GAV

Interpellation / G.A.V

Vos droits lorsque vous êtes interpeller ou en G.A.V

Témoignage

 voici une courte vidéo sur vos droits lorsque vous êtes interpeller ou en G.A.V

Éducatrice au Bus 31/32 à Marseille, Pauline raconte une journée de combat ordinaire pour qu’un usager placé en garde à vue puisse recevoir son traitement de substitution aux opiacés (entre autres).

Un matin de mai, je suis au local à faire un point sur le stock de matos du PES (programme d’échange de seringues) lorsque vers 11 heures, le téléphone sonne :

« Bonjour, je suis psychiatre à la Conception1 et je viens d’être appelé par le commissariat pour un gardé à vue un peu excité… Enfin… Comment dire, je viens d’arriver aux geôles et ça va pas du tout ! Il me dit qu’il est suivi par votre structure… Et puis je me demandais, enfin si vous pouvez… lui amener son traitement ?

Désolé, je ne suis vraiment pas habitué, je ne sais pas trop comment ça se passe dans ce cas-là. »

Le ton est donné. J., un jeune de 25 ans est en manque depuis plus de vingt-quatre heures, et l’heure tourne…

Je fais le point avec ce fameux psychiatre, un peu paniqué à l’annonce du traitement conséquent du garçon (métha, Seresta®, Stilnox®, etc.). Les flics ne lui ont rien communiqué sur une quelconque procédure, ils l’ont appelé, il l’a vu, et maintenant… ben, il se débrouille.

Je passe le téléphone à ma collègue médecin pendant que je prépare mon sac dans l’idée de lui amener tout ça le plus vite possible.
Par chance, c’est un jour où j’ai ma carte d’identité sur moi.

Dernier point avec le médecin, qui me remet tout son traitement pour un jour et m’explique que si je me dépêche, le psy fera le lien avec J. Pas besoin d’ordo, rien, le mot d’ordre, c’est « vite, vite, VITE » ! Je prends le nom du doc et de l’officier de police judiciaire (OPJ) à demander en arrivant, et je cours prendre le métro.

Sur la route, je pense à J. que je connais bien, il doit péter les plombs. Il est en garde à vue (GAV) depuis plus de vingt-quatre heures parce qu’il s’est fait défoncé la tête par un vigile de la gare et qu’il n’a pas dit merci…

En gros, c’est lui qui se fait agresser et se retrouve à la fois en GAV et en manque… Bref, il doit nager dans le bonheur.

UNE QUESTION DE CHANCE

Il y a plusieurs mois, une travailleuse sociale avait travaillé sur l’accès aux traitements de substitution aux opiacés (TSO) en garde à vue. Elle faisait le lien avec les autres centres, et accédait aux geôles (cellules de GAV).

Ce n’était pas parfait, mais ça avait au moins le mérite d’être là. Ce poste n’existe plus. Tout dépend maintenant du bon vouloir de l’OPJ présent sur les lieux qui décide de nous appeler… ou pas.

Une fois, on nous nous a même proposé d’amener des seringues avec le traitement… Mais souvent, les gars sortent après soixante-douze heures de GAV et débarquent chez nous en état de manque infernal.

11h25 : J’arrive au commissariat et découvre une belle file d’attente jusqu’au guichet d’accueil.

11h40 : Je me dis que si je ne passe pas maintenant, je vais louper le psychiatre, alors je tente d’interpeler une fliquette qui passe par là. Elle est au courant : « Ah oui, le jeune qui gueule en bas, attendez ici, je vais appeler les geôles. »

12h00 : Jour de manif, on nous enferme dans le commissariat le temps que le cortège passe sur La Canebière et toujours personne pour me renseigner, alors je retourne au guichet et réexplique.

Ils ne sont pas du tout au courant car évidemment, entretemps la fliquette est partie en pause déjeuner. « Vous êtes sa compagne ? Non ? Eh bien, je ne sais pas si ça va être possible, attendez là, je vais me renseigner. » Mais oui, bien sûr, pourquoi ne suis-je pas sa compagne ? Cela aurait été plus simple, ils commencent sérieusement à… J’appelle ma collègue de l’Observatoire des droits des usagers (ODU) d’Asud.

Ça fait plusieurs mois qu’on réfléchit ensemble sur la délivrance des TSO en GAV, car je connais bien la situation marseillaise et à ce niveau, disons-le clairement, Mars est dans le cosmos !!

« POURQUOI IL PREND AUTANT DE MÉDOCS ? »

12h30 : « Comprenez mademoiselle, il y a actuellement vingt entrées en GAV mais après, on s’occupe de vous. » Ils me demandent de patienter encore un peu, juste un peu. Je fais les cent pas dans le hall, on me demande à plusieurs reprises de m’asseoir et d’attendre calmement.

13h30 : Mon premier contact – la fliquette – revient de sa pause et me fait un grand sourire. « Ben alors, vous êtes encore là, c’est pas réglé cette histoire ? Il va nous retourner le sous-sol si ça continue… Bon, je vais voir ce que je peux faire. » Cette fois, je ne la lâche pas d’une semelle, elle appelle les geôles devant moi : « Alors J.C., il y a toujours le médecin du jeune excité d’hier, elle lui amène ses trucs, tu sais. » Elle rit : « Eh bien, c’est pas simple, il est très agité votre patient, pourquoi il prend autant de médocs ? » Oui, mister blueenfin, je ne suis pas son médecin… énervée, je suis.

Nous sommes maintenant l’après-midi, c’est la relève des geôliers, et J. est vraiment le cadet de leur souci. À nouveau, on me dit que d’ici une demi-heure, ça sera bon.

Je fais le pied de grue devant le comptoir d’accueil. Voyant que je m’impatiente, un policier m’interpelle en me demandant l’ordonnance… que je n’ai pas car tout avait été organisé avec le psy que je devais voir en arrivant.

Quelle erreur de ma part, le médecin en question est parti il y a bien longtemps. Et du coup, retour à la case départ, il me faut cette ordo. J’appelle donc le médecin de 31/32 pour qu’elle me faxe tout ça au numéro qu’on me donne.

14h00 : « Non, pas de fax, on n’a toujours rien. Ah mais oui, pardon, on a changé de numéro il y a quelque mois. » Évidement ! Je demande à voir l’OPJ, ce n’est pas possible, je transmets trois nouveaux numéros de fax à ma collègue. Heureusement, le jeudi dans notre structure, j’ai le temps, contrairement à J. qui poireaute toujours, ça me rend folle !

Comment, en 2016 à Marseille, peut-on être autant à la masse sur le droit des usagers ? On en est à vingt-sept heures de GAV et l’heure continue de tourner !

15h00 : Après plusieurs péripéties du même genre, un geôlier arrive à l’accueil, je me rue sur lui. Il fait le point avec moi sur le traitement et non, c’est pas simple : trois comprimés à prendre avec de l’eau plus deux fioles de sirop, je ne sais pas s’il va s’en sortir le gentil fonctionnaire… Bref, j’insiste lourdement sur l’importance que tout cela lui soit délivré au plus vite et repars en croisant les doigts.

Le lendemain, J. est présent sur notre unité mobile avec une tête à faire peur : le nez cassé et bien tordu, et deux énormes cocards, mais il garde le sourire. Je le laisse tranquillement voir l’infirmière puis discute avec lui.

À aucun moment il n’a su que j’étais au commissariat, il a eu la moitié de son traitement vers 19h00, juste avant d’être libéré, soit quatre longues heures après ma discussion avec le flic des geôles. Il ne comprend pas mon énervement : « Ça va Pauline, c’est pas ma première gardav et d’habitude, j’ai rien du tout, mais merci beaucoup, c’est sympa. »
Il me prend dans ses bras et retourne avec les autres. Aucun droit, rien, et quand il en a un peu, c’est déjà ça.

La page de réclamations écrites au commissariat pendant mes longues heures d’attente aura-t-elle une suite ? J’ai pourtant bien inscrit les coordonnées du Csapa et relaté mon aventure en détails, mettant en avant le droit des usagers de drogues, etc. Un mois après, toujours pas de nouvelles et je n’en attends plus. Combien de Caarud et de Csapa ont un petit dossier «

Délivrance TSO en garde à vue » avec des histoires similaires ? Combien d’usagers de drogues seront encore traités comme des sales tox dont tout le monde se fout ? L’ODU a , malheureusement , encore de beaux jours devant lui.

PATIENTS SOUS TSO EN GAV, QUELS SONT VOS DROITS ?

city_red1°) Si vous êtes en possession d’une ordonnance de TSO, le commissariat est tenu de prévenir votre centre, votre cabinet médical, ou la personne de votre choix qui sera susceptible de le faire.

2°) Si vous n’avez pas votre ordonnance, la visite d’un médecin est obligatoire au bout de la première heure de GAV (art 63-3 du code de procédure pénale).

3°) La visite d’un avocat, éventuellement commis d’office, est également obligatoire (art 63-4).

Contrôle de police

Lors d’un contrôle routier, assurez vous d’avoir votre ordonnance de TSO avec vous. Conduire sous substitution n’est pas illégal, et votre ordonnance vous aidera à prouver que vous êtes substitué si vous testez positif aux opiacés.
Il est par ailleurs important de demander les risques pour la conduite auprès de votre médecin traitant. 

Garde à Vue

Pendant une garde à vue, vous avez le droit d’avoir accès à votre traitement de substitution. Avoir votre ordonnance sur vous, vous aidera à prouver que vous êtes substitué. Vous pouvez également contacter vos proches et leur demander de coordonner avec votre médecin et votre centre d’addictologie.
Vous pouvez demander à un médecin. La police est tenu de vous présenter a cette visite médicale dans les 3 heures qui suivent votre demande. Pendant cette visite, il est important de prévenir le médecin de votre statut de patient sous subsitution aux opiacés, et il pourra faire le lien avec votre centre. 

Incarcération

Légalement vous avez le droit de continuer votre traitement pendant le temps de votre incarcération. En théorie, l’appareil médical de l’établissement en habilité à initier un traitement de substitution (méthadone, subutex ou skenan), à poursuivre la prescription d’un traitement déjà en cours, et aussi à vous aider à vous sevrer si tel est votre souhait. En pratique vous pouvez être confronté à des difficultés avec l’établissement carcéral. 

Discrimination

Si vous êtes victimes de propos discriminants, d’attitude discriminatoire, de maltraitance physique ou psychologique, il est impératif que vous le signaliez à votre avocat. 

Recours

Le code de santé publique ainsi que le code de déontologie interdisent le refus de soin. Si vos droit ne sont pas respectés, il est important que vous:
– Ecriviez une lettre officielle de protestation au chef de service de l’UCSA, avec une copie pour votre avocat. 

– Ecriviez une lettre au médecin inspecteur de l’ARS, avec une copie pour votre avocat. 

– Ecriviez une lettre à l’administration du ministère de la santé ainsi qu’à la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, avec une copie pour votre avocat. 

– Ecriviez une lettre à Monsieur le ministre de la santé, avec une copie pour votre avocat.

Lire la suite

PAIRS AIDANTS

PAIRS AIDANTS selon ASUD

  • Nous aspirons à une pair- aidance spécifique aux addictions car même s’il existe des passerelles avec la santé mentale et la précarité , nous pensons que l’expérience de l’usage de drogues illicites implique un vécu particulier en termes de stigmatisation, marginalisation et de répression. La question du plaisir et la gestion du risque étant aussi très spécifiques aux addictions. 
  • La pair- aidance n’est pas synonyme d’abstinence. L’usage ou l’abstinence est un choix personnel. Chaque pair- aidant devrait réfléchir au type de structure dans laquelle il se sentira le plus apte à travailler. 
  • Le pair- aidant doit pouvoir promouvoir les droits des usagers au sein de sa structure sans être en conflit avec l’équipe.
  • Les travailleurs pairs doivent être complétement intégrés au système de soins avec le choix d’être bénévoles ou rétribués à hauteur de leurs compétences, leur utilité étant comparable à celle des éducateurs.

Selon nous, le  pair aidant devrait pouvoir informer les usagers de ses droits et de ses obligations en tant que citoyen et usager de la structure:

– Le droit commun
– Le règlement de la structure

En cas de litige entre un usager et une structure, il doit pouvoir , informer sur les recours possibles et orienter vers les  représentants du CVS, l’ ODU, un conciliateur/médiateur appelée « Personne qualifiée »…

Le passage du statut d’usager (pair) à celui de travailleur pair

Le fait de devenir salarié de la structure comme travailleur pair implique d’être complètement intégré à l’équipe et d’être considéré par les usagers comme un professionnel:

Plusieurs conséquences possibles: syndrome du « renégat », conflits de loyautés et difficultés à se positionner entre les professionnels et les usagers …

Il est important pour le travailleur pair de trouver du soutien auprès de certains salariés de la structure et/ou à l’extérieur (Tutorat, séances d’analyse des pratiques, intervision, collectifs de pairs aidant…)

Lire la suite

LA VIE EN STRUCTURE

LA VIE EN STRUCTURE

Vos droits en tant qu’usager en structure

 voici une courte vidéo sur vos droits en structures addiccto

ARRETE n° 2018-079 relatif à la désignation des personnes qualifiées prévues à l’article L.311-5 du Code de l’action sociale et des familles

Une liste départementale des personnes qualifiées doit être affichée dans chaque établissement.

Liste qui existe depuis seulement Mai 2018…

« Considérant que toute personne prise en charge en établissement social ou médico-social, ou son représentant légal, peut, en vue de l’aider à faire valoir ses droits, faire appel à une personne qualifiée choisie sur la liste fixée dans le présent arrêté » 

[file-pdf]

Le rôle et les fonctions de la personne qualifiée

Le rôle de la personne qualifiée s’apparente à celui d’un médiateur, conciliateur, défenseur, facilitateur pour faire valoir les droits des usagers. La personne qualifiée intervient au sein des établissements et services médico-sociaux définis à l’article L312-1 du Code de l’action sociale et des familles.

Elle intervient sur demande de l’usager ou de son représentant légal et selon toutes les modalités possibles : elle ne peut donc pas s’autosaisir.

La personne qualifiée peut :

– informer la personne accueillie des textes législatifs et réglementaires applicables

– l’informer sur ses droits, fournir conseils en appui dans la mise en œuvre des droits

– la conseiller  et  l’accompagner dans ses démarches

– tenter de trouver des solutions aux problèmes rencontrés avec l’établissement ou le service qui l’accueille, apporter un appui dans une démarche de conciliation.

Modalités de sollicitation d’une Personne Qualifiée

Les courriers ou courriels de sollicitation des personnes qualifiées sont à transmettre à la Délégation Départementale de Paris de l’Agence Régionale de Santé d’Ile-de-France

Adresse postale (envoi en courrier simple)

Service Signalements Réclamations Délégation départementale de Paris Agence régionale de santé Île-de-France 35 rue de la Gare 75935 PARIS Cedex 19 

Adresse mail

ARS-DD75-PERSONNES-QUALIFIEES@ars.sante.fr

Et Ensuite ? 

« La personne qualifiée prendra contact avec vous pour convenir des modalités de rencontre. Un premier échange vous permettra de lui expliquer votre situation.

Elle contactera ensuite l’établissement ou le service pour en discuter.

Puis, elle vous fera part de son entretien avec l’établissement ou le service et vous apportera une réponse pertinente et adéquate à votre demande. » 

(extrait de la plaquette de l’ARS Ile de France)

Lire la suite

DROITS A L’HOPITAL

DROITS A L’HôPITAL

cette section parle de vos droits en tant qu’usager pendant vos visites à l’hôpital.

droits à l’hôpital (voici une courte vidéo qui présente vos droits en tant qu’usager pendant vos visites à l’hôpital)

Souffre en silence et sois patient !

Auteur : Estelle Sarrazin

( texte publié dans ASUD Journal n° 42- Novembre 2021) 

Chapo : Les traitements de substitution aux opiacés ( TSO) embêtent les médecins, qui n’ont toujours pas appris à gérer la douleur malgré des progrès récents. En contrepoint de la floraison d’articles alertant l’opinion sur les dangers de la surprescription d’opioïdes en France, ASUD vous propose un témoignage sur la frilosité de certains praticiens en la matière. Experts de leur pathologie, spécialistes en tous genres enfermés dans leurs croyances, ils n’ont que faire des demandes des familles ou des aidants. Tout commence par une phrase laconique…

Phil était sous Subutex depuis 1996

Nous nous sommes rencontrés un an plus tôt, tous les deux avec quelques années de dépendance aux opiacés derrière nous et des expériences  de privation de liberté. Après avoir été peintre en bâtiment pendant quinze ans, en alternance avec des périodes de chômage, Phil ne travaille plus depuis 2013. Son dos bousillé par le boulot lui a valu une reconnaissance travailleur handicapé en 2014.Entretemps, des événements familiaux douloureux (décès de ses frères et sœur) ont favorisé une consommation déjà excessive d’alcool, couplée à un traitement à base d’antidépresseurs et d’anxiolytiques.

Le 15 juin 2020, jour de mes 51 ans, Phil, mon conjoint, apprend qu’il a un cancer de la langue, probable conséquence de longues années de tabagie et de consommation d’alcool. Typique… À partir de cette date fatidique, tout s’est passé très vite. La machine médicale s’est mise en branle : IRM, scanner, consultations avec l’anesthésiste, la chirurgienne… Ce fut le début d’un parcours médical où il a fallu se battre pour la spécificité d’un patient sous TSO, à l’hôpital ce dont je voudrais ici témoigner.

Alors que nul n’ignore combien la stabilité psychologique est importante dans le processus de guérison du cancer, j’ai été témoin de la volonté farouche des médecins de se focaliser sur leurs domaines de compétences au détriment d’une prise en compte globale du patient, de son histoire, de ses traitements… de sa douleur. Et de leur difficulté à écouter ma parole, en tant qu’ « experte en addicto », car je suis éduc’ depuis vingt ans en Caarud, pas médecin certes, mais diplômée du médico-social et de plus, ancienne « tox » également usagère de « sub ». Autant de choses qui m’ont condamnée à lire dans leur regard perplexité et incompréhension, voire ignorance de ce que sont les Caarud, la Réduction des risques ou les TSO…

Demander au patient ?

Phil est rentré à l’hôpital le jour de ses 53 ans, le 7 juillet 2020, en vue d’être opéré le lendemain.

Ce jour-là, j’ai questionné l’anesthésiste sur la prise en charge de la douleur suite à l’opération, du fait de la spécificité agoniste – antagoniste(1) du Subutex. Apparemment sûr de lui il me répond :

  • Par la morphine. Qui sera administrée au fil du temps par paliers dégressifs…

 Puis il clôt la discussion ainsi : « Ce sera l’occasion d’arrêter le Subutex ! » Point barre.

Pas encore découragée, je poursuis : – Euh… Peut-être faudrait-il demander au principal concerné. Et toi, Phil, tu en penses quoi ?

  • Ben oui. Pourquoi pas ? »

Voilà comment se décide la fin d’un traitement aux opiacés, la veille d’une mégagrosse opération !

L’anesthésiste était davantage préoccupé par les résultats des examens respiratoires qui révélaient une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et un emphysème, autre conséquence de ces années de tabagie… 

Il m’avertit  menaçant : « … état des poumons inquiétant !… Pas sûr qu’il supporte ! » d’un ton qui laisse entendre que les années de tabagie de Phil risquent de compromettre sa belle anesthésie !

Je me suis laissée impressionner par ce monsieur d’un certain âge, l’air pas commode, sûr de lui, anesthésiste à l’hôpital. Typiquement le profil de l’expert qui connaît son boulot et qui n’a pas pour habitude de voir discuter ses décisions.

Je me suis quand même autorisée à préciser que je posais ces questions en connaissance de cause, car je travaille en addicto depuis plus de vingt ans, en Caarud… Et puis, je suis sous Subu depuis 1996. Je connais – un peu – le sujet.

« Les médecins savent »

L’opération de la langue aurait dû avoir lieu le 8 juillet. Or, après l’anesthésie, Phil a fait un pneumothorax (2). Les craintes de l’anesthésiste étaient finalement fondées, et l’opération est reportée au 28 juillet. Il finit sa convalescence dans un service de soins de suite et de réadaptation cardiologique et respiratoire, qui dispose d’un service addicto. J’en déduis qu’ainsi les différents problèmes addicto de Phil seront bien pris en compte (TSO versus douleurs, abstinence tabac et alcool, traitements antidépresseurs et anxiolytiques)…

J’ai même une ancienne collègue infirmière qui y bosse. Youpi !

J’ai vite déchanté en découvrant comment, au sein d’un même établissement, le service addicto est mis à part, sans apparentes concertations entre la prise en charge “classique” et celle d’addicto.

 Finalement la « grosse » opération de la langue, a lieu le 28 juillet. Sans complications cette fois-ci. Au réveil, Phil est relié à une pompe à morphine. Mais deux jours plus tard, il est transféré en réa, car il désature. Il n’est plus relié à la pompe à morphine. Je m’en inquiète auprès de l’infirmière qui me répond : – Ne vous inquiétez pas, les médecins savent.

J’étais très inquiète. Rien ne semblait prévu en remplacement de la Bupré, de la morphine, pour la douleur.

– C’est le médecin qui s’en occupe…

– Quand passe-t-il ?

– Dans la journée…

En réa, l’heure de passage des médecins est variable. 

J’étais obnubilée par l’idée que Phil soit en manque, sans pouvoir le manifester puisqu’il ne pouvait pas parler. Il me faisait comprendre qu’il ne souffrait par trop, si ce n’est d’« impatiences » dans les bras et jambes – ces fourmillements caractéristiques du manque que tous les usagers d’opioïdes connaissent bien. Il dort par micro-siestes, maux de tête et… les pupilles en mydriase (dilatées) ! Autre signe évident pour moi que le manque commençait à faire son œuvre.

J’étais en proie intérieurement à un débat d’idées contradictoires : peut-être que je me fais des idées ? Peut-être que j’accorde trop d’importance aux opiacés par déformation professionnelle ?

Ballet incessant des infirmiers indisponibles pour évoquer avec moi des questions hypothétiques, je n’osais insister davantage, de peur d’être mal perçue, de déranger. Et en pleine période Covid avec des droits de visite limités, j’avais tout intérêt à me faire oublier si je voulais rester auprès de mon homme le plus longtemps possible…

Errance

Le premier soir en réa, j’interpelle un autre infirmier qui vient de prendre ses fonctions, à propos du remplacement du Subu. Sur le PC, il ne voit pas de prescription, ni de Bupré ni de morphine. Un médicament pour la douleur, c’est tout. 

Complètement bouleversée, inquiète à l’idée que Phil soit en manque et qu’il SOUFFRE, j’ai envoyé un mail paniqué à mon médecin traitant, une bouteille à la mer en écrivant sur Psychoactifs et outrepassé la sacro-sainte limite entre la vie privée et la vie professionnelle : fuck, je travaille en addicto, je vais utiliser mes relations ! J’ai ameuté ma direction qui m’a mise en relation avec le médecin addicto, qui m’a conseillé d’appeler l’hôpital psychiatrique qui dépend du CHR…

Le lendemain, rien de neuf. Phil évalue ses douleurs à 5 sur 10.

C’est seulement deux jours plus tard, où je suis enfin entendue – écoutée ! – par la doctoresse de garde, qui réalise l’ampleur du problème : « on ne peut pas le laisser comme ça ! ».

Elle est partante pour lui prescrire du Sub. Je souligne l’incompatibilité de la forme galénique du Sub avec le gonflement de la langue, qui empêche la prise sublinguale.

– Ah ! Euh… Bon j’appelle la psychiatrie pour demander conseil… Attendez-moi, je reviens. 

– C’est un cas difficile… l’état respiratoire de Monsieur est une contre-indication à la morphine … Je lui prescris de la morphine en continu mais à faible dose. On verra demain pour augmenter et dès que la langue dégonfle, il repasse au Subutex.

Au bout du 4e jour de réa, Phil est repassé sous Bupré, dès que sa langue a permis la prise sublinguale. Rapidement soulagé, il me fait comprendre avoir été bien en manque. A l’évidence : après la  Bupré, la morphine restait sans effet.

Le jour même, il est transféré dans le service initial où il a été opéré de la langue. Le lendemain, par texto, il me demande de lui ramener de la Bupré. 

– Ben pourquoi ? On ne t’a pas donné ton traitement ?

– Si, mais via la sonde de gastrostomie, avec les autres médoc… 

C’est comme s’il n’avait rien pris, puisque le Subutex est conçu pour être absorbé progressivement sous la langue et qu’il se dégrade brutalement en cas d’ingestion.

Communication ?

J’appelle l’infirmière du service qui me répond : « ne vous inquiétez pas, on s’en occupe ».

Mais quand j’arrive à 14h, bien sûr, on ne s’en était pas occupé. J’explique à l’infirmière la particularité de ce traitement. Elle commence par me tenir tête. J’ai dû insister en précisant que je travaille aussi en addicto. C’est seulement à ce moment qu’elle a regardé dans le Vidal : « Ah oui, en effet… Euh… je vais demander au médecin… » Lequel a heureusement confirmé mes propos.

On ne savait pas par quoi remplacer le TSO ni à quel dosage pour assurer un réel confort au patient. J’ai avancé l’idée de profiter de ce moment sans Bupré pour switcher vers la métha (sachant qu’ainsi la douleur serait plus facilement prise en charge avec des antalgiques morphiniques). Mais à peine ai-je commencé ma phrase pour suggérer : « on pourrait peut-être en profiter pour qu’il ne prenne plus de Subu… »

– Ah ben non, on va pas tout arrêter ! »

Les médecins hospitaliers, surtout en réa, n’ont pas l’habitude de voir leurs décisions soumises à l’appréciation des familles. Et c’est peine perdue d’interroger les infirmiers sur les choix des traitements. Ce sont des exécutants. Il faut voir avec les médecins qui de fait détiennent le pouvoir.

J’ai compris qu’à chaque nouvelle admission dans un service, j’avais intérêt à être vigilante sur le respect des prescriptions. D’un service à l’autre, des informations se perdent, tardent à arriver, au sein du même CHU. À l’heure du tout informatique, c’en est d’autant plus surprenant.

La cerise sur le gâteau

Après l’opération, Phil a commencé des rayons pour le cancer, avec des effets secondaires possibles : aphtes, nécroses buccales, brûlures cutanées au niveau de la nuque.

Dès les premières rencontres avec l’oncologue, j’ai posé la question de la prise en charge de la douleur dans le cas d’un patient sous BHD.

Les antalgiques prescrits habituellement dans le cadre des douleurs cancéreuses sont des morphiniques tels que le Skenan. Mais que prescrire à un patient qui est sous buprénorphine haut dosage pour qui la morphine sera sans effet ?

L’oncologue reconnaît ne pas être compétent en la matière, et nous renvoie vers un confrère algologue, spécialiste de la douleur. Pour autant, il rédige une prescription de Skenan et Oramorph. En toute transparence, Phil remet cette ordonnance à l’équipe de la clinique du SSR, où il fait un nouveau séjour suite à une pneumopathie…

Une semaine après son arrivée, Phil reçoit la visite du docteur B., médecin addictologue qui dit avoir été sollicité par l’algologue et l’équipe du SSR. Il propose à Phil de l’accueillir dans son service pour y faire un switch vers la méthadone, TSO qui lui serait plus adéquate dans le traitement de la douleur.

J’étais présente le jour de cet entretien.

ENFIN ! Enfin, un médecin qui prend en compte la spécificité du traitement de Phil !

Depuis le début des soins, j’ai répété à qui voulait l’entendre que Phil étant sous Bupré, ou Subutex, les antalgiques morphiniques seraient inopérants. Je regrettais que la question du TSO n’ait pas été d’avantage réfléchie, en amont de l’opération. Et indiqué mes craintes quant à ce passage sous métha, vu les complications traversées par Phil. Finalement, avec Phil, ils conviennent de commencer à 30 ou 40 mg et augmenter le dosage quotidiennement jusqu’au seuil confort.

C’était sans compter sur la fatalité : au 5e jour de métha, Phil désature, a de la fièvre, finit aux Urgences. C’est une seconde infection pulmonaire, qui a failli être fatale puisque Phil a fait un arrêt cardiaque. Il était alors à 70 mg de métha, dosage en cours d’évaluation.

Depuis, c’est la croix et la bannière pour augmenter le dosage !

Sachant que la métha a un effet dépresseur respiratoire, donc risqué pour mon Philou.

Depuis, on dirait que tout le corps médical marche sur des œufs. Ce que je peux comprendre, car il en va de la vie du patient. Et dans le corps médical, la priorité, c’est de maintenir les constantes vitales. Le confort semble secondaire, de même que les problématiques addicto.

Concertation sans patient

Pour cette seconde pneumopathie, je me suis rapidement autorisée à demander aux médecins de solliciter l’Équipe de liaison en addicto (ELSA), qui donne la consigne d’augmenter la métha jusqu’à 90 mg.

Là c’était parfait. Phil se sentait bien. Il avait même repris le dessin ! Ce qui était vraiment le signe d’un équilibre atteint. Pendant ses délires défonce, Phil pouvait dessiner pendant des heures sans s’arrêter, très inspiré. Malgré le passage au Subutex, en 1996, sa créativité continuait de bouillonner : dessins en tous genres, affiches de concert, déco de vitrines, tatoo…. Comme quoi, il est doué !

Après cette hospitalisation en pneumo, il retourne en rééducation respiratoire. Maintenant, il n’est plus sous Bupré mais sous métha à 90 mg. Et c’est le deuxième confinement = no visit ! Au bout de quelques jours, il m’apprend que sa métha a été baissée à 70 mg, sans savoir pourquoi. La doctoresse du SSR m’affirme au téléphone que Phil est arrivé avec ce dosage. Mon sang ne fait qu’un tour ! C’est faux, il a été admis à 70 mg, mais étant en cours d’initialisation, il a été augmenté jusqu’à 90 mg par l’ELSA. J’ai sous les yeux le compte rendu de sortie de l’hôpital, c’est bien ce qui est écrit.

  • Ah bon ? Euh…. Je dois me renseigner… Je vous rappellerai.

Finalement, au second échange téléphonique , elle m’explique que suite à une concertation entre médecins, il a été décidé de baisser la méthadone à 70 mg et aussi le Seresta car monsieur dort trop profondément, il désature pendant la nuit malgré l’oxygène. Tout cela lui aurait été expliqué… Phil n’en a aucun souvenir !

Je m’enquiers alors de la prise en charge des douleurs. Car avec la radiothérapie, les premiers effets indésirables apparaissent. C’était d’ailleurs dans cette éventualité que le projet du passage sous métha avait été mis en œuvre, pour en potentialiser l’effet antalgique.

On me répond :

 

– D’autres méthodes existent, non médicamenteuses telles que la relaxation, la sophrologie… La radiothérapie prenant bientôt fin, monsieur sera davantage disponible pour toute cette rééducation… Ne vous inquiétez pas !

Argh !!!!! Mais si je m’inquiète !

Phil est entré à l’appart en novembre. Il garde un mauvais souvenir de son dernier passage au SSR. Aucune thérapie alternative ne lui a été proposée pour compenser la baisse de métha et de Seresta. Peut-être parce que Phil ne demande rien ? Peut-être parce que c’est un patient trop patient ? Un patient trop conciliant, voire docile.. Enfin  ces derniers temps, il a dit

« J’ai quand même bien morflé. »

Ben ouais, tu m’étonnes.

Estelle Sarrazin

Hospitalisation

Durant un séjour à l’hôpital, l’équipe de soin se doit de vous traiter comme n’importe quel autre patient. Elle n’a pas le droit de refuser de vous soigner sous prétexte que vous êtes usager. Toute discrimination doit être signalée. 

Vous avez le droit au consentement éclairé, ce qui veut dire que le personnel soignant n’a pas le droit de faire des tests sanguins ou urinaires à votre insue, et ne peut utiliser les résultat de vos tests pour motif d’exclusion. Vous êtes tout à fait en mesure de refuser les examens, ou de refuser de voir un psychiatre. 

Le médecin doit prendre en charge votre douleur, que vous soyez usager actif, ou en traitement TSO. Les médecins et les aides-soignatns n’ont pas le droit de refuser de traitement anti-douleurs sous prétexte que vous êtes usager ou ex-usager. 

L’équipe soignante n’ a pas non plus le droit de faire de chantage au sevrage, sous prétexte que tel ou tel traitement fonctionnerait mieux une fois sevré. Vous n’êtes pas venus pour être sevré mais pour résoudre un problème médical particulier. Si vous êtes sous TSO, vous avez le droit au même traitment qu’à l’exterieur de l’hôpital, au même dsosage. Et si vous n’êtes pas substitué, mais que votre hopitalisation ne vous permet pas de continuer votre consommation et que vous vous trouvez en état de manque, vous pouvez demander un traitment de substitution.

Les médecins étant parfois peu informés sur les questions précises d’addictologie, vous pouvez demander à votre médecin de contacter le service ELSA (l’équipe de liaison et de soin en addictologie) qui pourra aider votre médecin à mieux prendre en charge votre condition, et pourra appuyer vos demandes. Il est important de noter que vous ne pouvez pas contacter le service ELSA par vous-même, cela doit être fait par votre médecin. 

Si vos droits ne sont pas respectés, vous pouvez : 

  • En parler à votre médecin prescripteur (à l’oral, et par écrit)
  • Envoyer un courrier à l’Agence Régionale de Santé
  • Contacter un groupe d’autosupport pour être mis en contact avec un conseil juridique. 

Lire la suite

LA SUBSTITUTION

La Substitution

cette section présente les principales formes de traitement de substitution aux opiacés

voici une courte vidéo sur les droits des usagers de la substitution

Vous trouverez davantage d’informations sur la substitution en cliquant sur le lien suivant qui vous amènera sur la plateforme TSO d’ASUD

Introduction sur les Traitements de Substitution aux Opioïdes ( TSO)

Les TSO permettent de remplacer une dépendance à un opiacé obtenu au marché noir (l’héroïne, la morphine ou la codéïne) par un traitement médicamenteux et un suivi médical.

Cette démarche permet notamment de sortir de la course au produit, des risques de surdoses et/ou des risques liés à l’injection ou l’insuflation.


Méthadone

Dans un premier temps, ne peut être prescrite que par un médecin spécialisé en addictologie (en CSAPA/hôpital/ELSA/SMPR ou UCSA/structure)

Généralement sous forme de sirop au début de la prise en charge et ensuite en gélule à prendre le matin ou à midi. Puis, une fois la personne stabilisée, le médecin pourra l’orienter vers un médecin généraliste de son choix


Sub(utex)

Peut être prescrit par un médecin, sous la forme de cachet à dissoudre sous la langue (très important) à prendre le matin ou à midi.

C’est un agoniste antagoniste des opiacés, qui a pour pour but, entre autres, de suprimer le manque (attention, si tu es encore sous l’influence d’un opiacé dont tu dépend, la prise de subutex peut déclencher une crise de manque).


Suboxone

Association de Subutex et de naloxone, l’idée étant de produire un cachet de sub qui n’est pas détournable. Les experiences clients varient fortement, et la médecine manque d’expérience sur le sujet.


Exception dans le cadre de la circulaire Girard : Sulfate de morphine (moscontin, skenan).
Depuis 96, les sulfates de morphines ne sont plus autorisés pour un TSO, sauf dans les cas où la circulaire Girard peut-être invoquée.

Cela concerne en général les patients dont le TSO a échoué avec le subutex et la méthadone, et qui présente des problèmes de gestion de la douleur, séparés de leur prise en charge addicto.

Vous devez en parler avec votre addicto, qui pourra ensuite demander la permission en conversation avec le médecin conseil. Cependant, ces cas restent rares et il est souvent difficile à obtenir.


Trouver le bon médecin (et le bon pharmacien)
Dans le cadre d’un TSO, votre médecin devra inscrire le nom de l’officine habilitée à vous délivrer votre traitement.

Vous êtes libres de choisir votre pharmacien, mais il est recommandé que votre médecin appelle avant pour s’assurer que vous n’aurez pas de problèmes une fois arrivé.e à la pharmacie.

Le cas échéant, votre médecin pourra vous conseiller pour vous aider à trouver une officine qui vous conviendra et qui acceptera de vous prendre en charge.

Les dangers de la TSO

Difficultés de cumuls des substances :
Si certaines personnes parviennent à cumuler l’usage d’opiacés avec leur TSO pour les mauvais jours, d’autres utilisateurs ont vu leur tolérance monter en flèche a cause de la méta, ou ont eu des crises de manque en prenant du sub trop tôt après la dernière prise d’héro ou de méta. Les experiences peuvent varier drastiquement


Risques de polyconsommation

La prise de subutex ou de métadone en même temps que de l’alcool ou des benzo peut augmenter les risques d’overdose, de toxicité et peut diminuer l’éfficacité du traitement.

Risques usages détournés

Certains usagers préfèrent sniffer, fumer ou injecter leur BHD, notemment pour transitionner vers la TSO pour des questions d’habitudes du geste, et cela peut augmenter grandement les risques de toxicité pour le foie, et endomager le capital veineux.

Veillez à utiliser du matériel stérile et de la crème bleue après injection, et n’hésitez pas à demander conseil à votre médecin pour qu’il puisse vous fournir la meilleure RdR pour vos besoins.

Lire la suite

LES DROITS EN PHARMACIE

LES DROITS EN PHARMACIE

Vos droits en tant qu’usager pendant vos visites à la pharmacie.

voici une courte vidéo sur vos droits en pharmacie

LES ADDICTIONS EN PHARMACIE

Besoin d’un médicament ?

La pharmacie d’officine est votre premier interlocuteur.

De manière paradoxale, une catégorie de patients particulièrement sensibles à la fonction du médicament s’est longtemps trouvée mal à l’aise, voire carrément proscrite de l’espace de l’officine : le/la patient.e souffrant d’une addiction.

Ce temps est révolu.


Aujourd’hui les professionnnel.les de la pharmacie sont en mesure de proposer aux patients souffrant d’addictions toute une gamme de produits (médicamenteux ou non) qui changent radicalement l’image du pharmacien d’officine et celle du patient souffrant d’addiction.

Quelles solutions ?

Parmi les solutions à l’addiction, on peut compter celles qui visent à faire cesser ou à diminuer le comportement ou l’usage et celles qui consistent à diminuer les risques liés à la consommation.

Il existe des thérapies cognitives et comportementales, d’une part, et des solutions disponibles en pharmacie, d’autre part.


Pour aider à identifier la solution pharmaceutique appropriée, ce fascicule recense les principaux médicaments disponibles en pharmacie pour faire face aux consommations selon la stratégie établie.

Si vous avez besoin de renseignements supplémentaires, n’hésitez pas à demander à votre pharmacien.ne, ou à consulter les liens indiqués en dernière page.

TABAC

Envie de fumer moins ou d’arrêter ?

Plusieurs médicaments

pour faire face à la dépendance et aux symptômes de manque : nervosité, insomnie, sueurs…


Traitements de Substitution à la Nicotine (TSN)

Même si les TSN sont disponibles sans ordonnance, on conseille de voir un médecin ou de discuter avec le/la pharmacien.ne des objectifs, effets attendus, dosages…

Aux dernières nouvelles, toutes les formes de TSN seraient égales en efficacité, donc choisissez la forme qui vous convient le mieux en fonction de vos symptômes de manque.
Ce que vous évitez, avec les TSN, ce sont les risques liés à la combustion et au dépôt de particules dans les poumons.

Si vous remarquez des symptômes de surdosage (bouche sèche, nausée, mal de tête, tremblements) ou de sous-dosage (les mêmes que ceux du manque), parlez-en à votre pharmacien.ne.

LES PATCHS/TIMBRES (NICOPATCHLIB, NICORETTE, NICOTINELL, NIQUITIN)

Le principe : la nicotine présente dans le patch traverse votre peau et entre peu à peu dans la circulation sanguine, sur des durées allant jusqu’à 24h. La nicotine passe très bien dans la circulation par la peau, ce qui explique la popularité des patchs.


LES FORMES ORALES (NICOPASS, NICORETTE, NICOTINELL, NIQUITIN)

Comprimé sous la langue ou chewing-gum (qui doit être maché plus lentement qu’un chewing-gum normal : la nicotine avalée en même temps que la salive ne passe pas dans le sang. En effet, le passage de la nicotine se fait en transmuqueuse et non par l’estomac).

Les comprimés ou chewing-gum peuvent être parfumés à la menthe, eucalyptus, fruits…

Traitements contre la dépendance physique au tabac

Dans le cas ou les TSN seraient insuffisantes ou inefficaces, ces médicaments peuvent vous aider à faire face aux symptômes de dépendance physique au tabac. Sur ordonnance.

BUPROPION (ZYBAN®)

Aide au sevrage. Utilisé à l’origine comme antidépressant, on a remarqué que ceux qui en prenaient avaient moins envie de fumer.

Remboursement : non remboursé

VARÉNICLINE (CHAMPIX®)

Médicament qui permet de soulager le manque et de réduire les effets de plaisir quand on fume.

Remboursement : remboursé en sevrage de deuxième intention.

Alcool

Si vous avez décidé de transformer vos modes de consommation parce qu’ils affectent votre santé, votre quotidien,ou vos relations, la pharmacie a des solutions pour vous aider à faire face tant à la dépendance et au manque (anxiété, agitation, irritabilité, insomnie, sueurs,cauchemars, tremblements, nausées…) qu’aux carences déjà provoquées par votre consommation.

Ces solutions pharmaceutiques peuvent s’ajouter à des solutions « psychologiques » : thérapies cognitives et comportementales, groupes d’entraides, accompagnement par un travailleur social.

DISULFIRAM (ESPERAL®)

Ce médicament de type « antabuse » vise à diminuer la dépendance à l’alcool en provoquant des effets indésirables (chaleur, nausée, vomissements) lors de la consommation. Dans la dychotomie de la carotte et du bâton, il s’agit bien du bâton. Remboursement : 65 %

ACAMPROSATE (AOTAL®)
NALTREXONE (REVIA®)

Bien que leurs principes actifs diffèrent, ces deux médicaments auraient pour objectif de vous aider à maintenir l’abstinence. La naltrexone agit aussi sur le système opiacé (antagoniste opiacé), mais on ne comprend pas encore bien son fonctionnement.

On sait seulement qu’elle peut aider à éviter de faire une rechute dans les périodes de sevrage, et qu’à cause de son fonctionnement opiacé, elle est formellement contre-indiquée quand on est sous TSO.
Remboursement : 65 %

NALMÉFÈNE (SELINCRO®)

Le nalméfène est un médicament – sous forme de comprimé à avaler entier (!) – qui agit lui aussi sur le système de récompense opiacé, et qui réduit la « sensation de plaisir » induite par la consommation d’alcool.

Ce médicament vous sera prescrit pour éviter les grosses consommations d’alcool si vous cherchez à réduire le risque lié à votre consommation en général.

On le prend donc « quand on sent qu’on en a besoin », c’est-à-dire à l’approche d’une soirée, au mieux 1 à 2 heures avant de commencer à consommer.

Remboursement : 30 % « Le Sélincro® est une sorte de SuperRevia : le Revia® bloque les récepteurs opioïdes mu tandis que le Selincro® bloque les mu et les kappa. Si je n’ai pas encore d’avis clinique sur le Selincro®, il y a déjà une révolution dans son positionnement : c’est le premier médicament disposant d’une AMM dans l’alcool qui permet au patient de choisir entre abstinence complète et consommation contrôlée. » (Journal d’ASUD)

BACLOFÈNE (BACLOCUR®)

À l’origine, le baclofène était utilisé pour le traitement de contractures musculaires, mais on a découvert assez récemment qu’il pouvait aider à diminuer le désir irrésistible de consommation.

Les patients chez qui le médicament est efficace décrivent un seuil à partir duquel ils deviennent « indifférents » à l’envie qu’ils avaient auparavant et qu’ils n’arrivaient pas à contrôler.

Ce seuil varie d’un patient à l’autre et c’est le patient qui dirige ses prises de médicament. Les médecins peuvent prescrire le baclofène pour un sevrage d’alcool dans le cas où les autres traitements n’auraient pas été efficaces.

Remboursement : 30 %
« Dans le syndrome de sevrage, toutes les cases sont cochées : d’abord, un effet antidépresseur… un effet myorelaxant qui annihile la pesanteur musculaire stratosphérique du sevrage. Enfin… la possibilité de continuer à s’alimenter du brouhaha des cafés… » (Journal d’ASUD)

OPIACÉS

Les opiacés, c’est beaucoup de choses : certaines légales sur prescription médicale (morphine, médicaments analgésiques opiacés comme le tramadol, codéine, oxycontin, skenan), d’autres pas (héroïne, morphine, opium).

Les traitements de substitution aux opioïdes, qui constituent la principale réponse pharmaceutique pour les addictions aux opioïdes, ont été autorisés et largement
rendus accessibles en France en 1995 (pour la méthadone) et 1996 (pour la buprénorphine).

Avec un accompagnement médical, psychologique et social, ils permettent de réduire ou d’arrêter
la consommation d’héroïne ou autres produits
opiacés et de diminuer les risques liés à leur consommation.

Attention : certains médicaments de substitution aux opioïdes (TSO) sont classés comme stupéfiants.

En donner, en vendre, ou en posséder sans ordonnance vous expose à des risques judiciaires.

MÉTHADONE

La méthadone se présente sous forme de sirop (obligatoire en primoprescription), puis sous forme de gélule après un an de traitement.

Elle doit être prescrite la première fois par un centre spécialisé en addictologie (CSAPA, ELSA), en milieu hospitalier ou en milieu pénitentiaire.

Après quelques mois, votre médecin peut vous orienter vers le médecin de ville pour renouveller la prescription.
Si la méthadone agit sur les mêmes récepteurs que les autres opiacés, certains effets comme l’euphorie se font moins ressentir.

Les doses prescrites sont théoriquement décidées en partenariat avec votre médecin selon votre situation et mode d’usage.

Le médecin doit faire mention de la pharmacie qui vous délivrera la méthadone, mais c’est à vous que revient le choix de la pharmacie. La méthadone interagit avec les autres médicaments/substances (notamment avec la buprénorphine et autres substitutions) : parlez-en à votre médecin.
Il peut y avoir des effets secondaires : baisse de libido, transpiration, prise de poids, problèmes buccodentaires…).

N’hésitez pas à en parler à votre médecin ou votre pharmacien, qui vous aideront à trouver des solutions.

Remboursée à 65%.

BUPRÉNORPHINE (SUBUTEX®, OROBUPRE®, SUBOXONE® ET GÉNÉRIQUES)

La buprénorphine est un médicament disponible sous forme de comprimé sublingual (Subutex®, Suboxone® et génériques), à faire fondre sous la langue pendant 10 à 15 mn ou sous forme de lyophilisat orodispersible (Orobupré®) soluble en 10 à 15 secondes.

La Buprénorphine Haut Dosage (nommée ainsi parce que la buprénorphine avait déjà été disponible auparavant à très bas dosage, le Temgesic®) est disponible à 0,4, 1, 2, 4, 6, ou 8 mg.

Elle peut être prescrite par le médecin de ville et elle est généralement plus répandue que la méthadone en France.

Les prescriptions peuvent être faites pour 28 jours, avec des délivrances toutes les
semaines en pharmacie.

En théorie, la buprénorphine ne présente pas de risque d’overdose (contrairement à la méthadone), sauf si elle est consommée avec d’autres substances comme l’alcool ou les benzodiazépines.

Remboursés à 65%

ARRÊTER LES PRODUITS DE SUBSTITUTION

En pratique rien ne vous empêche de continuer votre traitement aussi longtemps que vous en avez besoin.
Si vous décidez, pour des raisons qui vous appartiennent, de vous sevrer de votre traitement, parlez-en à votre médecin puis à votre pharmacien.ne.

Attention aux risques de rechute, notamment pour la méthadone, qui présente une période de sevrage plus longue que celle de l’héroïne.

Réduction des risques
La réduction des risques comprend toutes les stratégies qui visent à réduire les risques liés à la consommation, qu’elle soit addictive ou non.

Ici, nous recensons le matériel de réduction des risques que vous pourrez trouver en pharmacie.

Déposer plainte auprès de l’ordre des pharmaciens

Porter plainte a l’odre des médecins

En cas de non-respect de vos droits chez un pharmacien :  

  • Vous devez d’abord protester verbalement au moment des faits, et faire part de votre intention d’en réferer à l’ordre des pharmaciens.
  • Vous devez ensuite adresser un courrier à la direction et/ou la comission de conciliation de votre caisse locale d’assurance maladie, en précisant les faits, et les droits qui n’ont pas été respectés. 
  • Vous pouvez également envoyer un courrier recommandé au conseil départemental de l’Ordre du professionnel de santé.  ASUD met à disposition un modèle que vous trouverez ici . Le conseil départemental est responsable de faire respecter le code de déontologie auquel sont soumis les pharmaciens, et de sanctionner s’il n’est pas respecté. 
  • Si toutefois rien n’est fait, vous pouvez entrer en contact avec un groupe d’autosupport (tel qu’ASUD) pour qu’il vous mette en contact avec un conseil juridique.

En cas d’écriteau “le cabinet ne prescrit pas de X”

Dans certaines officines, on peut lire des écritaux du style : « la pharmacie ne délivre pas de… », eh bien de toutes sortes de produits utilisés par les usager·es pour leur traitement de substitution aux opiacés, comme le subutex ou la méthadone, même si l’usager·e a une prescription en bonne et due forme. Cette pratique, comme la non-délivrance de manière générale, est évidemment proscrite par l’ordre des pharmaciens. Effectivement, on peut lire dans le code de déontologie : 

Sous-Section I Devoirs généraux Art. R. 4235-2

Le pharmacien exerce sa mission dans le respect de la vie et de la personne humaine. Il doit contribuer à l’information et à l’éducation du public en matière sanitaire et sociale. Il contribue notamment à la lutte contre la toxicomanie, les maladies sexuellement transmissibles et le dopage.

Art. R. 4235-6 Le pharmacien doit faire preuve du même dévouement envers toutes les personnes qui ont recours à son art.

Dans ce cas, il est possible de saisir le conseil de l’ordre des pharmaciens sur la base d’un argumentaire lié à la déontologie et au code de santé publique. Si vous voyez un écriteau de ce type : 

  1. Prenez l’écriteau en photo. Notez la date, le lieu, l’horaire. 
  2. Envoyez la photo et ces informations à ASUD (odu@asud.org)
  3. Déposez une plainte en votre nom (ASUD n’est pas habilité à déposer de plainte, même en tant qu’association agréée) auprès du conseil départemental de l’ordre des pharmaciens du département où est située l’officine, en utilisant si nécessaire le modèle de lettre disponible sur la plateforme de l’ODU (LIEN AVEC LA LETTRE TYPE).
  4. Partagez les étapes de votre démarche avec ASUD. 

Lire la suite

LES DROITS CHEZ LE MÉDECIN

Les Droits chez le médecins

Vos droits en tant qu’usager pendant vos visites chez le médecin.

voici une courte vidéo sur vos principaux droits chez le médecin

VOS DROITS !

En tant qu’usager.es chez le médecin, vous pouvez faire l’objet de plusieurs types de discriminations : refus de traitement, refus de prescriptions de certains médicaments a priori, écriteaux indiquant le refus de prescriptions de traitements de substitution dans les salles d’attente. 

Votre premier droit, le plus important en médecine de ville, c’est que vous avez le droit de changer de médecin à n’importe quel moment et pour n’importe quelle raison. Si vous ne sentez pas la relation thérapeutique, si vous vous sentez jugé.e pour votre consommation ou si vous n’êtes pas entendu.e dans vos besoins, vous pouvez, comme on dit, aller voir ailleurs. 

Cela dit, ce n’est pas toujours facile d’aller voir ailleurs — ça peut de devoir se déplacer loin de chez soi, recommencer une démarche, reprendre à zéro.

Si vous êtes dans une situation de discrimination, vous pouvez déposer une plainte auprès de l’ordre des médecins ou le faire savoir à la personne compétence de l’Agence Régionale de Santé.

Vous pouvez également déposer une doléance auprès de l’ODU. Ceci nous permettra de vous accompagner dans vos démarches, même si dans les faits, en tant que patient.e et usager.e du système de santé, c’est en votre nom que celles-ci doivent être effectuées. L’avantage de porter plainte, c’est que ça peut pousser la situation à s’améliorer, pour vous et pour d’autres usager.e.s. 

Pour mieux connaître vos droits chez le médecin en matière de traitements de substitution, vous pouvez consulter le manuel de la substitution

On y explique notamment le passage de structure/hôpital à médecine de ville pour la méthadone et le subutex. 

Porter plainte a l’ordre des médecins

En cas de non respect de vos droits chez un médecin : 

  • Vous devez d’abord protester verbalement au moment des faits, et faire part de votre intention d’en réferer a l’ordre des médecins.
  • Vous devez ensuite  adresser un courrier à la direction et/ou la comission de conciliation de votre caisse locale d’assurance maladie, en précisant les faits, et les droits qui n’ont pas été respectés.
  • Vous pouvez également envoyer un courrier recommandé au conseil départemental de l’Ordre du professionnel de santé. 

La lettre type

ASUD met à disposition un modèle que vous trouverez ici . Le conseil départemental est responsable de faire respecter le code de déontologie auquel sont soumis les médecins, et de sanctionner s’il n’est pas respecté.

Si toutefois rien n’est fait, vous pouvez entrer en contact avec un groupe d’autosupport (tel qu’ASUD) pour qu’ils vous mettent en contact avec un conseil juridique.

En cas d’écriteau “le cabinet ne prescrit pas de X”

Dans certaines salles d’attente ou à proximité de certains centres de soin, on peut lire des écritaux du style : « ce cabinet ne prescrit pas de … », eh bien de toutes sortes de produits utilisés par les usager·es pour leur traitement de substitution aux opiacés, comme le subutex ou la méthadone. 

Dans ce cas, il est possible de saisir le conseil de l’ordre des médecins sur la base d’un argumentaire lié à la déontologie médicale et la non-discrimination. Le médecin en question, en refusant de prescrire les médicaments nécessaires à la santé des usager·es, exerce une discrimination sur la base des « moeurs ». En effet, comme l’explique le code de déontologie : 

Le médecin doit écouter, examiner, conseiller ou soigner avec la même conscience toutes les personnes quels que soient leur origine, leurs moeurs et leur situation de famille, leur appartenance ou leur non-appartenance à une ethnie, une nation ou une religion déterminée, leur handicap ou leur état de santé, leur réputation ou les sentiments qu’il peut éprouver à leur égard.

Il doit leur apporter son concours en toutes circonstances.

Il ne doit jamais se départir d’une attitude correcte et attentive envers la personne examinée.

Si vous voyez un écriteau de ce type : 

  1. Prenez l’écriteau en photo. Notez la date, le lieu, l’horaire. 
  2. Envoyez la photo et ces informations à ASUD (odu@asud.org)
  3. Déposez une plainte en votre nom (ASUD n’est pas habilité à déposer de plainte, même en tant qu’association agréée) auprès de l’ordre des médecins, en utilisant si nécessaire le modèle de lettre disponible sur cette plateforme.
  4. Envoyer la plainte à l’ordre des médecins de votre département. Vous trouverez les adresses utiles sur le site de l’ordre : https://www.conseil-national.medecin.fr/patient/droits/discriminations-soins#sommaire-id-1
  5. Partagez les étapes de votre démarche avec ASUD. 

Parlons-en !! Des questions ?  envie de débattre ? tout se passe ici !!

Asud vous donne la possibilité de vous exprimer , de débattre dans la joie et la cordialité , les commentaires sont ouvert anonymement , un peu de bon sens et de respect pour des débats claire et respecteux de toutes et de tous

Lire la suite

Global drug Survey special Covid-19

Aujourd’hui, nous vous invitons à participer à l’Edition Spéciale de la Global Drug Survey (GDS) sur le COVID-19. La Global Drug Survey est l’une d’est plus grande enquête sur les drogues qui regroupe chaque année 130 000 participants dans plus de 20 pays dont la France. 

La participation à cette enquête vous prendra 10 à 15 minutes dans le cas où vous avez consommé de l’alcool récemment, et un peu plus de temps si vous avez consommé d’autres drogues. Les questions porteront sur la manière dont le COVID-19 a impacté votre situation de vie, vos relations interpersonnelles, et votre santé mentale.

Nous vous demanderons si votre consommation d’alcool et d’autres drogues a évolué depuis le COVID-19, ainsi que sur les évolutions des marchés de la drogue et de l’accès aux services dans votre pays. Enfin, nous vous proposerons de rejoindre une cohorte du GDS en répondant à un questionnaire tous les 30 jours pour rester à jour des évolutions de votre consommation dans cette situation si particulière que nous vivons actuellement. Vous pouvez participer à l’enquête jusqu’à la mi juin, après il sera trop tard !

La participation à cette enquête n’est en aucun cas obligatoire. Vous pouvez choisir de ne pas y participer, et vous pouvez décider de ne pas répondre à toutes les sections. Cependant, une fois que vous avez commencé, vous pouvez vous retirer du questionnaire à n’importe quel moment, mais prenez en compte que les réponses déjà indiquées seront envoyées et utilisées.

L’enquête est menée par une équipe internationale, sous la direction du Pr Adam Winstock et la référente de l’enquête en France est Marie Jauffret-Roustide, sociologue à l’Inserm.

Retrouvez toutes les informations au sujet de la Global Drug Survey sur leur site internet.

Hommage au Professeur Michel Reynaud

Figure de l’addictologie qu’il a largement contribué à fonder, le professeur Reynaud, mais aussi Michel pour beaucoup de gens, a été un grand médecin et un grand professeur comme la France sait en produire, avec une carrière médicale et universitaire des plus brillantes. Dans ce champ qu’il a pensé et théorisé (voir son Traité d’addictologie, et al. Lavoisier 2016), il a su comprendre à quel point la question de la place du patient était centrale, comment le pari sur son autonomie au cœur même de l’aliénation addictive était le bon. Proche et toujours soutenant des groupes d’entraide et d’auto-support, engagé à promouvoir la figure d’un patient-expert en addictions (il était président d’honneur de France Patients Experts Addictions à qui il a donné l’impulsion initiale), il n’a eu de cesse de déjouer les grandeurs institutionnelles qu’il avait atteintes par un dialogue fait d’humanité, de respect et d’empathie avec les usagers et les patients. Sensible à la dimension sociale, politique et collective de la question des addictions, aux enjeux de la prévention, de la réduction de risques, de la régulation et du soin, il présidait le Fonds Actions Addictions et avait porté le projet numérique Addict Aide – Le Village des addictions (https://www.addictaide.fr/). Ce village a perdu un édile bienveillant, humain, engagé et disponible, toujours soucieux de servir au moins autant que de gouverner.

Psychédélisme, punk et techno : expériences croisées

Des débuts du psychédélisme aux raves parties contemporaines il est possible d’établir une filiation. Difficile en effet de ne pas penser à des teufeurs transportant leur sound system aux quatre coins de l’Europe quand on lit les aventures des Merry Pranksters sillonnant les USA dans un bus bariolé pour organiser des « acid tests » à grand renfort de stroboscopes, de peinture fluo, de déguisements exubérants… Et bien sûr de LSD !

Sans y appartenir, le mouvement punk s’entrecroise avec cette filiation. Son esthétique est différente, pourtant elle se rapproche de certaines composantes de la culture techno… Des punks qui s’éclatent en teknival aux Hells Angels invités à se défoncer avec les Merry Pranksters, la consommation de drogues favorise-t-elle les rapprochements entre les contre cultures qui partagent ce point commun ?

Isaac Abrams, artiste peintre : « Retour sur une carrière d’artiste psychédélique »

Elise Grandgeorge anthropologue (Université Aix Marseille) : traduction

Vincent Benso, sociologue (ASUD / Techno+) : « Techno et drogues, 35 ans de passion… Pour le meilleur et pour le pire ! »

Alexandre Marchant, historien (ISP Cachan) : « Culture et esthétique de la défonce : drogues et mouvement punk (années 1970-1980) »

Florian Bureau, militant associatif (ASUD / Techno+),modérateur

Intervenants

Isaac Abrams, artiste peintre : « Retour sur une carrière d’artiste psychédélique »

Biographie : Isaac Abrams est l’un des pères fondateurs de l’art psychédélique. Après avoir expérimenté avec des drogues psychédéliques au début des années soixante, il se met à peindre et va étudier avec le peintre visionnaire Ernst Fuchs à Vienne. Très impliqué dans le monde psychédélique de New York, il organise la toute première exposition d’art psychédélique en 1965 et rencontre Timothy Leary et nombre de ses associés. 

Description : Cette présentation fera la part belle aux œuvres de l’artiste, qui sélectionnera plusieurs d’entre elles en les commentant. Il reviendra également sur son rôle dans le développement de cette forme d’art et dans la scène psychédélique new-yorkaise d’après-guerre.

« All Things Are One Thing »

Cette peinture a été achetée par Reed Erickson, philanthrope et transsexuel qui a créé une fondation pour étudier la transsexualité.

Alexandre Marchant, historien : « Culture et esthétique de la défonce : drogues et mouvement punk (années 1970-1980) »

Biographie :

Alexandre Marchant est professeur agrégé d’histoire et enseigne au lycée Albert Camus de Bois-Colombes. Docteur en histoire de l’ENS de Cachan, il est chercheur associé à l’Institut des Sciences sociales du Politique (ISP Cachan). Ses recherches portent sur l’histoire de la prohibition des stupéfiants en France dans le dernier tiers du XXe siècle et les économies criminelles de la drogue. Il a récemment publié L’impossible prohibition. Drogues et toxicomanie en France, 1945-2017, Paris, Perrin, 2018.

Résumé :

Le courant musical punk s’est inséré dans le paysage musical français dans la seconde moitié des années 1970. En plus d’être un nouvel avatar du rock, il reposait sur une sous-culture de la transgression permanente, un certain nihilisme et un goût pour la « défonce », et se retrouva donc assez logiquement associé aux drogues : amphétamines, cocaïne ou encore héroïne. Le “trip speed, shooteuse, arnaque et baston” est encensé par exemple dans L’Aventure punk, sorte de manifeste du mouvement punk français écrit par Patrick Eudeline en 1978. Tandis que certains groupes ou artistes phares de la scène punk ne faisaient mystère de leur consommation de « speed ». Mais ce courant a aussi participé à sa manière à la diffusion des drogues dans la société, le nihilisme punk transparaissant dans les poly-consommations de nombreux marginaux de l’époque. Il fut aussi à la source d’un imaginaire de dope-comics, dont le personnage de Bloodi créé par Pierre Ouin est une figure centrale, que se sont approprié de nombreux usagers de drogue des années 1980.

Vincent Benso, sociologue (ASUD / Techno+) : « Techno et drogues, 35 ans de passion… Pour le meilleur et pour le pire ! »

Vincent Benso est sociologue, membre de Techno +, d’ASUD, observateur pour TREND Île de France et rédacteur à la revue Swaps. Acteur de terrain engagé dans le champ de la réduction des risques depuis près de 15 ans, il a mené des recherche-actions sur le trafic, les « nouvelles » drogues, les consommations en espace festif techno et les usages d’Internet liés aux drogues, dont des résumés sont accessibles en ligne. Il a aussi récemment écrit un chapitre de « la catastrophe invisible, histoire sociale de l’héroïne, publié aux éditions Amsterdam sous la direction d’A. Coppel et de M. Kokoreff. 

Résumé : Mis systématiquement en avant par les autorités publiques et les médias, le lien entre musique techno et drogues a largement participé à la création du stéréotype du teufeur et à la perception des fêtes techno comme des situations à hauts risques. Victime collatérale de la guerre à la drogue, la techno underground résiste pourtant depuis plus de 35 ans, donnant parfois l’impression qu’elle se nourrit de la stigmatisation dont elle est l’objet. 

Quoiqu’il en soit, des tensions existent à l’intérieur de la galaxie des musiques électroniques, entre rejet et valorisation des différentes drogues… Nous tenterons de les mettre à jour en les situant dans une filiation culturelle plus large que les seules musiques électroniques afin d’étudier les rapports mouvementés qu’entretiennent drogues et Techno. 

Florian Bureau, militant associatif / Webmaster (ASUD / Techno+)

Florian Bureau est un amateur de free party et de musique techno depuis une quinzaine d’années. Après avoir longtemps côtoyé les associations de réduction des risques et plus particulièrement de santé communautaire comme Techno+ en temps que simple teufeur, il à intégré cette association touché par les valeurs pour lesquelles elle se bât. Tel que le non jugement, l’écoute, la défense de la culture tekno, l’accès à une information sur les drogues objective et la mise en place d’une politique de réduction des risques liés à l’usage récréatif des drogues, c’est-à-dire une politique basée sur la responsabilisation des consommateurs et non sur l’interdit et la répression. Membre du conseil d’administration national de Techno+ et webmaster pour Asud, il est un militant impliqué pour un changement de la politique des drogues.

Organisateurs

Vincent Benso, membre de Techno +
Béchir Bouderlaba, juriste, Directeur Exécutif de NORML France
Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Christian Chapiron (Kiki Picasso), artiste
Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD
Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue
Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

Enquête Mondiale sur les Drogues 2019

Professeur Adam R. Winstock, Dr Monica Barratt, Dr Larissa Maier et professeur agrégé Jason Ferris

(l’équipe de recherche principale de GDS)

Veuillez partager le vôtre et participer à la plus grande enquête sur les drogues au monde: GDS2019 www.globaldrugsurvey.com/GDS2019

La Global Drug Survey (GDS) est la plus grande enquête mondiale sur les drogues. GDS est composé d’un réseau d’experts internationaux dans les domaines de la drogue, de la santé, de l’épidémiologie et des politiques publiques. GDS utilise une plateforme de sondage en ligne cryptée pour mener des sondages anonymes annuels. Au cours des six dernières années, plus de 550 000 personnes ont participé à nos enquêtes.

Notre dernière enquête, GDS2019, lancée en novembre 2018, a été traduite dans 23 langues avec des partenaires dans plus de 35 pays. En partenariat avec les médias mondiaux et les réseaux d’information du monde entier et avec les organisations de réduction des dommages et l’industrie du divertissement, GDS se concentre sur des problèmes qui sont souvent ignorés par les organisations de recherche traditionnelles et les centres financés par le gouvernement.

En tant qu’indépendants, nous sommes libres d’explorer les problèmes liés à la consommation de drogues et nous pouvons concentrer notre attention sur notre mission: rendre la consommation de drogues plus sûre, quel que soit son statut juridique. Toutes nos recherches sont approuvées par des comités d’éthique universitaires et ont conduit à ce jour à la publication de 50 publications examinées par des pairs au cours des 6 dernières années.

S’attaquer à des problèmes tels que la prévention des surdoses, le virus du sang, les politiques irrationnelles en matière de drogue, les applications inéquitables et les violations des droits de l’homme est essentiel pour changer la façon dont nous pouvons réduire les méfaits de la consommation de drogue à l’échelle mondiale. GDS complète les travaux effectués par des groupes de recherche et de défense des droits qui œuvrent pour le changement dans ces domaines importants en se concentrant sur les habitudes de consommation de drogues et les méfaits potentiels des masses cachées de consommateurs de drogues non dépendants. En outre, nous visons à identifier les nouvelles tendances en matière de drogue avant qu’elles n’entrent dans la population.

Créer une voix de confiance pour partager cette information est un défi d’autant plus que la source d’informations la plus fiable sur les drogues provient des consommateurs de drogues. GDS considère que son rôle consiste à traduire l’expertise et l’expérience de centaines de milliers de personnes qui consomment des drogues en informations utiles, crédibles et utiles sur le comportement des toxicomanes et ressources gratuites sur la réduction des méfaits partagées par notre réseau mondial de médias et par notre site Web.

Participer à l’enquête mondiale sur les drogues est aussi important cette année que toute autre année. Le monde de la drogue a radicalement changé au cours de la dernière décennie, les progrès de la technologie ouvrant de nouvelles voies pour réduire les risques et réduire la réglementation des médicaments dans de nombreuses régions. On accepte de plus en plus la nécessité de changer les choses, en appelant à des solutions de rechange qui permettraient de lutter contre les atteintes à la démocratie et d’atténuer le pouvoir destructeur du crime organisé qui cause des centaines de milliers de morts chaque année et de tenir les conversations honnêtes à distance, tout en criminalisant autrement citoyens respectueux de la loi avec la marginalisation continue des plus vulnérables de notre société.

Cette année, nous explorons ce nouveau monde courageux. Nous allons examiner certains domaines fascinants, tels que le microdosage du LSD et l’acceptabilité des psychédéliques en psychiatrie, en vue d’évaluer différentes drogues, y compris l’alcool en termes de rapport qualité-prix. Nous examinerons l’impact des avertissements sur la santé liés au cannabis sur les connaissances et l’attitude des consommateurs vis-à-vis de la consommation et étudierons les raisons pour lesquelles les consommateurs consomment des produits alimentaires contenant du cannabis. Nous revisitons les drogues et la police et demandons à quel point vous faites confiance à la police de votre pays pour vous traiter équitablement. Nous effectuerons également des recherches sur la question complexe, délicate et trop actuelle de l’agression sexuelle et du consentement dans le contexte de la consommation de drogue et d’alcool. Nous poursuivons notre évaluation des marchés des drogues au noir et des nouveaux médicaments psychoactifs et posons la question«À quel point avez-vous confiance en la personne à qui vous prenez de la drogue? Enfin, nous vous demanderons si vous paieriez plus pour la cocaïne du commerce équitable.

Comme toujours, l’enquête est cryptée, anonyme et confidentielle et nous ne collectons pas les adresses IP. La première fois que l’on voit les résultats, c’est lorsque nos partenaires médias les partagent en mai 2019.

L’expérience compte.

 

Réforme de la justice pénale : stop aux politiques répressives en matière de drogues !

A la veille de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi Justice qui
propose d’instaurer une amende forfaitaire délictuelle pour le délit d’usages de stupéfiant, nos
organisations* dénoncent, à travers la publication d’un livre blanc, les conséquences néfastes de ce
projet de réforme sur la santé et les droits des personnes usagères de drogues.
Dans ce livre blanc, les organisations révèlent les failles d’une politique répressive exercée par le
gouvernement, qui découle de la loi de 1970. Cette politique s’est révélée inefficace et contreproductive.

En effet, la France reste depuis plusieurs années le premier pays consommateur de
cannabis et le 3ème pays consommateur de cocaïne en Europe.
Par ailleurs, la mise en application de cette politique a des coûts sociaux et économiques très élevés.
Aujourd’hui, 75% du budget dédié à « la politique de lutte contre l’usage de drogues et les conduites
addictives » est consacré à la lutte contre les infractions au détriment de la santé, de la prévention et
de la réduction des risques.
Inscrit dans le projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, la loi sur l’amende forfaitaire délictuelle entend sanctionner de 300 € tout usage de stupéfiant tout en conservant la peine d’emprisonnement encourue. Cette réforme accentue la politique prohibitive appliquée par le gouvernement et ne fait qu’exacerber la stigmatisation et le mépris des droits des personnes concernées qui les éloignent d’un système de soins et de prévention.
Le Sénat ayant déjà voté favorablement à l’instauration de l’amende forfaitaire, c’est au tour de la
commission des lois de l’Assemblée Nationale d’examiner cette réforme le 14 novembre.
Face à cette situation alarmante, les associations appellent les parlementaires :
– Au retrait de l’article 37 portant sur l’élargissement du dispositif d’amende forfaitaire
délictuelle à l’usage illicite de stupéfiants.
– A l’ouverture d’un débat national pour une nouvelle politique des drogues fondée sur la
promotion de la santé publique et le respect des droits humains.

livre_blanc_final_web_2

synthËse_web_final_2

CP 13.11.18 RÈforme PÈnale VERSION FINALE

Contacts presse :
Médecins du Monde : Fanny Mantaux – 06 09 17 35 59 | Fanny.mantaux@medecinsdumonde.net
AIDES : Antoine Henry – 01 41 83 46 53 | 06 10 41 23 86 | ahenry@aides.org
* AIDES, Auto-Support des Usagers de Drogues (ASUD), Fédération Addiction, Ligue des Droits de l’Homme,Médecins du Monde, Norml France, SOS Addiction et le Syndicat de la Magistrature.

Prohibitions des drogues et contre-cultures EHESS 2018/2019

A partir du 8 novembre 2018 Asud en collaboration avec l’EHESS vous présenteront leurs nouveaux colloques sur le thème « Prohibitions des drogues et contre-cultures »

Jeudi de 17 h à 20 h (amphithéâtre François-Furet, 105 bd Raspail 75006 Paris), 8 novembre 2018, 10 janvier, 14 février, 14 mars, 11 avril, 9 mai et 13 juin 2019

Lire la suite

Injections le poids du social

NOUVEAUX PROFILS D’INJECTEURS, PROBLÉMATIQUES SOCIALES ET POLITIQUES QUI SOUS-TENDENT L’INJECTION

Marie Jauffret-Roustide est sociologue, chargée de recherche à l’Inserm et co-coordinatrice du programme D3S « Sciences sociales, Drogues et Sociétés » à l’École des hautes études en sciences sociale (EHESS). Elle est également une compagne de route d’Asud, qui s’est penchée sur l’usage des drogues appréhendé comme objet social normatif, plutôt que sous l’angle de la sociologie de la déviance. Auteure d’une comparaison pertinente entre Asud et Narcotiques anonymes en 2002(1), nous l’avons sollicitée dans ce numéro sur l’injection pour son regard de professionnelle qui interroge les stéréotypes… Et pas toujours dans le sens de la pente.

Lire la suite

Codéine

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Quisque vitae arcu mauris. Nunc hendrerit placerat vulputate. In id nisi est. Phasellus id nisl enim. Vestibulum quis metus mi. Etiam pretium libero eu tempor convallis. Integer eget lacus augue. Aliquam ut tellus ligula. Sed varius id augue sit amet lacinia. Maecenas fermentum lectus a metus suscipit, hendrerit fringilla augue fermentum. Proin eu aliquet nisi. Vestibulum ante ipsum primis in faucibus orci luctus et ultrices posuere cubilia Curae; Suspendisse malesuada malesuada malesuada.

Fusce hendrerit at massa a commodo. Ut luctus sapien id risus sagittis, eu aliquam erat facilisis. Nunc eu maximus felis, eget molestie erat. Maecenas in ante ac turpis pellentesque suscipit. Quisque sodales sapien ac tortor interdum vulputate. Proin luctus ultricies erat, sed interdum lorem blandit mattis. Aliquam erat volutpat. Sed at pulvinar tellus, eu commodo velit. Ut sed quam a augue pellentesque lobortis at quis arcu. Morbi ultricies euismod mi ut dapibus. Vestibulum sollicitudin malesuada eros, non volutpat velit porta congue. Nulla non sapien nec felis venenatis vulputate vitae sed dolor. Quisque consequat, augue in dictum pharetra, tellus risus scelerisque nisi, vitae tempus tortor lacus sagittis erat.

NOUVELLE BROCHURE DISPONIBLE : OVERDOSES TOME 2 Stimulants

Quand on pense overdose, on pense généralement opiacés. Pourtant, chaque année en France, plusieurs dizaines de personnes décèdent d’overdoses de stimulants. La cocaïne est ainsi responsable d’environ 10 % des décès par overdose (en consommation unique) et impliquée dans environ 30 % des décès liés à des poly-consommations. Elle est aussi le premier facteur de décès par accident vasculaire cérébral chez les moins de 35 ans et, selon l’ANSM, le nombre d’intoxications liées à son usage a doublé entre 2015 et 2016 et continue d’augmenter. Par ailleurs, avec le retour d’ecstasys très fortement dosés et le développement de la consommation de cathinones, on observe aussi une hausse du nombre d’accidents et de décès liés à des surconsommations de ces produits sérotoninergiques. Les effets et les risques des produits stimulants sont variés et complexes. Mal compris, ils sont souvent sous-estimés par les consommateurs qui se trouvent d’autant plus dépourvus lorsqu’ils en sont témoins ou victimes qu’ils ne connaissent pas toujours les signes avant-coureurs ni les réactions à avoir.

Le but de cette brochure est donc d’expliquer aussi clairement que possible ces risques, de donner des « trucs » pour les réduire et réagir  en cas de problème.

asud brochure OD-stimulants-08

Casse Toi Bien / L’Art de se droguer

25 ans ! La « quarterlife crisis » caractérisée par le blues de la fin des utopies adolescentes. C’est pourtant bien ce stade que le CIRC et ASUD ont atteint.

25 ans de luttes anti prohibitionnistes, de défense des droits des usagers et des libertés individuelles à consommer des substances.

25 ans de ténacité, d’obstacles et de coups durs pour quelques belles victoires mais une loi de 70 toujours gravé dans le granit législatif.

Pourtant, point de renoncement, nos rêves ne sont  pas partis en fumé. Et cet anniversaire nous souhaitons le partager avec un ensemble d’associations d’usagers et de camarades de luttes, dans l’allégresse, autour d’une journée artistique et festive sur le thème de notre sujet favoris : les drogues. Au programme, expositions de peintures et de photos, projections de films, animations, stands divers et DJs. Parce que les drogues c’est aussi une « Culture » riche et que ça devrait être avant tout de la joie, de la bonne humeur, de la convivialité, bref du PLAISIR.

De quoi faire sourire un clown et rendre les drogués zeureux !

Et voilà le programme de cette journée bien remplie ou vous pourrez vous balader entre expos, projections, débats, librairie et les stands de chaque association participante Asud, le CIRC, Techno+, Principes Actifs, Chanvre et Liberté et  Psycoactif.
Pour clôturer cette journée, nous planerons sur le son stupéfiant du DJ Set !
NOUVEAU TIGRE / LA TERRASSE

14h – 20h : Drug Culture

  • La librairie So Long Lady se déplace au Cirque avec l’Esprit Frappeur et les Editions du Lézard.
  • Expositions de Kiki Picasso, Jacob Kris, Michel Derlique et Techno+
  • Village associatif

20h – 22h : Buvette et Restauration Débat

Intervalles de convivialité & Discussions :

  • Drogues et Droit Humain.

  Intervenants : Fabrice Olivet président Asud, Alexandro Stella directeur de recherche à EHESS

  • Cannabis Thérapeutique, enjeux et

  Intervenants : Fabienne Lopez membre de l’’association Principes Actifs

  • Nouvelles Politiques des Drogues. Contraventionnalisation, dépénalisation, légalisation
    Intervenants : Geoges Lachaze,  membre de l’association Asud, Florian Bureau vice-président de
    l’association Techno+
  • L’Art et la Drogue/la Drogue et l’Art

  Intervenants : KiKi Picasso, Maxime Laglasse président deTechno+

 

22h – 01h30 : DJ Sets

  • 22h00-23h30 : Antoine Calvino (Microclimat)
  • 23h30 – 1h30 : Deux des activistes du TSF Sound System : Abstracker (TSF/Digital Whomp) et Animal Beatz (TSF/Lunar distance)

Squatteurs de dancefloor depuis le berceau, une paire de junkies accro aux infrabasses en Dj-set

Au menu du jour une intraveineuse de techno acid et de groove psychédélique, un sniff de Beats funky ou encore une taf de dub digital et de balkan beatz.
Poly-consommation conseillé.

 

L’ANTI-CLUB 

14h30 – 20h30 : Projections & Echanges Asud, Xanaé

  • 14h30 – 16h : ASUD RdR & Débat

Les réalisateurs Philippe Lachambre et Laurent Appel, s’attachent à présenter un état des lieux des dispositifs actuels de RdR depuis l’inclusion en 2002 des établissements « expérimentaux » de prise en charge dédiés dans le système médico-social (CAARUD, CSAPA, etc.) et l’inscription de la politique de RdR dans le code de santé publique en 2004-05. Ce bilan est dépeint grâce aux témoignages de professionnels, d’usagers de ces structures et des membres d’ASUD. A travers ces regards croisés, c’est aussi un constat des réussites, des limites et des améliorations nécessaires de ces dispositifs qui est proposé, avec comme fil conducteur le point de vu des premières personnes concernées, les usagers et ex-usagers de drogues.

 

  • 16h – 17h30 : Sisters-In-Drugs and Heiressess, Petites Sœurs en Drogue et Héritières
    Anne Coppel et Carlo Bengio

Pour fêter les 50 ans de la publication du Festin Nu de William Burroughs- côté femmes !
Avec toutes celles qui dans leur œuvre, dans leur vie font écho à William Burroughs
A toutes celles qui se sont servi des drogues à la recherche d’elles-mêmes
Le diaporama sera accompagné d’une performance avec des extraits de William Burroughs, lus par Carlo Bengio, comédien.

 

  • 18h – 20h30h : Ex-Taz

Rencontre avec la réalisatrice, Xanaé Bove

Paris, début 90, espace des possibles. Les galaxies underground découvrent un nouveau son, créent un nouvel espace de liberté éphémère (des TAZ **) lors des premières raves. Pour la première fois, un compte-rendu sur le cross-over de l’époque. Les 90s vues de l’intérieur par ses acteurs et activistes. Plus de 30 témoins des galaxies musicales, culturelles, underground. Du plus secret au plus médiatisé…

 

** TAZ d’après le livre éponyme d’Hakim BEY : espace de liberté éphémère, appelé à se dissoudre pour ressurgir ailleurs, une fois nommé, médiatisé.

 

 

 

 

 

 

Marche Mondiale du Cannabis

« Ailleurs la régulation du cannabis est en marche. En France, marchons pour la légalisation du cannabis! »

Depuis 1970, la politique d’interdiction du cannabis a eu le temps de
prouver sa nocivité et son inefficacité : Elle favorise l’exposition des usagers aux trafics et aux dépendances, elle permet la vente non contrôlée de produits frelatés, elle enrichit les groupes
criminels tout en privant de nombreux malades d’un soin précieux.
Le vrai laxisme, c’est de poursuivre dans cette voie!

  • L’ouverture d’un grand débat national sur les modalités de réforme
    de la loi de 1970 au nom de la santé et de la sécurité publique.
  • La dépénalisation de la consommation, de la possession et de l’auto-production pour usage personnel.
  • La possibilité de prescription médicale du cannabis sous sa forme naturelle pour les patients qui pourraient en tirer un bénéfice.
  • Une information et une prévention cohérente, étayée scientifiquement permettant de réduire les risques liés à la consommation.
  • L’expérimentation de Cannabis Social Clubs permettant aux usagers de se regrouper en filières courtes de production et de distribution.
  • La régulation globale de toute la filière cannabicole qui apportera emplois, revenus fiscaux et justice sociale.

PARIS – BASTILLE – 29 AVRIL 2017 à 14h

Communiqué de Presse 2017

Communiqué de Presse Complémentaire 2017 

Event Facebook Paris

PROGRAMME DE LA MARCHE PARISIENNE :

14H
Rassemblement sur la Place Bastille, plusieurs chars seront présents pour animer la manifestation dans plusieurs ambiances afin de transformer cette marche en une véritable parade festive, citoyenne et pacifique. Un bus impérial Newsweed sera aussi présent pour animer la manifestation avec de nombreuses surprises de prévues!

15H
Départ de la Marche en direction de la place de la République par le Bvd Beaumarchais / Bvd du Temple depuis la Place de la Bastille.

15H45
Arrivée Place de la République pour retrouver des graffiti-artists en live session ainsi que quelques food-trucks pour se restaurer.

VENEZ NOMBREUX !

Engagez-vous maintenant pour
la légalisation du cannabis !

Suivez et animez le hashtag #Parijuana ou #MMC2017
sur FACEBOOK et TWITTER 

*

Ailleurs en province le 13 mai 2017

Pour le moment les villes ayant confirmé des évènements sont :
Votre ville n’est pas dans la liste? Organisez votre manifestation locale!

Caen (14)


Double objectif pour Caen :
Défendre la légalisation et sensibiliser au niveau local.
Co-organisé par le collectif Rast’Art

Rendez-vous le samedi 13 Mai 2017 à 15h, place de l’Hôtel de Ville
15h30 :
Départ de la Marche pour rejoindre la Centrifugeuz
Dès 16h30 :
Buvette/Restauration/Merchandising Rast’art
Diverses animations (détails à venir)
18h30 – 21h :
Concerts

Chartres (28)


Rendez-vous vous est donné le samedi 13 Mai à 14h Place Pasteur
(Face au cinéma « Les enfants du paradis »).
14h30 départ de la Marche – Arrivée prévue vers 15h au parc André Gagnon où le cortège rejoindra un sound system déjà installé dans le parc.

Cette année,
Ghana Sound System ainsi que L’NEZE & tout son crew viendront soutenir la marche en musique pour le plaisir de nos oreilles.

On compte sur vous pour faire de cette marche une fête!

La page Facebook de la Marche Mondiale Cannabis Chartes

Lyon (69)


Info de dernière minute :
le CIRC Lyon organisera un événement symbolique le samedi 29 avril à partir de 15h, Place Carnot, pour une marche jusqu’à la Place des Terreaux.

Ce rassemblement pacifique revendiquera la fin de la prohibition du cannabis, la libération des prisonniers, la mise en place d’une réglementation de l’usage récréatif et de l’usage thérapeutique.

L’événement sur Facebook : Marche Mondiale du Cannabis à Lyon

Nantes (44)


Rendez vous le samedi 13 Mai de 14h à 18h au Miroir d’Eau, cours John Kennedy, pour un rassemblement pacifique et un stand d’informations ainsi qu’un concert Reggae offert par le groupe « Get Ready ».

Venez nombreux manifester votre soutien à la régulation du chanvre/cannabis, sous ses multiples aspects !

La page Facebook de la Marche Mondiale du cannabis à Nantes

Poitiers (86)


Rendez-vous le samedi 13 Mai 2017 à 14h Place d’Armes.

Rencontrons nous et échangeons autour d’un stand d’informations afin de demander la légalisation du Cannabis, le droit à l’auto-production, la liberté de se soigner et le droit de consommer légalement du chanvre quel que soit son titrage en cannabinoïdes.

La page Facebook de la Marche Mondiale Cannabis Poitiers

Rennes (35)


Non pas une, mais deux dates sur Rennes :

  • Le jeudi 20 avril pour un rassemblement Place de la Mairie à 16h20.
    Au programme : Débat : Pourquoi « la guerre à la drogue » est-elle un échec?
    Rencontres et réunion d’informations sur le chanvre et ses usages.

Et comme dans toutes les autres villes de France :

  • Le samedi 13 mai à 14h, Place de la Mairie pour un rassemblement qui se veut festif et fédérateur à l’image de la manifestation Parisienne.

St-Flour (15)


Rendez-vous le samedi 13 mai au kiosque à musique sur les Allées Georges Pompidou à 14h avec un stand d’information présentant les avantages apportés par une nécessaire régulation complète de la filière cannabicole.

En début de soirée aura aussi lieu une projection avec conférence et débat.
Plus de précisions à venir rapidement.

Toulouse (31)


Rendez-vous le samedi 13 Mai à 14h Place du Capitole.

Pour un rassemblement en faveur d’une réforme sur la politique du cannabis en France, avec un stand d’information présentant les revendications suivantes :

  • Dépénalisation de l’usage privé
  • Expérimentation des Cannabis Social Clubs
  • Délivrance en pharmacie sur prescription médicale

Dr Hart : un neurobiologiste au pays des droits civiques

Sur le site de la conférence Albatros, la biographie du Dr Hart est un petit chef d’œuvre d’Understatement. On y parle de son action « pour contrer la consommation de cocaïne… » et de son « engagement en faveur des patients les plus défavorisés ». Dans les faits, l’auteur de High Price1 prescrit des psychostimulants dans un cadre médical et dénonce la guerre à la drogue comme une guerre menée contre la communauté africaine-américaine. La présence incongrue de Carl Hart le 5 juin dernier au rendez-vous annuel de l’addictologie universitaire à la française constitue en soi une petite révolution. Profitant de son passage à Paris, Asud a voulu en savoir plus sur ce neurobiologiste qui dénonce l’inanité de la neurobiologie.

ASUD : Ma première question est simple. Pourquoi voulais-tu devenir neurobiolologiste ?

Dr. Hart : Je voulais comprendre les mécanismes de la dépendance aux drogues car lorsque j’étais jeune dans les 70’s et les 80’s, le crack était très présent dans la communauté noire. Les gens disaient que le crack allait détruire ma communauté, je pensais que mon devoir était de découvrir les mécanismes neurobiologiques de la dépendance afin de pouvoir guérir les gens. La pauvreté, le chômage, tous ces maux étaient déterminés par le phénomène « crack cocain ». Donc j’ai commencé à étudier la drogue et le cerveau d’un point de vue scientifique.

Tu croyais à l’époque dans la capacité des neurosciences à guérir les gens qui prenaient des drogues ?

Oui, absolument, c’est vrai. En biologie, tu découvres à quel point la cocaïne occasionne des dommages cérébraux. Donc pourquoi ne pas utiliser une autre molécule pour guérir les gens ? C’est le modèle qui m’intéressait, la médicalisation du traitement de la dépendance.

Combien de temps as-tu persisté dans cette voie ?

Une décennie, de 1990 à 2000. En Amérique, on appelle cette période la « décennie du cerveau » (« the brain decade »). À cette époque, on a mis énormément d’argent dans l’étude scientifique du cerveau. Et moi, j’étais totalement immergé dans la médicalisation.

À quel moment as-tu eu tes premiers doutes sur les vertus de la médicalisation ?

Après avoir publié des dizaines de papiers sur l’emploi de dizaines de molécules différentes, j’ai commencé à me dire « ouais, on dirait que ça ne marche pas si bien que ça ! ». Sortir de la pauvreté et être inséré socialement fonctionne mieux pour réduire son usage de drogues. Après avoir vu cette situation se répéter mille fois, j’ai commencé à changer d’avis et à me dire que je devais explorer d’autres champs.

Tu as alors commencé à penser à d’autres méthodes de prise en charge ?

J’ai commencé à regarder les statistiques. En 1998, la phrase favorite de mon directeur de thèse était « montre-moi les statistiques ». Et lorsque j’ai sérieusement étudié ces données, j’ai compris que nous nous étions fourvoyés. Nos priorités auraient dû être orientées vers le psychosocial. La grande majorité des données allaient dans ce sens. Lorsque j’ai compris l’importance de l’étude rigoureuse des données statistiques, j’ai commencé suivre le chemin qui est le mien à présent.

De quelles données s’agit-il ?

Le problème est le suivant : les gens qui étudient les drogues s’intéressent d’abord à la dépendance, c’est une erreur car 90% des gens qui prennent des drogues ne sont pas dépendants… Même si tu ajoutes les consommateurs abusifs et les usagers dépendants, il ne s’agit que de 10 à 20% des personnes qui prennent des drogues.

Comment stabiliser les usagers récréatifs pour les empêcher de devenir dépendants ?

asud55 p04 Hight Price Carl HartCouvOk, laisse-moi te donner les chiffres des gens qui passent de l’usage simple à la dépendance :

  • 10% des buveurs d’alcool vont devenir dépendants ;
  • 9% pour la marijuana ;
  • 15 à 20% pour la cocaïne ;
  • 20% pour l’héroïne ;
  • et un tiers des gens qui fument un jour leur première cigarette.

Comme tu le vois, le tabac est donc en haut de la liste. La question est « Qu’est-ce que la société peut faire pour aider ces personnes à ne pas devenir dépendantes ? ». Il y a des tas de choses à faire. D’abord, regarder en face les vraies causes de la dépendance aux drogues. Il y a les comorbidités psychiatriques, la schizophrénie, les dépressions graves, etc. C’est une première cause de dépendance. Une autre catégorie de gens deviennent dépendants parce que, merde, ils se font chier ! Ils font un choix rationnel vers l’abus de drogues et de leur point de vue, c’est le meilleur choix qu’ils puissent faire…

Est-ce la responsabilité de l’État de nous apprendre à consommer des drogues ?

Prenons le cas des automobiles. Qui a la responsabilité d’apprendre aux gens à conduire prudemment ? C’est la responsabilité de l’État de dire que lorsque tu fumes une drogue, tu prends moins de risques que lorsque tu l’avales. C’est la responsabilité de l’État d’informer sur les doses, de dire « n’en prends pas trop si tu es un consommateur novice ».

Mais qui dans l’État, les docteurs ?

Hein ??… Non, les médecins ne doivent pas avoir le monopole du discours sur les drogues. Qui a des compétences pour aider à l’éducation des personnes qui prennent des drogues ? L’État fait travailler des pharmacologues, des éducateurs, des juristes. Il doit les employer pour aider à réguler la consommation comme il régule le trafic aérien.

Est-ce que cela signifie que ces personnes doivent avoir l’expérience des drogues ?

C’est encore l’histoire du chirurgien qui doit forcément avoir une expérience d’accident pour opérer ?

Non, je parle de professionnels qui se mettent dans la perspective de l’usage, c’est tout.

Appelons cela la compétence. Être compétent signifie ce que tu dis : ouvrir son esprit pour pouvoir envisager l’usage du point de vue des personnes concernées. être capable de se mettre dans une perspective de consommation, c’est tout simplement être compétent.

Parlons maintenant des deux points aveugles français ?

Le premier point aveugle, c’est l’interdiction de présenter les drogues sous un jour favorable. Le second point aveugle, c’est l’interdiction d’évoquer les origines ethniques des personnes dans n’importe quel document officiel.

Quel rapport peut-il y avoir entre ces deux points aveugles ?

Parlons du premier point. Quand j’ai commencé mon speech ce matin [à la conférence de l’Albatros] j’ai tenu les propos suivants :

« Si c’est la première fois que vous entendez dire des choses positives sur les drogues dans un congrès, cela jette un doute sur la compétence des médecins présents dans la salle, vos patients doivent souffrir… »

J’étais le premier à parler alors forcément, les médecins qui ont pris la parole ensuite ont tous dit

« oui, il existe des choses positives dans la consommation de drogues » car ils pensaient « bien sûr que je suis compétent ».

Le problème, c’est le « mais » (« il existe des choses positives, mais… ») : en général, l’ensemble de la démonstration est basée sur ce « mais ».

Ha ha ha !!! Le second point aveugle concernant les races est stupide. On vit dans une société de diversités puis on prétend ne rien voir. On peut comprendre l’esprit généreux qui a présidé à cette réglementation mais en pratique, cela revient à empêcher toutes les statistiques qui permettent de mesurer les niveaux de discrimination…Tu dis que la société ne veut pas mentionner les races, mais il semblerait que certains courants d’opinion, notamment très à droite, évoquent les races, particulièrement quand on parle de drogues ou de prison. Nous avons besoin de connaître la vérité sur ces choses. La seule chose dont les gens pauvres ont besoin, c’est la vérité des chiffres. Ils n’ont pas d’argent, pas de charisme, leur seul espoir, c’est la statistique.

Pourrais-tu essayer de définir pour un public français les liens entre dépendance et discrimination raciale ?

Le rapport entre l’addiction aux drogues et la discrimination ? Il n’y en a pas. Il existe seulement un rapport entre la politique appliquée en matière de drogue et la discrimination raciale. Le rapport entre le racisme et la consommation de drogues est politique. Le titre de mon intervention au congrès était « La politique de drogue, un outil pour continuer la discrimination raciale ».

Alors disons plutôt : existe-t-il un lien entre l’usage de drogue et les problèmes liés à l’identité ?

Bien sûr. J’ai dit tout à l’heure que les gens font des choix rationnels. Donc oui, les gens prennent des drogues quand ils ont mal.

Interview réalisée par Fabrice Olivet à Paris le 5 juin 2014


Notes :

1/ Carl Hart, High Price, drugs, neurosciences and discovering myself, 2013

Cannabis, 40 ans de malentendus (Volume 2 : 1997-2002)

Des députés enfumés et des militants interpelés ! Des jardinier en herbe et de l’herbe en politique ! Kouchner à la manœuvre et une madame Drogue à la hauteur ! Un cannabistrot à Paris et une cannabis cup dans les Vosges !
Ce n’est qu’une part des sujets hauts en couleur abordés dans ce 2ème volume (1997/2002).

Le deuxième volume de Cannabis, 40  ans de malentendus débute en 1997, année où de joyeux drilles réunis sous la bannière du Circ envoient un pétard aux députés et se termine en 2002, année où dans le cadre de l’élection présidentielle les mêmes transforment un meeting politique en cannabistrot.

Alors que l’auto-production prend de l’essor et que les instances officielles reconnaissent « qu’un monde sans drogues n’existe pas ». Alors que les partisans de l’abrogation de la loi de 1970 se mobilisent et que la question de la place du cannabis est posée lors de la campagne présidentielle de 2002, de nombreux observateurs pensaient que la loi évoluerait dans le sens d’une dépénalisation.

Il n’en sera évidemment rien et les défenseurs de la pénalisation dopés par le retour de la droite au pouvoir balaieront tout espoir de réforme, mais ce sera l’objet du futur et dernier volume de Cannabis, 40  ans de malentendus qui vous entraînera jusqu’en 2014 où tous les espoirs d’une révolution cannabique sont permis.

Parution le 9 mai 2014

 

Pour en savoir plus sur le volume 1 :
40 ans de malentendus volume 1 couv

 

Georges Apap, un homme remarquable

Georges Apap est décédé le 19 novembre 2013. Hommage à ce magistrat militant anti-prohibitionniste et humaniste de la 1ère heure.

Georges Apap ne se doutait pas ce 8 janvier 1987 que sa vie prendrait un nouveau tour. Procureur de la République dans la Drôme, il était chargé de prononcer le traditionnel discours retraçant l’activité judiciaire de l’année précédente du tribunal de Valence.

En choisissant de s’exprimer sur la toxicomanie, sujet périlleux, son but n’était pas de froisser ses auditeurs, ni de créer une polémique… Oui mais voilà, le discours pragmatique du procureur a soit disant choqué un député du coin, lequel quitte la salle, un député RPR qui s’était excusé auprès de Georges Apap de devoir partir avant la fin de son intervention , un député qui pour se faire mousser répond à un journaliste, que s’il s’est barré c’est parce qu’il a été scandalisé par les propos du procureur, des propos qu’il a immédiatement dénoncé à Albin Chalandon, le garde des Sceaux.

Mais quelle bombe a lancé le procureur de Valence qui mérite qu’on le cloue ainsi au pilori ?

Pour commencer sa démonstration, Georges Apap s’étonne que les termes employés dès qu’il s’agit de parler de drogues interdites soient « alarmistes » alors qu’entre les 120 morts par an d’overdose et les 80 000 victimes de l’alcoolisme, y a pas photo ! Néanmoins, tient-il à préciser qu’il « ne mène pas de croisade contre l’alcoolisme », mais ne fait que souligner « l’indifférence, voire la complaisance dont bénéficie ce dernier » .

« Parlez d’un tel qui, hier, s’est copieusement enivré, vous ne susciterez autour de vous que réflexions amusées et sourires de connivence. Dites au contraire, devant le même auditoire et à propos du même personnage qu’on l’a surpris aujourd’hui s’adonnant à un dérivé du cannabis, du pavot ou de la coca, et vous verrez aussitôt les sourires se figer et les visages se fermer »,pourtant « la seule différence entre les deux phénomènes est celle de l’interdiction légale ».

A propos de la loi de 1970, Georges Apap est obligé de constater que « depuis un siècle et demi d’interdiction et de répression, le phénomène ne cesse de s’étendre ». Non seulement ajoute-t-il, « l’interdiction ne sert à rien », mais elle a de nombreux effets pervers : « elle favorise le trafic » ou « incite à l’altération des produits, les rendant plus dangereux encore. »

Pour appuyer sa démonstration, Georges Apap cite les effets délétères de la prohibition de l’alcool et propose de détourner la célèbre phrase de Cocteau : « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur » en « puisque ce phénomène nous dépasse, pourquoi ne pas l’organiser ? »

Comme il le dit lors de son intervention, en se prononçant pour que cesse la répression « il a bien conscience que c’est un langage inattendu dans la bouche d’un procureur », mais il persiste et signe.

Pour punir l’insolence du procureur de la Drôme, Albin Chalandon décide de le muter au tribunal de Bobigny, mais François Mitterrand refuse de signer le décret. Furax, le garde des Sceaux fait d’autres propositions à Georges Apap qui les dédaignent. Albin Chalandon saisit alors la Commission de discipline du Parquet qui examine son cas le 9 octobre 1987.

Considérant que Georges Apap « a exprimé son opinion de citoyen sur un sujet dramatique, qu’il n’a pas contesté la loi, ni injurié le Garde des Sceaux, qu’il s‘est exprimé sur un ton ironique, que sa vision d’un monde où la drogue serait dépénalisée est utopiste et que là où il exerce les drogués remplissent les prisons », la Commission de discipline le relaxe. Une décision qui n’apprécie guère la chancellerie car « en se livrant publiquement à une critique de la loi » et « en mettant en cause l’action du gouvernement », Georges Apap s’est livré « à une démonstration de nature politique » et a manqué à ses obligations de procureur.

Georges Apap était un homme d’une grande humanité et d’une simplicité désarmante.  Suite cette aventure, il adhérera à la Coordination radicale anti-prohibitionniste (Cora), un groupe de pression créé par le Parti radical italien et en 1989, la Drug Policy Foundation (devenu depuis Drug Policy Alliance), association américaine anti-prohibitionniste fondée par Milton Friedman, lui décernera un prix pour son engagement contre la guerre à la drogue.

Dans un style limpide, Georges Apap a publié de nombreux articles et il est intervenu, sa voix était douce et persuasive, dans de non moins nombreux congrès. Il avait le cœur sur la main et il a accepté  d’être le parrain du CIRC tout comme il a adhéré au Mouvement de Légalisation Contrôlé (MLC) de Francis Caballero.

Georges Apap 1992

Georges Apap a toujours milité. Dans sa jeunesse, pour les travaux d’intérêt général (une idée de Robert Badinter en 1983) et il n’y a pas si longtemps, il défendait encore les Sans Papiers aux prises avec l’administration.

C’est à Georges Apap que l’on doit cette célèbre formule :

« Les drogues ne sont pas interdites parce qu’elles sont dangereuses, elles sont dangereuses parce qu’elles sont interdites ».

Et c’est aussi Georges Ap qui écrivait dans le Volume 5 de la revue Psychotropes :

« Il faut être optimiste, car l’histoire démontre que les abolitionnistes ont toujours triomphé, et que chacun de ces triomphes a contribué, lentement mais concrètement au progrès de l’humanité. »

Une petite dernière pour la route ?

« Je m’indigne avec vous de la prétention de l’État à régir nos comportements individuels dès lors qu’ils ne portent tort à personne, et je considère qu’il y a dans cet empiétement sur nos libertés une atteinte intolérable aux droits de l’homme ».

 

Les différents Asud

Si vous souhaiter des informations sur la création d’associations d’usagers de drogues ou de patients, nous pouvons vous renseigner et vous aider dans vos démarches.

Nous cherchons également des correspondants dans les régions.

Vous pouvez nous contacter par mail à contact@asud.org ou par téléphone au 01.43.15.04.00

ASUD
32 rue Vitruve
75020 Paris
Tel:01.43.15.04.00
contact@asud.org
ASUD Loiret
63 rue Bannier
45000 Orléans
Tel:02.38.77.00.27
asud.loiret@wanadoo.fr
Blog Asud Loiret
ASUD Marseille
52, rue du Coq
13001 Marseille
Tel: 04.91.68.87.06
asud.mars@wandoo.fr
ASUD Nîmes
6, bis rue Notre Dame
30000 Nîmes
Tel: 04.66.36.00.12
asudnimes@wanadoo.fr
ASUD 276 Haute Normandie
10, rue Chartraine,
27 000 EVREUX
asud276@hotmail.fr
Correspondant ASUD à Nantes
Alain Termolle
Tel: 02.53.45.51.04

Que faire lorsqu’on a pris un risque avec l’hépatite C ?

L’hépatite C est une maladie qui reste mal connue, en particulier parmi les plus jeunes usagers. Actuellement, les médecins s’alarment du nombre de personnes qui ne consultent qu’une fois arrivées au stade de la cirrhose. Le test de dépistage est pourtant devenu très accessible. Nous le recommandons même aux non-injecteurs. En cas de positivité et si l’hépatite reste active, un suivi médical s’imposera avec, peut-être, une ponction et un traitement à la clé.

Si l’hépatite C, dont la contamination se fait par le sang, touche 60 % à 65 % des injecteurs(1), c’est parce que les pratiques d’injection exposent très rapidement les usagers de drogue à cause du partage des seringues et, dans une moindre mesure, à cause du partage du reste du matériel (eau, préparation, cuillère, filtre). Certaines études suggèrent pourtant qu’au-delà de la classique figure de l’héroïnomane ou du « toxico », une contamination existe chez les non-injecteurs.
Ces cas restent obscurs : environ 10 à 20 % des usagers n’ayant jamais eu recours à l’injection seraient contaminés.
Ont-ils passé sous silence les quelques shoots qu’ils auraient fait ou bien ont-ils pris des risques sans s’en rendre compte ? Toujours est-il que même lorsque l’on est un usager de drogues dites festives, on devrait faire le test de l’hépatite C.
Il faut savoir que plus le dépistage et éventuellement le traitement sont précoces, plus les chances de guérison sont fortes : il est donc fortement conseillé de se faire dépister le plus tôt possible.

L’hépatite C ne touche pas que les « toxicomanes »

Les usagers de drogues non-injectables ne sont pas à l’abri d’une contamination par le partage de doseurs, peut-être des pailles à sniffer. Lorsque l’on vit en collectivité ou si l’on sort en rave ou en festival, il y a un risque accru de contacts sanguins par le partage d’accessoires de toilette contaminés (surtout rasoirs, éventuellement brosses à dents… ). Pour le tatouage et le piercing, demandez des garanties sur la stérilisation du matériel. On peut donc très bien attraper l’hépatite C et son virus le VHC sans être un « toxicomane » labellisé.

Un test anonyme et gratuit

Tous les centres de dépistage anonymes et gratuits (CDAG) pratiquent maintenant, en plus du VIH, le dépistage du VHC, le virus qui provoque l’hépatite C. C’est bien pratique pour les plus jeunes, qui ne devront ni payer ni décliner leur identité, juste remplir un formulaire anonyme. Certains CDAG ont une consultation pour les maladies vénériennes et peuvent vous orienter pour une contraception, tout ceci gratuitement.
L’autre solution consiste à se faire prescrire le test par son médecin et à le faire dans un laboratoire d’analyses. Il sera remboursé à 100 %.
Nombre d’usagers ne se font pas dépister pour l’hépatite C, parce qu’ils pensent qu’on ne peut rien faire contre l’hépatite C sans passer par une ponction biopsie du foie (PBH). Or, cet examen qui effraie les usagers, souvent à cause des rumeurs entendues, n’est pas toujours nécessaire et ne concerne que les personnes atteintes d’une héptite C, dite active ou agressive, avec des transaminases élevées. Ces cas risquent, une fois sur trois, d’évoluer vers une cirrhose, parfois plus rapidement qu’on ne le croit. Tous les usagers devraient d’abord se faire dépister par une simple prise de sang, puis devenir très attentif sur l’hygiène en cas de positivité et démarrer un suivi médical.

Et si je suis positif ?

Un test positif n’est pas une catastrophe. Le suivi médical de l’hépatite est remboursé à 100 % et l’ hépatite restera parfois bénigne.Pour les cas plus graves les traitements actuels permettent, sous certaines condittions, une guérison sans séquelles. Au pire une invalidité pourra être prise en compte.

En cas d’hépatite active

Si vous avez la malchance d’avoir une hépatite agressive, la ponction est un passage obligé pour l’obtention d’un traitement. Cet examen est le seul qui permet de mesurer les dégâts subis par le foie et l’activité du virus (score Metavir). L’accès au traitement reste moins évident pour les « toxicomanes » et les consommateurs d’alcool, toutefois l’attitude des médecins évolue.
L’équipe du centre La Mosaïque à Montreuil nous a permis de rencontrer trois usagers qui ont accepté de témoigner pour démystifier la biopsie (PBH en jargon médical) : un examen entouré de beaucoup de rumeurs.

La ponction du foie (PBH)

Il existe deux moyens de ponctionner : la voie transjugulaire (par la veine jugulaire) est rarement utilisée, la voie transpariétale (directement dans le foie) est la plus fréquente. Une simple anésthesie locale est nécessaire. Pour les personnes trop angoissées, l’anésthesie générale est possible. Abordez la ponction avec calme. Il ne faut pas bouger et éviter de mettre la pression sur le médecin, car une ponction sans douleur nécessite de la dextérité. Evitez de regarder l’aiguille de ponction.
Pour préparer la ponction, on vous demandera d’arrêter de boire. Cette demande se justifie car les effets de l’alcool risquent de fausser l’interprétation de la ponction.
La parole est à Jacky, Odé et Patrick, tous les trois usagers confirmés.
Dans deux cas, la ponction s’est bien déroulée. Dans un autre cas, elle s’est moins bien passée. Selon nous, quatre fois sur cinq, il n’y a aucun problème.

Témoignages

Les médecins ont proposé à Odé une ponction transjugulaire :
« Ça ne s’est pas trop mal passé, ça m’a quand même pris une journée. C’est le temps qu’il faut prévoir, je pense. Les résultats sont arrivés trois semaines plus tard, au score Metavir, j’atteignais le stade F4, celui de la cirrhose. J’étais catastrophé, je croyais aller bien. A l’époque, je buvais. Le traitement n’était pas envisagé tant que je n’étais pas stabilisé avec l’alcool. On m’a dit de refaire une biopsie dans deux ans. C’est ce que j’ai fait. La deuxième ponction s’est moins bien passée. Le jour du rendez-vous arrive et, là, grosse erreur, je n’avais pas fait la prise de sang pour le temps de saignement (test qui mesure la vitesse de coagulation du sang). Pourtant, je leur avais dit que j’étais très dur à piquer. Du coup, tout le monde s’énerve parce qu’ils n’arrivent pas à me piquer.Ça dure deux heures, on me charcute, on m’emmène au bloc où l’on n’arrive toujours pas à me piquer. Le toubib arrive et me dit : “Vous saviez bien que vous aviez une biopsie à faire !” Je lui réponds qu’on arrive pas à me piquer et que je les avais prévenus. Alors là, le toubib craque et me dit : “Tu changes de crémerie”. Rideau. J’ai tout repoussé à avril 2000. »
Le tuyau d’Odé aux Asudiens : « Ne faites pas la prise de sang pour le temps de saignement le jour-même de la ponction, mais allez-y avant. Vous serez moins stressé et pourrez rencontrer l’équipe médicale, ce qui vous permettra de voir comment ils sont et comment ils piquent. »

Dédramatiser la biopsie

Autre histoire, celle de Jacky : « J’ai fait un dépistage en 1997. A l’arrivée, on m’a dit : “Vous avez la C”, et on m’a expliqué gentiment ce que c’était. On ne m’a pas affolé.Mon dossier a été remis au médecin qui me suivait déjà pour la substitution. C’est lui qui m’a donné des explications pendant les consultations et m’a orienté vers l’hôpital pour une biopsie. On m’a dit que c’était une aiguille qu’on met dans le foie. Tout s’est passé très vite et plutôt bien. Je suis arrivé la veille à l’hôpital, j’y ai dormi. Le lendemain, dans la journée, le médecin est passé dans ma chambre, accompagné d’une autre personne. Ils m’ont fait une simple anesthésie locale. J’ai senti la piqûre c’est tout. Je le referai sans problème. On m’a proposé de la Viscéralgine. J’ai bien dormi et, le lendemain matin, j’étais chez moi. L’intervention m’a plutôt redonné confiance dans le système de soins et j’étais content de l’avoir fait. Au final, j’ai eu un score Métavir F4, donc cirrhose. Depuis un mois, j’ai commencé la bithérapie Interféron et Ribavirine et, pour le moment, je supporte bien. En huit ans, j’ai déjà une cirrhose tu te rends compte ! Je dis à mes amis d’aller se faire dépister, de ne pas attendre. J’ai un pote qui a la ‘C’, l’autre jour je l’ai sorti d’un café et je lui dis : “Tu as une C non active, alors, ne la réveille pas avec de l’alcool !”
Le tuyau de Jacky aux Asudiens :« Désolé pour les jeunes internes qui ont besoin de s’entraîner à piquer, mais je vous conseille de vous faire piquer par un médecin expérimenté. En huit ans, je me paye une cirrhose, je conseille aux gens de se faire dépister vite ! »

Patrick a consommé pendant vingt années et a fait ensuite un passage à la 8°6. « Il m’a fallu huit ans pour me décider à me faire suivre pour le VIH et le VHC dépistés en 1984. Depuis 1996, c’est Métha et trithérapie pour le VIH. Il m’a fallu encore deux ans pour obtenir une PBH. Le médecin m’a dit : “On peut le faire maintenant parce que vous êtes stabilisé pour le VIH et que vous avez cessé de boire.”
Pour la ponction, on m’a donné les consignes suivantes : “Ça va prendre 24 heures. Vous devrez rester allongé. Vous amenez votre Méthadone et votre trithérapie.” Je suis donc arrivé à l’hôpital le matin à 10 h. J’ai posé mon sac dans la chambre, puis on m’a fait une prise de sang pour mesurer le temps de saignement. Petit repas dans la chambre et, un peu plus tard, une infirmière arrive et me fait une piqûre anxiolitique. Elle me dit de m’allonger. Le médecin arrive, me fait la piqûre d’anesthésie locale et me dit de tourner la tête pour éviter que je voie le matériel de ponction. Je n’ai rien senti au moment de la ponction. J’ai demandé si je pouvais regarder et j’ai vu que j’avais un pansement avec un peu de sang. On m’a donné deux Viscéralgine forte et on m’a dit de ne pas trop bouger le bras droit. A 19 h, j’en avais un peu marre, même s’ils m’ont très gentiment laissé mes clopes.
A 5 h du matin, j’ai demandé qu’on débranche le tensiomètre autour du bras qui me faisait mal. Autre problème, c’est très difficile de pisser dans un tuyau si on est allongé, je voulais me lever. Finalement, je suis sorti à 13 h après que l’on m’ait servi un repas. »

Le tuyau de Patrick aux Asudiens : « Pensez à pisser avant la biopsie car c’est difficile de la faire en position allongée. Dans le service où j’étais, le médecin est une femme qui pique bien, tous ceux que j’ai vu n’ont rien senti, il faudrait se passer les bons tuyaux. L’information sur la biopsie et l’interprétation du score Métavir, c’est mon médecin qui me les a données. A l’hôpital, on ne m’a pas dit grand-chose.»

1) Indicateurs et tendances, OFDT 1999, p. 143
Remerciements à Pactrick, Jacky, Odé, aux Docteur Goisset, Professeur Morcellin.

La réduction des risques est elle présente dans les consultation cannabis (ou jeunes consommateurs) : l’enquête d’Asud

À l’exemple du testing antidiscriminations organisé par SOS-Racisme à l’entrée des boîtes de nuit, Asud a lancé quelques « testeurs » sur la piste des consultations ouvertes depuis 2005 pour accueillir les usagers de cannabis. Six structures de Paris et sa région et deux du Lyonnais ont été visitées afin de savoir si la réduction des risques (RdR) y avait droit de cité. Si oui, sous quelle forme ? Si non, pourquoi ?

Les buts de l’enquête

Destinée à évaluer l’importance des pratiques de RdR dans les réponses thérapeutiques mises en place, et à élargir le questionnement à l’ensemble des paradoxes existant entre une campagne antidrogue classique et la généralisation des conceptions RdR, l’enquête répondait à plusieurs objectifs :

  • Évaluer l’impact de la RdR dans d’autres prises en charge que celle de la consommation d’opiacés ;
  • Se placer dans une trajectoire globale de consommateur de soins, tous produits confondus ;
  • Poser la question du « non jugement », pilier conceptuel de la RdR, et de son adaptation dans la stratégie antidrogue classique à l’ouvre en matière de cannabis;
  • Évaluer le degré de formation spécifique des intervenants : connaissance des produits, des codes de consommation, des effets spécifiques ;
  • Évaluer le degré d’autonomie des centres par rapport à la commande de l’État. Des questions qui n’ont reçu que des embryons de réponses et qui mériteraient d’être systématisées pour tous les produits. Ou, à tout le moins, pour le cannabis, les opiacés et la cocaïne.

La méthode

La méthode – car ce n’est pas une méthodologie – est très empirique. Nous avons voulu des candidats sincères. Notre but n’était pas de faire du testing comme ça, gratuitement, mais d’avoir des gens vraiment concernés par la consultation et par le rapport thérapeutique et sanitaire qu’ils allaient engager. Trouver un ou plusieurs usagers de cannabis sincèrement touchés par une ou plusieurs des problèmes énoncés ci-après. Demander ensuite la restitution des entretiens par écrit. Respecter l’anonymat des intervenants et ne pas mettre en cause les compétences professionnelles, mais insister sur les méthodes de soin, et donc mettre l’accent sur les méthodes utilisées.

Le questionnaire

Nous avions une liste de questions standard qui devaient servir de référence à nos candidats. Chacun d’entre eux devait absolument se sentir concerné par une ou plusieurs situations évoquées.

Quantité et qualité

    1. Je fume 10 joints par jour depuis 14 ans. Je ne souhaite pas arrêter, mais je voudrais réduire à 2 ou 3 joints. Existe-t-il des solutions ?
    2. Je fume depuis toujours du mauvais shit, je voudrais réussir à ne fumer que de l’herbe une fois de temps en temps. Est-ce possible ? Est-ce réellement un progrès sur le plan sanitaire ?
    3. J’ai entendu parler de cannabis transgénique mis sur le marché par la Hollande, y a-t-il un moyen de reconnaître cette variété pour s’en prémunir ?

Modes de consommation

    1. À propos de l’ingestion : Quelles sont les méthodes éventuelles de réduction des risques pour l’ingestion de cannabis ? Existe-t-il des aliments avec lesquels il est déconseillé de le mélanger (toujours du point de vue sanitaire) ?
    2. Je fume plutôt des bangs. Est-ce plus dangereux que les joints d’un point de vue sanitaire ?
    3. J’ai entendu parler des inhalateurs, est-ce réellement moins dangereux ?

Problèmes « psy »

    1. J’ai de petites attaques de parano quand j’ai beaucoup fumé et que je dois faire un truc « stressant ». Des solutions sanitaires existent-elles ?

Coconsommations ou consommations associées :

  1. Je fume, ça m’éclate, mais j’ai entendu dire que fumer pouvait conduire à d’autres drogues. Est-ce vrai et que peut-on faire pour empêcher ce phénomène ?
  2. J’ai de plus en plus tendance à picoler après avoir fumé, j’ai l’impression que ça complète bien l’effet du shit. Est-ce que fumer donne forcément envie de boire ? Sinon, en quoi suis-je différent ?

Les volontaires

Sur ce coup, nous avons proposé un partenariat à nos amis de Techno Plus à Paris et Keep Smiling à Lyon. 8 candidats ont été retenus à Paris. Parmi eux, 4 vont effectivement faire les 2 entretiens dans chaque structure. Sur Lyon, 2 usagers vont faire l’expérience. Soit 10 entretiens suivis de 10 rapports circonstanciés. L’âge se situe entre 20 et 28 ans. Tous sont des fumeurs actuels de cannabis. Nous n’avons, par exemple, pas eu d’ex-fumeurs désirant résoudre un problème psy.
Le souhait des candidats était de DIMINUER et non pas d’ARRÊTER leur consommation. Ce qui laisse supposer que la gêne occasionnée par une consommation excessive, sans qu’il y ait de volonté de cesser complètement sa conso, est un handicap fréquemment ressenti comme invalidant. La question est ensuite de comprendre si cette manière de présenter le handicap peut être entendue par les autorités sanitaires.

Les données brutes

Sur 10 entretiens, la réponse des intervenants fut assez équilibrée : 5 réponses que l’on peut qualifier de « gestion des risques » et 4 réponses tendant à l’arrêt de toutes consommations, la dernière réponse étant sibylline. Le point noir se situe très nettement du côté des connaissances brutes sur le produit et ses modes de consommations, le point fort sur les compétences en matière d’accueil « psy ».
Du coté de la rdr

  • 1 seule une proposition de questionnaire d’autoévaluation sur l’importance réelle de la consommation ;
  • 1 seule proposition d’information (à venir) sur les inhalateurs ;
  • Pas une seule remarque sur l’alerte sanitaire de l’été/ automne 2006, celle des « corps étrangers » mélangés avec le produit qui fit la Une de tous les sites cannabiques un peu informés.

Par contre nous avons eu :

  • 6 propositions de thérapie ou prise en charge psychologique (sur 10 entretiens) ;
  • 1 proposition de « traitement médical » (antidépresseurs contre le « manque ») ;
  • 4 discours « moralisateurs » sur l’usage ;
  • 1 « Je ne peux pas vous aider à diminuer, je peux vous aider à arrêter » ; – 2 propositions de rencontre avec la famille ;
  • Des remarques sur le comportement, « Vous avez l’air mou ! » dans un entretien.

Même le volontaire le plus négatif à propos de la psychologue finit son compte-rendu par « je peux pas dire que ça soit totalement nul, car un psychologue ça retourne forcément la tête ». Mais ce satisfecit ne doit pas dissimuler les lacunes étonnantes et l’incapacité quasi générale à répondre sur les différences sanitaires entre le shit et la beuh, etc.

Les accueillants

La plupart des accueillants étaient psychologues de formation (8 sur 10). Les 2 autres, probablement éducateurs, beaucoup plus intéressés par les consommations effectives (Marmottan et Charonne-Beaurepaire). Cette constatation n’est pas un jugement de valeur : l’un des volontaires a, par exemple, beaucoup apprécié la discussion « psy » qu’il a eue à Con?uences. Un prochain RdV est pris. RdV est pris.

L’environnement des consultations

La perception que les volontaires ont eue de l’environnement de ces consultations est celle d’un CSST classique avec sa composante de lutte contre le sida et les hépatites. Donc quelque chose d’assez éloigné de l’univers « cannabis », ce qui peut être interprété à la fois comme une volonté de ne pas banaliser les soi-disant « drogues douces », mais aussi comme une méconnaissance de la réalité du produit et de ses codes.
Pas d’information sur le cannabis dans les salles d’attente, très peu d’informations sur les drogues. Par contre, une information omniprésente, perçue comme intrusive (notamment de la part des filles) sur les rapports sexuels non protégés (toujours le vieux stéréotype du drogué incapable de se protéger à cause des effets délétères de « la drogue »).
En même temps, ils se sont sentis infantilisés. Ces consultations sont prévues pour recevoir des personnes considérées comme immatures, non encore responsables, ce qui renforce l’impression de ne pas être en mesure de réduire les risques, mais seulement de suivre une thérapie.
Si le parcours de certains usagers volontaires (« J’ai 15 ans de consommation de cannabis. ») les classe parmi les amateurs confirmés de cannabis, c’est l’aspect « jeunes consommateurs » qui va être privilégié par les accueillants. Une ré?exion importante, car c’est dans l’esprit de la loi et de la démarche générale des consultations cannabis. Comme si le cannabis ne pouvait être qu’une drogue consommée par les enfants.

Les paradoxes

Bien qu’aucun des volontaires n’ait eu de véritable réponse aux questions qu’il a posées et, pire, que le problème qu’il était venu résoudre ait été pratiquement passé sous silence par les intervenants :

  • Les volontaires ont tous déclaré avoir été intéressés par au moins un des services proposés (l’un d’entre eux va même poursuivre les entretiens pour d’autres consommations que le cannabis) ;
  • Le prétexte de l’enquête a peut-être permis à quelques uns de trouver une raison « légitime » de franchir la porte d’un centre de soins. Éventuellement pour effectuer un sevrage de leur consommation (hypothèse peu probable, mais à ne pas exclure totalement) ;
  • Tous les volontaires ont trouvé cette expérience passionnante (pas de rencontres pénibles).

À une exception près, tous les volontaires ont perçu :

  • Une ignorance des accueillants sur les techniques de consommation et la pharmacologie des produits (une psychologue a fini par demander au bout d’1/4 d’heure ce qu’était « le bang ») ;
  • Un profond désintérêt des accueillants pour ces questions.
  • La question de la « diminution » n’est pas un objectif sanitaire, et l’arrêt est avant tout envisagé sous l’angle de souffrance psychique. L’intervention médicale n’est pas mobilisée au service de la réduction des risques et, à la différence des opiacés, il n’existe pas d’outil pharmacologique ou médicamenteux à mettre à la disposition des usagers. Les quelques pistes pour « fumer propre » ne sont pas explorées, et le seul traitement médical proposé l’a été dans la perspective d’une consultation psychiatrique à venir.

Un système égal à lui-même

Le bilan global de ce testing est donc loin d’être négatif du point de vue de l’utilisation faite par le secteur spécialisé des fonds alloués pour impulser une réponse sanitaire en matière de cannabis. Le système reste cohérent avec lui-même : disposant de bons professionnels, formés essentiellement au traitement psychologique et social de la question, il a mis en place une grille d’analyse basée sur cette approche assez traditionnelle.
Là où le bât blesse, c’est évidemment sur le plan de la RdR. Les professionnels, des psychologues à 2 exceptions près, ne sont pas formés aux différents types de consommations, ils ne connaissent pratiquement rien, ni à la qualité des substances ni aux techniques de réduction des risques existant.
Pire, ils semblent se désintéresser de ces questions qui leur paraissent secondaires car procédant du symptôme, donc peu significatives pour la résolution des vrais problèmes, encore une fois essentiellement d’ordre psychologique et social.
Une lacune qui a pour conséquence de laisser les usagers de cannabis souhaitant simplement réguler les excès de leur consommation dans une relative insécurité. Si on peut objecter que la prise en charge psychologique étant de bonne qualité, on a globalement intéressé les volontaires, il n’est pas certain que cet intérêt débouche à moyen terme sur une modification concrète des comportements. À l’inverse, un panel de techniques de régulation (à l’instar de certains travaux innovants en tabacologie) et une meilleure culture générale en matière de cannabis auraient toutes les chances de déboucher sur une fidélisation des contacts, au moins à court terme. À titre d’exemple, la rencontre avec un tabacologue n’a été proposée qu’une fois en 10 entretiens.

Enfin, ce testing a comme principal mérite de nous inscrire visiblement dans notre rôle de défenseur des intérêts des « patients » du système de soins en matière de traitement des addictions. Une enquête du même type effectuée sur une plus grande échelle ne pourrait que profiter au système dans son ensemble.

Auto-Support des Usagers de Drogues, Késako ?

Depuis 1992, l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD) a développé une pratique quotidienne en direction des consommateurs de substances illicites. Les différentes associations qui composent le réseau ont accumulé un savoir pratique et théorique dans un champs d’application totalement nouveau : la gestion rationalisée de la consommation de stupéfiants.

Selon les régions,cette pratique se décline en simple groupe de parole, en programmes d’échange de seringues (p.e.s.), en interventions en milieux festifs, sans oublier la réalisation et la distribution du journal d’Asud. Ces expériences ont le mérite d’être diverses. Elles sont liées de façon formelle par une convention signée avec ASUD-national, dépositaire du nom. Le point commun des ces actions est donc leur identification par le sigle ASUD., dont le cadre éthique est définie par la Charte de l’Asudien et les Dix mesures d’urgence.

Sur le plan conceptuel toutes ces actions ont un point commun, elles procèdent de l’intérêt donné à la parole des usagers de drogues perçus comme acteurs essentiels d’une véritable réduction des risques. Or cette réduction des risques s’est trop souvent organisée sans intégrer l’apport décisif de l’auto support. Dans les colloques ou les communications scientifiques, la participation des usagers reste un objet confus car il mêle inextricablement deux niveaux de perception fondamentalement différents, le droit des malades d’un côté et la reconnaissance professionnelle de l’autre. Le droit à l’information et la nécessaire organisation des actions de réductions des risques autour des questions posées par les usagers eux mêmes, est une nécessité qu’il ne faut pas confondre avec la refonte des objectifs professionnels du  » soin aux toxicomanes « . Grâce à l’expertise de l’auto-support l’usage des drogues à risques réduits est intégré aux actions de prévention dites  » secondaires « . Ces deux niveaux, même s’il sont complémentaires, doivent être clarifiés, y compris dans notre réseau.

Les usagers de drogues : vecteurs essentiels de la RdR

Une véritable réduction des risques implique de placer les usagers au centre des actions. C’est le sens qu’il faut donner aux objectifs d’autodétermination, de revendication de l’usage, et d’identité d’usager. Autodétermination c’est le droit pour les usagers de consommer les substances de leur choix en réduisant les risques Ce droit inclut bien évidemment la possibilité de bénéficier de n’importe quel type de soin sans restriction de dosage qu’il s’agisse de réduire sa consommation à l’aide d’un produit de substitution, ou bien de bénéficier d’une cure de désintoxication dans des conditions décentes de prise en charge. Ce principe implique nécessairement de bénéficier d’une information fiable sur les différentes techniques d’usage et donc de garantir le droit à l’information sur les drogues mais aussi sur les traitements. Sur le terrain juridique et politique, la revendication de l’usage des drogues comme droit légitime et imprescriptible protégé par la déclaration des droits d l’homme et du citoyen de 1789 doit être envisagée pour des raisons morales mais aussi pour des impératifs de santé publique.
La visibilité de l’usage de stupéfiants dans la question du soin, comme par exemple lors des prises en charge hospitalière doit être une donnée habituelle comme peut l’être la consommation de drogues légales. Néanmoins, la définition d’une identité des usagers de drogues suppose d’être maniée avec précaution car cette revendication doit se concilier avec l’exigence de confidentialité de la vie privée des individus. Cette identité n’est concevable que comme objet de revendication dans un contexte politique de prohibition des drogues. En dehors de sa signification du point de vue légal le fait d’être consommateur de substances illicites n’a pas de lisibilité culturelle ou sociale. Bien loin de constituer une communauté, les usagers de drogues n’ont généralement pas d’autres points communs entre eux que ceux liés à l’échange de marchandises ou à la persécution policière.

L’usage à risques réduits : un nouvel espace professionnel

Depuis une décennie, l’irruption du sida parmi les usagers de drogues par voie intraveineuse a changé les perspectives du soin. L’abstinence de toutes consommations a cessé d’être la seule réponse admissible du point de vue éthique. L’une des conséquences de ce changement a été la constitution de groupes comme ASUD, explicitement constitués d’usagers et non plus d’ex-usagers comme il en existait au Patriarche ou à Narcotique Anonymes. Organisés dès l’origine comme un espace de réflexion sur les sur les effets et sur les méfaits de la consommation de psychotropes. Asud s’est assigné comme objectif de pouvoir fournir une information fiable en matière de drogues du point de vue des utilisateurs. Ce recours à l’éducation par les pairs doit être interrogée à l’aune de l’absence des professionnels du soins sur ce créneau. Un document comme le manuel du shoot à risques réduits a été conçu et réalisé par Asud, association d’usagers, en raison de l’absence de communication sanitaire émanant des autorités en direction des usagers de drogue.
Le caractère professionnel de l’action d’Asud a été renforcé par l’embauche systématique par l’association des militants les plus performants. Les champs de compétences se sont élargis passant progressivement de la rédaction d’articles ou de brochures à la communication orale lors des colloques scientifiques, sans oublier le travail de terrain et la gestions des équipes dans les groupes locaux. La technique de l’usage des drogues reste un objet professionnel neuf, encore nimbé de suspicion morale et politique. Il n’empêche que toutes les avancées de ces dernières années en matière de drogues ont été obtenues sur ce terrain. La reconnaissance et la proximité avec les pratiques d’usage sont donc autant des objectifs de l’auto support que des outils nécessaires à l’élaboration des politiques de santé publique en matière de drogues.

Conclusion

L’auto organisation signifie pour nous d’être en mesure de désigner clairement ce qui dans notre réseau se rapporte à l’un ou à l’autre des domaines d’intervention englobés sous le terme commode d’auto support. S’il s’agit de la place nécessaire accordée aux usagers de drogues en tant qu’usagers du système de soins notre légitimité s’appuie sur notre capacité à évaluer la qualité de la prise en charge dont bénéficient les  » toxicomanes « ,  » La notion de militantisme est au cœur de ce type d’action qu’il convient toutefois de différencier de la revendication de l’usage qui ressort plutôt de la politique de lutte contre la prohibition. La difficulté de ce travail de clarification réside dans les multiples correspondances entre ces deux dossiers militants lesquels matérialisent des aspects complémentaires de la défense de la citoyenneté des usagers de drogues.
Pour ne rien simplifier la professionnalisation croissante au sein d’Asud est également complémentaire des aspects militants de ce que l’on a coutume de nommer la santé communautaire. Un exemple, notre participation à la commission consultative des traitements de substitution appartient à quel registre ? Sommes nous les représentants des usagers ou des experts de l’usage de ces traitements ?
L’enchevêtrement de significations des termes auto-support, usagers de drogues, santé communautaire, actions de première ligne et réduction des risques nécessite un important travail de clarification. Ce travail possède une dimension citoyenne corellée à la question des droits de la personne et un volet professionnel lié à l’émergence de nouveaux champs conceptuels en réduction des risques. Il est de notre intérêt de prendre l’initiative de ce débat sous peine de voir d’autres que nous s’en emparer puis nous imposer ensuite leurs conclusions.

L’autosupport dans la réduction des risques

En 1993 la réduction des risques à la française est en pleine ascension. Le collectif Limiter La Casse et sa présidente Anne Coppel incarnent la volonté de certains acteurs du soin de s’adjoindre d’autres volontés pour jeter un pont entre la société et les usagers de drogues. Les États-généraux Drogues et Sida de 1994, clôturés par Simone Weil en personne, célèbrent une nouvelle alliance: professionnels du soin, militants de la lutte contre le sida et .groupes d’auto-support. Cette inclusion des usagers dans le champ thérapeutique de la toxicomanie est une marque de fabrique, celle de la réduction des risques réagissant à la « psychologisation » des questions de drogues. Symboliquement, la présence à parité d’Asud aux côtés de Aides et Médecin du Monde est une provocation vis à vis de l’orthodoxe « soin aux toxicomanes ».
L’année d’après, une nouvelle alliance est proclamée. Il s’agit du partenariat entre Aides, Médecin du Monde et la Mutualité française. Cherchez l’erreur. Qui donc s’est trouvé évincé de ce nouveau protocole, dénoncé à l’époque par le président d’Asud, Jean-René DARD? Cette évolution illustre bien le problème posé à la réduction des risques par le retard français en matière de drogues. Les solutions strictement médicales comme la dispensation de subutex ont rapidement progressé, les ambitions sociales et politiques sont restées lettres mortes. A cet égard, la courte histoire de l’auto-support français est révélatrice.

L’alliance

En 1992, lors de la création d’Asud, l’idée de constituer une association d’usagers de drogues est appuyée par les acteurs de la réduction des risques.

Abdallah TOUFIK, membre fondateur, est un sociologue du CRIPS, Anne COPPEL et Bertrand LEBEAU, animateurs de LIMITER LA CASSE, sont très proches des militants d’Asud. Parallèlement, d’autres groupes plus éphèmères voient le jour, comme ASB, le SAS ou Méthavih. En 1995, apogée du développement de l’auto-support, une vingtaine de groupes Asud existent en France, souvent en liaison étroite avec les pôles de Aides ou Médecins du Monde. La lutte contre le sida reste le le cadre de la collaboration entre usagers et acteurs de santé. L’épidémie a mis en évidence les carences sanitaires de la prise ne charge traditionnelle. Médecins pionniers de la substitution ou militants de Aides et d’Act-up, tous sont partisans d’une redéfinition de la place accordée aux usagers dans la perspective d’une meilleure prise en charge. Hélas, qu’il s’agisse de substitution ou d’accès aux seringues, la réduction des risques se heurte au carcan répressif de la loi de 70. L’accès aux soins des usagers de drogues s’effectue grâce à une succession de dérogations légales au principe de répression. Ce coin enfoncé dans la loi permet également le déblocage de la question du cannabis. En 1993, le CIRC, emmené par Jean-Pierre GALLAND, relance l’Appel du Dix-huit Joints, tombé dans l’oubli depuis 1976.Les droits de l’usager à consommer librement d’une part, et la catastrophe sanitaire du sida d’autre part servent d’argumentation au Mouvement de Légalisation Contrôlée de l’avocat Francis CABALLERO. Même la vieille garde des intervenants en toxicomanie, réunie au sein de l’A.N.I.T., se prononce publiquement pour la dépénalisation en 1994.Malheureusement, cette euphorie est de courte durée.

Médecins contre psy

Initiée par quelques médecins d’avant-garde comme Jean CARPENTIER, la substitution est l’arme des généralistes contre les « psy ». traditionnellement les praticiens de ville se méfiaient des toxs. Souvent fébriles, parfois menaçants, les usagers en manque d’héro ont constitué le cauchemar moyen du cabinet de consultation. A l’exception des amateurs de palfium, dolosal et autres ampoules injectables, champions pour se procurer une ordonnance (souvent contre une forte somme), la plupart des ud étaient automatiquement dirigés vers le « psy », psychiatres, psychanalystes, et autres psychologues. Cette chasse gardée, on ne le dira jamais assez, s’est pratiquée aux dépens de usagers. Expulsés du droit commun par la loi de 70, « le toxicomane », était aussi indésirable à l’hôpital que dans le reste de la société. Le succès immédiat des programmes méthadone et surtout celui du subutex, a mis en évidence la supériorité tangible d’une prescription de stupéfiants sur une hypothétique « guérison » psychanalytique après sevrage. Cette rationalisation de la prise en charge devint l’argument majeur de la médicalisation de la question des drogues.

Le complot des blouses blanches

Et les usagers dans tout ça? Telle est bien la question. La mise en service d’une molécule pouvant être prescrite par le généraliste du quartier, dans un cadre réglementaire normal, avec carte de sécu et secret médical, était une aubaine pour les médecins comme pour les usagers.

blouse_blancheFini l’anonymat et son caractère d’exception. En permettant aux usagers de quitter leur défroque de délinquants, la substitution leur offre une porte d’entrée dans la société. Hélas le pyjama du malade chronique allait se révéler autrement handicapant pour prétendre à la qualité de citoyen. Avec son « médicament-qui-soigne-le-manque », la substitution a médicalisé tout le secteur de la réduction des risques. Le deal du pouvoir était clair: O.K. pour les centres métha et le subutex (molécule favorite des prescripteurs), mais finis les enfantillages, la dépénalisation, la parole aux usagers et autres divertissements. Les pionniers de la rdr, devenus directeurs de centres étaient peu enclins à continuer le combat de l’anti-prohibition aux côtés de leurs nouveaux patients. Malgré l’évidente impuissance de la médecine à résoudre des problèmes sociaux de plus en plus omniprésents, la réduction des risques est devenue une affaire de blouses blanches.

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Le CIRC, rendu vulnérable par son désintérêt des questions sanitaires, subit dés 1995 une répression sans équivalent. Jean-Pierre Galland est depuis régulièrement condamné pour délit d’opinion. Parallèlement, l’image des usagers s’est encore dégradée aux yeux du public. Le toxico reste décidément un objet de mépris pour toutes les catégories sociales. Dans les cités, la « chasse aux toxs » s’est répandue au même rythme que les pit-bulls. Dans les médias, si… la presse semble pencher pour une relative indulgence envers le chichon, s’est pour mieux crier haro sur les autres drogues. A cet égard, le traitement réservé à Asud est exemplaire. Au temps de l’union sacrée, l’existence d’une association d’usagers n’avait pas laissé les médias insensibles. Invité à Savoir Plus Santé, à la Marche du Siècle, au Cercle de Minuit et chez Dechavanne, le président d’Asud s’est exprimé fréquemment au nom de l’auto-support en 94-95. Mais sa présence était clairement liée à sa qualité de méthadonien. Invité à témoigner sur les bienfaits du médicament qui soigne le manque sans donner de plaisir, Jean-René avait fort à faire pour sortir de sa position de représentant des malades. Pris dans les filets de la médicalisation, notre présence dans les médias n’a cessée depuis d’être cantonnée à la représentation du malade au détriment de celle du citoyen.

Cette situation n’est pas sans provoquer quelques débats internes. En effet, l’essoufflement des grandes associations de lutte contre le sida déséquilibre un peu plus le rapport des forces entre secteur militant et secteur médical au sein de la rdr. La tentation est grande pour Asud de jouer carrément la carte du soin en profitant des dispositions réglementaires qui garantissent une représentation obligatoire des associations de malades au sein des institutions. Cette option est en débat, elle se heurte au souci d’authenticité de certains militants qui veulent continuer « à représenter les toxs » sans compromis. Ce voeu pieu risque hélas de n’être qu’une déclaration d’intention dés lors qu’il s’agit de faire bouillir la marmite. Avons-nous intérêt à pratiquer la politique de la chaise vide quand bien même nous désapprouvons l’orientation générale du débat? La solution n’est-elle pas de trouver de nouveaux alliés du côté de l’anti-prohibition tout en maintenant des positions chèrement acquises au sein des institutions de soin. L’alliance des usagers et du secteur médical fut une étape nécessaire pour convaincre la société de l’echec sanitaire de la guerre à la drogue. Il nous faut maintenant d’autres compagnons pour mettre en évidence l’ échec moral de la guerre contre les drogués.

L’autosupport dans la réduction des risques en 2001

Aujourd’hui, l’autosupport est principalement incarné dans la réduction des risques par 3 structures : ASUD, Techno+ et les groupes rdr de Aides.
Le CIRC, toujours présent dans les médias, n’a pour l’instant pas pu ou pas voulu jouer la carte de la réduction des risques, il est vrai très aléatoire dés lors que l’on ne s’intéresse qu’au seul cannabis.

Asud décline ses activités au travers de 3 Programmes d’Echanges de Seringues (PES), 2 « boutiques », et une coordination nationale, également dépositaire du journal d’Asud. Ces actions sont financées à peu près à parité entre les fonds publics (DDASS/DGS) et Ensemble Contre le Sida. De plus quatre autres groupes Asud fonctionnent grâce au bénévolat et ne bénificient pas ou très peu de financement pour le fonctionnement de leur structure. Asud-national a initié une action de réduction des risques dans les milieux festifs (raves, concerts…) financée depuis 1999 par la MILDT. Le journal est édité à 20 000 exemplaires et paraît trois fois l’an. Toutes ses actions sont insérées dans le tissus associatif de la réduction des risques et occasionnent de nombreux partenariat avec Aides, MdM ou l’Association française de Réduction des risques (AFR). Cette dernière structure partage des locaux avec Asud-national depuis août 2000.

  • 1
  • 2

© 2020 A.S.U.D. Tous droits réservés.

Inscrivez-vous à notre newsletter