Auteur : ASUD

Recommandations aux injecteurs

  1. Je ne prête jamais ma seringue, même à un ami
  2. Je refuse la seringue d’autrui, même d’un ami
  3. Je stérilise toujours ma seringue avant chaque utilisation
  4. Je rince bien ma seringue (au moins 3 fois)
  5. Je remets toujours le capuchon sur ma seringue
  6. Je casse l’aiguille et et je l’enlève avant de la jeter
  7. Dans la rue, je la jette dans une vieille boite de Coca que j’écrase avec le pied
  8. Je garde chez moi une ampoule de NARCAN (en cas d’Overdose)
  9. Je reste près de la personne en overdose pour conduire les secours
  10. Je ne touche pas au sang ou à une plaie de quelqu’un d’autre
  11. Je n’envoie jamais tout le produit d’un seul coup (j’attends 30 secondes pour tester)
  12. Je ne prends jamais de tranquillisants ou de somnifères avant un shoot (mortel !)
  13. Je fais mon dépistage du SIDA tous les 6 mois
  14. Je ne donne jamais mon sang
  15. Je mets toujours des préservatifs
  16. Je ne laisse jamais mes outils à la portée d’un enfant
  17. Je prend toujours de l’eau stérile ou courante
  18. Je ne touche jamais aux artères, à la langue, au cou et aux yeux
  19. Je n’envoie pas le produit s’il y a du sang coagulé ou un dépôt dans la seringue
  20. J’essaye de garder un rythme vieille-sommeil, de manger à des heures régulières, et autant que faire se peut, de respecter mon corps.

Interview de Mme le Docteur Annie Serfaty de la Division Sida de la Délégation Générale de la Santé (DGS) du Ministère de la Santé

Nous remercions Madame le Docteur A.SERFATY d’avoir bien voulu répondre à nos questions, au nom du Groupe ASUD constitué d’Usagers de Drogue, d’Usagers sous substitution et d’ex-Usagers de Drogue, dans leur publication. Le Groupe ASUD.

ASUD : Quelle est actuellement la situation en France en matière de Sida chez les Usages de Drogues ?

A. SERFATY : Les données de surveillance des cas de SIDA en France sont répertoriées et analysées par la Division Sida. Tous les Trimestres, un rapport est publié dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire. (La déclaration anonyme des cas de SIDA est obligatoire en France depuis le décret du 10 juin 1986).

La situation épidémiologique de l’infection par le virus de l’immunodéficience Humaine (VIH) liée à l’usage des drogues par voie injectable est encore préoccupante en France.

La France reste un des pays d’Europe les plus touchés par le SIDA (un taux d’accroissement de 30% est observé en 1 an) – avec 341,9 cas de SIDA (cumulés depuis 1978) par million d’habitants au 30 juin 1992 (au 31 mars 1992, ce taux est de 363,64 cas par million d’habitants en Suisse, contre 337 en France). En France, la proportion des cas liés à l’usage de drogues par voie injectable croit plus rapidement que celle des autres groupes de transmission. Au 30 juin 1992, le Ministère de la Santé a répertorie 20 250 cas de SIDA. Les Usagers de Drogues utilisant la voie injectable (UDVI) sont la deuxième population exposée au risque de la contamination par le VIH, après les homosexuels/bisexuels représentant 50,5 % des cas cumulés, soit 10 236/20 250. Les cas de sida chez les UDVI représentent 21,7 % des cas, soit 4 387/20 250. A ces cas, il faut ajouter, 347 homosexuels/bisexuels usagers de drogues, 330 hétérosexuels ayant eu des partenaires usagers de drogues, 119 enfants nés de mères consommatrices de drogues et 22 enfants nés de mères ayant eu des relations avec des usagers de drogues. L’ensemble représente 5 205 cas liés directement ou indirectement à l’Usage des Drogues (UD), soit 25,7% des cas cumulés.

C’est depuis fin 1985 – début 1986, qu’une augmentation significative de la proportion des UDVI parmi les cas de SIDA diagnostiqués dans une année commence à être observée : 3,9% en 1984, 7,4% en 1985, 12% en 1986, 15,1 % en 1987, 20,8% en 1988, 23,4% en 1989, 24,6% en 1990 et 26,5% en 1991. Comparativement, un pourcentage de 65,7% d’UDVI est observé en Italie, 64,2% en Espagne, 37,1% en Suisse, 36,9% en Pologne, 21,5% en France, 8,1% aux Pays Bas et 4,5% au Royaume Uni (Centre Européen pour la surveillance épidémiologique du SIDA).

Concernant la proportion des homosexuels/bisexuels utilisateurs de drogues, elle a plutôt diminué : 2,1% en 1984, 3,2% en 1985, 2,5% en 1987, 1,4% en 1988 et 1,1% en 1990 et 1991. Par contre, sur l’ensemble des cas de SIDA liés à l’usage des drogues, la proportion d’hétérosexuels ayant eu des relations sexuelles avec des partenaires UDVI a augmenté : 4,1% en 1985, 8% en 1987, 16,1% en 1990 et 20,5% en 1991.

Il faut noter par ailleurs les fortes disparités géographiques de l’épidémie : d’après les données de la surveillance, la région PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur) est la plus touchée, avec une prévalence des cas de SIDA liés à l’usage des drogues de 330,9 cas par million d’habitants. La proportion des UDVI parmi les cas de SIDA dans la région est de 43,9% contre 34,2% homosexuels/bisexuels. Cette tendance dans la répartition des «groupes à risque» rejoint celle des cas de SIDA en Corse avec 50% d’UDVI.

Paris-Île-de-France est la deuxième région à être la plus touchée, avec 190,7 cas de SIDA liés à l’usage des drogues par million d’habitants. Les UDVI représentant 17,1% contre 60,1% homosexuels/bisexuels. L’incidence des cas de SIDA chez les usagers de drogues est en nette progression depuis 1985 : elle est de 0,034% en 1985, de 0,12% en 1986, et de 0,82% en 1990. L’incidence des cas de SIDA chez les UDVI, représentant le risque pour un usager de drogues d’avoir un SIDA, celui-ci est 2,5 fois supérieure à celui d’un homo-bisexuel en 1990.

La surveillance des cas de SIDA nous informe sur une partie de l’épidémie chez les Usagers de Drogues. Le Rapport ANRS/DGS sur la prévalence de l’infection par le VIH en France, en 1989, a estimé que 21 000 à 42 000 usagers de drogues utilisant la voie injectable étaient séropositifs. L’enquête du SESI (Service Statistique des Études et des Systèmes d’Information du Ministère des Affaires Sociales et de l’Intégration) sur la prise en charge sanitaire et sociale des toxicomanes trouve un taux d’usagers de drogues atteints d’infection par le VIH s’élevant à 18,1% en Novembre 1990.

ASUD : D’après votre expérience, quels sont les problèmes spécifiques liés à la prévention du Sida chez les Usagers de Drogues ?

A. SERFATY : J’aurais tendance à classer les problèmes liés à la prévention de l’infection par le VIH chez les Usagers de Drogues (UD), selon deux rubriques. 1) celle concernant l’adoption de comportement de prévention 2) celle concernant les difficultés rencontrées dans la mise en place des programmes d’accès au matériel d’injection stérile.

1) Les comportements relatifs au partage des seringues entre UD ont tendance à évoluer de plus en plus vers des comportements de prévention. L’étude menée par l’IREP (Institut de Recherche en Épidémiologie de la pharmacodépendance) en 1990­ 91, sur les attitudes et les pratiques des UD par rapport à la transmission de l’infection par le VIH, constate que 95,5% des UD interrogés achètent leur seringue en pharmacie, 41% déclarent avoir cessé tout partage et 67,3% ne prêtent pas leur seringue, et cela plus souvent en 1990/91 qu’en 1987/88 (Ingold). De même, une étude en Alsace-Lorraine (1991) a montré que 51% des 180 UD enquêtés déclarent ne jamais emprunter de seringue (Jacob). Par ailleurs, plusieurs études ont montré que l’achat et l’usage des préservatifs chez les UD sont plus fréquents mais l’utilisation des préservatifs n’est pas la règle.

Si les UD semblent plutôt bien informés, et concernés par le SIDA, 85% à 90% ont fait un test de dépistage, le maintien des comportements de prévention reste une utopie en regard des conditions de vie du toxicomane.

Comme le souligne le Dr INGOLD, la question qui se pose actuellement est de savoir si l’adoption des comportements de prévention chez les UD a atteint son maximum. Aux Pays-Bas, le Ministère du Bien-Être, de la Santé et de la Culture fait le constat que la dissémination de l’infection chez les UD continue à s’étendre, malgré une politique de réduction des risques bien développée. Cet état de fait questionne le choix des interventions de prévention actuellement en place dans ce domaine.

2) L’accès aux moyens de prévention : le matériel d’injection stérile, les tampons alcoolisés, l’eau stérile, les préservatifs, l’eau de Javel …, restent insuffisants. Certaines pharmacies refusent encore trop souvent la vente de seringues ou les vendent à plus de cinq francs l’une. La présence de pharmacies ouvertes après 20 heures ou le week-end est rare et ceci est encore plus vrai en dehors de Paris. Par ailleurs, le dispositif de prise en charge des toxicomanes s’est impliqué dans la mise en place d’actions spécifiques de prévention de l’infection par le VIH, mais les projets restent encore limités. Les conseils de prévention concernant les risques sexuels semblent peu intégrés dans la pratique des professionnels (Lert). Les réponses des pouvoirs publics face à l’épidémie du SIDA ont été fondées sur la solidarité avec les personnes vivant avec le VIH. Cependant, à ce jour aucune campagne sur la promotion de la seringue pour usage personnel, ainsi que la récupération du matériel usagé n’a été menée, et cela probablement par crainte de stigmatisation du groupe.

Les programmes de prévention qui ont intégré l’échange de seringues sont encore trop peu nombreux en France. Depuis l’année 1992, le ministère chargé de la santé a pour objectif d’étendre les programmes de prévention du VIH chez les Usagers de Drogues comportant un volet échange de seringues.

ASUD: Quels sont, d’après-vous, les retombés de l’illégalité, et de la répression qui en découle, sur la prévention du SIDA et sur les soins chez les usagers de drogues ?

A. SERFATY : Si on prends l’exemple des programmes d’accès à l’échange de seringues auprès des UD, il a été rapporté à plusieurs reprises par les utilisateurs des programmes, la crainte de garder sur soi des seringues de peur d’être interpellé. Ici, une des conséquences de la répression de l’usage de drogues illicites qui est observée, est la présomption de délit en cas de port de seringue. Cette situation peut, en effet, créer un climat de méfiance et rendre difficile l’accès à l’échange de seringues, ainsi que l’approvisionnement de seringues en pharmacies.

ASUD : Y- a-t-il contradiction entre «lutte contre la consommation de drogues» et « lutte contre l’infection par le V.I.H chez les usagers de drogues» ?

A. SERFATY : Je suis tenté de répondre, pas forcément. Il faut commencer par préciser les niveaux de gravité des deux problèmes à traiter. Dans un cas, il s’agit d’une maladie mortelle, une infection irréversible, dont le moyen d’action prioritaire est de prévenir la transmission du virus, dans l’autre cas,il s’agit de comportements toxicomaniaques dus à la consommation de produits illicites dont les conséquences sur l’individu sont plus ou moins graves selon le (les) produits et la manière de le (les) consommer.

Le premier problème relève de l’urgence de santé publique, le deuxième est un travail thérapeutique et social pouvant s’inscrire sur du moyen ou long terme La dimension préventive du VIH est donc à prioriser par rapport à celle de l’arrêt de la drogue : c’est là où se situe à mon avis cette contradiction, cependant, il ne faut pas négliger non plus le fait que la réduction des risques d’infection chez les usagers passe aussi par la gestion de la consommation des produits.

Je conclurai en disant qu’à ce jour l’extension de l’épidémie liée à l’usage de drogues par voie injectable reste un problème prioritaire de santé publique et les réponses à apporter sont urgentes à mettre en place .

ASUD : Que pensez-vous de l’auto-support comme approche en matière de réduction des risques de prévention du SIDA chez les usagers de drogues?Que pensez-vous de la création du groupe ASUD. Est-ce un partenaire souhaitable,crédible?
Par ailleurs; Quel type de concertation pourrait être envisageable entre le Ministère de la Santé et les usagers de drogues? Par le groupe ASUD? plus concrètement, existe-t-il des possibilités de partenariat entre ASUD et le Ministère de la Santé?

A. SERFATY : Je regrouperai ma réponse à toutes ces questions : je pense tout d’abord que la création d’un groupe d’auto-support des usagers de drogues, dans le cadre de la prévention de l’infection par le V I H chez les usagers de drogues, est un événement important en France. Plusieurs actions de prévention du SIDA chez les U-D avaient déjà intégré et fait participer des ex-usagers de drogues (AFLS).

L’organisation d’un groupe d’usagers ou d’ex-usagers de drogues est nécessaire pour servir de relais de prévention de l’infection par le VIH auprès des usagers.

Il est encore trop tôt pour définir la manière dont le ministère chargé de la santé et ASUD vont travailler ensemble, néanmoins, un champ commun de travail pourrait être envisageable à plusieurs niveaux: consultatif sur la faisabilité de certaines actions de prévention, d’observation sur des situations extrêmes qui échappent à toute approche de prévention, de conseil sur de nouveaux modèles d’actions. De toute façon ,l’existence d’ASUD sera pris en compte. Si en considérant qu’ un des objectifs de la prévention est d’accompagner les usagers pour qu’il deviennent promoteurs de leur propre santé : responsabilité individuelle et envers autrui, implication des intéressés (pairs) et accès aux moyens de prévention sont des approches à prendre en compte.

Par ailleurs,il faut préciser qu’ASUD sera d’autant plus légitimé dans le domaine de la prévention, que ses membres iront se documenter sur le SIDA. S’inscriront dans un réseau de partenaires français, bénéficieront des acquis des expériences françaises et étrangères et pourront repérer les limites de leur champ d’intervention.

ASUD : Nous pensons que l’échange des seringues par les usagers de drogues serait plus efficace. La législation semble bloquer une telle expérience. Faut-il développer l’échange de seringues ? par qui? L’évolution vers l’échange de seringues par les usagers et ex-usagers est-elle envisageable? Si oui, que pensez-vous faire dans ce domaine?

A. SERPATY : Les programmes de prévention de l’infection par le VIH avec échange de seringues apparaissent nécessaires pour accompagner les usagers de drogues à accéder à une information-conseil personnalisée autour des risques de contamination par le VIH ainsi qu’aux moyens de prévention, en particulier les seringues propres, les tampons alcoolisés,les préservatifs de plus, ces programmes interviennent aussi à un niveau plus large sur la maîtrise des risques : ceux des accidents de piqûres accidentelles avec des aiguilles usagers abandonnées sur la voie publique.

Il n’est pas souhaitable de dire que la législation bloque de telles expériences. Actuellement en France des projets sont en court de réalisation : un travail préalable avec les forces de police localement, avec les élus a permis le plus souvent l’obtention d’une neutralité bienveillante autour de ces programmes.

Ces programmes méritent d’être développés dans les zones les plus à risque de toxicomanie Depuis la remise du rapport d’évaluation des trois programmes expérimentaux, la division SIDA de la direction générale de la santé, en collaboration avec le bureau toxicomanie/alcoolisme/tabagisme de la DGS, la direction de l’action sociale et l’AFLS, a mis en place un groupe de travail relatif à l’extension des programmes de prévention avec échange de seringues. En avril 1992, un courrier a été adressée à toute les directions départementales des affaires sanitaires et sociales pour développer ces actions dans les départements…

Remerciements Asud N°2

A l’occasion du deuxième numéro de notre journal, c’est tout le groupe ASUD qui se joint à notre équipe pour remercier de leur aimable soutien l’Association AIDES et son service «toxicomanie», Maître Charles-Henri De Choiseul-Praslin, notre conseiller juridique, l’hôpital Marmottan, le Docteur Annie Serfaty de la Division Sida de la Délégation Générale de la Santé (DGS), Médecins du Monde, l’Association La Terrasse, Associations 93, l’association EGO, ainsi que tous ceux qui nous ont aidé à constituer le Groupe et à sortir le journal ASUD. Nous tenons aussi à remercier Radio Paris, France-Culture ainsi que Fréquence Gaie (98.2) pour nous avoir accueilli dans leurs émissions.

Parmi eux, nous tenons à remercier tout particulièrement l’Agence Française de Lutte contre le Sida (AFLS) pour leur aide financière sans laquelle ce deuxième numéro n’aurait jamais vu le jour. Nous remercions également les laboratoires Delagrange (SYNTHELABO) pour leur aide financière sans laquelle le N°1 n’aurait pu être sorti. Remerciement aux médecins et aux pharmacies qui mettent à disposition gratuitement notre journal aux personnes concernées, merci également à toute l’équipe de l’association APARTS. C’est en effet grâce à leur confiance et à leur généreuse hospitalité que le groupe ASUD peut aujourd’hui sortir ce numéro 2 du journal.

Le shoot à risque réduit

Le shoot sans risque, ça n’existe pas. D’abord, parce qu’il n’est jamais anodin de s’injecter un produit dans les veines, quel qu’il soit. (savez-vous qu’en milieu hospitalier, seuls les infirmiers sont habilités à faire des injections intraveineuses « IV » ?). Ensuite, parce que les drogues ne sont pas des produits comme les autres. Mais il existe des moyens de réduire les risques : il suffit quelquefois de quelques informations techniques élémentaires d’ordre médical, hygiénique. Ces informations, nous n’osons pas les demander à notre praticien, de peur de nous voir répondre que « ce n’est pas à lui de nous aider à nous défoncer », et de nous faire expédier illico vers le premier centre de sevrage venu.

Entre nous, usagers des drogues, de telles pudeurs n’ont pas leur place : malades ou en bonne santé, abstinents ou « pratiquants », nous partageons tous le même objectif : vivre – quel que soit notre pratique ou notre état de santé. Nous n’allons pas nous faire la morale les uns aux autres : ceux d’entre nous qui se shootent savent ce qu’ils font. Ils ne sont que trop conscients des risques auxquels ils s’exposent. Ces risques, notre objectif commun est de les réduire, notamment en matière de SIDA. C’est pourquoi le groupe ASUD a tenu, dés le premier numéro de son journal, conformément à sa politique, à collaborer activement à la réduction de ces risques. Et ce, en levant les tabous et présentant sous la forme de questions/réponses, les principales informations sanitaires pratiques que nous n’osons pas demander à notre médecin traitant.

C’est grâce à la collaboration et aux renseignements fournis par notre ami le Dr Patrick BROSSAIS, médecin psychiatre, intervenant en toxicomanie, que nous pouvons aujourd’hui vous présenter les précautions à prendre pour un Shoot à Risques Réduits.

QUESTION : Nous connaissons à présent (voir encadré) les précautions indispensables à prendre pour éliminer tout risque de contamination (à commencer par le virus HIV ) par la seringue, mais y-a-t-il d’autres précautions à prendre pour éliminer les risques de contamination, d’infections, par les virus, germes, et autres bactéries ?

RÉPONSE : Bien-sûr, et ce à trois niveaux : la cuillère, l’eau et le point de piqûre.

Pour la cuillère, il faut soigneusement la désinfecter (Eau-de-Javel, Alcool à 90° ou à 70°, comme la seringue), puis la laver à l’eau courante et la laisser sécher, ce afin d’éviter la contamination par les germes véhiculés par l’air ambiant. Pour la sécher, ne pas utiliser de torchon ou de serviette qui pourraient contenir des germes.

L’Eau : si elle n’est pas parfaitement pure ou désinfectée elle peut receler de nombreux germes et bactéries. L’idéal serait d’utiliser de l’eau pour préparation injectable, vendue en ampoule auto-cassable dans toutes les pharmacies sans ordonnance et pour un prix modique. Également recommandé, le sérum physiologique (eau stérile légèrement salée), lui aussi disponible en pharmacie. A défaut, on pourra prendre de l’eau minérale encapsulée; qui contient peu de germes – à condition toutefois de l’utiliser sitôt décapsulée, avant que les germes et impuretés de l’air ambiant ne se déposent pas dans la bouteille ouverte. On peut enfin utiliser sans danger l’eau courante de la ville, qui est chimiquement désinfectée.

N’utiliser en aucun cas d’autre liquide que l’eau : alcool, eau des toilettes, huiles, sodas (ils contiennent du sucre !), solvants ou même urine (!!!Eh oui, il y a des kamikazes pour le faire. Paix à leur âme).- les eaux non désinfectées (cours d’eau, citernes, eau courante dans certains pays, etc …) et les eaux usées ou stagnantes (en contact avec l’air ambiant) ou recueillies dans les récipients douteux ou contaminés (verres souillées, seaux, lavabos, piscines, caniveaux, cuvettes des WC, etc ….)

Le point de piqûre : Il importe aussi de le désinfecter soigneusement pour couper court à tout risque d’infection. Pour cela, on nettoiera la peau à l’endroit choisi avec un tampon imbibé d’alcool à 900 ou à 700 ou d’éther. A défaut, utiliser un autre désinfectant disponible en pharmacie tel que : BETADINE, MERCRYL, DAKIN, SYNTHOL, etc …Sinon on pourra recourir à des moyens de fortune : alcool de consommation ou autre type d’alcool ou, (en dernier recours), eau de toilette – titrant au moins 40°. En l’absence de ces moyens, on frottera énergiquement l’endroit choisi avec du savon de Marseille avant de laver à grande eau.

Q : A propos des veines, y-a-t-il des précautions particulières à prendre ?

R: Certainement : d’une part, il faut veiller à maintenir les veines en bon état, et d’autre part, il y a des endroits où il est dangereux de se piquer. Il faut en effet prévenir (par la désinfection du matériel et de la peau) et aussi savoir déceler tout début de veinite, c’est à dire d’infection/inflammation de la paroi veineuse. On décèle la veinite à la formation de cordons veineux enflés, accompagnés d’irritations et de douleurs sur la portion du trajet veineux concerné. En ce cas, utiliser en application locale une pommade anti-inflammatoire de type “NIFLURIL” (vendu en pharmacie sur ordonnance), et cesser toute injection à l’endroit concerné. Faute de quoi, une veinite relativement bénigne risque de dégénérer en phlébite, avec thrombose (formation de caillot obstruant la veine).

Il importe également de bien choisir le point de piqûre : éviter les veines trop fines qui pourraient éclater, causant hématomes et abcès. Éviter également les parties du corps trop exposées aux germes : main, pied ou entre-jambe (qui macère toute la journée dans les chaussures ou les sous-vêtements fermés) ou … l’intérieur de la bouche.

A éviter absolument – les injections intra-artérielles aussi bien radiales (intérieur poignet) que carotides (gorge) – ce type d’injections en profondeur est extrêmement délicat et dangereux (en milieu hospitalier, seuls les médecins sont habilités à le pratiquer).

 

 

Points-injection

 

 

Q : Parlant de caillot, il arrive souvent qu’à force de galérer à la recherche d’une veine sitôt perdue, on finisse par obtenir dans la seringue une sorte de pâte noirâtre, mélange de sang à demi coagulé et de came dissoute. Peut-on l’injecter sans danger – au besoin en l’allongeant d’eau ?

R : Non ! Ce genre de “soupe” peut facilement occasionner des caillots, responsables de thromboses et de phlébites graves, sans parler des risques d’infections et d’abcès. Si c’est tout ce qu’il vous reste et que vous répugnez à le jeter, mieux vaut vider la seringue dans les narines et “sniffer” la mixture. Les muqueuses du nez recueillent au moins une partie du principe actif et vous n’avez pas tout perdu !

Q: La pratique de la “tirette” est-elle dangereuse ?

R : Non, tant qu’elle ne se prolonge pas au point de coaguler le sang dans la pompe.

Q : Certaines variétés d’héroïne – le brown – nécessitent pour se dissoudre, la présence d’un agent acide dans la cuillère. Lequel utiliser: vinaigre ou Citron ?

R : L’idéal serait d’utiliser un peu d’acide citrique en poudre (disponible en pharmacie) mélangé à la dope et à l’eau de “cuisson”. En son absence, on utilisera:

  1. Le jus de citron (à condition de le filtrer soigneusement au préalable et qu’il provienne d’un fruit frais en bon état)
  2. L’acide ascorbique au vitamine C, à filtrer également avec soin car elle fait des dépôts.
  3. Le vinaigre, blanc ou rouge, à n’utiliser qu’en tout dernier recours, à cause d’une part des adjuvants chimiques, ainsi que des dépôts qu’il forme, occasionnant abcès, veinites et infections diverses.

Q : Une fois répertoriés les risques “marginaux” ou “secondaires” liés aux conditions sanitaires, à l’injection elle-même, au surdosage ou l’adultération de la dope, y-a-t-il un risque lié au produit lui-même ?

R : Bien entendu, tout produit toxique engendre un risque chez la personne qui l’utilise: avec la cocaïne ou les amphés, qui induisent une tendance à la multiplication des prises, en créant chez l’usager le besoin de se shooter sans arrêt pour renouveler le flash (phénomène de tolérance), il y a en particulier un risque de crise d’épilepsie ou d’accident cardiaque

Q : Et l’héroïne ?

R: Concernant l’héroïne , le Dr Brossais explique

“L’héroïne disponible sous forme pure, sans coupage, si elle n’est pas dans un dosage contrôlable, peut certes entraîner un risque d’accident aigu mortel : l’overdose, mais ne lèse pas d’organe particulier en dehors de ce risque. Le seul autre risque est celui de dépendance physique et psychique, parfois provoqué dès les premières prises du produit. Celui-ci cause à la longue un épuisement général de l’organisme.” En somme, l’héroïne en “pompant” les ressources de l’organisme, joue le rôle d’un “accélérateur de vieillissement”, et ce jusqu’à la “cachexie”, épuisement total, marqué par une maigreur extrême, une asthénie physique et psychique extrême, l’anorexie (abandon de la nutrition) et enfin un état grabataire … jusqu’à ce que l’usager finisse par s’éteindre comme une chandelle “usée” jusqu’au bout.

Il faut en général une longue période d’usage massif et régulier pour en arriver à ce stade ultime. Mais il convient d’être attentif aux premiers symptômes de cet affaiblissement général (faiblesse physiologique et mentale, aboulie, perte d’appétit, indifférence sexuelle, aménorrhée, amaigrissement, détérioration progressive de l’état général -les dents, le foie, les reins, le transit intestinal- et dès leur apparition, d’envisager d’interrompre, au moins momentanément, l’usage du produit. Mais cela est vrai pour beaucoup d’autres drogues légales, comme l’alcool ou certains médicaments.

Q : Y-a-t-il un moyen de pallier cet affaiblissement général ?

R: Hélas non. Il n’existe aucun moyen d’éviter la fatigue générale engendrée par l’usage intensif des opiacés, cependant pour les usagers, il faut s’efforcer à continuer d’avoir une alimentation riche et diversifiée, en prenant si possible, des doses quotidiennes de vitamines et d’oligo-éléments type “Vivamine” au “Quotivit”. Du fait des conditions sociales résultant de la marginalisation imposée à l’usager par la clandestinité, cela reste hélas le plus souvent un vœu pieux.

Q : Est-ce que cela signifie que les opiacés en particulier auraient un effet immunodépresseur ? Notamment chez les séropositifs et les malades du SIDA chez qui l’usage d’opiacés risquerait de déclencher ou d’accélérer la progression de la maladie ?

R: NON! Le Dr BROSSAIS, cité en toutes lettres, déclare :

“Je réponds catégoriquement non. Par rapport à l’atteinte VIH, plusieurs études internationales (en particulier, concernant la méthadone, le Congrès de Florence en juin 1991) ont clairement montré que les UDVI d’opiacés en général n’avait pas une survie moindre que les autres personnes dites “à risque”. C’est pourquoi” ,il ajoute : “il me semble particulièrement important de développer en France des programmes – méthadone, notamment, chez les usagers des. drogues séropositifs ou atteints du SIDA … Pour le moment, nous sommes, avec la Suède, le pays le plus retardataire d’Europe, sans parler de la CEE, dans ce type de programme de substitution”.

Accidents

La Poussière

C’est ce qui se produit, lorsque vous vous injectez une impureté ( fibre, dépôt de dope mal dissout, ou provenant de l’agent acide, cendres ou poussières ramassées sur du matériel mal nettoyé). Le meilleur moyen de l’éviter, est de veiller d’abord à bien dissoudre la dope et ensuite à filtrer soigneusement le mélange à travers un coton neuf ( les vieux ayant tendance à s’effilocher sans parler de toutes les saletés qui s’agglomèrent dessus)

Malgré son côté spectaculaire et extrêmement désagréable ( tétanie, tremblements convulsifs, fièvre soudaine, migraines violentes, angoisses aiguës, refroidissements), il s’agit généralement d’une complication bénigne qui cède au bout de quelques heures.

Que faire?

Envelopper la personne dans des couvertures pour lutter contre le refroidissement. La faire boire abondamment pour éviter un blocage rénal en cas de déshydratation,. Administrer un analgésique léger genre aspirine pour combattre la douleur et faire baisser la fièvre, ainsi qu’un anxiolytique (Lexomil, Lysanxia par exemple) et, éventuellement un antihistaminique (Polaramine)pour lutter contre la réaction allergique. Au bout de quelques heures, la personne cédera au sommeil, et, au réveil, ne gardera de ce pénible accident qu’une fatigue pouvant durer plusieurs jours.

O.D (over-dose)

Ou plutôt, en termes médicaux, accident de surdosage . Il se produit généralement dans deux cas : soit lors d’une première expérience sur un individu qui ne consomme pas d’opiacés, ou encore lors du premier shoot après une période d’abstinence volontaire ou forcée ( cure de sevrage, prison etc…), alors que le corps s’est désaccoutumé du produit, il ne supportera pas une dose considérée comme légère avant le sevrage; soit encore lorsqu’on injecte une dope inhabituellement puissante, c’est à dire à la teneur plus forte en produit actif, soit quand la personne est malade ou épuisée.

Comment l’éviter?

Il n’y a qu’une seule parade: la prudence. C’est à dire, face à un produit provenant d’un nouveau “plan”, ou pour une première prise après un sevrage, tester la came, soit en n’en sniffant un peu avant de se l’injecter, soit en n’en injectant d’abord une quantité minime.

Un accident de surdosage se reconnaît , à ce que le sujet, de quelques secondes à quelques minutes après l’injection “pique du nez”, et perd connaissance; parfois avec convulsions et arrêt de la respiration. Quoiqu’il en soit, il s’agit là d’un risque vital qui nécessite une intervention en urgence.

Que faire ?

D’abord, appeler le SAMU ou se mettre en relation avec l’hôpital le plus proche.

En attendant, le mieux serait d’administrer un antagoniste spécifique agissant sur les récepteurs d’opiacés du cerveau. Ce produit existe : la Naloxone, vendu en pharmacie sur ordonnance, sous le nom de NARCAN. La prudence la plus élémentaire voudrait que chaque usager de drogue par voie intraveineuse (UDVI) en possède toujours une ampoule chez lui ou à portée de main ; En tout cas, si on en possède, en administrer immédiatement, une ampoule à la victime, soit en intramusculaire , soit en intraveineuse lente.

Pendant ce temps : s’assurer de la ventilation des poumons de la victime par le bouche à bouche (il suffit d’un arrêt respiratoire et circulatoire de quelques minutes pour détruire irrémédiablement le cerveau), et surveiller son pouls. Si vous avez des notions de secourisme, faire un massage cardiaque et ventiler le sujet par le bouche à bouche.

Tout en administrant les soins d’urgence énumérés ci-dessus: essayer de réveiller la victime, soit, en lui administrant des claques, soit en la plongeant dans un bain d’eau froide. Ne pas tenter de la relever, laisser au contraire le sujet allongé, de préférence sur le côté pour lui éviter de s’étouffer avec d’éventuels vomissements. Le bouche à bouche et le massage cardiaque, s’ils ont été commencés, doivent être continués jusqu’à l’arrivée des secours.

Une seringue propre

Pour éviter toute contamination, et d’abord, celle du Sida, une règle d’or : une seringue neuve par shoot et par personne. Même si vous êtes déjà séropositif, une seringue usagée non stérilisée risque de vous recontaminer, ce qui hâte le déclenchement de la phase active de la maladie – même s’il s’agit de votre propre seringue : outre le fait que beaucoup de germes ou d’impuretés ont pu s’y déposer entre deux utilisations, vous pouvez vous réinfecter avec votre propre sang.

Si vous ne disposez pas de matériel neuf, vous pouvez, en dernier recours, stériliser la seringue après usage. Cette opération, qui n’est qu’un pis aller doit impérativement être renouvelé après chaque shoot.

Il existe deux méthodes :

  1. L’eau bouillante
    Bien RINCER la seringue en la remplissant et en la vidant plusieurs fois. La démonter (corps, piston, aiguille) la laisser bouillir 5 à 10 mn dans une casserole d’eau puis vider l’eau de là casserole retirer les pièces, laisser sécher et remonter la seringue.
  2. A l’eau-de-Javel ou à l’alcool (70° minimum)
    Bien rincer la seringue remplir un verre de Javel ou d’alcool à 90°, remplir complètement la seringue et vider dans l’évier, recommencer l’opération 3 à 5 fois. Remplir un verre d’eau (courante ou minérale) et rincer à nouveau. Recommencer 3 à 5 fois pour éliminer toute trace de Javel (très toxique).

Après usage : jeter la seringue qui ne doit être réutilisée qu’exceptionnellement, avec les précautions décrites ci-dessus. Avant de la jeter, casser l’aiguille et empaqueter le tout dans un sac bien fermé, ou encore la mettre dans une canette vide que vous écraserez ensuite; C’est la meilleure façon , si vous êtes séropositif, d’éviter de contaminer un éboueur, ou un enfant qui la trouverait et s’égratignerait par accident.

Le SIDA

Le SIDA est une maladie qui détruit le système immunitaire (défense du corps contre les maladies). Résultat : des maladies de toutes sortes peuvent alors se développer. On parle à ce moment là de “maladies opportunistes”, puisqu’elles profitent de l’absence de défense du système immunitaire (ou de sa faiblesse).

Être séropositif, ce n’est pas être malade. Seulement, le virus du SIDA a été rencontré par la personne séropositive. L’Usager séropositif doit alors faire plus attention que les autres personnes pour ne pas subir une surcontamination par une autre souche du virus du SIDA.

Le virus en lui-même est très fragile. Il ne supporte ni l’air, ni l’eau-de-Javel, ni l’alcool 90°. Cependant, laisser sécher une seringue n’est pas efficace : des gouttes de buées suffisent à transmettre le virus par l’aiguille. La solution la plus façile, la plus rapide, la plus efficace, c’est naturellement de changer de seringue, pour en acheter une stérile !

Ne jette pas tes vieilles seringues n’importe où le chapeau de l’aiguille peut se retirer, et des enfants curieux pourraient se piquer au travers d’un sac-poubelle. Par précaution, nous devons donc casser l’aiguille de l’ancienne seringue pour que personne d’autre ne puisse l’utiliser. Attention toutefois à ne pas laisser traîner l’aiguille ainsi cassée.

Être un usager responsable, ce n’est pas seulement se préoccuper d’avoir des seringues neuves. C’est aussi utiliser les préservatifs, quelles que soient les circonstances. La confiance ne suffit pas. Avoir fait le test de dépistage non plus. (un très grand délai étant nécessaire (3 mois) entre le contact avec le virus et son dépistage). Le préservatif est un jeu qui n’exclu pas l’amour. Porter des préservatif sur soi est une marque d’espoir (d’une rencontre).

La moitié d’entre-nous sommes déjà séropositifs. Ne cherche pas de qui cela vient ! Mais cherche à prévenir tous ceux avec qui tu as “tourné” ces derniers temps. Le geste de prévention n’est pas facile ! Dire à quelqu’un “fais le test !”, c’est dur. Mais personne ne sait qui de toi ou de la personne a été le premier en contact avec le virus, et le problème n’est pas là. Il s’agit de faire jouer la solidarité, et le premier geste est de rester vigilant lors de “fêtes” où drogues et sexualités peuvent se mêler.

Le SIDA n’est pas une maladie honteuse. Si tu es séropositif ou malade du SIDA, ne cherche pas à le nier, à t’isoler. Tu dois être plus prudent, mais tu continues à vivre. La vigilance n’est pas la privation des plaisirs. Il s’agit de faire rentrer de nouveaux réflexes dans nos us et coutumes. Mieux vaut parfois attendre l’ouverture d’une pharmacie plutôt que de gagner une heure en perdant un mois à l’hôpital, voire pire. Une seringue propre ne dispense pas du préservatif. Le sexe-sans-risque (SSR) s’accompagne d’un usage à risque réduit (URR). L’usage propre, ça s’apprend, et c’est une carte de visite pour instaurer la confiance avec tous les partenaires.

Appel pour la mise à disposition de seringues

Dans l’état actuel de la législation de nôtre pays, la loi interdit, sauf dérogation exceptionnelle, l’échange et la distribution gratuite de seringues. Mais aujourd’hui, face à la gravité de l’épidémie du SIDA, qui à travers les catégories de personnes dites “à risque”, menace l’ensemble de la population, il devient urgent de promouvoir et de mettre en œuvre des opérations d’échange des seringues.

Nous, usagers des drogues, sommes prêts à apporter notre concours actif à de telles opérations. Et avec nous beaucoup de particuliers, d’associations, publiques comme privées.

Nous les appelons, eux qui partagent notre volonté de prévention active du SIDA par la multiplication des opérations d’échange de seringues, à se joindre à nous pour demander aux autorités un changement de la législation.

Et à nous exprimer leur soutien en envoyant par courrier le texte ci-dessous :

Je soutiens votre démarche pour la multiplication de lieux d’échanges de seringues :

– Nom :
– Prénom :
– Adresse :
– Organisme ou Association :

Signature :

Recherche Toxicomanie‑Sida

Un rapport de l’IREP1, en date de mars 92, et consacré à “LA TRASMISSION DU VIRUS VIH CHEZ LES TOXICOMANES”, enregistre “un net changement de comportement chez les toxicomanes, visant à la réduction des risques de contamination”.

Le rapport souligne qu’un faible pourcentage des usagers de drogues ayant commencé à se piquer après 1987 (année de la libéralisation des seringues) sont contaminés par le virus.

Cependant, poursuivent les chercheurs :

”Il reste néanmoins difficile de penser que les toxicomanes par voie intraveineuse pourraient réduire encore, et de façon significative, les risques de transmission du VIH par l’acquisition d’attitudes nouvelles plus sûres, tout du moins pour ce qui concerne la seringue: en réalité, les risques de transmission sont maintenant dominés par les conditions de vie et l’hygiène général des usagers. L’information est passée, le non partage de la seringue s’est installé comme une routine, l’emploi du préservatif est devenu un peu plus fréquent. Mais il manque au maintien ou au renforcement de ces nouvelles habitudes l’environnement sanitaire adéquat. Les états de crise, la misère économique, les conditions de vie dans la rue, la difficulté de l’accès aux soins, le caractère discontinu des prises en charge sanitaires sont autant d’éléments qui fragilisent ou relativisent les attitudes de réduction de risque; Le faible emploi du préservatif est à cet égard significatif, il vient largement en second dans l’ordre des priorités.”

1IREP : Institut de recherche épidémiologique de la pharmaco-dépendance, du DR Ingold.

Lettre ouverte à Mme Georgina Dufoix

Madame le Ministre,

Comme vous avez pu lire dans notre manifeste, l’une des principales raisons d’être du groupe Asud est d’apporter la preuve vivante que les usagers des drogues sont prêts à engager un dialogue constructif avec les décideurs en matière de toxicomanie afin de devenir des partenaires actifs de la lutte contre tous les dangers qui les menacent, à commencer par celui du sida.

Sachant l’intérêt éclairé que vous portez aux problèmes de toxicomanie, nous vous serions infiniment reconnaissants de bien vouloir accepter de nous recevoir pour un entretien qui, publié dans le prochain numéro du journal ASUD, jetterait les bases de ce dialogue que tout comme vous -même nous appelons de nos vœux.

Interview de Mme Christine Ortmans

Mme Christine ORTMANS est chargée de mission, responsable des actions de prévention en direction des toxicomanes et des prostitués à l’Agence Française de Lutte contre le Sida (AFLS).

ASUD : Depuis sa création l’AFLS déploie des efforts considérables pour la prévention du sida – quelle est sa politique actuelle, en mai 92, dans le domaine spécifique de la prévention du sida chez les usagers de drogues ?

C.ORTMANS : En ce qui concerne les usagers de drogues l’agence s’est fixé deux objectifs : d’une part la facilitation de l’accès aux seringues stériles et aux préservatifs; d’autre part, la circulation d’une information faite par et pour les usagers. A cet égard, nous ne pouvons que nous féliciter de l’existence et de l’action d’un groupe comme le vôtre . Quant aux seringues et aux préservatifs la tâche est loin d’être simple. Il y a en effet, en ce qui concerne les seringues une sorte de blocage, qui fait que la population n’est pas encore prête à accepter des campagnes d’information préconisant l’usage de seringues stériles et où certaines personnes estiment encore que la vente libre des seringues favorise la prise de drogues illicites. Une enquête menée dans 5 villes de France, après la libéralisation de la vente des seringues en pharmacie, n’a pas mis en évidence une augmentation du nombre des toxicomanes. Dans une société où le seul mot de drogue suffit à effrayer le public, il nous faut aller progressivement.dans nos actions sur le terrain.

“Mais quelles que soient les difficultés que nous rencontrons, c’est une seule et même idée qui sous-tend le double objectif de notre action. A savoir que pour que l’usager de drogues prenne soin de sa santé, à la fois pour lui-même mais aussi pour ses partenaires – en un mot, pour qu’il se respecte , il faut que la société lui offre le respect dû à tout citoyen . Ce qui signifie que pour qu’il accorde du prix à la sauvegarde de sa vie, il faut lui offrir la possibilité d’une vie qui vaille la peine d’être vécue. Que signifient en effet le risque du sida, la prévention pour un être démuni de tout, dans un état de précarité absolue, seul, sans travail, sans ressources, sans refuge , que la rue ou la prison, et voué à l’opprobre général ?

ASUD : A titre d’exemple, la libéralisation de la vente des seringues, en 87, a-t-elle provoqué un tassement de la hausse du taux de contamination chez les usagers de drogues?

C ORTMANS : “Il est impossible de donner des chiffres précis D’abord parce que la clandestinité de l’usage des drogues empêche toutes statistiques. Ensuite, parce que les délais d’apparition de la maladie – plus ou moins l0 ans après la contamination – et l’absence de déclaration de la séropositivité font qu’il est encore trop tôt pour juger des résultats de cette mesure.

La seule certitude que l’on ait c’est que, indéniablement, les comportements ont changé. Ce qui prouve que, si on informe les toxicomanes et qu’on leur donne les moyens d’accès aux soins, aux seringues, aux préservatifs – les usagers de drogues peuvent se montrer responsables et soucieux de leur santé. Les études ont montré que les compor­tements ont changé.”

ASUD : Le tabou qui pèse dans notre pays sur toute information sur la drogue constitue-t-il une gêne, une pierre d’achoppement pour votre action ?

C ORTMANS : “Malheureusement oui. En France, la drogue reste un sujet qui suscite autant la réflexion que la passion. Pourtant, en ce qui concerne la prévention du VIH chez les usagers des drogues, il y a une urgence dont il faut tenir compte en matière de Santé Publique. Mais il faut composer avec la réalité.”

ASUD : Le discours officiel sur les drogues peut-il continuer à arborer le double visage qu’il a actuellement: d’un coté, la prévention (et pour nous, ça signifie promotion de l’usage des seringues stériles) et de l’autre, la répression (stigmatisation de la drogue, déclarations publiques de « guerre à la drogue » etc.)?

C.ORTMANS : “C’est bien là le problème dans notre travail Être patient. Il faut expliquer et expliquer encore au public que ce n’est pas parce qu’on fait de la prévention du SIDA en favorisant le libre accès aux seringues, qu’on incite les jeunes à prendre tel ou tel produit. De même que la promotion du préservatif n’a pas pour objectif d’inciter les jeunes à la “débauche”, mais simplement à se protéger eux-mêmes et leurs partenaires lors de relations sexuelles. Pourtant il y a encore beaucoup de réticences à faire passer la prévention du sida avant celle de la toxicomanie. Néanmoins, je peux vous assurer que les responsables des différentes administrations travaillent ensemble sur ce sujet et que l’on commence à observer une évolution dans les discours et les mentalités.”

ASUD : Pensez-vous que les usagers ont un rôle à jouer dans la prévention du sida ?

C.ORTMANS : “Bien sûr . Il est normal que la prévention passe en priorité par les groupes les plus exposés. A la fois pour eux-mêmes mais aussi pour l’ensemble de la société”.

Comité de soutien des non-usagers

Pour nous aider dans notre lutte pour la prévention du SIDA et le respect des Droits de l’Homme, notre ami Abdalla TOUFIK a pris l’initiative de former un Comité de Soutien des non-usagers.

Nous nous joignons à lui pour appeler tous ceux – médecins, juristes, intervenants en toxicomanie, parents ou amis d’Usager des drogues, personnes privées ou associations – qui partagent nos objectifs et nos convictions, à rejoindre ce Comité de Soutien destiné à travailler en liaison avec le Groupe ASUD et en fonction des aspirations et des impératifs qui orientent notre action.

Les coordonnées sont les mêmes que celles du groupe ASUD.

Oslo : la présence d’Asud au niveau européen

C’est tout naturellement que dès sa création, le groupe ASUD s’est inséré dans le réseau européen des groupes d’Auto-Support des usagers des drogues. Un ralliement tardif, certes (mais après tout, nous n’existons que depuis le 9 avril 1992) mais enthousiaste.

Comme ont été enthousiastes les applaudissements, qui, le 26 avril 1992 à Oslo, où s’était réuni le comité directeur du Réseau Européen, ont salué l’annonce de la création du groupe ASUD France.

La naissance du réseau européen que notre groupe ASUD vient donc de rallier, remonte à novembre 1990. C’est au cour d’un congrès organisé par le groupe allemand d’Auto-Support JES et financé par la Deutsche AIDS-Hielfe (Agence allemande de Lutte contre le SIDA) à Berlin et réunissant 30 participants venus de toute l’Europe de l’Ouest et de l’Est pour affirmer la volonté des groupes d’auto-suppport des usagers des drogues de prendre part en toute première ligne au combat de la prévention du SIDA, que l’idée de créer un réseau organisé des groupes ASUD européens , doté d’une structure permanente, s’est imposée.

Une idée qui devait prendre corps un an plus tard, du 29 novembre au 1er décembre 1991, toujours à Berlin. On a en effet pu voir, tout au long de cette nouvelle rencontre, le réseau européen esquissé, l’année précédente, s’élargir à de nouveaux participants (26 groupes au total), et se doter d’un secrétariat permanent ainsi que d’un comité directeur élu.

A l’issue de son congrès fondateur de Berlin 1991, la toute nouvelle organisation européenne devait également adopter une déclaration résumant les objectifs et les revendications des groupes ASUD européens.

5 mois plus tard, en cette fin avril 1992, c’est à Oslo que le comité directeur, qui rassemblait une douzaine de personnes sous l’égide d’un observateur de l’OMS venu apporter le soutient de son organisation à l’action du réseau européen, a pu saluer la toute nouvelle création de notre groupe ASUD français.

Abdalla Toufik, membre élu du comité et messager du ralliement de notre groupe au réseau européen, a demandé au Comité son remplacement par un usager membre d’ASUD France, parce que, dit-il :

“J’ai démissionné du comité parce que, dans la logique de l’Auto-organisation des usagers des drogues, n’étant pas usager moi-même, il me semblait normal de céder ma place à Philippe Marchenay, responsable du groupe ASUD France. Le comité directeur a accepté ce remplacement , en dépit de la règle selon laquelle ses membres étaient en principe élus au scrutin nominal, et non par association. Tout le monde en effet a compris la nécessité pour ASUD France, d’y être représenté.”

Quant aux travaux de cette première réunion de ce comité directeur, ils ont été largement féconds, aboutissant notamment à la définition d’un double objectif pour l’action au niveau européen : la lutte contre le fléau du SIDA d’une part, et la protection des droits de l’Homme pour les usagers des drogues :

“Il ne s’agit pas, poursuit Abdalla, de promouvoir la Toxicomanie ou de devenir je ne sais quel carrefour de la défonce, mais de participer activement en tant qu usager des drogues, à la politique de réduction des risques à commencer par celui du SIDA. Or, les travaux du comité ont clairement mis en lumière le fait que c’est dans les états (Allemagne, Grande-Bretagne, Pays-Bas) où les pouvoirs publics ont enfin compris que rien ne peut être fait en matière de prévention sans le concours des usagers des drogues que sont menées les seules expériences réellement fructueuses. Les résultats sont là : il n’ a qu’à voir les statistiques ; partout où les usagers des drogues sont pris en compte, on observe que la contamination par le virus VIH est nettement moindre.

“C’est pourquoi nous comptons travailler avec nos partenaires européens sans oublier les conditions imposés par le contexte local, en servant à notre façon le double objectif du réseau : le droit à la santé et les Droits de l’Homme”.

“Pour nous, en France, cela veut dire entre autre faire en sorte d’élargir la palette des choix de vie proposés à l’usager, et surtout à l’usager malade. C’est à dire en un mot : abstinent ou non, avec ou sans drogue, survivre … vivre, tout simplement.”

Quoiqu’il en soit, c’est dès juillet prochain, à Amsterdam, où se trouve le siège officiel du réseau européen, que se tiendra la prochaine réunion du comité directeur, à l’occasion de la conférence mondiale du SIDA. Et notre groupe, bien que nouveau venu, entend bien y tenir un rôle actif, d’autant qu’il a été convenu à Oslo de lui confier la coordination des groupes francophones et d’Europe du sud. : Belgique, Suisse, Espagne, Italie et la Grèce.

Arrêt de la cour de cassation

Désormais, en matière de stupéfiants, il suffit d’une simple dénonciation pour habiliter la police à intervenir en flagrant délit, c’est à dire à faire irruption au domicile d’un suspect à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, sans avoir besoin d’aucun document justificatif.

Rien de nouveau sous le soleil direz-vous. Eh si justement : ce qui est nouveau c’est qu’à présent, ce genre de pratique policière qui, pour être courante, n’en restait pas moins comme plus ou moins en marge du Code Pénal, se voit en effet officiellement consacrée par une toute récente jurisprudence de la plus haute juridiction française.

La Chambre Criminelle de la Cour de Cassation vient en effet de rendre un arrêt consacrant de fait le droit des policiers à intervenir en flagrant délit sur simple dénonciation, dès lors qu’il s’agit de stupéfiants. Et ce, en cassant voici trois semaines l’arrêt de la Cour d’Appel de Fort de France daté du 19 juillet 91, arrêt par lequel celle-ci annulait elle-même la procédure de flagrant délit engagée contre un nommé Riquier Max, suspecté de vente de drogue à la suite de la dénonciation d’un petit consommateur qui le désignait comme son fournisseur. Cette annulation avait été prononcée au motif que “la simple mise en cause (du suspect) ne saurait constituer l’indice apparent suffisant d’un comportement délictueux révélant l’existence d’un flagrant délit”.

En clair, la récente décision de la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation, en permettant à la police d’agir en flagrant délit sur simple dénonciation, lui donne un pouvoir quasi-discrétionnaire et dégagé de toute tutelle judiciaire en matière de stupéfiants…

Décidément non, comme répondait le flic qui l’embarquait à 3 h du mat’ après avoir défoncé sa porte au pauvre pékin menotté, assez naïf pour lui demander s’il avait un mandat – non vraiment, “On n’est pas dans un feuilleton américain, mon petit pote, on n’est pas à la télé” …Eh non, c’est vrai ; on est en France en mai 1992…

Massacre au Myanmar (ex-Birmanie)

D’après le chef du Centre Anti-Prostitution, une ONG thaïlandaise, 25 prostituées birmanes séropositives auraient été exécutées par injection de cyanure en fin 91 sur ordre des autorités de Rangoon.

Les vingt-cinq jeunes femmes avaient été, en même temps que plusieurs dizaines de leurs compatriotes, libérées du bordel de Thaïlande où elles travaillaient et refoulées vers leur pays d’origine par la police des mœurs thaïlandaises en juin dernier.

quand on sait qu’environ 40 000 prostituées birmanes travaillent dans les bordels du “pays du sourire”, pour la plupart membres de ces minorités ethniques contre lesquelles le régime de Rangoon mène par ailleurs une véritable guerre d’extermination sous couvert de “lutte contre la drogue”, et qu’on connaît d’autre part le peu de cas que font les généraux birmans de la vie humaine, on peut légitimement s’attendre à des lendemains sanglants… Alors, après les prostituées, à quand le massacre des UD séropositifs ?

Pour le moment – et pour ce que nous en savons – la question n’est heureusement pas à l’ordre du jour … N’empêche que si j’étais birman, et toxico, et séropo, pour couronner le tout, j’aurais disons comme une tendance à me méfier des prises de sang.

En taule

Selon le Docteur Denis L, interne de l’hôpital St André à Bordeaux, dans “Synopsis Pluralis” d’avril 1992, près de 10 000 à 12 000 toxicomanes seraient incarcérés chaque année en France, avec parmi eux, un taux de séropositivité variant de 30% à 40%. On peut donc en déduire qu’il y aurait actuellement entre 3 000 et 5 000 Usagers des drogues séropositifs ou malade du SIDA dans les prisons françaises.

Face à cette situation, face aux risques de contamination qu’elle entraîne du fait de l’impossibilité de trouver en prison des préservatifs ou des seringues stériles, comment réagit l’Administration Pénitentiaire ? Comment soigne-t-elle les détenus usagers des drogues ou malades du SIDA ? Comment ceux-ci vivent-ils leur séropositivité ou leur maladie en prison?

Médecins pénitentiaires, surveillants, ex-détenus, parents ou amis de détenus, nous attendons vos témoignages…

Remerciements

A l’occasion du premier numéro de notre journal, c’est tout le groupe ASUD qui se joint à notre équipe pour remercier de leur écoute attentive à nos préoccupations MM Fromiont et Dorléans, de la Ville de Paris, ainsi que Mme Christine Ortmans de l’AFLS, Maitre Charles-Henri De Choiseul-Praslin, notre conseiller juridique, le Dr Annie Mino, médecin-chef de la division pour toxico-dépendants de Genève, Mme Colette Aubourg, ainsi que tous ceux qui nous ont aidé à constituer le Groupe et à sortir le journal ASUD.

Parmi eux, nous tenons à remercier tout particulièrement les laboratoires Delagrange pour leur aide financière sans laquelle ce premier numéro n’aurait jamais vu le jour.

Un grand merci également à tout les membres de l’équipe de l’association APARTS. C’est en effet grâce à leur confiance et à leur généreuse hospitalité que le groupe ASUD peut aujourd’hui sortir ce numéro 1 de son journal.

Ecstasy et réduction des risques

L’un des revers de la consommation d’ecstasy, c’est la dépression qui suit. Voici quelques trucs qu’Asud a testé pour vous afin d’atterrir en douceur.

L’ecstasy (MDMA, MDA….) perturbe, dans le système nerveux central, le mécanisme d’un neurotransmetteur :la sérotonine, qui joue un rôle important dans l’humeur, l’équilibre, le bien-être.
Après un «Taz» le cerveau manque de sérotonine, d’où la « sale descente », qui correspond à une réelle dépression. Si certains s’en accommodent, considérant que c’est le prix à payer, d’autres vivent des moments d’angoisse, avec parfois une décompensation psychique, une déprime, la panick attack. Des chercheurs ayant publié une étude sur l’ecstasy (1) prétendent que la fluoxetine, un principe actif du Prozac, qui influe d’une façon très sélective sur le système sérotoninergique, aurait un pouvoir protecteur pendant quelques heures si elle est consommée en même temps que le MDMA.
Dans une autre étude, Nicolas Saunders (2) affirme que le Prozac limite la dépression chez un tiers des gobeurs. Mais, en général, les consommateurs répugnent à en consommer.

A éviter

  • La consommation d’un acide en descente d’X perturbera encore plus la régénération cérébrale.
  • L’alcool : qui n’a pas connu une gueule de bois en descente d’acide ne connaît pas l’Enfer.
  • Les stimulants naturels comme l’éphedra ou ceux contenant de la caféine comme le guarana augmentent le malaise de la descente.
  • Les mélanges de dépresseurs du système nerveuxcentral (tranquillisants, alcool, opiacés…)entraînent une potentialisation croisée – produit multipliant les effets de l’autre – avec risque d’accident, d’overdose et de dépendance

Des trucs à savoir…

Les Anglais l’appellent la « Marmite ». C’est une variante du pot-au-feu.

Un grand bol après le trip et deux fois par jour ensuite. C’est naturel, pas cher et drôlement efficace. Ne riez pas ! La viande fibreuse contient quantité de précurseurs naturels de la sérotonine qu’une longue cuisson libère. Le bon vieux pot-au-feu permet de récupérer sensiblement plus vite. Les végétariens peuvent toujours se rabattre sur l’Ovomaltine, une boisson maltée, avec chocolat, banane, autant d’aliments qui contiennent également des précurseurs naturels de la sérotonine.
Une consommation quotidienne d’au moins deux litres d’eau aidera le foie à jouer son rôle détoxiquant.
Une méthode irremplaçable pour bien récupérer, c’est le sommeil naturel. Dormir est encore ce qu’il y a de mieux pour retaper ses neurones.
Un bon chill out et des massages (amoureux ou non) qui décontractent le corps aideront à soulager les crampes et douleurs musculaires, apporteront la relaxation rêvée. Sucreries, fruits secs, agrumes…. pourront compenser la dépense énergétique.

D’autres plus douteux…

Les Smartshops aux Pays-Bas, Allemagne, Suisse… proposent à des prix élevés des packs de After E, (un comprimé de vitamine E, C et B6 et de tyrosine). Leur efficacité est-elle à la hauteur de leur prix ?
On y trouve aussi les boissons isotoniques dont le taux élevé d’acides aminés peut nuire en descente d’X. Là encore, à essayer avec circonspection
Le cannabis a ses adeptes, mais d’autres usagers considèrent qu’il amplifie la dépression. Rien n’a été prouvé, mais des usagers qu’un joint fumé en descente d’acide a entraîné au 36e dessous peuvent témoigner de l’ambivalence de l’herbe magique.
Le millepertuis, plante médicinale, est controversé quant à ses effets d’antidépresseur homéopathique. A vérifier.
Attention, il existe un risque très sérieux de neurotoxicité aggravée en cas de mélange ecstasy-amphétamine (d’où la pertinence du contrôle des produits).
Chez certains animaux, une consommation importante et répétée d’ecstasy peut entraîner la destruction de certaines cellules, celles justement qui sont liées au mécanisme de la sérotonine. Certaines d’entre elles se régénèrent, d’autres non. Et chez l’homme ? L’avenir nous le dira, mais on observe une baisse des facultés d’apprentissage chez certains sujets pour cause d’abus de ces produits. En cas d’antécédents psychiatriques, il y a un danger d’aggravation des symptômes.

(1) Ecstasy : des données biologiques et cliniques aux contextes d’usage (Inserm 1998).
Ce rapport révèle les séquelles inquiétantes observées chez certains singes après injection d’importantes quantités de MDMA.
(2) Ecstasy, dance, trance & transformation (Quick American Archives).
(3) Disponibles sur Internet et dans les drugstores américains et hollandais.

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