Auteur : Florian

Introduction

Histoire de la santé communautaire et transformation du toxicomane en patient puis en consommateur, quelle est l’influence des personnes qui utilisent des drogues sur les politiques mises en place depuis 4 décennies ?

Intervenants :Alessandro Stella ASUD et Martine Lacoste FÉDÉRATION ADDICTION

Martine Lacoste

Les 10 ème états généraux d’usagers de substances / EGUS X

Les Etats Généraux des Usagers de Substances (EGUS) vous convient à leur Xème édition. Notre objectif est d’interroger, d’une part, ce qu’il est convenu d’appeler la « santé communautaire » sous toutes ses facettes même les plus improbables, ainsi que les nouveaux espaces de parole des patients/consommateurs à travers les dispositifs de représentations institutionnels. De l’histoire du milieu festif techno jusqu’au partage de savoirs sur internet, tous les angles qui permettent de cibler cette zone grise seront abordés tout au long de ces deux journées organisées en partenariat avec la Fédération Addiction

Si la politique de réduction des risques liés à la consommation de drogues (RDR) est historiquement associée à la lutte contre le Sida, celle-ci est organiquement attachée à la notion de santé communautaire, un concept encore mal aimé et surtout mal défini aujourd’hui comme pratique professionnelle ou comme règle de vie.

A l’origine, ce sont des associations comme AIDES, 1ère association de santé communautaire en France, qui faute d’alternative médicale, ont mis en place la politique de lutte contre le Sida. Faute de « communauté » clairement définie, la santé communautaire dans le cadre de l’usage de drogues n’a été officiellement revendiquée, en milieu festif dans la communauté techno qu’au milieu des années 90. Pourtant c’est bien par un acte communautaire que la RdR s’est inscrite en France. Lorsqu’une ministre de la santé courageuse, Michèle Barzach a levé l’interdiction d’acheter des seringues en pharmacies, ce sont d’abord et avant tout les usagers de drogues qui ont arrêté d’utiliser et de partager leurs seringues contaminées, ce que certains  spécialistes nous expliquaient être impossible au regard des plaisirs ordaliques et mortels recherchés. Pourtant ce fut le cas, dès que les seringues neuves furent disponibles, les usagers les utilisèrent et massivement.
La diffusion massive des Médicaments de Substitution aux Opiacés (MSO) a suivi le même chemin. Le laboratoire responsable de la mise sur le marché de la Buprénorphine Haut Dosage prévoyait une dizaine de milliers de traitements pour la fin du millénaire. Il a dû multiplier ses projections par dix pour répondre à la demande des usagers sur le terrain.

La santé communautaire en matière de RdR a mis en valeur le savoir individuel des usagers et leur faculté de transmettre, matérialisé ensuite par leur embauche dans quelques structures, essentiellement des CAARUDS. Or aujourd’hui, nombre de ces structures perdent leurs connaissances empiriques de la consommation. Nous sommes 30 ans après la mise en place de la politique de réduction des risques. La lutte contre le sida et les dynamiques communautaires qu’elle avait engendré, ont fait place à la gestion des addictions sur la longue durée. La chronicité s’est déplacée également sur le terrain social, aggravée par trente années de crise économique .

Quel regard porte-t-on à cette histoire commune ? Aujourd’hui la santé publique peut-elle se passer de la santé communautaire, seul canal pouvant faire remonter les pratiques et surtout des besoins des usagers actuels et futurs ?

Seconde question, la place prise par la représentation des usagers au sein des structures, à l’intérieur de ce qu’il est convenu d’appeler la démocratie sanitaire a-t-elle vocation à s’inscrire dans ce mouvement de transmission des savoirs expérientiels ?
Enfin, alors que les formes et les modes d’achat, de consommation et de transmission des savoirs se diversifient, quel est la place réelle ou fantasmée du citoyen-consommateur de substances achetées parfois sur internet ou consommée sous un motif thérapeutique.
Pour répondre à ces trois questions les Xème Etats Généraux des Usagers de Substances (EGUS) se proposent d’interroger à la fois des usagers, des acteurs professionnels et des institutions.

Inscription en ligne.

Programme :

ÉTATS GENERAUX DES USAGERS DE SUBSTANCES 10e édition
Lundi 14 janvier et mardi 15 janvier 2019 à Paris
Tarifs
15 € particuliers
200€ formation continue.

Première journée: lundi 14 janvier 2019

Une histoire de la santé communautaire.

9h00-9h30 : Accueil autour d’un café

9h30-10h00 : Introduction  des deux journées EGUS

Histoire de la santé communautaire et transformation du toxicomane en patient puis en consommateur, quelle est l’influence des personnes qui utilisent des drogues sur les politiques mises en place depuis 4 décennies ?

Intervenants : Alessandro Stella ASUD et Martine Lacoste FÉDÉRATION ADDICTION

10h-13h00 : 1ère table ronde

Une histoire de la santé communautaire

  • Animation : Jean Marc Priez ASUD
  • Catherine Patris : ex Direction Générale de la Santé Division Sida
  • Daniel Defert, AIDES
  • Jef Favatier , ASUD Nîmes
  • Thierry Charlois, TECHNO PLUS
  • Anne Coppel, LE BUS DES FEMMES

13h00-14h30 : déjeuner libre

14h30-15h00 : La santé communautaire aujourd’hui

Introduction, Ruth Gozlan, MILDECA

Quels sont les défis actuels ? Quels sont les enjeux pour les institutions ?

15h00-17h30 : 2ème Table Ronde

La santé communautaire, le champ des possibles.

  • Animation : Olivier Doubre, journaliste Politis
  • Fabrice Perez, Not for Human et réseaux sociaux : Un rendez-vous manqué.
  • Korzéame ( Toulouse) , La santé communautaire en milieu techno.
  • Jean Maxence Granier ASUD, Les groupes d’entraides comme outil de santé communautaire.
  • Benjamin Cohadon, Faiza Hadji, Le Village 2 santé ( Echirolles) Association de santé communautaire globale.
  • Thierry Schaffauser , Le Syndicat du TRavail Sexuel, de l’héritage de la santé communautaire pour lutter en faveur du droit
  • Vincent Leclercq, AIDES Ligne whatsapp et groupe Facebook : l’autosupport de Aides autour du chemsex – Paroles sur le Chemsex.

DEUXIÈME JOURNÉE mardi 15 janvier 2019 

Du patient au consommateur en passant par l’usager du système de soins, nouvelles libertés ou nouveaux stigmates ?

Entre la démocratie sanitaire, l’achat de substances sur le net, la prescription de drogues sur ordonnance ou le cannabis thérapeutique, la relation de la société avec les usagers de drogues se transforme-t-elle, se normalise-t-elle ou ne sont-ce que de nouveaux visages de l’assignation au silence ?

09h 45 Introduction : Alain Morel, Fédération Addiction et Fabrice Olivet ASUD

10h30-12h30 troisième table ronde :  Droit, pouvoir et démocratie sanitaire  

  • animation : Vincent Benso ASUD

  • Alain Morel Oppelia, la coopération usagers-professionnels dans de nouvelles pratiques est un levier politique de transformation culturelle et sociale

  • Marion GAUD, Association Aubes, l’histoire du Baclofène , une expérience de patients qui se transforme en Autorisation de Mise sur le Marché

  • Georges Lachaze ASUD, l’Observatoire du droit des Usagers (ODU)

  • Estelle Sarrazin, Les conseils de la vie sociale

12h30- 14h déjeuner libre

14H00-15h00 : La demande sociale de drogues est-elle plus légitime aujourd’hui qu’hier?

  • Nicolas Authier, CHU Clermont-Ferrand:  Du cannabis pour se soigner, une demande de patients

  • Marie Jauffret-Roustide INSERM: Les communautés dans la recherche en sciences sociales sur les politiques de drogues, France/USA 

15H00-17H00 Quatrième table ronde : Citoyens, société civile, et consommations, les nouvelles formes de socialisation de l’usage.

Animation Fabrice Olivet, ASUD

  • Sophie Niklaus (Norml) , drogues ,parentalité et sexualité nouvelle image des consommatrices de substances.

  • Vincent Benso , La plate-forme NPS d’ASUD: le citoyen consommateur

  • Sacha Benhamou,( Students for Liberty France) , drogues une marchandise comme une autre

  • Christian Andréo (ALPO)  : le consommateur de drogues dans le droit du travail Quel risques sociaux en comparaison avec la prise en charge traditionnelle de l’abus d’alcool ?

17h00 CLOTURE Anne SOURYS, Adjointe à la Mairie de Paris, chargée de la santé et des relations avec l’APHP.

SEXE, DROGUE ET ROCK’N’ROLL

Date & lieu :

Jeudi 10 janvier 2019 de 17H à 20H

EHESS, Amphithéâtre François Furet, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Présentation du séminaire :

Gratuit et sans inscription.

Quel beau titre pour cette séance que « Sex and drugs and rock’n roll » ! Il est inspiré de la chanson véritablement programmatique de Ian Dury (1977). Mais nous aurions pu tout aussi bien appeler ce séminaire « Lucy in the Sky with Diamonds », la célébrissime chansons des Beatles (1967) puisqu’il y sera largement question de la culture psychédélique des années 60-70. Olivier Julien évoquera les origines du rock dit psychédélique durant ces deux décennies tant aux Etats-Unis qu’en Angleterre. Du « Human Be-In » aux sous-sols londoniens, du « Summer of Love » au triumvirat de San Francisco, il reviendra sur les origines du rock dit « psychédélique » dans les années 1960. Axelle Blanc se penchera sur la scène psychédélique en France après 1967 dans le champ de la musique mais aussi de la performance et des arts visuels. Quant à Marc Dufaud, artiste secret et tourmenté, il nous fera la surprise de son intervention. Enfin, le modérateur, médecin de son état, veillera à ce qu’il n’y ait aucun « bad trip »… Dans tous les cas, c’est bien à des formes alternatives de réalité que cette séance nous invite.

Olivier Julien, musicologue : « Haight-Ashbury, le Middle Earth et ‘Unlimited Freak Out’ : l’émergence d’une tendance psychédélique dans les musiques populaires anglo-américaines »

Axelle Blanc, anthropologue : « Les Antipodes de la raison. L’aventure psychédélique en France : musique, arts performatifs et arts visuels, 1967-1978 »

Marc Dufaud, écrivain : « Sex and drugs and rock’n roll »

Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue, modérateur

Organisateurs :

  • Vincent Benso, membre de Techno +
  • Béchir Bouderlaba, juriste, Directeur Exécutif de NORML France
  • Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Christian Chapiron (Kiki Picasso), artiste
  • Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
  • Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD
  • Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue
  • Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
  • Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

Associations partenaires :

ASUD, Techno +, NORML, avec le soutien d’Apothicom

Musiques et drogues comme moyens de résistance dans la culture noire

DATE & LIEU :

Jeudi 13 décembre 2018 Théâtre l’Echangeur, 59 Avenue du Général de Gaulle, 93170 Bagnolet

17h à 20h : Des champs de  coton aux cités de banlieue: musique et drogues comme moyens de résistance dans la culture noire.

20h-21h : Pause détente et convivialité, bar et restauration sur place

21h-Minuit : Projection du film « Les Etats-Unis et la drogue : une guerre sans fin », d’Eugène Jarecki (2009), suivie d’un débat

PRÉSENTATION DU SÉMINAIRE :

17h-20h DES CHAMPS DE COTON AUX CITÉS DE BANLIEUE : MUSIQUES ET DROGUES COMME MOYENS DE RESISTANCE DANS LA CULTURE NOIRE

Les prohibitions des drogues et les contre-cultures sont intrinsèquement liées. L’une a nourri l’autre. La prohibition de la marijuana aux Etats Unis, en 1937, visait les Latinos, accusés par-là de comportements paresseux. De même la répression des consommateurs d’héroïne dans les années 1940-1980, puis du crack au cours des dernières décennies, a eu dans le collimateur les Noirs américains, accusés d’être des mauvais travailleurs après avoir été des mauvais esclaves, s’adonnant à la musique, à la danse et au sexe. Ces mêmes accusations ont été à la base des lois de 1970, aux Etats Unis et en Europe, punissant de prison les simples consommateurs de drogues interdites : des lois qui visaient en particulier à punir les hippies, ces perturbateurs de l’ordre social et moral, porteurs d’une contre-culture. Paix et amour au lieu de guerre et inimitié, solidarité fraternelle au lieu d’égoïsme, communauté ouverte au lieu d’enfermement sur soi.

INTERVENANTS :

Georges Lachaze, administrateur d’ASUD : « Le Hip-Hop, la contre-culture et l’usage de produits psychoactifs »

Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue : « La musique et les drogues : du rock au rap »

Seär lui même, rappeur (Label L’Or Noir) : « Le rap dans la vraie vie »

Solo, rappeur : « Le prosélytisme stupéfiant dans le Hip-Hop »

 

Georges Lachaze  : Administrateur d’ASUD. Auteur de la série d’articles sur le sizzurp, « Hip-Hop : le sirop de la rue », dans ASUD Journal. Ancien travailleur social dans des programmes de Réduction des Risques liés aux usages de drogues et aux IST. Hip-Hop head et beatmaker.

Né en 73 dans le South Bronx, le Hip-Hop ouvre son micro aux sans voix. À l’origine mouvement contre-culturel revendiquant l’expression artistique comme alternative à la violence des gangs, au trafic et à la consommation de stupéfiants, le Hip-Hop va devenir un phénomène culturel de masse et une industrie multimilliardaire. Sur les murs, derrière des platines, sur un carré de lino ou micro en main, ce sont plusieurs générations à travers le monde qui extériorisent sans filtre la réalité de leur quotidien : les violences policières, socio-économiques, conjugales, criminelles, les injustices, les discriminations, l’abandon aussi bien que les potes, le sexe et la fête. Les dopes font rapidement parti des sujets récurrents et sont abordées différemment selon les lieux et les époques. Des projects des 5 boroughs new-yorkais, aux palmiers des ghettos californiens en passant par le Dirty South post-ségrégationniste et les quartiers de France, revue des rapports ambivalents entre Hip-Hop et produits psychoactifs.

Bertrand Lebeau Leibovici : médecin addictologue dans deux hôpitaux franciliens. Secrétaire d’Asud (Auto Support des Usagers de Drogues). Il présente quelques réflexions sur les liens entre musique et drogues à partir de celle qu’il écoutait dans les années 70 (rock) et de celle qu’écoute aujourd’hui son fils (rap).

Seär lui même : rappeur label l’or noir. Il nous parlera de la manière dont le rap développe les capacités d’adaptation à différents univers sociaux (CSP, rural/urbain, milieu professionnel). Il parlera aussi de sa mission d’enseignement des arts de rue auprès des 16-22 ans.

Solo : DJ, acteur, rappeur, producteur et vice-champion du monde de Jiu-jitsu, Solo est inclassable. Du terrain vague de la Chapelle aux micros de Radio Nova, Solo est un pionnier du mouvement Hip-Hop. De la danse avec les Paris City Breakers au rap avec Assassin, en passant par la réalisation de la BO de La Haine, il a contribué à importer et populariser cette culture en France, en lui donnant une identité propre.

Le prosélytisme stupéfiant dans le Hip-Hop. Né de la misère sociale, le Hip-Hop adopte une posture positive, solidaire, éducative et festive à la fois. A une époque où les ghettos américains et les quartiers populaires français sont décimés par les overdoses, les rappeurs affichent le visage de la sobriété et prônent l’abstinence avec des textes dissuasifs énumérant les méfaits des drogues. Générations après générations au cours de sa globalisation, le discours a évolué. Sacralisation de la figure du dealer et de son imagerie gangsta violente, popularisation actuelle des paradis artificiels, les psychotropes divisent la communauté. De la Zulu Nation à la culture populaire dominante, de l’épidémie d’héroïne des 80s à celles des opioïdes aujourd’hui, de « The Message » à « Mask Off », Solo livre la vision d’un MC qui a traversé ces époques.

ORGANISATEURS :

  • Vincent Benso, membre de Techno +
  • Béchir Bouderlaba, juriste, NORML France
  • Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Christian Chapiron (Kiki Picasso), artiste
  • Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
  • Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD
  • Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue
  • Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
  • Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

ASSOCIATIONS PARTENAIRES :

ASUD, Techno +NORML, avec le soutien d’Apothicom

Enquête Mondiale sur les Drogues 2019

Professeur Adam R. Winstock, Dr Monica Barratt, Dr Larissa Maier et professeur agrégé Jason Ferris

(l’équipe de recherche principale de GDS)

Veuillez partager le vôtre et participer à la plus grande enquête sur les drogues au monde: GDS2019 www.globaldrugsurvey.com/GDS2019

La Global Drug Survey (GDS) est la plus grande enquête mondiale sur les drogues. GDS est composé d’un réseau d’experts internationaux dans les domaines de la drogue, de la santé, de l’épidémiologie et des politiques publiques. GDS utilise une plateforme de sondage en ligne cryptée pour mener des sondages anonymes annuels. Au cours des six dernières années, plus de 550 000 personnes ont participé à nos enquêtes.

Notre dernière enquête, GDS2019, lancée en novembre 2018, a été traduite dans 23 langues avec des partenaires dans plus de 35 pays. En partenariat avec les médias mondiaux et les réseaux d’information du monde entier et avec les organisations de réduction des dommages et l’industrie du divertissement, GDS se concentre sur des problèmes qui sont souvent ignorés par les organisations de recherche traditionnelles et les centres financés par le gouvernement.

En tant qu’indépendants, nous sommes libres d’explorer les problèmes liés à la consommation de drogues et nous pouvons concentrer notre attention sur notre mission: rendre la consommation de drogues plus sûre, quel que soit son statut juridique. Toutes nos recherches sont approuvées par des comités d’éthique universitaires et ont conduit à ce jour à la publication de 50 publications examinées par des pairs au cours des 6 dernières années.

S’attaquer à des problèmes tels que la prévention des surdoses, le virus du sang, les politiques irrationnelles en matière de drogue, les applications inéquitables et les violations des droits de l’homme est essentiel pour changer la façon dont nous pouvons réduire les méfaits de la consommation de drogue à l’échelle mondiale. GDS complète les travaux effectués par des groupes de recherche et de défense des droits qui œuvrent pour le changement dans ces domaines importants en se concentrant sur les habitudes de consommation de drogues et les méfaits potentiels des masses cachées de consommateurs de drogues non dépendants. En outre, nous visons à identifier les nouvelles tendances en matière de drogue avant qu’elles n’entrent dans la population.

Créer une voix de confiance pour partager cette information est un défi d’autant plus que la source d’informations la plus fiable sur les drogues provient des consommateurs de drogues. GDS considère que son rôle consiste à traduire l’expertise et l’expérience de centaines de milliers de personnes qui consomment des drogues en informations utiles, crédibles et utiles sur le comportement des toxicomanes et ressources gratuites sur la réduction des méfaits partagées par notre réseau mondial de médias et par notre site Web.

Participer à l’enquête mondiale sur les drogues est aussi important cette année que toute autre année. Le monde de la drogue a radicalement changé au cours de la dernière décennie, les progrès de la technologie ouvrant de nouvelles voies pour réduire les risques et réduire la réglementation des médicaments dans de nombreuses régions. On accepte de plus en plus la nécessité de changer les choses, en appelant à des solutions de rechange qui permettraient de lutter contre les atteintes à la démocratie et d’atténuer le pouvoir destructeur du crime organisé qui cause des centaines de milliers de morts chaque année et de tenir les conversations honnêtes à distance, tout en criminalisant autrement citoyens respectueux de la loi avec la marginalisation continue des plus vulnérables de notre société.

Cette année, nous explorons ce nouveau monde courageux. Nous allons examiner certains domaines fascinants, tels que le microdosage du LSD et l’acceptabilité des psychédéliques en psychiatrie, en vue d’évaluer différentes drogues, y compris l’alcool en termes de rapport qualité-prix. Nous examinerons l’impact des avertissements sur la santé liés au cannabis sur les connaissances et l’attitude des consommateurs vis-à-vis de la consommation et étudierons les raisons pour lesquelles les consommateurs consomment des produits alimentaires contenant du cannabis. Nous revisitons les drogues et la police et demandons à quel point vous faites confiance à la police de votre pays pour vous traiter équitablement. Nous effectuerons également des recherches sur la question complexe, délicate et trop actuelle de l’agression sexuelle et du consentement dans le contexte de la consommation de drogue et d’alcool. Nous poursuivons notre évaluation des marchés des drogues au noir et des nouveaux médicaments psychoactifs et posons la question«À quel point avez-vous confiance en la personne à qui vous prenez de la drogue? Enfin, nous vous demanderons si vous paieriez plus pour la cocaïne du commerce équitable.

Comme toujours, l’enquête est cryptée, anonyme et confidentielle et nous ne collectons pas les adresses IP. La première fois que l’on voit les résultats, c’est lorsque nos partenaires médias les partagent en mai 2019.

L’expérience compte.

 

Réforme de la justice pénale : stop aux politiques répressives en matière de drogues !

A la veille de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi Justice qui
propose d’instaurer une amende forfaitaire délictuelle pour le délit d’usages de stupéfiant, nos
organisations* dénoncent, à travers la publication d’un livre blanc, les conséquences néfastes de ce
projet de réforme sur la santé et les droits des personnes usagères de drogues.
Dans ce livre blanc, les organisations révèlent les failles d’une politique répressive exercée par le
gouvernement, qui découle de la loi de 1970. Cette politique s’est révélée inefficace et contreproductive.

En effet, la France reste depuis plusieurs années le premier pays consommateur de
cannabis et le 3ème pays consommateur de cocaïne en Europe.
Par ailleurs, la mise en application de cette politique a des coûts sociaux et économiques très élevés.
Aujourd’hui, 75% du budget dédié à « la politique de lutte contre l’usage de drogues et les conduites
addictives » est consacré à la lutte contre les infractions au détriment de la santé, de la prévention et
de la réduction des risques.
Inscrit dans le projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, la loi sur l’amende forfaitaire délictuelle entend sanctionner de 300 € tout usage de stupéfiant tout en conservant la peine d’emprisonnement encourue. Cette réforme accentue la politique prohibitive appliquée par le gouvernement et ne fait qu’exacerber la stigmatisation et le mépris des droits des personnes concernées qui les éloignent d’un système de soins et de prévention.
Le Sénat ayant déjà voté favorablement à l’instauration de l’amende forfaitaire, c’est au tour de la
commission des lois de l’Assemblée Nationale d’examiner cette réforme le 14 novembre.
Face à cette situation alarmante, les associations appellent les parlementaires :
– Au retrait de l’article 37 portant sur l’élargissement du dispositif d’amende forfaitaire
délictuelle à l’usage illicite de stupéfiants.
– A l’ouverture d’un débat national pour une nouvelle politique des drogues fondée sur la
promotion de la santé publique et le respect des droits humains.

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CP 13.11.18 RÈforme PÈnale VERSION FINALE

Contacts presse :
Médecins du Monde : Fanny Mantaux – 06 09 17 35 59 | Fanny.mantaux@medecinsdumonde.net
AIDES : Antoine Henry – 01 41 83 46 53 | 06 10 41 23 86 | ahenry@aides.org
* AIDES, Auto-Support des Usagers de Drogues (ASUD), Fédération Addiction, Ligue des Droits de l’Homme,Médecins du Monde, Norml France, SOS Addiction et le Syndicat de la Magistrature.

Drogues, politiques et contre-cultures

Date & lieu :

Jeudi 8 novembre 2018 de 17 h à 20 h

Amphithéâtre de l’EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Présentation du séminaire :

Gratuit et sans inscription.

A l’origine anglo-saxonne dans ses références comme dans ses pratiques, les mouvements contre-culturels n’ont pas moins ébranlé l’ensemble des sociétés occidentales, avec des spécificités  propres aux différents groupes sociaux qui s’en sont emparé.  Cette subversion de l’intérieur de la société capitaliste hérite en partie d’une succession de mouvements artistiques révolutionnaires, mais, en rupture  avec le concept d’avant-garde, elle tire aussi son inspiration de cultures populaires de groupes opprimés et/ou colonisés tout en exploitant les nouveaux médias qui, avec les drogues qui modifient les états de conscience, font circuler d’un continent à l’autre, les images et les rythmes portées par des ondes musicales métissées (musiques black, rock et punk, reggae etc). « Do it » est le mot d’ordre commun, car il s’agit de construire collectivement ici et maintenant les alternatives qui échappent aux hiérarchies, à l’exploitation et à l’ordre moral des sociétés capitalistes et impérialistes. 

 

Intervenants :

Alessandro Stella, historien : « Introduction » 

historien et anthropologue, directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’EHESS, il anime depuis quatre ans ce séminaire sur la problématique des drogues. Il est en train de publier un ouvrage collectif issu du séminaire, sous le titre Vivre avec les drogues, et un ouvrage personnel sur le peyotl : L’herbe du diable ou la chair des dieux ?

Antoine Perpère, médecin et artiste : « Neuromodulateurs, addictions, créativité, contre-culture »

Artiste, ancien intervenant en addictions, commissaire de l’exposition « Sous influences, arts plastiques et produits psychotropes », La maison rouge-fondation Antoine de Galbert, Paris, 2013. Il s’intéresse au fonctionnement du cerveau, à partir des recherches de Jean-Pol Tassin, qu’il extrapole par métaphores au vécu des toxicomanes puis aux conditions de la créativité artistique et enfin à la notion de contre-culture.

Anne Coppel, sociologue : « Emergence et circulations des mouvements contre-culturels : un ébranlement trans-continental »

Sociologue, spécialiste des politiques des drogues, croisant la recherche, l’action expérimentale dans les dispositifs de soins et l’engagement militant. Dernier ouvrage paru : M Kokoreff, A. Coppel, M. Peraldi (dir), La catastrophe invisible. Histoire sociale de l’héroïne, Paris, éditions Amsterdam, 2018.

Chris Elcock, historien : « La contre-culture américaine en question »

Docteur en histoire. Il a réalisé sa thèse sous la direction d’Erika Dyck (auteure de Psychedelic Psychiatry) à l’Université de la Saskatchewan et termine une monographie sur l’histoire du LSD à New York. Ses travaux sur le mouvement psychédélique américain sont apparus dans des revues scientifiques et il a également travaillé sur l’histoire de la réduction des risques et écrit un article pour la Oxford Research Encyclopedia in American History sur les drogues dans les villes américaines du XIXe siècle à nos jours (tous deux à paraître cette année).

Organisateurs :

  • Vincent Benso, membre de Techno +
  • Béchir Bouderlaba, juriste, Directeur Exécutif de NORML France
  • Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Christian Chapiron (Kiki Picasso), artiste
  • Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
  • Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD
  • Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue
  • Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
  • Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

Associations partenaires :

ASUD, Techno +, NORML, avec le soutien d’Apothicom

 

 

Nouvelle plateforme RC, NPS, Legal highs

Nous avons créer une nouvelle plate-forme consacrée aux RC, designers drugs et autres NSP, ces «nouvelles substances psychoactives» au statut juridique ambigu et disponibles sur Internet.

En plus d’informations précises sur les principaux NPS classés par familles (hallucinogènes, stimulants, dissociatifs et dépresseurs), dans la partie « RDR » vous trouverez des conseils sur les mélanges, les différents modes de consommation, comment éviter les incidents etc. Comme leurs noms l’indiquent, les parties « Vos droits » et « chemsex » contiennent des informations sur l’aspect juridique de ces produits et sur la pratique du chemsex tandis que si vous éprouvez des difficultés avec votre consommation de NPS c’est sur « besoin d’aide » que vous trouverez la liste de structures pouvant vous soutenir.

Bonne lecture en espérant vous éclairer dans cette jungle que sont les NPS.

 

1968-2018 : c’est pour quand la libération des usagers de « drogues » ?

Le mouvement politique, social et culturel, qu’on a appelé le 68 (irréductible au seul mai français et aux luttes des étudiants) a débouché dans les années suivantes sur des conquêtes majeures pour les acteurs de ce mouvement multiforme. Les ouvriers ont obtenu des hausses de salaire, des meilleures conditions de travail, des droits syndicaux. Les pacifistes et opposants au service militaire ont obtenu la fin de la conscription obligatoire. Les féministes ont obtenu le droit au divorce, à la contraception et à l’avortement, et la liberté de vivre sans une tutelle masculine. Les homosexuels ont obtenu le droit au mariage, le droit à l’adoption et à la procréation assistée (pour les couples lesbiennes …).

Parmi tous les acteurs de ce mouvement revendiquant tout simplement des droits humains, de la reconnaissance, du respect, l’ouverture à une autre vision de la société et des individus, il reste aujourd’hui des grands oubliés, les « drogués », qui partagent cette dénégation avec les « fous » et les « taulards ». Or, par-delà l’étiquette infâmante, l’usage de substance psychotropes classées prohibées (sensiblement les mêmes que celles consommées légalement sur prescription médicale, et donc autorisées) concerne des millions de personnes en France, des centaines de millions dans le monde. Une consommation de masse qui s’est répandue comme une trainée de poudre, véhiculée par la génération de 68.

Le mouvement hippy, underground, des fils des fleurs, spontanéistes et situationnistes s’abreuvait des nouvelles substances psychotropes ramenées d’Orient (cannabis, héroïne) ou d’Occident (cocaïne, plantes psychédéliques) par des voyageurs partis à la découverte de nouveaux horizons. Ce mouvement a introduit et rapidement massifié la consommation de substances psychotropes parmi les populations occidentales, jusque-là « mono-droguées » au seul alcool.

Cinquante ans après 68, nous savons aujourd’hui que « la guerre à la drogue », judiciarisée par les lois de 1970, a été et est une guerre idéologique et morale menée contre les consommateurs de psychotropes, accusés par leurs comportements subversifs de miner l’ordre social. On disait ça de la sexualité hors mariage, de l’homosexualité, avant que les changements de comportements et de mentalité n’imposent aux pouvoirs publics les changements des lois. « Sexe, drogue, rock’n’roll » : depuis cinquante ans, ce triptyque de moyens menant au plaisir fait partie du quotidien de millions de personnes, normalement intégrées dans la société. Sans pour autant casser le mur dressé par l’Etat, avec sa police, ses juges et ses matons, qui enferme encore les « drogués » dans une clôture de lois répressives et injustes, socialement et racialement. Il serait temps que les changements sociaux intervenus dans les usages de psychotropes se traduisent par des lois. La libération des usagers de « drogues » est à l’ordre du jour en ce printemps 2018.

Table Ronde avec :

Jean-Pierre Galland, ancien président du CIRC

Michel Sitbon, éditeur et écrivain

Vincent Benso, membre de Techno +

Béchir Bouderbala, président de NORML France

Laurent Bazin, anthropologue, CR au CNRS-CLERSÉ/CESSMA, co-fondateur et co-président de l’association Le paria & Mohamed Bridji, cuisinier, co-fondateur et co-président de l’association Le paria, ex-taulard, victime ordinaire de violences policières = « Un témoignage sur l’insécurisation des classes populaires »

Discutant : Alban Belkaim, journaliste à Bondy Blog

 

Lieu et horaires :

Amphithéâtre de l’EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

17h à 20h

Organisateurs :

Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS

Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes

Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD

Bertrand Lebeau, médecin addictologue

Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS

Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)

Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

Faire évoluer les outils de la RDR

Faire évoluer les outils de la réduction des risques : telle a été la démarche collective d’associations, d’usagers et de scientifiques pour proposer un kit d’injection plus adapté aux usages actuels et plus efficace contre les risques infectieux.

Durant les années 90, un certain nombre d’outils de réduction des risques pour les usagers injecteurs de drogues ont été développés et mis sur le marché ou distribués gratuitement par les associations de RdR, notamment le Stéribox® en 1991, le Stérifilt® en 1997, puis le Stéribox2® en 1999. En 2008, après presque dix ans sans changement ni évolution notable, l’association Safe a décidé d’entreprendre un travail de recherche- action pour améliorer ces outils, en s’appuyant sur les progrès scientifiques et industriels mais aussi sur les évolutions des pratiques des usagers.

Le développement d’un kit 2 cc

Une démarche collective associant professionnels de la RdR, usagers et scientifiques s’est mise en place et visait à concevoir un kit d’injection pour les utilisateurs de seringues de 2 ml (2 cc), de plus en plus nombreux en raison de l’accroissement de la pratique d’injection des médicaments, comme ceux pour la substitution aux opiacés, le Skénan®, mais aussi d’autres médicaments psychoactifs. La réflexion a également porté sur les autres constituants du kit, notamment le filtre, et plusieurs nouveaux outils ont ainsi fait l’objet de tests et ont été évalués entre 2009 et 2013(1).

Le champ de soin, support de préparation de l’injection

Ce travail s’est également attaché à prendre en compte les contextes d’injection en milieu insalubre (rue, parking, toilettes publiques…) pour les usagers les plus précaires. Dans ces conditions, la préparation des injections se fait sur des surfaces à haut risque de contamination du matériel et, par conséquent, d’injection d’agents pathogènes. À l’image des champs de soins utilisés en chirurgie, un élément propre et imperméable pouvant se déplier a alors été imaginé, pour offrir à l’usager un espace où déposer son matériel sans qu’il soit en contact avec des éléments contaminants.

Cupule “sans contact” et lingette désinfectante

De la prise en compte de la difficulté pour les usagers de se laver les mains avant la préparation de l’injection a émergé l’idée d’une nouvelle « cup » à manchon prémonté afin d’éviter les manipulations
nécessaires à la fixation du manchon des « cups » des Steribox2® et Kit+. Deux lingettes, d’une taille adaptée au nettoyage des deux mains et du point d’injection, ont également été incluses dans le kit 2 cc, en remplacement du tampon alcool trop petit. Un premier modèle était constitué d’une solution de digluconate de chlorhexidine, d’alcool, de phenoxyethanol et de polyaminopropyle biguanide, lui conférant des propriétés antibactériennes mais aussi virucides. Cette formule rend par ailleurs son usage possible sur une peau saine et sur une plaie (point d’injection, par ex.), là où l’alcool seul est déconseillé car il irrite la peau et retarde la cicatrisation.

Le filtre toupie

La filtration est une étape essentielle pour limiter les risques infectieux et, outre les problèmes d’accès aux matériels, trop peu d’injecteurs pratiquent encore une véritable filtration. Les filtres coton présents dans les kits distribués et le Sterifilt® étaient auparavant les seuls outils disponibles pour réduire les risques d’injection de particules. Tous deux ont cependant une efficacité limitée, voire quasi nulle concernant le filtre coton. Ils sont en outre totalement inefficaces contre les bactéries, levures et champignons pathogènes. L’objectif était donc de trouver un filtre avec une membrane hydrophile à la fois capable de retenir les excipients non solubles des médicaments et de lutter contre les risques infectieux bactériologique et fongique, tout en pouvant se fixer sur les seringues de 2 ml. À l’étranger, des filtres circulaires composés d’une membrane scellée entre deux disques de
plastique (dont un avec un embout Luer), plus communément appelés filtres « toupie », faisaient déjà l’objet de discussions parmi les intervenants en RdR(2) et les usagers(3). Des équipes de recherche avaient déjà publié des articles sur leur efficacité pour éliminer les particules(4) et les bactéries(5). En France, à l’initiative de Safe, des tests ont été réalisés sur différents filtres de ce type par le laboratoire « Bactéries, pathogènes et santé » de l’université Paris-Sud afin de déterminer la porosité optimale garantissant une efficacité contre les bactéries et les particules. Dans le même temps, des usagers ont testé l’usage des filtres « toupie » pour vérifier l’absence de colmatage et la bonne vitesse de filtration. Les premiers essais ont également permis de comparer ces filtres avec des membranes de cellulose à 0,45 μm et 0,20 μm avec le filtre coton et le Stérifilt®. Les résultats ont montré que seuls les filtres « toupie » étaient efficaces pour éliminer les souches
de bactéries sélectionnées(6). Par la suite, ces essais ont été renouvelés avec des solutions contenant des drogues ou des médicaments pour s’assurer que ces éléments n’altèrent pas la membrane. Dans les matériaux testés et avec les souches bactériennes, les drogues et les médicaments utilisés, les membranes des filtres « toupie » n’ont pas été altérées et ces outils restaient les seuls performants pour éliminer les bactéries(7).

Le tampon sec post-injection

La taille du tampon sec présent dans les kits actuels ne semble pas adaptée à la compression du point d’injection(7). En effet, lors de son application, il arrive régulièrement que les usagers touchent la plaie avec leurs doigts ou souillent leurs mains avec du sang, entraînant des risques de contamination bactérienne ou de transmission de virus, soit directement soit par contact avec le matériel. Ainsi, pour ce kit 2 cc, il a été proposé un tampon plus grand et plus épais pour réduire ces risques en cas d’hémorragie au niveau du point d’injection.

Les kits EXPER’ et l’évolution du matériel

La recherche et le développement de nouveaux matériels ne se sont pas arrêtés à l’élaboration du kit 2 cc puisqu’il apparaissait que les nouveaux outils apportaient de nouvelles solutions ou étaient plus efficaces que ceux proposés jusqu’alors pour réduire les risques infectieux. Toujours dans le cadre d’une démarche collective, Safe a engagé un travail sur la création de nouveaux kits. C’est ainsi qu’en 2014, les kits EXPER’ 1 ml et 2 ml(8) ont été élaborés, et environ 100000 d’entre eux ont été distribués dans le cadre d’une étude menée par l’OFDT(9). Depuis, le travail de développement se poursuit de manière à prendre en compte les avis des usagers et les nouvelles avancées scientifiques et industrielles. Parmi les évolutions les plus récentes, il y a la conception d’un filtre « toupie » universel avec une membrane de porosité de 0,2 μm et adaptable sur les seringues à aiguille sertie, ce que les modèles décrits plus haut ne permettent pas. Des modifications ont également été apportées à la composition de la lingette à la chlorhexidine, avec l’ajout de plusieurs substances actives lui conférant des propriétés bactéricide et levuricide (temps d’action de 60 secondes en conditions de saleté) et une activité contre le virus de l’hépatite C en 30 secondes, en conditions de propreté.

Conclusion

Ce travail collectif a permis le développement d’outils pratiques pouvant garantir une meilleure hygiène lors de la préparation de l’injection et une meilleure filtration dans le but de lutter efficacement contre les risques infectieux mais aussi contre l’introduction de particules dans le système veineux. Longs et coûteux, ces processus d’innovation n’auraient pas été possibles sans le
soutien et le financement des autorités sanitaires. C’est la démonstration que la détermination et l’alliance de l’ensemble des acteurs institutionnels, associatifs, scientifiques, avec les usagers permettent de concevoir des outils performants au service de la santé et adaptés à l’évolution des pratiques.

Thomas Néfau
Président de l’association Safe

 

1. Évaluation des outils de RdR (kits d’injection) – Enquête ANRS Coquelicot, in Forum aux armes, citoyens …: Les outils de la RdR, 13 au 15 octobre 2014: Paris. Jauffret-Roustide, M.

2. http://www.drugsproject.co.nz/drugs/equipment/filters

3. http://smacked-out.blogspot.fr/2010/01/wheel-filters-lets-be- as-safe-as.html

4. “Effect of filtration on morphine and particle content of injections prepared from slow-release oral morphine tablets”, Harm Reduction Journal 2009 6:37, McLean S., Bruno R., Brandon S. and de Graaff B.

5. “The role of syringe filters in harm reduction among injection drug users”, Am J Public Health 1999, 89: 1252–4. Caflisch C, Wang J, Zbinden R.

6. «Efficacité comparée des dispositifs de filtration pour lutter contre les contaminations bactériennes et fongiques chez les usagers de drogues par voie intraveineuse », Le Courrier des addictions 2013, 15(4) : 20-21. Néfau T., Péchiné S., Duplessy C., Bara J.-L.

7. “Theory versus practice, bacteriological efficiency versus personal habits: A bacteriological and user acceptability evaluation of filtering tools for people who inject drugs”, Drug and Alcohol Review 2018, Volume 37, Issue 1: 106–115. Jauffret-Roustide M., Chollet A., Santos A., Benoit T., Péchiné S., Duplessy C., Bara J.-L., Lévi Y., Karolak S., Néfau T.

8.Composition des kits EXPER’ disponible à cette adresse www.rdr-a-distance.info/index.php/materiels

9. « Évaluation de l’acceptabilité des kits EXPER’ par les usagers de drogues », OFDT, 51 p., juin 2016. Milhet M.

TRANSFORMER LA PRISE EN CHARGE DES PATIENTS DÉPENDANTS AUX OPIOÏDES

Communiqué de presse 28 mai 2018

La prise en charge des addictions, en particulier de la dépendance aux opioïdes, est menacée en médecine de ville. Dans les années 1990, près de 80 % des patients dépendants aux opioïdes étaient suivis par 20 % des médecins généralistes. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’environ 5 % à prendre en charge ces patients. La concentration médicale associée au départ à la retraite progressif des praticiens investis dans le suivi de ces patients, soulève la question majeure de la relève par les jeunes professionnels de santé. Cette situation est d’autant plus problématique en dehors des grandes agglomérations. L’addiction peine encore à être reconnue comme une pathologie chronique.

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Stéribox®Story

Anne Coppel revient avec Elliot Imbert (1) sur l’histoire du premier kit Francais d’injection à moindres risques. 

J’ai connu Elliot Imbert en 1989. Médecin généraliste au centre de santé municipal d’Ivry, il faisait alors la tournée des pharmaciens de sa ville en leur demandant de donner un message et un tampon d’alcool en délivrant des seringues. Il faisait partie de ceux qui ont spontanément fait de la réduction des risques avant même d’avoir les mots pour le dire. Une histoire exemplaire, celle du Stéribox®, commence.

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Chers injecteurs, le débat qui suit vous concerne directement.

Chers injecteurs, le débat qui suit vous concerne directement. Deux camps s’affrontent, oui, deux « camps ». On peut le regretter mais c’est ainsi. D’un côté, l’association Safe, qui promeut le kit Exper’. De l’autre, Apothicom qui défend le Stéribox®. Le kit Exper’ contient de nombreuses innovations. La première est un « filtre toupie » de 0,2 micron. Il permet, d’une part, d’arrêter les micro-organismes comme les bactéries ou les champignons microscopiques pathogènes (pas les virus bien trop petits pour quelque filtre que ce soit), et d’autre part, de filtrer correctement les comprimés ou les gélules écrasés en poudre pour être injectés. Il évite ainsi les infections bactériennes et fungiques, et les « poussières ». Mais le filtre toupie ne s’adapte que sur des seringues à aiguille non sertie (« tuberculine non sertie »), que la seringue fasse 1 ou 2 cc Apothicom est très hostile aux seringues à aiguille non sertie, car elles ont un « espace mort » important, qui semble bien favoriser la transmission du VIH et du VHC en cas de partage. Son Stéribox® contient donc une seringue à aiguille sertie 1 cc (une « insuline »). Safe estime, pour sa part, qu’il existe désormais des seringues à aiguille non sertie qui ont un faible espace mort, et que le filtre toupie est beaucoup plus efficace que le Stérifilt® d’Apothicom.

La deuxième innovation porte sur deux lingettes où l’alcool a été remplacé par la chlorhexidine. Elles permettent, l’une, de désinfecter les mains, et l’autre, le point d’injection, un geste qui doit toujours être pratiqué avant d’enfoncer l’aiguille. Or, Apothicom conteste que la chlorhexidine soit virucide, bactéricide et fongicide.

Chaque camp a sa bibliographie, technique mais passionnante.

Cette polémique n’est pas nouvelle. On trouvera dans le n° 79 de Swaps (2e trimestre 2015) un « débat autour du matériel d’injection », avec un article de Elliot Imbert et Lenneke Keijzer et un autre signé William Lowenstein, Emmanuel Reynaud, Thomas Néfau, Jean-Pierre Couteron et Catherine Duplessy. Et, en juin 2016, sous la plume de Maïtena Milhet, l’OFDT publiait une évaluation de l’acceptabilité du kit Exper’ par les usagers de drogues.

Voilà donc trois ans que ces questions sont discutées et débattues sans que des vérités solides ne viennent y mettre un terme. Les débats prennent en compte la manière dont les injecteurs s’emparent plus ou moins des nouveaux outils. Ce dossier, dont les implications pratiques sont importantes, doit pouvoir être clos, même provisoirement. Car les études portant sur l’espace mort, les seringues à aiguille sertie ou non sertie, le Stérifilt® et le filtre toupie, la chorhexidine et l’alcool, vont continuer à être publiées.

Ce n’est évidemment pas à Asud de trancher ce débat. D’abord, parce que nous n’en avons pas les compétences. Ensuite, parce que ce n’est nullement notre rôle, qui se limite à présenter sans parti pris les arguments des uns et des autres. Mais la puissance publique, en l’espèce la Direction générale de la santé, devrait le prendre à bras le corps et faire ses choix.

 

L’AIGUILLE QUI CACHE LA FORÊT

Le kit, premier outil officiellement conçu pour se droguer

Comment fabriquer une bonne pipe à crack qui ne fasse pas cramer trop vite le caillou et ne brûle pas les lèvres ? Quelle marque de vaporizer me conseille le ministère de la Santé pour fumer ma beuh? Existe-t-il une shooteuse spéciale « slam » conçue pour injecter seulement les cathinones ? Le lien historique entre la transmission virale et la réduction des risques officielle a fait de la seringue l’ambassadeur d’un champ nouveau: la technologie appliquée à l’usage de drogues à moindres risques.

Cette vision quelque peu hallucinée du drug shopping market est, admettons-le, légèrement en avance sur son temps. Dans les pages qui suivent, on ne vous parlera souvent que d’espace mort, de potentiel virucide et de seringues tuberculines versus insulines serties (voir pp. 29-32). De quoi doucher l’enthousiasme des amateurs de glamour. Il n’en reste pas moins que le kit Stéribox® a ouvert un chemin, celui de la mécanique du high à moindres risques, ou comment s’envoyer en l’air en gardant les pieds sur terre.

Un tango législatif

On oublie trop souvent que la RdR est une rustine posée sur une prohibition qui prend l’eau de toutes parts. Tout commence avec le décret n° 72-200 du 13 mars 1972 « réglementant le commerce et l’importation de seringues destinées aux injections parentérales en vue de lutter contre l’extension de la toxicomanie », qui organise le développement de l’épidémie en prétendant lutter contre la toxicomanie. Quinze ans plus tard, marche arrière de Michèle Barzach, courageuse ministre de la Santé de Jacques Chirac, qui fait voter le 13 mai 1987 le décret n° 87-328 « portant suspension des dispositions du décret n° 72-200 du 13 mars 1972 » et rétablit de fait la vente de seringues aux toxicos. Enfin, consécration ultime, le 9 aout 2004 est votée la loi de santé publique qui mentionne explicitement la réduction des risques dans le but de « prévenir les infections virales et la mortalité par injection ». Le lien indissoluble entre réduction des risques et injection de drogues est tissé.

À partir de cette date, la RdR a creusé son propre sillon qui transforme un imaginaire fantasmagorique, « la défonce », en un espace social balisé, l’usage des drogues. Un espace où les impératifs de santé imposent une certaine rationalité dans le choix des produits et dans la manière de les consommer. C‘est le raisonnement fait par Elliot Imbert (p. 25), qui innove dans une spécialité: la fabrication d’outils conçus et réalisés pour consommer des drogues par voie intraveineuse. Apothicom est le premier laboratoire qui a explicitement occupé le créneau de ces outils spécifiques à la consommation incluant des impératifs de santé. Ce créneau, nous l’espérons, est appelé à devenir une industrie. Les pipes à crack et autres vaporisateurs de cannabis évoluent dans le même no man’s land juridique. Ni médicaments ni accessoires prohibés, ils ne peuvent bénéficier du processus balisé de mise sur le marché, mais ils sont appelés à se multiplier dans le cadre conceptuel d’une intégration des drogues à un marché futur qui ne pourra s’abstraire des questions sanitaires.

Le cas du kit Stéribox® est emblématique. Il a bénéficié d’un soutien explicite de l’État jusqu’à ce que l’ambigüité de son positionnement éclate au grand jour. Apothicom n’est pas une association
philanthropique mais un laboratoire qui a des impératifs de rentabilité, comme toute entreprise privée. Le caractère monopolistique de cette « industrie » balbutiante est un problème loin d’être résolu.

Les pouvoirs publics ont à charge d’élaborer un cadre juridique qui permette aux industriels de se mettre au travail pour proposer de nouveaux matériels pour shooter, sniffer ou fumer des drogues à moindres risques. Cette nouvelle industrie ne peut être totalement étatisée au risque de se retrouver coincée dans un appareillage soviétique peu susceptible de répondre à la dynamique de la demande de drogues qui marque notre époque. « Et en même temps », comme on dit aujourd’hui, le soutien que l’administration accorde à tel ou tel matériel suppose que les liens d’intérêts des laboratoires soient clairement identifiés. Les drogues, surtout légalisées, sont promises à une évaluation sanitaire stricte dans un futur où la science-fiction règne encore en maître. En ce qui concerne les outils qui servent à se droguer, il s’agit cependant d’un futur proche, quand ce n’est pas un passé simple. Pour ce qui est des trousses de prévention, nous sommes déjà dans le temps des conventions, des brevets déposés à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI), des débats au couteau sur l’utilité sanitaire de tel ou tel matériel. En général, l’argument habituel de l’intérêt général, du sacrifice fait au profit de la cause, est certes admirable, mais souvent propice à masquer d’autres intérêts moins avouables. L’humain étant humain et les financements publics étant publics, un processus inspiré du dispositif d’Autorisation de mise sur le
marché (AMM) des médicaments aurait sans doute sa place pour commencer à réglementer de manière transparente ce marché caché des contenants. En attendant d’avoir à réglementer le marché des contenus.

Fabrice Olivet

 

Injection piège à…SALLE DE CON… SOMMATION

Injection piège à cons. Voilà la chanson fredonnée par tous les repentis, les retraités de l’arbalète que l’on accueille d’autant plus volontiers dans les médias que les sniffeurs, gobeurs, fumeurs et autres avaleurs de pilules se taillent ainsi à bon compte une réputation de drogués respectables. Dans le même temps, de plus en plus de programmes de réduction des risques se penchent complaisamment sur le phénomène, qu’il s’agisse des « salles de shoot » – pardon, « de consommation à moindres risques » – ou des programmes d’accompagnement à l’injection. En fait, l’injection de drogues n’a jamais quitté le paradigme discriminant qui lui sert de carte d’identité. Pour inverser cette tendance, il faudrait prendre au sérieux les injecteurs. Comment explorer à la fois la recherche de sensations spécifiques et une aspiration légitime à réduire les risques ?

Pourquoi je m’injecte : les explications venues de l’extérieur

Tout d’abord, les explications classiques de type exogène, c’est-à-dire la plupart du temps émises en dehors de la communauté. Il y a évidemment la théorie de la fatalité de l’injection. C’est une variante de la « théorie de l’escalade ». L’hypothèse porte sur le caractère néluctable d’une recherche croissante de sensations dans le cursus toxico qui aboutit nécessairement à du « toujours plus, toujours plus fort » et déboucherait logiquement sur la shooteuse comme ultime porte du Nirvana. Une théorie sérieusement mise en porte-à- faux par le recul historique de l’injection d’héroïne, par exemple, mais qui demanderait à être documentée par des études, encore une fois un peu ciblées sur la culture de l’usage plutôt que sur la prévention.

Le shoot, geste éponyme de la culture toxico, est l’autre élément d’explication traditionnel. La culture « junkie » des années 70 aurait laissé des traces indélébiles sur l’imaginaire de certains adolescents particulièrement fragiles qui utiliseraient ce mode de conso en dehors de toute explication rationnelle ou résultat de l’expérience. L’apparition de pratiques d’injection intensive chez des personnes a priori hermétiques à toute fascination pour la culture « junkie », comme les milieux du « slam », invalide ce lieu commun (voir article Le slam, une érotique de l’injection, Asud journal N°61).

Il y a enfin le shoot vu comme produit de la « guerre à la drogue ». C’est l’explication antiprohibitionniste : dans un contexte de pénurie de drogues de bonne qualité, le recours à la seringue maximise les sensations. Mais là aussi, de nombreux contre-exemples existent, comme l’usage fréquent de seringues à Kaboul sur les lieux mêmes de production de la meilleure héroïne du monde, comme c’était aussi le cas à Bangkok à l’époque du Triangle d’Or.

L’injection comme mode d’accès à un type de sensations

Il existe aussi tout un faisceau d’explications de type endogène, qui s’appuie plus directement sur l’expérience de la communauté. La comparaison injecter/inhaler/fumer est à envisager en fonction du « high » et du type de drogues consommées. Il faudrait alors comprendre pourquoi certaines drogues sont plus fréquemment injectées (coke, héro, amphet’, kéta, méphédrone). Ces facteurs sont quelquefois mentionnés à titre d’explication mais rarement repris dans les propositions de régulation des techniques d’injection. D’autres questions se posent qui mériteraient de recevoir des réponses un peu nourries à l’aune de la sociologie ou des travaux neuroscientifiques. Pourquoi le « speedball » est-il si souvent présenté comme la sensation ultime, le flash souverain qui couronne toutes les expériences de drogué?

VIH et VHC deux virus qui se contredisent

C’est la lutte contre le VIH qui a favorisé historiquement la réduction des risques et plus précisément l’intérêt pour les techniques d’accompagnement de l’injection. Avec la lutte contre le VHC, plus difficilement combattu par la simple fourniture de seringues stériles, c’est le grand retour du paradigme discriminant sur l’injection, si tant est qu’il n’ait jamais disparu. La modélisation d’une figure d’injecteur récréatif, en capacité de réduire les risques afférents à son mode de conso, serait considérée comme peu réaliste dans une perspective de travail des pouvoirs publics sur un changement de pratiques. C’est dommage. Dans le même ordre d’idée, attention au danger de dévalorisation des techniques de « shoot à moindre risques » si l’on propose « la chasse au dragon » comme un modèle nécessairement supérieur.

En conclusion, il manque un appareil crucial dans la panoplie des outils RdR. Un étalon de mesure du facteur « sensations » qui soit mis au service du véritable but de l’usager de drogues: la défonce. C’est le sens qu’il faudrait donner à une vraie réduction des risques faite pour se diffuser entre pairs. Un tel outil permettrait peut-être de sortir de l’éternel quiproquo qui fait que telle cocaïne fortement dosée, considérée comme « de la bombe » par les consommateurs, n’apparaisse que sous le label « substance très toxique » dans les messages d’alerte. Il ne manque pas d’usagers prêts à dialoguer avec les neuro‐ biologistes et les pharmacologues pour trouver un langage commun qui concilie plaisir des drogues et réduction des risques. Cette dichotomie est au cœur d’un cursus d’injecteur.

Les pratiques d’injection ont-elles évolué depuis les années 80?

Elliot Imbert (voir p. 25): Les contextes sont variés. Le grand problème est que les gestes de base pour se protéger des risques pris en s’injectant sont aujourd’hui de moins en moins connus. L’usager qui commence à injecter aujourd’hui n’a aucune raison de connaître par lui-même la façon adéquate d’injecter. Il n’a pas fait d’études d’infirmière. Ces gestes sont techniques et s’apprennent. Une simple « faute d’asepsie », comme nous disons dans notre jargon, et ce peut être l’abcès ou l’endocardite. Un partage accidentel de cuillère, quand on est à plusieurs, et ce peut être l’hépatite. L’usager ne peut apprendre les précautions à prendre pour le geste de l’injection sans que l’on les lui fasse connaître. Au cours des années 1990, les messages de réduction des risques étaient transmis et véhiculés par les usagers. La peur du sida avait opéré. Au tournant du siècle, on a pu observer que les acquis de la réduction des risques ne se transmettaient pas. La peur du sida n’opère plus, la RdR s’institutionnalise, une dynamique de mobilisation collective serait nécessaire. Les indicateurs les plus récents montrent que cette rupture dans la transmission des savoirs s’aggrave: le partage de seringues vient d’augmenter considérablement les trois dernières années – surtout chez les plus jeunes. Abcès, poussières et endocardites ne diminuent pas. De plus en plus d’injecteurs ignorent le bon protocole, pourtant tout simple, permettant une désinfection efficace avant d’injecter : en savoir plus sur les « bonnes pratiques » leur permettrait de risquer beaucoup moins. L’éducation à l’injection et sa transmission par les pairs, ça devient urgent !

Fabrice Olivet

Le slam, une érotique de l’injection

« Au-delà du récréatif », nous dit Tim Madesclaire. C’est bien de cela qu’il s’agit quand on entend parler du slam et des slameurs, de la radicalité du slam,mais aussi de son érotisme. En l’espace de quelques années, cette pratique déviante à la fois du mainstream gay et tox est venue réinterroger les deux mondes, au point d’être peut-être parfois assourdissante.

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Injections le poids du social

NOUVEAUX PROFILS D’INJECTEURS, PROBLÉMATIQUES SOCIALES ET POLITIQUES QUI SOUS-TENDENT L’INJECTION

Marie Jauffret-Roustide est sociologue, chargée de recherche à l’Inserm et co-coordinatrice du programme D3S « Sciences sociales, Drogues et Sociétés » à l’École des hautes études en sciences sociale (EHESS). Elle est également une compagne de route d’Asud, qui s’est penchée sur l’usage des drogues appréhendé comme objet social normatif, plutôt que sous l’angle de la sociologie de la déviance. Auteure d’une comparaison pertinente entre Asud et Narcotiques anonymes en 2002(1), nous l’avons sollicitée dans ce numéro sur l’injection pour son regard de professionnelle qui interroge les stéréotypes… Et pas toujours dans le sens de la pente.

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Same player shoots again DOSSIER UNE HISTOIRE DE L’INJECTION LES GENS ET LES OUTILS

L’injection de drogues reste dans la représentation collective le geste éponyme, celui qui marque la vérité du drogué. Nous avons déjà consacré plusieurs articles* au caractère symbolique de la shooteuse et à l’odeur de soufre qui imprègne son évocation. Il faut également rappeler tout ce que la politique de réduction des risques (RdR) doit aux seringues contaminées dans un tango législatif rappelé dans ce dossier (voir p. 20).

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ASUD MARS SAY YEAH à la rue !

Pour la deuxième fois en trois ans, le Caarud Asud Mars Say Yeah se retrouve, par décision
de justice, expulsé de ses locaux, situés 57-59, rue du Coq dans le 1er arrondissement de Marseille. L’histoire résume bien la difficulté, voire l’impossibilité, pour une association d’usagers,
de fonctionner dans le tissu urbain le plus approprié, c’est-à-dire en centre-ville, près des lieux de regroupement et de consommation de nos clients.

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NICE : « CACHEZ CES TOXICOS QUE NOUS NE SAURIONS VOIR »

Asud-Nice : le retour. Il y a vingt ans, une première association Asud-Côte-d’Azur voyait le jour dans le sillage de la « Mission rave » de Médecin du monde. Après quelques années d’existence psycho stimulée, l’association a fini par rendre son tablier. Aujourd’hui, de nouveaux militants ont relevé le défi de faire revivre une association d’autosupport à l’ombre des palmiers de la Promenade des Anglais pour rompre avec une certaine image de la ville qui cache souvent une grande pauvreté. À Nice, comme ailleurs, précarité et usage de drogues, c’est la double peine.

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Vins et drogues illicites, quels plaisirs, quelles ivresses ?

« Enivrez –vous sans cesse ! » intimait le poète, mais Baudelaire opposait le vin qui rend « bon et sociable » au haschich, qui « annihile la volonté », parce qu’il ouvrirait « la porte du paradis ».  Le plaisir incommensurable des drogues illicites ?  L’argument a été invoqué pour justifier leur prohibition. Entre temps, l’opposition binaire ivresses licites/ivresses illicites a volé en éclat avec l’expérience des poly usages. Qu’est-ce qui se fabrique, s’invente ou se reproduit avec la modification des états de conscience ? De la mise en scène des ivresses socialisées aux « hérétiques de la sensation » qui annonçaient selon Henri Michaud « un érotisme devenu éclectique », on s’efforcera ici d’appréhender comment les états modifiés de conscience travaillent le corps social, les mondes alternatifs éphémères ou encore les lignes de fuite qui ouvrent à un autre espace-temps, à une autre relation à soi et aux autres- sans oublier les reterritorialisations au risque de se perdre.

  • Michał Herer
    L’alcool et les (autres) drogues. Une approche philosophico-politique
  • Anne Coppel
    Ivresse et lignes de fuite
  • Véronique Nahum-Grappe
    L’ivresse comme norme ou écart aux normes ? Les états psychotropes dus aux substances licites sont-ils différents pour l’ethnologue ?

Discutante : Carmen Bernand, anthropologue

 

Michał Herer
Michal Herer enseigne la philosophie contemporaine à l’Université de Varsovie. Ouvrages parus : Gilles Deleuze. Struktury – Maszyny – Kreacje [Gilles Deleuze. Structures – Machines – Créations, 2006], Filozofia aktualności. Za Nietzschem i Marksem [Philosophie de l’actualité. Apres Nietzsche et Marx, 2012] etPochwała przyjaźni [Éloge de l’amitié, 2017] ; traducteur de Foucault, Deleuze, Althusser et Theweleit.

Anne Coppel
Sociologue, spécialiste de la politique des drogues, entre recherche, expérimentation et engagement associatif ; lutte contre le sida et  réduction des risques. Ouvrages publiés : Le Dragon domestique, avec C. Bachmann, Albin Michel, 1989 ;  Peut-on civiliser les drogues ?,  La Découverte 2002 ;  avec Olivier Doublre,Sortir de l’impasse. De la guerre à la drogue à la réduction des risques, la Découverte 2012 ; avec Michel Kokoreff et Michel Péraldi (Dir.), La Catastrophe invisible. Histoire sociale de l’héroïne, Ed. Amsterdam, 2018.

Véronique Nahum-Grappe
Anthropologue à l’EHESS, (Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain). L’un de ses domaines de recherches concerne les onduites d’excès et de dépendance. La dimension anthropologique plus que psychologique est retenue : normativité sociale, seuils, tolérances et interdits implicites ou explicites. Elle consacrera deux de ses ouvrages à l’ivresse, Vertige de l’ivresse. Alcool et lien social (2010), et La Culture de l’ivresse – Essai de phénoménologie historique (1991).

Lieu

EHESS (Amphithéâtre François Furet)
105, boulevard Raspail
75006 Paris

Mémoire / Banlieu(e)s / Addiction: Centre culturel d’Orly jeudi 15 mars 2018

Cette journée a pour objectif de contribuer à une démarche de prévention et à favoriser le dialogue et la mobilisation entre familles, personnes ressources et acteurs sociaux de la prévention.

A partir du documentaire « Ces Jeunes Qui Tombent » de Cécile Favier et Azzedine Zoghbi, il s’agit de :

Retracer l’histoire méconnue de l’usage des drogues dans les quartiers populaires depuis la fin des années 70.

Reconnaître cette histoire comme mémoire à part entière des quartiers populaires.

Prendre  conscience de cette histoire oubliée.

Alimenter la  réflexion sur les usages actuels des toxiques

auprès de la communauté éducative (collèges, lycées), des familles, des centres sociaux.

Programme de la journée :

Journée DIALOGUES #01

ANIMÉE PAR Evelyne Bouzzine ex-directrice du Centre de ressources Politique de la Ville en Essonne (CRPVE)

9h30-10h

ACCUEIL CONVIVIAL AUTOUR D’UN CAFÉ

10h-10h15

MOT D’OUVERTURE

10h15-11h

DIALOGUES TEMPS #01

REGARDS CROISÉS SUR L’HISTOIRE ET LA MÉMOIRE DE L’USAGE DES DROGUES DANS LES QUARTIERS POPULAIRES DES ANNÉES 70 À LA FIN DES ANNÉES 90

avec Albert Herzkowicz, médecin addictologue spécialiste des politiques publiques de santé –

 Alexandre Marchant, docteur en Histoire – auteur de L’évolution des politiques publiques face à l’échec de la lutte contre la drogue : L’impossible prohibition ? (2016) – 

Fabrice Olivet, directeur de l’Association ASUD

11h-12h30

PROJECTION DU DOCUMENTAIRE CES JEUNES QUI TOMBENT de Cécile Favier et Azzedine Zoghbi

Produit par les films du hasard et france télévisions avec le soutien du CNC, de la Mildeca et de la Dicom

SUIVI D’UN TEMPS D’ÉCHANGE AVEC LA SALLE

14h-16h30

DIALOGUES TEMPS #02

QUELLES ONT ÉTÉ LES RÉPONSES DES POLITIQUES PUBLIQUES EN MATIÈRE DE PRÉVENTION ET DE SANTÉ (addiction, MST, HIV)

DEPUIS LES ANNÉES 70 JUSQU’À AUJOURD’HUI ?

avec

Anne Coppel, sociologue et militante de la politique de réduction des risques – 

Albert Herzkowicz, médecin addictologue spécialiste des politiques publiques de santé – 

Didier Touzeau, médecin addictologue

DIALOGUES TEMPS #03

COMMENT DÉVELOPPER UNE POLITIQUE DE PRÉVENTION GLOBALE DE LA SANTÉ ET DES TOXICOMANIES ?

COMMENT MOBILISER LA COMMUNAUTÉ ÉDUCATIVE D’UN TERRITOIRE ?

Albert Herzkowicz, médecin addictologue spécialiste des politiques publiques de santé –

 Malika Mansouri,  Psychologue clinicienne en protection de l’enfance – 

Azzedine Zoghbi, Président de l’association Passerelle-Orly Sud

 

Conférence iCAAD Paris 13 Mars 2018

‘EN AVANT… VERS UNE SYNERGIE ENTRE LA THEORIE ET LA PRATIQUE DANS LE TRAITEMENT DES CONDUITES ADDICTIVES : LA GLOBALISATION DES SOINS DE SANTE MENTALE, COMPORTEMENTALE ET EMOTIONELLE

Ce cycle de conférence est organisé dans la continuité des Thèmes des Conférences Européennes iCAAD 2016/17 :

‘UNITE: LA NOUVELLE GENERATION DE METHODES DE RESOLUTION COLLABORATIVES DES TROUBLES DE L’ADDICTION.’

Cette conférence se veut une plateforme où conférenciers, partenaires et professionnels échangeront sur les modèles cliniques, les ressources et les avancées sur les paradigmes touchant aux traitements des addictions, aux désordres comportementaux complexes, aux modèles préventifs, à l’intégration de la santé mentale globale, de la prévention des rechutes et des stratégies de prévention.Collaborons ensemble et partageons les meilleures pratiques, au plan national et international.

POINTS FORTS:
• Abstinence et Réduction des Risques
• Traitement résidentiel: enjeux et attentes
• Evolution de la formation: la thérapie de groupe
• Patients-experts: leur rôle croissant
• Soins, prévention et société: les 5 prochaines années – objectifs et challenges?

10h00 – 10h45 | ABSTINENCE VS. REDUCTION DES RISQUES: DECONSTRUCTION D’UN FAUX DEBAT –

JEAN-MAXENCE GRANIER ET FABRICE OLIVET
Historiquement le mouvement de réduction des risques s’est construit en opposition avec une doctrine de soins basée sur le sevrage et l’abstinence comme unique proposition. Inversement aujourd’hui certains addictologues proposent comme seule prise en charge une prescription de TSO à vie. Ces deux options ignorent la notion primordiale de responsabilité des personnes concernées. Comment dépasser ces deux extrêmes en remettant l’individu au centre des décisions qui le concernent. « Nothing about us without us » (Slogan de l’association INPUD)

Fabrice Olivet est un militant historique de la réforme des politiques de drogues. Depuis 1996, il anime l’association ASUD (Auto Support des Usagers de Drogues), agréée par l’Etat pour représenter les personnes prises en charge dans le système de soins pour des questions relatives à une addiction. Historien de formation, c’est également un polémiste engagé dans les débats relatifs à l’« identité française ». Depuis 2013, Fabrice Olivet est membre de la commission nationale des stupéfiants et des psychotropes de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM).

Jean-Maxence Granier est chef d’entreprise et travaille dans le domaine du marketing, de la communication et des médias. Il s’intéresse depuis 25 ans aux usages des psychotropes comme aux questions posées aux individus et à la société par l’addiction. Il a codirigé récemment un numéro de la revue Esprit consacré à la « Politique des drogues » et intervient à titre personnel sur ces questions dans l’espace public.

Programme et inscription ici

Lieu, date et horaire :

Mardi 13 Mars 2018
9h00 – 18h30
Espace CEDIAS, Musée Social,
5 rue Las Cases, 75007 Paris

SÉMINAIRE EHESS 2017-2018 : Les drogues sur prescription médicale

Dès l’origine, les conventions internationales ont introduit une distinction essentielle entre les substances ayant des propriétés thérapeutiques et celles qui n’en ont pas et ce, indépendamment de leur dangerosité. Et il a été convenu que les drogues dangereuses ayant des applications médicales, la morphine par exemple, seraient prescrites par des médecins et délivrées par des pharmaciens. Sur cette base, chaque pays a mené sa propre politique. Des exemples français (Zoé Dubus) anglais et américains (Bertrand Lebeau) illustreront ce propos. Aujourd’hui de nombreuses substances classées comme drogues sont utilisées en médecine (Daniel Annequin) ou prescrites hors AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) (Philippe Grunberg).

Tandis qu’en 1926, la commission Rolleston jette les bases du « british system », des milliers de médecins américains sont incarcérés pour avoir prescrit des opiacés à des héroïnomanes. Quelques décennies plus tard, les programmes suisses de prescription d’héroïne et l’épidémie américaine d’overdoses aux opiacés sur prescription médicales ces dernières années, illustrent cette forme paradoxale de légalisation des « drogues » : la prescription.

LIEU

Amphithéâtre de l’EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

DATE

jeudi 8 mars 2018

LES INTERVENANTS

Bertrand LEBEAU, médecin, s’occupe de drogues et de toxicomanies depuis plus de 25 ans. Dans les années 90, il a été un activiste de la « réduction des risques ». Aujourd’hui, il milite pour une réforme des politiques de drogues.

Philippe GRUNBERG s’est installé comme généraliste il y a 33 ans. Et les problèmes psychiatriques et addictologiques ont occupé une grande partie de son activité. Conjuguer les demandes des patients, les données de la science et son expérience de praticien, les trois piliers de la décision partagée, a souvent relevé de la quadrature du cercle. A partir de quelques vignettes cliniques, il proposera une réflexion sur les prescriptions « hors AMM ». Du Temgesic au Baclofène, en passant par le Médiator, le Palfium et le Dinintel (aujourd’hui disparus), l’oxycodone et les fentanyls (responsables de nombreux décès aux USA) il tentera d’évaluer le rapport bénéfice/risque de ces prescriptions.

Le Pr Daniel ANNEQUIN a créé et dirigé pendant 25 ans le Centre de la douleur et de la migraine de l’hôpital d’enfants Trousseau. Il possède une triple compétence de psychiatre, d’anesthésiste réanimateur et de médecin de la douleur. Il a été le responsable du second Programme national de lutte contre la douleur 2002-2005 au ministère de la Santé. A partir d’exemples portant sur les morphiniques, la kétamine, le protoxyde d’azote, la prégabaline, Daniel Annequin étudiera les potentialités addictives des médicaments de la douleur.

Zoé Dubus, doctorante en histoire à l’Université d’Aix-Marseille, auteure du mémoire de master : « La morphinée : représentations de la femme morphinomane dans le discours médical, 1870-1916 ».
Sa recherche traite des transformations des pratiques médicales ainsi que des politiques de santé en lien avec l’utilisation de psychotropes en France, du XIXe siècle à nos jours. Elle s’attache à comprendre les relations qu’entretiennent la médecine et les médecins avec les produits modifiant la conscience et la sensibilité, conçus alternativement comme des médicaments innovants ou comme des toxiques.

ORGANISATEURS

  • Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
  • Anne Coppel, sociologue
  • Bertrand Lebeau, médecin, membre de SOS Addictions
  • Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
  • Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

LA CATASTROPHE INVISIBLE

HISTOIRE SOCIALE DE L’HÉROÏNE (FRANCE, ANNÉES 1950-2000)

Sous la direction de Michel Kokoreff, Anne Coppel, Michel Peraldi.

Avec les contributions de Vincent Benso, Anne Coppel, Jean-Michel Costes, Claire Duport, Emmanuelle Hoareau, Michel Kokoreff, Aude Lalande, Alexandre Marchant, Fabrice Olivet, Michel Peraldi, Liza Terrazzoni.

L’ambition de ce livre est de donner de la profondeur historique à la catastrophe sanitaire et sociale que fut l’héroïne, à sa répression, aux dynamiques et cycles de sa consommation et de son trafic. Il raconte cette histoire dans ses multiples dimensions, sociale et économique, culturelle et urbaine, politique et géopolitique, en privilégiant le point de vue de ceux qui ont été ses acteurs ou témoins. Plus généralement, il prend l’héroïne comme analyseur, pour saisir ce que les drogues font à la société.
Le marché de l’héroïne se structure au cours des années 1950, mais c’est avec Mai 68 que s’amorce un premier tournant : dans ce bouillonnement politique, sociétal et culturel, les produits se diffusent au sein d’une jeunesse en quête de liberté et d’expériences. La fin des Trente Glorieuses marque un durcissement. La consommation d’héroïne s’étend et les sources d’approvisionnement se multiplient, bien au-delà du mythe de la « French Connection ». Les années 1980 sont un tournant majeur : on voit apparaître des « scènes » où les drogues sont vendues et consommées ouvertement dans les squats, quartiers délabrés, « banlieues » et autres « cités maudites ». Les ravages de l’héroïne deviennent de plus en plus visibles et sa diffusion joue un rôle central dans la construction du problème des banlieues dans sa version sécuritaire et racialisée. Les quartiers dits défavorisés vont être au cœur de sa diffusion mortifère, frappées par l’épidémie de sida, d’une part, et par les politiques répressives, d’autre part. Une bascule s’opère dans les années 1990 lorsque Simone Veil, ministre de la Santé, s’engage dans la mise en place d’un dispositif expérimental de réduction des risques.
L’histoire de l’héroïne est celle de la répression, de la guerre à la drogue et, en corollaire, de l’absence de culture de santé publique en France, mais c’est aussi celle d’un processus de transformation des appartenances collectives et des identités culturelles qui interroge le rôle des produits psychotropes dans le changement social.

Retrouver ci joint les différentes critiques :

Médiapart :

Héroïne, «la catastrophe invisible»

17 FÉVRIER 2018 PAR 

 

Le Monde: 

L’héroïne, ce « monstre épidémique »

LE MONDE | 12.02.2018 à 04h30 • Mis à jour le 12.02.2018 à 16h33 | Par François Béguin

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