Serial Dealers

A l’occasion de la diffusion du final de la série Breaking bad en France le 4 janvier dernier (sur OCS), ASUD vous propose avec ce dossier Serial Dealers de revenir sur nos séries préférées en matière de trafic de stupéfiant : Weeds et Breaking bad.

Serial dealers : Weeds (saisons 1 à 6) vs Breaking bad (saisons 1 à 3)

Weeds vs breaking bad
On a beau militer pour la légalisation des drogues, il faut bien reconnaître que sans leur prohibition, de nombreuses créations culturelles ou divertissements – tous domaines confondus – avec lesquels nous nous délectons n’auraient jamais vu le jour.

Weeds saison 7 vs Breaking Bad saison 4

Weeds 7 vs Breaking bad 4
Hasard du calendrier ? Concurrence entre chaînes ? Stratégie de consolidation réciproque de l’audience ? Cette année, les deux séries américaines suivies de près par Asud-Journal depuis le numéro 44 ont été […]

Weeds saison 8 finale

Weeds cible
La chaîne de télé américaine Showtime a allumé son splif en 2005. Carton immédiat. Weeds, avec sa mère de famille dealeuse de beuh, est devenue le fer de lance de la chaîne. […]

Breaking Bad Saison 5, 1ère partie

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Walter a gagné. Il s’est débarrassé de son patron, Gus Fring, l’ennemi juré de la saison 4. Que va-t-il faire maintenant qu’il est libre ? Arrêter la production de méthamphétamines et reprendre […]

Breaking Bad, le final

Breaking-bad
Qu’il doit être difficile de choisir l’issue finale d’une série dont le personnage principal est un antihéros immoral. Quelle valeur faire triompher ? Le bien ou le mal ? Punition ou rédemption […]

Breaking Bad, le final

Qu’il doit être difficile de choisir l’issue finale d’une série dont le personnage principal est un antihéros immoral. Quelle valeur faire triompher ? Le bien ou le mal ? Punition ou rédemption ? La conclusion de Breaking bad est-elle aussi bien que celle de Weeds, l’autre série stupéfiante suivie par ASUD ?

A ce jeu d’équilibriste les séries Dexter (le gentil serial Killer) et Dr House (le méchant médecin génial) ont pondu des épisodes finaux mi-figue mi-raisin pour contenter tout le monde : la morale (rédemption pour tous), les fans (les héros ne meurent pas) et le bizness (on pourra faire une suite). C’est à peu près ainsi que se terminait la 1ère partie de la 5ème et dernière saison de Breaking bad en juillet 2012. Ce pseudo happy end ne collant pas avec le titre de la série, les choses se devaient de mal tourner dans les 8 ultimes épisodes diffusés plus d’un an plus tard en août 2013.

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Cet article fait partie du dossier Serial Dealers.

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Les vrais Walter White derrière les barreaux

C’est un nom prédestiné ! Aux Etats-Unis au moins 2 homonymes ont déjà été condamnés en Alabama et dans le Montana pour fabrication et trafic de méthamphétamine.

Walter White est un homme au milieu du gué. Cet américain de la middle class dans le middle age, prof de chimie de 50 ans, apprend qu’il est atteint d’un cancer du poumon et qu’il lui reste 3 mois à vivre. Pour payer ses exorbitants frais médicaux, il va tenter de gagner rapidement beaucoup d’argent en utilisant ses compétences de chimie pour fabriquer de la méthamphétamine. Pour entrer dans ce milieu inconnu, il s’associe avec Jesse, un ancien élève consommateur de meth et dealer. Tous deux, au fil des saisons gravissent en quelque mois, l’échelle du trafic de stupéfiants local puis international grâce à l’exceptionnelle pureté du produit et l’écrasante intelligence de Walter. Cette réussite va faire de Walter un riche et puissant parrain du milieu, sous le nom d’emprunt Heisenberg,  auquel rien ne résiste pas même le cancer. Le prix de cette ascension est une descente aux enfers, morale et psychologique. Les personnages doivent repousser sans cesse leurs limites pour ne pas y laisser leur peau : mensonge, manipulation, trahison, violence, chantage, corruption, mort… deviennent nécessaires pour évoluer dans ce milieu hostile, clandestin et criminel. L’humour n’est pourtant pas oubliée dans cette série à la réalisation de qualité. La saison 5 est d’ailleurs entrée au Guinness Book pour avoir obtenue la meilleure note critique (99%) sur le site Metacritic.com.

Échapper à la police est l’un des principaux enjeux de la série. Il s’incarne dans la relation entre Walter et son beau-frère Hank qui est un enquêteur de la DEA (les stups américains). Hank gravit lui aussi les échelons et devient directeur par son excellent travail sans savoir qu’il est manipulé par Walter qui s’en sert pour éliminer sa concurrence. Au milieu de la 5ème saison lors d’un diner familial chez Walter, plusieurs mois après que celui-ci se soit définitivement retiré des affaires, Hank découvre une preuve que Walter et Heisenberg sont la même personne.

Quant au fragile Jesse, il est rongé par les morts que lui et Walter ont causé au cours de leur aventure notamment celle d’un enfant, témoin innocent abattu de sang froid. Il décide de renoncer à l’argent acquis par le sang et nourrit une haine grandissante envers Walter.

Breaking Bad (Season 5)

Drogue, l’autre cancer

La fin de la série met en scène l’affrontement de Walter contre Hank et Jesse, personnages pour qui il a une vraie affection et qu’il a tenté de protéger à plusieurs reprises. Tous deux veulent lui faire payer le mal qu’il a causé autour de lui. Walter doit aussi s’affronter lui-même puisque le cancer est revenu. Cancer que Walter n’a jamais cessé d’avoir en réalité et qui était passé du stade biologique au stade psychologique. L’égocentrisme et la mégalomanie durant sa période Heisenberg avaient dévoré sa personnalité.

L’image du cancer qui se multiplie jusqu’à une issue fatale est finalement au centre de la série de son ouverture à son dénouement. Le remake mexicain s’appelle d’ailleurs « Metastasis« . Au delà de la maladie, il y a bien sûr le cancer de l’argent que Walter accumule jusqu’à ne plus savoir combien il possède. Il va de paire avec celui du pouvoir qui ne s’arrêtera que lorsque Walter aura atteint le sommet, seul, sans amis ni famille. Ces deux quêtes, argent et pouvoir, vont engendrer deux autres cancers. Côté pile, la violence appelle la violence et ce qui était de la légitime défense au début de la série va devenir l’élimination systématique de tous ceux qui se mettent en travers de la route de Walter. L’apogée sera l’organisation d’un nonuple homicide simultané dans différentes prisons pour protéger son identité. Côté face, le secret mène aux mensonges, en premier lieu à sa femme puis avec elle, ils ne cessent de grossir. Leur place est telle que Walter devient paranoïaque et n’arrive plus à faire confiance à qui que se soit. La dissimulation de la vérité devient vite une préoccupation aussi vitale que le besoin d’argent, elle le supplante même durant la dernière saison.

Prohibition, l’autre chimio

Pour vaincre le cancer Walter doit d’abord se battre contre son traitement : une chimiothérapie qui affaiblit son organisme et un endettement causé par ses frais médicaux. Difficile de ne pas y voir une analogie avec « la guerre à la drogue », cette politique sécuritaire qui affaiblit la société en s’attaquant plus aux drogués qu’aux produits tout en favorisant les réseaux criminels. Et dont le coût est de plusieurs dizaines de milliards d’euros depuis plus de 40 ans. Le cancer a aussi la particularité que l’on parle rarement de guérison mais plutôt de rémission plus ou moins complète à cause du risque de récidive toujours présent. Un traitement lourd et coûteux, aux résultats plus qu’imparfaits, qui détruit des cellules saines, si la Drogue est un cancer (c’était le titre d’un rapport sénatorial en 2003) alors la Prohibition est une chimiothérapie que l’on continuerait coûte que coûte.

Malheureusement pour Walter, il n’existe pas d’alternative politique à court terme qui pourrait le sauver. Contrairement à la fin de la série Weeds qui anticipait en 2012 avec un an d’avance la légalisation de l’usage récréatif de cannabis, la méthamphétamine n’est pas près d’être légalisée. Cela ne pouvait que finir bad pour Walter et Hank. Trafiquants et policiers, la chair à canon de cette guerre, n’ont d’existence que par la prohibition qui ironiquement les rend interdépendants.

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La vraie fin de la série…

Bryan Cranston n’est pas seulement le meilleur acteur (et c’est Anthony Hopkins qui le dit) pour son rôle dans la série Breaking Bad. Il officiait avant dans la série comique Malcom en tant que Hal, le père (cette fois-ci) immature d’un enfant (cette fois-ci) surdoué. A l’occasion de la fin de Breaking Bad, il reprend le rôle de Hal dans une scène en clin d’œil à son autre série. C’est bon tout le monde à suivi ?

Les seuls à s’en sortir malgré tous les dommages collatéraux qu’ils subissent sont les civils ainsi que Jesse, le consommateur de la série. Le message est clair, il y aura toujours des gens qui auront envie de se droguer, même après l’extinction du dernier prohibitionniste et du dernier dealer. Comme si son appétit pour la drogue, qui n’engage que lui, l’avait protégé de la soif d’argent et de pouvoir qui détruisent les autres personnages. Lui seul garde une sensibilité humaniste tout au long de la série, là où les autres personnages se comportent en machines rationnellement conformistes selon le camp dans lequel elles opèrent. Et si la drogue était le dernier refuge de ceux qui n’acceptent pas le cynisme du ce système et qui préfère le voir s’effondrer pour repartir à zéro.

Série de Vince Gilligan, 5 Saisons, 2008-2013. Disponible en DVD, Blu-Ray et VOD.

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Cet article partie du dossier Serial Dealers.

Breaking Bad Saison 5, 1ère partie

Walter a gagné. Il s’est débarrassé de son patron, Gus Fring, l’ennemi juré de la saison 4. Que va-t-il faire maintenant qu’il est libre ? Arrêter la production de méthamphétamines et reprendre une vie normale ou devenir calife à la place du calife ? En toute logique avec l’évolution du personnage, il choisira cette dernière voie. Qu’il semble loin le petit prof de chimie non fumeur ayant raté les cinquante premières années de sa vie et qui se découvre atteint d’un cancer du poumon. Dans cette saison, Walter fête ses 51 ans. Un an seulement s’est écoulé depuis le début de la série. Quelle densité et quelle rapidité pour devenir un « parrain de la drogue ». Cette ascension sociale fulgurante dans le monde du crime organisé rappelle à Walter combien il était un jeune étudiant ambitieux qui n’avait pas su saisir les bonnes opportunités à l’époque.

Il n’avait simplement pas imaginé qu’il réaliserait son rêve de pouvoir dans le trafic de stupéfiants. Qu’importe ! Le rêve américain n’a pas d’odeur et il l’embrasse pleinement au mépris de la loi, de sa famille, de ses amis, de lui-même. Sa cupidité est sans limite, au point que sa femme n’arrive plus à blanchir les billets qui rentrent trop nombreux et trop vite.

Tel un dealer sans scrupule qui, après vous avoir accroché, arrête de vous fournir, la chaîne de télé AMC a décidé de diffuser la saison 5 en deux parties. Les 8 premiers épisodes sont passés entre juillet et septembre et les 8 prochains, devant clôturer définitivement la série, ne le seront pas avant… l’été 2013 ! En cas de crise de manque, le coffre DVD/Bluray des 3 premières saisons vient de sortir avec de nombreux bonus. La saison 4 sort en DVD fin décembre.

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Weeds saison 8 finale

La chaîne de télé américaine Showtime a allumé son splif en 2005. Carton immédiat. Weeds, avec sa mère de famille dealeuse de beuh, est devenue le fer de lance de la chaîne. Sept ans plus tard, c’est l’heure de la dernière bouffée après deux ans de sursis.

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Cet article partie du dossier Serial Dealers.

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Avant

Les fans de la série pensaient que la saison 7, commandée in extremis par la chaîne, serait la dernière car elle n’avait pas pré-acheté de nouvelle saison. En septembre 2011, l’épisode final était décevant car Nancy, qui semblait prête à se retirer des affaires, se faisait tirer dessus lors d’un happy end familial. La morale est celle de tous les films de gangsters : se retirer est impossible, le business vous rattrape toujours. La saison 6 ayant déjà failli être la dernière, la plupart des amateurs de Weeds s’étaient résignés à cette conclusion beaucoup trop sage. Où était donc passé la provocation, véritable marque de fabrique de la série ? Certains se consolaient en pensant que ce choix scénaristique était en lui-même provoquant par sa non-provoc’. Heureusement, l’espoir revint en janvier 2012 lorsque les producteurs de la série annoncèrent une ultime saison pour l’été.

Reboot

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Après

La saison 8 comprend 13 épisodes diffusés entre juillet et septembre 2012. Elle reprend là où s’est arrêtée la saison précédente : Nancy s’est pris une balle dans la tête mais en réchappe. En sortant du coma, elle se jure de ne plus dealer et de devenir une bonne personne, une bonne mère, de se trouver un mari et un boulot honnête. La bonne trouvaille des auteurs est de créer des situations qui vont mettre à l’épreuve Nancy et ses nouvelles résolutions. Surtout que son fils aîné est bien décidé à continuer le business. Les incontournables de la série sont là comme une efficace routine : les frasques sexuelles d’Andy, le cynisme de Doug, l’hystérie de Jill, la MILF de Silas, les personnages secondaires excentriques, les come-back inattendus…

Andy + Nancy = ?

Qui dit ultime saison dit dénouement. C’est en réalité un vrai message politique que nous délivre Jenji Kohan, la créatrice de la série. Ceux qui ne veulent pas trop en savoir avant d’avoir vu les épisodes ne devraient pas lire la suite. Si la belle Nancy renonce à dealer, elle compte bien mettre à profit ses talents et son expérience acquise dans ce domaine. Les dealers légaux que sont l’industrie pharmaceutique et celle du tabac vont pouvoir profiter de son sens des affaires. Le nombre d’États autorisant le cannabis thérapeutique s’accroît et ce marché devient intéressant pour les laboratoires. Nancy et Silas se font donc naturellement embaucher. C’est ensuite un géant du tabac qui tente de les engager. Persuadée que le cannabis récréatif sera prochainement légalisé, la compagnie souhaite être prête à produire en masse des cigarettes au THC dès que la loi changera. Production, transformation, packaging, marketing et diffusion, tout doit être prêt. Nancy recrute ses anciens complices pour mener à bien cette mission.

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THC à maturité

L’épisode final nous projette en 2019 et donne raison à ce scénario. Nancy est à la tête avec son fils de la plus grande chaîne de coffee shops des USA, que Starbuck essaye de racheter. Les années de galère dans l’illégalité des saisons précédentes résonnent alors comme une période adolescente : mouvementée et transgressive. Tous les personnages qui avaient choisi ce mode de vie sont devenus adultes en même temps que la société l’est devenue sur cette question de la régulation du cannabis. En s’institutionnalisant, cette activité s’assagit et avec elle, la vie des héros de Weeds (sauf un !). La fin de leurs aventures s’impose et donc celle de la série. Aucune frustration cette fois. Si vous avez gâché une partie du suspens en lisant jusqu’ici, l’issue de la relation entre Nancy et Andy vous est toujours inconnue. Finissent-ils ensemble ?

Série de Jenji Kohan, 8 saisons, 2005-2012. Disponible en DVD, Blue Ray et VOD.

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Cet article partie du dossier Serial Dealers.

Weeds saison 7 vs Breaking Bad saison 4

Hasard du calendrier ? Concurrence entre chaînes ? Stratégie de consolidation réciproque de l’audience ? Cette année, les deux séries américaines suivies de près par Asud-Journal depuis le numéro 44 ont été diffusées selon le même timing durant l’été. Breaking Bad le dimanche et Weeds le lundi. Impossible dans ces conditions de ne pas jouer au petit jeu des similitudes et des différences.

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Cet article partie du dossier Serial Dealers.

Previoulsy on…

Breaking Bad : À la fin de la saison 3, Walter et Jessie sauvaient leurs vies in extremis en se débarrassant du seul chimiste capable de les remplacer pour fabriquer la fameuse méthamphétamine bleue. N’ayant d’autre choix que de les garder pour continuer ses affaires, leur patron devient alors leur pire ennemi et cherche à se venger toute la saison durant.

Weeds : Le final de la saison 6 était certainement l’un des plus réussis car le suspense était à son comble. Pour sauver sa peau face au cartel de Tijuana et protéger sa famille, Nancy trouvait le moyen de se faire arrêter par les stups avec son bébé tandis que le reste de sa troupe s’envolait pour Copenhague. Le jubilatoire road movie à travers l’Amérique qui précédait ce final rendait tous les scénarios possibles : délocalisation de la série en Europe pour une joyeuse cavale (on rêverait d’un détour par la France !) ou huis clos façon Prison Break. Avec surprise, la série se pose à New York, en plein Manhattan quelques années plus tard. Nancy n’est pas assagie et ses fils lui ressemblent de plus en plus. Le business familial repart à zéro ou presque.

Dealer, un métier comme un autre…

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Boulot, boulot, boulot.

…la reconnaissance en moins. Malgré leurs différences de forme et d’esthétique notables (la réalisation de Breaking Bad est toujours aussi soignée et trouve sans cesse de nouveaux cadrages inventifs ; celle de Weeds s’apparente plutôt à une sitcom de luxe), les saisons 2011 traitent de thèmes finalement assez proches. Le plus flagrant est la relégation au dix-huitième plan de ce qui était pourtant le déclencheur de ces deux séries et de l’activité illégale des personnages principaux : le besoin d’argent, beaucoup et rapidement. Certes, quelques échéances de paiement parsèment ces séries à l’occasion. Mais elles sont timides et peu convaincantes et ne tourmentent pas les personnages comme à leur début. Pire, le souci principal de Walter et (surtout) de Skyler White de Breaking Bad est à présent le blanchiment de leurs faramineux revenus. Quant à Nancy, elle dégotte même un bon boulot de secrétaire dans une grosse boîte de Wall Street. À l’abri du besoin, nos héros dealers continuent pourtant à enfreindre la loi. La vérité est ailleurs, comme dirait l’autre. Le spectateur lambda se contentera d’une explication mécanique simpliste, sorte de théorie de l’escalade ou de la dépendance appliquée aux dealers : quand on trafique avec des gens pas très fréquentables, il n’est pas facile de s’en défaire. C’est pas faux. Mais à plusieurs reprises, Walter et Nancy ont réellement l’occasion de tout arrêter et ne le font pas. De nombreuses fois, on peut également voir ou entendre leur fierté d’être doués pour leur activité ou encore leur désarroi de ne pas être reconnu à leur juste valeur. Tous deux se voient comme des travailleurs qui excellent dans leur job : rigueur, dévouement, efficacité…

Breaking Bad : Après la mort de l’assistant de Walter, la police met la main sur son carnet de notes. Celui du plus grand labo de crystal-meth aux USA. Pour la DEA, c’est sûr ! Le grand chimiste qu’ils recherchaient est mort. Piqué au vif qu’un autre hérite du titre qui lui revient, Walter, au lieu d’être soulagé de ne plus être recherché, examine le carnet et laisse entendre aux stups (par l’intermédiaire de son beau-frère flic) qu’il s’agit d’un plagiat en affirmant que le mort n’était qu’un exécutant. Le génie, lui, courrait toujours.

Weeds : Lassée d’être prise pour une simple secrétaire, Nancy révèle à ses employeurs – les gérants d’un fonds de pension – qu’elle deale de l’herbe et leur présente son astucieux business plan pour conquérir la même clientèle de luxe que la leur. Un partenariat inattendu.

L’ennemi intime

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Dans les yeux, j’ai dit.

Ce changement de mentalité ajoute une certaine antipathie à l’égard des deux personnages principaux, au fur et à mesure qu’ils assument leur statut de criminel tout en renforçant leur ego et leur solitude. À l’écran, cela se traduit par une logique de concurrence, voire d’affrontement, avec leur(s) proche(s) et complice(s). Un lancinant « je t’aime, moi non plus » dont les scénaristes ne devront pas abuser trop longtemps pour qu’il reste intéressant. Sur ce terrain, Nancy se retrouve à nouveau (voir la saison 4) en gentille guerre ouverte contre son fils aîné, Silas. Tandis que Walter mène une guerre de tranchées psychologique avec Jessie qui se termine en apothéose avec l’ultime séquence de la saison. Chapeau les scénaristes !

Usagers cachés

Autre point commun : la quasi-disparition des scènes de consommation de produits dans les deux séries. Peu étonnant pour Breaking Bad et son parti pris drogue=déchéance. Mais si les joints restent omniprésents dans Weeds, ils sont complètement banalisés et ne donnent plus lieu aux scènes délirantes auxquelles nous avait habitués la série. De part et d’autre, en guise de produit de substitution, l’alcool nous livre heureusement quelques bonnes murges comiques et télégéniques.

2012, le new deal

Les dénouements respectifs de ces deux saisons pourraient très bien être leur point final. Elles ont été écrites comme s’il s’agissait des dernières saisons. Obligeant les scénaristes à prévoir l’éventuel arrêt définitif de leur série, les chaînes ont tardivement reconduit leurs achats pour les saisons suivantes en raison de la crise économique et de la concurrence sur le marché des séries américaines. La chaîne AMC a annoncé qu’il y aurait l’an prochain une dernière saison de Breaking Bad, mais Showtime n’a toujours rien confirmé pour Weeds.

Encore là où on ne les attendait pas, les auteurs de Weeds terminent la saison sur un inattendu happy end dans une vision toute spielbergienne de la famille, même si la morale de la famille en question penche plutôt vers celle de la famille Adams.

Les fans ne pourront toutefois pas se résoudre à l’arrêt de la série car la dernière image de l’épisode final prendrait alors une tournure moralisatrice et politiquement correcte, en complet désaccord avec l’esprit de la série depuis sept ans. À l’inverse, Breaking Bad continue d’enfoncer subtilement le clou de l’immoralité en reposant sans cesse la question : jusqu’où peut-on aller pour sauver sa peau ? Dans les deux cas, une page est tournée et allez savoir ce que nous réserve 2012.

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Cet article partie du dossier Serial Dealers.

Serial dealers : Weeds (saisons 1 à 6) vs Breaking bad (saisons 1 à 3)

On a beau militer pour la légalisation des drogues, il faut bien reconnaître que sans leur prohibition, de nombreuses créations culturelles ou divertissements – tous domaines confondus – avec lesquels nous nous délectons n’auraient jamais vu le jour.

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Cet article fait partie du dossier Serial Dealers.

Antihéros

L’exception anglaise dès 1992

Dès 1992, les très politiquement incorrectes Eddy et Patsy, 2 londoniennes de 40 ans portées sur le sexe et les drogues sévissaient à la télévision britannique dans la série satirique Absolutely Fabulous (Ab Fab pour les fans). La défonce n’est pas le sujet principal de l’histoire, elle y est tout bonnement et naturellement intégrée aux intrigues, tout comme les 2 protagonistes sont parfaitement intégrées socialement : l’une dirige une agence de communication, l’autre est journaliste de mode. Leurs aventures ainsi que leurs expériences psychédéliques se sont achevées en 2004 avec le sourire. Point de morale à 2 balles. Ouf !

Les séries, notamment américaines, ont pendant longtemps dérogé à cette règle en traitant le sujet des drogues de façon simpliste et manichéenne, quel que soit le genre de la série.

Le registre comique se contentait généralement de créer des situations décalées avec des personnages temporairement sous effets à leur insu. Les séries pour jeunes et les feuilletons connaissent toutes une période pendant laquelle l’un des héros se défonce, d’abord pour s’amuser, puis devient forcément accro avant de redevenir abstinent, tout en tirant une bonne leçon de cet épisode. Quant aux séries policières, les drogues ont permis à des générations de héros armés, de Rick Hunter aux Experts, de pouvoir trouer à la peau sous nos applaudissements à tout un tas de drogués et dealers, « parce qu’ils le valent bien » comme seule justification.

Si l’on admet que les séries reflètent fidèlement leur époque, miroir, mon beau miroir où en sommes-nous aujourd’hui ? Depuis l’an 2000, les antihéros ont la côte. Le public aime ça, et les scénaristes hésitent de moins en moins à leur affubler toutes sortes de traits de caractère profondément (in)humains, sans que l’intrigue principale n’ait pour objectif sa modification et encore moins son amélioration. Dr House ne deviendra pas sympa, le héros de Californication continuera à baiser tout ce qui bouge, et Dexter ne renoncera pas à tuer.

Desperate housewife de 35 ans vs prof médiocre de 50 ans

Suivant cette tendance, 2 séries ont pour personnages principaux des trafiquants drogues : Weeds, créée en 2005, et Breaking Bad, en 2008. Résumé des épisodes précédents…

Pin Up Weeds
Desparete housewife de 35 ans

Weeds : Nancy est une desperate housewife de 35 ans vivant dans une banlieue californienne pour classes moyennes, dans le genre de lotissement où l’on clone aussi bien les villas avec piscine que leurs occupants, mariés, 2 enfants. Tout est lisse et propret. Malheureusement un jour, son ingénieur de mari décède d’une crise cardiaque pendant son jogging. Pour maintenir son train de vie, nourrir ses 2 fils et payer ses crédits, notre mère de famille modèle décide de se lancer dans le deal de weed, c’est-à-dire de beuh.

Breaking bad titreBreaking Bad : Walter est un homme médiocre de 50 ans qui vit à crédit au Nouveau-Mexique avec son fils handicapé et sa femme enceinte. Cumulé à un second emploi de laveur de voitures, son salaire de simple professeur de chimie dans un lycée ne suffit pas à régler les factures de leur couple routinier. Son médecin lui apprend qu’il a un cancer des poumons et qu’il lui reste trois mois à vivre. Les choses tournent mal (« breaking bad ») pour ce non-fumeur, qui décide de prendre son destin en main en fabricant et vendant de la méthamphétamine pour gagner assez d’argent afin que sa famille n’hérite pas de ses dettes et accessoirement, pour pouvoir tenter un traitement.

Justifier l’activité criminelle

Le point commun flagrant entre ces 2 séries est l’argument invoqué pour expliquer la transformation d’un citoyen ordinaire respectueux des lois et apolitique en trafiquant de stupéfiants. Comme si la peur imminente de perdre cet American way of life familial était la seule raison valable permettant au public de s’identifier et d’excuser Nancy et Walter. Ces 2 personnages sont des êtres rationnels confrontés au besoin de gagner rapidement de l’argent. En bons Américains moyens, ils savent par la télé que LA drogue, c’est mal, d’ailleurs ils ne consomment pas. Mais ils savent de la même façon que le deal, c’est de l’argent facile. C’est en tout cas ce qu’ils croient au début car très vite, les difficultés se succèdent (d’où l’intérêt d’en faire une série), remettant ainsi en cause la véracité de leurs idées reçues sur les drogues et ceux qui en consomment.

Une certaine éthique du deal

D’autres paramètres viennent renforcer le bien-fondé de leur choix. Dans Weeds, Nancy se donne une ligne de conduite en refusant de dealer des drogues dites « dures » ou d’en vendre à des enfants. Deux règles qu’elle enfreint à plusieurs reprises, notamment la seconde lorsque son fils ainé, fumeur, devient l’un de ses revendeurs puis son chef de production.

Dans Breaking Bad, Walter est avant tout fabricant du produit. Son objectif d’amasser beaucoup d’argent en peu de temps le pousse très vite à vendre en gros. Il conserve ainsi une certaine distance avec le deal de rue. De plus et contrairement à ses concurrents peu scrupuleux, il met un point d’honneur à fournir un produit d’une très grande qualité. Dans la dernière saison, il s’oppose à ce que 2 caïds utilisent un gamin de 11 ans pour vendre sa méthamphet’.

Enfin, tous deux refusent a priori la violence même si au fil des saisons, ils sont souvent amenés à y recourir en raison du milieu criminel dans lequel ils évoluent. C’est bien souvent la légitime défense, leur propre survie ou celle de leurs proches qui sert à justifier de tels actes.

Mais que fait la police ?

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Green washing

Dans ces 2 séries, la police – et plus particulièrement la DEA (les stups américains) – joue un rôle important dans les rebondissements de l’histoire. On y découvre les liens complexes entre ces flics, tiraillés par le besoin de remonter les filières toujours plus haut et donc de fermer les yeux sur les trafics subalternes, et ces trafiquants, qui n’hésitent pas coopérer en échange d’une protection ou si cela peut faire tomber un de leur concurrent. Jusque-là, rien de vraiment nouveau mais ces séries vont aussi jouer la carte de la relation intime…

Weeds : Le premier homme que Nancy fréquente sérieusement suite à la mort de son mari est, comme par hasard, un agent de la DEA dont elle ignore la fonction dans la saison 1. Détail qui va se révéler déterminant dans les saisons suivantes. Celui-ci est en effet au courant des activités de Nancy dont le business n’est pas assez gros pour qu’il s’y intéresse, jusqu’à ce qu’elle le quitte. Dès lors, elle sera la cible des flics.

Breaking Bad : Le beau-frère de Walter travaille aux stups comme enquêteur principal. Dans le premier épisode, c’est même lui qui va créer le déclic chez Walter, lors d’une discussion de boulot évoquant les gains des dealers de crystal-meth. Des liens familiaux très forts relient les deux hommes, mais leurs convictions respectives les empêchent de partager un tel secret.

Complices et confidents

Le secret est justement le principal ressort dramatique des 2 séries. D’abord, le secret vis-à-vis de la famille qu’il faut protéger d’une éventuelle complicité mais dont il faut aussi conserver le respect. Ensuite, le secret relatif au quotidien d’une activité criminelle (production, transport, blanchiment…). Des secrets qui doivent pourtant parfois être levés pour mener à bien leurs petits trafics. Les complices de fait sont souvent les consommateurs, dans leur propre intérêt évidemment.

Weeds : Trop extravertie, Nancy est vite démasquée par son entourage, notamment par ses 2 fils, dès la saison 1. En parallèle, elle se bâtit une équipe d’assistants aux compétences variées parmi ses fidèles clients : un avocat, un comptable qui est aussi conseiller municipal, un commercial, et un spécialiste en culture hydroponique.

Breaking Bad : Ne sachant comment faire, Walter s’entiche d’un junky notoire, ancien élève de son lycée doué en chimie, renvoyé pour deal de meth et toujours dans le business. Grâce à Walter, il va pouvoir gravir un échelon et convaincre ses clients de dealer dans la rue à sa place. Dans la saison 2, une péripétie judiciaire va rendre incontournable la présence d’un avocat ripou dans l’affaire. Il faut attendre 2 saisons et demie pour que le secret de Walter s’invite dans la cellule familiale et la fasse exploser.

Et la conso dans tout ça ?

Ni Nancy ni Walter ne sont consommateurs. Pourtant, chacun d’eux tirera sur un joint dans l’un des épisodes dans un moment de désarroi. Mais rassurez-vous, ces dérapages seront bien vite maîtrisés.

Weeds : Pratiquement tous les personnages de la série fument de la beuh. Les plus gros consommateurs sont aussi les plus débiles et/ou les plus incompétents du groupe. La seule qui ne fumait pas va développer un cancer du sein et va fumer pendant sa chimio (saison 1), puis tomber dans l’alcool (saison 2), et enfin dans la coke (saison 4).

Breaking Bad : La consommation de méthamphétamine sur laquelle repose tout le business de Walter est systématiquement associée à la déchéance et/ou à la dépravation. Bref, la série ne veut surtout pas cautionner la consommation de meth. Ceci dit, il y a très peu de scènes de ce type. L’héroïne est aussi présente dans la saison 2 et mènera sa consommatrice à une overdose mortelle. Pour couvrir son activité et justifier ses appels à un dealer, Walter préfèrera dire à un moment qu’il a fumé de la beuh pendant sa chimiothérapie. L’indulgence de ses proches est immédiate et son beau-frère des stups lui propose même de lui en procurer.

Réellement subversif ou faussement transgressif ?

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Money washing

Dans les 2 séries, le message est clair : c’est grâce à leur non-consommation que Nancy et Walter sont les cerveaux de leur bande. De la même façon, la caution morale repose sur la thèse du cannabis comme seule et unique drogue douce, à condition d’en user avec modération comme pour l’alcool. Toute autre consommation est implacablement dénigrée.

Mais cela n’empêche pas ces séries d’aborder, mine de rien et frontalement, ce qui cloche avec la prohibition des drogues. Dans ce domaine, la violence et la corruption sont en haut de l’affiche. Weeds explore davantage la corruption et son fidèle compère, l’hypocrisie. Le summum étant, dans les saisons 4 et 5, le personnage du maire de Tijuana au Mexique qui mène publiquement des programmes antidrogues tout en étant, dans le privé, le chef du cartel local. Si dans Breaking Bad les flics sont plutôt intègres et les politiciens absents, on plonge rapidement dans un univers criminel dont le potentiel violent peut exploser à tout moment. On surprend alors Walter rêver que la fabrication de méthamphétamine est tout ce qu’il y a de plus légal.

Le manuel du savoir dealer

Le manuel du savoir dealer que représentent ces séries n’est pas inintéressant. De la production à la consommation, en passant par le transport et le blanchiment de l’argent ainsi gagné, toutes les étapes y sont scrupuleusement décrites au fil des épisodes.

Breaking bad prof chimie
Prof médiocre de 50 ans

Une particularité de Weeds est d’intégrer des éléments d’actualité dans son scénario, ce qui plombe un peu le rythme depuis la saison 4. En effet, la consommation médicale de beuh est si développée en Californie que la principale raison d’être de la série devient obsolète. Pour palier à cela, les auteurs ont tenté plusieurs pistes. Premièrement, transposer leur activité dans le milieu de l’immigration clandestine, l’image populaire du passeur exploitant la misère de quelques-uns n’ayant rien à envier à celle du dealer de drogues. Dans les 2 cas, on oublie en effet qu’il il y a une demande avant l’offre. Deuxièmement, ouvrir une boutique légale de vente de produits à base de cannabis sur ordonnance compte tenu de la nouvelle législation. Et troisièmement, faire traverser la frontière mexicaine à certains personnages afin de retrouver une situation similaire à celle qui faisait le succès de la série à ses début (prohibition, corruption et trafic). Bref, ça part dans tout les sens.

Breaking Bad n’a que 3 saisons à son actif et n’a donc pas encore joué tous ses atouts. D’autant que la crystal-meth n’est pas près d’être légalisée, ce qui réduit les risques d’une nouvelle panne scénaristique. En trois ans, le côté déjanté et drôle du début s’est cependant sérieusement assombri. La dernière saison ne compte que 2 épisodes à l’humour franc et décalé, dont l’un assez mémorable où 3 revendeurs n’ayant plus de territoire pour dealer décident d’investir des groupes de parole d’abstinents pour promouvoir subtilement leur produit et s’ouvrir les portes d’un nouveau marché : les abstinents prêts à rechuter !

Bonjour, je m’appelle Pete, je ne prends plus rien depuis 3 mois mais hier, j’ai craqué. Un ami m’a proposé la fameuse amphet’ bleue dont tout le monde parle en ce moment.
Ah, oui ! Il paraît qu’elle te retourne le cerveau comme jamais. Une fois, j’en ai pris et c’était le meilleur trip de toute ma vie.

Un sujet dont on rit de bon cœur

L’accord Mildt -CSA

De puis 2008, sous l’impulsion de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) « interdit de faire apparaître à l’antenne toute drogue illicite ou toute personne en consommant […] ainsi que de relater de manière positive ou équivoque la consommation de drogue. S’agissant des émissions d’information et des documentaires, des drogues illicites ou des personnes les consommant peuvent y apparaître, dès lors que cela entre dans l’objet de l’émission ou du documentaire et que ces programmes ne sont en rien incitatifs, c’est-à-dire que la consommation et la personne consommant de la drogue ne sont en aucun cas valorisées. »

On comprend alors aisément pourquoi tous les reportages sur les drogues sont toujours aussi stigmatisants et si peu réalistes. Et surtout pourquoi on ne se marre jamais sur ce sujet. Il ne faudrait pas le valoriser !

De plus, « les programmes susceptibles de présenter un risque de banalisation de prise de drogues illicites [doivent faire apparaître] l’avertissement suivant : L’usage de produits stupéfiants est dangereux pour la santé et interdit par la loi. Pour plus d’informations et recevoir de l’aide, téléphonez au 0800 23 13 13 (Drogues Info Service). » Une mesure qui fleure bon l’ORTF de grand-papa à l’heure de la TNT et d’Internet…

Car c’est bien cela le plus subversif de ces séries : faire des drogues et de leur quotidien un sujet comique dont on rit de bon cœur. Pas une moquerie de plus envers les drogués ni une blague hermétique aux nonconsommateurs. Non, de vrais moments où chaque éclat de rire partagé vient ébrécher un peu plus les clichés et le sérieux imposé dès qu’il est question des drogues et de ceux qui en prennent. Évoquer les drogues concrètement et à la légère est tabou. Le risque de voir s’effondrer le mythe du « fléau de l’humanité », tel un tour de magie qui n’impressionne plus personne dès qu’on en connaît le « truc », est trop grand pour les gardiens de cette idéologie.

Est-ce pour cela que Weeds et Breaking Bad sont péniblement diffusées à la télé française, malgré le succès d’audience outre-Atlantique ? Aucune des grandes chaînes interrogées sur la question n’a confirmé ni infirmé cette hypothèse. Il faut dire que le récent partenariat Mildt-CSA (voir encadré) veille à la bonne moralité des programmes diffusés. Quant à avoir une série française du même genre, ce n’est pas demain la veille. En attendant, on devra se contenter des flics accrocs de Braco sur Canal+, ou encore des allusions au cannabis thérapeutique dans plusieurs épisodes de Plus belle la vie sur France 3.

Serial-Dealers

Cet article fait partie du dossier Serial Dealers.

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