proximité des produits peut mettre en difficulté. Si on ne demande pas aux gens s’ils sont usagers quand on les recrute, il faut donc qu’ils se sentent libres d’en parler quand ils s’estiment en difficulté. Ce n’est pas évident à aborder et cela relève effectivement de la vie privée, mais plus quand cela risque de mettre sa vie ou celle du dispositif en danger. Et sur des dispositifs comme Erli, on n’a pas le droit à l’erreur. Le dire aux usagers qu’on rencontre n’est pas forcément utile à mon avis. Il y a différents cercles et différents espaces mais ce sont des choses qui devraient être plus largement réfléchies ou débattues.

L’auteure, Marie Debrus, est présidente de l’AFR et coordinatrice de la Mission Education au Risques Liés  l’Injection (ERLI) de Médecins du Monde.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Se poser la question en tant qu’employeur

Il faut aussi se poser la question du côté des employeurs, à la fois en tant qu’employeur d’usagers et éventuellement en tant qu’employeur concerné. Quand on est directeur d’une association comme Asud, on est par exemple employeur d’usagers de drogues.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Début 90, je travaillais à Arcade, un des premiers programmes de réduction des risques à faire de l’échange de seringues dans le 93 et dont une partie des salariés était des usagers qui avaient été recrutés pour ça. Manque de pot, l’un d’eux est tombé dans sa vie privée dans une histoire de 50 kilos de shit et l’association a dû fermer.

Autre exemple : le président de Techno+ poursuivi par la justice pour des flyers (Sniff propre et Drug Mix), qui a été licencié de l’établissement médicosocial dans lequel il travaillait au moment du procès.

« Ce qui se raconte dans une équipe n’est pas non plus ce qui se raconte sur la place publique. « Si tu es drogué et que tu veux travailler dans un programme de réduction des risques, arrête la drogue ou change de métier » : on en est un petit peu là quand même. »
Valère Rogissart

Une vraie question

Et c’est une vraie question : quand on a eu un souci avec un salarié de Sida Paroles, là encore dans le cadre de sa vie privée, qui a été jugé et incarcéré à Nanterre où l’association intervenait massivement, on s’est demandé si on devait le licencier pour faute grave ou lourde. Il faut quand même une solide conception des choses au niveau de l’association et du conseil d’administration sur l’attitude à tenir à cet égard, sachant qu’on ne licencie pas non plus quelqu’un comme ça pour usage de drogues, ce n’est pas aussi simple. L’association a choisi de ne pas le licencier (pour un problème de shit) et je suis très fier en tant que directeur à l’époque de ne pas avoir licencié à cause de son usage de drogue quelqu’un qu’on avait engagé parce qu’il était usager de drogues.

C’est un vrai problème, parce que la question, c’est « Est-ce utile d’avoir des usagers dans les structures médicosociales, Caarud, Csapa et autres ? » Les ex ne posent pas le même problème. Je travaille dans une communauté thérapeutique où les conseillers en addictologie sont d’anciens patients dépendants soignés, qui ont suivi une formation et qui font aujourd’hui partie intégrante des professionnels, au côté des assistantes sociales, des éducs, toubibs, psycho, etc. Mais comme ce sont des ex, c’est moins compliqué.

EGUS 9 Pierre ChappardOui, c’est utile

La question, ce sont les usagers actifs, et de ce que j’ai pu voir de mon expérience sur l’utilité d’avoir des usagers de drogues, la réponse est un oui franc et massif. Pour connaître les milieux, comprendre comment ça se passe et ce qui se dit. La première fois que j’ai été en rave avec la mission Rave, je n’ai par exemple rien compris à ce que m’a dit un mec avec lequel j’ai discuté pendant trois-quarts d’heure. Heureusement qu’après, j’avais un traducteur grâce auquel j’ai pu apprendre la langue. C’est aussi une question de connaissance des pratiques, des produits, une capacité de contact, mais c’est d’abord une histoire d’empathie avec les usagers de drogues, une forme de proximité. Même si un fumeur de pétards depuis trente-cinq ans n’a pas les mêmes références culturelles ou le même mode de vie qu’un crackeur de Stalingrad, on retrouve quand même certains points communs.

Il me semble que c’est dans les programmes où il y a mixité d’intervenants qu’on continue d’inventer des nouveaux outils, sur l’injection, le sniff, etc., pas dans les institutions classiques.

« Je n’ai pas de diplôme, mon diplôme, c’est ma vie, mon parcours de vie. Et c’est pour moi une façon de me valoriser. Ne pas le dire, c’est comme si je refusais ma vie, j’ai besoin de mon parcours d’usager pour m’identifier. »
José Mendes

La difficulté de le revendiquer

Est-ce un problème de revendiquer son usage quand on est intervenant ? Je n’en sais rien, ça me paraît compliqué. Mais le sociologue Michael Pollack a montré dans le VIH que moins les personnes gay étaient en mesure d’assumer leur identité homosexuelle, moins elles étaient en capacité de se protéger et donc de diffuser les messages de protection. J’émets donc l’hypothèse que ne pas assumer son identité d’usager va être compliqué pour faire un certain nombre de choses et porter les messages dont on a besoin. C’est la question de la plus-value (y en a-t-il une ou pas ?, je pense que oui), mais tout cela reste quand même très lié au statut légal des drogues et à la pénalisation potentielle des usages et donc, des usagers.

L’auteur, Valère Rogissart, est directeur d’Aurore 93.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Les usagers-salariés du médicosocial : échange avec la salle

Fabrice Olivet : Asud s’est par exemple retrouvé avec un coordinateur des évènements festifs qui faisait systématiquement des OD sur son lieu de travail jusqu’à se faire évacuer par hélicoptère. On a alors estimé que ça suffisait et décidé de le licencier mais il nous a poursuivi aux Prudhommes où il a gagné. C’est donc l’association qui a été pénalisée en tant qu’employeur.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

L’entretien d’embauche

Georges Lachaze : Est-ce une question qu’on peut aujourd’hui poser lors d’un entretien d’embauche ?

Valère Rogissart : Non, cela fait partie des questions qui relèvent du secret médical. Certains métiers dits « à risque » sont soumis à dépistage via la médecine du travail mais sinon, l’employeur n’est pas fondé à poser la question en entretien ni à le vérifier.

Le risque de devenir l’usager de service

Georges Lachaze : Il y a aussi un côté usager une fois, usager toujours. Et quand on est salarié d’une structure médicosociale, ce n’est pas toujours évident de revendiquer et d’assumer son usage. D’une part, auprès de ses collègues et de son équipe, et d’autre part, auprès des autres usagers. Au-delà de la crédibilité, on court le risque d’être enfermé dans le rôle de l’usager de service et ça peut bloquer.

EGUS 9 Marjorie Corridon

Marie Debrus : C’est vrai qu’aujourd’hui, dire qu’on consomme n’est pas forcément bien vu pour des personnes diplômées, sachant qu’on risque aussi de se le prendre dans les dents dès qu’on n’assure pas au boulot. Tout en disant ensuite qu’on fait de la RdR et qu’on est dans la tolérance et l’acceptation… C’est un peu l’inverse de ce que j’ai appris dans la réduction des risques et le communautaire. Le communautaire s’appuie sur la Charte d’Ottawa qui parle bien de renforcer les compétences des personnes, de les rendre autonomes et de faire avec elles, quelles qu’elles soient, sans étiquette.

L’autosupport, c’est autre chose parce qu’il y a une question d’identité à défendre et à mettre en place. Il faut de tout mais il ne faut pas tout confondre : il ne faut pas que le communautaire devienne l’usager de service qui arrange tout le monde et qui l’enferme, parce que c’est l’opposé de l’empowerment.

En son nom propre ou politiquement ?

EGUS 9 Jean-Pierre Galland, Fabrice Olivet et Fabienne LopezFabrice Olivet : C’est effectivement compliqué mais en même temps, il y a deux plans superposés : la question de l’usage/abus/dépendance d’un côté, et de l’autre, la position plus politique. C’est d’abord parce que c’est un acte de délinquance qu’il faut pouvoir le proclamer, quels que soient la fréquence et le degré de l’usage. Au début de la réduction des risques, il y a eu un militantisme très fort pour pouvoir engager ces gens-là, pour qu’ils soient visibles et que la santé communautaire devienne autre chose qu’une illusion. Il y avait un sens politique et même les « ex » ont une forme politique parce qu’en France, même « ex », c’est compliqué. Et c’est plus à ce niveau-là qu’on pourrait encore faire des efforts et des progrès pour que les gens qui travaillent dans les structures aient la possibilité d’avoir un discours plus militant.

Georges Lachaze : La question, c’est de savoir si on le porte en son nom propre ou comme une idée parce qu’on en est convaincu, un discours qui peut être porté par des non-usagers. Politique ou pas, on ne peut pas passer de l’un à l’autre, effacer l’ardoise et revenir le lendemain au boulot. Le simple usage peut entraîner des emmerdes face à la loi, le revendiquer haut et fort dans un cadre politique peut accroître la visibilité et les problèmes, d’autant plus quand tu travailles dans une structure médicosociale où les peines seront encore aggravées. Alors tu réfléchis à deux fois.

EGUS 9 Jamel LazicFabrice Olivet : C’est sur la représentation que c’est important. Les choses ne changent que quand la société commence à s’identifier. Si les gens qui travaillent dans le médicosocial et, plus globalement, dans le soin aux usagers avaient la possibilité de proclamer cette identité, cela constituerait une avancée majeure en termes de changement de représentations.

Valère Rogissart : Tout est dans le « s’ils avaient la possibilité de ». Prendre un risque politique (afficher une idée, un positionnement), c’est une chose mais là, c’est différent parce que ça peut avoir des conséquences pénales. Vas mettre en danger ton diplôme et ton niveau de qualification pour une question comme celle-là… Ce n’est pas la même chose que d’appartenir à une organisation qui porte le discours et qui peut en tant que telle prendre un certain nombre de risques.

Fabrice Olivet : Il faut qu’on arrive à trouver le moyen de monter des lobbyings politiques en renforçant la visibilité des gens qui travaillent dans le secteur pour changer les représentations.

Dans quel but ?

Aude Lalande : On ne peut porter seul des pratiques aussi stigmatisées que l’usage de drogues. Il faut restaurer du collectif autour de tout ça mais la question, c’est : pour quelle utilité ?

EGUS 9 Fabrice PEREZGeorges Lachaze : Ce qui peut être bénéfique à un moment et sur une question peut ne pas l’être du tout sur le temps de travail ou la professionnalisation. La RdR, c’est du sur-mesure, pas du prêt-à-porter, et ces questions se traitent souvent au cas par cas, au feeling. C’est difficile de généraliser.

Laurent Appel : Assumer ses consommations dans un cadre politique par rapport à des revendications réelles comme l’héroïne médicalisée ou le cannabis thérapeutique a un sens réel. Peut-être manque-t-on de collectif pour l’exprimer mais à l’heure du Story Telling, c’est aussi en multipliant les histoires qu’on peut avoir un impact. Il faut qu’on réfléchisse à ça, parce qu’on vit dans une société où l’addition des individualités crée aussi un mouvement. La multiplication des histoires individuelles finit par frapper la société.

Fabrice Olivet : Les expériences individuelles s’inscrivent dans un collectif, elles ont valeur d’exemplarité et c’est par l’identification que les choses vont changer.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

EGUS 9

Prescription de cannabis thérapeutique : l’extension du domaine de la lutte

Laurent Appel est journaliste et membre d’ASUD entre autres. Il est l’auteur de nombreux sujets sur le cannabis thérapeutique ou pas.

Cet article fait partie du dossier La prescription hors-cadre.

La prescription hors-cadre du cannabis, c’est typiquement la même extension du domaine de la lutte qu’en 1995 pour les opiacés : ce sont des usagers qui ont à la fois le médicament et la connaissance, et face à eux, un mur qui propose au mieux du Marinol® ou du Sativex®, alors que ce n’est absolument pas la demande. Mais ce mur est en train de s’effriter, notamment grâce à Internet. Il y a à la fois un désintérêt de la recherche publique, de la recherche privée, des médecins, y compris des spécialistes directement concernés alors que dans d’autres pays comme les Pays-Bas, les États-Unis, le Canada, la République Tchèque ou Israël, il y a à la fois de la recherche publique, de la recherche privée, des médecins, des collectifs de malades, et des entrepreneurs qui poussent des expérimentations, des nouvelles formes galéniques. Fabienne a oublié de citer le suppositoire, qui permettra peut-être de prendre de fortes doses de cannabinoïdes sans être perché à donf. Une récente conférence internationale à Prague évoquait des suppositoires dosés à 1,5 gramme de THC sans que la personne soit incommodée par le dosage. On passerait donc d’une médecine qui traite les symptômes à une médecine d’attaque, sur les tumeurs, les tremblements de l’épilepsie, la spasticité.

Pas une médecine au rabais avec le Sativex® et son sous-dosage en principes actifs et en indications, et avec un mensonge caractérisé du corps médical et politique qui racontent qu’il est disponible et destiné au traitement de la douleur alors qu’il n’est toujours pas disponible pour une affaire de prix et d’efficacité, et qu’il n’y a pas d’indication pour la douleur. Il ne sera prescrit que pour la sclérose en plaques, en cas d’échec répété des autres thérapeutiques, soit moins de 5 000 personnes concernées en France. Après, c’est la prescription hors-AMM, donc on se retrouve encore une fois à sortir du cadre de prescription pour des médicaments qu’en plus, on ne veut pas. On est dans une situation totalement ubuesque où des médicaments nécessaires sont disponibles dans certains pays, seraient accessibles à des patients français mais dans des mauvaises conditions de sécurité et de remboursement, et où rien ne se passe. Certains patients ne sont pas des usagers de drogues, n’ont pas accès au marché du cannabis, et quand des parents cherchent à avoir du CBD pur pour leur enfant épileptique, on ne peut leur dire d’aller à la cité acheter un bout de shit. Ils n’auront pas le CBD pur qu’ils veulent et qui est pourtant disponible dans certains pays européens.

« Anecdote ne fait pas santé publique. Il y a nécessité de penser une nouvelle gouvernance sur ce sujet, de réunir les forces qui sont trop éparpillées dans notre pays et de tracer des axes clairs. Qu’on ait autant de retard sur les États-Unis ou Israël en matière de cannabis n’est en rien légitime. Il faut une approche médicamenteuse (y a-t-il supériorité dans telle ou telle indication ? ), une approche classique et validée sur le sujet. L’addictologie est une science relativement récente qui s’est fonctionnarisée et il ne faut pas oublier de la restimuler. »

Il va quand même falloir que la réalité médicale française rejoigne la réalité médicale internationale et qu’on se rende compte que ce mouvement du cannabis médical s’est enraciné, qu’il y a des conférences internationales comme celle de Prague réunissant le ministre de la Santé, l’ambassadeur d’Israël et dix professeurs émérites. On est donc complètement sortis de la bricole à l’échelle mondiale et européenne mais, en France, on y est toujours. Parce qu’il y a une vraie frilosité du corps médical qui se retrouve dans la même position qu’avec les opiacés : ne pas donner de la drogue aux drogués. Ce sont pourtant des questions de vie ou de mort. Il est vraiment temps qu’on arrête de voir le cannabis thérapeutique comme un moyen de se faire du cannabis. Du cannabis, il y en a partout, on n’a pas besoin de dire qu’on est malade pour en avoir, et le cannabis qu’on peut avoir sur ordonnance (comme le Bedrocan), ce n’est vraiment pas le kif. Une situation qui pousse en outre les gens à se faire arnaquer sur Internet : selon une enquête de la Food and Drug Administration (FDA), 36 sur 42 produits vendus pour du CBD étaient des fakes, dont la moitié ne contenaient aucun cannabinoïde. Le royaume des arnaqueurs et des charlatans : voilà le résumé de notre situation.

Cet article fait partie du dossier La prescription hors-cadre.

L’usage de cannabis thérapeutique

Fabienne Lopez est présidente de Principes Actifs, un réseau de malades faisant usage de cannabis pour le traitement des symptômes de pathologies reconnues comme susceptibles de réagir favorablement.

Je suis présidente de l’association Principes actifs dont le sujet est le cannabis thérapeutique parce que nous sommes dans cet usage. L’association ne compte que des malades, certains ayant auparavant fait usage de drogues, d’autres non. Et tout se passe très bien, il n’y a pas de stigmatisation, aucun problème entre ces personnes.

Cet article fait partie du dossier La prescription hors-cadre.

Vingt ans déjà

Pour nous, le cannabis thérapeutique a commencé il y a vingt ans, époque à laquelle j’ai rencontré des gens qui faisaient usage de cannabis thérapeutique sans en parler à personne, en maintien de leur substitution ou pour éviter d’aller trop facilement vers l’alcool. C’est là que j’ai commencé à en entendre parler. Je militais pour le cannabis récréatif et, de Californie, nous arrivaient des informations (on est en 95-96) sur le cannabis thérapeutique, et on se disait que c’était fou qu’ici on ne puisse absolument pas en parler. On s’est donc regroupés, on a créé de petites associations et essayé d’interpeller les politiques. On a finalement été entendus par Kouchner qui, à l’époque, a lancé 5 études (dans les années 97-98) qui n’ont, pour certaines, jamais été rendues publiques. Ça n’a donc servi à rien. Et puis il y a eu le Marinol®, le premier médicament synthétique pour les usagers de cannabis thérapeutique, dont la prescription était très très restrictive. Et comme il s’agissait de cannabis synthétique, il ne contenait que du THC. Ce n’était donc pas forcément le médicament idéal pour les personnes qui le demandaient. Et puis il n’y a plus rien eu, le vide. On a continué à militer et j’ai eu l’idée d’interpeller les médecins en leur demandant de faire une attestation. Une idée qui remonte aujourd’hui à vingt ans. À l’époque, très peu de médecins acceptaient de faire cette attestation qui précisait que nous faisions usage de cannabis parce-que nous étions malades et que cela nous permettait de pouvoir combattre la maladie. Ceux qui acceptaient étaient issus de la réduction des risques parce qu’ils avaient des patients atteints de VIH (on parlait alors très peu du VHC), qui supportaient mal des thérapies très lourdes. Mais majoritairement, les médecins refusaient de la faire en considérant que c’était une excuse pour se droguer.

D’autres associations ont vu le jour et on s’est dit que puisque personne ne nous aidait, on allait s’aider nous-mêmes et on est rentrés dans la bidouille. On a continué à militer et on s’est rendu compte que très souvent, les médecins disaient qu’ils ne pouvaient pas prescrire du cannabis alors qu’en fait, ils le pouvaient. La seule chose, c’est qu’on ne peut avoir du cannabis en France. Mais avec ces prescriptions, on peut l’avoir ailleurs, aux Pays-Bas, en Angleterre, avoir d’autres médicaments à base de cannabis naturel ou synthétique. Cela nécessite d’avoir des fonds pour se payer le voyage, d’avoir un interprète, et d’avoir un médecin équivalent dans le pays où on vous prescrit ce médicament.

Planter à défaut d’être aidés

À Principes actifs, on s’est dit qu’on allait fouiner sur Internet pour trouver toutes les infos sur l’achat de graines, les produits thérapeutiques, toutes les études menées ailleurs dans le monde, et qu’on allait en planter puisque personne ne nous aide. Et c’est effectivement ce qu’on fait : on plante du cannabis pour nous en très petites quantités. On essaye aussi de voir ce qui fonctionne ou pas, ce qui correspond à nos pathologies (en fonction du taux de CBD, par exemple, qui est l’un des principes actifs les plus importants dans l’usage thérapeutique, mais aussi des taux de THC et des autres cannabinoïdes). C’est compliqué, car lorsque vous achetez à un dealer, il ne sait généralement pas ce qu’il vous vend, il connaît éventuellement la variété et le taux de THC mais pas le reste. Sur Internet, il y a eu un déferlement marketing de tas de grainetiers prétendant vendre des graines de variétés utilisées pour le cannabis thérapeutique mais qui ne sont pas les bonnes. D’autres sont, à l’inverse, beaucoup plus consistants comme certains sites israéliens qui sont à la pointe des informations sur le cannabis thérapeutique (11 000 personnes sont déclarées sous cannabis thérapeutique en Israël). Vingt-quatre États américains ont dépénalisé l’usage thérapeutique. On a donc eu plein d’infos par le Net où on peut aussi acheter du cannabis, notamment en passant par le Darknet (certains l’ont fait).

« On a fait une analyse des teintures de CBD vendues sur le Net qui a montré qu’il n’y avait pas de CBD du tout mais un peu de THC. On a prévenu le vendeur américain qui nous a menacés de poursuite si on balançait. »

(Nicolas Urbaniak, Not For Human)

On s’est donc débrouillés comme ça, en se disant aussi que le fumer n’était pas la meilleure des choses quand on était malade. On a donc cherché à savoir comment on pouvait consommer sans fumer, et sans entrer dans les préparations « récréatives » (boissons à base de lait, gâteaux, etc.) qui sont très compliquées à doser, et on s’est renseigné au sujet des préparations concernant les plantes médicinales (teinture-mère, etc.).

L’ignorance des médecins français

Certains membres de l’association atteints de sclérose en plaques (SEP) ont vu leur neurologue pour se faire prescrire du Sativex®, et ces neurologues ne connaissaient pas le Sativex®, ne savaient pas qu’ils pouvaient en prescrire pour la SEP ni comment il fonctionnait. Beaucoup ignorent aussi que le Sativex® est du cannabis naturel qui contient du THC en très petite quantité et pas mal de cannabidiol (CBD), qui atténue les effets du THC. C’est pour ça que les gens ne ressentent pas d’ivresse.

EGUS9 Patrick Favrel

Patrick Favrel (SOS Hépatites)

« – Environ 80 000 personnes sont atteintes de SEP en France et seules 3 000 d’entre elles pourront avoir accès au Sativex®. Pourtant, toute une série de laboratoires ont présenté d’autres formes de cannabis thérapeutique (notamment en Israël) : comment faire avancer les choses pour que les milliers de personnes concernées aient accès au cannabis thérapeutique qui soulagerait leurs douleurs ?

EGUS9 Nathalie Richard 2

– L’indication pour le Sativex® est la même partout en Europe. Et pour les autres, la loi française interdit l’usage de cannabis s’il n’est pas dans un médicament. »

Nathalie Richard (ANSM)

Très souvent aussi, les gens atteints de pathologies lourdes ont des traitements très lourds et beaucoup de nos membres ont connu la morphine qu’ils ne veulent plus prendre parce qu’ils se sentent mal et ont réussi, grâce au cannabis, à atténuer des douleurs très violentes.

On aurait aimé que les médecins se sentent plus concernés par l’usage de cannabis thérapeutique, et qu’on les informe sur le CBD et les autres principes actifs. Principes actifs a d’ailleurs fait deux petits livrets, sur la vaporisation pour apprendre aux gens à fumer propre, l’autre, plus récent, sur les cannabinoïdes, les terpènes et les flavonoïdes, tous ces principes actifs qui permettent soit de soigner soit de soulager.

Le souci que pose Internet en matière de cannabis thérapeutique, c’est qu’il y a aujourd’hui de nombreux sites offrant des préparations dites « à usage thérapeutique » mais qui sont très souvent douteuses, ne font rien ou sont mal préparées, et peuvent provoquer d’autres effets secondaires. Idem pour l’herbe saupoudrée de cannabis synthétique, qui n’a absolument pas le même effet. C’est un danger pour nous et pour les gens qui ne se renseignent pas plus que ça, et qui pensent que le cannabis guérit tout.

Cet article fait partie du dossier La prescription hors-cadre.

Le médecin peut-il sortir du cadre de prescription des MSO ?

William Lowenstein est médecin addictologue. Il a été en France l’un des premiers à travailler sur les liens entre le sida et l’usage de drogue. Il est aujourd’hui président du groupe de travail T2RA du Ministère de la Santé et de l’association SOS Addictions.

Cet article fait partie du dossier La prescription hors-cadre.

Je garde toujours ce cadre pas loin de mon bureau parce que c’est un résumé de nos problématiques médicales : c’est celui de la loi de 1972 qui, pour lutter contre les overdoses, retirait l’accès en vente libre des seringues. À l’époque, quelqu’un qui voulait avoir des seringues devait passer par ce chemin de croix de contrôles et au bout du compte, l’accessibilité avait quasiment disparu. Et parmi les mètres cubes de littérature pour expliquer pourquoi les usagers de drogues partagent leurs seringues, je vous assure que nulle part a été écrite l’évidence que si les usagers de drogues par voie intraveineuse partageaient leurs seringues, c’est parce qu’elles étaient vraiment dures à trouver. Par contre, toutes les théories sur le partage de l’injection en disent long sur la capacité de certains à interpréter des faits en dehors du pragmatisme. Et cette sortie du pragmatisme a coûté des dizaines de milliers de vies, que ce soit à travers le sida, l’hépatite, les cancers hépatiques…

Décret de 1972 (William Lowenstein)

Un cadre et une éthique

Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que nous avons un cadre, une AMM, une loi de santé, un conseil national de l’Ordre, mais nous avons aussi une éthique. Et notre façon de nous positionner par rapport à la prescription hors AMM ou à la question qui nous est posée – Le médecin peut-il sortir du cadre de prescription des MSO ? – doit à mon avis se travailler à travers la conscience ou l’éthique de la relation entre le médecin et son patient. On est dans un cadre médical, avec une prescription de médicament (éventuellement remboursé par la Sécurité sociale) et une AMM. À partir de l’instant où l’usager franchit la porte de mon cabinet et où je vais prescrire sur une ordonnance sécurisée, à mes yeux, c’est un patient. Et ce n’est pas plus compliqué que ça pour dicter ma conduite, avec tout le respect que j’ai pour tous mes patients, y compris les usagers de drogues. Ce rappel à notre fonction est important parce que le médecin pourvoyeur de plaisir en prescription hors AMM comme le médecin prescripteur de Viagra® en dopage de la sexualité, c’est à mon avis un tout autre sujet.

Éthiquement parlant, des cadres comme ceux-là sont insupportables. Et des gens comme Jean et Clarisse ont fait en médecine libérale, ce qui était beaucoup plus difficile qu’en médecine hospitalière où on se sent beaucoup plus protégé par l’équipe. Il est beaucoup plus facile de taper sur un médecin libéral que sur un médecin hospitalier.

En ce qui concerne le cadre, c’est une réflexion éthique : quand un médecin a le sentiment qu’il doit sortir du cadre dans l’intérêt prioritaire de son patient, cet intérêt doit nous guider et c’est ce qui nous a amenés à nous faire traiter de « dealers en blouse blanche donnant de la drogue aux drogués ». Le révisionnisme a le droit d’exister partout, même en médecine hospitalo-universitaire.

L’importance du dialogue

« On ne prend pas des drogues seulement pour être usager de drogues. On peut essayer de préciser quels sont les effets de ces substances pour soi-même, mettre de l’intelligence dans ses consommations, pas seulement de la réduction des risques ou de la protection par rapport à l’endocardite, la septicémie ou les abcès. Dans l’échange qu’on peut avoir avec les patients, il faut arriver de temps en temps à ce que la neuroscience ou la médecine puissent préciser des choses vraiment utiles. Combien de personnes ont besoin du cannabis pour l’endormissement ? Quelle est l’importance des produits psychoactifs sur les troubles du sommeil ?
Je reste sidéré de voir des personnes qui viennent consulter et qui se demandent pourquoi leur relation aux autres s’est modifiée, de voir que quand tu fais la relation avec les troubles de l’appétit ou du sommeil, tu parles vraiment de quelque chose avec les usagers. »

Élargir le cadre

Concernant la prescription elle-même, je voudrais cibler trois thèmes principaux en disant « continuons d’élargir le cadre plutôt que de s’exposer toujours à en sortir, sauf en cas d’extrême nécessité ». Je l’illustrerai par 3 molécules qui nous intéressent :

  • La primo-prescription de méthadone en ville, pour laquelle ça a été long, mais c’est vraiment dans la dernière étape de la tuyauterie puisque tout le monde a donné son accord dans les tutelles pour que les médecins généralistes puissent primo-prescrire de la méthadone.
  • Les sulfates de morphine, et la fameuse lettre de Jean-François Girard de juin 1996 : ce n’était qu’une lettre qui mériterait d’être réactualisée parce que les médecins-conseils ne veulent plus prendre la responsabilité de valider le remboursement des traitements par sulfates de morphine. Il y a donc un vrai travail qui se fait avec une vraie question qui se pose : ce n’est pas la même chose de prescrire du Moscontin® ou du Skenan®. Avec le Moscontin®, on peut penser qu’il s’agit d’une administration per os, avec le Skenan®, on est dans une substitution par voie injectable qui ne dit pas son nom.
  • C’est là qu’on retrouve le troisième point : la substitution injectable, qui est enfin officiellement traitée par nos différentes tutelles, que ça soit la Mildeca, la commission des Stupéfiants et l’ANSM ou le groupe T2RA à la Direction générale de la Santé. Avec nécessité d’avoir une étude pilote qui tienne la route et qui définisse les indications. Quand je vois que dernièrement, dans un congrès de psy, il y a des annonces un peu prématurées sur telle ou telle molécule, je ne voudrais donc pas que ce que je vous dis là aille dans ce sens. On est en train de travailler là-dessus, il faut essayer d’accélérer les choses, mais ça ne veut pas dire que la BHD injectable est « votée » et qu’on peut la prescrire. D’ailleurs, elle n’existe pas encore sur le marché. Mais c’est intéressant de voir cette évolution vers la possibilité de prescription d’un MSO par voie injectable. Bien évidemment, c’est la buprénorphine qui a été retenue pour le côté safe que vous connaissez par rapport aux opiacés agonistes purs tels que la méthadone ou même, les sulfates de morphine. C’est le côté safe qui l’emporte.

Autant besoin d’eux qu’eux de nous

Le manque d’organisation des usagers

« Pour m’être construit à l’intersection des univers VIH/sida et usage de drogues, pour avoir travaillé sur le sida avec des organisations d’usagers qui sont allées jusqu’au groupe TRT5, le reproche que je puis faire, c’est qu’il n’y a pas cette organisation chez les usagers de drogues à la hauteur de ce qu’il y a eu dans le VIH. Et si les usagers de drogues, en connaissant la limite du soutien de l’Assemblée nationale, s’organisaient aussi un peu mieux en France, je pense qu’on aurait tous à y gagner. Mais cela ne nous défausse en rien de la frilosité et des insuffisances qui ont été dénoncées. Plus que des discours passionnés et passionnants sur le sujet, on serait très contents d’avoir des vraies études crédibles sur bien des aspects pour monter au front ensemble. »

Un dernier petit mot par rapport à cette phrase que j’ai souvent partagée avec vous : « les toxicomanes m’ont tout appris », parce que le toxicomane est le seul patient qui arrive avec son diagnostic et son traitement. Il suffit en gros de l’écouter pour savoir ce qu’il faut lui prescrire. J’ai toujours trouvé ça à la fois très sympathique et très vrai dans le partage des informations. Et je me suis toujours demandé pourquoi, dans ce cas-là, ils étaient dans une telle merde et pourquoi ils venaient nous voir s’ils avaient une telle connaissance. Je rajouterais donc juste une chose, c’est qu’on a autant besoin d’eux qu’eux de nous et que c’est justement dans ce respect des partages et des connaissances qu’on pourra avancer ensemble. Également d’un point de vue stratégique. Car sur la question « les usagers de drogues ne sont pas des malades », je pense que, vu l’état de l’opinion française sur le sujet, ce n’est pas la meilleure stratégie que l’on puisse proposer. Même si j’en comprends là aussi la recherche éthique et de dignité. Mais en pratique sur le terrain, oui, ce sont les usagers de drogues qui m’ont appris le plus important. Mais ils ne m’ont pas tout appris et j’espère surtout que nous leur avons aussi appris des choses pour pouvoir les protéger.

EGUS9 Fabrice Olivet

« Fabrice Olivet (ASUD) : Je crois beaucoup à la demande qui perdure, s’installe avec le temps, c’est un signe que l’offre médicale reste toujours inadaptée. Le hors-cadre dans la réduction des risques et la substitution reste une dynamique presque nécessaire du fait de l’existence de cette demande. Mais quid du visage officiel pour y répondre ?

EGUS9 William Lowenstein 3

William Lowenstein (SOS Addictions) : On a déjà travaillé je ne sais combien de fois sur l’élargissement de la palette thérapeutique. Je vois de plus en plus de personnes en demande de Ritaline® et je trouve qu’on ne travaille pas assez le sujet des neuro-excitants parce qu’avec les NPS, on est complètement dépassés. On a un wagon de retard mais ce n’est pas pour ça qu’on n’a rien à apporter. Toute la question se repose actuellement des neurostimulants parce que c’est qu’on voit de plus en plus au quotidien, avec une méconnaissance importante.
Il y a une très belle phrase d’un hématologue qui dit « la science est là pour édicter des lois générales mais en médecine, il y a autant de cas qu’il y a d’individus ». Elle sert beaucoup pour dicter un parcours médical : tu as besoin d’un cadre le plus adapté possible et après, de la capacité d’entendre ce qui est hors du cadre pour essayer de l’élargir et de s’y retrouve avec une méthodologie qui convienne »

Cet article fait partie du dossier La prescription hors-cadre.

 

Carpentier- Boisseau : la prescription du 3ème type

Clarisse Boisseau est médecin généraliste. Elle a été avec Jean Carpentier parmi les pionniers à prescrire des traitements de substitution opiacés aux consommateurs d’héroïne.

Le cabinet d’Aligre

Cet article fait partie du dossier La prescription hors-cadre.

Je vais vous raconter l’histoire du cabinet médical d’Aligre où j’ai travaillé pendant une trentaine d’années avec Jean Carpentier. On s’est installés dans le quartier d’Aligre, à Paris, en 1980 en tant que médecins généralistes. À l’époque, il n’y avait pas de sida, pas d’hépatite C, pas d’usagers de drogues (on les appelait « drogués » ou au mieux « toxicomanes »). Il y avait un café où les drogués se réunissaient, des drogués jeunes, plutôt sympas, qui sont venus à notre cabinet parce que, contrairement à tous les autres médecins, on ne leur a pas fermé la porte au nez. Mais que venaient-ils chercher chez nous puisqu’on n’avait rien ? On ne connaissait pas la drogue, pas les drogués et on n’avait aucune arme thérapeutique. On les écoutait, on soignait leurs abcès, on les envoyait à l’hôpital quand il fallait. Et on bricolait avec l’Eubispasme®, le Tranxène® 50, le Rohypnol®, le Survector®, l’Antalvic®, les barbituriques… une cuisine un peu dangereuse. Ils mouraient essentiellement d’overdose, on avait un patient par mois qui mourait entre 25 et 35 ans, c’était horrible.

On a tout appris ensemble

Là-dessus est arrivé le sida, on a identifié l’hépatite C et les jeunes mouraient à un rythme effréné. Ils venaient aussi nous voir parce qu’on les écoutait, qu’on avait déjà repéré des choses utiles (comme savoir où ne pas aller pour accoucher) et c’est pour ça qu’ils venaient. Notre population, plutôt jeune et marginale, s’est alors diversifiée avec l’arrivée d’instits, de contrôleuses du ciel, d’avocats, de médecins psychiatres… Le panel s’est agrandi et on a vu que les tox étaient d’une grande variété.

On a continué à prescrire, y compris du Palfium®, ce qui n’était pas une bonne idée parce qu’on ne savait pas que l’effet ne durait que trois heures. On a fait des conneries et on a appris avec eux. Moi, les toxicomanes, c’est eux qui m’ont tout appris. On a tout appris ensemble et cheminé ensemble, et le chemin pour arriver aux traitements de substitution a quand même été extrêmement torturé, tortueux et passionnant.

La longue marche des TSO

En 1984 est sorti le Temgésic® injectable et on s’est mis à prescrire du Temgésic® injectable parce qu’il n’y avait pas de forme orale. On a donc prescrit de l’injection à des non-injecteurs mais il n’y avait que ça comme produit de substitution. Le Temgésic® oral est sorti en 87, ce qui nous a un peu facilité les choses. Entre 90 et 92, on a été littéralement submergés parce que les flics, les juges, les mères de famille, tout le monde nous envoyait des toxicomanes. La Belgique n’avait pas d’IVG autorisée, alors on échangeait une méthadone contre une IVG, on faisait des trafics comme ça. Et le 9 septembre 1992 sort un décret signé de Bernard Kouchner qui met le Temgésic® sur le carnet à souches. On avait 100 ou 200 toxicomanes et plus de Temgésic®. Le carnet à souches est délivré par l’Ordre des médecins, à raison de 25 bons par carnet. On allait donc chacun chercher deux carnets à souches par semaine. Kouchner a signé ça sans savoir mais ça a vraiment été une catastrophe : on a revu des morts, des enfants pris par la DASS, des drames. Jean et moi avons alors vraiment compris l’importance des TSO (traitements de substitution aux opiacés).

Suite à la publication d’un article dans Le Monde intitulé « Le repaire des tox », nous avons été rejoints par d’autres médecins avec lesquels nous avons créé le Repsud, Réseau pour le soin aux usagers de drogues. On respirait un peu parce qu’on n’était plus seuls, quelques collègues s’y mettaient aussi. Arrive enfin 95-96 et là, on souffle vraiment dans l’offre de soins aux toxicomanes, ça change tout pour nous.

Je tiens à saluer Anne Coppel sans qui on n’aurait pas pu faire tout ça, et notre pharmacienne, qui était aussi un peu frileuse mais la persuasion du Dr Carpentier a été plus forte que sa frilosité et nous travaillons avec elle depuis trente-cinq ans maintenant.

Je suis désormais rentrée dans le rang, mais à propos des sulfates de morphine : le Moscontin® est sorti en 86 et le Skenan® en 91. On a donc laissé tomber le Palfium® et là, il y a quand même quelqu’un qui nous a aidés : Jean-François Girard, directeur général de la Santé, qui a envoyé une circulaire aux préfets pour dire que tous les traitements comme ça, entre deux, étaient maintenus jusqu’en juin 96. Grâce à une petite phrase magique « concertation avec le médecin conseil », que nous utilisons depuis dix-neuf ans et qui ne sert à rien, sauf à rassurer les pharmaciens. Je n’instaure plus tellement de traitements par sulfates de morphine dont le nombre total devrait être d’une trentaine environ. On peut donc se poser la question de se bagarrer ou non pour ce traitement.

Cet article fait partie du dossier La prescription hors-cadre.

EGUS 9 – Culture de l’interdit et revendication citoyenne : les chemins de l’usage de substances

9èmes États Généraux des Usagers de Substances licites et illicites


Thème général : Exposer les difficultés à conjuguer la culture de transgression inhérente au statut des drogues avec le mouvement intégratif de la démocratie sanitaire.

Depuis la mise en place progressive de la politique de réduction des risques, et plus encore grâce aux dispositions relatives au droit des malades, les usagers de drogues ont investi progressivement des espaces de citoyenneté garantis par la démocratie sanitaire et sa réglementation. Parallèlement la culture de transgression liée à la consommation de substance épouse naturellement les nouvelles technologies et imprègne la circulation des traitements de substitution. ASUD vous propose de réfléchir sur ces nouveaux défis lancés à la citoyenneté des usagers de drogues. Le croisement de l’intangibilité des dispositions pénales avec l’évolution continue des doctrines soin, crée un gap riche de perspectives que nous proposons à vos commentaires.

Comité d’organisation : Fabrice Olivet, Fabrice Perez, Nicolas Authier et George Lachaze.

13 avril 2015 / 9h00 – 18h30

5€ pour les particuliers / 50€ formation continue

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Intro par Fabrice Olivet

Matinée : FLIRTER AVEC LES LIGNES

L’usage de substances et le soin continuent d’emprunter des chemins de traverse qui sont très souvent situés aux frontières du licite et de l’illicite.

Cette session a été publiée dans ASUD Journal N°57
Couv-ASUD-57

9h30 Les chemins 2.0 : « pécho » sur le net

Animation : Fabrice Perez

Ce n’est plus un secret, il est possible de se procurer des drogues sur internet. C’est un marché comme les autres entre ses boutiques en lignes, ses sites de petites annonces et ses forums d’usagers. Mais est-ce aussi facile que les médias le présente ? Quels changements en terme de risques pour les consommateurs ?

Intervenants :

11h00 : Pause tabagique ou e-cigarette

11h15 Les chemins de la prescription hors cadre

Animation : Nicolas Authier

Intervenants :

13h00 – 14h30 : Déjeuner libre

Après-Midi : PLANER DANS LA CITÉ

La démocratie sanitaire permet aux usagers de s’exprimer dans de nouveaux espaces au cœur de la cité comme le prouve l’intégration d’ASUD à la commission nationale des stupéfiants et des psychotropes. Cependant cette posture de patient est toujours une source d’interrogation pour nombre d’usagers, une situation qui crée de nombreuses zones de turbulence.

14h30 Les chemins de l’addicto-vigilance : résistance ou collaboration ?

Animation : Fabrice Olivet

Pourquoi les usagers sont-ils sollicités par les autorités pour collaborer au système d’addicto-vigilance ? Existe-t-il des contradictions entre la réduction des risques et la logique de classement des produits sur la liste des stupéfiants? Quelles sont les attentes réciproques des usagers et des institutions lors des opérations d’analyse de produits ?

Intervenants :

  • Quelques exemples internationaux de dispositif de veille et d’alerte
  • Nathalie Richard  directrice adjointe Stupéfiants et Psychotropes, ANSM
  • Dr Mallaret, président de la Commission des Stupéfiants et des Psychotropes, ANSM
  • Thomas Nefau, coordinateur national SINTES, OFDT
  • Anne Batisse et Cécile Chevalier du CEIP-A de Paris
  • Elisabeth Pfletschinger, Chargée de mission santé, MILD&CA

16h30 : Pause tabagique ou e-cigarette

Cette session a été publiée dans ASUD Journal N°57
Couv-ASUD-57

16h45 Les chemins communautaires : les usagers-salariés du médico-social

(ré) Animation : Georges Lachaze

Le dénie qui bâillonne les usagers de drogues salariés du médico-social est d’autant plus intenable que les politiques de soins inspirées par la réduction des risques devraient s’appuyer sur une logique communautaire. Comment concilier la réglementation avec ce point aveugle étranger à la culture juridique française ?

Intervenants :

Clôture à 18h30

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Lieu : CICP 21ter rue Voltaire 75011 Paris

Évènement Facebook

Mini-sondage pour les EGUS 9

Ce sondage complètement anonyme a été proposé aux participants des 9èmes EGUS. Les résultats ont été utilisés dans la session de clôture : les usagers-salariés du médico-social.

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L’ingénierie du high : un nouveau champ de spécialistes

La défonce n’est pas une pulsion pavlovienne qui draine des bataillons de lycéens vers l’abrutissement, la folie, puis la mort. Ça c’est la Drogue avec un grand D. Dans la vraie vie, consommer des produits psychotropes suppose l’acquisition de techniques sophistiquées qui allient savoir médical, expérimentation et ouï dire. Nous avons consacré une partie de ces VIIIe États Généraux des Usagers de Substances (EGUS 8) à faire les point des connaissances acquises en matière d’injection et de techniques alternatives à ce mode de conso tellement décrié. 

Récemment, lors d’une réunion internationale, le président d’ASUD s’étonnait du maintien d’une haute prévalence de contamination sida chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH). En réponse, un militant lui a fait une remarque pertinente :

« Crois-tu que si l’usage d’une seringue neuve à chaque injection avait diminué le plaisir éprouvé pour le consommateur, l’usage de matériel stérile aurait eu un tel succès chez les héroïnomanes ? »

La réponse est évidemment non. Et pourtant, l’argument du plaisir est loin d’être le seul moteur de l’univers tellement fantasmé de l’usage des drogues.

Un savoir qu’il est interdit d’acquérir

Les VIIIe États généraux des usagers de Substances (EGUS 8) furent l’occasion de nous rappeler que la défonce c’est aussi et peut être d’abord un appareillage technique.

Fumer un joint n’est pas une vue de l’esprit, ni une pulsion. C’est d’abord l’apprentissage – quelque fois douloureux- de la bonne vieille feuille à rouler. File donc un bout de shit à un quidam pris au hasard dans la rue et regarde s’il est si facile de se transformer en drogué.

egus8 V3Quant à fumer de l’héro, notre atelier « travaux pratiques » animé par Mr Hunt, le bien-nommé, a prouvé à tous que le dragon est un animal qui se laisse difficilement appréhendé ou tout au moins que sa traque répond à des critères précis qui garantissent ensuite le succès de ce mode de consommation alternatif du shoot. Il est troublant de constater l’énorme espace occupé par l’appareillage de la défonce dans l’économie stupéfiante. Se procurer des feuilles de bonne qualité, expérimenter des modèles de filtre, savoir inhaler à plein poumon, le bon vieux cannabis n’échappe pas à cette équation paradoxale, la défonce est exercice dont le degré de risque est fonction de l’acquisition d’un savoir qu’il est interdit d’acquérir. Le fond du dilemme toujours pas résolu de la réduction des risques est là : comment concilier l’impératif du « high » avec les objectifs rigoureusement sanitaires ? Comment éviter l’argumentaire hédoniste, alors que l’on sait qu’il constitue la clé du succès en matière de communication en direction des usagers. Ce gap entre la lettre de la loi et la réalité des pratiques concerne plusieurs dossiers innovant que nous avons voulu traiter lors de ces États généraux, et principalement dans tout ce qui est relatif à l’injection, le mode de conso à la fois le plus technique, le plus dangereux, le plus décrié et… pourquoi ne pas l’écrire, le plus puissant en termes de défonce.

La science addicto s’est jusqu’à présent bien gardée d’explorer ce terrain miné qui est pourtant le véritable champs d’expansion d’une réduction des risques bien comprise, c’est à dire au service des objectifs élémentaires de l’usage. La pharmacologie est cependant condamnée à faire des incursions dans ce jardin secret, notamment parce que l’injection reste une source importante de risques sanitaires majeurs et que la jouissanSlam AIDES rapportce, le plaisir escompté, constituent toujours le moteur essentiel de l’acte d’injecter.

Chassez le dragon…

Nous avons donc sollicité Marie Debrus, docteure en pharmacie pour qu’elle nous relate comment cette injection paradoxale est vécue dans le programme ERLI (Éducation aux risques liés à l’injection) mis en place par Médecins du Monde depuis trois ans et dont les conclusions vont être publiées prochainement. Nous avons également interrogé Nicolas Authier, psychiatre, pharmacien et esprit inquisiteur, qui fournit aux usagers des informations fiables sur le degré de concentration du principe actif selon que l’on injecte du Skénan ou de la burpénorpphine,selon que l’on chauffe, un peu, beaucoup, pas du tout, que l’on utilise un stérifilt, un filtre toupie, un Stéribox ? Bref tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le shoot sans jamais oser le demander.

Enfin, nous avons invité Fred et …. de AIDES pour les entendre sur une pratique située pile…poil (?!) à l’épicentre de notre sujet : le slam. Non et non pas Grand Corps Malade !!! Le Slam est un nouveau phénomène repéré depuis quelques années qui réunit des amateurs de relations sexuelles hard à partenaires multiples, qui dans le même temps injectent des substances achetées sur le net. Plaisir, drogue, homosexualité, mais aussi, injection, techniques de shoot, prophylaxie bref le cocktail idéal pour illustrer notre propos.

chasser_le_dragon_couv[1]Ces trois intervenants ont été suivi par Neil – Dragoons – Hunt. Célèbre des deux côtés du Channel pour son action Break the Cycle. Le cycle en question c’est le rituel de la shooteuse que l’on peut quitter à condition d’avoir maitriser une technique qui peut s’aligner sur la pompe du seul point de vue qui n’est jamais traité dans les brochures de réduction des risques: le kif!! Peut-on raisonnablement se mettre à chasser le dragon à plein poumon et en attendre des effets comparables à ceux obtenus avec une arbalète ? Une démonstration technique en direct nous a convaincu grâce à Neil Hunt, Laurent Appel et Miguel Velazquez qui ont rivalisé sur le terrain de chasse.

Voilà la véritable nature de l’alliance que nous les usagers devront développer demain, avec des partenaires qui comme lot de ces journées ne sont pas tétanisés par la crainte de passer une alliance avec le diable en parlant de dope , de défonce, du high, qui reste ne l’oublions pas l’horizon indépassable de toutes consommation psychotrope.

L’injection paradoxale

Injecter, c’est d’abord et avant tout prendre son pied. Avec tous nos manuels de réduction des risques, techniques du shoot et autres considérations sanitaires, on finit presque par l’oublier. Pourtant, même en matière de nirvana, il y a des règles. En marge des Cahiers de l’injection, un partenariat initié avec Aides et l’Association française de réduction des risques (AFR), Asud vous propose de revenir sur ce geste qui représente toujours la forme archétypale de la drogue.

Du point de vue des usagers, l’injection de substances psychoactives est un acte qu’il convient à la fois de démystifier et de ne pas banaliser. C’est un objet qui s’inscrit dans un parcours de consommation avec comme finalité, la recherche d’une ivresse spécifique, la quête d’un ressenti précis. Un champ pratiquement inexploré par la science, car suspect de connivence avec les drogués. Pour autant, l’analyse des motivations hédonistes d’un injecteur est cruciale pour comprendre les mécanismes qui structurent l’usage des drogues dans toutes ses dimensions. Quel que soit le mode de consommation (injection, inhalation, fumée), la recherche du « high » – l’ivresse spécifique aux drogues selon les Anglo-Saxons – est depuis toujours l’objet de discussions où se mêlent considérations techniques et légendes urbaines. D’autre part, l’injection reste la méthode la plus efficace pour maximiser les effets avec le minimum de substance. C’est pourquoi elle apparaît souvent dans des situations de pénurie, de pauvreté ou de très mauvaise qualité des produits. À titre d’exemple, les Pays-Bas, longtemps pourvoyeurs d’héroïne de bonne qualité, n’ont historiquement jamais compté beaucoup d’injecteurs locaux.

L’acte d’injecter reste le grand producteur de mythes « junkies », moteur principal d’une bonne part de la littérature fantasmagorique consacrée à la Drogue. Il existe pourtant une dimension rationnelle du shoot, notamment en ce qui concerne les effets attendus. Second paradoxe : si la recherche de sensations est le cœur du sujet, ce domaine reste en dehors des investigations de la science. Un injecteur, au même titre qu’un cuisinier ou qu’un amateur de cocktails, s’efforce d’effectuer un certain nombre de gestes précis, compilés, analysés et transmis par l’expérience communautaire, le tout pondéré par les informations sanitaires dont il dispose. L’objectif final est parfaitement assumé, notamment sur le plan des effets recherchés et ressentis. Pour comprendre ce point de vue, il faut rompre avec les caricatures qui dépeignent l’univers de l’injection comme un objet strictement pathologique, marqué par l’autodestruction et les pulsions de mort. À la stupéfaction de nombreux spécialistes, c’est en s’appuyant sur la rationalité des injecteurs que la réduction des risques infectieux a connu un succès immédiat dans les années 1990, et c’est également cette soif d’informations concrètes qui motive les discussions entre injecteurs pour évaluer le meilleur ratio entre technique et effets attendus.

Quelles drogues ?

Toutes les drogues peuvent théoriquement être injectées (sauf peut-être le cannabis, à la différence de la nicotine[1]) mais finalement, très peu le sont de manière courante. Pour ressentir le « high » de l’injection, toutes les drogues ne se valent pas. Une évidence en ce qui concerne le cannabis, mais d’autres drogues comme l’alcool, les solvants ou même le LSD n’ont jamais eu de réelle carrière de drogues « shootées ». Ce qui prouve que malgré l’absence de littérature scientifique consacrée au sujet, les usagers font preuve de bon sens. Ils expérimentent, puis transmettent des « savoirs profanes », lesquels passent le cap des générations, nonobstant toutes les réserves inhérentes à la clandestinité de ces informations. Cette permanence de l’injection comme mode usuel de consommation est en soi une information. L’injection d’opiacés persiste partout dans le monde malgré le sida, les hépatites et le stigmate qui pèse sur ce geste. Ce constat, pour dramatique qu’il soit, possède sa propre logique liée au ratio fait par les usagers entre les effets attendus rapportés aux risques encourus.

Nomenclature et lexique

En l’absence d’étude scientifique sur le sujet, le ressenti des usagers s’exprime avec un vocabulaire communautaire, transmis par la tradition orale, dont le sens reste souvent obscur pour les non-initiés. « High », « défonce », « montée », « descente », « flash »… : on accumule les expressions approximatives, stéréotypées et sujettes à interprétation. Il serait pourtant faux de croire que ce vocabulaire repose uniquement sur le folklore et la subjectivité. Il est au contraire vraisemblable que cette expérience partagée et issue de processus à la fois physiologique et pharmacologique fasse sens commun pour les usagers lorsqu’elle est employée dans un contexte de consommation. Il est donc plus que souhaitable que la recherche s’intéresse au phénomène du ressenti des consommateurs de substances illicites, et particulièrement à la manière dont ils s’expriment sur ce sujet, afin de mieux comprendre les processus de transmission des informations entre usagers ainsi que les mécanismes neurobiologiques qui expliquent la prévalence de certains gestes techniques a priori énigmatiques.

asud-journal-54 flash

Flash

Ressenti spécifique lié à l’injection de certaines drogues, caractérisé par un pic intense – pas forcément agréable pour les primo-injecteurs – qui ne dure pas mais reste dans la mémoire des usagers comme étant la part déterminante du processus d’injection2. Le « flash » est consécutif à l’invasion soudaine du cortex cérébral par la substance. La sensation est forte, c’est ce court moment – de quelques secondes à plusieurs minutes – où le cerveau ressent les premiers effets de l’injection. Le « flash » est une particularité de l’injection de cocaïne, d’amphétamines, de méthamphétamines et de morphine. Dans le cas de l’héroïne, les avis sont partagés : il est parfois admis que certains brown sugars, dont le raffinage succinct a conservé une forte teneur en morphine-base, peuvent provoquer un flash.

asud-journal-54 montée

Montée

La montée correspond à l’installation progressive du « high » suite à l’injection. C’est la phase qui permet de mesurer la qualité d’un produit et ses caractéristiques. La montée est presque aussi recherchée que le « flash », et les deux sensations sont parfois difficiles à différencier. Elle se reconnaît au sentiment d’ivresse qui envahit lentement, jusqu’à une phase plateau. Selon les produits, elle est suivie d’une phase de descente plus ou moins éprouvante.

asud-journal-54 brown brune

Héroïne brune (brown sugar)

Sensation intense de chaleur et bien-être sous une forme aiguë durant quelques minutes, picotements, suivis de l’installation du « high » pendant 3 à 6 heures.

Coke

Coke

pic d’euphorie et d’emballement intellectuel, sentiment de surpuissance paroxystique qui dure 5 à 20 mn selon la qualité du produit, immédiatement suivi d’un sentiment de dépression.

Descente de coke

Sentiment insurmontable d’effondrement, de dépression intellectuelle et morale qui succède sans transition à l’euphorie du flash. Ce phénomène existe avec d’autres modes de consommation de la cocaïne (sniff et surtout cocaïne basée). C’est la « descente de coke » qui provoque l’augmentation exponentielle des doses pour retrouver le bien-être du flash, ce qui a pour effet d’augmenter parallèlement les risques d’overdoses. Généralement, une session d’injection de cocaïne dure jusqu’à épuisement de la ressource disponible car – contrairement aux opiacés – plus on absorbe de produit actif, plus la « descente » prend le pas sur « le flash » et débouche sur l’incapacité à le retrouver.

Smiley

Amphétamines

Assez voisin du flash de coke en plus puissant, plus physique, la différence majeure c’est la montée qui succède et qui installe l’injecteur d’amphétamine dans un « high » qui dure plusieurs heures.

Morphine

La morphine provoque un flash d’une grande intensité, à base de picotements qui envahissent tout le corps accompagnés d’une sensation d’euphorie propre à l’usage d’opiacés.

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Héroïne blanche

Pas de « flash », lente installation du « high » et montée progressive. Une overdose peut survenir après.

asud-journal-54 spice

Les RC, Legal High, Designer Drugs etc…

Dans la grande majorité des cas, ces psychostimulants, achetés principalement sur Internet ne sont pas injectés. Cependant, quelques expériences repérées dans certains groupes communautaires (« slameurs ») laissent entrevoir la possibilité de pratiques d’injection, en dehors de toute transmission de savoirs profanes issus de la communauté des usagers.

Précision Technique : la Tirette

asud-journal-54 injection paradoxale fille

La tirette consiste à faire remonter un tout petit peu de sang dans le corps de la pompe, dès que l’on a réussi à trouver la veine. Théoriquement, cela sert surtout à vérifier qu’après avoir desserré son garrot ou simplement après avoir planté l’aiguille, on est toujours dans la veine, l’objectif étant de ne rien envoyer à côté. Malheureusement, beaucoup pensent que ce flux sanguin est également chargé de produit et pouvoir réinjecter du produit au moyen d’une tirette est une croyance qui persiste.

En résumé, « la tirette » n’est pas une pratique à risque dans son principe. Pour faire durer la sensation, d’autres usagers injectent le produit le plus lentement possible, voire font une pause de quelques secondes après avoir injecté la moitié de la substance, ce qui permet de surcroît de limiter un peu plus les risques de surdoses.

Vérifier que l’aiguille est toujours dans la veine avant d’injecter est nécessaire et cela évite les complications liées aux « shoots ratés », à savoir les substances injectées à côté de la veine qui provoquent abcès et œdèmes. Ce qu’il faut combattre c’est la légende qui voudrait que la « tirette » soit un booster de sensation qui amplifie l’effet des produits ( notamment  le « flash » de coke) . Une croyance qui ne résiste pas à l’analyse scientifique des pratiques d’injection.

Tableau indicatif des effets ressentis pour les principales substances injectées

Substances Flash Montée Descente Ressentis avant overdose Symptômes physiques et comportements
Héroïne brune (brown, rabla etc…) OuiPicotement du à un raffinement succinct de la substance, qui le rapproche de la morphine OuiLe « high » : sensation de « défonce » qui s’installe progressivement NonAbsence de « descente »avec les opiacés NéantAbsence de ressenti précurseur de l’overdose Chaleur corporelleDémangeaison (codéine)

Vomissements pour les non-intoxiqués

Paupières lourdes

Rétrécissement des pupilles

Héroïne blanche (blanche, thaïlandaise…) NonPas de sensation spécifique immédiate juste après l’injection OuiSensation de « défonce » qui s’installe progressivement NonIdem Néantidem
Morphine ou morphinique (Skénan) OuiPicotements caractéristiques de l’injection de morphine (durée quelques minutes) Ouiidem Nonidem Néantidem idem
Cocaïne et crack OuiSentiment de bien-être et d’extrême lucidité

Craving du à la recherche frénétique du « flash »à la faveur de nouvelles injections

Non OuiSentiment de déprime qui succède immédiatement au flash. OuiLe sentiment de panique qui précède une overdose sert d’avertissement et en même temps aggrave le risque d’accident Accélération du rythme cardiaqueChaleur

Bouche sèche

Rares vomissements

Pupilles dilatées

Amphétamines et méthamphétamines (speed) OuiSensation aigüe de sentiment de surpuissance

Hallucinations auditives (chuintement électrique)

oui oui OuiIdem Idem
Catinones ( RC) oui oui oui oui Idem
BenzodiazépinesAnti-épileptiques : Zolpidem(Stilnox),
Diazepam (Valium), Clonazepam (Rivotril)
ouiEuphorie

Désinhibition

Certaines benzodiazépines sont recherchées pour leur effet stimulant (Stilnox)

oui non néant Perte de mémoireViolence physique

Chutes

LSD non NonOn entre d’un seul coup dans un trip d’acide oui néant Hallucinations visuelles
Kétamine non OuiMontée extrêmement forte oui Hallucinations« K-hole »
MDMA non oui oui
Méthadone non oui non ouiFort « piquage de nez » avec perte de conscience temporaire Symptômes opiacés

[1] L’injection de nicotine est pratiquée dans quelques rares essais thérapeutiques (dosage au microgramme).

[2] Certains assimilent le flash au « kiff » que l’on ressent en basant de la coke, mais il s’agit d’une approximation, faute de vocabulaire approprié pour définir l’infinie variété des sensations provoquées par l’usage des drogues.

 

EGUS 8 – Nouvelles pratiques / Nouveaux dispositifs

Depuis le début des années 2000, le paysage de l’usage de drogues s’est profondément modifié. Pourtant nos représentations, nos pratiques, et même les relations entretenues par les usagers avec la société restent étalonnées par le modèle classique de l’injection d’héroïne et la prévention des  risques infectieux.  Ce stéréotype a servi de référence pour l’introduction des premières mesures de réduction des risques au début des années 1990 mais il est aujourd’hui obsolète.

Sur le terrain citoyen, le concept d’addiction crée une zone nouvelle de sécurité qui offre aux usagers les garanties du statut de patients. Parallèlement le territoire de l’injection s’est considérablement modifié en intégrant un nombre croissant  de nouvelles substances et de médicaments détournés. Ces transformations majeures sont encore sous-évaluées  ou méconnues. Elles ne connaissent pas de traduction institutionnelle significative. ASUD a donc choisi d’organiser ses 8ème États Généraux des Usagers de Substances autour de ce double paramètre, de nouvelles perspectives en matière de droits et des nouvelles pratiques en matière d’injection.

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Programme
4 décembre 2013 / 9h30 – 18h

Paris
5€ pour les particuliers / 50€ formation continue

Programme

Matinée : Observatoire du Droit des Usagers (ODU) – Bilan du projet 2013

L’observatoire du droit des usagers est un outil expérimental de recueil de l’opinion des usagers sur la qualité du  système de soin qui les accueille.  Le site internet est opérationnel depuis le début de l’année 2013. Bilan du succès, des blocages et des interrogations sur le futur.

10h00 Présentation du projet et du site internet – Fabrice Olivet, ASUD

10h30 Bilan du projet ODU – Laurent Appel, ASUD

11h00 – 13h00 Table ronde avec Aides, FA et ASUD suivie d’une débat
L’observatoire du droit des usagers, quelles attentes croisées entre patients et professionnels

13h00 – 14h00 : Déjeuner libre

Après-Midi : L’injection de substances psychoactives : les nouveaux territoires

Aujourd’hui l’injection revient dans l’actualité après avoir été largement stigmatisée à la suite l’épidémie de sida parmi les usagers de drogues. Salles de consommation, injection de médicaments de substitution, pratiques du slam…Les nouveaux dispositifs comme les nouvelles pratiques méritent d’être analysées afin de mieux  comprendre ce phénomène du point de vue de l’usager.

14h00 – 15 h00 Table ronde avec Gaïa-Paris et Médecins du Monde
Injecter des médicaments dans une salle de consommation : une première mondiale

15h00 – 16h00 Présentation avec Marie Debrus
Les Cahiers de l’Injection (AFR)

  • Entre le paradigme des années sida et la réalité d’aujourd’hui
  • Quels ressentis pour quels produits (opiacés, psychostimulants, kétamine)
  • Tableau des sensations

16h00 – 16h30 : pause

16h30 – 17h00 Table ronde avec Fred Bladou et Stephen Karon
Le Slam : névrose bobo ou naissance d’un nouvel objet psychonaute

17h00 – 18h00 Atelier avec Neil Hunt et Laurent Appel
« Fumer n’est pas jouer » : Techniques et démonstration des procédés alternatifs à l’injection

Clôture à 18h00

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egus8 V3

Les inscriptions sont closes.

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Lieu : 21ter rue Voltaire 75011 Paris

Cette journée fait partie des Rencontres RdR 2013 4-5-6 décembre :

EGUS 7 : Marseille, héroïne de la Réduction des risques

7ème États Généraux des Usagers de Substances

EGUS 7 : Marseille, 5 octobre 2011. Cité des Associations- 93 La Canebière
13001 Marseille.

Résumé

13h30 : Présentation de la journée.
Intervenants : Fabrice Olivet et John-Peter Kools président de l’ association internationale de réduction des risques ( Harm Reduction International).
Argument : De l’influence de la culture locale sur les modes de consommation et la réduction des risques.

14h00 : De la French connection à l’épidémie de sida : éléments pour une histoire marseillaise.
Présentation : Sandrine Musso
Argument : quels éléments de spécificité locale peut-on isoler comme facteurs structurants de l’histoire marseillaise de la consommation. Quel fut l’impact de l’épidemie de sida ? Quelle place donnée à la « communauté » ? Comment parler de spécificité sans stigmatiser les populations les plus vulnérables ? Peut-on encore prononcer le mot « immigration » quand on parle de drogues à Marseille ?

15h45: Pause

16h00 : Asud Mars Say Yeah , lieu de mémoire, lieu d’histoire et tremplin pour l’avenir
Tribune : Béatrice Stamboul , Eric Schneider, Mathieu Pastini
Argument : transformer la mémoire en projets pour l’avenir

17h 30 clôture, la parole d’INPUD ( International Network of People Using Drugs)
Tribune : Mat Southwell, Elliot Alberts.
Argument : Les usagers de drogues sont organisés en mouvement international, comment établir le lien avec une base locale ?

EGUS 6 : Drogues, économie et sécurité, que doit-on attendre de la loi ?

40 années de criminalisation des drogues, quel bilan pour la protection des individus et de la société ?

Lieu : la Maison des Associations à Paris, 10-18 rue des Terres au Curé , 75013 Paris. Google Map
Date : mercredi 08 décembre 2010
Entrée libre

8h45-9h15 : Accueil autour d’un café

9h15 -9h30 : Présentation de la journée

Argument : chaque débat sera alimenté et enrichi par les questions et les observations des associations et des usagers présents dans la salle
Intervenants : Fabrice Olivet et Laurent Appel

9h30-11h, Premier débat : Salles de consommation à moindre risques.

Argument : La confrontation entre usagers de drogues et riverains est-elle inéluctable ?
Animateur : Pierre Chappard
Plateau : Patrick Padovani adjoint à la santé à la Mairie de Marseille, Veronique Dubarry, maire adjoint à la mairie de Paris, Sylvie Wieviorka, Conseillère de Paris

11h-11h15 : Pause

11h15-12h30, Second débat : 1970-2010 , bilan d’une loi souvent critiquée, parfois réformée, jamais abolie.

Argument : la loi de 70 a-t-elle protégé les citoyens ?
Animateur : Anne Coppel
Plateau : Didier Jayle et Nicole Maestracci, anciens présidents de la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et la Toxicomanie (MILDT], Olivier Postel-Vinay, rédacteur en chef de Books.

12h30-14h : déjeuner libre

14h-15h30, Troisième débat : Les usagers dans l’économie des drogues, la sécurité des biens et la sûreté des personnes.

Argument : L’économie des drogues du point de vue de l’usager. La question budgétaire, le poids de l’illicite, les différentes stratégies financières élaborées par les usagers ( part des revenus licites, part du trafic, de l’autoproduction et des activités délinquantes).
L’insécurité du point de vue de l’usager. La question de la violence, la place du manque et le rôle assigné aux états de « conscience modifiée ».
Animation : Laurent Appel
Plateau : associations d’usagers et de réduction des risques : ASUD, Techno+,CIRC, AFR, ANITEA/F3A…

15h30-15h45 : Pause

15h45-17h15, Quatrième débat : Les drogues, l’immigration, la banlieue, élaboration d’un objet politique sensible.

Argument : 40 ans de guerre à la drogue dans les « quartiers ». Bilan de l’épidémie de sida des années 80 -90 et de la montée inéluctable de l’économie parallèle. Comment conjuguer sécurité publique, objectifs sanitaires et droits de l’individu ? Quelle place La drogue occupe-t-elle dans le dossier à tiroir de l’ identité nationale?
Animateur : Fabrice Olivet
Plateau : Fabrice Rizzoli, politologue, spécialiste du crime organisé, Malek Boutih membre du P.S., ancien président de SOS Racisme (non confirmé), Stéphane Gatignon, maire de Sevran.

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