Auteur : Vincent Benso

Le testing

Sommaire par certains aspects, le testing reste une technique d’analyse simple, rapide et peu coûteuse. C’est aussi la seule qui peut être réalisée directement par les consommateurs. Les sites vendant ces réactifs fleurissent donc sur la toile, oubliant généralement d’en rappeler les limites…

Concrètement, le principe du testing est simple : déposer une goutte d’un réactif liquide sur un échantillon de produit et observer la réaction chimique qui se produit. Les changements de couleur du réactif sont ensuite interprétés à l’aide d’une grille de comparaison fournie avec le réactif. L’opération peut être répétée avec d’autres réactifs pour affiner les résultats. Mais attention à ne pas gober le marketing des vendeurs de tests : le testing a ses limites…

 

UNE FAUSSE IMPRESSION DE SÉCURITÉ

Prenons le réactif le plus connu, le « Marquis ». À son contact, la MDMA réagit en bleu-noir, mais une réaction bleu-noir ne garantit pas qu’il s’agisse de MDMA : peut-être qu’un autre produit (ou mélange de produits) contenu dans votre échantillon réagit lui aussi en bleu-noir… C’est le risque de faux positif et on pensait jusqu’à il y a peu que c’était le seul risque d’erreur du testing. Pour reprendre l’exemple du Marquis, en cas de réaction autre que bleu-noir, on pensait pouvoir garantir l’absence de MDMA. On pensait donc possible d’utiliser le testing pour rechercher des produits de coupe dangereux (comme la PMA dans les ecstasies, par exemple) et garantir leur absence. Malheureusement, la Global Drug Survey (1) a démontré (en 2014) l’existence d’un risque de faux négatif. Le testing est donc une technique présomptive* qui peut permettre de reconnaître certaines arnaques lorsque la réaction n’est pas celle attendue mais qui, en cas de réaction conforme, ne donne finalement que peu d’informations. Pire, il risquerait d’induire une fausse impression de sécurité chez les consommateurs. C’est du moins l’argument développé par l’Inserm dans un rapport d’expertise de 1998 (rapidement accusé de faire « totalement abstraction de l’ensemble des mesures de prévention qui entourent habituellement le testing » (2) ) qui conduisit à l’interdiction des réactifs colorimétriques pour les associations en 2004, via le décret entourant la RdR.

monsieur vertIls demeurèrent cependant autorisés pour les particuliers, et plusieurs sites ayant pignon sur rue vendent des réactifs au public. En France, c’est notamment le cas de la société NarcoCheck, spécialisée dans les tests de dépistage (pas forcément volontaires…) qui vend aussi des réactifs pour « tests sur substances solides » dont certains semblent adressés aux consommateurs, comme celui censé « identifier les produits de coupe dangereux pour la santé contenus dans la cocaïne » avec une très grande fiabilité. Sauf que si l’on regarde de plus près la grille de comparaison, on se rend compte que la lidocaïne est censée réagir en jaune orangé tandis que le lévamisole réagit en vert foncé. Quid d’une cocaïne contenant ces deux produits de coupe (ce qui n’aurait rien d’original) ? C’est l’un des inconvénients du testing : la technique est non-séparative*, elle donne au contraire un résultat global, ce qui complique l’analyse de drogues puisque ces dernières sont presque toujours des mélanges de plusieurs composants.

La palette de réactifs s’est toutefois largement développée, avec désormais une quinzaine de réactifs (dont certains semi-quantitatifs). En croisant ces différents tests, on peut affiner les résultats et gagner en précision. Bien utilisés, les réactifs colorimétriques permettent donc de réduire les risques en éliminant certaines arnaques qui auront produit une réaction non-conforme à celle attendue. C’est aussi une technique simple et rapide, et c’est à l’heure actuelle la seule technique d’analyse pouvant être réalisée par les consommateurs eux-mêmes. Bref, une bonne technique, rapide, simple, amusante à réaliser, pas trop chère et utile, à condition de bien en comprendre les limites et de ne pas prendre les résultats obtenus pour parole d’Évangile.

 

Références

1) https://www.globaldrugsurvey.com/
2) Une fausse sécurité pour l’Inserm, I. Gremy, Swaps n°15.

DÉRIVÉS DE FENTANYL DANS L’HÉRO, UNE SPÉCIALITÉ DU DARKNET FRANÇAIS

Alertés fin 2015 par plusieurs témoignages sur des héroïnes aux effets bizarres (et surtout très courts) qui tournaient sur le Darknet, Asud, Techno+ et Not For Human ont pu se procurer quelques échantillons que nous avons fait parvenir au dispositif international d’Energy Control pour analyse.
Les échantillons se sont effectivement avérés contenir de l’héroïne mais aussi être coupés à l’ocfentanil, un dérivé de fentanyl environ 2 fois plus puissant que ce dernier, lui-même largement plus puissant que la morphine à dose égale (certains parlent de 50 fois plus puissant)… Ses effets sont en revanche nettement plus brefs (2 heures environ) et moins euphorisants que ceux de l’héroïne, ce qui pousse à reconsommer plus vite et augmente donc la tolérance, la dépendance et le risque d’overdose pour finalement un effet moins agréable qu’avec de l’héroïne. Bien connu aux USA, le fentanyl (surnommé là-bas « China White ») est responsable d’un paquet d’overdoses dont la plus connue et récente est celle de Prince.

Fin 2015, nous avons donc lancé une alerte sur plusieurs sites et forums du Darknet et du Clearnet. Depuis, d’autres témoignages nous sont cependant parvenus, qui laissent entendre que des vendeurs belges (une overdose d’héro coupée à l’ocfentanil achetée sur le Darknet a été avérée en 2015 en Belgique) et français continuent à vendre ce type de produits. Un petit tour des principaux markets du Darknet nous a appris que certaines offres étaient effectivement tout à fait suspectes, comme ce Français proposant 8 héroïnes différentes en annonçant pour toutes des provenances folkloriques (Syrie, Myanmar, Vietnam, Pakistan, Liban, Iran, etc.) et une puissance hors du commun. Le dispositif anglais Wedinos semble avoir analysé deux d’entre elles (Myanmar et Syrie) qui se sont avérées ne même pas contenir d’héro : uniquement de l’ocfentanil avec, bien sûr, des excipients (paracétamol et caféine). Nous avons donc essayé de nous en procurer pour procéder à des analyses, mais le projet a capoté. Il semble que les vendeurs nous aient identifiés (facile avec Google) et aient partagé cette information : les plus suspects refusèrent de tracter avec nous et on a même reçu par courrier un étrange petit mot manuscrit : « Vous devriez faire attention » !

 

TENDANCE NAISSANTE MAIS PRÉOCCUPANTE

mister_blue_02Sur le Darknet, il est clair que les arnaques aux dérivés de fentanyl se diffusent. L’offre de ces dérivés, tels que butyrfentanyl, acetyl fentanyl, ocfentanil, furylfentanyl, etc., vendus en tant que tels, se développe également. Pour la première fois, un vendeur européen (anglais) propose de la « China White ». Sur le web normal, les shops de RC proposent aussi des RC opioïdes non-classés stupéfiant comme le UR47700 ou le o-dysmethyltramadol. Autant de produits dont les prix défient toute concurrence et qui apparaissent comme de parfaits produits de coupe de l’héroïne pour des revendeurs peu scrupuleux.

Globalement, les saisies douanières européennes d’opioïdes de synthèse sont en augmentation mais restent marginales par rapport aux drogues classiques. Inutile, donc, de tirer la sonnette d’alarme, d’autant que la diffusion de ces produits semble limitée à l’achat de drogue sur Internet et à la vente par correspondance et toucher peu de gens en France. En Suède en revanche, un récent rapport de l’Emcdda annonce que l’acetyl fentanyl est impliqué dans 29 overdoses depuis 2014.

Une tendance naissante en Europe mais pour le moins préoccupante, qui pose aussi une question éthique : informer, au risque de donner des idées, ou, au contraire, tenter de contenir le phénomène en le cachant. Nous avons tranché, considérant que c’est avant tout le manque d’information sur ces arnaques qui les rend possibles. Dès lors, deux axes de travail doivent être privilégiés : développer les compétences des consommateurs pour reconnaître ces arnaques et les risques qui en découlent, et développer leur accès à des dispositifs d’analyse suffisamment performants pour détecter ce genre de produits.

Retenez-donc le principal critère différentiel entre l’héroïne et ces dérivés de fentanyl : la durée d’action. Une montée très puissante mais très courte, puis des premiers symptômes de manque qui viennent inhabituellement vite, attention ce n’est peut-être pas de l’héro, consommez avec prudence et faites analyser !

 

ENERGY CONTROL, PIONNIER DE L’ANALYSE EN EUROPE

Basé à Barcelone, Energy Control est un projet communautaire de RdR en milieu festif faisant partie des pionniers de l’analyse en Europe. Il est notamment connu pour avoir développé une nouvelle technique de chromatographie sur souche mince (CCM) plus simple à mettre en œuvre, et pour pratiquer une méthode d’analyse du cannabis par microscope. Près de 5 000 échantillons sont analysés chaque année par CCM et GC-MS (analyse poussée en laboratoire offrant des résultats quantitatifs) lors d’évènements festifs et pendant leur permanence hebdomadaire. Un service à la pointe donc, et plus encore.

Energy Control a senti avant tout le monde l’impact que l’avènement du Darknet (voir Asud-Journal n°57) allait avoir sur le marché des drogues. Un jeune (et cool) médecin de l’association, Fernando Caudevilla, a donc décidé de proposer ses services (conseils, infos, orientation) sur le forum associé au plus grand marché du Darknet : Silk Road, un site fermé en 2013. « Doctor X » est rapidement devenu une star du Darknet croulant sous les questions d’internautes au point que le fondateur de Silk Road, Ross Ulbricht, a décidé de le payer (500 €/semaine, en bitcoins, la monnaie du « Dark ») pour le garder ! Après la fermeture de Silk Road, Dr X a continué son action sur d’autres forums et engagé Energy Control à répondre au problème spécifique de ces consommateurs cachés. L’association a ouvert en 2014 un service d’analyse quantitative unique en son genre. Ouvert à l’international, il s’adresse aux usagers du monde entier. Il leur suffit de remplir un formulaire en ligne qui génère la référence de l’échantillon, puis d’envoyer le tout par voie postale. Les résultats sont ensuite disponibles sous dix jours sur leur site. N’étant évidemment pas financés pour réduire les risques dans le monde entier, le coût de l’analyse est supporté par l’usager qui sollicite le dispositif : 50 €/analyse, payables en bitcoins pour préserver l’anonymat. Si vous en avez les moyens, vous pouvez donc solliciter ce dispositif en prenant contact avec eux ici : https://energycontrol.org/international.html.

À l’heure actuelle, ils ont mené plus de 500 analyses qui ont permis de détecter un certain nombre d’arnaques mais aussi de produits extrêmement purs. Un forum du Darknet (Darknet Avengers, http://avengerfxkkmt2a6.onion/) recense leurs analyses et lance des collectes pour acheter des échantillons destinés à être analysés et tester ainsi les vendeurs.

Les dispositifs d’analyse en France

SINTESofdt

Le Système d’identification national des toxiques et substances (Sintes) est un dispositif d’analyse de drogues de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (Ofdt) opérationnel depuis 1999. Il se décompose en deux volets : le volet veille, actif en continu et axé sur les produits présentant un caractère de nouveauté ou de dangerosité particulière (plus de 1 200 échantillons analysés entre 2008 et 20151), et le volet observation qui prend la forme de focus à peu près annuels, à chaque fois sur un produit (ou une catégorie de produits) différent qui sera précisément documenté via l’analyse d’un grand nombre d’échantillons collectés sur l’ensemble du territoire.

Les analyses sont réalisées par des laboratoires partenaires qui utilisent les techniques les plus perfectionnées telles que la chromatographie sur couche gazeuse ou en phase liquide, associées à la spectrométrie de masse. Si ces termes barbares ne vous ont pas éclairés, sachez que ces techniques comportent des risques d’erreur extrêmement faibles et permettent de quantifier* les différents composants d’un échantillon, détail d’importance pour les usagers qui n’ont aucun moyen de savoir avec certitude le pourcentage de dope dans leur dope !
Sintes se définit aussi comme un réseau. En effet, les collectes d’échantillons et des questionnaires associés sont effectuées par un réseau de collecteurs (qui bénéficient d’une dérogation leur permettant de transporter des échantillons de stupéfiants) coordonnés sur le plan local et national. Les échanges d’information avec les services répressifs, mais aussi avec les institutions (notamment en cas d’alerte) françaises et européennes, sont aussi partie intégrante du dispositif.
Le coût des analyses est supporté par le dispositif et le volet veille est ouvert à tout professionnel du champ ayant la possibilité de collecter un échantillon d’un produit nouveau ou particulièrement dangereux. Cela signifie que si vous tombez sur un produit qui vous semble vraiment bizarre et/ou dangereux, vous pouvez solliciter le dispositif pour une analyse gratuite, anonyme et surtout, extrêmement précise du prod en question. Il vous faudra pour cela vous rapprocher d’une structure de RdR qui fera l’intermédiaire. Seul inconvénient de ce dispositif : le délai pour obtenir un résultat est d’environ trois semaines.

Pas besoin d’attendre en revanche pour lire Le Point Sintes, l’excellente newsletter trimestrielle mise en place cette année. Vous y trouverez l’ensemble des analyses réalisées par le dispositif, ainsi que quelques analyses sur les évolutions du marché des drogues en France et en Europe. Saluons la décision de l’Ofdt d’avoir rendu ces documents publics et accessibles à tou (te) s (tapez « Point Sintes Ofdt » sur votre moteur de recherche, vous les trouverez sans difficulté).

 

LE PROJET CCM 2.0 DE TECHNO+technoplus

Afin de répondre à la problématique de la couverture territoriale qui fait que certains usagers (notamment en zone rurale) n’ont pas accès à la possibilité de faire analyser leurs produits, même lorsque ces derniers sont suspects ou dangereux, Techno+, en partenariat avec Sida Paroles, développe un projet d’analyse (CCM) par correspondance : sur le site de l’association, les usagers pourront faire une demande de toxitubes (éprouvettes contenant un solvant rendant les échantillons impropres à la consommation) qui leur seront envoyés par la poste. Ils pourront ensuite y introduire un échantillon puis les renvoyer au laboratoire qui se chargera de l’analyse. Les résultats seront ensuite diffusés sur le site de Techno+, accompagnés de messages de RdR ciblés et d’une référence permettant à l’usager de reconnaître son résultat.

 

LA SPECTROSCOPIE INFRAROUGE

Couramment utilisée en laboratoire, la spectroscopie infrarouge (IRS) est une technique performante qui pourrait un jour compléter l’offre d’analyse de drogues en France… Bienvenue dans le futur !

L’IRS utilise le fait qu’un faisceau de lumière infrarouge qui traverse une molécule subit une absorption d’énergie sur des longueurs d’onde spécifiques à la molécule en question. Le principe d’un spectroscope IR est donc d’établir le spectre d’un rayon infrarouge après qu’il ait traversé un échantillon. Un logiciel comparera ensuite le spectre obtenu aux fréquences de résonnance des molécules contenues dans des bases de données pour déterminer celles qui ont été traversées par le faisceau et rendre le résultat.

Ce n’est donc pas une technique séparative : le spectre recueilli contient toutes les variations dues au passage du rayon dans les différentes molécules contenues dans l’échantillon. La technique perd donc en efficacité sur des échantillons composés d’un grand nombre de molécules différentes (c’est notamment le cas des substances organiques type opium ou haschich). C’est en revanche une technique extrêmement rapide et simple d’utilisation. On peut aussi noter à leur crédit que les spectromètres IR sont des objets légers et de petite taille qui ne craignent pas d’être déplacés fréquemment. Leur coût est en revanche élevé (environ 20 000 €), auquel il faut ajouter l’environnement logiciel. En effet, s’il existe des bases de données gratuites, les fréquences de résonnance de certains produits, et notamment des drogues les moins courantes, sont plus difficiles à trouver et généralement payantes. Les services douaniers anglais – qui utilisent cette technique – ont développé une base de données qu’ils actualisent fréquemment pour inclure les nouvelles drogues. Nommée Tic Tac, cette base de données peut être considérée comme relativement complète sur les drogues, et donc suffisante pour une utilisation en RdR. Elle coûte dans les 5 000 €/an.

Une version low cost d’IRS est actuellement développée par une société israélienne. Pour un prix inférieur à 500 €, elle promet dans un futur proche de démocratiser la technique en permettant à tout un chacun d’analyser ses aliments, médicaments. Reposant sur le principe de bases de données participatives, cette technologie pourrait aussi être utilisée pour analyser les drogues mais… Dans un futur proche, on vous a dit ! Pas la peine de vous jeter dessus pour l’instant, on en connaît qui l’ont déjà fait et c’est pas encore franchement au point…

 

NOT FOR HUMAN,  UN SERVICE D’ANALYSE CIBLÉ

Première structure de RdR spécifiquement dédiée aux nouvelles drogues et à l’action sur Internet, l’association Not For Human a mis en place un service d’analyse (quantitative*) en laboratoire extrêmement précis et original. Les produits suspects sont en effet repérés par les membres de l’association via les discussions sur les forums. S’ils le jugent utile (par exemple, si une personne se plaint sur un forum d’effet inhabituels), les membres de Not For Human peuvent proposer à un internaute d’analyser gratuitement un échantillon du produit suspect qu’il enverra à l’association par la poste. Jusqu’à présent, plus de cinquante échantillons ont été analysés, qui ont parfois donné lieu à des alertes.

 

ET LES DOUANES DANS TOUT ÇA ?

Évidemment, les services répressifs sont aussi très demandeurs de techniques d’analyse. En France, ils conservent dans ce domaine une grande longueur d’avance sur les services sanitaires. Mieux équipés, ils utilisent souvent des combinaisons de techniques afin de bénéficier des avantages de chacune (détection rapide sur site via IRS couplée à des analyses poussées en laboratoire pour confirmer les résultats, par exemple).

Du point de vue répressif, la problématique de l’analyse recoupe celle du dépistage : dans les deux cas, il s’agit de démontrer la présence ou l’absence d’une molécule. À ce sujet, les services douaniers disposent d’un nouvel outil ultraperfectionné : des bandelettes destinées à être frottées à des endroits stratégiques (poches, cartes bancaires, doigts…) pour révéler la présence de traces infimes de drogues.

Flakka : la panique morale à 5 dollars

C’est la dernière Panic Drug américaine : « Moins chère qu’un Big Mac », délirogène au point de « rendre folle la Floride » et qui donne des « super pouvoirs », son scénario a tout pour cartonner au box-office. La critique ne s’y est d’ailleurs pas trompée, plusieurs médias lui attribuant une note de « 12 sur une échelle de risque allant de 0 à 10 » !

Young man under influence of flakka

Depuis avril 2015, « la folie à 5 dollars » a fait son entrée dans la presse française avec une quinzaine de gros titres. Ici, c’est surtout le casting qui a été remarqué : le violeur d’arbre résistant aux coups de taser de la police, le type en plein flip sautant par-dessus une barrière de sécurité de deux mètres de haut (et s’empalant dessus au passage) et, bien sûr, le fameux « Young man under influence of flakka », dont la performance aux deux millions de vues sur Youtube mérite largement un bad trip d’or (lire De l’autre côté du mirroir, les bad trips d’or de Techno+, les principaux nominés… dans ASUD journal N°53).

Les seconds rôles ne sont pas en reste et, comme souvent aux USA, chaque policier, chaque riverain, chaque politicien de bas étage, semble désireux de témoigner des incroyables ravages/super pouvoirs de la flakka… Mais ne nous autodévaluons pas : ici aussi, nous avons d’excellents interprètes capables de faire vivre les légendes (lire « Spin Doctor »).

Flakka panique morale Pascal 2Bien sûr, les mauvaises langues reprocheront son manque d’originalité à la flakka, présentée par plusieurs médias comme étant de l’alpha-PVP. Du quoi ? Le Parisien se charge de vous éclairer : « Une variation d’une drogue connue auparavant sous le nom de “sels de bains” [Alpha PVP] qui avait déjà fait parler d’elle en 2012 lors d’attaques “cannibales” par des drogués. » Avec en prime un lien vers un article du même journal sur les « attaques zombies ». Ce qui fait des sels de bains la 3ème drogue zombie, après la kétamine et le spice, d’après Metronews !

L’Alpha-PVP est une cathinone, sauf qu’il s’agit en réalité d’une pyrolitique, une famille de stimulants puissants (le plus connu est le MDPV) agissant plutôt sur la noradréline que sur la sérotonine.

Un formidable folklore

Le « cannibale de Miami »

Inutile de casser l’ambiance en rappelant qu’il n’y a eu qu’une agression par morsure et que les analyses toxicologique du « cannibale de Miami » montrèrent qu’il n’avait en réalité consommé que du cannabis ! Ou alors autant rappeler avec Carl Hart que parmi les stars de la flakka, le type qui s’est empalé était diagnostiqué schizophrène, qu’un autre n’avait pas dormi depuis trois jours et avait aussi consommé de la MDMA et de la vodka, qu’encore un autre était en pleine dépression et que finalement, si on creusait un peu, on trouverait sûrement d’autres explications pour chacun. Peut-être même se rendrait-on compte que plein de gens pètent les plombs et font preuve d’une force étonnante sans avoir pris de flakka…

Dr-Jekyll-And-Mr-HydeMais la réalité ne serait-elle pas moins drôle si on renonçait à croire à ces histoires de drogues transformant de paisibles Dr Jekyll en Mr Hyde sanguinaires et forcenés ? Allez donc demander à Rodney King ce qu’il pense du bien connu « effet Hulk » du PCP, circonstance atténuante invoquée par les policiers qui l’avaient lynché malgré des résultats d’analyses toxicologiques négatives (encore) !

cocaine negros

devil'sharvest2Et pensez aux Mexicains rendus fous dangereux par la marijuana surnommée « Killer Drug » dans les années 20, ou aux « Negro cocaine » (en VF, Negros fumeurs de crack) dont les « Superhuman Powers » (Dr Wright, 1914 !) ont forcé bien malgré eux les braves shérifs du Sud à passer au calibre 38 pour enfin pouvoir les arrêter… Quel folklore formidable ! Et puis utile aussi : tenez, la mort de Michael Brown en août 2014, le point de départ de six mois d’émeutes à Ferguson, vous vous rappelez ? Un étudiant noir de 18 ans, non armé, tué de six balles par un officier de police qui déclara que l’ado l’avait chargé sans raison, à mains nues et sans sentir les balles. Vous trouvez ça louche ? L’explication de Fox News est pourtant évidente : « PCP or something » !

Et si son autopsie prouve qu’il n’avait pas consommé de drogues « dures » (toujours), c’est donc qu’il était sous l’emprise d’un effet résiduel type flashback. Le journal American Spectator osera même ajouter 2 jours après les analyses que « la marque des blunts [feuilles à rouler des cigares] retrouvés sur M. Brown est habituellement utilisée pour fumer des mélanges d’herbe et de PCP » !

Flakka panique morale Pascal 1Bref, rien de nouveau dans cette flakka, éphémère avatar d’un mythe sans cesse réadapté en fonction des peurs collectives du moment. Au fait, avez-vous entendu parler du Captagon® (lire Pas de pitié pour le Captagon®), la drogue « déshumanisante » (RFI) des djihadistes ? Après les attentats de Paris, un rescapé du Bataclan décrit le comportement « mécanique et déshumanisé » des tueurs. Il n’en faut pas plus pour que l’ensemble de la presse s’interroge : « Avaient-ils pris du Captagon® ? Rien ne le prouve pour l’instant mais la question est posée » (francetvinfo). Et une bonne vingtaine d’articles de paraître, détaillant les effets délétères du Captagon® à grand renfort de neuropsychologie de comptoir. On en oublierait presque que le Captagon® a longtemps été commercialisé comme alternative plus douce à l’amphétamine, vous savez cette molécule qu’utilisent en toute légalité les soldats américains lors des opérations extérieures !

Paniques morales 2.0 : mythes anciens et technologies nouvelles

Du café au crack, en passant par l’absinthe (dont nous pourrons fêter cette année le centenaire de l’interdiction un verre à la main puisqu’elle a depuis été discrètement réhabilitée, lire « L’absinthe, miroir de la société » dans ASUD journal n°29), la plupart des drogues ont été les cibles de « paniques morales ». Par ce terme, S. Cohen désignait des époques où la société se crispe contre un ennemi imaginaire (« Folk Devil ») construit par les mass media.

Mais à l’heure du Net 2.0 (lire ASUD Journal n°56, dossier Pécho sur ne net), les choses ont un peu changé. Dans le cas de la flakka, ce ne sont pas des journaux qui ont lancé la panique mais la diffusion virale d’une vidéo amateur titrée « Flocka is destroying USA ». Dans le même genre, il y a eu la vidéo du cannibale de Miami (10 millions de vues sur Youtube), la série de photos avant/après utilisées pour illustrer les ravages de la meth (ou de la cocaïne selon les circonstances !), ou encore les insoutenables clichés de chair à vif imputés au krokodil (ou à la tianéptine !) qui continuent de faire le tour d’Internet.

Faces of Meth 2005 F4 300 DPI

Le krokodil (lire L’alarme du Krokodile) qui, contrairement à ce qu’on nous a raconté, n’est jamais sorti des frontières de l’ex-URSS, est aussi un bon exemple d’un autre effet d’Internet, celui de raccourcir les distances : l’oxidado, la sisa (lire La sisa ou comment faire du buzz avec une vieille dope), autant de Folk Devils dont on entend parler comme s’ils étaient à notre porte…

Le partage de mèmes (éléments repris et déclinés en masse sur Internet) entretient la panique : vidéos, textes et photos tournent ainsi, à la façon d’un bouche à oreille virtuel sans fin et sans vérification. C’est ainsi que naissent les hoax, ces légendes urbaines d’Internet qui concernent parfois les drogues (progesterex, burundanga…).

Ceci éclaire un rouage pernicieux de la diabolisation des drogues : notre fascination pour les histoires de drogues diaboliques. Si l’on reprend les différentes paniques morales, on se rend compte qu’apparaissent des invariants qui font écho à notre inconscient collectif. On retrouve des mythes anciens (la « potion magique » aux effets secondaires marqués, qui renvoie à tout un imaginaire autour des pactes avec le diable) et des peurs ancestrales (notamment celle de la dégénérescence).

À chaque nouvelle incarnation, le mythe est confirmé et ré-ancré dans l’inconscient collectif, favorisant l’apparition de futures paniques morales. Le phénomène semble inéluctable, aussi certains prennent-ils le parti d’en rire. D’abord parce que ca fait du bien, ensuite parce qu’il faut reconnaître que la naïveté de nos concitoyens au sujet des drogues s’y prête magnifiquement.

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L’invraisemblable légende du Jenkem

Selon le document officiel ci-dessus, le Jenkem est un gaz psychoactif recueilli après fermentation de déjections humaines ! « Obscène, stupide et drôle » (et fake bien sûr !), le Jenkem avait tout du mème parfait. Il s’est donc répandu sur les réseaux sociaux comme une traînée de poudre jusqu’à devenir un véritable sujet de société qui a donné du fil à retordre à la Food and Drug Administration puisque, comme le disait très sérieusement un officiel à la TV (sur Fox News of course !) en 2007 : « Nous aurions du mal à le classer comme stupéfiant car ce n’est composé que d’urine et d’excréments » !

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« Spin Doctor »

Dan Véléa, addictologue médiatique, s’était illustré le 8 août 2014 dans Elle, avec un pamphlet qui avait de quoi marquer les ménagères de plus de 50 ans : du cannabis « presque transgénique », des « micro partis favorables à la dépénalisation » exerçant des pressions sur le gouvernement, et des dealers qui passeraient inévitablement à « des produits encore plus toxiques, recoupés et dangereux ». Même sur les enjeux économiques, le professeur Véléa a un contre-argument qui fait mouche : « Pensons aux jeunes en pleine construction psychique chez qui le cannabis peut engendrer des psychoses graves. Les soigner coûterait très cher à l’État » !

Commençant à situer le personnage, vous ne serez pas étonnés d’apprendre qu’il s’est encore distingué dans un papier d’Atlantico titré : « Flakka (lire Flakka : la panique morale à 5 dollars), la nouvelle drogue venue des États-Unis qui déferle (sic) sur la France » ! Il y confond allègrement effets indirects, secondaires et indésirables, introduisant un systématisme absurde dans la survenue des effets indésirables de l’alpha-PVP : « Elle peut être inhalée, avalée ou injectée, provoquant de vives hallucinations, des crises de paranoïa, avec un fort thème persécutif, des accès de colère et une absence complète du contrôle des impulsions. »

« Le fait que la grande majorité des consommateurs de flakka [ne pètent pas les plombs] montre que ce n’est pas le produit qui en est la cause. En fait, une drogue qui causerait fréquemment de telles réactions ne pourrait pas devenir suffisamment populaire pour être couverte par la presse. »
Carl Hart

En passant, il se mélange aussi les pinceaux dans la chimie du produit et ne contredit pas le journaliste qui emploie l’expression « surhumaine ». Mais peu importe, puisqu’il décrit avec emphase les ravages de la flakka et c’est la seule chose qui compte : faire barrage à la progression du fléau… Un autre rouage des paniques morales, qui apparaît au carrefour des stratégies préventives d’acteurs bien intentionnés (mais ignorants des effets pervers de la diabolisation des drogues) et des stratégies éditoriales de certains médias.

« L’idée qu’une drogue donne des pouvoirs surhumains est tout simplement fausse […] L’alcool peut rendre hors de contrôle, mais vous ne pouvez pas dire que l’alcool donne des superpouvoirs car personne ne vous croirait. Par contre, vous le pouvez avec ces nouvelles drogues de synthèse que personne ne connaît : puisqu’on n’en sait rien, tout est possible. »
Carl Hart

Bref, on aurait préféré que l’addictologue apporte au journaliste des données sérieuses : depuis 2013, l’alpha-PVP a été détecté 14 fois par le dispositif Sintes de l’OFDT, dont plusieurs fois par le site de Bordeaux, vendu sous l’appellation de méthamphétamine et sous forme de cristaux bleus (en référence à Breaking Bad). Sur Internet, il semble souvent vendu sous d’autres appellations, notamment dans des blends commerciaux (NRG3…). Pour M. Martinez, chargée d’études Trend (OFDT), bien que l’alpha-PVP ne soit pas plébiscité sur les forums de consommateurs, plusieurs indicateurs laissent penser que des acteurs de l’offre lui trouvent un fort potentiel. L’alpha-PVP a été impliqué dans deux décès sur le territoire français, mais d’autres pays européens sont réellement touchés (Hongrie, Pologne : 20 morts ; Finlande : 37). Comme sa grande sœur la MDPV, ses effets sont ceux d’un stimulant +++. Le craving et la compulsion sont difficiles à maîtriser, la fatigue accumulée lors des sessions de consommation peut provoquer hallucinations, décompensations et de graves accidents. Le risque d’overdose et d’AVC existe. Franchement docteur, y avait-il vraiment besoin d’en rajouter ?

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Top Taz 2014 et autres substances dont il faut se méfier

Données françaises :
un effet Tchernobyl ?

Cet article compile 70 alertes émises en Europe en 2014. Seules 4 proviennent de France, aucune ne concerne les comprimés d’ecstasy et une seule émane d’une institution, les 3 autres étant l’œuvre d’associations de terrain. Notre pays serait-il épargné par la vague de taz surdosés comme il l’a été, à l’époque, par le nuage radioactif de Tchernobyl ? Eh oui, en France, on ne diffuse ces données en temps réel qu’en cas d’incidents répétés ! Elles pourraient pourtant être utiles aux consommateurs avant qu’ils aillent mal…

En 2009, la MDMA disparaît du marché suite à la pénurie d’un précurseur : l’huile de sassafras. D’autres substances (méphédrone, MDPV…) tentent alors en vain de prendre sa place avant son come back en 2013 pour le meilleur et pour le pire ! Les taux de MDMA contenus dans les poudres et les cachets sont au plus haut et les accidents se multiplient (4 décès suspectés en 2014), et pas toujours en raison d’une trop grande pureté des produits.

 

Pourquoi faut-il se méfier ?

Des teneurs moyennes plus élevées

Evolution teneur MDMA 2000-2013

Les doses moyennes par comprimé sont ainsi passées de 50 à 60 mg dans les années 2000 à un peu plus de 100 mg de MDMA depuis 2012, certaines pouvant approcher les 300 mg, voire les dépasser dans quelques cas.

243mg MDMA
(janvier 2014)
169mg MDMA
Triangle (janvier 2014)
180mg MDMA
Li-ion / Batterie / Pile (janvier 2014)
196mg MDMA
Mitsubishi (janvier 2014)
200mg MDMA
Nintendo (janvier 2014)
160mg MDMA
Papillon (janvier 2014)
176mg MDMA
Android (février 2014)
143mg MDMA
Mercedes (février 2014)
151mg MDMA
Cygne (mars 2014)
155mg MDMA
Smiley (mars 2014)
215mg MDMA
Bugatti (mai 2014)
231mg MDMA
Android (septembre 2014)
205mg MDMA
Like (septembre 2014)
183mg MDMA
Etoile (septembre 2014)
157mg MDMA
Facebook (septembre 2014)
182mg MDMA
Gold (septembre 2014)
199mg MDMA
Redbull (septembre 2014)
236mg MDMA
Superman (septembre 2014)
234mg MDMA
Wi-Fi (septembre 2014)
143mg MDMA
Yahoo! (septembre 2014)
137mg MDMA
Etoile (octobre 2014)

Des taz 3D attrayants et surdosés

Sûrement pour remettre au goût du jour les taz – qui s’étaient forgé une mauvaise réputation –, les labos ont lancé des presses originales : des comprimés aux formes et aux couleurs attrayantes, souvent plus gros que la moyenne. Ces comprimés qu’on trouve surtout au Benelux sont plus chers (de 10 à 20 €) mais généralement plus forts que les autres. Lorsqu’un Français habitué aux ecstas à 50 mg tombe sur ce genre de cacheton et en prend 4 d’un coup, ça peut faire très mal. C’est ce qui est arrivé cet été au festival de Dour en Belgique où un Français est décédé suite à l’ingestion de Superman, ou l’année d’avant dans les Pays-de-la-Loire, au festival Couvre Feu, des taz Superman là-aussi…

196mg MDMA
Mitsubishi (janvier 2014)
240mg MDMA
Superman (janvier 2014)
137mg MDMA
Champignon / Toad / 1up (février 2014)
125mg MDMA
Superman (mars 2014)
196mg de MDMA
Domino (mai 2014)
186mg MDMA
Superman (mai 2014)
236mg MDMA
Superman (septembre 2014)
234mg MDMA
Wi-Fi (septembre 2014)

Le « Salade-Tomate-Oignon »

Parmi les cas d’incidents, il y a ceux qui font suite à la consommation d’un comprimé qui contient non seulement de la MDMA mais aussi d’autres produits actifs. On y trouve même parfois un cocktail de molécules mais pas de MDMA !

118mg MDMA + 3,3mg Amphétamine + 2mg Caféine
Bitcoin (janvier 2014)
8.9mg 2C-B + 1,5mg MDMA + 2,5mg Caféine
(février 2014)
134mg MDMA + 2mg Caféine
Double main(mars 2014)
155mg MDMA + MDDA + MDPP
Triangle (mars 2014)
200mg MDMA + MDDA + MDPP
Triangle (mars 2014)

« On m’aurait menti »

Consommer une substance en pensant qu’il s’agissait d’une autre est une cause récurrente d’accidents de défonce. Et ce, d’autant plus que le produit ingurgité n’a ni le même dosage, ni les mêmes effets que celui recherché. Dans cette catégorie, prenez garde à la 4,4 DMAR qui a causé 26 décès en 2014 en Europe, et aux PMA et PMMA (voir encadré).

178mg TFMPP
AB200 (février 2014)
4,4 DMAR aka Serotoni
Cerises (18 décès en 2014)
4,4 DMAR aka Serotoni
Croix (18 décès en 2014)
18mg 2C-B
Oeil de pharaon (mars 2014)
20mg Méthamphétamine + 63mg Caféine
Why (mars 2014)
Taz Miko (Magmum) rouge Amphétamine + 4-FMP + 2C-H + Méthamphétamine + 2C-B
Amphétamine + 4-FMP + 2C-H + Méthamphétamine + 2C-B
Miko / Magnum / Extreme (octobre 2014)
Méthandiénone + Méthyltestostérone
Coeur (décembre 2014)
170mg PMMA + 10mg Amphétamine
Superman (décembre 2014)
Diphénidine vendue comme MDMA
(octobre 2014)
170mg PMMA + 10mg Amphétamine

PMA et PMMA, the death est parmi nous

Surnommées « Death » par les consommateurs des années 70, déconseillées par Saint Shulgin qui qualifiait l’une de « drogue traîtresse », et l’autre de « drogue dangereuse », la PMA et sa petite sœur la PMMA sont deux molécules assez proches parfois utilisées comme produits de coupe des tazs. On en trouve surtout au Royaume-Uni, en Irlande et au Bénélux où elle a fait des dizaines de morts, mais en automne 2014 un comprimé contenant du PMA a été analysé sur la région de Metz..

Le véritable risque de la PMA/PMMA réside dans sa toxicité supérieure à celle de la MDMA alors que son effet est moins fort et mets plus longtemps à monter : les consommateurs pensant avoir affaire à des comprimés sous dosées en prennent plusieurs.

Les complications (parfois mortelles) de la MDMA

L’hyperthermie

C’est une élévation anormale de la température corporelle (jusqu’à 42°C !) pouvant endommager le cerveau (convulsion, délire, coma…) et les muscles (crampes).

La MDMA donne chaud et envie de bouger, ce qui donne chaud aussi. Pour éviter la cata, on s’aère, on se pose et on s’hydrate.

Le syndrome sérotoninergique

C’est un excès de sérotonine dans les synapses qui provoque agitation, tremblements, voire convulsions ou raideurs musculaires, tachycardie, hyperthermie, etc. Un jeune homme en est mort en août 2014 dans le sud de la France.

Comme la MDMA libère de la sérotonine, faites attention aux mélanges avec les autres produits qui jouent sur la sérotonine, notamment les IMAO, la Changa (simili DMT), la passiflore, le tramadol et certains antidépresseurs.

L’hépatite fulgurante

Dès la première prise et quelle que soit la dose, la MDMA peut, dans de très rares cas, entraîner le décès suite à une hyperthermie associée à une destruction des cellules musculaires et de différents organes dont le foie. Il s’agirait de prédisposition génétique.

Pour réduire les risques

Fractionner les produits !

Commencez par une demi-dose et attendez. Si le produit est surdosé, vous n’aurez pas besoin de reconsommer. Si les effets vous semblent anormalement faibles ou différents : ne reconsommez pas. Vous pouvez vous renseigner auprès des associations de réduction des risques de votre région pour faire analyser votre produit.

Espacer les prises !

Évitez de consommer de la MDMA plusieurs jours d’affilée ou trop régulièrement (genre tous les week-ends). Cela permet aux réserves de dopamine de se reconstituer dans le cerveau et au foie de se régénérer.

Attention aux logos !

Les labos pressent souvent des contrefaçons, donc deux ecstas de même apparence peuvent être très différents. Cependant, regardez quand même le logo : une tête de mort, un symbole « toxique » indiquent souvent un ecsta surdosé ou contenant du PMA/PMMA. La mention « 2CB » figure sur certains comprimés contenant du 2C-B. Méfiez-vous des comprimés de type Superman, quelles que soient leur taille et leur couleur. Ils tournent encore beaucoup, et leur signalement revient dans de nombreux cas d’incidents depuis deux ans.

Bonus : les autres produits à risque

Des alertes ont également été émises sur d’autres types de substances : faux LSD en goutte ou buvard qui n’est autre qu’un mélange 25I-NBOMe + 25C-NBOMe, détournement de sirops codéinés (lire nos articles HiP-HoP : Le sirop de la rue et Sizzurp : le sirop de la rue) , et héroïne blanche vendue pour de la coke à Amsterdam (lire Quoi de neuf Doc ?).

900µg 25i-NBOMe + 25C-NBOMe
Hoffman (octobre 2014)
900µg 25i-NBOMe + 25C-NBOMe
Hoffman (octobre 2014)
1500µg 25i-NBOMe + 25C-NBOMe
Super Mario Bros(octobre 2014)
1500µg 25i-NBOMe + 25C-NBOMe
Super Mario Bros (octobre 2014)
Codéine + Prométhazine + Éthanol
Purple Drank / Sizzupr
Héroïne blanche vendue comme cocaïne
(octobre à décembre 2014)

Les Chérubins électriques (Guillaume Serp)

Cette autofiction est aussi contrastée que sa couverture. L’écriture est belle et quelques passages restent en tête mais le récit des tribulations de ce post-adolescent dans la jet set underground des années 80 (tendance electro punk/new wave) n’est pas à la hauteur du mythe qui auréole le bouquin. En effet, sa promotion n’a cessé de rappeler qu’il s’agit de la réédition d’un texte introuvable, initialement paru en 1987, dont l’auteur – suicidé à 27 ans – fût, entre autres, le chanteur d’un groupe de new wave. Difficile dès lors de ne pas être déçu par un livre dont l’intrigue mal ficelée s’axe autour des déboires amoureux et des états d’âme d’un alter ego de l’auteur qui – rappelons-le – avait 23 ans à la parution du bouquin…

Les chérubins électriques. Guillaume Serp, L’Éditeur singulier, 2014.

SQUAT (de Yannick Bouquard)

D’un coup de pied de biche, Yannick Bouquard – qui vit depuis huit ans dans les squats d’Île-de France – vous ouvre les portes de son microcosme de glandeurs, de paumés, de toxicos, de punks, de rebelles… Pardon, d’artistes – qui ont comme principal point commun d’être à peu près tout le temps bourrés à la cheap beer et de consommer tous les produits psychoactifs existant en ce bas monde.

Malgré une légère tendance à la misanthropie et une partie franchement cafardeuse, les personnages sont attachants et le bouquin est plein d’un humour contagieux. Impossible par exemple de ne pas se bidonner devant la lettre au Maire ou les pitreries du capitaine Cheval et de son alter ego, le candide M. Pain d’Épice.

À la fois témoignage précis de la vie dans les squats dits « d’artistes », roman hautement divertissant et excellente autofiction, Squat tape très fort pour un premier roman. Chapeau l’artiste !

Yannick Bouquard, éditions du Rouergue, 2014.

Neuro/géno/bio/psycho : le paradigme artificiel

Elles aspirent les budgets de recherche, servent de référence aux politiques gouvernementales, diffusent leurs résultats jusque dans les médias les plus généralistes. Les nouvelles sciences ont pris une importance considérable dans le champ des drogues. Pour le meilleur… Et pour le pire !

Télé, presse écrite, cinéma ou café du commerce, dès lors qu’il s’agit d’expliquer la consommation de drogues, les nouveaux champs d’exploration de l’Homme (bio-psychologie, génétique, et neurosciences) sont partout. Pourtant les résultats ne sont pas au rendez vous : les recherches en génétique n’ont identifié que quelques anomalies qui n’expliquent qu’un faible nombre de cas et uniquement pour les troubles psychiatriques les plus sévères9. Quant aux neurosciences elles n’ont abouti ni à la mise au point d’indicateurs biologiques pour le diagnostic des maladies psychiatriques, ni à de nouvelles classes de médicaments psychotropes10. Elles comptent par contre parmi les domaines de recherche les plus touchés par des rétractations d’articles11.

La grande illusion

En effet, de l’aveu même d’un neuro-biologiste, « on croit toujours s’approcher de la réalité et celle-ci ne cesse de reculer »12. Ajoutons à cela l’enthousiasme des chercheurs face aux potentialités de ces nouvelles sciences et l’on obtient un programme grandiose13 caractérisé par une « inflation de promesses irréalistes »14.

On assiste ainsi depuis une quinzaine d’années à la multiplication d’annonces de grandes avancées qui ne sont finalement jamais suivi d’effets… A l’exception de l’impact social de ces annonces elles mêmes ! Car la sur-médiatisation de pseudos découvertes comme le gène de l’addiction/assassin/altruisme ou les spécificités du cerveau des homosexuels/drogués/personnes violentes, diffuse une vision déterministe et essentialiste qui n’engendre pas la tolérance et laisse penser qu’un monde meilleur est à portée d’éprouvette et de bistouri.

Pourtant, neuro-biologistes et généticiens n’ont pas pour objectif de stigmatiser encore plus les populations qu’ils étudient, au contraire ! Avant de basculer vers des conceptions eugénistes qui firent le terreau du nazisme, le naturalisme dont relève la conception neurobiologique des déviances (et notamment de l’alcoolisme), fût au XIXe un courant progressiste. Cesare Lombroso lui même (le père de la phrénologie et de l’idée de criminel-né) n’était pas un précurseur du fascisme mais un socialiste, voire un homme d’extrême gauche. Comme le rappelle M. Valleur, « faire de l’addiction un phénomène naturel, l’assimiler à une intoxication du corps était un moyen de soustraire les intempérants à la stigmatisation morale et aux foudres de l’église »15.

Médiatisation et présentation des résultats

Plusieurs chercheurs ont remarqué que des termes comme « rôle », implication, sous-tendus, reposer sur, avoir une base etc reviennent sans cesse dans les conclusions des articles de neurosciences. Sans affirmer clairement de causalité, ils en suggèrent la possibilité alors que les faits observés sont le plus souvent des corrélations7. Il en va de même de l’utilisation du conditionnel qui permet de laisser entendre des choses sans prendre le risque de les affirmer. Ces petites techniques sont courantes et pas que dans les sciences « dures », les lecteurs à l’esprit critique acéré auront d’ailleurs constaté que ce texte n’en est pas exempt !

La dépendance aux médias

Mais depuis les choses ont changé. Les enquêtes de terrain aux États-Unis montrent ainsi que les personnes partageant une conception neuro-biologique des troubles psychiques (y compris les dépendances) sont de plus en plus nombreuses16, qu’elles ont une plus forte réaction de rejet vis à vis des malades et sont plus pessimistes quant aux possibilités de guérison17.

Si les chercheurs semblent regretter cette inversion, la plupart s’en lavent les mains. Ils pointent du doigt la médiatisation de leurs travaux et les déformations sensationnalistes qui en découlent, accusant les journalistes de « mettre en porte à faux les scientifiques qui se trouvent confrontés aux drôles de lièvres qu’ils ont eux même levés »18. Ils accusent aussi le système qui produit ces erreurs : le conditionnement du financement des recherches à la publication dans des journaux populaires19, le fait que les études avec des résultats positifs sont toujours plus médiatisées que les éventuels démentis qui peuvent suivre, et la simplification systématique de leur travaux par les médias. C’est un peu facile.

Arnaque à l’imagerie cérébrale

Depuis la structure des révolutions scientifiques de T. Kuhn (1970) que l’on sait que la science n’évolue pas dans le vide et qu’elle est plus encline à confirmer la vision du monde qui a cours là où elle est produite, qu’à la remettre en question. Ainsi, le sociologue P. Cohen montre que dans de nombreux travaux, les notions culturelles se rapportant à la dépendance sont utilisées comme des évidences et « confirmées » par la suite dans des descriptions neurologiques qui sont en fait « totalement tautologiques. »20. Il remarque d’ailleurs qu’il est « tout simplement impossible de diagnostiquer la dépendance par des techniques d’imagerie cérébrale. La place de la neurologie dans le domaine de la dépendance est donc purement post hoc. L’imagerie cérébrale offre une forme de fausse promesse destinée non pas à obtenir un meilleur diagnostic, mais à suggérer un fondement scientifique et médical au concept de dépendance »21.

Outch ! Entre ce genre de critiques, les attaques méthodologiques, l’aspiration des financements de recherche etc, on comprend que depuis une dizaine d’années, le dézinguage de ces nouvelles sciences soit devenu un exercice de style pour les chercheurs en sciences sociales et que même les journaux d’habitude avides de brain-porn22 relaient ces critiques.

Ne seraient les financements pharaoniques (trois milliards de dollars sur dix ans pour cartographier le cerveau humain aux Etats-Unis, un milliard sur dix ans pour le brain human project européen) de ces branches de recherche, on aurait presque l’impression de tirer sur l’ambulance. Mais ces critiques sont nécessaires car la conception biologique de l’esprit tend à supplanter toute autre grilles de compréhension. Nous avons ainsi entendu un médecin addictologue expliquer très sérieusement que les mécanismes des flashbacks (vous savez, les remontées, comme celles de Jean Paul Sartre, poursuivi par des langoustes pendant six mois après une prise de mescaline) étaient dues au fait que le LSD et/ou le cannabis se dissolvait dans les graisses du cerveau et pouvait être « relargué » lors de privations de nourriture ou d’efforts physiques intenses. Non non, posez ces baskets et restez avec nous, en réalité les remontées sont souvent liées à des stimuli extérieurs rappelant les conditions d’un bad trip antérieur, ce qui fait plutôt pencher pour une explication d’ordre psychologique.

Do you speak scientific8 ?

Si vous lisez :

Comprenez :

On sait depuis longtemps..

Je n’ai pas pris la peine de chercher la référence

Bien qu’il n’ait pas été possible de donner des réponses définitives à ces questions..

L’expérience n’a pas marché, mais j’ai pensé que je pourrais au moins en tirer une publication

Trois des échantillons ont été choisis pour une étude détaillée..

les résultats des autres n’avaient aucun sens et ont été ignorées

D’une grande importance théorique et pratique…

Intéressant pour moi

On suggère que.. ; On sait que… Il semble…

Je pense

On croit généralement que…

D’autres types le pensent aussi

(Tableau tiré de : G. Nigel Gilbert, Michael Mulkay Opening Pandora’s Box : A Sociological Analysis of Scientists’ Discourse Cabridge University press, 1984.)

La nicotine ? Une intox

Physiologique ou psychologique, cette opposition divise les chercheurs. Considérons un instant la polémique sur la dépendance au tabac. En 2009 une recherche israélienne23 démontre que la dépendance à la nicotine est un mythe développé « à partir d’un mélange malsain d’intérêts politiques, économiques et de considérations morales » qui a donné « un énorme élan financier à l’industrie pharmaceutique en fournissant à la fois l’explication rationnelle et le marché pour les produits de substitution ». Vous n’en croyez pas vos yeux ? Pourtant réfléchissez à ces trois choses que confirment toutes les études : les fumeurs n’aiment pas la nicotine, les substituts nicotiniques ne diminuent pas plus l’envie de fumer que des placebos et les antagonistes de la nicotine ne provoquent pas de syndrome de sevrage.

Bien que peu médiatisés, ces résultats ont forcé les scientifiques de tout bord à admettre que la nicotine n’était pas responsable de la dépendance au tabac. Mais ensuite les avis divergent. Dar et Frenk, les deux psychologues auteurs de l’étude, en concluent que la dépendance au tabac est en réalité une « routine comportementale » qui pourrait s’assimiler à une addiction sans drogues. Les neuro-scientifiques concluent que si ce n’est pas la nicotine, la cigarette contient forcément une autre substance responsable ou co-responsable de l’addiction24. Pourtant en l’état actuel des connaissances on ne peut pas trancher cette question : psychologues ou neuro-scientifiques se contentent finalement de prêcher pour leur paroisse : les positions qu’ils défendent ne reflètent que leur idéologie.

Dans quelle étagère ?

Psychologique ou physiologique… Cette opposition a t-elle encore un sens dans un monde où l’on ne croit plus en la dualité du corps et de l’âme. C’est justement la question que posent les neurosciences en essayant de comprendre comment le cerveau produit la pensée et donc comment de la matière peut avoir conscience d’elle même ?

Pour s’attaquer à ces mystères, les substances psychoactives sont un outil incontournable. En effet, elles constituent un pont qui relie la matière à la pensée : des substances matérielles, tangibles, dont l’absorption agit sur l’esprit, la conscience. Au delà des enjeux sanitaires c’est la véritable raison pour laquelle les neuro-biologistes travaillent si souvent sur les drogues. Malheureusement, devant la difficulté d’obtenir des financements pour des recherches fondamentales, leurs recherches doivent être appliquées et concerner des points d’attention de la société (par exemple le traitement de la dépendance). Le problème étant que les obligations de résultats auxquels ils sont soumis leur imposent ces effets d’annonce dont on a vu la nocivité.

Ainsi F. Gonon (neurobiologiste de renom, très critique envers sa discipline), estime que la recherche en neurosciences est bridée par des objectifs thérapeutiques à court terme. Nous ne pouvons qu’abonder dans son sens en ajoutant qu’une recherche détachée de ses applications, peut paradoxalement s’avérer très productive. De nombreuses découvertes se sont faites de façon inattendue. C’est ce que l’on appelle la sérendipité, l’art de trouver autre chose que ce que l’on cherchait et, en matière thérapeutique, on lui doit entres autres le Lithium, le Viagra, le Valium, la Péniciline, la vaccination anti variolique… Sans oublier le LSD !

Les méthodes et leurs limites

L’imagerie cérébrale

carte-phrenoL’idée est simple, cartographier le cerveau en mesurant ses émissions magnétiques et électriques ou encore en suivant un « traceur » préalablement injecté dans le système sanguin. Mais les critiques sont nombreuses. D’abord l’irrigation sanguine du cerveau produit un « bruit de fond » électro-magnétique qui constitue une limite irréductible à la précision de ces techniques. Ensuite le manque de rigueur des protocoles de recherche de beaucoup d’études par imagerie cérébrale a fait scandale en 2009 avec la parution d’un article initialement titré « voodoo correlations in social neurosciences »1 qui montra qu’un grand nombre d’études par imagerie cérébrale étaient faussées par un biais de « non-indépendance ». Quelques mois plus tard, un second article2 enfonce le clou : sur 134 études testées, 56% sont bel et bien fausses !

Mais au delà de ces critiques, certains s’interrogent sur la capacité de l’imagerie cérébrale (qui consiste à observer des taches colorées représentant « l’activation » d’ensembles complexes de millions de neurones interagissant ensemble) à déchiffrer quoique ce soit de l’esprit humain. Pour eux3 cela revient à peu près à essayer de comprendre les dynamiques politiques de l’Île de France en regardant Paris du hublot d’un avion !

Les comparaisons de jumeaux

twinsLes études visant à démontrer l’hérédité de certaines déviances ne sont pas nouvelles. Mais bien que l’existence de familles de délinquants, de consommateurs de drogues, de suicidés etc soit avérée, la part d’influence des gènes et de l’environnement reste difficile à estimer. En effet comment savoir si le fils d’un délinquant a plus de chance de faire de la prison parce qu’il a hérité de particularités génétiques ou parce qu’il a baigné dans un environnement favorisant les conduites délinquantes ? Pour trancher on compare les comportements de vrais jumeaux (qui ont exactement les mêmes gènes) avec ceux d’autres individus pour voir si ils sont plus susceptibles d’adopter les mêmes comportements.

Mais l’interprétation des résultats pose problème car pour plusieurs raisons la ressemblance elle même peut être acquise : il y a par exemple plus de similitudes comportementales entre des vrais jumeaux à 80 ans qu’à 8 ans4 ! De même, la plupart des études trouvent aussi des similitudes comportementales plus fortes entre faux jumeaux qu’entre frères et sœurs alors qu’ils n’ont pas plus de gènes en commun.

Autre méthode plus prometteuse : la comparaison de vrais jumeaux séparés dans l’enfance et placés dans des environnements différents. Mais les critiques existent aussi : d’abord parce que la ressemblance physique entre les jumeaux peut déclencher des réactions similaires de la part de leurs interlocuteurs. Ensuite parce que ces expériences reposent sur le fait que les deux jumeaux aient des vécus totalement différents alors que les services sociaux veillent à placer les fratries dans des familles équivalentes sur le plan socio-culturel et qu’ils partagent au moins le vécu de leur séparation. De plus, le recrutement de ces jumeaux se fait généralement par voie de presse et favorise donc ceux qui ont une conscience aiguë de leur gémellité. « Au final les travaux sur les jumeaux apparaissent peu convaincants même si on continue de se baser sur leurs résultats pour quantifier la part de l’hérédité et donc des gènes dans le comportement »5.

L’expérimentation animale

banmonkeyAutre méthode très utilisée : celle qui consiste à utiliser des animaux et notamment des rats pour expliquer les comportements humains. On reprochera d’abord que le cerveau d’un rat et à fortiori son esprit ont probablement trop peu à voir avec ceux d’un humain pour pouvoir extrapoler (saviez-vous que chez les rats il est désormais établi que « le sucre raffiné a un pouvoir attractif plus fort que celui de la cocaïne »6 ?). D’autre part, comme les humains, les rats sont des animaux sociaux dont les esprits sont modelés pour interagir les uns avec les autres. Un rat isolé dans sa cage n’a donc rien d’un rat « normal » et son comportement nous en apprend aussi peu sur celui de ses congénères que celui d’un enfant sauvage sur le notre…

Reste que ces études concordent sur le fait que des rats placés dans des environnements exactement semblables peuvent avoir des comportements différents (l’un va par exemple développer une addiction à la cocaïne, l’autre non). Cela semble montrer qu’il existe bien des particularités d’ordre génétique qui influent sur la consommation de drogues… Mais en aucun cas cela ne permet d’affirmer quoique ce soit sur la part de l’innée et de l’acquis dans le développement de telles conduites. On a d’ailleurs récemment prouvé que le passage d’une petite cage vers un environnement plus stimulant (cage plus grande et équipée de jeux) peut suffire à réduire voire à faire disparaître la consommation de drogues de nos amis rongeurs.

Errements et égarements de la science d’antan

balzacRéédité chez Babel cette année, le « Traité des excitants modernes » de Balzac fût publié en 1839 dans un ouvrage au titre évocateur (pathologies de la vie sociale). Au delà de son intérêt historique le lecteur moderne y trouvera surtout un divertissant bêtisier d’erreurs de compréhension des mécanismes d’action des drogues. Difficile en effet de ne pas sourire en lisant qu’un « certain vin de Touraine fortement alcoolisé, le vin de Vouvray combat un peu les influences du tabac » ou que la consommation de café majore les risques de combustion spontanée ! Surtout que tout cela est affirmé avec le plus grand sérieux, expériences scientifiques à l’appui.

Ainsi à Londres, pour étudier les effets de ces trois substances, on a proposé à trois condamnés à mort de choisir entre la pendaison ou de vivre exclusivement de thé, de café ou de chocolat « sans y joindre aucun autre aliment ni boire d’autre liquide ». Les trois prisonniers choisirent évidemment la vie mais n’y gagnèrent qu’un sursis : celui qui dut se contenter de chocolat mourut au bout de deux ans « dans un effroyable état de pourriture », celui qui tira le thé vécu trois ans avant de succomber « maigre et quasi diaphane, à l’état de lanterne : on voyait clair à travers son corps ». Mais celui qui tomba sur le café eût moins de chance encore : on n’en retrouva qu’un petit tas de cendres, « comme si le feu de Gomorrhe l’eût calciné »… Inquiétant, n’est-ce pas ? On en vient nous aussi à se demander si « le chocolat n’est pas pour quelque chose dans l’avilissement de la nation espagnole ? ».

Et tout est du même genre. Un véritable ramassis de foutaises assénées avec une parfaite assurance scientifique. Mais derrière les tanins, les humeurs et les « transferts de forces » d’un organe vers l’autre, c’est un système primitif de compréhension du corps qui se dévoile et qui interroge : dans 150 ans, lesquelles des évidences d’aujourd’hui apparaîtront comme d’amusantes métaphores ?

Car si la pensée scientifique se caractérise en théorie par sa propre remise en question, en pratique elle apparaît souvent comme porteuse d’une vérité absolue. On lui demande alors d’éclairer la société sur des sujets complexes, avec une véritable foi dans sa capacité à tout expliquer. Pourtant l’Histoire montre bien que – particulièrement lorsqu’il s’agit de domaines de recherche encore naissants – le risque d’erreurs est important.

Remerciements

Isabelle Michot (documentation OFDT)

Maud Martin (documentation Stendhal)

Notes

1 Rebaptisé ensuite Puzzlingly High Correlations in fMRI Studies of Emotion, Personality, and Social Cognition, Edward Vul, Christine Harris, Piotr Winkielman, & Harold Pashler in perspectives in psychological sciences 4:274-290

2 KRIEGESKORTE N., SIMMONS W., BELLGOWANN P. & BAKER C., Circular analysis in systems neuroscience: the dangers of double dipping., Nature Neuroscience, 2009.

3 MARCUS G. Neuroscience fiction, The New Yorker, 2012, USA

4 LAMBERT G., Génétique et addictions, in Addiction aux opiacés et traitements de substitution, dir Lowenstein W., ed John Libbey Eurotext, Paris 2003

5 Ibid.

6AHMED S. Tous dépendants au sucre, Les dossiers de La Recherche N°6, oct nov 2013

7A. Ehrenberg, Le cerveau social, chimère épistémologique et vérité sociologique, Esprit, janvier 2008.

8Tableau tiré de : G. Nigel Gilbert, Michael Mulkay Opening Pandora’s Box : A Sociological Analysis of Scientists’ Discourse Cabridge University press, 1984.

9. EVANS J. P., MESLIN E. M., MARTEAU T. M. et al., Deflating the Genomic Bubble, Science, 2011, vol. 331.

10F. GONON, La psychologie biologique, une bulle spéculative ?, Esprit, nov 2011.

11Cf www.retractationwatch.com

12B. BIOULAC, Exploration du cerveau : avancées scientifiques, enjeux éthiques, Audition publique à l’Assemblée Nationale, 26/03/2008.

13A. EHRENBERG, Le cerveau social, chimère épistémologique et vérité sociologique, Esprit, janvier 2008.

14F. GONON, La psychologie biologique, une bulle spéculative ?, Esprit, novembre 2011.

15VALLEUR M., Les addictions, la science et les approches de sens : pour un dialogue avec J. Tassin, Psychotropes vol 18 n°1.

16PESCOSOLIDO A., MARTIN J.K., LONG J.S. et al., A Disease Like any Other ?

17 HINSHAW P., STIER A.S., Stigma as Related to Mental Disorders, Annual Review of Clinical Psychology, 2008, vol. 4, p. 367-393

18 BESNIER J.M. Exploration du cerveau : avancées scientifiques, enjeux éthiques, Audition publique à l’Assemblée Nationale, 26/03/2008.

19 HALL W., CARTER L., MORELY K.I., Neuroscience research on the addictions: A prospectus for

future ethical and policy analysis, Addictive Behaviors 29 (2004)

20COHEN P. , L’impératrice nue. Les neurosciences modernes et le concept de dépendance. Wiener Zeitschrift für Suchtforschung, Jg. 32, Nr. 3/4, 2009.

21 Ibid.

22 QUART A., Neuroscience : Under attackThe New York Times, 23 novembre 2012

23Pour une version française : FRENK H., DAR R., L’addiction à la nicotine in Les nouvelles addictions, ed Scalli, 2007.

24ABADIE J. Pourquoi il est si difficile d’arrêter de fumer Les dossiers de la Recherche, oct-nov 2013.

De l’autre coté du miroir : les bad trips d’or de Techno+. Les principaux nominés…

Des bad trips, l’association de réduction des risques en milieu festif Techno+ en gère une cinquantaine par an. Des petits, des gros, des drôles, des tristes, des calmes et des agités. Petite revue de bad trips, vus non pas du côté de ceux qui les vivent mais de ceux qui les gèrent…

Flyer de RDR, édité et distribué en rave par Techno +.

Pour en savoir plus sur Techno+ lire « Ecsta sana in corpore techno« , ASUD journal N°13

À l’occasion de ce numéro spécial, les copains d’Asud nous ont contactés pour nous demander un florilège des plus incroyables bad trips que nous avions gérés en teuf. Bien sûr, on a accepté mais, comme il y en aurait trop pour parler de tous et que c’est difficile de les départager tant ils valent tous leur pesant de kétamine, on a décidé d’organiser un vote et même une cérémonie : les bads trips d’or. Mais récompenser l’auteur du pire bad trip ne nous a pas semblé une bonne idée, alors les trophées, pardon les tropris, iront aux volontaires de l’asso qui ont géré les pires bad trips. Parce qu’on les mérite nos tropris : non seulement un bad trip c’est souvent aussi dur à gérer qu’à vivre mais en plus le lendemain on s’en rappelle, nous !

Dans le folklore des consommateurs, les bad trips, scotchages et autres flippances sont entourés d’à peu près autant de légendes et de mystère que le financement des campagnes de l’UMP. Alors avant de passer à la liste des principaux nominés pour les bad trips d’or, voyons un petit peu ce qu’on pourrait vous apprendre sur le sujet.

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Un peu de théorie…

Le mot « bad trip » (mauvais voyage) n’est pas très utilisé par les médecins (en tout cas officiellement) qui parlent plutôt de pharmacopsychose, d’état confusionnel ou de décompensation. Dans les trois cas, il s’agit de troubles de la pensée et du comportement qui se traduisent par une perte de contact avec la réalité et des difficultés à penser normalement. En gros, la pharmacopsychose prend deux formes : une sorte de bouffée délirante qui va durer au maximum trois jours après la consommation, ou alors de manière plus progressive, l’installation d’un état délirant, souvent anxieux, avec l’impression de « ne plus être comme avant ». On peut parler de « dépersonnalisation » ou de « déréalisation » pour décrire des sentiments d’irréalité, d’étrangeté, liés à l’environnement ou à soi-même. L’état confusionnel porte bien son nom puisqu’il marque une forte confusion pour la personne (troubles de la mémoire et de la compréhension, difficultés à parler et à se mouvoir…) et peut entraîner des comportements violents, le cas typique étant les cocktails Rohypnol®-alcool dont certains lecteurs connaissent sans doute le fameux « effet Rambo ». La décompensation signifie quant à elle que les barrières qui permettaient de « compenser » un trouble déjà présent s’effondrent. C’est certainement le plus grave des trois car la personne peut alors entrer dans une maladie psychique chronique. Un point important : ces trois types de bad trips ne sont pas forcément caractérisés par de la souffrance : une décompensation peut très bien être vécue comme agréable. C’est notamment le cas des « illuminations », lorsque – en plein trip – la personne a l’impression de comprendre quelque chose de fondamental sur elle-même (par exemple qu’elle est un ange envoyé par Dieu…).

Ce qui est surtout décrit du côté des consommateurs, c’est par contre la souffrance du bad trip et ses conséquences pour l’entourage : la parano qui gâche ta soirée, l’alcool mauvais qui gâche celle des autres, la crise de nerfs, etc. Mais beaucoup de bad trips ne rentrent pas non plus dans ces catégories. Par exemple la crise de larmes : vous savez, lorsque votre grand gaillard de pote s’effondre en sanglots obnubilé par la perte de son chaton. Ou encore, les obsessions, par exemple sur le besoin de se laver, la crise de jalousie démultipliée, ou tout simplement lorsque la personne se focalise sur des idées noires plutôt que sur des trucs positifs. Bien qu’assez courants et bénins, ces petits bad trips peuvent aussi laisser des séquelles car l’effet du produit peut amplifier les émotions. À tel point qu’elles laisseront un traumatisme qui pourra ensuite être réactivé par une situation se rapprochant de ce qui a déclenché le bad trip.

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« Tu veux goûter mon caca ? »

On vient nous chercher au stand pour nous dire qu’un mec se balade à poil sur un dancefloor, et se met des doigts dans l’anus avant de les essuyer sur le visage des personnes qui dansent. Arrivés sur place, le type a disparu donc on rentre au stand bredouille mais… Dix minutes plus tard, d’autres personnes passent nous prévenir qu’un mec à poil vient de casser le pare-brise d’un des organisateurs du teknival, qu’il a fait tomber une colonne de son et que ça risque de chauffer sévère. On fonce vers l’endroit qu’on nous avait indiqué et là, on tombe en plein générique de Benny Hill : un petit mec grassouillet qui court tout nu poursuivi par une vingtaine de personnes. On arrive pile au moment où ils l’interceptent et on prend les choses en mains pour le maîtriser sans violence. Mais le mec se débat et de Benny Hill on tombe dans L’Exorciste. On est six à le tenir, mais il rue dans tous les sens et profère des insanités, les yeux à moitié révulsés. Les mecs autour sont bien énervés. Ils lui disent qu’ils vont le tuer et l’enterrer dans la forêt, mais le mec leur crache au visage et continue de se débattre. Un de ses « potes » qui passait par là vient nous voir et, sans stresser le moins du monde, nous explique qu’il a de lourds antécédents psy et que c’est pas étonnant qu’il ait fini dans cet état. On a évacué le mec mais en se disant que celui qui méritait de se retrouver sanglé sur un brancard, c’était surtout le « pote » en question qui avait ramené en teuf un type dont il savait qu’il risquait de vriller sans même s’en occuper…

« J’ai une grosse bite je suis au paradis, j’en ai une petite je suis en enfer »

On vient nous chercher au stand car un mec en plein délire a frappé sa sœur, lui cassant plusieurs dents. On arrive, la fille part à l’hôpital et on attrape le mec, qui semble finalement assez calme. Deux filles de Techno+ l’éloignent de la teuf pour lui parler et essayer de le faire redescendre. Mais il essaye de les peloter, se masturbe, etc. D’autres volontaires arrivent, lui disent d’arrêter, mais il devient agressif et pète complètement les plombs. Il hurle en boucle « J’ai une grosse bite je suis au paradis, j’en ai une petite je suis en enfer ». Les volontaires le maintiennent au sol mais il continue de se débattre en criant. Parfois, il semble se calmer et reprendre ses esprits mais il finit toujours par redevenir agressif et repartir dans son délire d’enfer et de pénis… Les volontaires devront le maintenir plus de trois heures au sol avant qu’il ne redescende pour de bon.

« Je suis déjà morte »

Pour elle, l’histoire a commencé avec une goutte de LSD. Tout allait bien. Si bien qu’elle a voulu aller dire au DJ à quel point sa musique la transportait. Sauf que les « coulisses » d’un mur de son ne sont pas ouvertes à tous… Enfin tout aurait pu bien se passer si elle ne s’était pas emmêlée les pieds dans les câbles pour finalement tomber en plein sur la table de mixage et les platines. Forcément, les mecs du son se sont un peu énervés. L’un d’entre eux a même dit « Je vais la tuer ». Sauf que c’était la perturbation de trop dans la montée de LSD de cette pauvre jeune fille qui s’est subitement mise à hurler « Je suis déjà morte, je suis déjà morte » à intervalles réguliers d’environ 10 secondes. Elle était dans cet état lorsqu’on nous l’a ramenée et ça a duré quatre ou cinq heures avant qu’elle puisse dire autre chose.

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« Venez vite, il essaye de violer une meuf dans un champ »

On nous signale un mec violent devant le son. L’équipe part et tombe effectivement sur un type plutôt agressif mais encore gérable. Aidés par ses potes, on le convainc de venir se reposer un peu dans notre espace perso. Ses potes nous suivent, nous aident à le calmer, tout semble s’arranger et on le laisse donc partir avec ses amis qui le surveillent. Mais au bout d’un petit moment, une de ses copines, affolée, vient nous voir : « il est en train d’essayer de violer une meuf » dans un champ. On fonce et effectivement, on trouve le mec en train de ramper en s’agrippant à une fille qui n’avait plus de T-shirt. Il la serrait si fort que pour lui faire lâcher prise on a dû s’y mettre à plusieurs et de toutes nos forces. Ensuite, on l’a camisolé dans une couverture et on l’a ramené dans notre espace perso. À force de se débattre, le mec a fini par réussir à sortir un bras et à tirer de toutes ses forces sur les dreads de son amie qui essayait de le rassurer depuis une heure. Du coup, après avoir réussi à lui faire lâcher les cheveux, on a aussi dû gérer la copine qui essayait de lui mettre des kicks en pleine tête. Par la suite, croyant que ça allait mieux, on a filé une cigarette au mec qui a essayé de l’avaler allumée puis de se brûler les yeux avec. On lui a aussi filé une compote qu’il nous a explosée au visage, donc on lui a plus rien filé et on s’est contenté d’attendre que ça passe, assis sur lui toujours enroulé dans sa couverture. Ça a mis environ six heures mais il est redescendu et nous a longuement remerciés de nous être occupés de lui et a tenu à nous filer un bon coup de main pour le rangement du matos.

« Le coton c’est doux »

Dans la rubrique mignon, à un tekos, une nana nous a ramené un chepchep complètement perdu et apeuré. Son truc, c’était le coton. Suffisait de lui dire qu’un truc était en coton pour qu’il se frotte dessus en mode « le coton c’est doux ! » J’ai cru comprendre qu’il avait fait flipper certaines meufs en voulant simplement se frotter à leur coton. Finalement, après une heure à rigoler avec lui, il a fait une tentative pour repartir, il a tourné en rond devant le chill, puis il est retourné faire une petite sieste et après il allait mieux.

« Non, ça va, j’ai rien pris »

Il y a quelques années, on est intervenu à la soirée Unighted de David et Cathy Guetta au stade de France. Grosse soirée avec des animations, des tombolas, etc. On nous amène une jeune fille qui se sentait mal… Elle est très blême et a du mal à s’exprimer donc on l’assoit, lui file un verre d’eau, et on essaye d’engager la conversation : « Qu’est-ce qu’il y a ? T’as pris quoi ? » Et la fille de nous répondre d’une voix faible : « Non non, ça va, j’ai rien pris… C’est juste que je viens de gagner une voiture ! »

Perché !

Dans la catégorie International, le bad trip d’or reviendra sans doute à l’association belge Modus Fiesta pour son intervention sur un bad trip digne des cartoons de Tex Avery : on signale à l’association qu’un homme en plein délire est monté à plus de trois mètres de haut dans un arbre pour aller cueillir des noisettes. Arrivée sur place, l’équipe d’intervention trouve un attroupement de personnes qui essayaient de le faire descendre en lui criant qu’il allait se faire mal. Mais le type refusait : « C’est mes noisettes, il faut que je les ramasse vite sinon les écureuils vont les ramasser. » En discutant avec les gens, l’équipe comprend que le gars est persuadé que l’arbre porte des noisettes magiques qui contiennent des diamants et que c’est pour les garder qu’il reste dans l’arbre. Du coup, une des volontaires a l’idée de rentrer dans son trip : « Oh, mais tu as fait tomber une noisette juste là, regarde », en lui montrant le sol comme s’il y avait vraiment une noisette. Et comme par miracle, le mec descend de l’arbre pour aller chercher sa noisette !

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« Tatatatata »

Lors d’une teuf en 2004, l’équipe de la Croix-Rouge trouve un gars avachi contre une voiture en train de se mordre les lèvres. Ils décident de l’emmener à leur tente pour le soigner. Le gars se laisse faire et leur parle mais ils ne le comprennent pas. Une fois dans la tente, ils l’assoient sur une chaise, une bénévole essaye de commencer le soin mais le gars se met à lui caresser les seins. Se sentant agressée, elle crie. Lui rigole d’avoir eu les mains baladeuses et se met à toucher tous les gens qui passent à sa portée. Là ses collègues sautent sur le gars, le collent sur une civière, le sanglent et lui passent une minerve immobilisante autour du cou. Le gars ne rit plus du tout, commence à paniquer, se crispe, se mord la joue et leur dit une phrase qu’ils ne comprennent pas : « Tatatatatatata ! » Le responsable de la Croix-Rouge est prévenu de la situation : un forcené sous drogue vient de commettre une agression à caractère sexuel sur une secouriste ! Le boss de la Red Cross a une idée : Allons chercher Techno+ pour savoir ce que le gars a pris.

Sur le trajet du stand à leur tente, il m’expose la situation, très fier d’avoir malgré tout réussi à désinfecter son bobo à la bouche. J’arrive et effectivement de loin j’entends « Tatatatatatata » ! Dans la tente, je vois l’équipe au grand complet en uniforme autour de la civière, une grande lumière blanche dans la gueule du gars. Je leur demande de s’écarter, voire de sortir. Je m’approche doucement du gars, le rassure et lui demande ce qu’il a pris. Et là, « Tatatatatata ! » devient clairement « J’ai pris 2 tatas, ne m’attachez pas ! » Je leur explique donc la situation : « Vous venez d’attacher un gars en pleine montée de MDMA. Vu l’heure, il doit maintenant en être au stade où il a une boule d’énergie en lui qui lui donne envie de bouger, de parler, de s’extérioriser et vous le maintenez ligoté sur une civière. Bref, s’il vrille parce qu’il ne peut dépenser cette énergie, vous en serez responsable. » Le chef ordonne la libération du prisonnier. Je repars avec lui et l’oriente vers le son après lui avoir donné quelques infos de RdR. L’autre cas de cette soirée était un gars sous LSD qui s’était enfermé dans sa voiture pour échapper à la Croix-Rouge (encore) qui voulait lui soigner sa petite coupure à la main. En voyant les uniformes, il a flippé : il voyait des infirmières qui voulaient le piquer avec des aiguilles au bout de leurs doigts et refusait d’être touché.

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Remerciements : Céline, Fab, Jonas, Reuns.

Dubstep/kétamine : beaucoup de coïncidence…

L’essor de la kétamine et celui du dubstep ne seraient pas liés ? C’est ce que se tuent à répéter Dj’s et forumeurs. Avec ses ralentissements de fréquence et ses lourdes basses, le dubstep ressemble pourtant à s’y méprendre à une illustration sonore des effets de la kétamine. Berceau du dubstep, l’underground londonien du début des années 2000 est aussi l’un des premiers lieux de consommation de kétamine. Une coïncidence d’autant plus troublante qu’au même moment à l’autre bout de l’Occident, la vague du Dirty South popularise la consommation d’un autre downer : la codéine…

Vous avez sûrement déjà entendu parler du dubstep, ce style de musique électronique qui tient le haut de l’affiche depuis environ cinq ans.

ASUD52_Bdf_Page_30_Image_0003Comme c’est souvent le cas dans notre société où l’industrie musicale se nourrit des émanations de l’underground pour produire des effets de mode commercialement rentables (jette tes disques de plus de 3 ans et rachètes‑en des nouveaux si tu veux être à la page), ce pauvre dubstep sera passé d’un sous‑genre obscur au top de la hype en moins de temps qu’il n’en faut à un producteur de major pour s’enfiler une ligne de coke. Et conformément au schéma habituel, il se dirige aujourd’hui vers les abîmes de ringardise1 qui attendent chaque courant musical passé par la moulinette à pognon…

Enfin, heureusement les musiques électroniques se renouvellent à une vitesse que même des producteurs dopés peinent à suivre et le dubstep est loin d’avoir dit son dernier mot. Je vous passe les dizaines de déclinaisons auxquelles il a donné naissance pour vous mener directement à celle qui nous intéresse : le Dubstep and Screw, un hybride de dubstep et de Chopped and Screwed, vous vous rappelez ? Ce style de hip-hop ralenti et saccadé généralement écouté le cerveau embrumé de codéine (Lire Hip-hop, le sirop de la rue dans ASUD journal n°51). Eh bien des Canadiens ont eu l’idée de reproduire la technique sur des morceaux de dubstep pour un résultat… stupéfiant !

ASUD52_Bdf_Page_31_Image_0006Des liens troublants

On verra si ce style perdurera mais, bien qu’ils soient nés à des milliers de km de distance, la convergence du dubstep et du Chopped and Screwed semblait inévitable : deux courants succédant à des bass‑musics aux rythmes très rapides (la Miami Bass et la Drum’n’Bass) dont ils prennent les codes à contre‑courant en ralentissant et déstructurant les rythmes.

Autre point commun : deux styles de dance music fortement liés à des consommations de produits pas vraiment habituels dans le cadre festif puisqu’il s’agit de downers : la kétamine et la codéine. Enfin, si le lien entre Chopped and Screwed et conso de sizzurp est bien établi, les choses sont moins claires pour le dubstep et la kéta… La polémique est lancée fin 2009 par le célèbre S. Reynolds qui explique dans un article publié par le Guardian que c’est désormais la kétamine qui dirige la club-culture londonienne et que l’essor du dubstep (dont l’écoute est réputée se marier parfaitement avec les effets de la poudre à poneys) en est le signe. Sauf que les musiciens de dubstep refusent l’analyse et qu’une partie du public déjà excédée par le comportement des K‑Heads se braque contre l’article. Il faut dire qu’avec leurs défauts de synchronisation des mouvements et leur incapacité à s’exprimer, les kétaminés ne renvoient pas toujours une image très positive du mouvement. À tel point que chez certains disquaires londoniens, on peut trouver des T‑shirts « Dubstep Against Ketamine » et que le sujet « la kétamine va ruiner le dubstep » comporte plus de 400 réponses sur le forum de référence, dubstepforum.

ASUD52_Bdf_Page_31_Image_0005La rencontre musique/produit

Ici encore on peut faire le parallèle avec le Chopped and Screwed dont le père fondateur DJ Screw (chéper notoire décédé d’une OD d’opiacés et d’amphets en 2001) s’était toujours défendu d’avoir inventé ce style sous l’effet du sizzurp… Laissons à ces musiciens désireux de ne pas voir leur créativité entachée du recours à des psychotropes le bénéfice du doute, mais remarquons tout de même qu’il arrive qu’un produit rencontre un style de musique (reggae/cannabis, punk/amphets-alcool, techno‑house/ecstasy…) et que l’essor de la kétamine coïncide étrangement avec celui du dubstep puisque tous deux prennent naissance dans les squats‑parties londoniennes du début des années 2000.

Et au lieu de nous arracher les cheveux à déterminer si le public consomme de la kétamine parce que les DJ’s jouent du dubstep ou l’inverse, méditons les sages paroles de S. Reynolds : « Il est clair que certaines drogues deviennent des « It Drugs ». Leurs effets donnent le ton d’une époque, affectant même des gens qui n’ont jamais consommé la substance en question […] Pas uniquement via la musique mais aussi via les pochettes d’album, les posters, les looks, etc. Le LSD a par exemple affecté beaucoup plus de gens dans les sixties que ceux qui prenaient réellement de l’acide. »

ASUD52_Bdf_Page_30_Image_0002Si pour Reynolds, la kétamine est clairement devenue la « It Drug » de notre époque, que dirait‑il de la codéine dont l’ambassadeur Lil Wayne croule sous les récompenses musicales, dont le style de musique associé – le Chopped and Screwed – influence jusqu’à des groupes de métal2 et dont on retrouve l’imagerie (notamment la couleur violette du sizzurp) dans un nombre incalculable de clips ? Quoiqu’il en soit, la montée en puissance simultanée de deux styles musicaux associés à des consommations de downers est troublante : après une longue période de gloire des stimulants, il est bien possible que les downers se hissent à la place de It Drugs mondiales !

1À ce sujet, Justin Bieber a annoncé un prochain album dubstep

2Le groupe Korn a sorti un album remixé Chopped and Screwed

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