Histoire de l’héroïne

écrit par Fabienne Pourchon, le 23-01-2013 Thème : Heroïne, Histoire.

De l’opium dans les habitats néolithique

Le pavot à opium est connu depuis des milliers d’années. On a retrouvé des capsules et des graines dans des habitats néolithiques européens datant de 5000 ans avant JC. Les sumériens (région de l’actuel Irak) le connaissaient 4000 an avant JC. Un de leurs idéogrammes désignait le pavot, traduit par hul, ce qui signfie joie ou réjouissance. Ils faisaient le commerce de ses graines ainsi que de l’opium à travers tout le bassin méditerranéen et ce jusqu’en Inde…

Il était aussi connu des Égyptiens et notamment des pharaons qui le consommaient certes pour ces vertus thérapeutiques mais aussi pour ces effets psychotropes…

Dans la Grêce Antique, Homère, dans l’Odysée, parle d’un étrange breuvage probablement à base d’opium, le Nepenthes, boisson procurant l’oubli des chagrins… Ce serait donc le lait du pavot à opium qu’Hélène utilisa pour soulager son angoisse. Ce breuvage était tellement répandu à cette époque que les Grecs de l’Antiquité représentaient sur des camées la déesse de la nuit, Nyx, distribuant des capsules de pavot. On a également retrouvé des figurines en terre cuite provenant de Knossos, surmontées d’une couronne faite de graines de pavot incisées, et une des cités de la Grèce Antique portait le doux nom de Opion, la cité du pavot à opium.

Selon la légende, le médecin de Néron, empereur romain ( 37/68 après JC) aurait concocté une boisson composé d’une cinquantaine de substances mais où domine l’opium afin de vaincre les maux les plus divers, le Thériaque…

C’est à Rome que sa première description scientifique est faite par Dioscoride au premier siècle de notre ère. Dans la Rome impériale en 312 il existe plus de 800 boutiques vendant de l’opium, dont le prix, modique, était fixé par décret de l’empereur…

L’empire arabe (7 siècle après JC) développa le commerce et la culture du pavot et participa à son essor dans tout l’ancien monde jusqu’aux Indes durant les conquêtes musulmanes…

En Europe, on voit apparaître l’opium plutôt vers le 15 è siècle avec le développement du breuvage de Philippe Théophraste Bombast de Hohenheim, resté célèbre sous le nom du Docteur Paracelse . Boisson ressemblant étrangement au Thériaque. Il qualifia cette potion de « supérieure à toute substance héroïque. Il la nomma le Laudanum , celui qu’on loue, raison pour laquelle on le soupçonna d’être lui-même opiomane…Il mourut et sa potion se répandit dans toute l’Europe…

Le Laudanum fut repris et étudié par Sydenham, médecin anglais et la consommation d’opium se développa. On le retrouve sous la forme du laudanum utilisé comme apéritif en Angleterre puis sous forme de pilules d’opium vendues brutes en pharmacies…

Au 19 è siècle en Grande-Bretagne, il est consommé sous forme de boulettes tandis que l’habitude de le fumer arrive en France sous la forme de Chandou, opium raffiné…

C’est au début du 19è siècle que l’allemand Sertürner, isole la morphine, premier alcaloïde chimiquement obtenu…Il l’appela ainsi en raison du Dieu romain du sommeil Morphée… Lorsqu’en 1850, la seringue hypodermique fut inventée, l’utilisation de la morphine se développa car elle permettait de soulager quasi immédiatement la douleur… Mais le corps médical s’inquiéta rapidement de la forte dépendance que causait la morphine et des études furent entreprise pour éliminer ses propriétés addictives…

Bayer commercialise l’heroïne

pub_hero2C’est dans ce contexte que Wright, synthétisa l’héroïne en 1874. Il en transmit un échantillon a un de ses collègues pour le tester sur des animaux et la réponse fut : « prostration profonde, de la peur, un assoupissement profond , les yeux deviennent sensibles, les pupilles se dilatent, et chez les chiens on observe une salivation considérable avec dans certains cas, une légère tendance au vomissement. La respiration s’accélère dans un premier temps pour ralentir ensuite nettement, le rythme cardiaque diminue et devient irrégulier. Un manque de coordination musculaire marquée et une perte de tonus dans le pelvis et les membres postérieurs… sont les effets les plus notables »..

Wright en arrêta l’exploitation et de nombreux chercheurs ne lui vit aucun avenir… Sauf Dreiser, en 1897, testeur pour les laboratoires Bayer. Après l’avoir tester sur des animaux et des humains (dont lui même), il lui trouva une utilité pour les traitements de différents troubles respiratoires, grands maux de l’époque, tuberculose, bronchite et asthme.
L’héroïne semblait efficace et mieux encore d’après Dreiser, elle ne créait pas de dépendance. Il était même question de l’utiliser en produit de substitution de la morphine !!! Bayer enregistra se nouveau médicament sous le nom de Héroïne de l’allemand, « heroisch », héroïque.
Bayer lança une grande campagne marketing en envoyant des échantillons aux médecins, et avant la fin de l’année , Bayer exporta de l’héroïne dans pas moins de 23 pays. En 1911, le British Pharmaceucical Codex nota que l’héroïne était aussi addictive que la morphine et en 1913, Bayer en arrêta complément la production.

L’Etats-Unis et la prohibition

Au début du XXè siècle, les Etats-Unis en mêlant, Tempérance et racisme envers les populations asiatiques et dans un premier temps envers les philippins, stigmatisèrent l’usage d’opium. En découla la première de nombreuses lois anti-drogues, l’interdiction de l’importation d’opium sur le territoire sous occupation américaine sous quelques formes que ce soit et prohiber tout usage non médical.
Cette jeune nation, la plus forte économiquement, n’avait que peu de poids dans les pour-parler mondiaux, face aux puissances du vieux continent. Les Etats-Unis virent l’occasion de s’affirmer et de s’afficher comme une nation superpuissante. Ils devaient même porter un coup sévère aux Britanniques, importateurs d’opium en Chine. Les européens et les Britanniques en particulier, gagnaient beaucoup d’argent sur le dos des fumeries d’opium. Ils avaient créer, en Chine, suite à deux guerres qui permit la légalisation les importations d’opium, une population de toxicomanes, estimée à environ 27% de la population adulte et masculine en 1900.
Par la suite, l’héroïne, supplanta l’opium et la morphine et devint la plus importante des drogues addictives.
De ce fait, les Etats-Unis déplacèrent leur combat anti-drogues de l’opium à l’héroïne et celle-ci devint la cause de tout les maux ( une fois que les lois anti-prohibitionnistes furent votées !!!)… « La plupart des cambriolages, hold-up audacieux, des meurtres cruels et autres crimes violents sont, on le sait maintenant, principalement commis par des toxicomanes, qui sont, pour l’essentiel, à l’origine de l’alarmante vagues des crimes que nous subissons. La toxicomanie est plus contagieuse encore que la lèpre, et bien moins curable. Les toxicomanes sont les principaux vecteurs de maladies abominables (….). Combinées aux vieilles méthodes du trafic d’opium, la puissance sans précèdent des stupéfiants, dérivés de la chimie moderne, menace actuellement l’avenir même de la race humaine. A son insu, l’humanité est engagée dans une lutte à mort contre le plus dangereux ennemi qui ait jamais menacé son avenir. De l’issue de ce conflit dépendent la survie de la civilisation, la destinée du monde et le futur de la race humaine » Hobson, 1928, créateur de l’Association mondiale contre les stupéfiants.

French connection

La lutte contre la drogue fut repris par Anslinger aux Etats-Unis. Il détestait en bloc les communistes, la Mafia et les revendeurs de drogues, à un point qui frisait la paranoïa. Dans son autobiographie, The murderers, il écrit : « Je crois que nous devons tout particulièrement prendre garde à l’utilisation de la drogue comme une arme par les forces communistes, en chine, et n’importe où ailleurs en orient, en Europe et en Afrique. Il y a toutes les chances pour qu’un certain nombre de cocos et de leurs compagnons de route tendent la main à l’internationale du crime organisé. ». Il crée en 1930 le FBN ( Bureau Fédéral des Narcotiques) dont il devint directeur jusqu’à sa retraite en …. 1961.
Il parut évident pour lui que pour faire baisser la consommation sur le territoire américaine il fallait couper les voies d’approvisionnements. C’est pourquoi fut organisé à son initiative, une conférence internationale à Genève. Des lois nationales et non obligatoires firent remplacer par des lois internationales à caractère obligatoire. La production légale d’opium passa de 42.000 en 1906 à 16.000 en 1934. Soit une baisse de 82 % qui fut vite compensée par la production illégale !!!

C’est à partir de là que c’est développé un marché mondial illégal autour de l’héroïne. Tenu par les italiens aux Etats-Unis avec le règne de Lucky Luciano qui su surfer avec la fin des lois prohibitionnistes, par les corses de Marseille en France avec la fameuse French Connection qui assura apparemment 80% des importations américaines ou encore par les Européens en Asie où se fut la naissance du triangle d’or.

Be-Bop, rock et grunge

Depuis les années 30, on repère l’héroïne dans nombres des groupes minoritaires. On dit que le Be-Bop tire sa force de l’héroïne, qu’elle permet aux musiciens de s’isoler, de se ressentir envelopper par la musique. Le Be-bop légua à la nouvelle génération sa consommation de drogues et les écrivains de la Beat Generation comme Jack Kerouac, Allen Ginsberg ou Williams Burroughs vouaient un véritable culte aux grands junkies du jazz comme Charlie Parker. « Le jazz était la référence ultime des Beatniks, pourtant et peut être a cause de çà, peu d’entre eux étaient des musiciens. C’est du jazz qu’ils tirent le mythe de l’artiste solitaire, dépressif et torturé, qui joue en compagnie des autres mais demeure toujours seul. Ils parlaient la langue du jazz, vénéraient avec ferveur les musiciens décédés, et construisaient des rites communautaires autour des drogues chères aux jazzmen. Pour eux, le comble de la liberté, c’était le musicien dont l’art avait causé sa perte », Maynard, 1991, dans Venice West.

L’héroïne fut essentiellement associée à deux périodes musicales : le rock des années 70 et le grunge de la fin des années 80. Nombres d’artistes rock furent associées à l’héroïne, non pas pour leur consommation mais pour leur mort. Jimi Hendrix mourut d’une overdose de barbituriques, Janis Joplin succomba à un mélange fatal de tequila et d’héroïne et Jim Morrison mourut dans des circonstances étranges, on dit qu’il serait mort d’une overdose d’héroïne et qu’on l’aurait plongé dans un bain pour le réanimer. Sa femme mourut d’une overdose en 1975.
Le mouvement grunge se fit aussi remarquer, Andrew Wood, chanteur des Mother Love Bone, mourut d’une overdose, en 1990, Stéfanie Sargeant des 7 Years Bitch, succomba en 1993 et Kurt Cobain une semaine avant de se suicider fit une overdose.

« La presse tout comme le public adore les scandales liées à la drogue. Ils montrent le monde tel qu’il devrait être : les gens ont ce qu’ils méritent, leur fierté est mise au pas et la morale retrouve sa place. Mais il y a autre chose dans la satisfaction que le public éprouve à voir les stars et les aristocrates humiliés, et c’est tout à fait ignoble.(…) Nous jugeons l’héroïnomane comme une personne qui a volontairement choisi de vivre à l’encontre de la norme et des attentes de la société, et l’on ne s’étonne guère qu’il finisse mal. Les journaux aiment publier les récits édifiants et moralisateurs et le public adore les lire. Derrière tout cela se dissimule le sentiment confortable mais illusoire que nous détenons la vérité. » Julian Durlacher, dans Héroïne.

Pour conclure

« Certains estiment que maintenir un climat permanent de peur autour de l’héroïne ne peut avoir que des conséquences positives ; on est cependant en droit de penser qu’au contraire cela empêche tout progrès réel dans le traitement de ceux qui sont le plus affectés par l’héroïne : les toxicomanes. L’Occident ne peut pas non plus s’attendre a ce qu’à travers le monde les régimes dictatoriaux se transforment en gouvernements dociles et respectueux des libertés civiles alors que leur existence repose sur un commerce illégal. Cependant, de plus en plus de gens – dont beaucoup de convertis inattendus – remettent en question la pertinence du traitement actuel de l’héroïne dans le monde. Et il y a une chose sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est que la politique actuelle ne marche pas. Pourtant, personne n’a le courage de faire le premier pas en suggérant une politique différente. Car telle est la puissance que dégage ce simple mot : Héroïne. » Julian Durlacher, dans Héroïne.

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2 Commentaires

  1. Meys

    bonjour je suis en pleine thèse sur la toxicomanie est j’aimerais savoir ou je peux aller afin de me renseigner le plus possible sur les aides ainsi que sur les lois en France.
    merci pour les future info. Ewa .

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