Pochtrons et fumeurs de pet’, même combat !

Pour ceux que les drogues intéressent, les campagnes françaises sont une source permanente d’émerveillement. La visite de l’estaminet d’une bourgade du Cantal ou du Morvan me plonge régulièrement dans l’incrédulité. J’y revois, solidement agrippées au comptoir, les mêmes figures d’homme de la terre bien de chez nous, le nez bourgeonnant, la panse conquérante, la casquette vissée sur un crâne rubicond, été comme hiver vêtu d’un bleu de travail. Tout juste s’il n’arbore pas, collée à la lèvre depuis le petit matin, la fameuse Gitane maïs ou le mégot de petit gris roulé entre deux doigts noueux. Ces figures sont celles de mon enfance, rien n’a bougé en un demi-siècle. Cette bulle spatio-temporelle opère également dans un autre registre : les discours sur le cannabis.

Depuis trente ou quarante ans, nous sommes abreuvés de productions télévisuelles à vocation pédagogique invitant les parents à s’alarmer des progrès d’une drogue particulièrement nocive : le cannabis sativa. France 2 et M6 nous ont dernièrement gratifiés d’une salve d’émissions égrenant tous les poncifs entendus depuis deux générations sur les dangers de Marie-Jeanne. Et de nous remettre le couvert sur l’explosion de la consommation chez les adolescents, les ravages de la drogue sur la mémoire, le fameux “cannabis beaucoup plus dosé aujourd’hui qu’il y a dix ans”. Ça, je l’ai entendu pour la première fois en 1998 à propos de la skunk, l’OGM cannabique hollandais. Il y a dix ans, l’herbe était donc déjà plus dosée que celle fumée dix ans auparavant mais 10 fois moins que celle d’aujourd’hui ce qui nous fait… voyons… une herbe 100 fois plus dosée aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Et moi qui croyais être nul en math. Aujourd’hui comme hier, je redis que les colombienne pressée, double-zéro et autre libanais rouge des années 70 n’ont à ma connaissance jamais été mesurés en taux de THC et pour cause, il eut pour cela fallu que les commentateurs s’adressent à de vrais amateurs de cannabis pouvant nous faire partager une véritable sociologie de l’herbe en France depuis un demi-siècle. Laisser ce travail à des pharmacologues ou des policiers revient à demander à l’église catholique de fournir une exégèse du libertinage au XVIIIe siècle.

Cela nous conduit naturellement à une autre imposture qui sert de colonne vertébrale à la pensée dominante  en matière de politique de drogues, celle qui s’impose progressivement comme une science donc une vérité. L’un des poisons qui gangrènent le monde occidental depuis l’ère industrielle : la technocratie. Si les blouses blanches monopolisent aujourd’hui la communication sur les drogues (loin tout de même derrière la police et la justice), c’est au nom de cette vielle idée que la politique ne sert à rien, que c’est du blabla pour le gogo électeur. Ce qui compte, c’est le savoir scientifique, la vérité des chiffres et en l’occurrence, celle des molécules. Au nom de cette espérance, de brillants cerveaux ont tourné le dos à la démocratie en s’appuyant sur l’idée suivante : la vérité scientifique n’a que faire du vote des électeurs. Cette religion des experts est particulièrement opératoire en matière de drogues, justement car c’est un univers tenu à l’écart de toute influence démocratique. Nous l’avons souvent écrit dans ces colonnes : les usagers sont bringuebalés des griffes du dealer aux affres du système judiciaire. Hélas, l’irruption du pouvoir médical dans ce jeu de dupes n’apporte pas de réel soulagement, dès lors qu’il s’inscrit comme un troisième pouvoir totalitaire, qui dénie tout comme les deux autres toute légitimité au malade drogué.

Nos pochtrons de village n’ont qu’à bien se tenir. Ils peuvent encore clamer leur innocence grâce à un lobby vinicole particulièrement puissant à l’assemblée, mais pour combien de temps ? Le moment approche où il va falloir présenter un front uni : pochtrons et fumeurs de pet’, même combat. Échapper à la fois au flic, au dealer et au docteur est un challenge particulièrement ardu pour le consommateur de substances psychoactives du XXIe siècle.

Very Bad Trip

Very Bad Trip ! Grâce aux blockbusters du même nom1, qui ont cartonné partout en France, cette expression est aujourd’hui d’usage courant. Le bad trip, c’est un truc fait pour planer qui tourne au cauchemar.

Todd Philips, le petit malin d’Hollywood qui a réalisé la série, a délibérément axé son propos sur une drogue et une seule, l’alcool. L’alcool dans sa version défonce éthylique de plusieurs jours – et je bois et je vomis et je re-bois – a des effets comparables aux stupéfiants les plus violents et a le mérite de rester suffisamment légal pour en faire le sujet central d’un film d’ado. Hilarant le bad trip de gnôle. Et pourtant, ce voyage provoque sans doute plus de morts violentes dans le monde que le choléra.

Cette excellente opération commerciale très hypocrite nous a décidés à vous régaler de nos very bad trips les plus sexy, mais au sens originel de l’expression.

Le trip est un mot inventé par les amateurs de LSD, le voyage par excellence. Une anthropologie du « bad » nous conduirait inévitablement à revenir vers ces 70’s qui servent de laboratoire à tous les phénomènes sociaux du 2.0. Après avoir découvert le « trip », les hippies ont fatalement expérimenté le « bad », essaimant de la Californie à Goa des naufragés du flip, passés du psychédélique au psychiatrique. L’histoire des groupes de rock des sixties/seventies est fertile en destins brisés par un « bad », antichambre d’une cellule capitonnée pour la vie. Syd Barret, le vrai leader de Pink Floyd, devenu schizophrène après un album et quelques pilules multicolores, en est emblématique.

Le trip est donc indissociable du bad, au point de devenir un verbe transitif dans le langage teufeur2. Je bade, tu bades, il ou elle bade… plus de raisons de se cacher derrière les illusions du Flower Power pour éluder un problème récurrent : les paradis artificiels recèlent tous un petit enfer privé, la face cachée du voyage. Pas besoin de se voiler la face, ni d’en faire des tonnes.

Pour communiquer sur le bad, il faut à la fois se démarquer de la propagande officielle consacrée au « fléau de la drogue » et rejeter le prosélytisme béat de certains psychonautes. Le bad trip est un risque et non un dommage. Il est loin d’être inéluctable si l’on consacre suffisamment d’intelligence, de savoir-faire et de conseils éducatifs à la consommation pour cerner les zones périlleuses, classées par substances. Malheureusement, une vraie prévention du « bad » supposerait de pouvoir étudier en laboratoire tous les cas de figures exposés dans les pages qui suivent. Au même titre que l’on fait appel à des volontaires pour expérimenter de nouveaux médicaments, pourquoi ne pas associer la science et l’expérience des consommateurs pour concevoir des outils psychologiques, chimiques, culturels, adaptés à chaque cas ? Évidemment c’est aujourd’hui impossible. Une formation anti crises de panique sous LSD destinées aux usagers, une équipe de chercheurs psychonautes, la tête farcie d’électronique, en session de coke ou de crack pour bâtir un kit antidescente : tout ça, c’est de la science-fiction. Dans la définition officielle de la « réduction des dommages », il importe avant tout de décourager la consommation plutôt que d’être accusé de faciliter l’usage en adoptant des objectifs pratiques directement utilisables par les « toxicomanes ».

Une dernière mise au point pour ceux qui se frotteraient les mains d’une hypothétique revanche morale attendue depuis longtemps : avec ce spécial « Very Bad Trip », les drogués d’Asud ne se lancent pas dans une hypocrite contrition en présentant la drogue sous son vrai jour. Que nenni mon bon ! Le trip, qu’il soit bad ou pas, reste notre objet de réflexion. Nous nous contentons de tenir le milieu du gué, comme nous l’avons toujours fait. Ni pour ni contre mais avec…


Note

1Le titre original, The Hangover, est moins centré sur le code « défonce ».

2Doit-on le préciser ? Les teufeurs sont les adeptes de la teuf, teufé, de la fête, plutôt en mode techno.

De l’autre coté du miroir : les bad trips d’or de Techno+. Les principaux nominés…

Des bad trips, l’association de réduction des risques en milieu festif Techno+ en gère une cinquantaine par an. Des petits, des gros, des drôles, des tristes, des calmes et des agités. Petite revue de bad trips, vus non pas du côté de ceux qui les vivent mais de ceux qui les gèrent…

Flyer de RDR, édité et distribué en rave par Techno +.

Pour en savoir plus sur Techno+ lire « Ecsta sana in corpore techno« , ASUD journal N°13

À l’occasion de ce numéro spécial, les copains d’Asud nous ont contactés pour nous demander un florilège des plus incroyables bad trips que nous avions gérés en teuf. Bien sûr, on a accepté mais, comme il y en aurait trop pour parler de tous et que c’est difficile de les départager tant ils valent tous leur pesant de kétamine, on a décidé d’organiser un vote et même une cérémonie : les bads trips d’or. Mais récompenser l’auteur du pire bad trip ne nous a pas semblé une bonne idée, alors les trophées, pardon les tropris, iront aux volontaires de l’asso qui ont géré les pires bad trips. Parce qu’on les mérite nos tropris : non seulement un bad trip c’est souvent aussi dur à gérer qu’à vivre mais en plus le lendemain on s’en rappelle, nous !

Dans le folklore des consommateurs, les bad trips, scotchages et autres flippances sont entourés d’à peu près autant de légendes et de mystère que le financement des campagnes de l’UMP. Alors avant de passer à la liste des principaux nominés pour les bad trips d’or, voyons un petit peu ce qu’on pourrait vous apprendre sur le sujet.

bad trip d'or Techno+ Birambeau 1

Un peu de théorie…

Le mot « bad trip » (mauvais voyage) n’est pas très utilisé par les médecins (en tout cas officiellement) qui parlent plutôt de pharmacopsychose, d’état confusionnel ou de décompensation. Dans les trois cas, il s’agit de troubles de la pensée et du comportement qui se traduisent par une perte de contact avec la réalité et des difficultés à penser normalement. En gros, la pharmacopsychose prend deux formes : une sorte de bouffée délirante qui va durer au maximum trois jours après la consommation, ou alors de manière plus progressive, l’installation d’un état délirant, souvent anxieux, avec l’impression de « ne plus être comme avant ». On peut parler de « dépersonnalisation » ou de « déréalisation » pour décrire des sentiments d’irréalité, d’étrangeté, liés à l’environnement ou à soi-même. L’état confusionnel porte bien son nom puisqu’il marque une forte confusion pour la personne (troubles de la mémoire et de la compréhension, difficultés à parler et à se mouvoir…) et peut entraîner des comportements violents, le cas typique étant les cocktails Rohypnol®-alcool dont certains lecteurs connaissent sans doute le fameux « effet Rambo ». La décompensation signifie quant à elle que les barrières qui permettaient de « compenser » un trouble déjà présent s’effondrent. C’est certainement le plus grave des trois car la personne peut alors entrer dans une maladie psychique chronique. Un point important : ces trois types de bad trips ne sont pas forcément caractérisés par de la souffrance : une décompensation peut très bien être vécue comme agréable. C’est notamment le cas des « illuminations », lorsque – en plein trip – la personne a l’impression de comprendre quelque chose de fondamental sur elle-même (par exemple qu’elle est un ange envoyé par Dieu…).

Ce qui est surtout décrit du côté des consommateurs, c’est par contre la souffrance du bad trip et ses conséquences pour l’entourage : la parano qui gâche ta soirée, l’alcool mauvais qui gâche celle des autres, la crise de nerfs, etc. Mais beaucoup de bad trips ne rentrent pas non plus dans ces catégories. Par exemple la crise de larmes : vous savez, lorsque votre grand gaillard de pote s’effondre en sanglots obnubilé par la perte de son chaton. Ou encore, les obsessions, par exemple sur le besoin de se laver, la crise de jalousie démultipliée, ou tout simplement lorsque la personne se focalise sur des idées noires plutôt que sur des trucs positifs. Bien qu’assez courants et bénins, ces petits bad trips peuvent aussi laisser des séquelles car l’effet du produit peut amplifier les émotions. À tel point qu’elles laisseront un traumatisme qui pourra ensuite être réactivé par une situation se rapprochant de ce qui a déclenché le bad trip.

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« Tu veux goûter mon caca ? »

On vient nous chercher au stand pour nous dire qu’un mec se balade à poil sur un dancefloor, et se met des doigts dans l’anus avant de les essuyer sur le visage des personnes qui dansent. Arrivés sur place, le type a disparu donc on rentre au stand bredouille mais… Dix minutes plus tard, d’autres personnes passent nous prévenir qu’un mec à poil vient de casser le pare-brise d’un des organisateurs du teknival, qu’il a fait tomber une colonne de son et que ça risque de chauffer sévère. On fonce vers l’endroit qu’on nous avait indiqué et là, on tombe en plein générique de Benny Hill : un petit mec grassouillet qui court tout nu poursuivi par une vingtaine de personnes. On arrive pile au moment où ils l’interceptent et on prend les choses en mains pour le maîtriser sans violence. Mais le mec se débat et de Benny Hill on tombe dans L’Exorciste. On est six à le tenir, mais il rue dans tous les sens et profère des insanités, les yeux à moitié révulsés. Les mecs autour sont bien énervés. Ils lui disent qu’ils vont le tuer et l’enterrer dans la forêt, mais le mec leur crache au visage et continue de se débattre. Un de ses « potes » qui passait par là vient nous voir et, sans stresser le moins du monde, nous explique qu’il a de lourds antécédents psy et que c’est pas étonnant qu’il ait fini dans cet état. On a évacué le mec mais en se disant que celui qui méritait de se retrouver sanglé sur un brancard, c’était surtout le « pote » en question qui avait ramené en teuf un type dont il savait qu’il risquait de vriller sans même s’en occuper…

« J’ai une grosse bite je suis au paradis, j’en ai une petite je suis en enfer »

On vient nous chercher au stand car un mec en plein délire a frappé sa sœur, lui cassant plusieurs dents. On arrive, la fille part à l’hôpital et on attrape le mec, qui semble finalement assez calme. Deux filles de Techno+ l’éloignent de la teuf pour lui parler et essayer de le faire redescendre. Mais il essaye de les peloter, se masturbe, etc. D’autres volontaires arrivent, lui disent d’arrêter, mais il devient agressif et pète complètement les plombs. Il hurle en boucle « J’ai une grosse bite je suis au paradis, j’en ai une petite je suis en enfer ». Les volontaires le maintiennent au sol mais il continue de se débattre en criant. Parfois, il semble se calmer et reprendre ses esprits mais il finit toujours par redevenir agressif et repartir dans son délire d’enfer et de pénis… Les volontaires devront le maintenir plus de trois heures au sol avant qu’il ne redescende pour de bon.

« Je suis déjà morte »

Pour elle, l’histoire a commencé avec une goutte de LSD. Tout allait bien. Si bien qu’elle a voulu aller dire au DJ à quel point sa musique la transportait. Sauf que les « coulisses » d’un mur de son ne sont pas ouvertes à tous… Enfin tout aurait pu bien se passer si elle ne s’était pas emmêlée les pieds dans les câbles pour finalement tomber en plein sur la table de mixage et les platines. Forcément, les mecs du son se sont un peu énervés. L’un d’entre eux a même dit « Je vais la tuer ». Sauf que c’était la perturbation de trop dans la montée de LSD de cette pauvre jeune fille qui s’est subitement mise à hurler « Je suis déjà morte, je suis déjà morte » à intervalles réguliers d’environ 10 secondes. Elle était dans cet état lorsqu’on nous l’a ramenée et ça a duré quatre ou cinq heures avant qu’elle puisse dire autre chose.

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« Venez vite, il essaye de violer une meuf dans un champ »

On nous signale un mec violent devant le son. L’équipe part et tombe effectivement sur un type plutôt agressif mais encore gérable. Aidés par ses potes, on le convainc de venir se reposer un peu dans notre espace perso. Ses potes nous suivent, nous aident à le calmer, tout semble s’arranger et on le laisse donc partir avec ses amis qui le surveillent. Mais au bout d’un petit moment, une de ses copines, affolée, vient nous voir : « il est en train d’essayer de violer une meuf » dans un champ. On fonce et effectivement, on trouve le mec en train de ramper en s’agrippant à une fille qui n’avait plus de T-shirt. Il la serrait si fort que pour lui faire lâcher prise on a dû s’y mettre à plusieurs et de toutes nos forces. Ensuite, on l’a camisolé dans une couverture et on l’a ramené dans notre espace perso. À force de se débattre, le mec a fini par réussir à sortir un bras et à tirer de toutes ses forces sur les dreads de son amie qui essayait de le rassurer depuis une heure. Du coup, après avoir réussi à lui faire lâcher les cheveux, on a aussi dû gérer la copine qui essayait de lui mettre des kicks en pleine tête. Par la suite, croyant que ça allait mieux, on a filé une cigarette au mec qui a essayé de l’avaler allumée puis de se brûler les yeux avec. On lui a aussi filé une compote qu’il nous a explosée au visage, donc on lui a plus rien filé et on s’est contenté d’attendre que ça passe, assis sur lui toujours enroulé dans sa couverture. Ça a mis environ six heures mais il est redescendu et nous a longuement remerciés de nous être occupés de lui et a tenu à nous filer un bon coup de main pour le rangement du matos.

« Le coton c’est doux »

Dans la rubrique mignon, à un tekos, une nana nous a ramené un chepchep complètement perdu et apeuré. Son truc, c’était le coton. Suffisait de lui dire qu’un truc était en coton pour qu’il se frotte dessus en mode « le coton c’est doux ! » J’ai cru comprendre qu’il avait fait flipper certaines meufs en voulant simplement se frotter à leur coton. Finalement, après une heure à rigoler avec lui, il a fait une tentative pour repartir, il a tourné en rond devant le chill, puis il est retourné faire une petite sieste et après il allait mieux.

« Non, ça va, j’ai rien pris »

Il y a quelques années, on est intervenu à la soirée Unighted de David et Cathy Guetta au stade de France. Grosse soirée avec des animations, des tombolas, etc. On nous amène une jeune fille qui se sentait mal… Elle est très blême et a du mal à s’exprimer donc on l’assoit, lui file un verre d’eau, et on essaye d’engager la conversation : « Qu’est-ce qu’il y a ? T’as pris quoi ? » Et la fille de nous répondre d’une voix faible : « Non non, ça va, j’ai rien pris… C’est juste que je viens de gagner une voiture ! »

Perché !

Dans la catégorie International, le bad trip d’or reviendra sans doute à l’association belge Modus Fiesta pour son intervention sur un bad trip digne des cartoons de Tex Avery : on signale à l’association qu’un homme en plein délire est monté à plus de trois mètres de haut dans un arbre pour aller cueillir des noisettes. Arrivée sur place, l’équipe d’intervention trouve un attroupement de personnes qui essayaient de le faire descendre en lui criant qu’il allait se faire mal. Mais le type refusait : « C’est mes noisettes, il faut que je les ramasse vite sinon les écureuils vont les ramasser. » En discutant avec les gens, l’équipe comprend que le gars est persuadé que l’arbre porte des noisettes magiques qui contiennent des diamants et que c’est pour les garder qu’il reste dans l’arbre. Du coup, une des volontaires a l’idée de rentrer dans son trip : « Oh, mais tu as fait tomber une noisette juste là, regarde », en lui montrant le sol comme s’il y avait vraiment une noisette. Et comme par miracle, le mec descend de l’arbre pour aller chercher sa noisette !

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« Tatatatata »

Lors d’une teuf en 2004, l’équipe de la Croix-Rouge trouve un gars avachi contre une voiture en train de se mordre les lèvres. Ils décident de l’emmener à leur tente pour le soigner. Le gars se laisse faire et leur parle mais ils ne le comprennent pas. Une fois dans la tente, ils l’assoient sur une chaise, une bénévole essaye de commencer le soin mais le gars se met à lui caresser les seins. Se sentant agressée, elle crie. Lui rigole d’avoir eu les mains baladeuses et se met à toucher tous les gens qui passent à sa portée. Là ses collègues sautent sur le gars, le collent sur une civière, le sanglent et lui passent une minerve immobilisante autour du cou. Le gars ne rit plus du tout, commence à paniquer, se crispe, se mord la joue et leur dit une phrase qu’ils ne comprennent pas : « Tatatatatatata ! » Le responsable de la Croix-Rouge est prévenu de la situation : un forcené sous drogue vient de commettre une agression à caractère sexuel sur une secouriste ! Le boss de la Red Cross a une idée : Allons chercher Techno+ pour savoir ce que le gars a pris.

Sur le trajet du stand à leur tente, il m’expose la situation, très fier d’avoir malgré tout réussi à désinfecter son bobo à la bouche. J’arrive et effectivement de loin j’entends « Tatatatatatata » ! Dans la tente, je vois l’équipe au grand complet en uniforme autour de la civière, une grande lumière blanche dans la gueule du gars. Je leur demande de s’écarter, voire de sortir. Je m’approche doucement du gars, le rassure et lui demande ce qu’il a pris. Et là, « Tatatatatata ! » devient clairement « J’ai pris 2 tatas, ne m’attachez pas ! » Je leur explique donc la situation : « Vous venez d’attacher un gars en pleine montée de MDMA. Vu l’heure, il doit maintenant en être au stade où il a une boule d’énergie en lui qui lui donne envie de bouger, de parler, de s’extérioriser et vous le maintenez ligoté sur une civière. Bref, s’il vrille parce qu’il ne peut dépenser cette énergie, vous en serez responsable. » Le chef ordonne la libération du prisonnier. Je repars avec lui et l’oriente vers le son après lui avoir donné quelques infos de RdR. L’autre cas de cette soirée était un gars sous LSD qui s’était enfermé dans sa voiture pour échapper à la Croix-Rouge (encore) qui voulait lui soigner sa petite coupure à la main. En voyant les uniformes, il a flippé : il voyait des infirmières qui voulaient le piquer avec des aiguilles au bout de leurs doigts et refusait d’être touché.

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Remerciements : Céline, Fab, Jonas, Reuns.

La voix de son maître bis

Extension du domaine de la défaite #1

La vie avec modération… C’est le mot d’ordre. « D’ordre moral » s’entend, celui mac mahonesque/ mac malhonnête de 1875, bien vivace en 2013, c’est dire le « progrès » ! Hygiénisme schizo à tous les étages, je vous apprends rien.

Rien n’échappe à la sagacité prudente des civilisés prêts à nous concocter la société policée – c’est-à-dire à peau lisse policière – à l’intérieur de laquelle nous sommes en train de nous piéger nous-mêmes. L’espace public devient un champ morcelé, aseptisé, sous contrôle et totalement codifié. Nous v’là beaux, corsetés, ligotés, ficelés puis noyés sous des déluges de réglementations. Comme si à chaque comportement devait correspondre une règle et inversement. En Belgique, le parlement vient de voter une loi sanctionnant la moindre injure proférée sur la voie publique. Toute algarade est désormais passible d’une amende. Engueuler son voisin ou jurer comme un charretier relèvent de comportements délictueux. Le genre d’incivilités tombant maintenant sous le coup de la loi ! À la réprobation simple se substitue une sanction légale. Progrès DémocratiKKK ?!

La télé n’est pas l’innocent reflet de ce nouvel ordre. Au cœur du système débilitant, elle en constitue l’un des plus puissants relais. Quelques exemples pas simplement anecdotiques : Fort Boyard, cet été. Au cours du jeu, un candidat se laisse aller à vanter les mérites du rhum antillais. L’animateur ne remarque pas sur le coup. Qu’à cela ne teigne : au montage, on bidouille le son et l’image pour lui faire balbutier à l’insu de son plein gré l’inévitable sentence « l’alcool avec modération, bien sûr ». Éducation subliminable post‑synchronisée !

Autre exemple : pendant la retransmission du tour de France, un journaliste est courtoisement invité par un directeur de course à suivre l’épreuve depuis sa voiture. Au volant, ce dernier se cale au ralenti dans la roue de son champion parti à l’assaut d’un dernier col. Mais voilà, la ceinture de sécurité du directeur n’est pas bouclée !

Ce qui n’échappe pas à l’œil traqueux traqueur du speaker plateau de France 2 exigeant de son confrère embarqué qu’il fasse le nécessaire auprès du contrevenant. Mais, trop occupé par la stratégie de course, le bonhomme semble peu disposé à s’exécuter dans la seconde. Convaincu d’agir en type responsable, le speaker décide donc de reprendre l’antenne au nom de tout un tas de sacro saints principes bien citoyens qu’il nous assène comme s’il s’agissait des Tables de la Loi. Pour finir, on aura même droit à une leçon de sécu routière. Le parfait cador citoyen, chien fidèle, obéissant à la voix de son maître.

La voix de son maîtreOui, on en est là ! Dernier exemple, tiré lui d’une émission populaire de bricolage sur M6 : la séquence d’exposition montre une famille lors du dîner. Le mouflet se plaint à sa mère : « J’aime pas le poisson. » Argh ! La vilaine tâche ! Toute petite certes mais tâche d’huile ! Elle n’échappe pas à la vigilance des cleaners fanatiques. Cependant, l’époque de l’ORTF et de la censure est révolue. Non, de nos jours on fait dans la pédagogie, on éduque à tour de bras : un bandeau en incrustation en bas d’écran vient donc nous rappeler tout au long de la séquence du dîner, les vertus d’une alimentation saine sur la santé.

Au fond, la censure avait quelque chose de plus frontal. Elle escamotait, expurgeait, mais là, on s’immisce carrément à l’intérieur de nos esprits pour y semer la pensée juste. Messieurs les sangsues, bonsoir !

C’est que la vie est sacrément mortelle, s’agirait d’y aller mollo mollo ! Tant pis si tout s’étrécit : décor, libertés, consciences. Nos cœurs aussi, rongés par un hygiénisme venimeux… Je suis partout… Totalitaire ! Tentaculaire. Une hydre à milles têtes : les nôtres, de têtes ! Sur le billot, offertes en pâture à Mamon.

L’invention du père Guillotin, l’hydre s’en fout pas mal : repousse instantanée des membres amputés. Les bras, eux, m’en tombent… D’autres que moi les ont déjà baissés. C’est surprenant tout de même cette apathie… pas une ruade, dans les brancards ou ailleurs. Pas le moindre sourcillement d’épaule, ni une objection, dalle, rien, nada… Mutiques. Résignés. L’échine courbe, on se con-forme… Et en signe d’allégeance, on va poser soi-même sa tête sur le billot, et avec le sourire encore. Sourire qui se fige sur la boule de visage roulant au sol après que la lame l’ait séparée du corps. Même les canards se rebiffent lorsqu’on les étête et reviennent voler dans les plumes de leur bourreau, le cou giclant à gros bouillon. C’est dire !

Aux larmes citoyens !

La voix de son maître bisLa suite de ce texte a été publié dans ASUD journal N°56 : Extension du domaine de la défaite #2

Quand les geeks se mettent à la RdR… Not for Human

Le mouvement de la réduction des risques des années 80 était lié à l’injection, à l’héroïne et au sida. Dans les années 90, son évolution était portée par le milieu festif techno et l’usage récréatif d’une palette élargie de produits et de pratiques. Depuis les années 2000, c’est sur Internet que s’écrit la suite de son histoire, sur fond de psychonautisme et dans une offre mondialisée et pléthorique de substances aux statuts juridiques avantageux.

Profitant du vide juridique autour de nombreuses molécules comme la méphédrone, des vendeurs ont proposé toute une nouvelle gamme de produits psychoactifs, les livrant même à domicile. Avec l’arrivée d’Internet chez Monsieur Tout-le-monde, ce phénomène a pris une nouvelle ampleur. Malgré la volonté persistante des autorités européennes de jouer la carte de la prohibition, interdisant une à une les molécules, ce type de vente a en effet continué à se développer, d’autres molécules remplaçant les précédentes interdites, toujours plus inconnues.

Que ce soit directement sous le nom exact de la molécule ou sous une appellation commerciale, on a vu fleurir l’offre et les accidents liés au manque d’informations autour de ces produits.

Santé communautaire 2.0…

En parallèle, les communautés d’usagers se sont développées sur Internet. En France, Lucid-State.org (depuis 2004) ou Psychonaut. com (depuis 2006) ont par exemple mis à disposition des espaces d’échanges précurseurs. Discuter des produits, de leurs effets, partager les expériences, les dosages, les voies d’administration, tout ceci permet la diffusion des connaissances et ainsi de la possibilité de faire des choix éclairés de (non) consommation.

Les informations variant en qualité et en justesse, certains participants à ces forums de discussion y ont vu un nouveau terrain pour les actions réduction des risques (RdR), comme le furent les teufs auparavant.

C’est dans ce cadre qu’est apparue Not for Human, une association loi 1901 qui tente de rassembler les informations à disposition sur ces nouveaux produits, de comprendre les enjeux des communautés d’usagers : leur potentiel en termes de RdR, mais aussi leur éventuel impact négatif. Not for Human essaye aussi d’avoir une approche sérieuse pour combler les manques d’information sur les réseaux de distribution qui se développent. Notamment par l’analyse des produits diffusés, dont la pureté se révèle parfois inférieure à celle annoncée quand un autre produit n’est carrément pas substitué à celui commandé. Le site alerte les usagers pour qu’ils prennent conscience de tous les risques et puissent prendre des décisions en connaissance de cause.

… vs santé publique 1.0

Confronté aux limites du bénévolat, Not for Human cherche aujourd’hui à se professionnaliser, pour pouvoir se consacrer à cette mission qui nécessite au minimum un emploi à plein temps. Appel a donc été lancé auprès des élus et décideurs, dont l’appui est nécessaire. L’enjeu de la situation mérite qu’un budget soit alloué à ce nouveau pan de la politique des drogues. Car tant que la prohibition restera la seule solution proposée par les États pour faire face à la consommation de drogues, la nouveauté et la méconnaissance des produits disponibles sur le marché ne feront qu’augmenter, et la vente de ces nouveaux produits de synthèse livrés anonymement par la poste ne pourra que se développer. Ils se substituent de plus en plus aux produits « classiques », difficiles à trouver et juridiquement risqués mais dont les dangers sanitaires sont connus.

Sur les milieux festifs, ces « Research Chemicals » (RC, voir page suivante), comme les appellent les marchands, commencent à être vendus, parfois pour d’autres produits dont les effets et dosages diffèrent. Les associations de réduction des risques existantes cherchent donc à être formées sur ces produits de nouvelle génération pour pouvoir adapter et dispenser leurs conseils sur le terrain. Not for Human forme déjà les intervenants de Techno+. En partenariat avec Techno+ et le forum d’usagers Psychonaut.com, Not for Human a également participé à la réalisation de flyers sur les Research Chemicals : un flyer général, puis sur la méphédrone, la méthoxetamine, les 2C-B, 2C-E, 2C-I, de nouveaux étant déjà en cours de préparation.

Not for Human essaie aussi de se positionner auprès des professionnels de santé (urgentistes et secouristes), qui doivent aujourd’hui gérer des bad trips ou des accidents physiologiques liés à des produits qui leur sont inconnus.

La majeure partie des consommateurs de RC ne sont pas touchés par les politiques publiques actuelles. Soutenir une association communautaire en ligne comme Not for Human et ses actions ciblées serait une occasion pertinente pour les pouvoirs publics de diminuer la part des usagers dits « cachés » auxquels ils ne s’adressent jamais.

L’auteur, François Gallé, est membre fondateur de Not for Human (http://notforhuman.fr)

Dommages pour les risques : Lettre ouverte au Professeur Reynaud

Mr le Professeur, cher Michel,

Je m’associe sans restriction en mon nom personnel et au titre d’ASUD à toutes les réserves formulées par l’Association Française de Réduction des risques (AFR). En conséquence, je ne souhaite pas figurer sur la liste de signataires du rapport sur l’évaluation des dommages liés aux addictions et les stratégies validées de réduction de ces dommages.

Je me souviens avoir fait part, au mois d’avril, de mon étonnement de ne pas être sollicité pour aider à l’écriture du chapitre sur l’auto support en matière d’héroïne ou même de cocaïne. ASUD existe depuis 20 ans sur ce créneau, nous avons littéralement inventé le concept pour la France. A l’époque où l’addictologie était encore balbutiante, nous avons organisé la première rencontre internationale des groupes d’auto support dans le cadre de la VIIIe conférence de réduction de risques à Paris (1997), une manifestation baptisée «  je suis un drogué ! » (I’m a drug user).

Quelques années plus tard, en 2004, nous avons été sollicités dans le comité d’organisation de la conférence de consensus sur les TSO. Là aussi, cette initiative a débouché sur un beau rassemblement appelé Etats Généraux des Usagers de la Substitution (EGUS). ASUD est aujourd’hui la seule association d’usagers du système de soins agrée par l’Etat dans le domaine des addictions, et moi-même, fort de cet expérience, je siège à la commission des stupéfiants, ce qui constitue au moins une curiosité au niveau international.

Malgré tous ces beaux titres de gloire, le comité d’organisation n’a pas souhaité nous associer autrement que dans une vague mission de seconde lecture, mission que j’ai, du reste, beaucoup de mal à cerner malgré de nombreux échanges de mails.

Tout cela, cher Michel, n’augure pas vraiment d’une très grande considération portée à la parole, des usagers, des patients, des toxicomanes, bref de ceux qui font l’objet de ce rapport pour ce qui concerne les substances illicites. J’ai hélas une certaine expérience de cet écart récurrent entre les mots et les actes dès lors qu’il s’agit du point de vue des drogués, et la manière dont ce document a été élaboré déclenche un certain nombre de signaux défavorables. ASUD ne prétend pas incarner l’ensemble des personnes concernées par l’usage, mais je crois qu’il est utile pour un pays de faire valoir ses points forts. Or il se trouve que sur le terrain de l’auto support des usagers de drogues, la France n’est pas à la traîne. Je crois pouvoir associer mes camarades d’ASUD Nîmes, Marseille, Orléans, Evreux et Nantes pour déclarer que, si nous ne représentons pas la voix de tous les usagers, au moins avons-nous depuis toujours la volonté citoyenne d’affirmer haut et fort notre condition de consommateurs ou d’ex-consommateurs de drogues illicites impliqués dans une action associative.

Mais au-delà de ces considérations de forme, c’est bien l’impossibilité de débattre avec les rédacteurs du rapport que je dénonce.

Le point de divergence majeur porte sur le fameux glissement sémantique de réduction des risques à réduction des dommages. Par cette altération du vocable usuel, vous tuez ce qui fait le principe même de l’existence d’ASUD. Contrairement aux dommages, le risque renvoie à une vision dynamique de la personne qui est appréhendée comme sujet apte à évaluer rationnellement un danger potentiel, et non comme un objet de soins. Cette définition est évidente dans l’acte fondateur et emblématique de la réduction des risques : mettre à disposition une seringue stérile ne réduit pas un dommage qui reste hypothétique, mais donne la possibilité de réduire un risque majeur. Et c’est l’usager qui choisit de s’emparer de l’outil, de la connaissance, de l’information. Tabler qu’en matière de drogues n’existent que des dommages, où même que l’intervention sociale doit se limiter à cet espace, indique une méconnaissance grave de l’univers de drogues. C’est un pas vers la professionnalisation totale d’une politique qui a comme unique ambition de responsabiliser les véritables acteurs du problème, les usagers de drogues. Or la réduction des dommages reste cantonnée au soin ce qui ne change pas fondamentalement de l’approche traditionnelle basée autrefois sur le sevrage et aujourd’hui axée sur la prescription de médicaments.

Cette altération me choque d’autant plus que je me souviens avoir insisté dans un éditorial d’ASUD journal (N°50) sur la nécessité de privilégier les deux premiers membres d’un triptyque que tu connais bien : usage, abus et dépendance. Communiquer vers les usages et les abus, et non pas systématiquement sur la dépendance, suppose d’intégrer cette notion de risque pour convaincre tes interlocuteurs, les drogués, les patients, les tox., les usagers. L’usage et l’abus sont des pratiques à risques mais certainement pas dommageables du point de vue des principaux intéressés.

Cette notion est particulièrement opérante pour la communication en direction des usagers de cannabis. Dans ce rapport, les dangers du cannabis sont essentiellement orientés autour de la prévention primaire auprès des jeunes en insistant sur les aspects pathologiques de ces consommations. C’est une approche qui fait fi de tous ce que les consommateurs trouvent comme bénéfice dans cette substance devenue aujourd’hui un objet de consommation de masse et ce, malgré son caractère illicite. Rien de nouveau sous le soleil. Des discours alarmistes sur le cannabis s’enchaînent année après année, et le niveau des consommations monte. Cela fait quarante ans que l’on se conforme à cette approche induite par le cadre légal et cela fait quarante ans que la police et la justice sont les principaux interlocuteurs des usagers de cannabis (160 000 ILS en 2011).

Tout cela nous aurions pu en débattre, nous aurions pu confronter avec vous 20 années de militantisme pour la réduction des risques et la citoyenneté des usagers, nous aurions pu échanger à propos de la criminalité dans les banlieues qui est un sujet d’actualité traité en ce moment par ASUD et l’AFR. Nous aurions pu vous faire partager nos expériences d’usagers, notre connaissance des produits et du système de soin. Dommage.

Pour terminer je vais donc citer à nouveau cet éditorial qui marque toute la différence conceptuelle qui existe entre les risques et les dommages… Et, dans ce débat, les idéologues sont partagés équitablement entre les deux camps.

…Le choix de la dépendance est en train d’étouffer ce droit à l’usage pourtant implicite dans l’énoncé du triptyque parquetto-reynaldiste. Contrairement à ce que croient les autorités, rassurées par le caractère scientifique de l’addictologie, c’est l’usage qui est au cœur du « problème de la drogue ». C’est l’usage qui génère des centaines de millions d’euros de profits mafieux, pas la dépendance, ni même l’abus. C’est l’usage qui intéresse les jeunes consommateurs et rend le discours classique de prévention totalement inopérant, justement parce qu’il ne parle que de dépendance…

(extrait du n° 50 d’Asud Journal – éditorial)

Amicalement

Paulette Affiche

Paulette

Tatie Danielle dealeuse de shit. Paulette est vieille, aigrie, raciste, menteuse, acariâtre et fauchée. Elle vit dans une citée anonyme de la banlieue parisienne. Seule, elle radote ses méchancetés sur son gendre noir et flic à la photo de son défunt mari quand elle n’est pas en train d’insulter ses partenaires et pourtant amies à la belote. Acculée par les dettes mais trop fière pour demander de l’aide, tout bascule le jour où un huissier vient saisir ses derniers biens. D’après les médias, que Paulette regarde, et la police, qu’elle méprise, un dealer gagne quelques milliers d’euros par mois. Il n’en faut pas plus à cette mamie loin d’être zinzin pour postuler spontanément  auprès du caïd local comme revendeuse. Car Paulette est aussi loyale, déterminée, maline et fine pâtissière. La voilà embarquée au milieu des racailles et de la flicaille dans une aventure qui va lui redonner le goût de la vie et des autres.

Cette comédie atteint le but fixé par son réalisateur Jérôme Enrico : nous faire rire. C’est en lisant un fait divers sur une mamie devenue dealeuse pour arrondir ses fin de mois que les scénaristes ont été inspirés. Ce film est dans la même veine qu’Une pure affaire (2011), mais pas dans le même bras puisque la classe moyenne pavillonnaire cocaïnée cède la place à la banlieue populaire en pétard. Ici il n’y a pas que l’ascenseur social qui est en panne, celui de l’immeuble aussi. Malgré les invraisemblances on se dit que ce rapprochement entre un 3ème age tendance FN et une jeunesse tendance Scarface n’est pas si farfelu. La société a oublié le passé travailleur des premiers. Paulette est une restauratrice ayant trimé à son compte toute sa vie. Et ne propose aucun avenir aux seconds. C’est précisément dans cette faille que le business parallèle du cannabis intervient.
Grâce à lui un improbable lien intergénérationnel se tisse à l’écran et dans la salle. Paulette en dealeuse débutante ignorante du prix du shit et de la façon de le conditionner en barrette, c’est autant d’éclats de rire que d’occasions d’éduquer votre grand-mère sur le sujet. Le film joue subtilement au milieu des gags bien lourds avec les codes du film de gangsters : scène de négociation mafieuse à l’heure du thé, gunfight tarantinesque avec des jouets, argent facile dépensé en télé-achat…
On n’échappe pas la scène dans laquelle nos protagonistes retraitées mangent, à leur insu bien sûr, le politiquement incorrect a ses limites, un space cake. L’expérience est unanimement appréciée mais on en reste là.

Un film frais et bien dans son époque qui utilise des personnages caricaturaux et décalés pour viser juste en brisant le tabou du deal. Activité risquée mais présentée ici comme salutaire pour Paulette et ses complices. A l’heure où les Cannabis Social Clubs font tant parler d’eux, Paulette dit Mamie la défonce, incarnée par une Bernadette Lafont provocante, nous souffle une idée pour apaiser la violence des quartiers : confier le business du shit aux vieux. « Qu’est-ce qu’on va devenir sans le cannabis ?! » se lamente une des complices de Paulette à la fin du film.

Paulette, 2013, réalisé par Jérôme Enrico avec Bernadette Lafont.
Site officiel : www.gaumont.fr/fr/film/Paulette.html

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