Auteur : ASUD

Savoirs expérienciels, quelle place pour le travail des «pairs» en addictologie ?

L’intégration de « travailleurs-pairs » ou « médiateurs de santé pairs » ou de encore « pairs-experts » sur le marché de l’accompagnement et de la formation se développe  mais reste encore très embryonnaire  dans les structures de soins en  addictologie. Quel regard porter sur ce phénomène : « usagers-alibi » ou véritable révolution conceptuelle ?

Le sujet encore assez nouveau  du travail des pairs en addictologie produit des remous dans certaines équipes pluridisciplinaires . Il serait légitime de se demander s’il s’agit d’une véritable volonté de reconnaissance de leurs savoirs expérientiels ou la manifestation d’une certaine démagogie qui ferait d’eux des « usagers-alibi ». Depuis quelques années les travaux qui font référence aux « savoirs expérientiels » des usagers et ex-usagers se multiplient et se formalisent, cela dans l’hypothèse de changer le regard et les pratiques professionnelles sur la prise en charge des addictions. Diverses associations, et notamment la Fédération Addiction, principal regroupement de salariés du secteur, se sont emparées du sujet et sont devenues les  interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics en matière d’intégration de ces nouveaux acteurs du champs sanitaire et social. 

Drogué un jour drogué toujours 

Dans le contexte actuel de socialisation et de banalisation de l’usage des drogues, la politique de réduction des risques propose un  éventail  de conduites allant de la consommation contrôlée jusqu’au sevrage et à l’abstinence . Qui d’autres que les personnes concernées,  représentées par Asud, peuvent constituer une avant-garde de citoyens éclairés susceptibles de porterce changement de paradigme ? Celui-ci implique nécessairement d’intégrer des « pairs » dans les accompagnements des usagers de drogue et pour cela de lever les tabous, sortir des poncifs comme   « Drogué un jour, drogué toujours », « les ex-usagers sont des personnes fragiles », « ils n’ont pas régler tous leurs problèmes ». Par ailleurs, si les équipes veulent se donner les moyens de bénéficier de toutes leurs compétences, les pairs-aidants doivent être reconnus comme des professionnels à part entière, des  « professionnels -pairs ». Pour toutes ces raisons ASUD envisage d’intégrer ce sujet primordial  à son projet associatif sans pour autant délaisser les autres, le corps médical ne pouvant  demeurer le seul arbitre du débat. 

Assemblée générale ordinaire

Nous savons qu’il est compliqué de se revendiquer usager de drogues ou même ex-usager quand on est intervenant professionnel ou bénévole du champ des addictions. Cela est dû essentiellement au statut illégal des drogues, à la pénalisation et aux clichés sur les usages et donc, sur les usagers. Néanmoins, il devrait être normal de nous annoncer usagers ou ex- usagers de drogues aujourd’hui, sans risquer d’être jugés, pour diffuser des messages de protection, pour la reconnaissance de nos savoirs expérientiels et pour être enfin inclus comme des acteurs à part entière de l’addictologie. Asud organise son Assemblée générale le 28  Septembre 2020 à Paris. Cet évènement constitutif de la vie associative sera précédé d’un débat sur la reconnaissance des savoirs expérientiels propres aux addictions aux drogues, réunissant principalement des acteurs du secteur, professionnels ou militants, usagers ou ex-usagers de drogues, et addictologues portant un intérêt particulier à ce sujet. 

Sybille Liegeois et Bruno Didier

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Asud Journal N°62

Le Covid19 nous à retardé dans l’envoi du n°62 d’ASUD journal, sachez que nous avons repris les envois vous devriez donc le recevoir dans peu de temps.

Pour les plus impatient d’entre vous ou encore ceux qui ne peuvent s’abonner vous avez la possibilité de lire en intégralité le numéro 62 ici.

N’oubliez pas que si vous appréciez l’humour, le second degré, et l’esprit combatif d’Asud, il faut nous soutenir avec de l’argent, en vous abonnant, en achetant des brochures et en faisant circuler ce journal comme un outil
de résistance.

Bonne lecture.

EDITO : Money, money, money!

L’argent de la drogue existe. Il y a quelques années, un groupe de députés a interpellé la ministre de la Santé pour mettre en cause les subventions publiques confiées à Asud, accusé de faire « l’apologie de la consommation de stupéfiants »(1). Depuis, le budget de l’association a fondu comme neige au soleil. Un grand nombre de financeurs publics n’ont pas renouvelé leurs subventions et seul le bureau Addiction de la Direction générale de la santé continue de soutenir le journal-des-drogués-zeureux. L’argent public est pourtant notre oxygène. C’est lui qui garantit notre indépendance et notre franc‑parler. Depuis 62 numéros, malgré les pressions de toutes sortes, aucun gouvernement de droite comme de gauche n’a interféré pour corriger notre ligne éditoriale. Depuis 1992, ce sont des centaines de milliers d’euros qui ont été investis dans un projet un peu fou : soutenir une association de drogués. Pourquoi ? Pour bâtir, année après année, une expertise unique en Europe et peut-être au monde. Pour collecter des réflexions, des témoignages et des idées sur la consommation de drogues et la répression qui l’accompagne. Lors des 25 ans d’Asud Nîmes (voir p. 24), nous avons pu mesurer à quel point ce capital est précieux à l’heure où l’ensemble du secteur des addictions semble découvrir l’importance du « point de vue des patients ».

En matière de drogues, c’est le patient qui décide. Il décide d’en prendre et il décide d’arrêter. Cette situation a créé une alliance matérielle entre les usagers et l’industrie pharmaceutique : les traitements de substitution aux opiacés. Depuis 1996, la France est le royaume de la buprénorphine haut dosage (BHD), une manne drainant des profits comparables au budget global de la prise en charge des addictions. Après avoir concédé quelques miettes à notre association, propagandiste infatigable des TSO, les vendeurs de Subutex® nous ont brusquement coupé les vivres. Curieusement, cette mise à la diète se conjugue avec des projets de contrôle par voie médicamenteuse dignes du Dr Folamour (voir p. 30). Là aussi, l’argent de la drogue fait son chemin au détriment de l’intérêt des fameux patients. Mais qui s’en soucie ?

Depuis plusieurs décennies, les militants procannabis se battent pour desserrer le carcan de l’interdit sans grands succès jusqu’à ce que l’industrie nord-américaine s’intéresse aux millions de dollars qui enrichissent les mafias au lieu de nourrir le capitalisme. En l’espace de cinq ans, le mur prohibitif a explosé en Amérique du Nord (voir p. 19). Paraphrasant Paracelse et La Palice, on découvre que le classement pénal fait « la drogue » (voir p. 6), une construction mentale artificielle qui se décline selon le contexte en médicament, en produit de consommation
courante, et peut même représenter une chance pour nos banlieues
(voir p. 12). L’argent de la drogue, décidément…

L’aberration qui s’appelle Asud est née de la véritable panique qui s’est emparée des pouvoirs publics avec l’irruption du sida dans le paysage français. Aujourd’hui, d’autres menaces existent, la stigmatisation continue de frapper les usagers (voir p. 49) et le rôle joué par l’industrie du médicament peut faire figure d’allié ou d’adversaire (voir p.38). Plus globalement, ceux qui ne nous aiment que sous la défroque de victimes gémissantes ou de malades chroniques incurables représentent également
une menace pour notre citoyenneté. C’est la raison d’exister de ce journal : agir sur notre destin en citoyen responsable, ce qui implique aussi l’indépendance financière. Si vous appréciez l’humour, le second degré, et l’esprit combatif d’Asud, il faut nous soutenir avec de l’argent, en vous abonnant, en achetant des brochures et en faisant circuler ce journal comme un outil de résistance.

Bonne lecture.

ASUD

  1. Question n°1519 du député Bernard Debré adressé à Madame la ministre de la Santé et des Affaires sociales, publiée au J.O. le 15/01/2013 (p. 281).

La stupéfiante politique du chiffre

Bénédicte Desforges est une « ex-flic », comme elle se définit ellemême. Elle nous livre ici un décryptage de la logique de rentabilité qui pervertit l’activité policière et conduit à privilégier la chasse aux usagers de drogues. Merci à la fondatrice du site Police contre la prohibition (PCP) pour cette investigation au cœur du système.

L’usage de stupéfiant est un délit mineur, sans victime, sans plaignant, sans danger pour autrui, sans incidence sur la résolution des enquêtes de trafic, sa répression n’est pas dissuasive, mais elle constitue néanmoins une proportion déraisonnable de l’activité policière. La sécurité étant un levier électoral, peu importe le sacrifice du qualitatif, il faut lui associer un plan com’ efficace : le chiffre de la délinquance, qui doit être lisible pour l’opinion mais pas trop. Ces statistiques sont en effet d’une conception suffisamment complexe pour décourager les analyses trop pointues. On y trouve une juxtaposition de faits constatés et de faits élucidés, d’atteintes aux personnes et aux biens, d’infractions avec et sans violence, d’infractions avec et sans victime. Les plaignants, auteurs et victimes sont mélangés dans la même soupe de chiffres, autant de données très peu exploitées par la police, mais nécessaires pour bâtir une politique du chiffre qui tient lieu de stratégie au détriment de la véritable lutte contre la délinquance.

Un taux d’élucidation de 100 %

La police doit donc être en mesure de faire état de sa productivité. Comme une usine. Or la sécurité, ce que la police est censée vendre, n’est pas comptabilisable. Efficace mais pas « rentable », la prévention, le meilleur atout contre l’insécurité, est tombée en désuétude – comme le gardien de la paix. Même le mot a disparu des discours politiques. Faute de « fabriquer » de la sécurité, la police est ainsi obligée de fabriquer des délinquants et des
infractions : les infractions révélées par l’action des services (IRAS), qui se distinguent des infractions constatées (homicides, cambriolages, etc., et plaintes enregistrées, qui feront l’objet d’enquêtes avec un taux d’élucidation incertain) et représentent la part proactive de l’activité policière.

Les infractions à la législation sur les stupéfiants (ILS) et celles liées au séjour des étrangers sont pour l’essentiel relevées lors de contrôles d’identité. Elles ont l’avantage comptable de présenter un taux d’élucidation de 100 % : sans enquête ni victime, aussitôt constaté, le délit est élucidé. Faisant partie du chiffre global de la délinquance, les IRAS boostent la moyenne des affaires résolues. Par exemple, cumuler une boulette de shit confisquée et une plainte contre X pour viol donne un taux de résolution de 50 %, ce qui est une excellente « performance »… Sur l’ensemble des crimes et délits, ce taux peut même dépasser 100 % pour les ILS… De la pure dopamine pour la politique du chiffre.

Paramétrés pour faire du chiffre

Pour la police et la gendarmerie, on compte 207 300 ILS, sur une période d’un an, de septembre 2014 à août 2015 :

  • 175 745 pour usage de stupéfiants ;
  • 19 389 pour usage-revente ;
  • 7 159 pour trafic-revente, sans usage ;
  • et 5 007 autres (provocation à l’usage, etc.).

Tandis que seulement 3,4 % des ILS concernent le trafic, l’usage de stups représente 85 % des ILS, soit 56 % des infractions constatées et infractions révélées par l’action des services.

Autrement dit, les forces de l’ordre, quand elles en ont l’initiative, consacrent plus de la moitié de leur activité à la répression de l’usage de drogues, dont 90 % de cannabis.

En même temps que les effectifs de police stagnent, les interpellations pour ILS sont en constante augmentation, c’est dire l’appétit pour cette répression. Du mois d’août 2017 à juillet 2018 : 224 031 ILS, dont 183 795 pour usage de drogues, soit 83 % des ILS(1). Aujourd’hui, un flic est paramétré pour faire du chiffre, au sens propre mais aussi au sens lucratif du terme.

Primes et bakchichs

Comptables, les IRAS sont aussi rémunérées, ce qui joint l’utile à l’agréable. Du point de vue financier, l’ensemble de la chaîne hiérarchique policière est intéressée par la chasse aux fumeurs de bédo. Chaque cadre de la police, officier et commissaire, encaisse chaque mois des indemnités de responsabilité et de performance (IRP) en fonction de l’activité et des résultats de ses subordonnés. Cette évaluation de la performance a un impact sur la réputation et le déroulement de carrière de l’encadrement. Du coté des officiers, la part fixe de l’IRP atteint 600 euros mensuels pour le grade de commandant(2). Pour les commissaires de police, cette part de l’indemnité s’échelonne selon le grade de 1 080 à 2 421 euros par mois3. À cette part fixe s’ajoute une part variable qui peut s’élever jusqu’à 40 % du fixe(4,5) parfois automatiquement incluse dans la prime mensuelle(6,7) pour certains postes dits « difficiles » ou « très difficiles ». Tout cela a comme effet de booster la course aux résultats entre chefs… Quant au gardien de la paix, si les bonnes grâces de son chef ou le hasard lui sourient, il touchera une fois dans l’année une sorte de bakchich appelé « prime au mérite ». Cette gratification génère un état d’esprit délétère dans les services mais galvanise la course au chiffre. Dans les hautes sphères de la police, il est de bon ton de nier la politique du chiffre, elle serait même une légende urbaine. Mais l’existence même de l’indemnité de responsabilité et… de performance révèle un management basé sur le chiffre. Et si le taux d’élucidation ne suffit pas dans l’équation, il y a encore des solutions(8) : déqualifier certaines infractions, en reporter le mois suivant, dissuader la prise de plaintes… Une tradition de falsification indécente qui a même intéressé plus d’une fois l’IGPN – la police des polices.

Une chose est sûre : l’enjeu de la politique du chiffre est solide et motivant. Plus personne ne devrait s’étonner quand un chef de service dit à ses troupes, sans complexe ni paraphrase, qu’il préfère qu’on lui colle dix fumeurs de pétards en garde à vue plutôt qu’un braqueur.

Imposture, opacité et manipulation

Les objectifs chiffrés du ministère puis de la présidence Sarkozy ne sont pas un mystère. Ce concept absurde consistait à définir la délinquance avant qu’elle ait eu lieu. Les consignes pouvaient alors ressembler à un inventaire de Prévert : « Pour la fin de la semaine, vous me servirez 13 ports d’arme blanche, 38 ILS, 1 proxénète, 24 feux rouges et 1 fermeture administrative de bistro. »

Et puis il y a eu le ministère Valls qui, de façon surprenante dans son discours cadre sur la sécurité9, a parfaitement défini la politique du chiffre– imposture, opacité, porte ouverte à la manipulation, outil calibré pour l’instrumentalisation politique. Le nouveau ministre exigea que, sans délai, ces pratiques cessent au nom du service public. Par la suite, les objectifs statistiques se sont faits plus discrets, et les bilans de la criminalité moins détaillés, mais rien n’a changé sur le fond. Le corps des commissaires étant le gardien du Temple et l’interface opaque entre police et ministère, rien ne semble pouvoir remettre en cause le chiffre et ses primes. Aujourd’hui encore, cette politique représente une énorme dépense de l’État dédiée à la communication sur la sécurité plutôt qu’à protéger les citoyens.

Les IRAS sont donc essentielles à ce système qui s’enrayerait si l’usage de drogues était dépénalisé. Inversement, si la politique du chiffre cessait, la répression de l’usage apparaîtrait sous son vrai jour, vaine à tout point de vue, coûteuse, et encombrant inutilement toute la chaîne pénale. Les statistiques ne sont pas un outil d’évaluation de la délinquance mais une fin en soi…

Fouiller toujours dans les mêmes poches

Mais de quelle fin parle-t-on exactement ? Tandis que les statistiques indiquent que toutes les classes et tranches d’âge sont concernées par les drogues, la population ciblée par la répression est jeune, issue de l’immigration et la plus vulnérable d’un point de vue économique et social. Tout commence par un contrôle d’identité, une palpation, et une fouille des poches qui ne doit rien au hasard. Toujours les mêmes poches, les mêmes personnes, les mêmes quartiers… Là où l’apaisement entre police et population est urgent, la politique du chiffre attise défiance et haine réciproques, et le fragile lien social se délite. Sur le terrain, c’est un bras de fer permanent, violences, provocations, harcèlement. Les discours se répètent – des coups de Kärcher à la reconquête républicaine de territoires – mêmes logiques et mêmes échecs. La mise en place de l’amende forfaitaire de 200 € s’inscrit dans cette logique : un appel d’air à la course au chiffre. S’y ajouteront sans doute des outrages et rebellions du fait de l’amende elle-même. La culture policière est marquée par une tradition de postulats indéboulonnables (le laxisme de la justice, le gauchisme des juges, le coût des étrangers, l’oisiveté des jeunes…) et par la désignation d’un certain nombre de boucs émissaires. La culture raciste de la police est un fait. « Je ne suis pas raciste mais… ce sont toujours les mêmes qui… ». Même si c’est un sentiment qui s’estompe à la faveur d’un recrutement diversifié, l’analyse sociologique s’arrête souvent là. Conservatisme et morale sont les marqueurs d’une culture, ponctuée de leitmotivs : « On est le dernier rempart », « Force doit rester à la loi », et pour finir, « La drogue c’est mal ». Il faut s’en persuader pour ne pas complètement s’effondrer, pour l’illusion d’un métier qui fait sens, une chaîne alimentaire qui va de la poche de l’usager de drogue à celle du commissaire de police, mais aussi une mesure de rétorsion appliquée à une population qu’on aime détester.

Bénédicte Desforges

  1. Chiffres mensuels relatifs aux crimes et délits enregistrés par les services de police et de gendarmerie (https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/chiffres-departementaux-mensuels-relatifs-aux-crimes-etdelits-enregistres-par-les-services-de-police-et-de-gendarmeriedepuis- janvier-1996/).
  2. Montants part fonctionnelle de l’IRP corps de commandement de la police nationale (officiers) (https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2017/3/30/INTC1706081A/jo/texte).
  3. Montants part fonctionnelle de l’IRP corps de conception et de direction de la police nationale (commissaires) (https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000023386641).
  4. IRP officiers (https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=
    JORFTEXT000028319571 ).
  5. IRP commissaires (https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cid
    Texte=JORFTEXT000022839264).
  6. Postes difficiles et postes très difficiles commissaires (https://www.
    legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000029344655).
  7. Postes difficiles officiers (https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2017/5/5/INTC1713329A/jo/texte/fr).
  8. « Sécurité : la fabrique du bilan “favorable” pour 2012 », Le Monde (https://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/03/securite-les-secrets-defabrication-du-bilan-pour-2012_1581408_3224.html).
  9. Discours cadre sur la sécurité, M. Valls, septembre 2012 (https://www.aht.li/3273284/20120919_discours_cadre_securite_Valls.pdf).

À lire : La pénalisation de l’usage de stupéfiants en France au miroir des statistiques administratives, Ivana Obradovic, Déviance et société (2012) (https://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2012-4-page-441.htm%20%20).

Le cannabis passé à tabac

« Les buralistes sont prêts à vendre du cannabis » : dans l’optique d’une évolution de la législation sur le cannabis, le lobby des buralistes se positionne déjà sur le marché à venir et le gouvernement ne le verrait pas forcément d’un mauvais œil. Une vraie-fausse bonne idée.

En juillet 2018, le président de la Confédération nationale des buralistes, Philippe Coy, annonçait dans le Parisien que son organisation était « pour le cannabis récréatif s’il est réglementé. Et nous sommes prêts à en commercialiser dans nos bureaux de tabac. […] Le 18 juin, j’ai même proposé à la ministre de la Santé […] de devenir le premier réseau de
référence du cannabis s’il est, un jour, légalisé dans l’Hexagone ». Le canal historique des militants cannabiques savourera avec ironie la date de cette annonce… Le passage de l’illicite vers la vente en bureau de tabac est la solution évidente, pour tous ceux qui n’y connaissent rien(1). Asud partage en revanche le positionnement de nos vieux camarades du CIRC, historiquement antiburalistes, prônant plutôt la création de lieux
dédiés, les bien-nommés « cannabistrots ». Une position quasi unanime au sein des organisations antiprohibitionnistes.

Amateurisme

S’appuyer sur un réseau préexistant, déjà assujetti aux normes sur la vente de tabac semble la solution évidente et rapide. Mais c’est aussi, pour le gouvernement en place, l’occasion d’apaiser un puissant lobby qui se prend une belle cartouche depuis la loi Évin. Il est pourtant inconcevable qu’une offre légale de cannabis vienne pallier le manque à gagner des bureaux de tabac. Le cannabis est une affaire d’amateurs au sens épicurien du terme, trop éclairés pour laisser ce business aux mains d’amateurs tout court. Soyons clairs, ces commerçants n’y connaissent déjà rien en matière
de tabac !

Ça marche aussi en le questionnant sur les effets du tabac sur
la santé. Il n’en a aucune idée parce qu’il s’en tape et que c’est
pas son job. Il vend des clopes. Les risques sanitaires avec le
cannabis différant considérablement de ceux liés à la consommation
de tabac, il est important qu’un réseau de vente soit
formé en conséquence, ne serait-ce que pour orienter vers des
services spécialisés. Ces risques sont surtout incomparables,

Posez la question à votre buraliste : « Je souhaite changer, trouver un goût plus rond, un arôme moins âcre, plus doux. Quelle marque me conseilleriez-vous ? » Vendre des feuilles à rouler, aussi longues soient-elles, ne fait pas de toi un expert en cannabis, comme vendre des tire-bouchons ne fait pas de toi un sommelier. et il est hors de question d’associer un produit responsable de près de 80 000 décès par an à un produit dont le risque létal est quasi nul. C’est encore plus aberrant lorsque l’on sait que les risques liés à la consommation de cannabis sont aggravés par la co-consommation de tabac (dépendance à la nicotine) et par la combustion (goudron, monoxyde de carbone). À l’heure où des dispositifs de vaporisation performants permettent de dissocier le cannabis de la nicotine
et de réguler ainsi plus facilement la consommation de cannabis en minorant les risques pulmonaires, associer la vente de ces deux produits serait une hérésie. Qui dit vente, dit juste prix, une des variables
majeures dans l’équation de la légalisation. Trop cher, le trafic perdure. Pas
assez, il n’est pas en adéquation avec les impératifs de santé publique. Les buralistes viendraient polluer ces discussions de leurs jérémiades mercantiles.

Une réponse simpliste à une question complexe

Car c’est bien de ça qu’il s’agit. On peut déjà présupposer que cette annonce ne fait pas l’unanimité dans la profession. Ce qui implique que, sauf prédispositions, un pourcentage non négligeable de buralistes réfractaires
à cette démarche s’y verrait contraint. Ambiance ! Et la majorité
des partisans n’est motivée que par des raisons bassement économiques. « Même s’il y avait un problème de conscience, je le ferais », dixit le président de la chambre syndicale des buralistes du Vaucluse. Nous voilà rassurés. Une partie de la clientèle ne serait par ailleurs pas plus enjouée de côtoyer des fumeurs de joints de drogues dans le tabac à Lulu. Autant que ces derniers n’auraient envie de croiser la moitié du village quand ils achètent de la weed.

Pourquoi attribuer un marché à des acteurs motivés par de mauvaises raisons, voire carrément hostiles, alors qu’un vivier de personnes compétentes n’attend que ça ? Exclure (encore) les acteurs du trafic, c’est exposer ce nouveau marché à une forte insécurité et la garantie d’une explosion sociale. L’État est dans l’obligation de se confronter à sa politique d’intégration en ouvrant ce marché du travail à une jeunesse qu’elle qualifie de « racaille » depuis des décennies parce qu’elle survit au chômage
et à la discrimination de l’emploi en vendant du shit. Les personnes souhaitant intégrer ce business fraîchement légal devront bénéficier d’une aide à la reconversion, même avec un casier pour infraction à la législation sur les stupéfiants (ILS). Attribuer la vente de cannabis aux buralistes est
une réponse simpliste à une question complexe. Rappelons qu’aucun des modèles de régulation existant n’a opté pour ce choix. Ces petits commerçants vendent du prêt-à-porter, alors que la vente de cannabis nécessite du sur‑mesure. Le cannabis est une affaire de spécialistes et de connaisseurs. À titre de comparaison, les vrais amateurs de cigares (donc de tabac) ne se fournissent pas chez le buraliste du coin, mais dans des caves ou des clubs.

L’exemple de la vape

Le modèle dont la distribution de cannabis devrait s’inspirer reste celui de la cigarette électronique : une gamme de produits diversifiée,
une approche basée sur un principe actif (la nicotine), un discours et des conseils adaptés au niveau de connaissance et aux habitudes de consommation de la clientèle, prenant en compte les goûts et le plaisir. Les vape shops ont adopté une démarche de RdR. Philippe Coy en a d’ailleurs parfaitement conscience, sachant que son réseau est déjà passé à côte de la
vape. L’actualité récente aux États-Unis illustre en outre la porosité déjà existante entre la vape et le cannabis dans un contexte illicite. Au lieu de devenir dangereux et subis, ces liens devraient être régulés et potentialisés à bon escient. Un autre aspect important de l’industrie de la vape dont il faut pouvoir s’inspirer est le commerce en ligne. Un domaine 2.0 dont les buralistes sont absents.

Comme pour le tabac, la question de la plante et de ses principes actifs est aussi soulevée. Les buralistes ont une exclusivité sur la vente de tabac, pas sur la nicotine. Qu’en serait-il du cannabis ?

Des licences doivent-elles être accordées pour la vente de la plante, de ses principes actifs ?

Le réseau de buralistes est le fruit d’une époque moins soucieuse de la santé publique, qu’il a été difficile d’adapter aux aspirations actuelles tant le pouvoir de nuisance des cigarettiers a pris de l’ampleur. Cela ne doit pas se reproduire avec le cannabis et une profonde réflexion impliquant TOUTES les parties prenantes est un préalable inévitable.

L’unique intérêt de prendre exemple sur le réseau de distribution du tabac pour la vente de cannabis serait de s’inspirer de ce qu’il ne faut pas faire.

Georges Lachaze

  1. Nous traitons dans cet article uniquement de la distribution. La question complexe de la production avec ou sans monopole comme la Seita soulève encore d’autres problèmes.

Global drug Survey special Covid-19

Aujourd’hui, nous vous invitons à participer à l’Edition Spéciale de la Global Drug Survey (GDS) sur le COVID-19. La Global Drug Survey est l’une d’est plus grande enquête sur les drogues qui regroupe chaque année 130 000 participants dans plus de 20 pays dont la France. 

La participation à cette enquête vous prendra 10 à 15 minutes dans le cas où vous avez consommé de l’alcool récemment, et un peu plus de temps si vous avez consommé d’autres drogues. Les questions porteront sur la manière dont le COVID-19 a impacté votre situation de vie, vos relations interpersonnelles, et votre santé mentale.

Nous vous demanderons si votre consommation d’alcool et d’autres drogues a évolué depuis le COVID-19, ainsi que sur les évolutions des marchés de la drogue et de l’accès aux services dans votre pays. Enfin, nous vous proposerons de rejoindre une cohorte du GDS en répondant à un questionnaire tous les 30 jours pour rester à jour des évolutions de votre consommation dans cette situation si particulière que nous vivons actuellement. Vous pouvez participer à l’enquête jusqu’à la mi juin, après il sera trop tard !

La participation à cette enquête n’est en aucun cas obligatoire. Vous pouvez choisir de ne pas y participer, et vous pouvez décider de ne pas répondre à toutes les sections. Cependant, une fois que vous avez commencé, vous pouvez vous retirer du questionnaire à n’importe quel moment, mais prenez en compte que les réponses déjà indiquées seront envoyées et utilisées.

L’enquête est menée par une équipe internationale, sous la direction du Pr Adam Winstock et la référente de l’enquête en France est Marie Jauffret-Roustide, sociologue à l’Inserm.

Retrouvez toutes les informations au sujet de la Global Drug Survey sur leur site internet.

Cannabis médical EXPÉRIMENTATION EN 2020

On ne s ’en rend pas forcément compte mais on vit une époque formidable. Asud s ’est enquit auprès de trois experts des progrès accomplis dans la longue marche vers le Graal cannabique à visée thérapeutique. Réponse : il va falloir attendre encore un peu, mais on est sur la bonne voie. Et que l’on se rassure, la guerre à la drogue, elle, se porte toujours bien.

Le cannabis médical est actuellement disponible dans de nombreux pays, et malgré ce mouvement international, la France a longtemps été réticente
à mettre ce sujet à l’agenda politique, en raison de la crainte des gouvernements vis-à-vis d’un cannabis médical cheval de Troie de la légalisation du cannabis non médical.

En juin 2019, l’annonce de la volonté de la France d’expérimenter le cannabis médical a constitué une avancée importante pour les associations de patients qui demandaient à ce que leur situation puisse être améliorée par l’accès à une voie sécurisée. Cette annonce s’inscrit dans un long parcours semé d’embûches. L’utilisation médicale de cannabis et de ses dérivés était en effet strictement interdite en France, jusqu’au décret du 5 juin 2013 qui a octroyé la possibilité d’utiliser des spécialités à base de cannabis, avec une autorisation de mise sur le marché (AMM) française ou européenne. Ce décret a également autorisé les opérations de fabrication, de transport, d’importation, d’exportation, de détention, d’offre, de cession, d’acquisition ou d’emploi. Deux médicaments ont obtenu une AMM. L’un, indiqué dans la sclérose en plaque (Sativex®), n’a jamais été commercialisé, faute d’accord sur le prix. Le second, indiqué dans certaines formes d’épilepsies pharmaco-résistantes (Epidiolex ®), et actuellement disponible en autorisation temporaire d’utilisation (ATU), doit encore obtenir les avis de la commission de transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) pour son remboursement et du Comité économique des produits de santé (CEPS) pour la fixation de son prix. Face à cette situation de blocage, à la demande grandissante de cliniciens et de patients, et au mouvement international de diffusion du cannabis médical, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a mis en place en septembre 2018 un Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) visant à réfléchir à la pertinence d’un accès en France à des préparations à base de cannabis à visée thérapeutique. La composition de ce comité avait une ambition pluridisciplinaire consistant à inclure à la fois des cliniciens, des scientifiques et des associations de patients(1). Ce comité a tout d’abord procédé à des auditions de sociétés savantes, auditions suivies d’échanges avec des acteurs institutionnels ayant tenté l’expérience du cannabis médical à l’étranger (Suisse, Allemagne, Canada) et de discussions entre membres du comité qui ont permis de faire émerger une première série de propositions retenues fin décembre 2018 par le ministère de la Santé et l’ANSM.

Deux ans d’expérimentation

De nombreuses auditions (usagers, producteurs de cannabis médical…) se sont ensuite poursuivies durant le premier semestre 2019. Ceci a permis au comité scientifique d’adopter un projet de cadre d’expérimentation du cannabis médical, avalisé début juillet par les autorités sanitaires et politiques. Enfin, le financement de cette expérimentation vient d’être discuté à l’Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi financement de la Sécurité sociale suite à une proposition d’amendement déposée par Olivier Véran, qui propose qu’à titre expérimental, pour une durée de deux ans, l’État puisse autoriser l’usage médical du cannabis sous la forme de produits répondant aux standards pharmaceutiques, en dehors des autorisations de mise sur le marché habituelles, dans certaines indications ou situations cliniques réfractaires aux traitements indiqués et accessibles. Elle prévoit aussi que le rapport de cette expérimentation étudie la pertinence d’un élargissement du recours à l’usage médical du cannabis au terme de l’expérimentation, le cas échéant, les modalités de sa prise en charge par l’Assurance maladie. Cela ne sera possible qu’après une modification de l’article R 5 132-86 du Code de santé publique qui n’autorise pour l’instant que l’accès à des spécialités pharmaceutiques, c’est-à-dire avec AMM. L’objectif principal de l’expérimentation sera ainsi d’ajuster le cadre d’une future légalisation de l’usage de cannabis médical. Enfin, les premières données scientifiques françaises de bénéfice-risque de ces produits seront analysées dans les principales indications retenues. Cette expérimentation devrait débuter dans le premier semestre 2020 et pourrait concerner environ 3 000 patients.

Dans quels cas ?

Cinq situations cliniques sont actuellement retenues pour les prescriptions de cannabis à visée thérapeutique en France :

  • les douleurs neuropathiques réfractaires aux thérapies accessibles ;
  • certaines formes d’épilepsie pharmaco-résistantes ;
  • les soins de support en oncologie (complications liées au cancer ou à ses traitements) ;
  • les situations palliatives ;
  • la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ou des autres pathologies du système nerveux central.

Ces diverses situations cliniques ont été discutées avec les sociétés savantes concernées à partir des données scientifiques internationales, du retour expérientiel des associations de patients, ainsi qu’avec les pays qui proposent déjà ce type de thérapeutique. Ces cinq indications représentent la majorité des prescriptions dans les pays qui autorisent l’usage médical du cannabis.

Avec quels produits ?

Suite aux auditions des principaux producteurs étrangers de préparations à base de cannabis à visée thérapeutique, il ressort clairement l’existence d’une tendance internationale au développement de véritables préparations aux normes pharmaceutiques (comprimés, gouttes, capsules, inhalateurs, patchs…) en complément ou en remplacement des fleurs séchées historiquement proposées. Ces produits présentent l’avantage d’être plus standardisés, donc accessibles et utilisables par un plus grand nombre de patients et plus faciles à doser que des fleurs séchées. Le comité scientifique de l’ANSM a proposé que soient mises à disposition des préparations de cannabis ou d’extraits à spectre complet sous des formes à effet rapide (huiles à usage sublingual ou fleurs séchées à vaporiser) ou à effet prolongé (capsule d’huile, solution buvable). Selon les indications et les spécificités des patients, cinq compositions différentes en cannabinoïdes, représentant cinq médicaments différents, sont proposées selon des ratios delta-9-tetrahydrocannabinol (ou THC, la substance chimique psychoactive la plus abondante dans les plants de cannabis)/ cannabidiol (CBD, seconde substance la plus abondante après le THC) variables : THC 1/1 CBD ; THC 1/20 CBD ; THC 1/50 CBD ; THC 5/20 CBD ; THC 20/1 CBD.

Une expérimentation encadrée

La décision d’expérimenter le cannabis médical en France s’inscrit dans une volonté d’évaluer la mesure et de la sécuriser par un ensemble de préconisations. Les prescripteurs devront suivre une formation obligatoire. En ce qui concerne la prescription, celle-ci se fera sur ordonnance sécurisée, comme tous les médicaments stupéfiants. Les préparations pharmaceutiques concernées seront dispensées par des pharmacies hospitalières ou officines de ville. Le traitement sera instauré et stabilisé par des médecins exerçant dans des centres de référence des pathologies concernées. Un relais de cette prescription auprès du médecin traitant pourra être proposé. Pour prévenir certains effets indésirables à l’instauration du traitement, une adaptation posologique devra être réalisée par titration (augmentation très progressive des doses) par le médecin, jusqu’à obtention de la dose minimale efficace et d’effets indésirables jugés tolérables par le patient et le médecin. La participation des médecins se fera sur la base du volontariat et impliquera obligatoirement le suivi d’une formation préalable et le renseignement d’un registre national électronique, qui permettra l’évaluation de cette expérimentation. Cette décision va permettre de soulager des patients qui se trouvaient dans des impasses thérapeutiques. Les témoignages que nous avons pu écouter lors des auditions durant les dix mois de travail ont mis en évidence une réalité souvent méconnue. Durant des années, des patients ont été réduits à se procurer du cannabis de mauvaise qualité par des voies illégales, sans jamais être certains de la composition du produit et de ses effets thérapeutiques potentiels. Cette avancée pour les patients permettra une amélioration de leur qualité de vie. Nous pouvons nous féliciter que cette décision ait pu dépasser les blocages habituels autour du cannabis en France. Cette démarche d’autorisation du cannabis à visée thérapeutique s’inscrit dans une attention apportée aux savoirs des patients dans l’amélioration de leur prise en charge. Cette ouverture nécessite également de rester vigilant face à une potentielle prise de pouvoir de certains acteurs économiques qui pourraient voir dans le cannabis médical un nouveau marché à prendre.

Nicolas Authier, Georges Brousse, Marie Jauffret-Roustide

  1. Des associations de patients douloureux non spécifiquement attachés à la promotion du cannabis médical

Du côté des patients

Fondée par des patients, l’association Principes actifs a pour but de créer un réseau regroupant des personnes atteintes de maladies susceptibles de réagir favorablement à la prise de cannabis et qui en font usage. Depuis la création de l’association, il y a dix ans, nous avons collecté des centaines de témoignages et attestations de médecins en faveur de l’usage médical du cannabis. Nous avons constaté la diversité des maux qui pourraient être soulagés par les principes actifs de tout un panel de variétés de cannabis cultivables. La création du Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) par l’Agence nationale de sécurité du médicament et l’annonce d’une prochaine expérimentation constituent une formidable avancée pour l’ensemble des malades ayant besoin du cannabis thérapeutique. Nous avons été auditionnés et faisons partie du comité de pilotage. Nous regrettons cependant que seul un nombre restreint de patients (3 000 au total) et de pathologies soient pris en compte. Alors que les membres du CSST n’ont identifié que cinq situations cliniques pour les futures prescriptions de cannabis thérapeutique, nous savons par les années d’expérience de l’association que la réalité de terrain est bien plus vaste. L’émergence des vertus du CBD, celles déjà connues du THC et les potentielles découvertes autour des autres principes actifs de la plante laissent à penser que nous sommes loin de connaître l’ensemble des applications thérapeutiques du cannabis. N’entrant pas dans les situations cliniques décrites pour l’expérimentation, certains patients se sentent abandonnés par la recherche. Après le vent d’espoir soufflé par l’annonce du CSST vient ainsi la tempête de la désillusion pour celui qui ne rentre pas dans les cases… Et le retour au lot quotidien de risques à prendre pour se soigner : interpellation, achat de produit frelaté et/ou de mauvaise qualité. Alors, celles et ceux qui le peuvent le cultivent, ne serait-ce que pour adapter au mieux les variétés et qualités aux réalités de leurs pathologies, en pleine conscience des risques encourus.
Principes actifs

contact@principesactifs.fr
www.principesactifs.org

Mon cannabis au Canada

Le 17 octobre 2018, le Canada de vient le premier pays du G7 à légaliser l’usage du cannabis. Louis Letellier de Saint-Just, président de Cactus, juriste de renom et militant de la réforme des poli tiques de drogues, nous explique comment et pourquoi le « pot » acheté à Montréal n ’aura pas
nécessairement le même effet que celui vendu à Ottawa ou à Vancouver. Alors, légalisation au menu ou à la carte ?

Après la reconnaissance légale de l’accès au cannabis à usage médical en 2001, voilà que le Canada se positionne sur l’échiquier mondial des États réformistes en devenant le second pays au monde, premier du G7, à légaliser l’usage du cannabis. Fronde audacieuse ou gifle prétentieuse si l’on considère la présence dans ce groupe sélect des États-Unis, de la France et de l’Allemagne, lesquels n’ont pas encore de législation nationale sur le cannabis récréatif. La Russie, au lendemain de l’entrée en vigueur de la loi canadienne sur le cannabis, s’empressait de vilipender sans retenue le pays pour cette « libération narcotique » qui viole les traités internationaux sur le contrôle des drogues. L’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) en fera autant(1). Ces artisans du déni maintiennent sans fléchir la ligne dure, soit celle qui soutient toujours la bonne vieille « guerre à la drogue ».

D’un joint à l’autre

Le 17 octobre 2018, la loi cadre fédérale et les lois provinciales sur le cannabis qui en découlent sont ainsi simultanément entrées en vigueur. Des milliers de Canadiens se sont pointés cette fois, non pas au coin de la rue ou chez leur fournisseur d’herbe, mais simplement à la porte de centaines de points de vente autorisés à travers le pays. « D’un océan à l’autre », la devise du pays, a-t-on ironisé ce même jour, devenait « D’un joint à l’autre ».

Pris d’assaut par des milliers de consommateurs dès l’ouverture, les trottoirs débordent déjà aux alentours des points de vente autorisés de cannabis. Une première journée de légalisation au Québec s’est terminée avec 140 000 transactions dans les succursales de la Société québécoise du cannabis (SQC). Mais à peine plus d’une semaine après la légalisation, on enregistre des retards de livraison et une pénurie de certains produits offerts(2). La demande est plus forte que prévu, des enjeux d’approvisionnement au pays ressortent. Les commentaires des opposants à la légalisation ne se font pas attendre. Pire encore, le nouveau gouvernement québécois, élu le 1er octobre, affiche déjà sa ferme intention de revoir l’âge légal pour l’usage du cannabis et de limiter les lieux permis pour ce même usage.

Plusieurs municipalités (plus de 30 au Québec) adopteront des règlements qui restreignent l’espace public où l’usage de cannabis sera autorisé.

Ainsi, celles et ceux qui auront milité pour que ce jour tant souhaité survienne enfin se demandent peut-être s’il n’aurait pas été mieux de tolérer le flou d’avant, tant la consommation légale du cannabis risque de s’avérer plus contraignante, car les endroits pour fumer son joint tranquille semblent se raréfier. Mais il ne faut pas prendre cette ironie trop au sérieux. Bien au contraire, il faut d’abord se réjouir du fait que le Canada se soit compromis sur la route du changement, s’ajoutant à ceux qui ont déjà franchi le pas ou débuté par la décriminalisation, et à tous ceux qui considèrent maintenant que les réformes des législations sur les drogues doivent s’amorcer concrètement. L’audace est à l’ordre du jour, parce que le modèle international actuel de contrôle des drogues est désuet. Une chose demeure, c’est que la légalisation du cannabis par le Canada, constitue une AVANCÉE DÉTERMINANTE. Et ça, seulement ça, ce n’est pas négligeable.

Un aboutissement signé patience

L’histoire politique canadienne nous apprend que, déjà en 1969, le gouvernement de Pierre-Elliot Trudeau se préoccupait de la question de la légalisation des drogues. En 2002, c’est une commission spéciale du Sénat canadien sur les drogues illicites et le cannabis3, présidée par le regretté Pierre-Claude Nolin, qui recommande une légalisation pure et simple du cannabis. Pourtant, malgré ces orientations et quelques projets de lois déposés, la légalisation du cannabis meurt au feuilleton. Nous devons au sénateur Pierre‑Claude Nolin d’avoir conduit les travaux de cette commission avec clairvoyance, puisqu’il faisait le constat de l’échec de la guerre à la drogue amorcée trente ans plus tôt.

Entre 2005 et 2015, sous un gouvernement conservateur partisan d’une politique des drogues répressive, les lois fédérales sont significativement modifiées pour afficher un durcissement, allant même jusqu’à imposer des peines minimales, retirant ainsi aux tribunaux toute discrétion pour apprécier les faits propres à certaines infractions. C’est l’époque où la réduction des risques (RdR) n’avait aucune résonnance. Il ne faut d’ailleurs avoir aucune réserve pour tenir le gouvernement de l’époque responsable des conséquences de la crise des opioïdes qui sévissait déjà.

En octobre 2015, l’élection d’un nouveau gouvernement libéral dirigé quarante-sept ans plus tard par le fils de l’autre, Justin Trudeau, fait de la légalisation du cannabis une promesse et la RdR reprend sa place.

Le 13 avril 2017, un projet de loi déposé à la Chambre des communes (gouvernement fédéral) attribue au gouvernement fédéral la responsabilité de déterminer un cadre général pour la production, la distribution et l’usage du cannabis, laissant aux provinces celle d’encadrer, par voie de législation, la distribution et l’usage. Toutes les législations, y compris provinciales, entreront en vigueur le 17 octobre 2018.

Cannabis libéré mais encadré

Une loi cadre fédérale oblige donc l’ensemble des provinces à légiférer sur le cannabis selon des règles précises. Les provinces n’ont pas accepté de gaieté de cœur ce « pelletage » de responsabilités dans leur cours, puisque cela voulait aussi dire des coûts additionnels dont certains étaient difficiles à prévoir. Le socle fondateur de la légalisation du cannabis au Canada ne
laisse aucune équivoque : « Le Canada ne fait pas la promotion de l’usage de cannabis, il l’autorise essentiellement sur la base d’objectifs de santé publique, de protection de la santé et de la sécurité des jeunes et d’opposition au marché noir. »

Les campagnes de sensibilisation martèlent des messages de prévention mettant ces jeunes en garde contre un risque de dépendance, tout en leur rappelant que le cerveau est en développement jusqu’à l’âge de 25 ans. On comprendra donc pourquoi on adopte une approche des plus restrictives en ce qui concerne la mise en marché du cannabis, de la publicité à l’emballage. Est-ce exagéré ? Pas vraiment si l’on consulte les statistiques concernant la consommation de la fourchette des 15/24 ans qui est trois fois plus importante que pour la tranche d’âge suivante(4).

Cannabis à la carte

C’était à prévoir. Les provinces affichent des différences importantes, que ce soit pour l’âge légal, les lieux de consommation, la mise en marché ou la culture à domicile.

Modèle de vente

C’était aux provinces de choisir leur modèle. Qui dit « entreprise privée » dit rentabilité. Pour plusieurs, l’inquiétude était grande de perdre le contrôle sur des objectifs de santé publique, sachant que le modèle américain, tel celui du Colorado, bâti autour de l’entreprenariat, était largement décrié. Malgré la pression des instances de santé publique et celle des milieux communautaires, les modèles de vente sont répartis en modèle privé, public/privé, ou étatique. Le Québec a opté pour le dernier, en créant la Société québécoise du cannabis qui sera responsable de l’ensemble des points de vente. Quant à la vente en ligne, règle générale, elle demeure sous contrôle exclusivement public. Le nombre de points de vente projeté variera à terme de 4 à 250, selon les scénarios de chaque province. Une province, la Colombie-Britannique, n’a aucun plafond.

Âge légal pour la possession et la consommation

La loi fédérale suggérant d’établir l’âge légal à 18 ans, un très large consensus s’est imposé à cet égard au sein des provinces. Cela suscite néanmoins l’étonnement, puisque cet âge n’est pas toujours calqué sur celui auquel on atteint la majorité, ni sur celui auquel il est permis de consommer de l’alcool, qui oscillent entre 18 et 19 ans.

Coup de théâtre au Québec, où le gouvernement tout nouvellement élu fera basculer cet âge à 21 ans dès janvier 2020. Un choix hautement controversé, voire dogmatique, qui va à contre-courant du positionnement des autorités provinciales de santé publique et d’une logique d’application de la RdR, compte tenu des données probantes actuelles quant à la consommation chez les jeunes.

Consommation dans les lieux publics

Nous nageons ici dans l’une des sphères les plus délicates de la légalisation du cannabis, laquelle donne le ton sur la latitude que l’on donne au consommateur pour jouir de cette légalisation. Dans l’ensemble des provinces, c’est l’interdiction stricte dans des lieux fréquentés par des enfants : parcs, aires de jeux, milieu scolaire, établissements d’enseignement supérieur, ceux de santé, de justice, culturels, les lieux d’attente d’un transport collectif et les restaurants. Ces règles sur l’usage en public sont donc passablement restrictives. Au Québec, depuis le 1er novembre 2019, il est strictement interdit de fumer ou de vapoter du cannabis dans tout lieu public extérieur ou intérieur. L’espace de consommation se rétrécit !

Usage au travail et à domicile

En milieu de travail, la règle fait l’unanimité. C’est en fait la même orientation que pour l’alcool : tout employé doit être en état d’effectuer adéquatement son travail et de façon sécuritaire. Dans une résidence privée qui n’est pas un immeuble de logements, l’usage du cannabis ne semble pas
causer de difficulté. Cela sera bien différent en ce qui concerne les immeubles à logements multiples, dont les règlements pourront l’interdire purement et simplement. Risque élevé de contestation judiciaire ici également.

Prix et produits vendus

L’attrait principal est d’offrir un produit dont la qualité est contrôlée, ainsi que la teneur en THC. Chaque province décide de l’étendue des produits et des variétés qu’elle offre en vente : cannabis séché ou frais, huile, vaporisateur, joint préroulé, atomiseur oral, capsule… Pour ce qui a trait aux produits comestibles, du chocolat à la poudre cannabinoïde soluble et aux boissons, ils sont légaux au Canada depuis le 17 octobre 2019. L’offre variera selon les choix de chaque province. Les inquiétudes sont palpables,
plusieurs craignant que l’on tombe dans la banalisation de l’usage du cannabis et que l’on ne protège pas suffisamment les enfants d’un accès à ces produits. Quant au prix, il était acquis qu’il devait être inférieur ou se rapprocher de celui connu du marché noir.

Au Québec par exemple, 30 grammes pourront être achetés à la fois, la même quantité étant autorisée pour la possession dans les lieux publics et 150 grammes au maximum à domicile. Le prix au gramme du cannabis séché est en moyenne de 5,25 $ (3,50 €).

Promotion, publicité, emballage

C’est très clair : pas de soldes, pas de commandites, pas de
références à un style de vie. Pas de dégustations sur place, rien
de visible de l’extérieur des points de vente, aucune publicité
à l’intérieur comme à l’extérieur, pas de logo. L’emballage ne
devra, quant à lui, référer qu’au produit vendu.

Sécurité routière

Les codes de la route des provinces s’ajustent en conséquence en prévoyant l’usage de tests spécifiques pour déceler si les facultés d’un conducteur sont affaiblies ou si le taux de THC dans le sang dépasse la norme autorisée (prise de sang prévue). Interdiction stricte de faire usage de cannabis dans un véhicule, que l’on soit conducteur ou passager.

Culture à domicile
La loi fédérale permet la culture à domicile d’un maximum de 4 plants de
cannabis. La culture pourra également être limitée par des règlements municipaux et même par ceux des propriétaires d’immeubles locatifs. Des contestations judiciaires sont déjà entamées pour contrer l’interdiction, notamment au Québec.

Conclusion sur un dossier à suivre

La loi-cadre fédérale légalisant le cannabis trouve donc des mises en œuvre provinciales qui lui donnent différentes teintes. Si les principes sont communs, la manière de les réaliser différera. Malgré la complexité d’application que présente en surface ce tableau, l’accomplissement premier de cette législation demeure, avant tout, l’importante brèche dans la muraille de la « guerre aux drogues » qu’elle permet d’agrandir.

Me Louis Letellier de Saint-Just (Montréal, Canada)

  1. « La Russie condamne la légalisation du cannabis au Canada », journal
    Le Devoir, édition du 23 octobre 2018.
  2. « Pénurie de cannabis : des succursales de la SQDC pourraient être
    fermées », journal Le Devoir, édition du 26 octobre 2018.
  3. Commission d’enquête fédérale sur l’usage non-médical de la drogue
    (1969-1972) ; Commission spéciale du Sénat sur les drogues illicites et le cannabis (2002).
  4. Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, Sommaire canadien juin 2018.

1994-2019 Asud Nimes fête ses 25 ans

Réduction des risques et des dommages,quand transformation sociale rime avec mobilisation des usagers.

Asud Nîmes a 25 ans. Asud Nîmes est un survivant. Avec Asud Mars Say Yeah, l’association est le dernier exemple de l’action d’un authentique groupe d’autosupport au niveau régional , rescapé d’un réseau qui comptait 23 structures déclarées en préfecture en 1996. Que s’est-il passé ? Quel est le secret de l’ADN résistant des Nîmois quand tant d’autres on t jeté l’éponge ou se sont crashés en plein vol ? C’est ce que nous raconte Jef, directeur d’Asud Nîmes et militant historique d’ Asud, une victoire aux points où le KO a été évité de justesse.

Aujourd’hui, la réduction des risques (RdR) et des dommages fait partie du quotidien d’un grand nombre d’usager[ère]s qui fréquentent les Caarud et les Csapa, quand d’autres ont accès à la RdR plus sporadiquement dans l’espace festif ou dans la rue auprès des équipes mobiles. Mais fut un temps où tout cela n’existait pas. Le sevrage était la règle, l’obligation de soins et l’injonction thérapeutique ordonnées par la justice ou les médecins s’imposaient à tous. L’incarcération pour simple détention de quelques seringues n’était pas rare. Les drogués étaient considérés comme des personnes irresponsables et administrativement privés de droits. Durement touchés par le sida, la répression et l’exclusion sociale, les usagers vont toutefois se mobiliser au début des années 1990 pour faire changer
les choses.

Une mobilisation inattendue

Asud, première association d’autosupport en France, voit le jour en 1992 à Paris. L’association milite en faveur de la réduction des risques, de la citoyenneté et contre la prohibition des drogues. Avec Asud-Journal, elle fait connaître ses principes fondateurs et ses revendications, les usagers se retrouvent dans le discours et se mobilisent dans leur région. Entre 1992 et 1995, Asud labélise une vingtaine d’associations, dont Asud Nîmes au mois d’août 1994. D’une ampleur sans précédent, ce mouvement s’organise pour répondre aux besoins les plus urgents, l’accès au matériel stérile et à la réduction des risques, et pour obtenir les droits fondamentaux qui nous étaient jusqu’ici déniés. Les usagers se réapproprient une parole jusqu’ici confisquée et nous devenons un interlocuteur de la Direction générale de la santé ( DGS), qui peine à mobiliser les professionnels encore opposés à la RdR. Avec la création du collectif Limiter La Casse qui regroupe différentes associations et personnalités, Asud trouve des alliés qui soutiennent ses
revendications et ses « 10 mesures d’urgence ». À partir de 1994, la politique de réduction des risques s’affirme peu à peu. Agissant par décrets ministériels, Simone Veil, alors ministre de la Santé, autorise les programmes d’échange de seringues (PES) associatifs jusqu’ici illégaux, le
développement des trousses de prévention (Steribox®), puis le déploiement des programmes méthadone dans la foulée.

Une mobilisation inattendue

Asud, première association d’autosupport en France, voit le jour en 1992 à Paris. L’association milite en faveur de la réduction des risques, de la citoyenneté et contre la prohibition des drogues. Avec Asud-Journal, elle fait connaître ses principes fondateurs et ses revendications, les usagers se
retrouvent dans le discours et se mobilisent dans leur région. Entre 1992 et 1995, Asud labélise une vingtaine d’associations, dont Asud Nîmes au mois d’août 1994. D’une ampleur sans précédent, ce mouvement s’organise pour répondre aux besoins les plus urgents, l’accès au matériel stérile et à la réduction des risques, et pour obtenir les droits fondamentaux qui nous étaient jusqu’ici déniés. Les usagers se réapproprient une parole jusqu’ici confisquée et nous devenons un interlocuteur de la Direction générale de la santé ( DGS), qui peine à mobiliser les professionnels encore opposés à la RdR. Avec la création du collectif Limiter La Casse qui regroupe différentes associations et personnalités, Asud trouve des alliés qui soutiennent ses
revendications et ses « 10 mesures d’urgence ». À partir de 1994, la politique de réduction des risques s’affirme peu à peu. Agissant par décrets ministériels, Simone Veil, alors ministre de la Santé, autorise le programmes d’échange de seringues (PES) associatifs jusqu’ici illégaux, le développement des trousses de prévention (Steribox®), puis le déploiement des programmes méthadone dans la foulée.

La mise en œuvre

Hormis Médecins du monde, Aides et quelques associations militantes, le
déploiement des dispositifs peine. C’est dans ce contexte que le réseau Asud s’implique dans des actions de proximité et qu’Asud Nîmes ouvre, en septembre 1995, son premier lieu d’accueil/programme d’échange de seringues dans un appartement, grâce au financement d’Ensemble
contre le sida (qui deviendra Sidaction) et avec le soutien de la municipalité de l’époque. La chose n’est pas simple, les préjugés sont nombreux et nous devrons faire nos preuves face à une administration locale poussée à soutenir cette expérimentation par le ministère. Pour des raisons stratégiques, les deux premières salariées de l’association ne sont pas usagères de drogues, nous nous contentons d’emplois aidés que nous consolidons par la suite. Au mois d’octobre 1996, un premier CDI à ¾ temps est signé par un ancien consommateur. Il fallait convaincre le scepticisme de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Ddass) et son pendant régional, la Drass, et obtenir des résultats. En fédérant dès 1995 un réseau de prescripteurs et avec le soutien de quelques médecins militants et pharmaciens, nous avons d’une part favorisé l’accès rapide au Subutex® en médecine de ville de près de 400 usagers en un an et d’autre part, démontré notre capacité à œuvrer dans l’intérêt des personnes concernées.

Les épreuves

Le 20 décembre 1996, Véronique Cerf, présidente fondatrice de l’association, meurt du sida, comme de nombreux pionniers et pionnières d’Asud. Le coup est rude mais nous faisons face collectivement. Assurer la continuité des actions en sa mémoire devient notre priorité. Véronique fut la première d’une funeste liste parmi les dirigeants de l’association disparus au cours de leur mandat. Olivier Heyer, qui lui succéda, meurt en 2012 ainsi que Yan Villars, en 2015, également ancien président de l’association. Ma pensée va vers toutes celles et ceux qui ont fait un bout de chemin avec nous, qui ont aujourd’hui disparu et que nous n’oublions pas. Cette situation, tous les groupes Asud l’ont connue. C’est certainement une des raisons des premières dissolutions de certains Asud, les « successions » entraînant des crises de leadership et des ruptures. Ne nous voilons pas la face, le rapport aux produits fut également au cœur de crises nombreuses
et cause de scissions ou d’abandons. Il n’en demeure pas moins que d’autres Asud en régions n’ont jamais pu obtenir un soutien affirmé des pouvoirs publics locaux et se sont épuisés par manque de moyens financiers. À Nîmes, nous avons traversé ces épreuves, le navire a parfois tangué dans la tempête, mais d’autres épreuves nous attendaient.

Le temps de la professionnalisation

Au début des années 2000, nous obtenons le statut de « Boutique » et l’équipe est désormais composée de 5 salariés, dont un temps d’éducateur spécialisé et un temps d’infirmière (12 heures/semaine). Nos missions évoluent, les financements se consolident et nous théorisons une méthodologie d’intervention de façon à défendre la participation et l’expertise des pairs dans le cadre d’une équipe pluridisciplinaire et de financements publics. Même si la professionnalisation est en marche, nous
sommes toujours dans un contexte expérimental. La DGS financera 16 formations destinées au réseau Asud national, et nous poursuivrons localement cette dynamique avec nos principaux partenaires. Puis vint
le temps de l’agrément Caarud, la RdR va perdre son caractère expérimental. Nous l’obtenons au mois de novembre 2006 et découvrons avec ce passage au médicosocial les exigences réglementaires et
un cadre normatif renforcé. Le décret du 17 février 2007 rend les diplômes obligatoires, et les assurances qui nous avaient été données par le ministère de la Santé de conserver les personnes non diplômées ne seront jamais suivies d’effet.

Une normalisation douloureuse

En janvier 2009, l’Agence régionale de santé (ARS) cible comme par hasard les deux postes occupés par des salariés sans diplôme et financés par l’Assurance maladie : le mien et celui de l’intervenant de terrain (douze ans d’ancienneté), jusque-là rémunéré sur une base d’éducateur spécialisé.
Ma rémunération de directeur est réduite de 3 échelons et celui de mon collègue est aligné sur la plus basse rémunération de la convention collective (AMP). Rendez-vous est pris à l’ARS, les échanges sont tendus et nous n’obtenons aucun aménagement de la mesure. Face à cette inflexibilité, je me résigne à une diminution de salaire et n’ai pas d’autre choix que de trouver un financement complémentaire pour maintenir l’autre poste. Me voilà donc dans l’obligation de rechercher des fonds supplémentaires, que nous trouverons finalement auprès du conseil régional, une subvention pour cinq ans qui ne fait qu’équilibrer le fonctionnement du Caarud. Les projets sont réalisés pour ainsi dire bénévolement et nous avons l’obligation de nous engager dans une formation diplômante. Cette perspective met en difficulté mon collègue,
à qui l’école n’évoque que de douloureux souvenirs. Il opte pour une Validation des acquis de l’expérience (VAE) de trois ans, qui deviendront trois ans de descente aux enfers. Il dégringole lentement mais sûrement, au point qu’après une suspension temporaire imposée par la médecine du travail, il sera définitivement arrêté et spécifiquement interdit d’emploi dans la RdR ou l’addictologie. Il ne se relèvera pas de cet échec. Devenu membre du conseil d’administration d’Asud, il semblait aller mieux… mais meurt brutalement d’une overdose de cocaïne en 2015… Pour ma part, j’ai opté pour le Cafdes(1), que j’ai validé cette année. Alors que la Haut autorité de santé (HAS) préconise actuellement la participation des pairs comme facteur d’amélioration des pratiques professionnelles dans se recommandations de bonnes pratiques professionnelles en Caarud, nous n’avons bénéficié d’aucun aménagement.

La participation des pairs

L’autosupport et la participation des pairs est un des fondements de la réussite de la RdR. Comment aller vers les usagers dans des espaces par définition clandestins si l’on n’est pas introduit auprès des personnes qui y vivent ? Comment créer de la proximité et obtenir l’adhésion des usagers si les actions et les pratiques ne sont pas suffisamment adaptées à leurs besoins et leurs attentes ? L’autosupport est à même de connaître bien avant les pouvoirs publics les nouvelles tendances de consommation et l’évolution des pratiques, c’est une expertise de terrain, valeur nouvelle dans un contexte marqué par la fameuse « distance professionnelle »
des travailleurs sociaux. Si l’institutionnalisation des Caarud a pu un temps
laisser penser que l’autosupport n’était plus indispensable pour favoriser l’aller- vers et la proximité, il est aujourd’hui reconnu que l’éducation par les pairs est une notion fondamentale de l’empowerment. On peut facilement en évaluer tout l’intérêt dans l’espace festif. Reconnaître à l’usager une capacité d’expertise et promouvoir l’éducation par les pairs sont des principes essentiels pour les associations de santé communautaire comme le Tipi, Techno + ou Asud. Aujourd’hui, l’HAS, rappelle aux Caarud toute la pertinence de la participation des pairs et des principes qu’elle sous-tend. Asud ne peut que s’en réjouir, même si cela nous laisse un petit goût amer. Nous avons toujours soutenu les évolutions en la matière dans les établissements et les dispositifs. Toutefois, nous souhaiterions que les expérimentations et les enseignements que nous tirons du passé soient évalués et capitalisés. Asud dispose de vingt-cinq ans d’expérience en matière de participation des pairs dans le champ de l’usage de drogues. Nous avons rencontré à peu près tous les scenarii possibles et nous savons qu’en général, ce sont les usagers qui paient la note du manque d’efficacité des dispositifs. J’espère donc que c’est bien une vision humaniste qui prévaudra dans la mise en œuvre de la participation des pairs en Caarud et ce, au-delà des objectifs d’action, des aspects réglementaires et des enjeux stratégiques. Prendre en considération l’intérêt des personnes avant tout, évaluer les facteurs de risques inhérents à chacun, ne pas les exposer, reconnaître leurs compétences en les associant aux prises de décisions
stratégiques et organisationnelles, définir des procédures d’accompagnement, de gestion des conflits, valoriser leur participation,
penser l’après, autant de défis aussi complexes, voire plus, que le management d’une équipe salariée de professionnels diplômés.

Jef Favatier, directeur d’Asud Nîmes

  1. Certificat d’aptitude aux fonctions de directeur
    d’établissement ou de service d’intervention
    sociale
    .

Décrocher de la métha,l’autre drame des opioïdes

Depuis quelques années, deux pages explosent littéralement les chiffres de
fréquentation du si te d’ Asud : « Décrocher de la méthadone »1 et « Y a-t-il-une vie après la méthadone ? »(2). Le succès grandissant de ces deux pages Internet écrites il y a vingt ans et mises en ligne il y a plus de dix ans nous interpelle au regard du manque criant de visibilité du sujet évoqué. Les traitements de substitution aux opiacés ( TSO) représentent un progrès
historique indéniable, mais peuvent aussi représenter une prison construite par les laboratoires pharmaceutiques si la parole des usagers est ignorée. Florilège des commentaires d’internautes.

Six mois de manque pour rien (2015)

Bonjour, je suis sous méthadone dosée à 30 mg, suite à un problème d’addiction à la morphine et à la codéine. J’ai tenté une cure de désintox qui s’est très mal passée. Je suis ce qu’on appelle un « métaboliseur lent ». Le protocole de ma cure consistait à remplacer la méthadone par du Suboxone®. Il me fallait donc attendre 24 heures pour pouvoir prendre le Suboxone®, à cause des effets antagonistes(3) que cette substance induit. Dès que tu es en manque, c’est toi qui dois aller demander ta dose de Suboxone® au bureau infirmier. Chaque prise, c’est 2 mg avec un maximum autorisé de 16 mg par jour. Cette procédure dure une semaine et à la fin, la psychiatre évalue la moyenne de doses prises par jour et établit un plan de sevrage qui s’étend sur quinze jours. Par exemple, on commence avec 4 fois 2 comprimés de 2 mg par jour et le lendemain, on retire un comprimé le matin, le surlendemain un comprimé le midi, etc. Ensuite, on supprime le comprimé du matin, puis du midi et puis du coucher, pour finir, on laisse celui du soir encore deux jours et puis fini. Quand le patient a fini son sevrage, il reste une semaine de plus en observation et retourne à la vie active. Le souci, c’est qu’étant « métaboliseur lent », au bout de 30 heures, je ne ressentais toujours pas d’effet de manque et mon infirmière référente commençait à me soupçonner de consommer des substances. Pour faire taire ses soupçons, j’ai donc simulé un début de manque et j’ai pris mon premier comprimé de 2 mg de Suboxone®. Erreur : 10 minutes plus tard,j’étais aux toilettes en train de me vider et j’ai commencé à vomir et me sentir vraiment très mal. J’ai commencé à devenir très agité et dans un état vraiment bizarre, tremblements, douleurs, je gigotais dans tous les sens. J’allais réclamer mes comprimés, mais sans aucun effet. J’ai passé une nuit horrible sans dormir une seule minute. Cet état a duré trois jours avant de s’estomper petit à petit. Pour mon cas, la procédure a été rallongée d’une semaine avant que je puisse avoir mon plan de sevrage. Étant stabilisé, la cure s’est déroulée normalement jusqu’à l’arrêt du Suboxone®. Je ne ressentais aucun effet de manque, rien, je me suis même dit que c’était vraiment facile un sevrage. Je suis resté deux semaines en observation car les médecins voulaient être sûrs que tout irait bien. Pendant une semaine, nickel, pas de manque, état normal, sommeil normal. Une semaine après,
j’ai commencé à avoir mal dans les jambes et à avoir des nuits difficiles, pas moyen de dormir, je me retournais tout le temps. Ensuite, j’ai commencé à ressentir des frissons dans tout le corps, j’avais toujours froid, même quand je me mettais contre le radiateur. Le médecin traitant a diagnostiqué une grippe. Ils m’ont donc laissé rentrer chez moi au bout de la semaine même si je me sentais toujours aussi mal. Chez moi, les journées étaient terribles, mes jambes allaient dans tous les sens dès que j’étais assis, mon moral était à zéro, j’avais plus du tout d’énergie, tout me paraissait difficile. Même me faire un café était pour moi comme une montagne à franchir. Niveau sexuel, j’éjaculais direct, impossible de me retenir, ma femme était au début compréhensive mais ça n’a pas duré. Je suis resté dans cet état pendant
deux mois et ça n’évoluait pas. Alors, j’ai commencé à acheter du sirop pour la toux avec de la codéine et je me suis senti directement mieux, c’était donc bien le manque qui me mettait dans cet état. Je devais partir en Tunisie une semaine plus tard et comme je ne voulais pas gâcher mes vacances, je suis retourné voir mon médecin pour remettre un traitement méthadone en place. Mais il faut être positif à l’héroïne, à la morphine ou à la méthadone, ce qui n’était pas mon cas. À contrecœur, j’ai donc fumé un peu d’héro avec un gars qui fréquentait le centre. Je me suis senti bien direct et j’ai pu avoir mon ordonnance 10 minutes après. Voila, j’avais envie de partager mon expérience en espérant que ça aidera.

David

Un jour, je retournerai en Serbie (2019)

J’ai pris de la méthadone pendant sept ans, jusqu’en juin 2016. Je prenais toutes sortes de drogues mais je pensais que c’était mon addiction à la méthadone qui pourrissait ma vie. Je suis alors parti en Serbie, à la clinique Vorobiev de Belgrade(4). J’ai choisi cette clinique car ce pays est le seul en Europe à autoriser l’ibogaïne. Et ce sont des médecins suisses compétents (sic). Je prenais donc 200 mg par jour (100 mg matin et soir), et je suis un métaboliseur rapide, ce qui veut dire que mon corps assimile tout plus vite. D’où les deux doses. Avant le traitement, je m’injectais 4 à 7 grammes de rabla (héroïne marron) par jour. Ils m’ont fait baisser de 30 mg par jour pendant six jours (je faisais de grosses crises de manque qui étaient instantanément soulagées par des injections de je ne sais quoi) puis arrivé à 20 mg, ils m’ont endormi douze heures pour éliminer toute trace d’opioïdes dans le corps. C’est très violent, lorsque l’on se réveille, on porte une couche, on se fait dessus, on ne tient plus debout. L’opération est répétée deux jours plus tard. Puis une semaine plus tard, on vous propose la fameuse séance d’ibogaïne (un psychotrope naturel qui soigne les addictions). Ça fonctionne réellement, et je me suis régalé, le trip est excellent. Après, je rigolais, j’avais l’impression d’être en teuf. Je suis rentré en France avec des médocs à prendre pendant deux mois. J’ai été très faible pendant trois mois, je dormais 18 h/jour. J’avais très mal aux genoux et je me sentais dépressif Mais j’étais guéri !!! J’ai repris le travail au bout de quatre mois.Tout allait bien, sauf que c’est à ce moment-là que j’ai repris les soirées, le son, les amphétamines, LSD, kétamine, cocaïne en intraveineuse en fin de week-end. Et forcément, en juillet 2018, j’ai rencontré une fille qui tapait de l’héroïne des fois. J’ai réessayé (une fois, ça peut pas faire de mal…), un mois plus tard, j’étais en manque. J’ai repris la méthadone en septembre, cela fait un an et demi. Je suis à 340 mg par jour, malheureusement, mais j’ai compris que ce n’était pas grave car un jour, je retournerai en Serbie…

Kif

Les 12 étapes (2018)

Je voudrais vous faire part de mon expérience car je vois que beaucoup de personnes posent la question du sevrage de méthadone. Je vais faire très attention aux mots que je vais employer car ils peuvent faire très peur et créer de nombreuses inquiétudes qui peuvent mettre en panique, voire des symptômes avant même que le processus de sevrage soit engagé… J’ai été (je suis…) dépendant aux opiacés pendant vingt ans. À la naissance de ma fille, ayant touché le fond, j’ai frappé à la porte d’un centre de soins pour toxicomanes dans le 95. Un vrai centre avec psychiatres,psychothérapeutes, assistants sociaux, infirmières, etc. C’était en 2004. Après avoir essayé différentes méthodes, genre prescription d’opiacés à réduire petit à petit, mon psychiatre m’a prescrit de la méthadone après tout le protocole. J’étais dans une réelle logique de soins avec l’idée de m’en sortir. On m’avait demandé d’arriver en manque le lundi matin… Au bout de quelques heures, après avoir pris mes 40 mg, je me suis senti super bien, heureux, pas de manque et euphorique sans être défoncé… Sauf que cet état n’a duré que deux jours… J’ai commencé à 40 mg, comme tout le monde, pour arriver en quelques jours à 110 mg/jour, zone de confort. Il était hors de question qu’à 35 ans, je prenne de la métha toute ma vie. J’ai donc commencé un sevrage lent et au bout de cinq ans, j’étais à 3 mg/jour. Sauf que je me suis retrouvé en HP pour dix semaines, pas de manque physique mais confusion mentale, dépression, idées suicidaires, disjonctage psychique ! Je me suis retrouvé dans un centre « totalitaire » (genre la fille de Jane Birkin) et ce connard de
psychiatre de l’HP m’a supprimé tout traitement, pas d’anxiolytiques, somnifères, antidépresseurs… Bref, dix semaines d’enfer avec des thérapeutes aux compétences douteuses soi-disant ex-toxico qui te font la morale 24 h/24. Je sors de là sevré mais très très mal au niveau psychique, je pars me reposer chez des amis à la campagne. Un soir, j’ai un putain de mal de crâne et je cherche de l’aspirine et dans l’armoire à pharmacie, je tombe sur du Codoliprane®, j’en prends 2, une heure plus tard, je
prends toute la boîte, le lendemain, je vais acheter une boîte de Néo-codion® et là, je n’ai rien compris : rechute totale et retour à la case départ. Love, Peace & Unit.

P2P

En essayant Dieu, je suis devenu dépendant et en plus, j’essaye de pécho sur le site d’Asud (2016)

Je suis un ancien tox, moi aussi j’étais sous méthadone, cela faisait quatre ans que j’étais sous traitement à 60 mg plus les anxio (Seresta®, Valium®, Lexomil®). J’ai vu des docteurs et pas les petits du coin mais un médecin connu de l’hôpital et un professeur du CHU, en passant par les psy, des séances de relax… Une chose est sûre, c’est que j’en avais marre d’être esclave d’un flacon tous les matins, mais plus le temps passait et moins je voyais la fin. J’ai même attenté à ma vie. Et un jour, j’ai entendu l’Évangile
qui veut dire « bonne nouvelle » en grec. La bonne nouvelle, c’est que Dieu nous aime mais que notre péché nous sépare de lui ici et dans l’Eternité… J’ai donné ma vie à Jésus… Il nous tend la main, c’est à nous de la saisir… À la suite de ça, je me suis marié, je n’avais pas de travail, j’ai obtenu un CDI avec une bonne situation et aujourd’hui, ça fait deux ans que j’ai donné ma vie à Jésus. Je vais être papa, tout va bien et je n’ai jamais retouché depuis à toute drogue, méthadone et même à la cigarette. Je ne sais si tu as lu jusqu’ici et ce que tu en penses, mais je te souhaite de trouver Jésus. Dieu se laisse trouver. Sois béni

D.

La réponse d’Asud

Normalement, j’aurais dû mettre ton commentaire à la corbeille, comme nous le faisons avec ceux (très nombreux) qui proposent des prods. Oui les prods, les religions, les sectes, tout ça, pour nous, c’est pas kasher. Nous défendons la dignité et les intérêts des personnes qui consomment ou qui ont consommé des drogues illicites, cela inclut de les préserver de toutes les entreprises qui les désignent à la manipulation, qu’elle soit chimique ou mentale… Ton commentaire me permet donc de préciser publiquement les limites qui s’imposent lorsque l’on doit s’exprimer sur notre site. En plus, dans une période où la laïcité est bringuebalée et souvent dévoyée, cette tirade pro-Jésus et antidrogue m’interpelle, comme on dit à la Brigade. Ce qui me choque le plus, c’est que si tu étais musulman et si tu avais balancé une tirade sur le mérite d’Allah contre Shaitan méthadone, tu frisais la Liste S. Mais là, comme tu nous parles de Jésus et d’amour, cela te semble naturel de venir squatter nos pages avec ton prêche. Non, non et non ! Je n’ai rien contre le fait de se tourner vers la religion à titre personnel, y compris pour prendre de la distance avec une consommation de drogue, mais par contre, ne venez pas appâter notre communauté avec vos colifichets, votre bimbeloterie mystique qui relève de votre intimité. En termes clairs, cela s’appelle du prosélytisme. C’est donc l’unique commentaire de ce type que nous laissons passer et ce, à titre d’avertissement pour les autres. God Bless You Too.

Décrocher simplement en utilisant… la vie ordinaire (2016)

Salut tout le monde, j’ai réussi. Réussi à arrêter après dix ans de traitement. Quelle victoire immense. J’avais réussi à descendre à 3 mg puis le lendemain, je l’ai oublié, je suis partie au travail et je me suis dis « fuck off », c’est maintenant, je le sens. Alors mal de jambes, surtout le soir au coucher les 4 premières nuit… très peu dormi, je prenais 5 bains brûlants par nuit pour me détendre les jambes. Après ça, j’arrivais à dormir quelques heures même si c’était dur. Même endormie, je tapais dans tous les sens paraît-il. Voilà maintenant un mois et demi que j’ai arrêté. Je dors peu et je suis assez nerveuse. Mais honnêtement, pleine d’une nouvelle force, sûrement la fierté d’y être arrivée. Envie de plein de nouvelles choses. Par contre, l’arrêt de la méthadone, ça devait être un « nouveau » moi, une grande révélation sur ce que j’allais faire de ma vie, une santé et une énergie de malade, bref, un miracle. Mais au fond, les tourments qui m’avaient poussée dans la rabla, eux, sont toujours là. Rien de miraculeux dans cette nouvelle vie. Une réussite ingrate. Personne pour te féliciter. Je m’attendais à quelque chose de tellement énorme que je suis déçue. Finalement, c’était pas si dur, mais très décevant. Et on se pose beaucoup de questions. Il y a tout plein de positif dans tout ça, mais aussi une triste réalité. La came n’était pas une lubie, c’était simplement le seul remède à mes maux. Alors maintenant, à presque 30 ans, va falloir avancer et être forte.

L.

Vive la méthadone (2017)

Tout à commencé par une première fois et pour moi, c’était les ecstas. J’avais 19 ans, étudiante en lettres et désireuse de passer l’examen pour devenir éducatrice spécialisée. Je m’inscris, je passe l’écrit et je suis admise à l’oral. J’allais réaliser mon rêve, mais j’échoue à ce fameux oral. J’étais antidrogue, je ne fumais même pas de clopes. Un soir, mon copain de l’époque me propose un ecsta, je refuse catégoriquement à plusieurs reprises mais il insiste, jusqu’à me mettre le cacheton dans la bouche !! À ce
moment précis, j’aurais dû recracher et me barrer en courant mais je ne l’ai pas fait, j’étais amoureuse. Pour moi, c’est le point de départ de vingt années de toxicomanie avec des arrêts plus ou moins importants : ecstas, cannabis, cocaïne, champi hallucinogènes, clopes, alcool, lsd, pour finir par celle qui ne me lâchera plus jusqu’en février 2017 : l’héroïne. Jusqu’à aujourd’hui, mon parcours est teinté de hauts et de bas et même de très bas jusqu’à dire bonjour à la dame à la faux, mais je ne regrette rien. Il m’a tout de même fallu plus de vingt ans pour commencer à me débarrasser de cette drogue, cette fausse amie. Alternant entre décroches à la dure, Subutex®, abstinence, rechutes, un jour, j’en ai eu assez : j’ai quitté mon compagnon, ma famille, ma maison, mon travail. J’ai dit stop à la drogue, stop à cette spirale infernale. La méthadone, ma famille, mon addictologue et de toutes nouvelles rencontres me permettent de me reconstruire, de respirer enfin, de sentir, de toucher, d’éprouver, de pleurer, de déguster un repas, de vivre, tout simplement. La drogue nous isole, nous désocialise même si on a un taf, elle nous rend agressif, passif, égocentrique replié sur nous-mêmes. On se ferme à la vie, on devient aveugle insensible… Si vous souhaitez vous sortir de l’addiction, je n’ai pas de recette miracle. Je peux juste vous dire que je vais mieux dans mon corps et dans ma tête aujourd’hui… Ça serait trop facile, mensonger aussi, et bien prétentieux de ma part de vous dire « alléluia, j’ai le remède miracle ! ». Entourez-vous de personnes bienveillantes, l’amour est source de motivation et d’épanouissement, mais aussi la famille, l’amitié, les échanges avec les autres. Pensez à agir (sport, sorties, passions) et à vous bouger.

Angèle

  1. http://www.asud.org/1998/12/10/methadone-decrocher/
  2. http://www.asud.org/1999/10/10/methadone-experience/
  3. La buprénorphine contenue dans le Suboxone® se fixe sur les récepteurs
    neurocérébraux, réceptacles habituels de la méthadone, et induit un
    effet de manque accéléré. Une méthode de sevrage originale qui semble
    avoir été utilisée à Bruxelles.
  4. Il s’agit d’un programme de cure payant qui applique la méthode dite
    UROD (Ultra Rapid Opiate Detox) à base d’injection de naloxone. Voir
    http://www.asud.org/2009/04/26/sevrage-urod/

Orobupré®

la nouvelle offre de buprénorphine haut dosage

Nouvelles galéniques(1) de TSO(2), bacl ofène, marketing des médicaments, injections et même marché noir , Thierry Kin et Inès Aniambossou des laboratoires Ethypharm ont accepté de répondre sans tabous à nos questions. Une plongée dans l’univers impitoyable de la substitution aux opiacés.

Pourquoi avez-vous développé cette spécialité ?

Thierry Kin : Deux raisons essentielles. Ethypharm a une filiale au Royaume-Uni qui a travaillé sur une galénique qui améliore le confort de prise et qui, en janvier 2017, a mis sur la marché avec un certain succès l’Espranor®, l’équivalent d’Orobupré®. Ce que l’on a immédiatement constaté, c’est le confort de prise de cette forme, perçu par la majorité des usagers. Dix minutes sous la langue, ce n’est pas toujours facile avec les comprimés sublinguaux de buprénorphine. Donc 15 secondes pour la dissolution d’Orobupré®, l’amélioration est réelle.

C’est la question que vous vous posez avant de lancer un médicament ?

T.K. : Lorsque je suis entré chez Bouchara pour m’occuper du développement de la méthadone en France, je me posais déjà ce type de question [confort de prise, acceptabilité, aspects pratiques…]. Beaucoup d’usagers se plaignaient d’avaler trop de sirop, sans compter la prise de sucre ou même d’alcool (en petite quantité dans les excipients) pouvant poser problème à long terme. J’ai alors engagé mon employeur de l’époque dans le développement des gélules de méthadone que nous avons mises sur le marché en 2008. La réflexion pour Orobupré® est de même nature. La buprénorphine, c’est le Gold standard de la substitution mais, en discutant avec les usagers, beaucoup d’entre eux se plaignent des conditions dans lesquelles ils sont contraints de prendre leur traitement (10 minutes sous la langue, sans déglutir…).

Comment savez-vous que les usagers se plaignent, vous avez fait une étude ?

T.K. : Non, mais je fais ce métier depuis vingt-cinq ans et je rencontre beaucoup de monde, patients, usagers, professionnels de santé. En écoutant, on sait bien quels sont les avantages et les inconvénients des médicaments. Un des problèmes de la buprénorphine est sa biodisponibilité (la dose effective de principe actif qui interagit avec l’organisme). A départ, la buprénorphine est un médicament injectable, principalement hospitalier [Temgésic® 0,3 mg] pour les douleurs postopératoires. Injectable, ça veut dire 100 % de biodisponibilité. Le passage à la voie orale sous forme de comprimés sublinguaux s’est soldé par une très forte perte de biodisponibilité. Elle est de surcroît variable, de 15 à 40 % selon les mentions légales des comprimés sublinguaux de buprénorphine. Cela veut dire que chez un usager qui garde son comprimé sublingual dix minutes sous la langue sans déglutir, sans avaler, sans respirer et sans manger (rires), la biodisponibilité peut atteindre 40 %. Et que chez un ou une autre, qui ne fait pas autant d’efforts, elle peut tomber à 15 %, voire moins s’il l’avale trop rapidement. On sait tous que la plupart des usagers ne gardent pas leurs comprimés sublinguaux dix minutes sous la langue. Beaucoup d’entre eux l’avalent directement depuis des années…

Orobupré® améliore cette biodisponibilité ?

T.K. : Potentiellement oui. Avec une dissolution en quinze secondes et une absorption en deux minutes, il y a probablement plus de substance absorbée par l’organisme… et un confort de prise amélioré. Certaines études montrent que cette biodisponibilité peut être supérieure de 30 %, ce qui veut dire qu’en cas de passage d’une forme sublinguale à Orobupré® ou inversement, il faut réévaluer la posologie. Certains usagers passés à Orobupré® ont dû baisser la posologie, parfois dans des proportions très
importantes.

Inès Aniambossou : Avec la méthadone, le problème n’existe pas. La biodisponibilité est élevée [80 %] et elle est la même quelle que soit la forme, sirop et gélule. Généralement, il n’y a pas à changer la posologie lors du passage d’une forme à l’autre…

Ethypharm, c’est quoi ? C’est nouveau ?

T.K. : Pas si nouveau dans les médicaments de substitution opiacés. Les génériques de buprénorphine, commercialisés par Mylan et Arrow, par exemple, c’est Ethypharm qui les a développés3. Ethypharm était alors un groupe industriel, mais pas une entreprise pharmaceutique en capacité de commercialiser elle-même un médicament (ce qui a changé depuis 2015). Nous avions donc développé les dosages intermédiaires de 1 mg, 4 mg,
6 mg, obtenu les AMM et confié la commercialisation aux labos de génériques partenaires. On avait donc une empreinte anonyme sur le
marché des MSO qui nous a conduits à réagir, notamment quand des problèmes d’excipients dans les médicaments génériques ont été révélés.

Orobupré®, tel que c’est présenté, des tas de gens vont se faire un plaisir de
dire qu’il va être détourné en masse. On sait d’ailleurs qu’il va être injecté, ou qu’il l’est déjà.

T.K. : C’est marqué sur la boîte : ne pas injecter ! Surtout, il faut savoir qu’Ethypharm développe une véritable buprénorphine IV, en ampoule.
Pour nous, c’est la solution pour les injecteurs. Nous travaillons avec une équipe Inserm(4) dirigée par Perrine Roux et Patrizia Carrieri.

De plus, lors d’une séance de la Commission des stupéfiants, le risque de détournement a été identifié(5). Le fait que la demande de reformulation des génériques ait émané de l’ANSM et qu’elle ait donné un avis favorable pour une mise sur le marché éventuelle d’une forme IV de buprénorphine montre que les autorités comprennent la nécessité de fournir des médicaments qui sont un moindre mal en cas de détournement. Dans les faits, il semblerait que les expériences d’injection d’Orobupré® ne soient pas très concluantes. C’est évidemment facile à dissoudre, mais avec la présence de menthol dans les excipients, ça pique un peu. Globalement, les injecteurs de comprimés sublinguaux de buprénorphine qui testent Orobupré® demandent assez vite à revenir aux comprimés sublinguaux…

Orobupré®, c’est le nom du nouveau bébé des laboratoires Ethypharm mis sur le marché en novembre 2018. La cible : le très discret mais lucratif marché des traitements de substitution opiacés (TSO) à la française. Ce médicament, qui vise essentiellement le confort des usagers grâce à une nouvelle galénique, promet une dissolution plus
rapide du produit sous la langue (en quelques secondes) et donc moins d’attente pour un effet maximum.

On sait qu’un bon médicament de substitution apprécié par les usagers se retrouve rapidement sur le marché noir. Est-ce pour les mêmes raisons que le Subutex® reste en tête à la fois dans la rue et dans les cabinets médicaux ?

T.K. : Pour l’instant, la diffusion d’Orobupré® n’a pas atteint le volume qui permet d’en retrouver facilement au marché noir. On a aussi identifié une forme de conservatisme chez les usagers. Un attachement très fort à l’original. On se heurte également à l’habitude des médecins qui prescrivent du « Sub » depuis dix, quinze ou vingt ans. Ils ne voient pas de raison de changer. On peut supposer que si les usagers entendent parler d’Orobupré®, un médicament qui se dissout beaucoup plus vite sous la langue, ils demanderont à leur médecin de changer, ou au moin d’essayer…
L’expérience nous montre qu’une fois le pas franchi, côté médecin et côté usagers, il y a un effet boule de neige !

Qu’est-ce qui est déterminant pour le succès d’un MSO, la demande des médecins ou celle des usagers ?

T.K. : Les deux, bien évidemment.

I.A. : Ce sont les médecins et leurs patients qui peuvent prendre conscience qu’il peut y avoir pour certains un inconfort avec la prise sublinguale et, par conséquent, une mauvaise absorption de la buprénorphine. Certains d’entre eux, en ville comme en centre, se sont emparés rapidement de cet outil. Cela leur permet de challenger la prise de buprénorphine et également la posologie, puisque la mise sous Orobupré® incite à rechercher
la juste posologie. Le bouche-à-oreille pourrait faire le reste…

Peut-on dire que c’est en accédant au marché noir qu’un MSO acquiert ses « titres de noblesse » ?

T.K. : Euh… oui !! Les bons produits sont au marché noir, à plus ou moins longue échéance…

En fait, c’est la question de la demande qui nous intéresse…

T.K. : Oui, bien sûr. Pour la gélule de méthadone, par exemple, on sait que le succès est venu de la demande des usagers qui sont venus voir leur médecin en disant « J’ai entendu parler d’un truc », et ainsi de suite… Même processus pour le baclofène, qui part de la diffusion d’un livre grand public qui parle d’un médicament, le baclofène, et des services qu’il a rendus à son
auteur(6). C’est tout à fait le cas de figure où la demande des patients précède l’offre d’un laboratoire pharmaceutique (voir le témoignage de Fred Fauchman, voir p. 44).

Envisagez-vous de développer d’autres spécialités qui répondraient aux attentes des usagers, plutôt que d’attendre une demande des pouvoirs publics ou une demande médicale ?

I.A. : Il faudrait nous aider à l’identifier…

Au hasard, sulfates de morphine, héroïne médicalisée.

I.A. : L’héroïne médicalisée, c’est mon rêve ! Après cela, je pourrai prendre ma retraite tranquillement (rires). Il y a une demande qui vient autant des professionnels que des usagers, des études internationales probantes, mais aucun signe d’intérêt de la part des autorités et des sociétés savantes. L’attention se porte sur la buprénorphine injectable, aussi parce qu’en France, c’est Bupréland. Pour les sulfates de morphine, le fait que les usagers demandent du Skenan® révèle également une absence de TSO injectable. Il y a déjà eu des discussions dans les différentes commissions. À
un moment, on a même parlé de Recommandation temporaire d’utilisation (RTU). Par ailleurs, je crois qu’il y a un Programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) qui devrait démarrer bientôt en Île-de-France, avec des ampoules de morphine (chlorhydrate et non sulfate) déjà sur le marché. Il serait intéressant de savoir ce que les usagers qui en ont l’expérience pensent du chlorhydrate de morphine par rapport au sulfate…

T.K. : Une firme seule ne peut pas développer un projet de MSO, si cela ne répond pas à une demande des autorités santé ! En plus, dans le cas des sulfates de morphine, comme le médicament existe déjà (Skenan®), on pourrait, à juste titre, nous suspecter de promouvoir un médicament pour une autre indication que son AMM.

Le catalogue d’Ethypharm propose-t-il déjà des opioïdes, du fentanyl par exemple ?

I.A. : Nous fabriquons du Skenan® que nous commercialisons nous-même en France et dans d’autres pays. Mais nous sommes aussi des fabricants, pour d’autres firmes, de médicaments à base de fentanyl ou d’oxycodone. Ethypharm a une tradition industrielle ancienne, avec deux usines en France qui fabriquent des médicaments pour des dizaines de partenaires.

Vous vous positionnez clairement sur la gestion des addictions ?

T.K. : Oui, très clairement. Le groupe Ethypharm a marqué son entrée dans le champ de l’addiction en développant les génériques de buprénorphine et le baclofène (nom de marque Baclocur®). Aujourd’hui, avec Oroburpré® et Prenoxad®, nous sommes un acteur important dans le domaine des addictions. Par ailleurs, depuis 2015, nous commercialisons directement Skenan® et Actiskenan®, dont la commercialisation avait été précédemment confiée à un partenaire, avec une communication très axée sur le bon usage et le risque addicitif. Nos deux axes de développement sont donc bien la prise en charge de la douleur et des addictions. Ce qui est intéressant ! Les mêmes molécules sont utilisées dans les deux domaines et les passerelles sont nombreuses.

C’est assez nouveau que des laboratoires se spécialisent dans l’addicto ?

T.K. : Oui. Ce qui m’a incité à rejoindre Ethypharm, c’est cette volonté d’être un acteur majeur en addictologie. Car, hormis la méthadone, Bouchara n’avait pas d’ambition particulière en addictologie. Quand on m’a parlé d’une firme qui s’intéresse à la douleur et aux addictions, cela m’a interpellé car, comme je l’ai dit, ce sont plus ou moins les mêmes molécules, utilisées tantôt dans un champ, tantôt dans l’autre. En Autriche, par exemple, c’est la morphine qui est le médicament de référence pour la substitution. Mais elle reste dans le monde la référence parmi les opioïdes antalgiques forts.

Cette proximité entre les molécules autorise-t-elle une plus grande facilité pour passer d’un médicament à l’autre et d’une indication à une autre ?

T.K. : Oui ! Aujourd’hui, s’il y a une demande sur le Skenan® en TSO, c’est plus simple pour nous. On a vécu ça avec le baclofène. Quand Ethypharm a développé le Baclocur®, il était déjà utilisé par des patients alcoolodépendants en dehors de son indication historique. Pour ce dossier, on est satisfait qu’il y ait eu un CSST7. Des spécialistes et des patients sont venus dire qu’il y avait un besoin. Il y avait une RTU mais l’AMM concrétise enfin cette demande des patients, avec un plan de gestion des risques, un cadre institutionnel et des moyens d’évaluation.

Il y a une polémique sur la posologie maximale de 80 mg imposée par l’AMM !

I.A. : La posologie est variable pour chaque patient. S’il existe des données cliniques solides, l’ANSM pourrait s’en saisir et nous serons en mesure de proposer une modification de la posologie maximale de 80 mg. C’est assez proche de ce qui s’est passé dans le domaine de la substitution, ce sont les mêmes mécanismes. Rappelle-toi la posologie de méthadone plafonnée à 100 mg…

Certains disent que cela n’a rien à voir, que le baclo n’a aucun effet euphorisant.

T.K. : J’ai déjà entendu Olivier Ameisen exprimer cette idée qu’il s’agit de stopper le craving et surtout pas de « substituer » l’alcool, comme on le fait avec les MSO. Mais, même si les cultures « alcoologie » et « addiction aux drogues illicites » peinent à se mélanger, les molécules méthadone et baclofène sont des agonistes et, dans les deux cas, les posologies doivent être strictement individualisées. Dans les deux cas, elles agissent sur des récepteurs qui étaient activés par les substances de l’addiction. Et un médicament de substitution bien dosé agit sur le craving, si c’est ce que l’usager souhaite, en recherchant avec le médecin la posologie qui lui permet…

Un autre CSST réfléchit actuellement à l’introduction du cannabis sur le marché du médicament, vous n’êtes pas tentés ?

T.K. : Oui et non. Le cannabis ne développe pas, je crois, une addiction aussi souvent et aussi sévèrement que l’alcool, l’héroïne ou encore la nicotine. Donc, non pour l’addiction au cannabis, mais clairement oui pour le soulagement de certains types de douleur.

Ethypharm est aussi sur le soulagement de la douleur…

T.K. : Oui, il y a un précédent avec le Sativex® : une recommandation d’indication trop restreinte et une mésentente entre le Comité économique (qui fixe les prix des médicaments) et le laboratoire sur le prix de vente. Résultat : le médicament existe mais n’est pas disponible dans les pharmacies françaises. Tout cela ne plaide pas en faveur d’un développement pharmaceutique du cannabis médical. Par ailleurs, si
un laboratoire développait un médicament à base de molécules extraites du cannabis, il subirait la concurrence de l’autoproduction par les usagers, des ventes sur Internet et de grosses entreprises non pharmaceutiques intéressées par le « cannabusiness ». Sans compter l’espoir de la légalisation, caressé par une majorité de Français.

Et l’exemple des USA ?

T.K. : Aux États -Unis, même l’offre n’est pas développée par des laboratoires mais par des firmes qui produisent du cannabis. Mais il y aura probablement toujours de la place pour un cannabis médical sur prescription pour certaines indications…

N’est-ce n’est pas dommage que ce soit Coca Cola ou Pernod Ricard qui doivent nécessairement s’emparer de cette offre de cannabis médical ?

T.K. : Il y maintenant un gros business avec des plantations de plusieurs centaines d’hectares. Aux États-Unis comme au Canada, le cannabis thérapeutique est tenu par des entreprises non pharmaceutiques. Le médecin prescrit du cannabis qui est ensuite acheté dans des boutiques spécialisées, pas forcément des pharmacies.

Et Bedrocan, l’entreprise qui fournit du cannabis thérapeutique aux Pays-Bas, en Suisse, et en général en Europe, ce n’est pas un laboratoire pharmaceutique ?

T.K. : Non, je ne crois pas. Ou pas vraiment. C’est compliqué le cannabis. On se pose la question, mais c’est compliqué. Un laboratoire met normalement sur le marché un médicament protégé par un brevet qui a coûté beaucoup d’argent en investissement de fond(8). Donc pas des masses de concurrence. Alors que là, on aura un produit avec immédiatement 200 concurrents non pharmaceutiques, qui n’auront pas les mêmes contraintes réglementaires : les jardins privés, des Coffee Shops ou autres boutiques dédiées. Et il y aura toujours des mecs qui diront : « Ah ouais, mais les labos ils vont se gaver avec ça, moi je préfère fumer la beuh de mon jardin pour me soigner ».

Peut-être n’ont-ils pas tort…

T.K. : L’autoproduction est probablement une des bonnes solutions, mais tout le monde n’a pas la main verte, ni de lopin de terre pour cultiver…

Recueilli par Florian Bureau et Fabrice Olivet

  1. Combinaison entre le principe actif de la molécule et l’enrobage du médicament appelé excipient.
  2. TSO est l’abréviation de Traitement de substitution aux opiacés ou aux opioïdes, c’est-à-dire l’ensemble du traitement qui inclut une consultation médicale, une prescription puis une délivrance de
    médicament. Lorsque l’on désigne le médicament lui-même, et le médicament seulement, on parle de MSO, Médicament de substitution aux opiacés
  3. Voir « Règlement de compte à Bupréland » p. 30.
  4. Cette étude est toujours en cours.
  5. Voir compte rendu de la séance du 19 juin 2014
  6. Le dernier verre, Olivier Ameisen, Paris, Denoël 2008.
  7. Comité scientifique spécialisé temporaire, conçu par l’ANSM pour organiser la réflexion sur un sujet précis. Un CSST sur l’utilisation du baclofène à de fins thérapeutique dans le cadre de la prise en charge
    de l’alcoolodépendance à été organisé en 2018. Voir sur le site d’Asud
    http://www.asud.org/reglementation/commission-devaluationde-
    lutilisation-du-baclofene-dans-le-traitement-de-lalcoolodependance/
  8. C’est tout le problème du prix du médicament princeps, quelquefois dix
    fois plus cher que son générique, il faut rembourser le laboratoire de son « investissement », Ndlr.
couverture brochure VHC

Nouvelle brochure VHC

Retrouvez dans cette nouvelle brochure toute l’information sur l’hépatite C cette maladie qui se caractérise par la destruction des cellules du foie, causée par un virus, l’alcool, les drogues ou les médicaments.

En plus d’une définition de la maladie vous trouverez dans la brochure toutes l’info sur les différentes prises de risques ou l’on peut retrouver l’hépatite C ( injection, sniffe, inhalation, relations sexuelles ou encore hygiène quotidienne)

On vous a listé les moyens de dépistage avec le lien pour trouver le CeGIDD (Centre gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic) le plus proche de chez vous ou les TROD (Test Rapide d’Orientation Diagnostique) qui sont des auto test à acheter en pharmacie.

Enfin nous avons dans cette brochure passés en revue les différentes méthodes d’analyses qui permettront d’avérée la présence et l’avancer de la maladie afin de choisir le traitement le mieux adapté selon que vous ayez ou non une cirrhose, que ce soit ou non votre premier dépistage.

Nous terminerons par vous donner quelques billes pour bien préparer votre traitement et le suivre au mieux, pour clôturer un quiz avec les questions qui nous reviennent le plus souvent.

Pour passer commande via notre boutique en ligne ou le bon de commande.

DROGUES ET RÉSISTANCES DES POPULATIONS AMERINDIENNES

Séminaire Drogues, Politiques et contre-cultures du jeudi 13 juin 2019

Lieu = EHESS, Amphitéâtre F. Furet, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Horaires = 17h-20h / gratuit et sans inscription

Carmen Salazar-Soler anthropologue, Directrice de Recherche au CNRS: « Coca et travail dans les entrailles de la terre : les mineurs du Pérou au XXème siècle »

Alessandro Stella historien, Directeur de Recherche au CNRS: « La prohibition du peyotl par l’Inquisition de Mexico : un conflit entre mondes magiques »

Mike Jay chercheur associé au Center for Health Humanities de l’University College London : « A religion of our own: the adoption of peyote by the Plains tribes of the USA »

Comme on sait, la colonisation européenne des Amériques s’est faite par l’épée, le sang, la traîtrise, la peur. Elle s’est faite aussi par l’extermination « naturelle » causée par les maladies importées d’Europe. Mais elle n’aurait pas pu s’accomplir sans la colonisation de l’imaginaire. Comment autrement quelques milliers d’européens auraient pu gagner contre des millions d’Amérindiens ? Pourtant, la colonisation a dû faire face à bien de résistances, sous toutes ses formes, armée, administrative, idéologique. Dans cette confrontation, les drogues utilisées par les populations amérindiennes, transmises aux Noirs, aux Métis, aux sang-mêlé, ont joué un rôle non négligeable. Les colonisateurs ont bien essayé d’interdire la consommation du peyotl, de la coca et d’autres herbes magiques utilisées depuis longtemps par les populations amérindiennes, mais sans aucun succès. Malgré les interdits, malgré la répression, les Amérindiens et les populations métissées ont continué à consommer ces plantes qu’elles pensaient un don des dieux.

Carmen Salazar-Soler : « Coca et travail dans les entrailles de la terre : les mineurs du Pérou au XXème siècle »

À partir de l’analyse des données recueillies dans les mines de Huancavelica, sierra centrale du Pérou, cette communication se propose de réfléchir sur les différents sens que revêt la consommation de feuilles de coca dans le contexte du travail minier. Tous les matins les mineurs fument des cigarettes au soleil et préparent ensemble leur pichou : une boule de feuilles de coca enroulées autour d’un morceau de chaux, que l’on garde au creux de la bouche. C’est un moment essentiel de leur vie quotidienne, pendant lequel ils discutent de leurs problèmes, organisent leur journée de travail, se réchauffent avant de plonger dans les entrailles de la terre. Les mineurs affirment que la coca les prépare mentalement pour le travail, qu’elle les met en forme et qu’elle les encourage. Elle facilite aussi la communication avec l’esprit gardien de la mine, et son goût permet de prédire le déroulement de la journée de travail. Souvent consommées avec l’alcool, les feuilles de coca facilitent le passage entre le monde des hommes et le monde souterrain. Divers rituels qui incluent de l’eau-de-vie, de la coca et du sang animal permettent aux mineurs de domestiquer les dangers du monde de ténèbres.

Carmen Salazar-Soler est anthropologue, Directrice de Recherche au CNRS. Elle est l’auteure d’Anthropologie des Mineurs des Andes. Dans les entrailles de la Terre (Paris, L’Harmattan, 2002) et de Supay Muqui, dios del socavón. Vida y mentalidades mineras (Lima, Fondo Editorial del Congreso de la República, 2006). Elle est co-auteure avec F. Langue du Diccionario de términos mineros para América española (siglos XVI-XIX) (Paris, ERC, 1993). Elle est éditrice en collaboration avec V. Robin du El regreso de lo indígena. Retos, problemas y perspectivas, (Lima, IFEA/CBC/Coopération Régionale avec les Pays Andins- Ambassade de France au Pérou, 2009). Ses recherches actuelles portent sur l’étude des conflits miniers socio-environnementaux et sur les processus des catégorisations sociales au Pérou.

Alessandro Stella : « « La prohibition du peyotl par l’Inquisition de Mexico : un conflit entre mondes magiques »

« La plante qui fait les yeux émerveillés » (A. Rouhier, thèse de 1927) mais aussi stimulant coupe-faim, le peyotl a été interdit par l’Inquisition de Mexico en 1620, car sa consommation rituelle constituait une forme de mysticisme concurrent à celui de l’Eglise catholique. L’on découvre ainsi qu’à l’origine des politiques prohibitionnistes se trouvent non pas des préoccupations de santé, mais une condamnation religieuse et morale, et en définitive un rapport de pouvoir, l’exercice d’une domination politique et culturelle. Comme souvent, les populations amérindiennes ont répondu « sí, señor », et ont continué leurs pratiques, rituels et consommations, parfois avec des subtiles dissimulations.

Alessandro Stella, historien, Directeur de Recherche au CNRS. Après avoir travaillé sur les révoltes sociales, l’esclavage, le métissage, le genre, ses études récentes portent sur la problématique des « drogues ». Ouvrages sous presse : L’herbe du diable ou la chair des dieux ? La prohibition du peyotl par l’Inquisition de Mexico, Paris, éditions Divergences, automne 2019 ; avec Anne Coppel (dir.), Vivre avec les drogues / Living with drugs, London, ISTE, automne 2019 (éditions en français et en anglais).

Mike Jay chercheur associé au Center for Health Humanities de l’University College London: “A religion of our own: the adoption of peyote by the Plains tribes of the USA’”

The Native American peyote ceremony emerged and spread rapidly among the tribes during the era of forced captivity on the reservations. It drew on the forms of Protestant worship mandated by the dominant culture while also creating a distinctively Indian world beyond its reach. Its advocates, both Indian tribal leaders and western ethnologists, presented it as a companion rather than a rival to Christianity and stressed its medical and spiritual benefits. It became a focus for resistance to the US federal policy of assimilation and constituted itself as the Native American Church for its legal protection. During recent years it has expanded rapidly, and now claims over 250,000 members.

Mike Jay is an author who has written widely on the history of science and medicine, and in particular on psychoactive drugs. His books include High Society: mind-altering drugs in history and culture (2011) and the recent Mescaline: a global history of the first psychedelic (2019). He lives in London and is a research affiliate at the Centre for Health Humanities at University College London. His website is mikejay.net.

Organisateurs

Vincent Benso, membre de Techno +
Béchir Bouderlaba, juriste, Directeur Exécutif de NORML France
Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Christian Chapiron (Kiki Picasso), artiste
Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD
Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue
Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS


Drogues et Genre

EHESS, 6-7 juin 2019

Amphithéâtre de l’EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Colloque organisé par Anne Coppel, Alessandro Stella et le Groupe Genre du CRH

La consommation de drogues n’échappe pas aux constructions sociales et culturelles genrées. Si, chez les jeunes occidentaux d’aujourd’hui, la consommation d’alcool s’est largement répandue chez les femmes, y compris dans les espaces publics, ce phénomène est tout-à-fait récent, car pour les générations précédentes d’Européens et d’Américains les femmes qui buvaient dans les cabarets, les tavernes et les bars, étaient stigmatisées et couvertes de toute sorte d’infamie. À l’instar de l’alcool chez les occidentaux, toutes les autres drogues psychotropes semblent avoir été historiquement des consommations majoritairement masculines. Que ce soit l’opium dans les sociétés indiennes, iraniennes, chinoises, la coca chez les peuples des Andes, ou encore le khat au Yémen et dans la Corne d’Afrique. Faut-il croire que les hommes ont éloigné les femmes de l’accès aux « plantes des dieux » ? Ou alors que les femmes ont pris elles-mêmes des distances avec des substances modifiant les comportements personnels et les relations sociales ? Pourtant, un peu partout, les curanderas, les sages-femmes et d’autres femmes moins sages, se sont appropriées des plantes soignantes. L’histoire au présent des usages de drogues semblent rompre bien de traditions, sous l’effet de la diffusion rapide et mondiale des substances et des changements des comportements personnels. L’hypothèse que nous formulons est que ce n’est pas le type de psychotrope en soi, ni les effets attendus qui produisent une consommation différente selon le genre, mais le cadre culturel, relationnel, dans lequel vivent des hommes et des femmes qui en influence l’usage. Entre psychotropes soignants, ludiques, performatifs, les drogues se mélangent aux construction de soi et à l’environnement collectif.

Jeudi 6 juin 2019, matin : Différence de genre, mélange de drogues

Anne Coppel, sociologue, Présidente honoraire d’ASUD = Introduction = « Drogues et Genre »

Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue, EHESS = « Etats psychotropes et différence des sexes : l’ivresse est-elle sexuée et/ou sexuelle ? »

Cristina Diaz-Gomez, sociologue OFDT = « Usage de drogues chez la population féminine en France, recours aux soins et situation épidémiologique : quelles spécificités ? »

Onata Chaka Coulibaly, Psychologue, Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan = « Genre et usages de drogues en Côte d’Ivoire »

Florent Schmitt, sociologue, Université de Paris XI, et Maïa Neff, sociologue, Université de Laval (Quebec) = « Femmes enceintes, drogues et traitement institutionnel »

Jeudi 6 juin 2019, après-midi : La morphinée, le mauvais genre

Emmanuelle Retaillaud-Bajac, historienne, Université de Tours = « Les drogues au féminin en France, du XIXe siècle aux années 1930 : ambiguïté et contradictions d’une représentation genrée »

Zoé Dubus, historienne, Université d’Aix-Marseille = « La morphinée : construction et représentation d’un mythe dans le discours médical »

Xavier Paulès, historien, EHESS = « Les femmes et l’opium à Canton sous la République (1912-1949) »

Malika Tagounit, intervenante centres de soins = « Héroïne et genre en France dans les années 1970 »

Vendredi 7 juin 2019, matin : Genre et drogues entre usages traditionnels et modernes

Maziyar Ghiabi, historien, Oxford University = « Le genre de l’intoxication. Les femmes iraniennes et l’expérience des drogues »

Maggy Granbundzija, anthropologue = « La révolution (du genre) par le qat ? »

Kenza Afsahi, sociologue, Université de Bordeaux = « La consommation de cannabis au Maghreb : une sociabilité masculine ? »

Vendredi 7 juin, après-midi : Sexe et drogues

Virginie Despentes, écrivaine = « Sexe, drogues et rock and roll » (sous réserve)

Laurent Gaissad, sociologue, Ecole d’architecture de Paris = « Où sont les hommes ? Masculinités gays à l’épreuve du chemsex »

Thierry Schaffauser, travailleur du sexe, STRASS = « Drogues et travail sexuel »

Gianfranco Rebucini, anthropologue, EHESS = « Drogues et politiques queer »

Contact :

Alessandro.stella@ehess.fr

vuckovic@ehess.fr

Anne Coppel : « Introduction »

Résumé: Si la consommation de drogues est soumise à l’emprise des normes de genre, elle a aussi accompagné la mise à l’épreuve de ces normes. A plusieurs reprises au cours du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, l’hétérosexualité construite comme norme naturelle a été interrogée par les mouvements de libération des femmes, et, en leur sein ou à leur marge, par les voix dissidentes théorisées par la problématique queer. Parce qu’elles modifient les états de conscience, les drogues psychotropes ont pu favoriser l’expérimentation de nouvelles construction de soi, avec d’autres expériences subjectives corporelles, d’autres relations aux autres et contribuer ainsi à la construction de nouvelles identité de genre.

CV: Sociologue, Anne Coppel est spécialiste de la politique des drogues, de la lutte contre le sida et de la réduction des risques liée à l’usage de drogues. Entre recherche et action, elle a mené des recherches sur les consommations de drogues, sur les pratiques à risques face au sida, la sexualité, le genre, la prostitution, l’auto-support des usagers de drogues, recherches qui ont débouché sur des projets expérimentaux de réduction des risques (BUS des Femmes, programmes de méthadone). Militante associative, elle a animé le débat public sur la politique de réduction des risques comme présidente du collectif Limiter la casse (1993-1997), puis avec la création de l’AFR, l’association française de réduction des risques (1998-2012). Prix international de la réduction des risques, Rolleston Award 1996. Publications : Le Dragon Domestique, deux siècles de relations étranges entre les drogues et l’Occident, en coll. avec Christian Bachmann, Albin Michel, 1989, 564 p. ; Peut-on civiliser les drogues ? De la guerre à la drogue à la réduction des risques, La Découverte, 2002, 380 p. ; Sortir de l’impasse, expérimenter des alternatives à la prohibition des drogues, avec Olivier Doubre, La Découvertes, 2012, 287p.

Véronique Nahoum-Grappe : « L’ivresse est-elle sexuelle ? l’ivresse est-elle sexuée ?  

Résumé : Ces deux questions, posées du point de vue de l’ethnologie, sont différentes. Au regard de ce psychotrope licite qu’est l’alcool, à l’échelle individuelle, l’invasion du système neurocognitif par l’éthanol est extrêmement hétérogène : à dose égale, l’expressivité de l’ivresse est spécifique non seulement entre les sujets des deux ou cinq sexes, mais aussi au sein d’une même trajectoire de vie lors des diverses « cuites » éventuelles. Différentes dans leur « occasion », leur sémiologie propre pour le buveur (toujours sobre dans son choix de « boire » à ce moment-là), et selon bien sur l’inscription culturelle, historique, sociale conjoncturelle de ce choix, et la scénographie de son présent, les scènes d’ivresse sont à chaque fois particulières pour l’ethnologue. Du point de vue des ivresses en tant qu’expériences psychotropes souvent jouissives, ne sont peut-être pas plus différentes en fonction des sexes qu’entre elles. Mais le fait que les sciences cliniques (chimie médecine psychiatrie) s’accordent   pour dénoncer une plus grande toxicité en terme de santé physique et psychique pour les femmes masque l’ivresse en tant que scène où ce qui se passe d’enivrant n’est pas plus susceptible d’être défini comme « sexué » que l’état de sobriété consciente. Pourtant la différence des sexes est une des constantes de l’épidémiologie des consommations d ‘alcool, plus importante en France que les différences de classes sociales … L’intervention ici voudrai penser cette discordance.

CV : Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue, chercheure associée au IIAC EHESS. http://www.iiac.cnrs.fr/article42.html

Cristina Diaz Gomez : « Usage de drogues chez la population féminine en France, recours aux soins et situation épidémiologique : quelles spécificités ? »

Résumé : Cette présentation aborde la question des spécificités des femmes sous l’angle de l’épidémiologie descriptive des drogues. Elle présente les évolutions récentes de l’usage des drogues en population générale, observées en France parmi les jeunes et les adultes, en explorant l’influence du genre. En analysant les situations contrastées, cette intervention se propose également de caractériser les publics féminins fréquentant les dispositifs de soutien aux usagers(ères) de drogues à partir des enquêtes d’observation récentes réalisées à l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (usages, pratiques à risque, comorbidités…). Enfin, la question du recours aux services de prévention, d’accompagnement et de soins des femmes usagères sera analysée ainsi que celle de l’adaptation de l’offre aux spécificités progressivement identifiées par les institutions et les professionnels.

CV : Cristina Diaz Gomez est économiste-épidémiologiste. Diplômée en méthodes de recherche clinique par l’ISPED, Cristina Díaz Gómez détient également un DEA en économie de la santé. Elle a démarré sa carrière à l’international en tant que membre du programme MEANS lancé par la Commission européenne en 1999 qui a permis d’améliorer et de promouvoir l’évaluation des politiques publiques en Europe. A l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), elle est responsable du pôle Évaluation des politiques publiques. À ce titre, elle coordonne et supervise les travaux d’évaluation des dispositifs existants dans le champ des addictions. Elle contribue également à l’évaluation des plans gouvernementaux. Elle est spécialisée dans la recherche interventionnelle, examinant l’efficacité des réponses élaborées pour prévenir les consommations, réduire les risques et accompagner les usagers en difficultés.

Maïa Neff et Florent Schmitt : « Le traitement institutionnel des femmes enceintes en établissements de soins et de réduction des risques « 

Résumé : Comment les femmes enceintes sont-elles prises en charge dans les établissements médico-sociaux de réduction des risques (RdR) – CSAPA et CAARUD ? Cette étude de cas montre que les pratiques et les discours des professionnel·le·s intervenants dans ces structures opèrent un réajustement genrée des principes de RdR lors des périodes de grossesse des femmes usagères de drogues. La temporalité de l’accompagnement imposée par la grossesse (opposé à l’adaptation au « rythme de l’usage.r.e »), le type de normes mobilisées et le déploiement de formes de coercition (opposé à la « libre adhésion » de l’usage.r.e) constituent les différents indicateurs de ces réajustements. La grossesse des femmes usagères de drogues apparait ainsi comme une circonstance favorisant un traitement institutionnel spécifique qui peut venir renforcer la division sexuée des rôles. 

CV : Maïa Neff : Doctorante en sociologie à l’Université Laval de Québec et à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, ma recherche porte sur le genre des carrières institutionnelles en addiction à Paris et Montréal. A ce titre, ma thèse s’axe plus particulièrement sur le traitement institutionnel des usages de drogues au féminin, au sein de structures médico-sociales en addictologie.

Florent Schmitt est doctorant en sociologie à Paris XI et rattaché au Cermes3. Son travail de thèse porte sur le rapport des usage.r.es de drogues aux CAARUD et l’implication du « rester usager.e.s » à long terme sur la mise en œuvre des missions de santé publique et de réinsertion sociale de ces institutions.

Emmanuelle Retaillaud : « Femmes et usages de drogues, entre interdits, exclusions et transgressions (France, 1800-1939) »

Résumé : Lorsque l’usage des produits stupéfiants commence à se répandre en France au cours du XIXe siècle, le regard social dénonce volontiers la femme initiatrice et corruptrice, assimilée à l’Eve de la tradition biblique, alors même que les statistiques disponibles suggèrent une pratique à dominante masculine, découlant de rapports sociaux de sexe structurellement inégalitaires. A contrario, la drogue au féminin apparaît souvent comme un facteur de vulnérabilité – dans le cas, notamment de la prostitution ou des femmes au foyer. En faisant la synthèse d’un siècle et demi d’histoire des drogues, cette communication souhaiterait analyser l’évolution d’un système de représentations dont la dimension genrée apparaît centrale, en montrant que le déplacement des frontières et des motivations de l’interdit reconduit une hiérarchisation du masculin et du féminin qui constitue la femme à la fois, ou successivement, en exclue de la sacralité des paradis artificiels mais aussi en agent de transgression à surveiller et à dénoncer – un double bind qui reconduit l’ambivalence des statuts féminins dans l’ordre de la sexualité, contrôlés parce que redoutés.

CV : Emmanuelle Retaillaud est MCF-HDR en histoire contemporaine à l’université François-Rabelais de Tours (CeTHIS/HIVIS). A notamment publié : Les drogues, une passion maudite, « Découvertes » Gallimard, 2003 ; Les paradis perdus, drogues et usages de drogues dans la France de l’entre-deux-guerres, Rennes, PUR, 2009 ; Stupéfiant, l’imaginaire des drogues de l’opium au LSD, Textuel, 2017.

Zoë Dubus : « La Morphinée : construction et représentation d’un mythe dans le discours médical »

Résumé : La question de la perception genrée de la consommation de morphine à la fin du XIXe siècle a lourdement pesé dans l’élaboration du discours médical, puis populaire, érigeant « la drogue » en problème social dans la société contemporaine. La morphine entre définitivement dans la pratique quotidienne des médecins au début des années 1860 grâce à l’invention de la seringue. Dans un contexte où ceux-ci n’ont guère d’efficacité thérapeutique, le soulagement de la douleur assure au praticien une clientèle fidèle et admirative. Après une décennie d’emploi sous forme injectée, les médecins constatent qu’ils sont à l’origine d’une nouvelle pathologie liée à une prescription médicale et qu’ils vont nommer « morphinomanie » aux alentours de 1875. Il s’agit alors pour les médecins de se dédouaner de la responsabilité de cette pathologie : si les statistiques produites à l’époque démontrent inlassablement que l’origine de la morphinomanie est due à la prescription trop désinvolte d’un homme de l’art, ceux-ci élaborent un archétype du morphinomane sous les traits d’une femme à la sexualité « perverse », qui trouveraient dans la morphine un plaisir nouveau et morbide. Cette condamnation de la morphine à travers ses supposées consommatrices, que l’on nomme désormais les « Morphinées », se retrouve dans la presse, la littérature et les arts de l’époque, ce qui accélère le processus de diabolisation de la substance.

CV : Zoë Dubus est doctorante en histoire à l’Université d’Aix-Marseille en France. Sa recherche traite des transformations des pratiques médicales ainsi que des politiques de santé en lien avec l’utilisation de psychotropes en France, du XIXe siècle à nos jours. Elle s’attache à comprendre les relations qu’entretiennent la médecine et les médecins avec les produits modifiant la conscience et la sensibilité, conçus alternativement comme des médicaments innovants ou comme des toxiques. Ce travail vise enfin à replacer ces mouvements à la fois dans la question de l’expertise médicale et de ses enjeux socioprofessionnels, et dans le contexte plus large des rapports que la société entretient avec les psychotropes et donc avec le plaisir, la folie, la douleur et la mort.

Xavier Paulès : « Les femmes et l’opium à Canton sous la République (1912-1949) »

Résumé : Concernant le rapport entre femmes et opium, dans les années 1930, l’attention de la société cantonaise se porte beaucoup moins sur les consommatrices, même si ces dernières sont soumises à une réprobation toute particulière, que sur les yanhua (« fleurs de la fumée »). Ces jeunes et jolies femmes, d’extraction modeste, sont employées dans les fumeries afin de préparer les pipes pour les clients. Cette fixation sur les yanhua découle du fait qu’elles cristallisent des craintes liées au maintien de l’ordre et, plus encore, de la hiérarchie établis. En effet, les séductions conjuguées de la drogue et de l’attrait physique de ces femmes apparaissent susceptibles de favoriser une mobilité sociale de mauvais aloi, qu’elle soit descendante (ruine du fumeur aisé causée par une consommation inconsidérée d’opium), ou ascendante (lorsqu’une yanhua parvient à séduire et épouser un riche client).

CV : Xavier Paulès est historien, maître de conférences à l’EHESS depuis 2010, ancien directeur du Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine (2015-2018). Il est notamment l’auteur de deux livres : Histoire d’une drogue en sursis. L’opium à Canton, 1906–1936 (éditions de l’EHESS, 2010) et L’opium, Une passion chinoise, (Payot ,2011).Il va publier en 2019 une synthèse sur la période républicaine : La République de Chine, 1912-1949 (Belles Lettres) et prépare également un livre sur l’histoire d’un jeu de hasard chinois appelé fantan.

Malika Tagounit : « Héroïne et genre en France dans les années 1970 »

Résumé : Cette présentation concerne les consommations d’héroïne devenues visibles à la fin des années 60. Pour mieux appréhender le comportement d’usage à travers une lecture genrée, il m’a semblé pertinent d’ajouter, dans un deuxième temps, ce que vivent les usagères de crack, drogue qui a émergé à la fin des années 80. Des observations ethnographiques issues de ma pratique professionnelle ou de ma participation à plusieurs recherches montrent que les usagères de drogues sont confrontées à des rapports sociaux, relationnels et culturels liés à leur genre. Leur statut, leur rôle, leur place dépend étroitement de leur singularité et des hommes qui les entourent. Le poids de la dépendance et la nécessité du financement de l’accès au produit, qu’il s’agisse de délinquance, de deal, de prostitution, régentent eux-aussi le comportement d’usage. Dans cet environnement collectif d’hommes et de femmes, où se pose continuellement la question du « qui fait quoi ?» pour permettre l’usage, la construction de soi des usagères d’héroïne fait apparaître des possibilités de catégorisation. Ces catégories d’usagères, seule ou en couple, actrices ou pas dans l’accès au produit, ne sont pas figées dans le temps. L’usagère qui assume seule son comportement d’usage peut devoir faire face à la violence des hommes de son milieu, en plus des risques inhérents à son activité. Pour se sentir « protégée », elle devra faire des alliances. Cette violence masculine sera plus fréquente si l’usagère, jugée se comporter « comme un homme », se lance dans une activité de deal. A l’image d’une Guerrière, elle devra redoubler de stratégies de protection et passer elle aussi par des alliances. Les femmes sont minoritaires dans le milieu des drogues. Elles peuvent même vouloir rester invisibles par peur des réactions de la société à leur encontre, notamment ce qui a trait à la garde de leurs enfants. Les usagères se sentent stigmatisées par la société, plus que les hommes, car elles ne répondent pas aux représentations sociales et culturelles de la femme : mère, épouse. Plus encore, quand elles recourent au travail sexuel. Dans les quartiers Nord de Paris, les usagères de crack gravitent dans un milieu où les hommes, dealers et usagers semblent tenir les premiers rôles. Le travail sexuel auquel elles se livrent constitue pourtant un moteur économique à ce système. Les modalités d’usage du crack et le mode de vie des consommateurs très précarisés renforce le rôle essentiel des usagères. Le travail sexuel permet la survie du groupe élargi, à l’image d’une tribu, en termes d’achat de crack et de besoins primaires.

Pour autant, il ne s’agit pas d’un système matriarcal. Les usagères de crack, à travers leur double identité prostitution/drogue, leur dégradation physique, ont perdu leur image de femme, même aux yeux des hommes du groupe « ce ne sont plus des femmes ». Des actes de violence, de racket, de pressions psychologiques s’exercent sur elles. Pour analyser l’ambivalence de leur statut, à la fois « dominantes par l’argent et victimes », il importe de prendre en compte les conditions de vie très misérables qui influent sur les relations dans le groupe élargi, les rapports sociaux et culturels liés au genre car les minorités ethniques (Dom/Tom, Afrique) sont très représentées dans ce milieu.

CV : Dans lesassociations Charonne, Aurore, Médecins du Monde, Arapej, j’ai travaillécomme intervenante socio-sanitaireauprès d’usagers de drogues (opiacés, crack…), de jeunes en errance, de sortants de prison, de travailleurs sexuels. Comme Chef de Projet, j’ai misen place des projets de Réduction des Risques innovants : des accueils bas seuil « Boutique 18 », « Beaurepaire » et « Itinérances » ; le premier lieu d’accueil pour usagères de drogues en réponse à leurs besoins ; spécifiques « Espace Femmes » ; la première Antenne Mobile auprès d’usagers de crack qui intervient sur les scènes ouvertes et dans les squats. J’ai été Présidente de Limiter La Casse et Membre du Bureau AFR (Association Française de Réduction des Risques). J’ai participé à plusieurs recherches dont : Hépatite C et usagers de crack (Rodolphe Ingold / IREP) ; Usagers de crack (Rodolphe Ingold / IREP) ; Travail sexuel et usagers de crack (Rodolphe Ingold / IREP) ; Nouveaux usagers d’héroïne (Groupe de Recherche sur la Vulnérabilité Sociale / Catherine Reynaud-Maurupt) ;Usagers de kétamine (Groupe de Recherche sur la Vulnérabilité Sociale / Catherine Reynaud-Maurupt) ; Usagers de Rohypnol (Groupe de Recherche sur la Vulnérabilité Sociale / Catherine Reynaud-Maurupt) ; Enquêtrice à l’Ofdt (dispositif Trend).

Onata Chaka Coulibaly : « Genre et usages de drogues en Côte d’Ivoire »

Résumé : Présentation de la problématique de l’usage de drogues en Côte d’ivoire, les évolutions sur la question du genre dans nos sociétés africaines, notamment les mutations en termes de culture et des modifications des comportements sociaux. La représentativité des femmes dans cette population d’usagers de drogues dont nous avons suivis durant l’étude. Les résultats en termes de niveau de scolarisation, le statut matrimonial et l’âge moyen de cette population d’usagers de drogues selon le genre. Les différences qui pourraient exister en termes de types de drogues consommées que d’effets recherchés par la consommation de ces drogues et enfin la discussion des résultats par rapport aux travaux antérieurs et les recommandations.

CV : Onata Chaka Coulibaly, titulaire d’un Diplôme d’études Approfondies de Psychologie, Doctorant au Laboratoire de Psychologie Génétique Différentielle de l’Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan (Côte d’ivoire). Psychologue consultant dans la prise en charge des usagers de drogues, à la Croix Bleue Côte d’Ivoire, de Septembre 2014 à Septembre 2018.

Maggy Grabundzija : « La révolution (du genre) par le qat ? »

Résumé : Au Yémen, mâcher la feuille de qat est une pratique répandue, auxquels hommes et femmes s’adonnent parfois quotidiennement. Une abondante littérature s’est attelée à analyser la portée sociale, politique, identitaire ainsi que les impacts économiques, médicaux et environnementaux d’une telle consommation qui s’étend depuis ces quarante dernières années dans toutes les régions du pays ainsi qu’au sein de toutes les classes sociales. Si les femmes sont évoquées dans ces écrits, il n’en reste pas moins qu’une grille d’analyse genrée qui met en perspective la pratique du qat dans le cadre des dynamiques des rapports hommes et femmes reste encore à être définie. Notre intervention tentera de formuler des pistes de réflexions pour décrypter la pratique du qat au regard des rôles et fonctions des hommes et des femmes dans diverses régions. Il s’agira également de s’interroger sur le mouvement révolutionnaire de 2011 et notamment de savoir si les nouveaux espaces de luttes inconnus dans l’histoire du Yémen ont permis une nouvelle dynamique de genres se reflétant dans la pratique du qat.

CV : Maggy Grabundzija est une consultante et chercheure indépendante, docteure en anthropologie sur les questions de genres au Yémen, pays dans lequel elle a vécu pendant quinze années. Elle a notamment publié un livre aux éditions L’Harmattan (2015), Yémen morceaux choisis d’une révolution.

Kenza Afsahi : « Maisons de maajoun » : Travail invisible des femmes dans le marché du cannabis (Maroc) »

Résumé : Traditionnellement, au Maroc, le maajoun (préparation sucrée à base de cannabis) était un produit partagé ou offert, non commercialisé. Fait complètement nouveau, de plus en plus de femmes sont arrêtées ces dernières années dans les villes pour leur implication dans la fabrication et la vente de maajoun. Par ailleurs, les produits ont pris de nouvelles formes et ne sont plus conditionnés de la même façon. Quelles places occupent les femmes dans cette nouvelle activité ? Que révèle cette activité sur le marché du cannabis ? 

CV : Kenza Afsahi est Maîtresse de Conférences en sociologie à l’Université de Bordeaux et chercheuse au Centre Emile Durkheim (CNRS). Elle est co-responsable de l’axe de recherche Sociologie (S) de l’International au Centre Emile Durkheim et membre du comité de rédaction de la Revue Française des Méthodes Visuelles. Elle est également associée au Centre de recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales (CNRS). A l’Université de Bordeaux, elle enseigne la sociologie de la déviance, la sociologie du marché du cannabis, la sociologie visuelle, les questions de l’implication des femmes dans le marché de la drogue et de criminalité environnementale. Son parcours de recherche se focalise sur la manière dont les acteurs déviants construisent des normes et des régulations dans le monde de la drogue. Après avoir travaillé sur la production, elle étudie aujourd’hui le marché du cannabis dans son ensemble, en conjuguant l’offre et la demande. Elle s’intéresse particulièrement à la construction socio-économique des marchés, à la circulation des savoirs, aux questions du travail invisible et domestique, en mettant l’accent sur les femmes et les intermédiaires, à l’environnement et aux ressources naturelles. Elle a par ailleurs initié de nouvelles comparaisons internationales Sud/ Sud avec le Liban et le Brésil.

Olivia Clavel : « Sexe, drogues, images »

Résumé et CV : est une plasticienne et autrice de bande dessinée française. Née en 1955 à Paris, elle fait ses études à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts à Paris à partir de 1972.  En 1975, elle participe au collectif Bazooka associé au mouvement punk sous le pseudonyme Electric Clito. Clavel se lance en particulier dans la bande dessinée, où elle change les conventions du groupe et de la bande dessinée en général. En 1976, elle commence à publier les aventures de « Joe Télé », son alter ego fictif avec une tête en forme d’écran, Pendant plusieurs années elle signe ses œuvres sous le nom d’Olivia « Télé » Clavel. Puis elle s’éloigne de la bande dessinée pour se pencher plus vers la peinture. En 2002, elle participe au projet Un Regard moderne, repris du blog de Loulou Picasso (Libération). Elle participe aussi à quelques projets vidéo : Traitement de substitution n°4 et L’Œil du Cyclone. En juin 2013, elle expose une collection intitulée « Vers Jung » à la galerie Jean-Marc Thévenet de Paris.  En 2019, elle fait partie de l’équipe des dessinatrices du nouveau mensuel féministe satirique Siné Madame, dès son lancement.

Laurent Gaissad et Tim Madesclaire : « Où sont les hommes ? Masculinités gays à l’épreuve du chemsex »

Résumé : Véritable pornotopie (Preciado, 2011), l’usage de drogues chez les gays s’est peu à peu dissocié de leurs mondes festifs pour se replier sur leur sexualité collective à domicile avec le développement d’internet et, plus dernièrement, des applications de rencontre par géolocalisation en ligne. En miroir de la crise du sida, le chemsex (pour chemical sex) a été analysé au prisme des risques pour la santé plutôt qu’en regard des performances corporelles masculines optimisées par les multiples substances consommées (Fournier, 2010) : multi partenariat, endurance, lâcher-prise, surtout pour ce qui concerne la sexualité anale. On reviendra ici sur le rôle-clef que les drogues ont joué dans les normes de genre au cœur des sexualités gays contemporaines, affranchissant le plaisir tout en le conformant aux attendus virils des rôles sexuels. Références : Preciado B. Paul, Pornotopie. Playboy et l’invention de la sexualité multimédia, Paris, Flammarion, « Climats », 2011 ; Fournier Sandrine, « Usages de psychoactifs, rôles sexuels et genre en contexte festif gay (Paris/Toulouse, 2007) », Clio. Histoire, femmes et sociétés, Vol. 31 N° 1, 2010, p. 169-184.

CV : Laurent Gaissad, socio-anthropologue à l’EVCAU (Environnements Virtuels, Cultures Architecturales et Urbaines) à l’ENSA Paris Val-de-Seine. Il a publié de nombreux articles sur l’espace public et la sexualité au temps du sida. Tim Madesclaire, chercheur indépendant, Paris. Éditeur la revue Monstre. Consultant pour les programmes Santé sexuelle des HSH (Hommes ayant des rapports Sexuels avec des Hommes) de Santé Publique France (Prends-moi, Sexosafe). Tous deux ont coréalisé l’enquête APACHES (Attentes et Parcours liés au CHEmSex) pour l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies en 2018.

Thierry Schaffauser : « Drogues et travail sexuel »

Résumé : L’usage de drogues est souvent associé au travail du sexe (appelé « prostitution ») afin de stigmatiser l’une et l’autre pratique. Au milieu des années 1980, l’émergence du VIH au sein de la communauté des travailleuses du sexe, en particulier celles usagères de drogues, a poussé les pouvoirs publics à accepter des politiques et pratiques de réduction des risques et de santé communautaire par & pour. Avec la généralisation des traitements de substitution, la thématique de « l’addiction » comme cause du travail sexuel cède du terrain dans les représentations au profit de celle de « la traite et des trafics » dans un contexte de migration de plus en plus mondialisée. L’association entre l’usage de drogues et le travail sexuel, refait surface depuis quelques années, mais cette fois à travers la thématique du « chemsex » concernant surtout les hommes travailleurs du sexe, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives. Entre représentations, stigmatisations, problématisation des parcours de vie, besoins en santé, et usages personnels des travailleurSEs du sexe, nous essaierons d’y voir plus clair.

CV : Thierry Schaffauser est travailleur du sexe et usager de drogues. Ancien militant d’Act Up-Paris et cofondateur du STRASS, le Syndicat du Travail Sexuel, il défend la syndicalisation des industries du sexe et leur complète décriminalisation. Il est l’auteur du livre Les Luttes des Putes aux éditions La Fabrique et auteur du blog sur Libératio.fr « Ma Lumière Rouge« .

Gianfranco Rebucini : « Drogues et politique queer. Le chemsex comme pratique culturelle en contexte de contrôle capitaliste ».

Résumé : Dans la définition médiatique et médicale, le chemsex est l’association de drogues (chem) au sexe (sex) tenue pour répandue spécialement chez les hommes gays. Cette définition et juxtaposition impliquent donc la possibilité d’une définition préalable de ce qu’est le sexe. Si le chemsex existe c’est parce que le « sexe » existe. Nous savons déjà ce qu’il est et qu’il est forcément sobre. Les « experts » médicaux et communautaires s’accordent à définir le chemsex comme une pratique associant des caractéristiques distinctives, parmi lesquelles l’usage de produits psychotropes, des relations sexuelles répétées, souvent avec des partenaires multiples, mais aussi de modes de rencontre sur les applications de géolocalisation. Dans une perspective queer et marxiste, cette intervention se concentrera plus particulièrement sur ces caractéristiques culturelles. Il s’agir alors d’aborder cette pratique comme une pratique culturelle à part entière dans le contexte plus large du contrôle biopolitique du capitalisme postfordiste touchant à la sexualité et au sexe. D’autre part, nous verrons le chemsex comme pratique de dévoilement et comme potentialité politique et créative parlant peut-être de ce que le sexe est ou plutôt de ce qu’il fait dans ce contexte capitaliste.

CV : Gianfranco Rebucini,est docteur en anthropologie sociale et ethnologie. Chercheur associé au IIAC – LAIOS (EHESS-CNRS), il est spécialiste des études sur les masculinités et sur les sexualités entre hommes et, plus récemment, se consacre à une recherche concernant le rapport entre les identités et les pratiques politiques queer. Parmi ses publications : éditeur scientifique associé de Juliette Rennes (dir.) Encyclopédie critique du genre, Paris, Éditions de la Découverte, 2016.

DROGUES ET CREATIVITE

Lieu = EHESS, Amphitéâtre F. Furet, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Horaires = 17h-20h / gratuit et sans inscription

Séminaire Drogues, Politiques et contre-cultures

Ben Morea, artiste : « LSD et production éditoriale dans le milieu de l’autonomie newyorkaise dans les années ‘60: Ben Morea, Black Mask and le group « Up Against the Wall, Motherfuckers! »

Jaïs Elalouf, artiste : « Psychédéliques et mouvements de contestations »

Kiki Picasso (alias Christian Chapiron), artiste : « Apologie du bad trip »

Captain Cavern, artiste : « Je pense donc je suis drogué »

Pierre-Antoine Pellerin, linguiste, MC Lyon III : « L’Ecriture en manque : addiction, sevrage et delirium tremens dans Big Sur (1962) de Jack Kerouac »

Du club des « haschischins » à William Burroughs et Jack Kerouac, en passant par les « poètes maudits », Henri Michaux et les amateurs de mescaline, des écrivains ont voulu expérimenter les effets des drogues sur leur écriture. A partir des années 1960, des rockeurs aux rappeurs, en passant par les musiciens de reggae et techno, consommation de drogues et musique ont marché de concert. De fait, depuis l’émergence de la beat génération, tous les arts en Occident ont été influencés par l’usage de psychotropes venus d’ailleurs. En particulier les arts dits psychédéliques, exprimés notamment dans la peinture, qui ont donné lieu à un véritable courant artistique. Un courant qui s’est inscrit et a participé au mouvement de contestation non seulement des arts conformistes mais de la société autoritaire et inégalitaire. Faut-il en conclure que les drogues sont propices à la création artistique, qu’elles peuvent apporter un plus au talent, qu’elles ont de l’influence sur les artistes qui s’en servent et, à travers eux, sur les gens qui les lisent, écoutent, regardent ?

Ben Morea est né en 1941. Il est devenu dépendant à l’héroïne quand il était jeune, pendant son adolescence. Sa carrière de peintre commence pendant un séjour dans l’hôpital d’une prison. Dans les années qui suivent, il chevauche la peinture et l’activisme sociale pour atteindre une nouvelle vie. Sa peinture à connu les teintées de la rébellion après avoir rencontré Dada et le Surréalisme ; aussi, il crée avec d’autres la revue « Black Mask ». Il a vite développé une forme de vie subversive ; il fonde aussi le groupe Up Against the Wall, Motherfuckers !, l’un des rares groupes « politiques » à s’approprier des nouvelles possibilités révolutionnaires mises à disposition après la découverte des substances psychédéliques. Après être entré dans la clandestinité et avoir fait face à une réalité changeante, il commence à chercher les moyens d’atteindre une perspective « totale », il est converti à une religion originaire des peuples indiens du Colorado, comprenant éléments psychotropes et animistes. La discussion sera centrée sur cette recherche, et sur la nécessaire escalade vers une nouvelle REALITE’ politique, culturelle et révolutionnaire.

Jaïs Elalouf : Psychédéliques et mouvements de contestations 

Il sera exposé les contradictions entre les valeurs de la société de consommation des années 50 et les caractéristiques du LSD, avec la présentation de quelques protagonistes. Le programme de la CIA « MK-Ultra » vivement actif dès la fin des années 50 et ses fantaisies meurtrières. La contre culture des années 60 et quelques sujets de contastations à travers des exemples de mouvements  comme les : Provo, Diggers, Mai 68 and les communautés. Un voyage graphique à travers des œuvres d’esthétique psychédélique inédites de la Collection Elalouf du Psychedelic Art Center.

 Jaïs Elalouf a présenté 500 shows audiovisuels où il mixe art, son et images; étant à la fois producteur de musique, DJ, réalisateur de films et commissaire d’exposition. Il manage l’agence de promotion Ping Pong qui à représenté le label anglais Ninja Tune pendant 15 ans. Il crée des musiques et films engagés avec ses propres tournages et des samples d’images d’archives, entre douceur rétro et groove électronique. Il créée actuellement le premier Centre d’Art Psychédélique à partir de sa collection, l’une des plus grandes sur ce sujet. 

Pierre-Antoine Pellerin : L’Ecriture en manque : addiction, sevrage et tempérance dans l’oeuvre de Jack Kerouac

Cette communication se propose de lire l’œuvre de Jack Kerouac (1922-1969) sous l’angle des rapports qu’entretiennent drogue, intensité et écriture dans le contexte de l’idéologie de l’endiguement (« containement »), du conservatisme politique des années Eisenhower et des discours de la « crise de la masculinité » dans l’après-guerre. Alors qu’on a souvent tendance à présenter l’auteur américain comme le fer de lance d’une recherche d’intensités propres à revitaliser une époque prise dans les rets du conformisme et du consumérisme, notamment par la consommation d’excitants (« uppers ») et de calmants (« downers »), il s’agit ici de montrer la centralité des notions de maîtrise de soi, de sevrage, de stase et de dépression dans son œuvre, comme l’illustre une lecture de romans comme The Dharma Bums (1957 ; 1958), Desolation Angels (1956 ; 1965) et Big Sur (1961 ; 1962) comme des récits appartenant au genre de la tempérance.

Pierre-Antoine Pellerin est maître de conférences en littérature américaine à l’université Jean Moulin – Lyon 3. Il travaille notamment sur l’expérience et la représentation de la masculinité dans la littérature et les arts à l’époque de l’après-guerre aux Etats-Unis et prépare actuellement une monographie consacrée à l’œuvre de Jack Kerouac.

Christian Chapiron, alias Kiki Picasso, est né en 1956 à Nice. En 1974, il fonde le groupe Bazooka Production avec Loulou Picasso, Olivia Clavel, Bernard Vidal et Lulu Larsen. Les membres de Bazooka pensent que les espaces d’expression alloués par les galeries et les institutions ne sont pas adaptés à leurs créations. Bazooka désire envahir les médias.  L’invasion commence par les journaux de bandes dessinées, elle se poursuit dans la presse militante. Leurs dessins sur l’information déclenchent des polémiques. Les journalistes de Libération disent que « Bazooka fait du Picasso ». A la fin des années 70, « faire du Picasso » sous-entendait dans le langage commun « faire n’importe quoi ». Bazooka commencent à signer les images Picasso.  Après la dissolution de Bazooka, Christian Chapiron s’oriente vers la vidéo et la peinture électronique. En 1995, il retourne vers la presse en prenant la direction artistique du magazine « Maintenant », le premier média français qui dénonce l’implication de la France dans le génocide rwandais. Vers l’an 2000 et après, Kiki écrit et illustre « Psychoactif, un livre hallucinant » sur l’usage récréatif du LSD, réalise le long-métrage « Traitement de substitution N°4 », construit des Chars de Carnaval pour les villes de Paris et de Bordeaux, la Gay pride, la Fête de la musique, la techno-parade… Ses films électrisent les dance floors, ses images décorent les salles de concert et le Cirque électrique. 

Captain Cavern. Né en 1956, dessinateur, illustrateur et peintre, Captain Cavern est armé, non pas d’une massue comme le personnage du dessin animé éponyme d’Hanna & Barbera, mais de crayons, plumes et pinceaux pour nous transporter dans l’espace-temps multidimensionnel des galaxies virtuelles. Un univers enchanté, somnambule, qui défile en images pop, cubistes et psychédéliques. Ses premiers dessins sont apparus sur la scène graphique underground française au début des années 80, dans la lignée de BazookaElles sont de sortie, Placid & Muzo… Il a collaboré à de nombreux graphzines et en a créé plusieurs (VertèbresCrimsex…). Il est aussi le fondateur et rédacteur en chef du journal Vertige, publié en kiosque. Et l’auteur de plusieurs BD : Le Gouffre de la piscine aux Requins Marteaux, Psychic Murder Show chez United Dead Artists. Captain Cavern commence vraiment à peindre en 1985, signant pour la première fois sous ce nom pour un affichage sauvage sur des panneaux publicitaires 4×3 organisé par les Frères Ripoulins autour de la place de l’Opéra. Dès lors, il ne cessera plus de peindre. Dessin, peinture… sont pour lui des moyens d’atteindre, à travers les faux-semblants de la perception, le merveilleux, le féerique, la magie.

Table Ronde : La santé communautaire, le champ des possibles.

  • Animation : Olivier Doubre, journaliste Politis
  • Fabrice Perez, Not for Human et réseaux sociaux : Un rendez-vous manqué.
  • Korzéame ( Toulouse) ,La santé communautaire en milieu techno.
  • Jean Maxence Granier ASUD, Les groupes d’entraides comme outil de santé communautaire.
  • Benjamin Cohadon, Faiza Hadji, Le Village 2 santé ( Echirolles) Association de santé communautaire globale.
  • Thierry Schaffauser , Le Syndicat du Travail Sexuel, de l’héritage de la santé communautaire pour lutter en faveur du droit
  • Vincent Leclercq, AIDES Ligne whatsapp et groupe Facebook : l’autosupport de Aides autour duchemsex – Paroles sur le Chemsex.

Table ronde : Une histoire de la santé communautaire

Introduction : Jean-Marc Priez (ASUD) 00h05mn10s : Tim Greacen (AIDES) : L‘histoire de AIDES 00h23mn58s : Anne Coppel (ASUD) : L’histoire du Bus des Femmes 00h40mn47s : Jef Favatier (ASUD) : L’histoire d’ASUD 01h05mn12s : Thierry Charlois (Techno Plus) : L’histoire de Techno Plus 01h23mn02s : Catherine Patris (Ex-Direction Générale de la Santé) : L’histoire de la Division SIDA 01h44mn49s : Échanges avec la salle

EGUS X : Le programme

Les Etats Généraux des Usagers de Substances (EGUS) vous convient à leur Xe édition. Notre objectif est d’interroger ce qu’il est convenu d’appeler la « santé communautaire » sous toutes ses facettes même les plus improbables. De l’histoire du milieu festif techno en passant par les dispositifs de représentations institutionnels jusqu’au partage de savoirs sur internet, tous les angles qui permettent de cibler cette zone grise seront abordés tout au long de ces deux journées organisées en partenariat avec la Fédération Addiction.

Si la politique de réduction des risques liés à la consommation de drogues (RDR) est historiquement liée à la lutte contre le Sida, celle-ci est organiquement attachée à la notion de santé communautaire, un concept encore mal aimé et surtout mal définie aujourd’hui comme pratique professionnelle ou comme règle de vie.

A l’origine, ce sont des associations comme AIDES, 1ère association de santé communautaire en France, qui faute d’alternative médicale, ont mis en place la politique de lutte contre le Sida. Faute de « communauté » clairement définie, la santé communautaire dans le cadre de l’usage de drogues n’a été officiellement revendiquée, en milieu festif dans la communauté techno qu’au milieu des années 90. Pourtant c’est bien par un acte communautaire que la RdR s’est inscrite en France. Lorsqu’une ministre de la santé courageuse, Michèle Barzach a levé l’interdiction d’acheter des seringues en pharmacies, ce sont d’abord et avant tout les usagers de drogues qui ont arrêté d’utiliser et de partager leurs seringues contaminées, ce que certains  spécialistes nous expliquaient être impossible au regard des plaisirs ordaliques et mortels recherchés. Pourtant ce fut le cas, dès que les seringues neuves furent disponibles, les usagers les utilisèrent et massivement.

La diffusion massive des Médicaments de Substitution aux Opiacés (MSO) a suivi le même chemin. Le laboratoire responsable de la mise sur le marché de la Buprénorphine Haut Dosage prévoyait une dizaine de milliers de traitements pour la fin du millénaire. Il a dû multiplier ses projections par dix pour répondre à la demande des usagers sur le terrain.

La santé communautaire en matière de RdR a mis en valeur le savoir individuel des usagers et leur faculté de transmettre, matérialisé ensuite par leur embauche dans quelques structures, essentiellement des CAARUDS. Or aujourd’hui, nombre de ces structures perdent leurs connaissances empiriques de la consommation. Nous sommes 30 ans après la mise en place de la politique de réduction des risques. La lutte contre le sida et les dynamiques communautaires qu’elle avait engendré, ont fait place à la gestion des addictions sur la longue durée. La chronicité s’est déplacée également sur le terrain social, aggravée par trente années de crise économique .

Quel regard porte-t-on à cette histoire commune ? Aujourd’hui la santé publique peut-elle se passer de la santé communautaire, seul canal pouvant faire remonter les pratiques et surtout des besoins des usagers actuels et futurs ?

Seconde question, la place prise par la représentation des usagers au sein des structures, à l’intérieur de ce qu’il est convenu d’appeler la démocratie sanitaire a-t-elle vocation à s’inscrire dans ce mouvement de transmission des savoirs expérientiels ?

Enfin, alors que les formes et les modes d’achat, de consommation et de transmission des savoirs se diversifient, quel est la place réelle ou fantasmée du citoyen-consommateur de substances achetées parfois sur internet ou consommée sous un motif thérapeutique.

Pour répondre à ces trois questions les Xème Etats Généraux des Usagers de Substances (EGUS) se proposent d’interroger à la fois des usagers, des acteurs professionnels et des institutions.

Première journée: lundi 14 janvier 2019
Une histoire de la santé communautaire.

9h00-9h30 : Accueil autour d’un café

9h30-10h00 : Introduction  des deux journées EGUS

Histoire de la santé communautaire et transformation du toxicomane en patient puis en consommateur, quelle est l’influence des personnes qui utilisent des drogues sur les politiques mises en place depuis 4 décennies ?

Intervenants :Alessandro Stella ASUD et Martine Lacoste FÉDÉRATION ADDICTION

10h-13h00 : 1ère table ronde

Une histoire de la santé communautaire

  • Animation : Jean Marc Priez ASUD
  • Catherine Patris : ex Direction Générale de la Santé Division Sida
  • Tim Greacen, AIDES
  • Jef Favatier , ASUD Nîmes
  • Thierry Charlois, TECHNO PLUS
  • Anne Coppel, LE BUS DES FEMMES

13h00-14h30 : déjeuner libre

14h30-15h00 : La santé communautaire aujourd’hui

Introduction, Ruth Gozlan, MILDECA

Quels sont les défis actuels ? Quels sont les enjeux pour les institutions ?

15h00-17h30 : 2ème Table Ronde

La santé communautaire, le champ des possibles.

  • Animation : Olivier Doubre, journaliste Politis
  • Fabrice Perez, Not for Human et réseaux sociaux : Un rendez-vous manqué.
  • Korzéame ( Toulouse) ,La santé communautaire en milieu techno.
  • Jean Maxence Granier ASUD, Les groupes d’entraides comme outil de santé communautaire.
  • Benjamin Cohadon, Faiza Hadji, Le Village 2 santé ( Echirolles) Association de santé communautaire globale.
  • Thierry Schaffauser , Le Syndicat du Travail Sexuel, de l’héritage de la santé communautaire pour lutter en faveur du droit
  • Vincent Leclercq, AIDES Ligne whatsapp et groupe Facebook : l’autosupport de Aides autour duchemsex – Paroles sur le Chemsex.

DEUXIÈME JOURNÉE mardi 15 janvier 2019 

Du patient au consommateur en passant par l’usager du système de soins, nouvelles libertés ou nouveaux stigmates ?

Entre la démocratie sanitaire, l’achat de substances sur le net, la prescription de drogues sur ordonnance ou le cannabis thérapeutique, la relation de la société avec les usagers de drogues se transforme-t-elle, se normalise-t-elle ou ne sont-ce que de nouveaux visages de l’assignation au silence ?

09h 45 Introduction : Alain Morel, Fédération Addiction et Fabrice Olivet ASUD

10h30-12h30 troisième table ronde :  Droit, pouvoir et démocratie sanitaire  

  • animation : Vincent Benso ASUD
  • Alain Morel Oppelia, la coopération usagers-professionnels dans de nouvelles pratiques est un levier politique de transformation culturelle et sociale
  • Marion GAUD, Association Aubes, l’histoire du Baclofène , une expérience de patients qui se transforme en Autorisation de Mise sur le Marché
  • Georges Lachaze ASUD, l’Observatoire du droit des Usagers (ODU)
  • Estelle Sarrazin, Les conseils de la vie sociale

12h30- 14h déjeuner libre

14H00-15h00 : La demande sociale de drogues est-elle plus légitime aujourd’hui qu’hier?

  • Nicolas Authier, CHU Clermont-Ferrand:  Du cannabis pour se soigner, une demande de patients
  • Marie Jauffret-Roustide INSERM: Les communautés dans la recherche en sciences sociales sur les politiques de drogues, France/USA 

15H00-17H00 Quatrième table ronde : Citoyens, société civile, et consommations, les nouvelles formes de socialisation de l’usage.

Animation Fabrice Olivet, ASUD

  • Sophie Niklaus (Norml) , drogues ,parentalité et sexualité nouvelle image des consommatrices de substances.
  • Vincent Benso , La plate-forme NPS d’ASUD: le citoyen consommateur
  • Sacha Benhamou,( Students for Liberty France), drogues une marchandise comme une autre
  • Christian Andréo (ALPO)  : le consommateur de drogues dans le droit du travail Quel risques sociaux en comparaison avec la prise en charge traditionnelle de l’abus d’alcool ?

17h00 CLOTURE Anne SOURYS, Adjointe à la Mairie de Paris, chargée de la santé et des relations avec l’APHP.

Drogues, Politiques et contre-cultures

Séance du 14 mars 2019

Lieu = Amphithéâtre EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Horaires = 17h-20h

Drogues, troubles dans la réalité et politique dans les séries TV

La guerre à la drogue peut être considérée comme une co-construction avec les séries censées les représenter Même dans les plus réalistes des séries policières, des coïncidences inattendues ouvrent des pistes qui témoignent d’univers surréels, parallèles de la réalité ordinaire. La temporalité des séries TV fait irruption dans la ligne du temps : « Winter is coming », (la menace qui pèse sur le moyen-âge mythique de la série « The Game of Thrones ») était écrit sur les murs d’Istanbul lors de la révolte populaire en 2013.  Alors que les séries TV entreprennent de décoder le monde dans lequel nous vivons, la prolifération des univers ouvre aussi bien à la construction sociale de la réalité qu’aux croyances alternatives, avec les conceptions complotistes de l’histoire et les fake news. 

Sandra Laugier : « Addictions et séries TV » 

 Les liens qui nous attachent aux diverses victimes de la drogue dans les séries du XXIe siècle, de The Wire à Narcos. 

Sandra Laugier est professeure de philosophie à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne et chroniqueuse à Libération

Richard Mèmeteau : « La temporalité des séries »

De l’ultime saison de Game of Thrones aux 720 épisodes de Naruto ou les 853 épisodes de One Piece prétention. 

Richard Mèmeteau est philosophe et auteur de Pop Culture. Réflexions sur les industries du rêve et l’invention des identités (La Découverte)

Marco Candore : « Sans queue ni tête » : détectives déterritorialisés et envers du décor »

Du détective, entre noir et fantastique, avec une attention particulière pour the return de David Lynch.

Marco Candore est comédien, réalisateur, chroniqueur –radio du cinéma de genre.

Anne Coppel : Introduction et animation 

Anne Coppel est sociologue, entre recherche et action et militante associative 

LE KRATOM : Lettre ouverte à la commission nationale des stupéfiants et des psychotropes de l’ANSM.

Une inscription à l’ordre du jour qui inquiète

Avec la publication du programme de la séance du 24 janvier 2019 du comité technique des centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance-addictovigilance (CEIP) sur lequel figurait la mention « Kratom : présentation de l’enquête », l’idée que le kratom puisse passer en commission des stupéfiants et y recevoir un avis recommandant son classement stupéfiant fait son chemin.
Sur les principaux forums d’usagers, les membres s’inquiètent de son éventuel classement, ou plutôt ils perçoivent cette inscription comme un préambule à l’exécution d’un classement inéluctable, d’où une interrogation sur l’image véhiculée par l’ANSM auprès des usagers.
De quoi s’agit-il ? Le kratom est une plante qui pousse dans le Sud Est asiatique dont les – très subtils – effets se rapprocheraient des opiacés, les principes actifs du kratom appartenant bien à la famille des opioïdes. De fait, depuis la mise sous prescription obligatoire de la codéine, le kratom apparaît comme le dernier opioïde en vente libre en France, dernier bastion du vice pour certains, dernière soupape de sécurité avant le passage
aux opiacés forts pour nous.

Le Kratom une drogue « douce »

La première chose à rappeler quant au kratom c’est la subtilité de ses effets… Que ceux qui n’en ont jamais pris ne s’y trompent pas : il ne s’agit pas d’un produit fort, on pourrait presque le qualifier de drogue douce. S’il est si peu consommé c’est aussi parce que beaucoup d’usagers se déclarent extrêmement déçus de leurs expériences avec ce produit :

  • « je n’ai jamais rien senti avec le kratom. Même en triplant la dose, rien, nada, même pas la tête qui tourne, la seule chose que j’ai eu c’est la nausée parce qu’en plus c’est infect ! » nous dit D, un usager festif n’ayant aucune tolérance aux opiacés. Bref il ne s’agit pas d’une héroïne bis, ni même d’un opiacé naturel détourné comme le thé
    de pavot confectionné en infusant des graines de pavot achetées légalement. Non il s’agit là d’un opioïde mineur qui serait à l’héroïne ce que la caféine est à la cocaïne. »

Mais ça n’empêche pas certains d’y voir un intérêt… Et c’est là que l’hypothèse d’une interdiction devient un sujet d’inquiétude. Pour ceux d’entre nous qui ont des rapports disons… passionnels avec les opiacés, malgré la subtilité de ses effets le kratom a une double utilité :
– D’abord il permet d’adoucir les sevrages légers sans passer par le médecin (ce à quoi se refusent justement bon nombre des « petits » consommateurs qui refusent de se voir comme toxicomanes) Jimmy Kempfer, figure historique de la réduction des risques, affirmait avoir expérimenté les qualités relaxantes de la plante lors d’un de sevrage d’héroïne , en Thaïlande, ce qui ne l’empêchait pas de conclure :

« je suis accro depuis trop longtemps pour ressentir un effet avec le kratom « 

-Ensuite il permet à des ex usagers d’opiacés sevrés de gérer leurs éventuels cravings (fortes envies qui peuvent s’emparer des ex usagers jusqu’à plusieurs années après leur période de consommation) en leur proposant une alternative à l’héroïne, au Skenan ou à leur opiacé de prédilection en cas de craving insupportable. C’est pour ces deux raisons que l’idée même du classement stupéfiant du kratom inquiète tant de partisans de la réduction des risques bien comprise, celle qui s’intéresse à la vie des
usagers.Précisons aussi que le kratom est et restera un produit de niche, dont la consommation confidentielle est réservée à un public d’initiés. D’une part en raison de sa faible accessibilité (quelques shops en ligne uniquement), de l’autre en raison de ses effets trop subtils pour la
plupart des usagers, enfin à cause de son goût et la préparation que sa consommation nécessite (aucun conditionnement sous forme de gélules n’existe). Partant du principe que le risque zéro est impossible, il sera toujours possible de relever quelques accidents impliquant du kratom, (dans la plupart des cas consommé avec un autre produit). Une revue de littérature sur les risques liés à la consommation d’eau nous apprendrait certainement que l’eau est un produit dangereux, un constat d’évidence dans la France d’Ancien Régime. Ne parlons pas de l’aspirine qui provoque 10 000 décès par an d’après le journal Le Figaro. Faut-il classer l’eau et l’aspirine ? Les risques induits par l’inscription du kratom au tableau des stupéfiants sont proportionnels aux avantages tirés par les consommateurs de sa non inscription ?

Un monde post crise des opioïdes

Dans un monde, frappé de stupeur par ce qu’il est convenu d’appeler « la crise des opioïdes » aux États Unis d’Amérique, il serait normal de prêter une attention soutenue à tout ce qui peu faire obstacle à la répétition d’une pareille catastrophe. On connait la désastreuse situation américaine qui continue de provoquer des dizaines de milliers de décès par overdose chaque année. L’’origine de cette « épidémie » est dite iatrogène, c’est-à-dire liée à la prescription de médicaments opiacés. La seconde phase de décès, qui débute en 2016-2017 n’est plus imputable aux antidouleurs, qui sont aujourd’hui beaucoup très difficiles à obtenir mais aux opiacés de rue vers lesquels , les usagers dépendants se sont immédiatement tournés, dès que
les condition de prescription se sont durcies. . Aujourd’hui le nombre de décès dus au fentanyl a dépassé et de loin les overdoses dues aux médicaments opiacés.La population des anciens dépendants, sevrés et abstinents d’opiacés, constitue de l’avis général une cible à hauts risques de décès par overdose du fait de baisse de leur tolérance conjuguée à l’habitude de consommer de fortes doses et à la fréquence de reconsommation inopinée, sous l’emprise du craving justement. En limitant le risque de craving chez les anciens usagers, le kratom sauve un nombre de vies non mesurable mais certainement largement supérieur aux décès qui peuvent lui être attribuer si tant est qu’il y en ait réellement.

Savoir dire non à l’interdit

Résumons. Nous avons un produit de niche. Dont les effets psychotropes sont si faibles que certains les qualifient d’inexistants. Qui joue cependant un rôle de tampon avec les opiacés de rue en évitant les rechutes, qui de plus est utilisé comme produit de sevrage efficace, sachant l’ extrême pénurie de molécules ayant prouvé leur efficacité dans cette indication. Comment dans un tel contexte, ne pas sur interpréter une possible décision de classement ? S’agit-il de protéger une jeunesse que la mise sous prescription obligatoire de la codéine a déjà t poussé vers ce produit pourtant bien différent ? Nous avons des doutes. Les signaux d’une hausse de la consommation de kratom nous ont peut-être échappés mais si tant est que ce soit le cas, n’est-ce pas rentrer dans une course classique à l’interdiction, cercle vicieux dont la commission a toujours prétendu s’affranchir ?

L’ inscription du kratom sur la liste des stupéfiants , venant à la suite d’une série de restriction – la dernière en date étant le retrait des codéinés de la liste 1- risque de conforter cette idée que l’ANSM n’est qu’un organisme vouée à la répression de l’usage en s’abritant derrière un alibi scientifique. Vieux procès de nature complotiste qu’ASUD s’efforce de démonter avec la conviction d’apporter un éclairage à la fois sur les risques liés à la consommation mais aussi sur les dangers, quelques fois bien plus grand de certaines interdictions. Les exemples historiques ne manquent pas qui montrent les dangers mortels de l’interdiction en matière de drogue qu’il s’agisse de l’interdiction de la vente des seringues en pharmacie, cautionnées par un lointain ancêtre de la commission des stupéfiants 1 , ou
l’interdiction de la méthadone durant de logue années. Nous savons que la politique de réduction des risques suppose aussi de savoir dire non à l’interdiction systématique au-delà d’ASUD, c’est la crédibilité de toute la commission e qui est en jeu. Si l’on veut réellement prendre des mesures sanitaires sur le kratom, il est indispensable de le traiter comme un produit destiné à la consommation humaine qu’il s’agisse du thé, le maté ou autres impliquant : des contrôles de qualité et de fraicheur susceptible de permettant de garantir au consommateur un produit, exempt des risques sanitaires comme la salmonellose.


Si vous êtes consommateur de kratom et que voulez nous aider à vous représenter à la commission des stupéfiants vous pouvez nous faire part de votre expérience et de vos remarques ici : Lien vers le questionnaire

Psychédélisme, punk et techno : expériences croisées

Des débuts du psychédélisme aux raves parties contemporaines il est possible d’établir une filiation. Difficile en effet de ne pas penser à des teufeurs transportant leur sound system aux quatre coins de l’Europe quand on lit les aventures des Merry Pranksters sillonnant les USA dans un bus bariolé pour organiser des « acid tests » à grand renfort de stroboscopes, de peinture fluo, de déguisements exubérants… Et bien sûr de LSD !

Sans y appartenir, le mouvement punk s’entrecroise avec cette filiation. Son esthétique est différente, pourtant elle se rapproche de certaines composantes de la culture techno… Des punks qui s’éclatent en teknival aux Hells Angels invités à se défoncer avec les Merry Pranksters, la consommation de drogues favorise-t-elle les rapprochements entre les contre cultures qui partagent ce point commun ?

Isaac Abrams, artiste peintre : « Retour sur une carrière d’artiste psychédélique »

Elise Grandgeorge anthropologue (Université Aix Marseille) : traduction

Vincent Benso, sociologue (ASUD / Techno+) : « Techno et drogues, 35 ans de passion… Pour le meilleur et pour le pire ! »

Alexandre Marchant, historien (ISP Cachan) : « Culture et esthétique de la défonce : drogues et mouvement punk (années 1970-1980) »

Florian Bureau, militant associatif (ASUD / Techno+),modérateur

Intervenants

Isaac Abrams, artiste peintre : « Retour sur une carrière d’artiste psychédélique »

Biographie : Isaac Abrams est l’un des pères fondateurs de l’art psychédélique. Après avoir expérimenté avec des drogues psychédéliques au début des années soixante, il se met à peindre et va étudier avec le peintre visionnaire Ernst Fuchs à Vienne. Très impliqué dans le monde psychédélique de New York, il organise la toute première exposition d’art psychédélique en 1965 et rencontre Timothy Leary et nombre de ses associés. 

Description : Cette présentation fera la part belle aux œuvres de l’artiste, qui sélectionnera plusieurs d’entre elles en les commentant. Il reviendra également sur son rôle dans le développement de cette forme d’art et dans la scène psychédélique new-yorkaise d’après-guerre.

« All Things Are One Thing »

Cette peinture a été achetée par Reed Erickson, philanthrope et transsexuel qui a créé une fondation pour étudier la transsexualité.

Alexandre Marchant, historien : « Culture et esthétique de la défonce : drogues et mouvement punk (années 1970-1980) »

Biographie :

Alexandre Marchant est professeur agrégé d’histoire et enseigne au lycée Albert Camus de Bois-Colombes. Docteur en histoire de l’ENS de Cachan, il est chercheur associé à l’Institut des Sciences sociales du Politique (ISP Cachan). Ses recherches portent sur l’histoire de la prohibition des stupéfiants en France dans le dernier tiers du XXe siècle et les économies criminelles de la drogue. Il a récemment publié L’impossible prohibition. Drogues et toxicomanie en France, 1945-2017, Paris, Perrin, 2018.

Résumé :

Le courant musical punk s’est inséré dans le paysage musical français dans la seconde moitié des années 1970. En plus d’être un nouvel avatar du rock, il reposait sur une sous-culture de la transgression permanente, un certain nihilisme et un goût pour la « défonce », et se retrouva donc assez logiquement associé aux drogues : amphétamines, cocaïne ou encore héroïne. Le “trip speed, shooteuse, arnaque et baston” est encensé par exemple dans L’Aventure punk, sorte de manifeste du mouvement punk français écrit par Patrick Eudeline en 1978. Tandis que certains groupes ou artistes phares de la scène punk ne faisaient mystère de leur consommation de « speed ». Mais ce courant a aussi participé à sa manière à la diffusion des drogues dans la société, le nihilisme punk transparaissant dans les poly-consommations de nombreux marginaux de l’époque. Il fut aussi à la source d’un imaginaire de dope-comics, dont le personnage de Bloodi créé par Pierre Ouin est une figure centrale, que se sont approprié de nombreux usagers de drogue des années 1980.

Vincent Benso, sociologue (ASUD / Techno+) : « Techno et drogues, 35 ans de passion… Pour le meilleur et pour le pire ! »

Vincent Benso est sociologue, membre de Techno +, d’ASUD, observateur pour TREND Île de France et rédacteur à la revue Swaps. Acteur de terrain engagé dans le champ de la réduction des risques depuis près de 15 ans, il a mené des recherche-actions sur le trafic, les « nouvelles » drogues, les consommations en espace festif techno et les usages d’Internet liés aux drogues, dont des résumés sont accessibles en ligne. Il a aussi récemment écrit un chapitre de « la catastrophe invisible, histoire sociale de l’héroïne, publié aux éditions Amsterdam sous la direction d’A. Coppel et de M. Kokoreff. 

Résumé : Mis systématiquement en avant par les autorités publiques et les médias, le lien entre musique techno et drogues a largement participé à la création du stéréotype du teufeur et à la perception des fêtes techno comme des situations à hauts risques. Victime collatérale de la guerre à la drogue, la techno underground résiste pourtant depuis plus de 35 ans, donnant parfois l’impression qu’elle se nourrit de la stigmatisation dont elle est l’objet. 

Quoiqu’il en soit, des tensions existent à l’intérieur de la galaxie des musiques électroniques, entre rejet et valorisation des différentes drogues… Nous tenterons de les mettre à jour en les situant dans une filiation culturelle plus large que les seules musiques électroniques afin d’étudier les rapports mouvementés qu’entretiennent drogues et Techno. 

Florian Bureau, militant associatif / Webmaster (ASUD / Techno+)

Florian Bureau est un amateur de free party et de musique techno depuis une quinzaine d’années. Après avoir longtemps côtoyé les associations de réduction des risques et plus particulièrement de santé communautaire comme Techno+ en temps que simple teufeur, il à intégré cette association touché par les valeurs pour lesquelles elle se bât. Tel que le non jugement, l’écoute, la défense de la culture tekno, l’accès à une information sur les drogues objective et la mise en place d’une politique de réduction des risques liés à l’usage récréatif des drogues, c’est-à-dire une politique basée sur la responsabilisation des consommateurs et non sur l’interdit et la répression. Membre du conseil d’administration national de Techno+ et webmaster pour Asud, il est un militant impliqué pour un changement de la politique des drogues.

Organisateurs

Vincent Benso, membre de Techno +
Béchir Bouderlaba, juriste, Directeur Exécutif de NORML France
Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Christian Chapiron (Kiki Picasso), artiste
Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD
Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue
Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

La DMT (N, N-diméthyltryptamine) entre science et spiritualité

Beaucoup de choses ont été dites, écrites ou rapportées sur cette substance consommée depuis la nuit des temps au cours de rituels sacrés et qui revient en force dans nos sociétés… L’occasion de faire le point sur cette molécule au carrefour de la science, du psychonautisme et de la spiritualité.

Présente en abondance dans la nature, la DMT est une tryptamine proche de la psilocybine (4-PO-DMT), le principe actif des champignons hallucinogènes. Sur le plan neurobiologique, elle cible particulièrement les sites à sérotonines (5-ht) dont elle est aussi très proche chimiquement parlant. La sérotonine est d’ailleurs aussi une tryptamine mais pas psychédélique. Ce neurotransmetteur est impliqué dans l’humeur, la stabilité émotionnelle et la cognition. La plupart des dépressifs chroniques ont un taux de sérotonine plus bas que la moyenne. La DMT semble présente naturellement dans le corps humain, notamment à l’intérieur du cerveau dans la glande pinéale. Située dans l’épithalamus, cette glande connue depuis longtemps est entourée de mystère : Descartes y voyait « le siège » de l’âme tandis que pour les hindous et bouddhistes, elle correspondrait au troisième œil. Encore peu connue du grand public il y a quelques années, la DMT a vu sa popularité augmenter en flèche et on la retrouve de plus en plus sur les événements de musique électronique. Mais au-delà de sa consommation, c’est surtout le mythe qui l’entoure et la fascination pour cette drogue, souvent considérée comme un « médicament de l’âme », qui se propage comme une traînée… De poudre !

Un peu d’histoire tribale archaïque

Si sa consommation moderne, sous forme de free base à fumer ou de sel à sniffer/injecter, est assez récente, cela fait des milliers d’années que des plantes qui en contiennent sont consommées par les chamans et curanderos amérindiens. Sauf que, détail important, la DMT n’est pas active oralement ! Ingérée, elle est en effet détruite trop rapidement par le foie (par la monoamine oxydase, plus précisément) pour avoir un quelconque effet. Mais les anciens chamans ont découvert que des plantes contenant des IMAO (inhibiteurs de la monoamine oxydase) permettaient à la DMT de traverser la barrière hépato et donc de produire son effet psychoactif.

En mélangeant à 50/50, des feuilles de Psychotria viridis (chacruna) contenant la DMT + des morceaux de liane de Banisteriopsis caapi (ayahuasca) contenant des IMAO, on obtient donc un breuvage fortement psychoactif appelé traditionnellement le yagé ou, par extension, ayahuasca. Par leur action sur le foie, la consommation d’IMAO est très risquée. Par exemple, manger du fromage qui contient de la tyramine avec du yagé est potentiellement mortel, et la liste d’aliments à éviter est
longue. Dans les rites traditionnels, la prise de yagé s’accompagne ainsi de régimes alimentaires et de jeûnes sur plusieurs jours. Il arrive que les chamans ajoutent d’autres plantes à leur yagé, suivant les pathologies à soigner chez leurs patients. Certaines ne sont pas ou peu psychoactives, d’autres sont très puissantes, à l’instar des feuilles de Diplopterys cabrena (chaliponga), utilisée parfois en remplacement de la chacruna et qui contient 4 fois plus de DMT en moyenne, mais aussi une autre substance hallucinogène : le 5-MeO-DMT.

Ce 5-MeO-DMT, qu’on retrouve aussi dans les glandes sudorifères de la grenouille nord-américaine Bufo alvarius, un animal avec lequel les curanderos mexicains travaillent notamment dans le traitement des dépressions, dépendances et toxicomanies. D’autres tribus n’utilisent pas le yagé, elles prisent l’intérieur des graines de yopo (Anadenanthera peregrina), ou du cébil (Anadenanthera colubrina), qui contiennent du 5‑MeO-DMT avec un peu de chaux végétale pour activer les tryptamines. D’autres encore produisent du vin de Jurema (Vino de Jurema), fabriqué à partir d’écorce de Mimosa Hostilis. Cette plante a la particularité de contenir un peu d’IMAO, et donc d’être légèrement active oralement seule. Relativement accessible en Occident, c’est la plante la plus utilisée ici pour l’extraction de free base de DMT (bien que la plante à DMT la plus courante dans nos contrées soit le Phalaris Arundinacea ou baldingère faux‑roseau).

En fait, la liste des plantes contenant des tryptamines à courte durée d’action (DMT, 5-MeO-DMT, DET, DPT, NMT, etc.) est aussi longue que leur utilisation parmi les tribus amazoniennes est fréquente.

Quel est le rôle de la DMT ? La question à 64 milliards du Dr Meuli *1

En raison sûrement de son utilisation chamanique, la DMT est entourée d’une aura de mysticisme. La liste des croyances modernes et des interrogations autour de cette molécule est trop longue pour pouvoir être dressée ici. Elles constituent un réservoir dans lequel les consommateurs peuvent piocher pour « créer » un ensemble de croyances cohérent qui entrera en résonance avec leurs propres expériences sous DMT. Car la première chose à dire est que, plus encore que pour les autres hallucinogènes, la DMT entraîne des états « visionnaires » qui se prêtent au mysticisme… Qu’il s’agisse d’extra-terrestres, d’humains du futur ou de « créateurs », les rencontres avec les entités sont fréquemment rapportées lors des percées (voir encadré), de même que les souvenirs de vie passée, les expériences de mort imminente, ou les OBE (Out of Body Experience).

L’une des premières interrogations concernant le DMT est statistique. Elle concerne la probabilité qu’avaient les anciens Amérindiens de découvrir qu’en mélangeant l’ayahuasca à la chacruna, ils pouvaient obtenir de la DMT oralement active, parmi les millions de combinaisons possibles de plantes amazoniennes. L’explication réside peut-être dans le fait que, comme on l’a vu, les plantes à DMT sont nombreuses, et que par l’inhibition des processus de métabolisation qu’elle entraîne, la plante à IMAO – d’ailleurs, celle qui est nommée à proprement parler ayahuasca – produit des effets en association avec un grand nombre de substances et pouvait donc être assez facilement repérée par les chamans. Il n’en reste pas moins que ce « mystère pharmacologique » est d’autant plus troublant pour certains consommateurs que – la nature faisant bien les choses – la liane ayahuasca et les feuilles de chacruna se mélangent à 50/50 et que lorsque les anciens chamans des villages amérindiens sont interrogés sur l’origine du mélange, ils désignent le ciel en expliquant que ce sont leurs « cousins des étoiles » qui leur ont transmis cette technologie de l’esprit…

La percée, Wellcome to the Breakthrough
À partir d’une certaine dose (qui varie selon beaucoup de critères), le consommateur de DMT va expérimenter le deuxième effet Kiss Cool de la molécule, la percée (break through en anglais). Extérieurement, il aura l’air inconscient : il va tomber ou glisser de sa chaise, les yeux ouverts ou fermés, et il sera impossible d’en tirer la moindre réaction pendant la dizaine de minutes que va durer son voyage. Mieux vaut donc avoir quelqu’un qui assure pour gérer l’environnement et veiller sur la personne, notamment si elle a aussi pris de l’alcool, des opiacés ou tout autre produit pouvant provoquer des vomissements (risque d’étouffement). Définir ce qui constitue une « percée » de DMT n’est pas chose facile, mais le mot n’est pas choisi par hasard. Beaucoup d’usagers décrivent un passage vers un autre monde : comme si le temps/ l’espace/le soi volaient en éclats sous l’impulsion de la DMT qui vous aspire et vous projette dans une nouvelle dimension. L’expérience dépend évidemment de chaque utilisateur, de sa sensibilité, de sa perception, etc. (attention à bien prendre en compte ces facteurs, une percée peut virer au cauchemar). Quelques thèmes reviennent néanmoins de façon récurrente dans les récits : dissolution de l’ego, connexion avec la nature ou avec quelque chose de plus grand et de vivant, rencontre avec des entités en tous genres, passage à un état lumineux et hors du corps, visite de lieux mythologiques, inconnus, étranges, extra terrestres ou souvenirs de vie passée. Certains consommateurs de DMT apprécient de percer et recherchent cet état. En multipliant les expériences « de l’autre côté », ils peuvent en venir à penser que cet autre monde et les entités qu’ils y rencontrent sont réels et à considérer la DMT comme un véhicule vers d’autres dimensions… Quoiqu’il en soit, l’expérience est violente, et une des choses sur laquelle presque tous s’accordent, c’est que si vous vous demandez si oui ou non vous avez percé, c’est que la réponse est non !

L’histoire moderne de la molécule de l’esprit 

Pourtant, l’histoire moderne de la DMT commence de manière très scientifique, en laboratoire. C’est le chimiste anglais Richard Manske qui, le premier, a synthétisé de la DMT en 1931, lors de recherches pharmaceutiques et son nom commercial était la Nigerine. Sa première utilisation « psychonautique » par un Occidental est attribuée au pharmacologue Stephen Szara qui se l’injecta en intramusculaire (75 mg), puis en administra à ses amis. Nous sommes alors en 1957, l’année où
A. Hoffman isole le principe actif de la psilocybine sur la souche de champignon Psilocybe mexicana, en collaboration avec Roger Heim, le grand mycologue français, et Gordon Wasson, un milliardaire de la finance devenu, à sa retraite, un grand collectionneur et découvreur de souches de champignons. Passionné d’ethnobotanique, ce dernier faisait le tour de la planète avec sa femme, en quête de découverte mycologique, jusqu’à ce qu’il entende parler des champignons magiques du Mexique et qu’il rencontre Maria Sabina, la grande curandera mexicaine…

Cette femme, devenue plus tard une icône hippie malgré elle, découvrit les « Santos Ninos » alors qu’elle n’était qu’une petite fille. Elle raconte avoir été appelée par les champignons et n’avoir jamais arrêté de travailler avec, pour percer les secrets du monde de Teonanacatl, le dieu champignon…

Il faut savoir que beaucoup de respect et de piété entourent ce type de cérémonie au cours desquelles on invoque tous les saints de la Bible, mais aussi les dieux des croyances locales. Les chants, les prières, les psaumes et les battements de mains rythment les cérémonies…

C’est dans cette atmosphère que Gordon Wasson expérimenta les Santos Ninos (Psilocybe mexicana) sous la supervision de Maria Sabina. Après cette expérience, il fallait découvrir quelle substance contenue dans les champignons créait ces états visionnaires. Roger Heim s’occupa de l’aspect mycologique et c’est à Albert Hoffman, connu pour sa découverte accidentelle du LSD, qu’on confia la mission d’isoler le principe actif des Psilocybe mexicana. Hoffman expérimenta les fameux (façon de parler !) champignons et trouva que l’expérience ressemblait fortement au LSD. Il prit la même dose que les Indiens Mazatec (qui utilisaient traditionnellement douze paires de psilo) et vécut une expérience intense et plaisante, selon ses propres mots…

C’était le début de la grande aventure de la recherche sur les psychédéliques. À cette époque, ces travaux étaient bien tolérés et suscitaient un certain engouement. Les étudiants des grandes universités américaines étaient rémunérés comme cobayes pour tester LSD et autres ergolines, tryptamines et phénéthylamines (mescaline, DOM, etc.). Des chercheurs (chimistes, pharmacologues, psychiatres…) ont d’ailleurs bâti leur carrière sur les psychédéliques, dans lesquels ils voyaient des outils de l’esprit, au riche potentiel thérapeutique. Cette vague de recherche prit fin avec le début de la guerre contre la drogue. En peu de temps, ces composés ont été criminalisés et sont sortis du milieu universitaire pour se retrouver dans la rue. On n’accordait plus aucun crédit aux chercheurs, la politique avait pris le pas sur la science…

Les travaux du Dr Strassman

À la fin des années 1980, le Dr Rick Strassman, psychiatre souhaitant travailler avec les états modifiés de conscience, se démena pour obtenir autorisations et financements pour pouvoir travailler avec la DMT et la psilocybine. Il voulait mettre en corrélation le rôle de la DMT avec celui de la glande pinéale. S’il n’arriva pas à le prouver, il ne démontra pas l’inverse non plus ! Ce fut pour
lui un chemin long et tortueux, tant les obstacles administratifs et logistiques étaient nombreux. Et quand il réussit à obtenir autorisations et financements, il s’aperçut qu’aucun laboratoire n’acceptait de synthétiser la DMT dont il avait besoin. Il se tourna donc vers son ami chimiste et pharmacologue Dave Nichols, qui produisit quelques grammes de la fameuse molécule sous forme de sel injectable.

Pendant cinq années, il administra de la DMT en intraveineuse (400 doses furent administrées sur cette période) à près de 60 volontaires ayant pour la plupart des postes à responsabilité et/ou des familles. Le protocole de recherche impliquait 4 injections intraveineuses dans la matinée avec des
doses de 0,4 mg/kg, doses suffisantes pour « percer » (voir encadré) quasi systématiquement. Les participants relatèrent des expériences très intenses, allant de l’expérience de mort imminente, à
des niveaux de béatitude extatique, ainsi que des visites de vaisseaux spatiaux habités de robots, des rencontres et communications avec des entités, des visions de géométrie sacrée, etc. Sur toute la durée de ces travaux, il démontra que l’on pouvait administrer de la DMT en toute sécurité, les seuls critères rédhibitoires pour participer à l’expérience étant une tension artérielle élevée et/ou des fragilités psychologiques. Strassman publia en 2000 le résultat de ses recherches sur la DMT dans divers magazines scientifiques, et l’historique de ses travaux ainsi qu’une compilation des expériences de ses sujets dans un livre DMT the Spirit Molecule, dont fut tiré le documentaire éponyme (accessible sous-titré en français sur la toile).

De plus en plus populaire…

Depuis la sortie du livre et du documentaire, de films comme Enter the Void de Gaspard Noé ou D’autres mondes de Yan Kounen, et avec la disponibilité sur Internet de recettes d’extraction, la propagation du DMT se fait lentement mais sûrement chez les amateurs de psychédéliques et de sensations fortes. Un peu partout sur terre, des utilisateurs racontent comment la DMT a changé leur façon de voir le monde. Certains sont sortis de leur addiction, d’autres ont pu profiter des visions produites par la DMT pour évoluer, créer et faire des choses constructives. On trouve moins de témoignages sur les potentiels effets néfastes de la DMT mais l’expérience peut aussi s’avérer déstabilisante (voir p. 26). Comme la plupart des hallucinogènes, la DMT semble extrêmement peu addictive, ceux qui essayent d’en abuser sont généralement remis en place par la molécule elle-même, souvent au travers d’expériences difficiles. En effet, contrairement à ce que prétendent certains, sans un bon « set & setting », l’expérience peut devenir cauchemardesque. Ne consommez surtout pas de DMT si vous avez des soucis ou que l’environnement n’est pas propice.

Ecrit par : MIGHTY YO

SUPPORT ! DON’T PUNISH. 2017 : JOURNÉE MONDIALE DE SOUTIEN AUX CONSOMMATEURS DE DROGUES

 

Lundi 26 Juin 2017 Paris Spot Beaumarchais, 51 Boulevard Beaumarchais 75003 : Aides, Techno+ et Asud s’unissent pour démontrer qu’une autre politique des drogues est possible.

Lundi 26 juin à 14 h00, trois associations imaginent la légalisation des drogues le temps d’un après- midi pour démontrer que la modification de conscience n’est pas nécessairement un problème mais peut parfois être une solution.

Légalisons toutes les drogues de consommation courante, le cannabis bien sûr, mais aussi l’héroïne et la cocaïne dans un système de distribution médicalisée.

Pourquoi ? Pas seulement parce que l’interdiction a démontré son inefficacité à limiter les abus et aggrave considérablement les risques sanitaires… Non. Légalisons parce que « le problème de la drogue » c’est nous, c’est vous, ce sont nos proches, nos parents, et parfois même nos grand parents, des millions de consommateurs discrets, anonymes ou cachés qui génèrent la demande exponentielle de produits stupéfiants.

Depuis 50 ans, la guerre livrée à la drogue repose sur un mythe : supprimer l’offre et vous résoudrez la question du « fléau de la drogue ». Ce mythe a cautionné la guerre livrée impitoyablement aux consommateurs les plus pauvres tout en épargnant hypocritement les plus fortunés, car la grande majorité d’entre eux- notamment de cannabis- ne rencontre pas de problèmes sanitaires ou sociaux, elle s’applique simplement à suivre à la lettre le célèbre adage « pour vivre heureux vivons cachés »

Le 26 juin est la Journée internationale de l’ONU contre les dommages causés par la guerre contre la drogue. http://supportdontpunish.org/fr/
Pour dénoncer à la fois l’hypocrisie et l’injustice qui caractérisent ce système, Aides, Techno + et ASUD vous proposent d’utiliser cette date symbolique pour visiter le Drugs Store, un espace convivial où pendant quelques heures nous vivrons le rêve d’une société avec drogues. Un espace où la modification de conscience sera abordée comme une solution et pas nécessairement un problème.

Le Drugs Store

Le Drugstore est un lieu « idéal » qui informe sur différentes modalités de consommation de drogues, une plongée dans « l’après-légalisation » afin de prouver tous les avantages qu’il y aurait à ne pénaliser ni l’usage ni la vente de stupéfiants. Le 26 juin 2017, de 14h00 à 18h00, plusieurs activités de consommation seront mises en scène pour

démontrer l’extrême banalité de ces pratiques mais aussi leur intérêt du point de vue de la santé publique et du mieux vivre ensemble.

Comme nos camarades l’ont déjà exprimé à Marseille le 11 avril 2017 nous demandons :

  • l’abrogation de la loi du 31 décembre 1970, la mise en place d’une politique ambitieuse de santé publique, d’un plan de conversion de l’économie souterraine et d’un référentiel de qualité des produits.
  • la légalisation de l’ensemble des substances aujourd’hui considérées comme illicites et leur accessibilité selon des modalités différenciées en fonction des produits.
  • Un accès facilité à l’usage du cannabis thérapeutique
  • Une réelle politique de soutien pour les associations d’usagers et de réduction des risques.

 

 

Infos & contact

Asud, Autosupport et réduction des risques parmi les usagers et ex-usagers de drogues

ASUD, Auto Support et réduction des risques parmi les Usagers de Drogues, est une association de personnes concernées par l’usage de substances illicites. Fondée en 1993 pour lutter contre l’épidémie de sida, ASUD est aujourd’hui engagée dans la réforme de la politique des drogues et dans la lutte contre toutes les conséquences négatives de la criminalisation de l’usage. Selon les régions, cette pratique se décline en simple groupe de parole, en Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques (CAARUD) , en interventions en milieux festifs, sans oublier la réalisation et la distribution du journal d’ASUD. ASUD est agrée par l’Etat pour représenter les personnes en traitement pour des questions relatives à l’usage de substances psychoactives (arrêté du 06 juillet 2012)

Site : www.asud.org Email : communication@asud.org Aides

Site : http://www.aides.org Techno+

Association de réduction des risques liés aux pratiques festive depuis 1995 dans les fêtes techno, festival, club en France et parfois dans des grands rassemblements en Europe. Association de militants, défendant la culture Techno et la mise en place d’une politique de réduction de risques liées à l’usage récréatif des drogues. C’est-à-dire une politique basée sur la responsabilisation des consommateurs et non sur l’interdit et la répression.

Site : https://technoplus.org Email : idf@technoplus.org Associations partenaires participantes :

Fondée par des patients en 2010 sous la forme d’un collectif, Principes Actifs est devenue une association légale en 2012.Parmi les adhérents, certains n’ont jamais fait usage de drogues, alors que d’autres ont eu des parcours difficiles avec celles-ci.

Créée en 1984, AIDES est l’une des plus importantes associations européennes de lutte contre le VIH et les hépatites.

AIDES est reconnue d’utilité publique depuis 1990. L’association vient de lancer son nouveau programme, 17

mesures pour mettre fin à l’épidémie VIH et hépatite. Pour aides la situation actuelle des usagers de drogues n’est

pas tenable. Plus d’infos sur la campagne Aides #Revendiquons2017

Nous revendiquons une facilitation de l’accès à tous les traitements existants, et préconisons l’autoproduction raisonnée en fonction des pathologies, en attendant un changement du cadre légal.
Notre présence se justifie par le fait qu’il existe des similarités dans nos parcours militants : la motivation des malades pour faire évoluer les choses, faciliter l’accès aux soins, les divers conseils objectifs et pragmatiques, toujours d’usagers à usagers, dans une démarche de réduction des risques appliquée à l’usage thérapeutique. Email : contact@principesactifs.fr Site : www.principesactifs.org

Le CIRC est une association loi 1901, fondée le 21 octobre 1991 qui a pour objet la collecte et la diffusion à but préventif de toute information relative au cannabis. Le CIRC réclame l’abrogation de l’article L.34 21-4 du Code de la santé publique. Le retrait du cannabis et de ses dérivés du tableau des stupéfiants. L’amnistie pour toutes les personnes victimes de ce classement inepte. L’ouverture d’un débat sur les modalités de la sortie de la prohibition des drogues.

Facebook: https://fr-fr.facebook.com/FederationCirc/

Médecins du Monde travaille depuis 1989 auprès des usagers de drogues. Dans les années 1990, l’association intervient plus spécifiquement en milieu festif, et depuis 2004 dans les squats, pour discuter des pratiques de consommation des drogues, proposer d’analyser les produits consommés et mettre à disposition du matériel de réduction des risques (kits d’injection, d’inhalation, préservatifs, etc.)

Site : http://www.medecinsdumonde.org

L’association Charonne se positionne en acteur de terrain mais aussi comme un vecteur d’innovation, toujours à la recherche d’une nouveauté à promouvoir au service des usagers, au service d’une meilleure prise en charge et d’un meilleur accompagnement.

Cherchant à garder une taille humaine, l’association n’hésite pas à mettre en avant les actions de ses partenaires institutionnelles. Il ne s’agit pas de se faire concurrence mais bien d’imaginer un futur moins difficile pour les usagers de drogues et pour les personnes en situation de précarité ou de prostitution.

Site : https://charonne-asso.fr/association/

 

 

 

 

 

 

 

Le 26 juin est de la Journée internationale des Nations Unies contre l’abus et le trafic de drogues – une journée pendant laquelle de nombreux gouvernements célèbrent leurs contributions à la guerre mondiale contre la drogue. Dans le passé, certains gouvernements ont même célébré cette journée en organisant des exécutions publiques ou des passages à tabac de personnes accusées de délits de drogues.

Soutenez. Ne Punissez pas est une campagne mondiale de plaidoyer visant à promouvoir de meilleures politiques des drogues qui mettent la priorité sur la santé publique et les droits humains. La campagne a pour but de promouvoir une réforme des politiques des drogues et de changer les lois et politiques qui entravent l’accès aux interventions de réduction des risques.

La Journée d’action mondiale offre une occasion importante aux participants de se saisir du message.

Le 26 juin est aussi la Journée internationale des Nations Unies pour le soutien aux victimes de la torture – une coïncidence ironique étant donne l’étendue de la torture et des abus infligés au nom de la guerre contre la drogue.

JOURNÉE D’ACTION MONDIALE DE 2017

L’une des activités principales de la campagne « SOUTENEZ. NE PUNISSEZ PAS », est une Journée d’action mondiale qui a lieu tous les ans le 26 juin.

Le 26 juin 2017 sera la 5ème Journée d’action. En 2013, 41 villes du monde entier ont pris part à la première Journée d’action mondiale. En 2014, 100 villes du monde entier ont organisé une multitude d’initiatives différentes. En 2015, 160 villes ont uni leurs forces pour appeler à la réforme de la politique en matière de drogues, et enfin, en 2016, des activistes de 125 villes se sont réunis dans le cadre de la campagne.

Que pouvez-vous faire cette année?

L’objectif de la Journée d’action mondiale est d’organiser des actions locales percutantes et visuellement symboliques. C’est à vous de décider de ces actions, en fonction de ce qui faisable et abordable, ce qui fonctionne le mieux dans le contexte local, et ce qui aura le plus grand impact. Ces actions peuvent regrouper 10 ou 20 personnes, et même plus de 100 personnes dans certaines villes. Nous espérons que les exemples provenant d’autres villes seront également des sources d’inspiration. Une des répercussions les plus significatives que la campagne peut avoir est d’attirer l’attention positive des médias et de sensibiliser aux enjeux de la campagne. Nous recommandons que les partenaires locaux contactent les médias locaux avant du 26 juin.

RESSOURCES

Une série de ressources pour vous aider à organiser votre journée d’action le 26 juin. Celles-ci comprennent :

  • Un guide détaillé avec des instructions étape par étape pour vous aider à planifier, promouvoir, mettre en œuvre et documenter votre événement.
  • Supports et outils de campagne (y compris des logos, dépliants, bannières, etc.).
  • Communiqués de presse et soutien

HTTP://SUPPORTDONTPUNISH.ORG/FR/

Casse Toi Bien / L’Art de se droguer

25 ans ! La « quarterlife crisis » caractérisée par le blues de la fin des utopies adolescentes. C’est pourtant bien ce stade que le CIRC et ASUD ont atteint.

25 ans de luttes anti prohibitionnistes, de défense des droits des usagers et des libertés individuelles à consommer des substances.

25 ans de ténacité, d’obstacles et de coups durs pour quelques belles victoires mais une loi de 70 toujours gravé dans le granit législatif.

Pourtant, point de renoncement, nos rêves ne sont  pas partis en fumé. Et cet anniversaire nous souhaitons le partager avec un ensemble d’associations d’usagers et de camarades de luttes, dans l’allégresse, autour d’une journée artistique et festive sur le thème de notre sujet favoris : les drogues. Au programme, expositions de peintures et de photos, projections de films, animations, stands divers et DJs. Parce que les drogues c’est aussi une « Culture » riche et que ça devrait être avant tout de la joie, de la bonne humeur, de la convivialité, bref du PLAISIR.

De quoi faire sourire un clown et rendre les drogués zeureux !

Et voilà le programme de cette journée bien remplie ou vous pourrez vous balader entre expos, projections, débats, librairie et les stands de chaque association participante Asud, le CIRC, Techno+, Principes Actifs, Chanvre et Liberté et  Psycoactif.
Pour clôturer cette journée, nous planerons sur le son stupéfiant du DJ Set !
NOUVEAU TIGRE / LA TERRASSE

14h – 20h : Drug Culture

  • La librairie So Long Lady se déplace au Cirque avec l’Esprit Frappeur et les Editions du Lézard.
  • Expositions de Kiki Picasso, Jacob Kris, Michel Derlique et Techno+
  • Village associatif

20h – 22h : Buvette et Restauration Débat

Intervalles de convivialité & Discussions :

  • Drogues et Droit Humain.

  Intervenants : Fabrice Olivet président Asud, Alexandro Stella directeur de recherche à EHESS

  • Cannabis Thérapeutique, enjeux et

  Intervenants : Fabienne Lopez membre de l’’association Principes Actifs

  • Nouvelles Politiques des Drogues. Contraventionnalisation, dépénalisation, légalisation
    Intervenants : Geoges Lachaze,  membre de l’association Asud, Florian Bureau vice-président de
    l’association Techno+
  • L’Art et la Drogue/la Drogue et l’Art

  Intervenants : KiKi Picasso, Maxime Laglasse président deTechno+

 

22h – 01h30 : DJ Sets

  • 22h00-23h30 : Antoine Calvino (Microclimat)
  • 23h30 – 1h30 : Deux des activistes du TSF Sound System : Abstracker (TSF/Digital Whomp) et Animal Beatz (TSF/Lunar distance)

Squatteurs de dancefloor depuis le berceau, une paire de junkies accro aux infrabasses en Dj-set

Au menu du jour une intraveineuse de techno acid et de groove psychédélique, un sniff de Beats funky ou encore une taf de dub digital et de balkan beatz.
Poly-consommation conseillé.

 

L’ANTI-CLUB 

14h30 – 20h30 : Projections & Echanges Asud, Xanaé

  • 14h30 – 16h : ASUD RdR & Débat

Les réalisateurs Philippe Lachambre et Laurent Appel, s’attachent à présenter un état des lieux des dispositifs actuels de RdR depuis l’inclusion en 2002 des établissements « expérimentaux » de prise en charge dédiés dans le système médico-social (CAARUD, CSAPA, etc.) et l’inscription de la politique de RdR dans le code de santé publique en 2004-05. Ce bilan est dépeint grâce aux témoignages de professionnels, d’usagers de ces structures et des membres d’ASUD. A travers ces regards croisés, c’est aussi un constat des réussites, des limites et des améliorations nécessaires de ces dispositifs qui est proposé, avec comme fil conducteur le point de vu des premières personnes concernées, les usagers et ex-usagers de drogues.

 

  • 16h – 17h30 : Sisters-In-Drugs and Heiressess, Petites Sœurs en Drogue et Héritières
    Anne Coppel et Carlo Bengio

Pour fêter les 50 ans de la publication du Festin Nu de William Burroughs- côté femmes !
Avec toutes celles qui dans leur œuvre, dans leur vie font écho à William Burroughs
A toutes celles qui se sont servi des drogues à la recherche d’elles-mêmes
Le diaporama sera accompagné d’une performance avec des extraits de William Burroughs, lus par Carlo Bengio, comédien.

 

  • 18h – 20h30h : Ex-Taz

Rencontre avec la réalisatrice, Xanaé Bove

Paris, début 90, espace des possibles. Les galaxies underground découvrent un nouveau son, créent un nouvel espace de liberté éphémère (des TAZ **) lors des premières raves. Pour la première fois, un compte-rendu sur le cross-over de l’époque. Les 90s vues de l’intérieur par ses acteurs et activistes. Plus de 30 témoins des galaxies musicales, culturelles, underground. Du plus secret au plus médiatisé…

 

** TAZ d’après le livre éponyme d’Hakim BEY : espace de liberté éphémère, appelé à se dissoudre pour ressurgir ailleurs, une fois nommé, médiatisé.

 

 

 

 

 

 

SÉMINAIRE EHESS 2016-2017 – Vers un monde avec drogues ?

Après une première année consacrée aux prohibitions des drogues, nous ouvrons plus large le spectre de l’analyse, nous interrogeant sur les consommations, les ressorts de la prise de drogues, ses usages au cours des siècles et des espaces.

Ce séminaire se veut avant tout un lieu de réflexion et de recherche collective, visant la synergie des sciences humaines et sociales avec le savoir accumulé par les usagers de drogues et les professionnels de la santé. Une approche transversale innovante, dans sa méthodologie et ses contenus, mixant à la fois les disciplines, les compétences théoriques et les savoirs pratiques. Nous souhaitons que cette mise en commun de connaissances et d’analyses d’expériences puisse servir à une meilleure appréciation tant de la phénoménologie des usages des drogues que des politiques publiques qui les encadrent.

Nous abordons la question des drogues sous plusieurs aspects : sanitaires, juridiques, économiques, géopolitiques, bien sûr, mais aussi culturels, historiques, anthropologiques, sociologiques, psychanalytiques. Pour nous donner les moyens d’une compréhension plus approfondie de la « question drogue », trop souvent traitée à l’arrivée et non en amont, s’attaquant aux conséquences induites par la législation prohibitionniste, par la répression des trafiquants et des consommateurs et la prise en charge sanitaire des addictions. Or, les problèmes sanitaires liés aux conduites addictives, qu’il s’agisse d’alcool, de tabac, de médicaments  (benzodiazépines), ou de drogues illicites, ne représentent qu’une partie de la question. Dans la consommation de drogues, les motivations anthropologiques, sociologiques, culturelles et psychiques sont primordiales. À travers l’histoire et les espaces géographiques, l’usage des drogues se décline en fonctions thérapeutiques, mystiques et/ou religieuses, mais aussi hédonistes. Bien entendu, les drogues peuvent avoir des conséquences délétères pour les individus et les collectivités, et c’est comme cela que les gouvernements nationaux et l’ONU depuis cent ans ont traité la question. Mais les drogues ont été, au cours du temps et des civilisations, employées aussi comme solution à des problèmes de nature médicale, psychique, sociale. C’est là le défi théorique, social et politique posé par la question des drogues.

Nous parlons de drogues, employant le terme courant et populaire désignant les psychotropes, à savoir des substances psychoactives qui ont un impact sur les perceptions, les sens, les neurotransmetteurs. Si certaines drogues, illicites comme l’héroïne ou licites comme l’alcool et les benzodiazépines, ont un fort potentiel d’addiction, assimiler tous les usages de drogues illégales au concept d’addiction apparaît fort réductif et parfois impropre. L’addictologie, née de la confluence de l’intervention médicale en toxicomanie et en alcoolisme, a élargi ensuite son spectre d’action au tabac, au sexe, à l’adrénaline, aux jeux vidéo, de hasard et d’argent. En toute logique, le pas suivant est d’y inclure l’addiction au sucre, un « fléau » sanitaire majeur à niveau planétaire. Or, s’il est certain que l’addiction au sucre sous toutes ses formes peut constituer une pathologie grave pour le consommateur, et avoir des conséquences préjudiciables pour lui et pour la santé publique (et les caisses de sécurité sociale …), cela ne fait pas du sucre un psychotrope. Pour une meilleure analyse et appréciation de phénomènes divers, il convient ne pas faire de confusion entre drogues psychotropes, substances addictives et conduites addictives. Les clefs des « portes de la perception » ne sont pas les mêmes que celles des portes de la relaxation, et le recours à une substance ou une autre pour lutter contre la dépression, la souffrance, la peur, semble s’inscrire dans le destin de l’humanité.

L’apport des sciences humaines et sociales, et nous considérons que les « sciences du corps » en font partie intégrante, apparaît dès lors indispensable pour comprendre les processus à l’œuvre dans les conduites d’usage de drogues, et par conséquent envisager les meilleures politiques de régulation de la production, du commerce et de la consommation des drogues.

Intervenants

  • Raquel Peyraube (médecin, conseillère du gouvernement d’Uruguay), « Légalisation et régulation du cannabis en Uruguay »
  • Anne Philibert (sociologue, doctorante Université de Genève), « Les politiques de régulation des drogues en Colorado, Uruguay, Hollande »
  • Esther Benbassa (sénatrice EELV, rapporteur du projet de loi de légalisation du cannabis en France), « Sortir de la prohibition, réguler le commerce et la consommation du cannabis »
  • Discutante : Julia Monge (sociologue)

Date et horaires

Date : 8 juin 2017

Horaires : de 17h à 20h

Lieu

EHESS (Amphithéâtre François Furet)
105, boulevard Raspail
75006 Paris

Tarifs

Séminaire gratuit et sans inscription.

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