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Documentaire France 3 : CES JEUNES QUI TOMBENT

Dans le cadre d’Octobre des cités le mois des grands ensembles, « Ces jeunes qui tombent », le deuxième documentaire inédit de la série, retrace un mal qui court toujours dans les banlieues : les drogues…

Au tournant des années 80, un poison s’introduit dans les cités de banlieue. Le fléau décime des fratries entières. Derrière les portes des appartements HLM, le drame se noue, overdose après overdose, d’autant plus insoutenable qu’il est tu. Par les familles. Par les autorités. Par sidération. Par tabou.

Ces jeunes qui tombent revient sur ces années charnières à travers les souvenirs d’un acteur de terrain : Azzedine. Il a vécu cette période en tant que médiateur social dans la ville d’Orly (Val de Marne). 30 ans après il se souvient.

A la fois quête personnelle et enquête de terrain, le film amène Azzedine à confronter ses propres souvenirs à ceux des acteurs et témoins impliqués : toxicomanes, familles, représentants sociaux, judiciaires, médicaux. Il prolonge la réflexion auprès d’un sociologue et d’un historien pour éclaircir les raisons qui ont amené au drame et dont les racines courent toujours sous fond de crise identitaire et de crise économique.

 

 

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L’envie de vie (Journée mondiale de prévention des overdoses)

Le 31 aout se tient, comme chaque année, la journée internationale de sensibilisation aux overdoses (International Overdose Awareness Day). Cet évènement mondial se propose de sensibiliser les consciences sur la question des overdoses et la stigmatisation qui entoure les décès liés aux drogues. Cette journée vise aussi à prendre en compte la douleur ressentie par les familles et les proches en commémorant le souvenir des morts ou des personnes devenues handicapées suite à une overdose de drogue.

Les chiffres des agences onusiennes comptabilisant les décès liés aux drogues à travers le monde font état d’environ 230 000 décès par an[1], dont 69 000 d’overdoses d’opiacés[2].

En France, malgré la politique de Réduction des risques développée depuis plus de 20 ans et une chute drastique des contaminations au VIH et des overdoses, des personnes meurent encore de surdoses. La plupart des surdoses sont directement ou indirectement liées à l’utilisation d’opiacés (Héroïne, mais aussi Méthadone et Sulfates de Morphine). L’OFDT constate qu’en France « les opiacés restent les principales substances à l’origine des décès par surdose (87% des décès en 2010)[3]. » Les chiffres les plus récents dont nous disposons datent de 2011 (340 overdoses létales) et affichent une tendance à la baisse par rapport à 2010. Néanmoins, le début du millénaire a été marqué par une hausse des overdoses contrastant avec la forte diminution entamée au milieu des années 90 avec la mise en place de la politique de RdR et des traitements de substitution.

Statistiques OD opiacés France

Malgré cette tendance à la hausse, l’OFDT rappelle aussi que le nombre de surdoses en France est quatre à cinq fois plus faible qu’en Allemagne, et six à sept fois plus faible que dans le Royaume-Uni. Le rapport 2015 de la Global Drug Survey (GDS 2015) indique également qu’aux États-Unis, la surconsommation et le détournement des opiacés sur ordonnance provoquent plus d’overdoses que l’héroïne. «Le problème commence à apparaître en Europe et en Australie, mais les données sont rares», note le rapport. En France, il y a un gros usage de codéine (18 % contre 10 % en global) et d’opiacés (21,4 % contre 13,8 %) dont 10 % en font un usage détourné. Pour autant, l’OFDT reconnait l’augmentation constante de ces dernières années et précise que l’enregistrement des données « … laisse entendre une sous-estimation probablement assez élevée du nombre de surdoses en France[4]. »

Il faut pourtant remettre ces données en perspective. Il existe une conception fataliste de l’usage de drogue qui consiste à penser qu’il conduit inéluctablement à la mort surtout s’il s’agit d’opiacés. Or il est indispensable de savoir qu’il existe de nombreux moyens d’éviter les overdoses, comme l’a démontré la politique de RdR. De plus, pour beaucoup une overdose est toujours fatale. Or ce n’est pas le cas. Prise en charge à temps, les services MÉDICAUX d’urgence ont les moyens d’éviter les décès liés aux overdoses d’opiacés. Ce moyen est la Naloxone.

OD opiacés signesPour beaucoup, l’image qui vient en tête lorsque l’on parle d’un traitement des overdoses c’est John Travolta agenouillé au-dessus d’Uma Turman, une aiguille géante à la main, prêt à lui planter en plein cœur dans le film Pulp Fiction. Cette vision hollywoodienne n’est que fiction. La Naloxone, commercialisée sous le nom de Narcan en France, est un antagoniste aux opiacés. Ce produit prend la place des opiacés sur les récepteurs neuronaux empêchant ainsi une dépression respiratoire consécutive à une surdose d’opiacés. C’est son seule rôle et sa seule indication médicale. Il n’engendre ni effet psychoactif, ni effets secondaires connus, ni contre-indication. Ce produit est le meilleur moyen d’éviter des morts. Le problème est qu’il n’est essentiellement utilisé que dans un environnement médical (Urgences, SAMU) et par le personnel médical, limitant ainsi son efficacité au temps de réaction entre l’apparition des symptômes et l’intervention.

Pour remédier à cela, il faut que la Naloxone soit accessible aux premières personnes concernées, les usagers de drogues et leurs proches. Plus particulièrement à celles les plus exposées aux risques de surdoses, les sortants de prison ou de cure de sevrage, du fait de leur baisse de tolérance aux opiacés et des risques de reconsommation. De plus en plus d’articles scientifiques soulignent l’efficacité de la mise à disposition de la Naloxone couplée à la formation des usagers de drogues et de leurs proches à son utilisation. D’ailleurs, dès son deuxième numéro, ASUD proposait en n° 8 dans ses 20 recommandations aux injecteurs : « je garde chez moi une ampoule de Narcan (en cas d’overdose) ». C’était en 1992. Même la très conservatrice OMS a publié un guide spécifique avec des recommandations qui encouragent la mise à disposition et la formation à l’utilisation de cet outil dans les programmes de premières lignes.

En France, bien que certaines institutions aient exprimé leur soutien à la mise en œuvre d’un dispositif Naloxone (depuis quatre ans déjà), aucune action n’a été concrétisée jusqu’à présent. En 2008, le groupe Traitement de Substitution aux Opiacés (TSO) de la Commission Addiction (Direction générale de la Santé – DGS) recommandait qu’au regard de « la littérature, de l’efficacité, de la sécurité d’emploi et dans un contexte de réaugmentation des OD aux opiacés la mise à disposition large de la Naloxone aux usagers de drogues présente un rapport bénéfice/risque favorable et fait envisager un nouvel outil de réduction des risques[5]. »

Malgré le bon sens de ces recommandations, l’innocuité de la Naloxone et les résultats positifs des programmes ayant mis en place notamment aux États-Unis, force est de constater qu’en France ça bloque. Un des arguments récurrents est le soi-disant garde-fou que représenterait le risque d’overdose quant à la consommation de drogues. Sans même évoquer les chiffres prouvant le contraire, le simple exemple de l’apparition des ceintures de sécurité dans les voitures démontre que les gens ne se sont pas mis à foncer volontairement dans des murs à 200 Kms/h juste parce qu’ils se sentent mieux protégés. C’est pareil avec la Naloxone. En 2015 donc, se pratique encore un chantage pour tenter de réguler les consommations d’opiacés : la mort ou le soin. C’est conférer à l’overdose des vertus thérapeutiques, un déclic salvateur chez certaines personnes. Pari risqué. Faut-il rappeler que pour pouvoir agir sur sa santé il faut être vivant ?

Est-ce le complexe de Dieu qui frappe les opposants à une distribution large de Naloxone ? La possibilité d’accomplir le geste ultime vous ramenant d’entre les morts ? Ou tout simplement la volonté de garder les usagers de drogues sous le regard bienveillant d’Hippocrate ? Ce serait quand même dommage de passer dix ans à la fac de médecine pour que les toxicos se soignent tout seul…

De tels programmes ont déjà fait leur preuve dans près d’une vingtaine de pays à travers le monde. Et pas toujours les plus junkies friendly : « les programmes de distribution de Naloxone sur la base communautaire sont présents à différents degrés dans au moins 16 pays incluant l’Afghanistan, Australie, Canada, Chine, Allemagne, Géorgie, Inde, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Thaïlande, Royaume-Uni, États-Unis, Ukraine, Russie et Vietnam… »[6] C’est encore peu, mais cela montre la faisabilité de telles actions, même dans des pays prônant la peine de mort pour les usagers de drogues (Thaïlande). Même les agents du NYPD sont désormais équipés de kits Naloxone pour sauver les usagers de drogues lors de leurs missions de terrain !! Si les escadrons de la guerre à la drogue se mettent à soigner les toxicos, tout est possible.

Finalement, à part de la bonne volonté, il n’y a rien qui empêche la mise en place de tels programmes en France. Compte tenu de la réalité sanitaire, l’ONG Médecins Du Monde, en partenariat avec des structures de premières lignes, souhaite développer un programme de prévention des overdoses mortelles aux opiacés par la mise à disposition communautaire de la Naloxone. Néanmoins, aujourd’hui la mise en place d’un tel programme rencontre de nombreuses difficultés (notamment l’infraction de trafic substances vénéneuses). « Take home Naloxone, n’est toujours pas une réalité en France pour des raisons administratives. Nous encourageons le gouvernement à suivre les recommandations internationales et à autoriser la mise à disposition de la Naloxone en KIT pour les personnes les plus exposées au risque d’une overdose d’opiacés », déclare le Dr. Corty, directeur des missions France de Médecins Du Monde.

En formant les intervenants de terrain à la reconnaissance des signes d’une overdose et à l’utilisation de la Naloxone, ces intervenants formeront à leur tour les usagers tout en leur remettant un kit Naloxone. Cet outil innovant en France sera évalué avec des questionnaires. Car l’objectif global est bien d’éviter des morts qui pourraient être empêchées très simplement. Dr. Corty : « Notre équipe et les équipes de nos partenaires sont formées et prêtes. » Bref, le bon sens en action.

Overdose dayCar c’est bien de cela qu’il s’agit, éviter des morts inutiles. Et l’EMCDDA (OEDT) rappelle que « la réduction des décès par surdose et des autres décès liés à la drogue reste un défi majeur pour la politique de santé publique en Europe. »[7] Alors qu’attendent les pouvoirs publics ? Est-il besoin d’attendre une démonstration type « usine à gaz à la française » de l’efficacité de ce « Take Home Naloxone » pour passer à l’acte ? Cette démonstration est déjà faite dans de nombreux pays, les recommandations internationales, européennes, et tout autant celles des experts français sont là ! Faut-il attendre encore des mois, voire plus, que la liste des morts par overdose s’allonge alors que la solution est là, à portée de la main ?

C’est dans cette optique de plaidoyer que se tient l’Overdose Day : faire passer le message que la tragédie des décès par overdose est évitable. Le 31 août, vous pouvez porter des rubans argentés pour montrer votre soutien. Le thème de cette année 2015 est « Repenser et se souvenir » (Rethink & Remember).

[1] UNODC, World Drug Report 2014 + les chiffres publiés récemment par les autorités chinoises (Le Monde, La drogue a fait 49 000 morts en Chine en 2014) http://www.lemonde.fr/addictions/article/2015/06/24/la-drogue-a-fait-49-000-morts-en-chine-en-2014_4660821_1655173.html)

[2] WHO, Information sheet on opioid overdose, November 2014. http://www.who.int/substance_abuse/information-sheet/en/

[3] OFDT, Drogues et addictions, données essentielles « Héroïne et autres opiacés », Cadet-Taïrou A. et Dambélé S. 2013

[4] OFDT, Drogues et addictions, données essentielles « Héroïne et autres opiacés », Cadet-Taïrou A. et Dambélé S. 2013

[5] http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/avis_narcan.pdf

[6] Global state report 2012 HRI

[7] Rapport Européen sur les drogues, EMCDDA, 2014

Il était une fois la rose

Novembre 1983, « la chinoise » une étrange héroïne de couleur rose envahit soudainement le marché parisien. Pourquoi ? Comment ? Qu’est-ce qui se cache derrière cette couleur improbable ? Le marketing d’un dealer particulièrement avisé ou le résultat d’une expérience de laboratoire ? Retour sur le décor vintage des années 80 où la dreupou régnait en maître.

«La rose », le simple énoncé de cette substance laissait planer un parfum de mystère. Rose ? Vraiment rose ? Les premières informations émanaient de la presse : « Saisie massive d’héroïne rose dans le quartier chinois ! » Puis vinrent les premiers jugements de connaisseurs fraîchement débarqués de la planète junk : « Mec, j’ai pécho une came d’enfer chez un “noich” dans le XIIIe ! Mec, la dope est rose, vraiment rose ! ! ! »

Rose, jaune ou bleue…

En effet, la poudre était rose, vraiment rose. Des petits cristaux granuleux couleur bonbon…Vous ajoutez de l’eau, vous chauffez jusqu’à ébullition, le contenu de la cuillère devient absolument translucide et vous shootez ! Ça, c’est l’info n°1. L’info n°2, c’est que la rose, c’est de la bombe. Un flash puissant qui vous décolle la tête puis vous laisse baigner dans une douce euphorie opioïde, de la bombe quoi ! Très vite, cette réputation a fait le tour de Paname : « T’as de la rose ? Tu sais pas où y en a ? » Après les Chinois légendaires du XIIIe qui auraient écoulé les premiers kilos, les dealers tunisiens se sont emparés du créneau. Seulement la rose a cessé d’être rose, elle était parfois orange, jaune ou grise, d’aucuns m’ont juré en avoir shooté de la bleue… Quand la rose devient bleue, il faut se poser des questions. Alors, on s’en est posé à l’époque. D’où sortait cette came ? Quelle était son secret de fabrication ? Autre particularité, cette dope gélifiait en refroidissant dans la cuillère. Au bout de quelques minutes, le liquide devenait une espèce de pâte compacte. Les amateurs incapables de trouver leur veine parce que trop fébriles ou ayant abusé de leur capital veineux bouchaient régulièrement leur pompe s’ils tardaient trop à envoyer la sauce. Une pompe bouchée, c’est l’horreur. Sous la pression, le contenu – mélange de sang et de came – gicle en dehors de l’aiguille et… vous perdez votre shoot. Abominable !

… jusqu’à perdre la cote

Enfin, et ce n’est pas le moins intéressant, la rose a très vite cessé d’être de la bombe, comme pour les tomates en branches ou les fraises Gariguette, le commerçant a usé et abusé du marketing lié à l’image du produit. Au fil des années, le pourcentage d’héro contenue dans les képas a diminué tandis que le volume de caféine augmentait en proportion. La caféine a la particularité de booster légèrement la sensation de flash, tout en intensifiant le craving. Shooter de la rose est donc devenu une espèce de cérémonie masochiste à base de tachycardie et de protocole de descente de coke.

La rose est restée rose mais ses effets furent de moins en moins convaincants, au point que vers le début des années 90, époque de sa disparition des rayons, elle n’avait plus la cote du tout. On peut même émettre l’hypothèse que c’est cette désaffection des acheteurs potentiels, beaucoup plus friands de cames traditionnelles type « blanche » ou « brown », qui serait à l’origine du retrait de la rose du marché. Une hypothèse qui validerait le postulat – toujours contesté par certains – selon lequel en matière de came, c’est toujours la demande qui est déterminante.

Quoi de neuf Doc ? (mars 2015)

De nouveaux kits d’injection

La prochaine trousse Steribox® contiendra deux filtres, le filtre traditionnel et un filtre toupie, plus performant vis-à-vis des « poussières » et des bactéries. La réutilisation est de plus impossible et il n’y a pas de contact entre la membrane et les doigts. Pourtant, de nombreux usagers sont critiques : perte de produit, complexité d’utilisation, taille encombrante. Ce débat n’est pas minime. Une préparation de l’injection qui diminuerait le risque de contamination bactérienne serait un grand progrès. Certains soutiennent qu’il faut d’abord faire un filtrage traditionnel puis, seulement après, utiliser le filtre toupie. Je suis incapable de répondre à la question mais elle est importante et mériterait une « table ronde ».

Dépistage au travail

J’ai lu que les tests anticannabis allaient être utilisés dans les entreprises avec un certain nombre de garanties… Je ne connais pas le dossier mais j’ai clairement compris qu’il y avait un malentendu dans cette histoire. Si un patron veut savoir si son employé fume et si le test salivaire est positif, il se fout de savoir s’il a fumé avant-hier ou hier. En revanche, lorsque ces tests sont utilisés le long des routes pour vérifier que les personnes ne conduisent pas sous l’influence du joint, le test salivaire est incapable de répondre à une telle question. Il y a trop de faux positifs et de faux négatifs (lire à ce sujet : De la difficulté de légiférer sur la conduite en état d’ivresse stupéfiante). S’il faut peut-être lutter contre le cannabis au volant (surtout mélangé à l’alcool), il faut pour cela disposer de tests permettant d’affirmer que la consommation est récente et que la personne est bien sous l’influence du cannabis. On n’en est pas là. Pour revenir à l’entreprise, peut-être verra-t-on, dans quelques temps, des syndicats se battre pour que les tests cannabis, cocaïne et autres n’aient pas lieu le lundi matin comme l’ont déjà fait des syndicats américains.

Amsterdam : tourisme, overdoses et RdR

Deux jeunes Britanniques sont morts récemment à Amsterdam pour avoir sniffé de l’héroïne blanche vendue pour de la cocaïne. Il y avait déjà eu un mort en octobre dernier et plusieurs personnes ont été hospitalisées après en avoir sniffé. Des questions se posent : d’où vient cette blanche ? Est-ce le Triangle d’Or qui se remet à produire ou est-ce en Syrie ou en Asie centrale que des chimistes la raffinent ? Quoi qu’il en soit, elle doit être relativement forte et difficile à écouler puisqu’il faut la faire passer pour de la coke pour la vendre. À moins que Daesh ait aussi lancé le djihad de la drogue, l’un des signes les plus visibles de la décadence des peuples européens. Conjecture peu vraisemblable.

En attendant, la ville d’Amsterdam a pris les choses en main et d’énormes panneaux expliquent : « N’achetez pas de cocaïne dans la rue, ce peut être une héroïne mortelle ». Des tests permettant de reconnaître les opiacés ont aussi été distribués. La « blanche » a dominé le marché de l’héroïne jusqu’à la fin des années 70. Elle pouvait être coupée à 90% avec des poudres blanches. Puis le « brown sugar », supposé être de l’héroïne n°3 moins raffinée que la blanche, venu, lui, de la frontière pakistano-afghane, a gagné. Le bruit courait qu’il y avait ici ou là un « plan de blanche » mais ce n’était pas fréquent. Elle est réapparue ces derniers temps et les trois morts d’Amsterdam lui donnent une grande publicité. Certains amateurs d’héroïne vont aller à Amsterdam en espérant se faire arnaquer…

Souvenirs de Jimmy Kempfer

C’est Fabrice Olivet qui m’a rappelé que Jimmy Kempfer avait rejoint Limiter la casse via une association née d’une scission d’Asud et qui s’appelait Substitution Autosupport. Phuong Charpy et le regretté Gilles Charpy en étaient les animateurs. Mais je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans… J’ai tout de suite eu de bons rapports avec Jimmy. On a beaucoup parlé depuis qu’on en a fait un slogan (et on a eu raison) de « l’expertise de l’usager ». Jimmy avait au plus haut point cette qualité. Ses articles en témoignent. Les thèmes de ses papiers étaient intéressants et le point de vue original. J’aimais ce qu’il écrivait. Jimmy avait une passion pour les livres sur les drogues, les affiches, les objets. C’est grâce à lui que j’ai retrouvé un bouquin publié en 1967 chez Denoël, dans la célèbre collection « Les lettres nouvelles » dirigée par Maurice Nadeau : Les drogués de la rue, des récits de vie de junkies new-yorkais recueillis par Jeremy Larner et Ralph Tefferteller. Un des meilleurs livres que j’ai lus dans les années 70. Salut Jimmy, toi qui as été embarqué dans notre bande et as su conduire ta barque depuis vingt ans que nous nous sommes connus. Je te salue, mon pote.

Héroïne et botulisme : Cas récents en Écosse et en Norvège – Rappel des précautions à prendre

Les autorités sanitaires norvégiennes ont informé le 29 décembre 2014 les autorités sanitaires des Etats membres de l’UE, d’un cas de botulisme dans la région d’Oslo, survenu chez un usager de drogues (héroïne) par voie injectable. En Écosse, depuis le début du mois de janvier 2015, six cas probables de botulisme ont été rapportés dans cette population.

L’origine très probable de ces infections est la contamination de l’héroïne ou des produits de coupe par le bacille Clostridium botulinum sous forme de spores.

Aucune caractéristique particulière, comme l’aspect ou la couleur, ne permet de déterminer si l’héroïne est contaminée par les spores de Clostridium botulinum.

Dans les cas d’injection d’héroïne contaminée par Clostridium botulinum, l’infection qui peut en découler est très grave voire mortelle en l’absence de traitement.

Plusieurs cas de contamination ont été décrits ces dernières années au Royaume Uni, en Allemagne, en Italie et aux Pays Bas, chez des usagers de drogue par voie injectable notamment en cas d’utilisation de la voie intramusculaire, plus propice à la contamination par des spores botuliques.

Considérant les circuits de distribution complexes de l’héroïne au plan international, la survenue d’autres cas en Europe ne peut pas être exclue. Aucun cas n’a été découvert en France  à ce jour.

Principaux conseils aux consommateurs d’héroïne

Réduire les risques

  1. Prendre des précautions particulières à l’égard d’héroïne provenant d’une source habituellement non connue
  2. Éviter absolument l’injection intramusculaire ou sous-cutanée : le risque est alors augmenté par rapport à la voie intraveineuse.
  3. Remplacer l’injection par l’inhalation à chaud (« chasser le dragon »)
  4. Réduire au maximum la manipulation de la poudre avec les mains.
  5. Insister sur le lavage des mains avant et après la manipulation de la poudre, ainsi qu’après l’injection pour éviter tout risque de transmission manuportée.
  6. Le lavage doit être effectué avec des solutions désinfectantes efficaces comme des lingettes à la chlorhexidine ou des solutions hydro-alcooliques.
  7. Utiliser des filtres efficaces : seuls les filtres « toupie » avec une porosité inférieure à 0,5 microns sont susceptibles de bloquer le bacille.
  8. Signaler tout signe neurologique inhabituel (voir ci-dessous) et se présenter dans un service des urgences.

En cas de symptômes évocateurs

Les usagers doivent être vigilants et ne pas hésiter à se faire examiner dans un service d’urgence, s’ils présentent, dans les heures ou jours suivants une injection d’héroïne, des symptômes tels qu’une vision trouble, double vision, ptosis (paupière qui tombe), bouche sèche, une difficulté à avaler et à parler et/ou une inflammation du site d’injection et une faiblesse musculaire commençant par les membres supérieurs.

La maladie peut évoluer vers une paralysie des bras, des jambes et finalement des muscles respiratoires.

La prise en charge en milieu hospitalier est impérative en cas de constatation des symptômes énumérés ci-dessus.

Nous rappelons que le botulisme est une maladie à déclaration obligatoire, dont le signalement doit être fait par tout moyen en urgence à l’Agence régionale de santé (ARS) de votre région, devant toute suspicion de cas, sans attendre la confirmation microbiologique.

Source : Direction générale de la Santé
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Alertes Prods : Décès et Intoxications

Depuis mi-juillet plusieurs alertes concernant la dangerosité particulière de certains produits en circulation ont été émises à la suite de décès ou d’intoxications.
Elles concerne les comprimés d’ecstasy, l’héroïne, le LSD, la cocaïne, la kétamine, la méthoxétamine, la MDMA, le 25i-NBOMe et la PMMA. En voici une synthèse à l’intention des (futurs) consommateurs de produits psychoactifs.

29/08/2013 : Intoxications au 25i-NBOMe (buvard)

L’Institut Scientifique de Santé Publique (ISSP) signale qu’au moins trois intoxications au 25INBOMe ont été récemment recensées dans la région d’Anvers. Les patients avaient consommé un buvard à motifs multicolores tel que ceux contenant habituellement du LSD (et donc pouvant être vendus comme tel), derrière lequel était imprimé un « 25-I ». Les symptômes cliniques constatés lors de l’hospitalisation des patients étaient les suivants: diminution de l’état de conscience, insuffisance respiratoire, mydriase (dilatation des pupilles), tachycardie et hypertension. Deux patients ont été mis sous sédatifs et ont dû être intubés et ventilés artificiellement, alors que le troisième est juste resté sous observation quelques heures.Buvard 25i-NBOMe

Le 25I-NBOMe est une phénéthylamine hallucinogène récemment synthétisée, actuellement non-contrôlé par la législation sur les drogues. Bien que les effets soient assez similaires à ceux du LSD, la toxicité est beaucoup plus importante et l’usage de cette substance peut être fatal. Nous n’avons pas d’information par rapport à la manière dont les patients ce sont procurés ce produit (Internet ou marché noir).

Attention

La vente d’hallucinogènes de synthèse comme le 25i-nBOMe, le 2-CE, le DOC, etc. en goutte ou en buvard sont de plus en plus fréquent depuis un an. Non seulement ces produits diffèrent du LSD au niveau des effets, de la durée et des risques mais en plus ils sont vendus fréquemment (consciemment ou non) comme étant du LSD ou de la mescaline liquide. Méfiance dès que vous entendez cette dernier appellation : elle est toujours erronée car la mescaline ne peut pas être active avec juste une goutte ou un buvard de taille classique. Elle nécessite des quantités plus importantes de produit pour en ressentir les effets.

27/08/2013 : Décès liés à des comprimés d’ecstasy contenant du PMMA

La cellule de veille sur la drogues au Pays-Bas (DIMS) nous a informés que plusieurs décès sont survenus dernièrement suite à la consommation de pilules vendues comme de l’ecstasy mais contenant de la para-methoxyméthamphétamine (PMMA) en grande quantité.

Des dizaines de décès ont été rapportés suite à l’usage de PMMA ces dernières années.

La dernière pilule incriminée était ronde, de couleur rose et portait comme logo un point d’interrogation inversé. Mais d’autres comprimés contenant de la PMMA ont également été découverts cet été notamment une pilule ronde, beige clair et portant un logo « Tête de mort » qui avait déjà fait l’objet d’une alerte aux Pays-Bas également.

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Informations sur le PMMA

Toxicité

La PMMA est transformée, une fois consommée, en PMA. Celle-ci est nettement plus toxique que la MDMA !

Effets ressentis

Au début, les effets sont comparables à ceux de l’ivresse à l’alcool, ensuite peuvent survenir hallucinations, légère euphorie, picotements, engourdissement de la peau et des membres, motricité imprévisible et soudaine augmentation de la pression artérielle et de la température du corps, même à faibles doses.

Durée des effets

5 heures

Risques

Pouls accéléré, respiration rapide et pénible, mouvements oculaires imprévisibles, spasmes musculaires, dysfonction motrice (attention à la conduite de véhicules ou même la circulation sur la voie publique!), besoin irrépressible de bouger, bouffées de chaleur, transpiration. Nausées et vomissements peuvent survenir.

À doses plus élevées

Arythmie cardiaque, température corporelle fortement élevée (au-dessus de 40 degrés) et hypertension artérielle, qui peuvent provoquer inconscience, coma, détresse respiratoire fatale, arrêt cardiaque ou défaillance d’un organe. Le risque de décès est réel !

ATTENTION

Souvent vendue comme MDMA, donc attention: la PMMA n’est pas entactogène (sensibilité accrue) ni empathogène (ouverture à l’autre) comme la MDMA. Dès lors, en consommer en croyant prendre de l’XTC « classique » peut amener à reconsommer si on ne rencontre pas ces effets traditionnels. Le risque de surdose est dès lors bien réel, et peut même être mortel.

26/08/2013 : Évacuations (dont un décès) possiblement dû à des Taz Superman Bleu en Loire-Atlantique

L’association Techno+ rapportent que plusieurs personnes ont été évacuées lors du festival Couvre Feu les 23 et 24 août dernier près de Saint-Nazaire. L’une de ces personnes est décédée suite à un problème cardiaque. Ces incidents feraient suite à la consommation de comprimés vendus pour de l’ecstasy. Les taz mis en cause seraient des Superman Bleus de forme triangulaire.

Des analyses sont en cours.

21/08/2013 : Ecstasy fortement concentrés en MDMA en Belgique

L’Institut Scientifique de Santé Publique belge (ISSP) vient de nous informer de la saisie récente à Bruxelles, d’une quantité importante de comprimés d’ecstasy fortement dosés en MDMA. L’Institut National de Criminalistique et de Criminologie (INCC), qui a mené les analyses, précise en effet que les comprimés contiennent 200 mg de MDMA et qu’ils sont de couleur verte avec un logo « Android ».

Le risque de surdose en consommant ces comprimés est fortement accru. Plus que jamais, lisez attentivement les conseils de réduction des risques en dernière page de ce message. Voici les caractéristiques des comprimés qui ont été saisis :

Couleur : verteews_2013_08_21.jpg
Logo : androïd
Forme : ronde
Ligne de séparation : oui
Diamètre moyen: 9,26 mm
Epaisseur moyenne: 5,05 mm
Poids moyen: 404 mg
Teneur en MDMA : 200 mg MDMA.
Localisation : Bruxelles

  • Le dosage habituel des comprimés « d’ecstasy » trouvés sur le marché belge oscille aux environs de 120-130 mg de MDMA.HCL. Ce dosage est par exemple utilisé dans des études cliniques portant sur la MDMA.
  • Vu la concentration élevée en MDMA de ces comprimés, il existe un risque de complications graves (convulsions, hyperthermie, coma), voire de décès par overdose.

13/08/2013 : Héroïne coupée à des doses élevées de chloroquine en Île-de-France

De l’héroine coupée à des doses élevées de chloroquine a été saisie en Seine-Saint-Denis le 8 août 2013.
Les analyses effectuées sur des bonbonnes thermosoudées en plastique contenant de l’héroïne ont mis en évidence des quantités de chloroquine pouvant aller jusqu’à 8,9%.

Réduction des risques et recommandations

La toxicité de la chloroquine injectée par voie intraveineuse n’est pas négligeable : la survenue d’éventuels troubles rythmiques cardiaques est à prendre en considération.

En cas de surdosage en chloroquine, les symptômes sont faussement rassurants (maux de tête, nausées, vomissements), l’arrêt cardiocirculatoire pouvant survenir de façon brutale. A cause de ce risque la prise en charge doit être rapide (SAMU, POMPIERS, URGENCES…).

  • Source : Agence Régionale de Santé d’Île-de-France

19/07/2013 : Décès liés au mélange PMMA MDMA Cocaïne en Belgique

Le Centre Toxicologique de l’Université d’Anvers a enregistré un décès lié à la consommation de MDMA et de PMMA. Les analyses toxicologiques ont montré que la victime, un homme âgé de 36 ans habitant Anvers, présentait dans le sang du PMMA ainsi que de la MDMA en concentration élevée. Ce tableau est toutefois compliqué par le fait que le sang de la victime présentait également des traces de consommation de cocaïne, d’alcool et de tranquillisants, et qu’elle était par ailleurs épileptique. En outre, aucun échantillon de drogue n’a pu être prélevé à son domicile.

Même s’il est difficile à ce stade d’identifier précisément les causes du décès, cette alerte suggère néanmoins la possible circulation en Belgique d’échantillons de drogues contenant de la PMMA, comme cela a pu être récemment observé aux Pays-Bas (lire plus haut).

18/07/2013 Cocaïne et lévamisole : complications médicales

Levamisole maladie peauEn quelques années le lévamisole est devenu le principal produit de coupe de la cocaïne. Il est présent dans 60% des échantillons de cocaïne analysée en France en 2010 (source : OFDT) et dans 30% des analyses faites en Espagne, Suisse et Autriche en 2013 (source : TEDI). La Suisse (après l’Espagne et l’Angleterre en 2012) a connu récemment ses premiers cas de nécrose de la peau dans plusieurs hôpitaux. La France est peu touchée mais les consommateurs réguliers de cocaïne s’expose à de nombreuse complications médicales s’il consomment du lévamisole régulièrement.

Le lévamisole est un vermifuge utilisé en médecine vétérinaire. Ce produit a de multiples conséquences négatives sur l’organisme en affectant le système immunitaire :

  • Les plus fréquents : éruption cutanée, anorexie, nausées, vertiges, vomissements, douleurs abdominales, diarrhée, réactions allergiques
  • Les plus graves : problèmes vasculaires.

Il existe des Kit sur internet permettant de détecter le lévamisole dans la cocaïne.

12/072013 : Décès et intoxications à la Méthoxétamine (MXE)

 La direction générale du Ministère de la Santé rapporte 11 cas d’intoxication à la MXE depuis 2011 ainsi qu’un décès. D’autres décès étaient survenus en Angleterre et en Suède.

La MXE est parfois vendue pour de la Kétamine alors qu’elle est active à un dosage inférieur, que ses effets apparaissent avec un délais plus important et qu’ils durent plus longtemps. Le risque d’accident est donc majoré pour les consommateurs habitués à la kétamine.

La méthoxétamine est vendue sous forme de poudre blanche, sous des noms variables : MXE, Mket,
Kmax, Mexxy, Minx, Jipper, legal ketamine.

Contrairement à la kétamine, la méthoxétamine n’est pas classée à ce jour en France sur la liste des
stupéfiants bien que la commission des stups ait fait une recommandation en ce sens.

En cas d’overdose

Symptomes

Les signes cliniques les plus fréquemment observés :

  • Neuropsychiatriques : état dissociatif, analgésie sans perte de conscience, confusion, amnésie, hallucinations, agitation alternant avec somnolence, incoordination, tentative de suicide
  • Ophtalmologiques : mydriase (élargissement de la pupille), nystagmus (incoordination)
  • Cardiaques : tachycardie, hypertension artérielle

Peuvent aussi être observés : dépression respiratoire, nausées, vomissements, hyperthermie.

Article initialement publié sur http://www.technoplus.org/t,1/2691/-la-meteo-des-prods—vigilance-aout-2013?PHPSESSID=0ed670e6e00e9cb419b1eb740512c6a8

 

Alerte: Décès dû à de l’héroïne fortement dosée dans le 95

Alerte du 14 juin de l’ARS Île-de-France

Un homme a été retrouvé mort, par la police, avec une seringue dans le bras dans une commune du Val d’Oise (95) le 7 juin; une information judiciaire est en cours.

La poudre retrouvée sur la personne décédée avait une teneur en opiacé de 81% (dont 45% d’héroïne). La moyenne régional habituelle est de 17% environ. L’échantillon contenait d’autres opiacés (6MAM , Morphine, acétylcodéine), ce qui est souvent le cas dans les échantillons présentés comme de l’héroïne.

Il n’y a aucune information sur le contexte de consommation ni sur la provenance de l’échantillon.

Réduction des risques et recommandations

Les taux d’héroïne sont très variables d’un échantillon à l’autre dans le temps et l’espace (d’un jour sur l’autre au même endroit de revente, d’un lieu de revente à l’autre), particulièrement en Île-de-France, où il a varié entre 6% et 34% entre novembre 2010 et décembre 2011.

Une information en continu et un rappel des conseils de base de réduction des risques liés à l’usage d’opiacés auprès des usagers s’impose donc de manière permanente :

  • Ne pas consommer seul
  • Commencer par une faible dose, surtout lors d’un nouvel achat
  • Favoriser le « sniff » à l’injection ou à la voie fumée, surtout lors d’un nouvel achat
  • Éviter les mélanges favorisant la survenue de détresses respiratoires (Alcool, benzodiazépines, tout
    opiacés, y compris les traitements de substitution (TSO) ou autres médicaments opiacés tels que
    ceux utilisés dans le traitement de la douleur).
  • Recours au service des urgences en cas de suspicion d’overdose, afin de bénéficier d’un traitement
    par la Naloxone.

Alerte : Héroïne coupée au dextrométorphane dans le 93

source : http://www.drogues-info-service.fr/?Alerte-DGS-heroine

La Direction Générale de la Santé (DGS) lance une alerte à l’héroïne coupée avec des produits potentiellement dangereux et rappelle le danger inhérent aux grandes variabilités de présence de l’héroïne dans les poudres vendues.

Le 1er janvier en Seine-Saint-Denis une saisie de 50g d’héroïne a révélé un échantillon dosé à 15,2% mais surtout coupé à auteur de 44% avec du dextrométorphane (DXM). Or cette association héroïne-DXM est potentiellement mortelle.

La DGS rappelle notamment que les risques d’overdose sont particulièrement élevés chez les usagers néophytes, occasionnels ou reprenant leur consommation après une période d’abstinence. En présence d’une héroïne ainsi coupée ou fortement dosée les risques sont décuplés.

La DGS incite les usagers ou leurs proches qui constateraient des signes inhabituels suite à la prise d’héroïne de se rendre dans un service d’urgence ou de contacter le 15 (SAMU).

Nous vous rappelons pour notre part que les signes caractéristiques d’une overdose d’héroïne sont la perte de conscience, la difficulté à respirer (ralentissement du rythme respiratoire avant arrêt respiratoire), un bleuissement des lèvres et des ongles. Une overdose est rarement mortelle tout de suite, l’entourage peut donc appeler les secours et la personne être sauvée à condition de ne pas attendre : une overdose est une urgence médicale. Au téléphone n’hésitez pas à préciser que la cause probable du malaise est la prise d’héroïne afin de vous assurer que les secours arrivent bien avec l’antidote, la naloxone.

Si vous êtes confronté à une overdose ne paniquez pas. Mettez la personne en position latérale de sécurité et appelez les secours. En attendant les secours, si la personne ne respire plus, appliquez les gestes de premier secours : massage cardiaque et ventilation par la bouche.

Pour vous informer sur l’overdose, sa prévention et comment réagir nous vous conseillons de regarder la vidéo suivante :

 

Pour savoir comment mettre quelqu’un en position latérale de sécurité, regardez la vidéo suivante :

La RdR ça marche : La Position Latérale de Sécurité

Plus d’informations :

Retrouvez des informations et des conseils de réduction des risques sur l’overdose d’héroïne.

Les différentes phases de l’overdose d’héroïne

En général, une overdose se passe souvent en 4 phases plus ou moins rapides:

  1.   Somnolence irrésistible ou «défonce comateuse» mais réaction aux stimuli ;
  2.   Inconscience avec respiration et pouls faible ;
  3.   Respiration nulle ou très faible ;
  4.   Arrêt cardiaque.

Il existe cependant de nombreux cas de figure. La personne peut rester au stade 1, passer progressivement d’un stade à l’autre, revenir à elle et retomber dans le coma. Alternativement. Ou se retrouver en arrêt respiratoire en quelques secondes (en cas de gros shoot après une consommation d’alcool par exemple) et décéder.

Phase 1

La personne pique du nez de façon grave. Elle se sent irrésistiblement partir. Elle a beaucoup de mal à garder les yeux ouverts, ne marche qu’avec peine, s’endort en parlant. Ses propos sont incohérents…
Dès qu’on la laisse, elle a tendance à s’écrouler et à sombrer dans l’inconscience. Elle est pâle. Sa respiration est lente et faible, mais se maintient à un rythme régulier (3 à 5 fois en 15 secondes).

Que faire : Stimuler intensément la personne en lui parlant vivement.-«-Reste avec nous-!…-», certaines stimulations comme «-Attention, y a les flics-» sont parfois étonnamment efficaces. La secouer, la faire marcher et respirer profondément. Passer un tissu imbibé d’eau froide sur sa nuque. Si elle glisse vers la phase 2, appeler immédiatement le Samu (le 15 depuis un poste fixe ou le 112 depuis un portable). Dans tous les cas, maintenir la surveillance et la stimulation. Si la personne est allongée, surélever ses jambes. Veiller à dégager sa bouche (appareils dentaires, aliments).

Phase 2

La personne est écroulée comme une masse.

Appeler le 15 ou le 112 : quels risques?

En principe, si vous expliquez qu’une personne est inconsciente, la police ne vient pas. Par contre, elle viendra s’il y a décès, avec tous les problèmes que cela peut représenter pour celui qui a fourni la came

On a beau la secouer, elle réagit juste par une vague plainte, lorsqu’on la gifle par exemple. Elle paraît totalement inconsciente, respire très faiblement (moins de 3 fois en 15 secondes) ou irrégulièrement. Ses yeux se révulsent. Le visage est très pâle, les lèvres bleues et les oreilles ont tendance à blanchir. Les extrémités peuvent être froides. Son pouls est très faible.

Que faire : Avant tout, veiller à ce qu’elle soit totalement à l’aise pour respirer. Dégrafer sa ceinture et tout ce qui pourrait la gêner. Veiller à dégager sa bouche (appareils dentaires, aliments). Appeler le Samu, mettre la personne en position latérale de sécurité et rester avec elle. Ne pas cesser de la solliciter, la stimuler…

Phase 3

La personne ne réagit plus et sombre peu à peu dans l’inconscience totale. La respiration est très faible. Les yeux ont tendance à se révulser. Le visage est très pâle. Les lèvres peuvent être bleuâtres. Les extrémités peuvent être froides…

Que faire : Appeler immédiatement le Samu, pratiquer la respiration artificielle.

Phase 4

La personne ne respire plus. Son coeur ne bat plus.

Que faire : Appeler immédiatement le Samu. Pratiquer la respiration artificielle, voire un massage cardiaque mais uniquement si vous êtes expérimenté sous peine d’aggraver la situation. Rester avec la personne jusqu’à l’arrivée des secours. Donner un maximum de renseignements sur les produits consommés. Collectez les boîtes, médicaments et produits que la personne est susceptible d’avoir consommés.

Histoire de l’héroïne

De l’opium dans les habitats néolithique

Le pavot à opium est connu depuis des milliers d’années. On a retrouvé des capsules et des graines dans des habitats néolithiques européens datant de 5000 ans avant JC. Les sumériens (région de l’actuel Irak) le connaissaient 4000 an avant JC. Un de leurs idéogrammes désignait le pavot, traduit par hul, ce qui signfie joie ou réjouissance. Ils faisaient le commerce de ses graines ainsi que de l’opium à travers tout le bassin méditerranéen et ce jusqu’en Inde…

Il était aussi connu des Égyptiens et notamment des pharaons qui le consommaient certes pour ces vertus thérapeutiques mais aussi pour ces effets psychotropes…

Dans la Grêce Antique, Homère, dans l’Odysée, parle d’un étrange breuvage probablement à base d’opium, le Nepenthes, boisson procurant l’oubli des chagrins… Ce serait donc le lait du pavot à opium qu’Hélène utilisa pour soulager son angoisse. Ce breuvage était tellement répandu à cette époque que les Grecs de l’Antiquité représentaient sur des camées la déesse de la nuit, Nyx, distribuant des capsules de pavot. On a également retrouvé des figurines en terre cuite provenant de Knossos, surmontées d’une couronne faite de graines de pavot incisées, et une des cités de la Grèce Antique portait le doux nom de Opion, la cité du pavot à opium.

Selon la légende, le médecin de Néron, empereur romain ( 37/68 après JC) aurait concocté une boisson composé d’une cinquantaine de substances mais où domine l’opium afin de vaincre les maux les plus divers, le Thériaque…

C’est à Rome que sa première description scientifique est faite par Dioscoride au premier siècle de notre ère. Dans la Rome impériale en 312 il existe plus de 800 boutiques vendant de l’opium, dont le prix, modique, était fixé par décret de l’empereur…

L’empire arabe (7 siècle après JC) développa le commerce et la culture du pavot et participa à son essor dans tout l’ancien monde jusqu’aux Indes durant les conquêtes musulmanes…

En Europe, on voit apparaître l’opium plutôt vers le 15 è siècle avec le développement du breuvage de Philippe Théophraste Bombast de Hohenheim, resté célèbre sous le nom du Docteur Paracelse . Boisson ressemblant étrangement au Thériaque. Il qualifia cette potion de « supérieure à toute substance héroïque. Il la nomma le Laudanum , celui qu’on loue, raison pour laquelle on le soupçonna d’être lui-même opiomane…Il mourut et sa potion se répandit dans toute l’Europe…

Le Laudanum fut repris et étudié par Sydenham, médecin anglais et la consommation d’opium se développa. On le retrouve sous la forme du laudanum utilisé comme apéritif en Angleterre puis sous forme de pilules d’opium vendues brutes en pharmacies…

Au 19 è siècle en Grande-Bretagne, il est consommé sous forme de boulettes tandis que l’habitude de le fumer arrive en France sous la forme de Chandou, opium raffiné…

C’est au début du 19è siècle que l’allemand Sertürner, isole la morphine, premier alcaloïde chimiquement obtenu…Il l’appela ainsi en raison du Dieu romain du sommeil Morphée… Lorsqu’en 1850, la seringue hypodermique fut inventée, l’utilisation de la morphine se développa car elle permettait de soulager quasi immédiatement la douleur… Mais le corps médical s’inquiéta rapidement de la forte dépendance que causait la morphine et des études furent entreprise pour éliminer ses propriétés addictives…

Bayer commercialise l’heroïne

pub_hero2C’est dans ce contexte que Wright, synthétisa l’héroïne en 1874. Il en transmit un échantillon a un de ses collègues pour le tester sur des animaux et la réponse fut : « prostration profonde, de la peur, un assoupissement profond , les yeux deviennent sensibles, les pupilles se dilatent, et chez les chiens on observe une salivation considérable avec dans certains cas, une légère tendance au vomissement. La respiration s’accélère dans un premier temps pour ralentir ensuite nettement, le rythme cardiaque diminue et devient irrégulier. Un manque de coordination musculaire marquée et une perte de tonus dans le pelvis et les membres postérieurs… sont les effets les plus notables »..

Wright en arrêta l’exploitation et de nombreux chercheurs ne lui vit aucun avenir… Sauf Dreiser, en 1897, testeur pour les laboratoires Bayer. Après l’avoir tester sur des animaux et des humains (dont lui même), il lui trouva une utilité pour les traitements de différents troubles respiratoires, grands maux de l’époque, tuberculose, bronchite et asthme.
L’héroïne semblait efficace et mieux encore d’après Dreiser, elle ne créait pas de dépendance. Il était même question de l’utiliser en produit de substitution de la morphine !!! Bayer enregistra se nouveau médicament sous le nom de Héroïne de l’allemand, « heroisch », héroïque.
Bayer lança une grande campagne marketing en envoyant des échantillons aux médecins, et avant la fin de l’année , Bayer exporta de l’héroïne dans pas moins de 23 pays. En 1911, le British Pharmaceucical Codex nota que l’héroïne était aussi addictive que la morphine et en 1913, Bayer en arrêta complément la production.

L’Etats-Unis et la prohibition

Au début du XXè siècle, les Etats-Unis en mêlant, Tempérance et racisme envers les populations asiatiques et dans un premier temps envers les philippins, stigmatisèrent l’usage d’opium. En découla la première de nombreuses lois anti-drogues, l’interdiction de l’importation d’opium sur le territoire sous occupation américaine sous quelques formes que ce soit et prohiber tout usage non médical.
Cette jeune nation, la plus forte économiquement, n’avait que peu de poids dans les pour-parler mondiaux, face aux puissances du vieux continent. Les Etats-Unis virent l’occasion de s’affirmer et de s’afficher comme une nation superpuissante. Ils devaient même porter un coup sévère aux Britanniques, importateurs d’opium en Chine. Les européens et les Britanniques en particulier, gagnaient beaucoup d’argent sur le dos des fumeries d’opium. Ils avaient créer, en Chine, suite à deux guerres qui permit la légalisation les importations d’opium, une population de toxicomanes, estimée à environ 27% de la population adulte et masculine en 1900.
Par la suite, l’héroïne, supplanta l’opium et la morphine et devint la plus importante des drogues addictives.
De ce fait, les Etats-Unis déplacèrent leur combat anti-drogues de l’opium à l’héroïne et celle-ci devint la cause de tout les maux ( une fois que les lois anti-prohibitionnistes furent votées !!!)… « La plupart des cambriolages, hold-up audacieux, des meurtres cruels et autres crimes violents sont, on le sait maintenant, principalement commis par des toxicomanes, qui sont, pour l’essentiel, à l’origine de l’alarmante vagues des crimes que nous subissons. La toxicomanie est plus contagieuse encore que la lèpre, et bien moins curable. Les toxicomanes sont les principaux vecteurs de maladies abominables (….). Combinées aux vieilles méthodes du trafic d’opium, la puissance sans précèdent des stupéfiants, dérivés de la chimie moderne, menace actuellement l’avenir même de la race humaine. A son insu, l’humanité est engagée dans une lutte à mort contre le plus dangereux ennemi qui ait jamais menacé son avenir. De l’issue de ce conflit dépendent la survie de la civilisation, la destinée du monde et le futur de la race humaine » Hobson, 1928, créateur de l’Association mondiale contre les stupéfiants.

French connection

La lutte contre la drogue fut repris par Anslinger aux Etats-Unis. Il détestait en bloc les communistes, la Mafia et les revendeurs de drogues, à un point qui frisait la paranoïa. Dans son autobiographie, The murderers, il écrit : « Je crois que nous devons tout particulièrement prendre garde à l’utilisation de la drogue comme une arme par les forces communistes, en chine, et n’importe où ailleurs en orient, en Europe et en Afrique. Il y a toutes les chances pour qu’un certain nombre de cocos et de leurs compagnons de route tendent la main à l’internationale du crime organisé. ». Il crée en 1930 le FBN ( Bureau Fédéral des Narcotiques) dont il devint directeur jusqu’à sa retraite en …. 1961.
Il parut évident pour lui que pour faire baisser la consommation sur le territoire américaine il fallait couper les voies d’approvisionnements. C’est pourquoi fut organisé à son initiative, une conférence internationale à Genève. Des lois nationales et non obligatoires firent remplacer par des lois internationales à caractère obligatoire. La production légale d’opium passa de 42.000 en 1906 à 16.000 en 1934. Soit une baisse de 82 % qui fut vite compensée par la production illégale !!!

C’est à partir de là que c’est développé un marché mondial illégal autour de l’héroïne. Tenu par les italiens aux Etats-Unis avec le règne de Lucky Luciano qui su surfer avec la fin des lois prohibitionnistes, par les corses de Marseille en France avec la fameuse French Connection qui assura apparemment 80% des importations américaines ou encore par les Européens en Asie où se fut la naissance du triangle d’or.

Be-Bop, rock et grunge

Depuis les années 30, on repère l’héroïne dans nombres des groupes minoritaires. On dit que le Be-Bop tire sa force de l’héroïne, qu’elle permet aux musiciens de s’isoler, de se ressentir envelopper par la musique. Le Be-bop légua à la nouvelle génération sa consommation de drogues et les écrivains de la Beat Generation comme Jack Kerouac, Allen Ginsberg ou Williams Burroughs vouaient un véritable culte aux grands junkies du jazz comme Charlie Parker. « Le jazz était la référence ultime des Beatniks, pourtant et peut être a cause de çà, peu d’entre eux étaient des musiciens. C’est du jazz qu’ils tirent le mythe de l’artiste solitaire, dépressif et torturé, qui joue en compagnie des autres mais demeure toujours seul. Ils parlaient la langue du jazz, vénéraient avec ferveur les musiciens décédés, et construisaient des rites communautaires autour des drogues chères aux jazzmen. Pour eux, le comble de la liberté, c’était le musicien dont l’art avait causé sa perte », Maynard, 1991, dans Venice West.

L’héroïne fut essentiellement associée à deux périodes musicales : le rock des années 70 et le grunge de la fin des années 80. Nombres d’artistes rock furent associées à l’héroïne, non pas pour leur consommation mais pour leur mort. Jimi Hendrix mourut d’une overdose de barbituriques, Janis Joplin succomba à un mélange fatal de tequila et d’héroïne et Jim Morrison mourut dans des circonstances étranges, on dit qu’il serait mort d’une overdose d’héroïne et qu’on l’aurait plongé dans un bain pour le réanimer. Sa femme mourut d’une overdose en 1975.
Le mouvement grunge se fit aussi remarquer, Andrew Wood, chanteur des Mother Love Bone, mourut d’une overdose, en 1990, Stéfanie Sargeant des 7 Years Bitch, succomba en 1993 et Kurt Cobain une semaine avant de se suicider fit une overdose.

« La presse tout comme le public adore les scandales liées à la drogue. Ils montrent le monde tel qu’il devrait être : les gens ont ce qu’ils méritent, leur fierté est mise au pas et la morale retrouve sa place. Mais il y a autre chose dans la satisfaction que le public éprouve à voir les stars et les aristocrates humiliés, et c’est tout à fait ignoble.(…) Nous jugeons l’héroïnomane comme une personne qui a volontairement choisi de vivre à l’encontre de la norme et des attentes de la société, et l’on ne s’étonne guère qu’il finisse mal. Les journaux aiment publier les récits édifiants et moralisateurs et le public adore les lire. Derrière tout cela se dissimule le sentiment confortable mais illusoire que nous détenons la vérité. » Julian Durlacher, dans Héroïne.

Pour conclure

« Certains estiment que maintenir un climat permanent de peur autour de l’héroïne ne peut avoir que des conséquences positives ; on est cependant en droit de penser qu’au contraire cela empêche tout progrès réel dans le traitement de ceux qui sont le plus affectés par l’héroïne : les toxicomanes. L’Occident ne peut pas non plus s’attendre a ce qu’à travers le monde les régimes dictatoriaux se transforment en gouvernements dociles et respectueux des libertés civiles alors que leur existence repose sur un commerce illégal. Cependant, de plus en plus de gens – dont beaucoup de convertis inattendus – remettent en question la pertinence du traitement actuel de l’héroïne dans le monde. Et il y a une chose sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est que la politique actuelle ne marche pas. Pourtant, personne n’a le courage de faire le premier pas en suggérant une politique différente. Car telle est la puissance que dégage ce simple mot : Héroïne. » Julian Durlacher, dans Héroïne.

Alberto Garcia-Alix, un photographe hors champ

L’un des plus grands photographes espagnols contemporains prend depuis plus de trente ans des clichés de ses potes en noir et blanc. Une galerie de portraits saisissants, d’instants pleins d’émotions où se côtoient motards, défoncés, zonards, stars du porno, musicos et anonymes.

S’il est courant qu’un photographe choisisse des gens en marge comme sujets, la différence est de taille quand ces derniers sont ses potes, qu’il raconte leur histoire, allant même jusqu’à pratiquer l’autoportrait en train de se faire un shoot d’héro dans les années 1980 ! D’autant qu’aujourd’hui, le bougre ne renie rien, surtout pas : « Je n’ai pas honte, on voulait vivre, explorer de nouvelles sensations, s’éclater…! » Il le fait sans frime, juste au naturel à l’état brut et décoiffant de toute une génération qui explose parfois sur fond d’héro, de sexe et de rock’n’roll version Madrid !

Il m’ouvre la porte de son appart-studio à Madrid avec un chaleureux abrazo. Pas grand, des tatouages plein les bras, la voix cassée, les yeux rieurs, une bonne gueule, il sait que je ne viens pas pour un scoop mais pour parler à travers lui de l’arrivée massive du caballo (cheval) en Espagne, de contre-culture. Appréciant les numéros d’Asud que je lui passe, il a lui aussi a publié des fanzines où s’exprimait une jeunesse bâillonnée par quarante ans de nuit franquiste, et une superbe revue, El Cante de la tripulación. Il allume un joint, n’a pas la grosse tête, parle de sa vie, évoque la photo, « sans elle, je serais certainement parti en live ». Motard dans l’âme, il roule toujours en Harley mais n’est plus à la tête d’une équipe de déjantés juchés sur de belles italiennes dans le championnat d’Espagne. On en vient vite à l’héroïne, sa « drogue reine » qui rentre dans sa vie dès 1976, avant la fameuse Movida (en argot « faire un plan ») dont il dit : « On m’affuble souvent du titre de photographe de la Movida, bien sûr j’étais tout le temps là où il se passait des choses, mais on n’était pas un mouvement, j’étais avec mes potes, les ai pris en photo, c’est tout… Cela partait dans tous les sens, c’était libertaire, c’est après que les médias ont inventé ce mot… ». Il a donc vécu la première vague du cheval, celle où toutes les pharmas de Madrid se faisaient casser à la recherche d’opiacés, les transformant vite en bunkers… Il raconte les plans, le deal, la blanche, le brown, puis le tourbillon qui s’accélère au début des années 1980 avec la Movida qui élargi les excès au plus grand nombre, mais aussi cette soif de vivre autrement !

Alberto est fan de rockabilly et de tango, dont la mélancolie sied à ses photos empreintes de nostalgie car nombre de ses amis et son jeune frère Willy sont morts (OD, sida) et d’autres drames ont ponctué sa vie, comme celle de beaucoup d’entre nous. Marqué dans son corps, « quelque part on est un peu des survivants, tu ne crois pas… ? », le VHC a failli lui être fatal « l’interféron mec, c’est pas de la tarte ! » Mais il a au moins sept vies, voyage (Mexique, Cuba, Laos…), anime des ateliers, expose partout, fait des vidéos, a une petite maison d’édition, Cabeza de Chorlito, écrit de beaux textes pour ses bouquins de photos comme « De donde no se vuelve », sur cette soif de liberté au lourd tribut, les rêves opiacés, l’accroche de l’héro…

Né en 1956, Alberto Garcia-Alix vient de recevoir le prix Fotoespaña 2012 pour son œuvre mais n’a pas sombré dans la repentance. Il n’est plus accro à l’héro et s’en sort bien même si à de rares occasions… « Quand je suis allé au Laos, je suis tombé sur de la blanche, waow, heureusement c’était plus que les deux derniers jours… ! »

On rit. La méthadone ? Il reconnait que c’est un outil nécessaire mais « t’es toujours accro, c’est pas mon truc … ».
Il est bien sûr contre la prohibition des drogues et me raconte en souriant la dépénalisation de toute conso en Espagne en 1982 : « des mecs allumant leur pétard devant un flic et lui soufflant la fumée dans la gueule ! » Tout était possible, une formidable explosion des sens même si en 1975, à la mort de Franco, « une fille en minijupe de cuir noir allant acheter son pain, était plus révolutionnaire que bien des discours militants ». Des gens comme Alberto ont fait galoper l’Espagne à 200 km/h, lui faisant rattraper son retard et la projetant dans une modernité en rupture avec un passé national-catholique !
À découvrir donc ces super photos d’un artiste qui est des nôtres…

Les 12 photos présentées ici sont issues du livre d’Alberto Garcia-Alix “De donde no se vuelve” (Centro de Arte Reina Sofía/La Fabrica, Madrid, 2008), dans lequel sont réunies les 240 photos de l’exposition qui s’est tenue entre 2008 et 2009 au Musée d’Art Moderne de Madrid, là où l’on peut voir le fameux Guernica de Picasso.
Notre choix s’est volontairement limité à celles qui ont trait à la drogue, Asud oblige, mais bien d’autres sujets d’inspiration figurent dans ce livre et dans son oeuvre en général.  Tout aussi importants sont la moto, avec ses potes bikers, le sexe avec des copines dans des poses très provos, des stars masculines du porno comme le célébre Nacho Vidal, des prostituées, mais aussi des musicos comme Camaron et bien sûr ses amis anonymes dont on peut suivre  certains au fil des années…

Jorge y Siomara, 1978Jorge et Siomara, 1978 (un couple d’amis d’Alberto)
La dope qui arrivait sur le marché étant blanche, soit on la sniffait, soit on la shootait. Cette dernière voie de conso deviendra vite populaire à partir des années 76-77 dû à plusieurs facteurs: l’explosion de liberté que connait alors l’Espagne après 40 ans de dictature franquiste, l’intensité des effets de l’héro par voie intraveineuse que les UD déjà initiés ne manquaient pas de souligner, l’ignorance totale de ses dangers (pas de différence faite entre fumer un joint ou shooter!). Il faut ajouter aussi que ceux qui shootaient étaient vus à ce moment là comme super branchés. Mais c’est surtout l’absence dramatique d’une politique publique de prévention  qui fit cruellement défaut !
Willy en train de se shooter, 1980Willy en train de se shooter, 1980
Jeune frère d’Alberto, Willy est sur cette photo au début de sa courte histoire avec l’héro. Il aime le rockabilly et s’éclate dans le Madrid de la Movida…
Parier pour ne jamais gagnerParier pour ne jamais gagner, 1976
En donnant ce titre dès 76, Alberto pressent le drame que la conso débridée d’héro va entraîner pour toute une génération. Celle-ci finira par toucher toutes les régions,  les villes comme les campagnes, les riches comme les pauvres… Mais ces derniers payèrent évidemment le prix fort! en les poussant massivement dans la délinquance avec sa cohorte de prisons, morts violentes, familles détruites…. En Galice, la Bretagne ibérique et terre d’arrivage d’héro et de CC, une remuante et courageuse association « des mères contre la drogue », exerça même une pression politique pour ne pas que les U.D. (leurs enfants) soient criminalisés et exprima un fort rejet social des dealers-mafieux avec de grosses manifs devant leurs luxueux domiciles !
P'tit Juan, 1997P’tit Juan, 1997
Un pote d’Alberto au look bien dans ses baskets.
Teresa en train de se shooterTeresa en train de se shooter, 1978
Elle fut la compagne d’Alberto entre 1977 et 1982. Elle décèdera en1995.
Willy, 1982
Willy, 1982
Tout juste père d’une petite fille, Willy est mort à 24 ans d’une O.D. alors qu’ayant décroché, il s’était offert « un homenaje », une petite fête d’un soir… Un phénomène qui deviendra un grand classique ! Sa mort marquera à jamais Alberto et l’empêchera de penser à se payer sa dope en dealant comme beaucoup d’UD le faisaient à l’époque, avant que cette activité ne tombe dans des mains plus professionnelles…
En attendant le dealer, 1982En attendant le dealer, 1982
A cette époque et jusqu’au début des années 90, le deal et donc aussi la conso d’héroïne, la cocaïne restant marginale, avait lieu dans les rues de Madrid souvent aux yeux de tous. Le dealer était espagnol (mais gadjé, rarement gitan), souvent héroïnomane. Puis, les autorités ont voulu en finir avec l’image de plus en plus impopulaire du junkie faisant son shoot en pleine rue sur un banc public (la conso de toutes les drogues étant dépénalisée) et laissant souvent sa seringue n’importe où. Elles firent sortir du centre ville par une forte pression policière sur les dealers, la vente et donc très vite aussi la conso qui se déplacèrent peu à peu vers les bidonvilles gitans de la banlieue.
Autoportrait en train de me shooter, 1984Autoportrait en train de me shooter, 1984
Alberto avait commencé à consommer de l’héroïne à l’âge de 19 ans, fin 75. Il sauta comme beaucoup du joint au fixe, pratiquement dans la même année et sans même passer d’abord par la case du sniff! Ce fut le début d’une longue relation…
Johnny Thunders, 1988 Johnny Thunders, 1988
Johnny Thunders, guitariste du groupe culte de la scène new yorkaise, les New York Dolls, au style très rock avec un jeu de scène décadent et travesti (qualifié aussi de proto-punk, de glam-rock) qui connut son heure de gloire entre 1971 et 1975. Les NYD influençèrent de nombreux groupes comme les Ramones, le guitariste Steve Jones des Sex Pistols, Morrissey de The Smiths, Guns N’ Roses, Television , Blondie, Talking Heads… Alberto et lui devinrent amis à la fin des années 80, lors d’une tournée européenne du groupe The Heartbreakers que Johnny avait fondé avec le batteur des NYD Jerry Nollan en 75. Johnny mourrut dans des circontances mystérieuses, d’une OD de méthadone et d’héroïne, dans un petit hôtel de la Nouvelle Orléans en 1991, après au moins une quinzaine d’années d’une addiction à l’héro et dont j’avais déjà pu constater l’ampleur, l’ayant rencontré à N.Y. en 81 et 82…
Lirio, 1997Lirio, 1997
Iris, surnom d’un ami… dans une position bien connue des injecteurs pressés ou sans garrot à disposition (bof), mais qui n’ont pas encore de problèmes veineux…!
Floren, 2001Floren, 2001
Deux facteurs ont fait peu à peu changer le mode de conso : le Sida qui a frappé très durement les UD espagnols et l’arrivée de l’héroïne marron début 80, d’abord iranienne, puis turque et libanaise et enfin pakistano-afghane que l’on peut inhaler. Au shoot et à ses dangers (et la très mauvaise image sociale du junkie), les UD depuis plus de 15 ans préfèrent largement  chasser le dragon sur de l’allu ou fumer en pipe. Ce mode de conso présente beaucoup moins de risque d’OD et empêche les dégâts veineux. Par contre de sérieux problèmes pulmonaires apparaissent avec un usage fréquent.
Grosse défonce à ManilleGrosse défonce à Manille, 2001
Autoportrait d’Alberto, la blanche devait être bonne! mais c’était avant le réveil de son hépatite C et le traitement qu’il fit à Paris où il résida entre 2003 et 2005, Porte de la Chapelle…
Désormais, Alberto, « Rangé des voitures » , préfère tirer sur un p’tit joint de cannabis!

Alerte officielle : Héroïne contaminée à la maladie du Charbon / Anthrax

5 cas d’anthrax ont été signalés chez des usagers injecteurs d’héroïne, dont 1 cas en France.
Après les 119 cas d’anthrax en quelques semaines chez des usagers injecteurs d’héroïne en 2009-2010, les autorités sanitaires européennes s’inquiètent de la possibilité d’une nouvelle épidémie.

la Direction Générale de la Santé (DGS) nous informe qu’il y a désormais 5 cas avérés d’anthrax chez des usagers d’héroïne dont 1 cas en France, dans la région Rhône-Alpes. Les autres cas se situent en Allemagne (3 cas dont 1 mortel) et au Danemark (1 cas mortel).
La Direction Générale de la Santé vient donc de publier une fiche d’alerte sur l’anthrax (maladie du charbon) que nous mettons ci-dessous à votre disposition. Nous encourageons les usagers d’héroïne à en prendre connaissance et à ne pas hésiter à aller consulter des services médicaux (urgences) s’ils se découvraient des symptômes pouvant évoquer cette maladie.

Un traitement antibiotique spécifique commencé suffisament tôt permet de guérir en limitant fortement les dommages.

Symptomes

Si la personne a été contaminée par injection, les symptômes peuvent être

  • une zone de tuméfaction (gonflement) et de rougeur au point d’injection, avec ou sans douleur associée
  • un abcès ou ulcère au point d’injection
  • éventuellement de la fièvre, des maux de tête, de la nausée.

Si la personne a fumé l’héroïne contaminée, elle peut présenter un syndrome grippal (fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, toux) qui peut se prolonger en difficultés respiratoires.

Quelques infos complémentaires

  • Si un consommateur d’héroïne présente ces symptômes il faut recourir immédiatement à un avis médical. Si nécessaire, accompagnez-le dans un service d’urgence.
  • Aucune voie d’administration de l’héroïne n’élimine le risque de contamination par la maladie du charbon : les injections dans les muscles (intra musculaire), la peau (sous cutanée), les veines (intra veineuse), peuvent causer la contamination.
    Toutefois l’inhalation des spores en fumant ou sniffant l’héroïne peut causer la maladie du charbon sous sa forme la plus grave au niveau des voies respiratoires (mortelle dans 85% des cas contre 20% pour les autres modes de contamination).
  • La contamination d’un produit par les spores du bacille du charbon n’est pas visible à l’oeil nu.
  • Les conseils habituels peuvent aussi réduire les risques de contamination : ne pas partager les aiguilles, les seringues et tout autre matériel, éviter toute préparation commune du produit.

Partagez ces informations très largement autour de vous

Documents officiels :

L’héroïne et les mélanges de produits

Quels sont les risques liés aux mélanges d’héroïne avec d’autres produits psychoactifs ?

Héroïne + Cocaïne = Le Speed ball

C’est la prise simultanée de ces deux produits. L’effet stimulant de la cocaïne diminue le risque d’arrêt respiratoire. Mais la durée d’action de la cocaïne étant plus brève que celle de l’héroïne, l’arrêt respiratoire peut survenir quand l’effet de la cocaïne prend fin.

Héroïne + Kétamine

Ces deux substances sont des dépresseurs respiratoires, donc gare a l’arrêt respiratoire. De plus, en terme d’effet l’un potentialise l’autre….

Héroïne + méthadone

Ces deux substances se potentialisent alors soyez vigilants au risque d’overdose…. La méthadone pouvant diminuée les effets de l’héroïne, certains ont tendance a augmenter les doses…

Héroïne + buprénorphine (Subutex® et générique)

Le Subutex® est incompatible avec les autres opiacés (héroïne, rachacha, opium, morphine, codéine, méthadone…). il est conseillé d’attendre au moins 6 à 8 heures après la dernière prise d’héroïne pour reprendre du Subutex®, sinon gare à la crise de manque…

Héroïne + benzodiazépines

De manière générale, ce mélange augmente les risques de coma et de difficultés respiratoires

Héroïne + amphétamines

L’effet stimulant des amphétamines diminue les risques d’arrêt respiratoire.

Héroïne + alcool

A petite dose, l’alcool peut diminuer les effets de l’héroïne, d’où le risque d’augmenter les doses. A fortes doses, l’alcool aurait tendance à accentuer l’effet endormant de l’héroïne. Il y a un risque accru de surdose sans les deux cas.

Héroïne + cannabis ( dérivés)

Chez le uns, il atténue le stress de la descente, chez les autres, il accentue les réactions paranoïdes

Chasser le dragon, une alternative de consommation ?

Contrairement à plusieurs pays européens où cette pratique est assez populaire, chasser le dragon n’est pas très répandu en France. Même s’il n’est pas anodin, ce mode de consommation peut pourtant représenter une alternative intéressante, surtout par rapport à l’injection. Trucs et conseils, avantages et risques… Speedy revient sur son expérience espagnole.

D’abord, une définition de la chasse au dragon à l’occidentale, pour éviter tout malentendu sur ce procédé qui devrait son nom aux volutes de fumée qui le caractérisent et à leur ressemblance avec cet animal mythologique très prisé des Asiatiques. Né en Asie, ce mode de consommation est l’héritier moderne, pour l’héroïne, de la traditionnelle pipe à opium. Il s’agit donc d’inhaler, avec un tube, de l’héroïne brune sur une feuille de papier d’aluminium doucement chauffée par en dessous à l’aide d’un briquet. (On peut fumer de la blanche mais le plaisir est de courte durée car, comme il est impossible de former une goutte que l’on pourra balader, le produit brûlant sur place se consume très vite et cela revient donc cher.) La goutte de produit ainsi obtenue est ensuite baladée de long en large sur la feuille jusqu’à sa disparition complète. Un procédé qui s’est étendu en Europe, au cours des années 90, à la cc basée/caillou ou au mélange d’héro et de cc basée (speed-ball). Suivant la drogue choisie, la manière de procéder diffère un peu au départ, mais la suite reste identique. Avant de présenter ces préparations plus en détail, voyons quels sont les avantages et les inconvénients ainsi que les risques liés à ce mode de consommation.

Une montée aussi fulgurante…

Popularisé en Espagne dans les années 80 (au moment de la vague de sida), chasser le dragon n’a cessé de se renforcer depuis car cela permet d’avoir en quelques secondes une montée fulgurante. Des effets se rapprochant un peu de ceux du fix, mais en atténuant les dangers liés à l’injection (OD, adultération, transmission du VIH…). Concernant le VHC (hépatite C) ou la tuberculose, les risques sont infimes si chacun utilise son propre tube ! Dans le cas contraire (n’en déplaise aux économes qui mettent en avant la quantité de dope récupérée dans un tube partagé pour justifier de l’utiliser), les dangers de transmission sont, comme pour la paille du sniff, très importants. Autre atout et non des moindres : inhaler permet de mieux doser ou du moins de faire des paliers dans sa prise. Les effets étant pratiquement immédiats, on peut tout de suite juger en fonction de son état s’il est souhaitable de continuer… Si cette conso graduelle – qui tient au procédé lui-même – n’écarte pas totalement les risques d’OD et autres problèmes d’adultération dangereuse, elle aide à les diminuer notablement. La préparation en goutte permet également de vérifier un peu la qualité de la dope (voir ci-dessous la partie consacrée à la préparation et ses clefs pour distinguer les degrés de qualité.)…

Toujours dans les avantages, il faut aussi citer la grande convivialité de ce procédé car, tout comme un joint (mais là s’arrête la ressemblance), la feuille peut tourner de main en main, bien à l’opposé des modes de conso très perso du sniff et du fix… Il offre également la possibilité de partager une petite quantité à plusieurs et d’en ressentir autant les effets, même s’ils sont bien plus brefs. Contrairement à ce que l’on croit souvent, ce procédé est en outre tout à fait économique, du moins avec les 3 produits déjà cités. Sauf, bien sûr, si le brown, bien que de bonne qualité, a été coupé avec un produit qui ne permet pas sa formation en goutte, ce qui m’est déjà arrivé en France. Enfin, les raisonnables peuvent interrompre leur consommation et la remettre à plus tard (surtout valable pour l’héro car le désir effréné qui accompagne la base de cc rend difficile cette interruption avant la fin), permettant ainsi d’espacer les prises…

ASUD44 Chasser le dragon 2… que les risques encourus

Chasser le dragon n’est cependant pas un geste anodin, une simple fumette ! D’abord, parce que les produits – héro, base de cc ou speed-ball (toujours très répandu en Espagne) – ne le sont évidemment pas. On peut même dire pour l’héro qu’avec ce procédé, il est plus rapide de s’accrocher qu’en sniff et qu’une fois dedans, la difficulté de la décroche ressemble à celle du fix. Car tout comme pour cette dernière où la seringue prend une place énorme, pour la chasse au dragon, les gestes liés à la préparation du produit et à celle du matériel, ceux de la consommation, les odeurs, etc., pèsent beaucoup… La simple vue (même au supermarché !) d’un peu d’alu me donnait envie de me défoncer et je jugeais en un clin d’œil sa capacité à me convenir pour cet usage ! Concernant la cc basée ou le speed-ball, est-il encore besoin de souligner qu’en chassant le dragon, s’accrocher est super rapide et que même des UD chevronnés sont partis en live avec ce procédé ? Bien que les effets de la base de cc fumée sur l’alu soient un peu moins violents, on s’accroche presqu’aussi vite qu’avec un doseur…

Autre évidence : fumer sur de l’alu n’est pas du tout bon pour les poumons ! Ceux qui ont pratiqué ce mode de conso pendant longtemps présentent fréquemment des problèmes respiratoires qui, selon la durée et la personne, peuvent aller de la bronchite chronique à l’emphysème – dilatation des alvéoles pulmonaires avec destruction de leur paroi élastique. La personne a donc de plus en plus de mal à respirer… Surtout associé à l’héro, chasser le dragon tend à provoquer l’emphysème et les poumons ne se régénèrent pas ! – et même finir par un cancer du poumon, surtout si s’ajoute à cela une consommation de tabac.

ASUD44 Chasser le dragon 3Conseils et matériel

On peut néanmoins observer les précautions suivantes pour réduire un peu la nocivité de cette pratique. Passer les 2 côtés de la feuille d’alu, mais surtout la partie brillante, à la chaleur d’une flamme sans insister et sans laisser de traces noires. Si c’est le cas, essuyez-les avec un mouchoir en papier avant de commencer la consommation. Bien lisser l’alu, placer la dope sur sa partie mate, et réserver le côté plus brillant pour y passer la flamme. Au cours des déplacements de la goutte (voir ci-dessous), essayer de ne pas passer sur les endroits où l’alu aurait pu brûler. Une fois la goutte terminée, ne pas faire le radin en repassant sur les endroits brûlés où il pourrait rester quelque chose ! Prendre un tube assez long (10 cm) pour inhaler et ne jamais utiliser une feuille qui a déjà servi…

Un mot sur le matériel : l’alu doit être présent sur les 2 côtés de la feuille, pas de papier donc sur l’une des faces ! Il est d’autre part préférable d’en prendre un épais qui résistera mieux à l’exposition à la chaleur. Mieux vaut donc préférer une grande marque à celles des supermarchés car l’alu y est trop fin et de mauvaise qualité. Il semble que certains Caarud commencent à distribuer des feuilles d’alu non traitées, donc un peu plus saines !

Découper un rectangle d’une vingtaine de centimètres sur une dizaine, surtout sans froisser la feuille. En effet, plus elle sera lisse, plus la goutte pourra se déplacer facilement. Cette façon de faire devra être conservée durant toute la consommation. Quant au tube, également en alu – Certains utilisent de petits tubes en métal pour pouvoir ensuite mieux récupérer la dope présente, en l’inclinant et en commençant à chauffer par un bout pour finir par celui d’où sortira la fameuse goutte… Pour les pressés, attention à ne pas se brûler les lèvres avec ce tube et le laisser refroidir avant de s’en resservir ! –, le plier en 2 dans le sens la longueur mais sans que les 2 côtés correspondent. Refaire ensuite 2 plis à chaque bout pour renforcer la rigidité, et le rouler en s’aidant d’un crayon par exemple. Une fois la goutte finie, il restera au centre du tube remis à plat une traînée de dope (héro et/ou base) qui, selon les quantités fumées avec le même tube, peut constituer un bon dépannage pour le lendemain matin !

ASUD44 Chasser le dragon 4Préparation

Passons enfin à la préparation. Pour l’héro, placer la flamme du briquet – qui ne doit pas être trop forte – sous le papier, mais pas juste en dessous. Quelques centimètres suffisent pour que le produit ne brûle pas mais puisse fondre et former une goutte brune, voire noire, pouvant facilement se décoller une fois refroidie (plus elle sera orange et poisseuse rendant impossible de la décoller, plus l’héro sera coupée…), et dont la grosseur dépendra de la quantité déposée.

La bonne dose varie de 1/10e à 2/10es de gramme. En effet, surtout au début, une goutte plus importante est difficile à manier (arriver à la conserver unie est un coup à prendre), et une quantité inférieure a tendance à brûler plus vite, surtout si on place mal la flamme du briquet ! Une fois la goutte formée, incliner légèrement la feuille et faire descendre la goutte en chauffant doucement par en dessous, sans coller la flamme au papier et en maintenant toujours le briquet un peu en retrait par rapport à la goutte. Pour jouer sur la vitesse de descente de la goutte, on peut soit incliner davantage le papier, soit rapprocher un peu la flamme, soit jouer sur la position du briquet par rapport à la goutte. Faites attention, surtout si vous fumez à plusieurs et pour des raisons évidentes, de ne pas trop coller votre tube à la goutte car vous risqueriez de l’aspirer dans le tube ! Au départ, mieux vaut donc faire des essais. Il peut aussi être utile de tracer un chemin avec le doigt sur la feuille d’alu avant d’y faire passer la goutte pour mieux la diriger.

Pour la cc basée, il convient avant tout de la placer dans une cuillère d’eau pour la laver et l’essuyer afin d’enlever les restes d’ammoniac ou autre, toujours nocifs à respirer. Puis chauffer le caillou par dessus jusqu’à ce qu’il devienne une goutte. Si vous le faites par en dessous comme pour l’héro, vous risquez en effet d’en perdre car les projections rendront difficile la constitution d’une seule goutte, et gare aux yeux ! Une goutte formée de bonne qualité doit être la plus transparente possible. – Si, une fois refroidie, elle a l’aspect d’une cire blanchâtre (opaque), cela indique une coupe excessive en Xylocaïne® qui insensibilise mais ne défonce pas ! – Procédez de la même façon que pour l’héro, mais en sachant que la goutte de cc basée va plus vite. Il faut donc faire attention au bout de la feuille et s’arrêter un peu avant la fin. Par contre, on ne pourra pas la décoller comme celle d’héro pour changer de feuille…

Pour le speed-ball, mon conseil est de préparer d’abord la base, la goûter, et si elle convient, faire de même avec l’héro à l’autre bout de la feuille. Si le résultat est aussi bon pour cette dernière, faites alors le mélange en joignant les deux gouttes. Vous éviterez ainsi d’abîmer un produit si l’autre ne passe pas votre contrôle de qualité !

Pour conclure, il peut s’agir d’une alternative de consommation, notamment pour ceux qui veulent abandonner l’injection. Mais sans pour autant renoncer totalement aux sensations fortes, et tout en sachant que sa nocivité pulmonaire est importante, surtout dans la durée… Pour les autres UD, savoir que la prudence est de mise car on s’accroche plus vite qu’avec le sniff et, jouant sur davantage de registres qu’avec ce dernier, l’accroche sera plus tenace ! À ne pratiquer donc que dans une optique expérimentale ou très espacée dans le temps. Pour user sans abuser, bien plus facile à dire qu’à faire !

Héroïne en Seine Saint Denis : halte à la désinformation !

Communiqué de presse Asud

Depuis samedi, une « héroïne mortelle circule en Seine saint denis » : c’est la conclusion de la préfecture de la Seine Saint Denis après qu’un individu ait été interpellé avec de l’héroïne « fortement dosée » à Stains (93).
Si nous, association d’usagers de drogues sommes très concernés par ces alertes pour diffuser l’information aux usagers et réduire les risques d’overdose, cette annonce nous semble inefficace voire contre-productive dans la lutte contre les overdoses.

Premièrement, parler de produit « mortel » n’a pas de réelle signification. La question de la toxicité d’un produit est en effet un sujet complexe et sérieux qui doit être traité comme tel dans les communications écrites sous peine de servir la désinformation. Depuis le 15°siècle et notre ami Paracelse, nous savons que « tout est poison, rien est poison, la dose fait le poison ». De plus, nous savons aussi que d’autre paramètres (tolérance et mode de consommation principalement) doivent être pris en compte afin de se prononcer sur la toxicité d’un produit.

Ensuite, la préfecture de Seine Saint-Denis nous informe d’une héroïne dangereuse sans nous donner la possibilité de savoir quelle est sa couleur et sa texture, car toutes les héroïnes ne se ressemblent pas. Est-elle est blanche, marron, grise, beige, jaune ? Est-elle en caillou, en poudre, granuleuse …? Ce savoir est pourtant indispensable pour une alerte efficace et ciblée.

Quel est donc le but de ce genre de communication? « Se donner bonne conscience? », « Faire peur ? » Ne serait on pas ici très loin de la santé des usagers, seul sujet qui devrait faire l’objet des préoccupations de ces communications ? On peut se le demander…
C’est cette mauvaise information qui fait perdre tout crédit aux alertes et qui rend plus délicat l’intervention des dispositifs de première ligne comme lors de la dernière vague d’overdose en Ile de France en janvier dernier.

Quand les pouvoirs publics annoncent une héroïne « très pure » ou « coupée à des produits dangereux », qu’ils nous donnent également sa provenance, sa couleur, sa texture, la nature de ses produits de coupe et qu’ils informent sur les mesures à prendre pour réduire les risques : par exemple, que l’on sniff, fume ou injecte l’héroïne, il faut toujours la tester en sniffant une petite dose. Ces évènements doivent également faire l’objet d’information autour des dispositifs de Réduction des Risques mis à disposition des usagers (associations, dispositifs d’analyse de drogues pratiquée par Médecins du Monde à Paris, etc.).
Pour une prévention des overdoses efficace, les messages simplistes basés sur la peur sont contre-productifs et doivent laisser place à une information la plus complète et objective possible.

 

L’héroïne, c’est quoi ?

Nom chimique : diamorphine ou diacétylmorphine.

Surnom : brown sugar, brown, cheval, héro, rabla, drepou, smack, hélène, meumeu, blanche, poudre

Statut légal : illicite, classée comme stupéfiant

Histoire brève : Elle est synthétisée à partir la morphine par Heinrich Dreser, en 1898, pour les laboratoire Bayer qui en font un médicaments contre la tuberculose, puis un traitement de la dépendance à la morphine (car on croyait que l’héroïne n’induisait pas de dépendance). Au début du siècle, elle est en vente libre en pharmacie en France, comme pilule anti-tussive. (voir Histoire de l’héroïne)

Aspect : poudre de couleur brune ou blanche la plupart du temps (voir galerie photos)

Catégorie psychotrope : Dépresseur du système central

Mode de consommation : injection intraveineuse (voir L’injection d’héroïne en photos), sniff, inhalation (fumer le dragon)

Effet recherchés (variables selon les individus, le contexte et la qualité du produit): euphorie, anxiolytique, relaxation, désinhibition, rêve éveillé, flash, aide à la descente (pour les consommateurs de cocaïne, MDMA, LSD ou speed) (voir Héroïne, effets, risques)
Si la durée de la montée est très courte (quelques minutes), les effets durent entre 4h et 8h.

Effets secondaires (variables selon les individus) : constipation, vomissement, contractions importantes de la pupille , interruption des menstruations, démangeaisons , difficultés à uriner

Les facteurs de dangerosité selon le rapport Roques (1998) :

Dépendance physique Dépendance psychique Neurotoxicité Toxicité générale Dangerosité sociale
très forte très forte faible forte très forte

Accoutumance / Dépendance :
Forte accoutumance. Entraine une dépendance physique et psychologique forte qui s’accompagne d’un symptôme de sevrage lors de l’arrêt.(voir ) Il existe des produits de substitution (méthadone et buprénorphine en France, voir rubrique substitution) qui permettent aux usagers de pouvoir gérer leur consommation ou leur arrêt de l’héroïne.

L’injection d’héroïne brune en photos

Voici, dans une optique de réduction des risques, les différentes étapes de l’injection d’héroïne brune en photos.

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Le matériel nécessaire pour une injection à moindre risques : seringue, eau injectable, cuillère et coton et tampon sec (Stericup), filtre (Sterifilt), tampon d’alcool, acide ascorbique.

Injection_heroine_1Injection_heroine_2

Après avoir mis l’héroïne brune dans la cup, verser une petite quantité d’acide ascorbique (ou citrique) sur une petite feuille de papier, de manière à pouvoir en mettre juste un petit peut dans la cup.

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Mettre de l’eau stérile dans le mélange.

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Chauffer jusqu’à ébullition. Si jamais il reste des particules non dissoutes, c’est peut être que vous n’avez pas mis assez d’acide ascorbique (ou citrique). Renouveler alors l’opération.

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Mettre un Stericup à la seringue.

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Pomper le liquide.

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Désinfecter le point d’injection avec un tampon d’alcool (un seul passage suffit)

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Mettre un garrot (ceinture, garrot en plastique) pour faire apparaitre la veine et pour eviter qu’elle roule.

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Planter la seringue, le biseau de l’aiguille vers le haut.

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Faire une tirette (tirer légèrement le piston de la seringue) pour voir si vous êtes dans la veine.

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Déserrer le garrot.

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Injecter doucement.

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Appliquer un tampon sec (et non un tampon d’alcool) pendant une dizaine de seconde.

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Jeter tout le matériel après usage, de préférence dans un container ou une bouteille en plastique, et rapporter dans le PES ou le CAARUD le plus proche.

Pour d’autres informations :

L’héroïne, effets, risques

Qu’est ce que c’est ?

L’héroïne ou diacétylmorphine est un opiacé synthétisé à partir de la morphine naturellement présente dans l’opium ( suc du pavot). L’héroïne est proche de substances produites naturellement par le corps, les endorphines. Le cerveau les produit en plusieurs occasions. L’héroïne, comme les endorphines, est un dépresseur du système nerveux centrale. Elle agit en « endormant » certaines fonctions du système nerveux. Elle ralentit, par exemple, la respiration. L’héroïne est surtout recherchée pour le bien être psychique et physique qu’elle procure.

A quoi ça ressemble ?

Elle se présente actuellement sous la forme de poudre allant du beige clair au brun foncé. On la nomme héroïne, héro, rabla, dré, poudre, came, meumeu, brun sugar… Elle est vendue en petit paquet, caps ou emballée dans un plastique, boulette. En France, sa concentration varie de 0 à 5 %. Cela dépend de la région d’origine, des fournisseurs, des arrivages…

Les effets recherchés

Les effets des produits dépendent non seulement de la dose, de la fréquence d’usage et du mode de consommation mais également des caractéristiques de chaque individu, de son état psychique, de sa personnalité, de son humeur, son accoutumance et de ses attentes vis a vis du produit.

L’héroïne peut apaiser la douleur morale (tristesse, angoisse), calmer la douleur physique ( c’est un antalgique), en cas de dépendance, elle supprime les désagréments du manque, elle peut procurer une sensation de bien-être physique et psychique, euphoriser tout en restant lucide, donner un sentiment de confiance en soi, de calme, d’apaisement, désinhiber, créer une sensation de chaleur agréable.

L’héroïne, en remplaçant l’endorphine, génère un sentiment de bien-être et atténue douleur et anxiété lorsqu’elle est consommée avec modération. De plus grandes quantités entraînent le sommeil. De très fortes doses peuvent provoquer l’arrêt de fonctions vitales de l’organisme (circulation sanguine, respiration, …).

La consommation d’héroïne peut s’accompagner outre les effets recherchés de nausées, de vomissements, de chatouillement et gratouillement, elle peut perturber les cycles du sommeil, modifier la sensation de faim, relaxer musculairement, modifier le désir sexuel soit en le diminuant, soit en l’augmentant, rétrécir les pupilles ( en tète d’épingle), être antitussif c’est a dire calmer la toux, ralentir pendant quelques heures la production de sécrétions ( absence de larmes, constipation…), retarder, voire empêcher l’orgasme.Chez l’homme, elle peut retarder ou empêcher l’éjaculation et chez la femme perturber ou arrêter les cycles menstruelles ( mais pas la fertilité !!!) et causer une sécheresse vaginale.

Les différentes phases

L’effet du produit est rapide:

  • en injection: +/- 20 secondes;
  • en sniff: +/- 5 minutes;
  • en fumette: 1 à 2 minutes.

Les étapes

La durée des effets est la même (4 à 6h), quel que soit le mode de consommation mais la perception diffère selon le mode de prise et l’individu.

  1. le Flash
    Lors de l’injection intraveineuse ou de « chasse du dragon » le « flash est une sensation soudaine et irradiante de chaleur, un changement d’état très rapide et bref (5 à 10 secondes), qui se produit au moment où l’héroïne irrigue le cerveau. Le flash est une montée rapide des effets tant physiques que psychiques.
  2. le Plateau
    Période de bien-être intense, sensation de chaleur et de relaxation profonde qui peut durer 3-4 heures. Selon le témoignage d’usagers, on perçoit différemment ses problèmes, l’angoisse est calmée et l’on ressent un sentiment de paix.
  3. La Descente
    Au cours de la descente, les effets de l’héroïne s’estompent progressivement et le besoin de dormir se fait sentir (somnolence). Le retour à l’état « sans produit » peut être pénible pour certains usagers : fatigue et déprime, sorte de « gueule de bois ». En cas de dépendance physique, les premiers signes de manque apparaissent.

NB: l’héroïne peut être détectée dans les urines jusqu’à 12 jours après la prise

Tolérance, accoutumance

En ce qui concerne l’héroïne, la tolérance est très rapide : après quelques jours de consommation (plusieurs fois/jour), l’usager ressent la nécessité d’augmenter les doses, d’abord en quantité, puis en fréquence pour retrouver les effets du produit.

Dépendance

La dépendance psychologique

Une consommation, même occasionnelle, peut entraîner une forte dépendance psychologique. Cette dépendance se manifeste par le besoin de consommer à nouveau le produit pour retrouver ses effets plaisants et apaisants.

La dépendance physique

À l’arrêt d’une consommation quotidienne, le corps manque d’héroïne et d’endorphines naturelles. En effet, l’héroïne ayant remplacé la production naturelle d’endorphines, le corps est en manque de celles-ci. À ce moment, l’usager est confronté à des manifestations physiques liées au manque. C’est ce qu’on appelle la dépendance physique. Les signes du manque sont de fortes douleurs dans les reins, une sensation de froid intense, un pouls élevé, éternuements, nez qui coule, yeux qui pleurent, maux de ventres, dérangements intestinales, nausées, vomissements, angoisse, irritabilité, hypersensibilité a la douleur…

Depuis 1996 en France, il existe des « produits de substitution », Méthadone et Subutex®, qui sont accessibles soient en CSST, soit en médecine de ville.

Les enjeux sociaux

L’interdit légal génère des risques spécifiques. En effet, bien que l’héroïne ne coûte pas cher en termes de fabrication, son prix, fixé par les trafiquants, est élevé. Certains usagers parviennent à gérer leur consommation ; d’autres, pour faire face au coût élevé de cette consommation, commettent des délits.

D’autre part, par le seul fait que la consommation soit illégale, le consommateur qui souhaiterait avoir accès aux soins de santé (autres que le sevrage ou la substitution) peut rencontrer des difficultés.
Enfin, les réactions de rejet de l’entourage (famille, conjoints, amis, collègues, employeur, …) peuvent provoquer l’isolement social du consommateur.
De plus cet aspect empêche un contrôle de la qualité de l’héroïne et des produits de coupes qui peuvent représente de réels dangers.

Danger du produit

L’héroïne pure, nous l’avons vu, est similaire aux endorphines : elle n’entraîne donc pas de dommages physiques directs tels que lésions d’organes, cirrhose, destruction cellulaire. Cependant les modalités de consommation de l’héroïne, la détérioration du style de vie (alimentation, hygiène..) liées à l’illégalité peuvent entraîner des risques particuliers.
La composition des produits de coupe est incertaine, parfois dangereuse (ex.: caféine, barbituriques, talc, voire, dans de très rares cas, strychnine).

La surdose/ l’overdose

La surdose est la dose excessive et dangereuse, voire mortelle. Elle se traduit par une dépression respiratoire allant d’une faible diminution de la respiration à l’arrêt respiratoire, entraînant l’arrêt cardiaque et ensuite la mort.

La dose mortelle varie considérablement en fonction de chaque individu : une personne peut augmenter progressivement sa consommation jusqu’à des doses qui seraient mortelles pour un non-consommateur. En certaines circonstances, le risque de surdose augmente :

  • une première prise ;
  • une reprise après un arrêt (cure, séjour en prison) ;
  • la prise d’une nouvelle héroïne (plus concentrée, par exemple) ;
  • en cas de changement de dealer ;
  • la prise d’une trop grosse quantité .

Le risque de surdose est donc difficile à mesurer pour chacun. L’héroïne étant coupée avec des produits dont la composition n’est pas connue, le risque de surdose n’est jamais absent. Enfin, la surdose survient plus fréquemment à la suite d’une injection intraveineuse (l’effet du produit survient brusquement d’un seul coup).
Une partie des accidents mortels n’est cependant pas directement due à une surdose mais plutôt à l’absorption simultanée d’un autre psychotrope qui accentue les effets de l’héroïne.

En cas d’overdose

Les signe d’une overdose sont :

  • une respiration de plus en plus lente et moins profonde
  • les muscles sont complètement relâches
  • la personne dort profondément et ne se réveille pas. Et si elle se réveille, elle se rendort aussitôt.
  • sa peau blanchit, pâlit tandis que ses lèvres et les extrémités de son corps bleuissent.

Que faire en cas d’overdose ?

Mettre la personne en Position Latéral de Sécurité ( PLS) pour qu’elle n’avale pas sa langue et ne s’étouffe pas dans son vomi. Appelle les secours 15 ou 18 ( appels gratuits même avec un téléphone sans crédit et sans puce). L’état de la personne et le lieu précis sont les seules informations nécessaires. Une fois le personnel médical sur place, signalez-lui les produits consommés, il est tenu au secret professionnel.

Pour en savoir plus sur l’overdose d’héroïne, phase par phase, cliquez ici.

L’Académie de Pharmacie envisage l’héroïne médicalisée

Communiqué de presse ASUD / SAFE / AFR

L’académie de pharmacie vient de rendre son rapport sur le bilan des politiques en matière de traitement de substitution aux opiacés. Surprise ! La plupart de leurs recommandations viennent rejoindre les revendications de nos associations.

Tout d’abord, l’académie prend acte du succès de la politique de substitution en France, en particulier sur la réduction par dix du nombre d’overdose et la baisse du nombre de contamination par le virus de VIH. Elle recommande ainsi le maintien du statut actuel de la buprénorphine (substances vénéneuse) alors qu’elle avait jusqu’a présent toujours été favorable à la classification de la buprénorphine (Subutex) comme stupéfiant. Mais elle a aussi conscience que ces deux produits ne suffisent pas et qu’il est nécessaire de diversifier la palette thérapeutique. Elle recommande ainsi « de ne fermer aucune porte » et que la morphine puisse être utilisée « quand les malades ne répondent pas bien aux deux médicaments disposant d’AMM ». C’est un rappel indispensable, à l’heure ou les patients sous morphine sont inquiétés et menacés d’arrêt de traitement par la sécurité sociale, avec pour conséquence de les renvoyer au marché noir. Elle se dit également « attentive » à d’autres options thérapeutiques, en particulier à « l’héroïne comme traitement de substitution en milieu médicalisée, qui fait l’objet d’expérimentation chez nos voisins européens ». C’est une raison de plus pour que de tels programmes, qui ont montré leur efficacité sur la santé des patients, se mettent en place dans les plus brefs délais..

Concernant les modalités de prescription, elle souhaite une « Extension de la durée de prescription à 28 jours pour tous les médicaments y compris la méthadone », en notant que « l’obligation d’aller en consultation tous les 15 jours pour obtenir son traitement de substitution paraît inutile, coûteuse et décourageante à l’égard du maintien dans le circuit sanitaire. ». Elle souhaite aussi que la BHD puisse être prescrite aux urgences, parce qu’elle « peut être considérée comme un traitement d’urgence du manque ». C’est une mesure de bon sens quand on sait combien d’usagers de drogues se sont fait refouler en manque des urgences, augmentant grandement les risques encourus.

Au niveau du parcours de soin, elle recommande que « Le pharmacien dispensateur doit être choisi par le patient », ce qui nous paraît raisonnable vu le mauvaise accueil dans une grand nombre de pharmacies. Elle ajoute que le refus de dispensation par le pharmacien « pourrait être assimilé à une faute professionnelle. », ce que nous appelons de nos voeux depuis plusieurs années, tellement il est dur pour un patient de trouver une pharmacie qui veuillent lui délivrer son traitement. Elle recommande enfin de limiter le nombre de patients par prescripteur et par pharmacien. Si cette dernière recommandation par d’un bon sentiment, « deghétoïser » le peu de pharmaciens et prescripteurs qui acceptent des patients sous substitution, cela nous paraît à l’heure actuelle inimaginable. Où iraient les 50 patients d’un prescripteur qui devrait d’un coup se limiter à 10, vu que personne d’autre n’en veut ?
Ce retournement de position radicale est le produit de longues consultations de tout les acteurs du champs de la toxicomanie, en particulier des usagers. C’est une bonne nouvelle pour la réduction des risques et pour les usagers, et une marche à suivre pour l’État !

Heroïne, ces overdoses peuvent être évitées !

Communiqué de presse Asud / Safe

26 overdoses en Ile de France depuis hier. L’héroïne revient-elle rôder dans les banlieues ? Il y à peine deux ans, les spécialistes ne parlaient plus que des « vieux héroïnomanes ». Les opiacés sont consommés depuis 2000 ans, il n’est pas surprenant qu’une nouvelle génération subisse le choc de l’addiction à l’héroïne accompagnée de plusieurs facteurs aggravants :

1° la répression n’a jamais été aussi intensive : 120 000 arrestations en 2008.

2° Les conséquences de cette répression sur les usagers d’héroïne sont connues : on shoote vite dans un endroit peu adapté et souvent seul. On apprécie mal les quantités ; en cas d’overdose, on est vulnérable à l’extrême, si quelqu’un vous accompagne, la peur de la prison le pousse à vous abandonner à votre sort.

3° Depuis 15 ans ASUD et les associations de réduction des risques demandent que des campagnes de prévention des overdoses soient organisées par l’État : cela suppose d’informer sur les techniques de consommation, le degré de pureté et les quantités injectées ou sniffées. Au lieu de cela, la stigmatisation accrue des toxicos encourage les plus jeunes à s’initier tout seul, enfermés dans le déni et sans avoir pu profiter de l’expérience des « anciens » , victimes de la grande vague d’héroïne des années 80/90. Il existe par exemple, à l’étranger des programmes d’?éducation à l’utilisation du Narcan, un antagoniste des opiacés, qui ont fait leur preuves en matière de réduction des morts par overdose ; ou encore des programmes d’héroïne médicalisée et des salles de consommation sécurisée pour les usagers où l’on est pas obligé de se cacher au coin d’une rue ou au fond d’une voiture. Cela suppose de cesser de traquer les usagers de drogues comme des gibiers, particulièrement dans les cités de banlieue où la répression des années sida a laissé son sillage de morts.

Boom de la toxicomanie en Inde

Toxicomanie de masse, explosion de la contamination intraveineuse du SIDA, et de la criminalité liée au trafic clandestin de l’héroïne : l’Inde se découvre un sérieux problème de drogue. Et commence à s’en inquiéter au plus haut niveau.

Dans un pays dont la traditionnelle tolérance en matière d’usage de stups faisait une sorte de paradis pour les défoncés du monde entier, on comprend mal au premier abord pourquoi cette pratique est soudain perçue et dénoncée comme un problème. Et tous les vieux de la vieille des années 70, qui se sont enfumés les poumons à Manali, bronzé les fesses à Goa, troué les veines à Bénarès et explosé la tête un peu partout de l’Himalaya au Cap Comorin, s’en étonneront sans doute.

Mais ce que nos routards ne saisissent peut-être pas, c’est qu’un fait nouveau a bouleversé toutes les données en la matière. À savoir, le développement sous l’influence conjointe des lois répressives de la fin des années 70 d’une part, et de la guerre dans l’Afghanistan voisin d’autre part, d’un trafic et d’une toxicomanie locales. Une toxicomanie dure, au brown sugar fumé ou shooté dans des conditions apocalyptiques par une population d’UD urbaine, juvénile et prolétarisée. Plus rien à voir avec la consommation traditionnelle de shit et d’opium. Ni avec l’héro ou la morphine qui, jusque là, ne faisaient que transiter par le pays et dont la consommation, objet d’une tolérance de fait, était l’apanage presque exclusif des touristes étrangers pourvoyeurs de devises.

Aujourd’hui, le brown sugar (et même la blanche) importé du Pakistan ou produit sur place comme à Bénarès, envahit les bidonvilles des grandes cités indiennes. Et, sans même parler des problèmes sanitaires (dont évidemment le SIDA), y provoque une explosion de criminalité tout naturellement liée au trafic, lui-même stimulé par l’attitude d’une police souvent corrompue et dont la répression à outrance fait payer les complaisances à prix d’or.

Résultat : « Eh bien par exemple », déclare au magazine “Interdépendances”, M. Gabriel Britto, directeur du NARC, un organisme semi-officiel de recherche sur la toxicomanie, « Nous avons pu observer environ 100.000 toxicomanes rien qu’à Bombay… Une situation d’autant plus grave que nombre d’entre eux sont contaminés par le VIH. Ainsi, une étude réalisée dans l’Etat du Manipur à l’Est du pays, sur 900 toxicomanes, a révélé que 50 % d’entre eux étaient séropositifs…» On imagine aisément le désastre à l’échelle d’un pays de plus de 700 millions d’habitants dont l’immense majorité vit au dessous du seuil de pauvreté…

Les raisons de ce relativement brusque essor de la “toxicomanie” sont en grande partie d’ordre international. La guerre en Afghanistan tout d’abord qui depuis 1979, a poussé les différentes factions de guérilleros en quête de financement à multiplier les centres de production de brown dans tout le pays. Une production jusque là modeste et cantonnée dans les zones tribales de la frontière pakistano-afghane et qui, en s’intensifiant jusqu’à un niveau quasi industriel, a dû se trouver des débouchés autres que les pays occidentaux ou l’Iran et le Pakistan voisin. L’Inde était d’autant plus indiquée pour tenir ce rôle que l’afflux massif de réfugiés a permis à nombre de caïds afghans de la dope de s’y infiltrer pour venir sur place y faire leur business, en collaboration – ou en concurrence – avec les mafias locales.

À l’autre extrémité du pays, tout à l’Est, le Myanmar (ex-Birmanie) – un des trois côtés du fameux “Triangle d’or” – a joué un rôle à peu près similaire, bien qu’à une échelle plus réduite et seulement pour l’héroïne blanche.

Troisième facteur, enfin, le développement du commerce avec l’Australie. Celle-ci produit, exporte et vend au gouvernement indien une production d’opium capable, tant au point de vue prix qu’au point de vue qualité, de concurrencer celle que les cultivateurs indiens de pavot écoulaient pour les besoins des industries pharmaceutiques nationales. Lesdits cultivateurs se trouvant dès lors en difficulté pour écouler un volume par ailleurs croissant de production, ont donc cherché d’autres débouchés, même illégaux, pour leur opium. Et les ont facilement trouvés – sur place, dans un trafic clandestin en pleine expansion.

Cette expansion du trafic, et donc de la consommation locale, est bien sûr également liée au développement de conditions sociales particulières… Et peut-être pourrait-on se demander si le brusque durcissement des lois et de la répression à la fin des années 70 n’y a pas tenu une certaine place. Hypothèse corroborée par l’explosion spectaculaire de la consommation d’héroïne entre 1977 et 1979. C’est à dire avant et après la vague de répression en question… Quoiqu’il en soit une chose est désormais certaine : ce n’est pas en réprimant que l’Inde conjurera la caractère angoissant de l’actuelle vague de toxicomanie…

Et peut-être une part de la solution réside-t-elle en germe dans un travail de recherche, d’information et de prévention en vue d’un traitement non plus policier mais sanitaire et social du problème.

C’est ce à quoi se consacrent Gabriel Britto et sa petite équipe du NARC. Et il serait intéressant de savoir quelles conclusions ils tireront de leurs recherches quand celles-ci les amèneront à constater la simultanéité de phénomènes comme le durcissement de la répression, la fermeture des traditionnelles boutiques d’opium et de cannabis ainsi que des fumeries, avec la progression soudaine et galopante de la consommation – notamment intraveineuse d’héroïne…

À l’échelle d’un pays comme l’Inde, il y aura certainement de quoi s’interroger sur l’incidence de la prohibition et de la répression – le malheur c’est que d’ici là, ils seront des dizaines, des centaines peut-être des milliers d’indiens à se retrouver contaminés par le virus du SIDA…

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