Le kit de survie du teufeur

Quel est le minimum vital à amener en teuf pour ne pas avoir de mauvaises surprises et être pris au dépourvu.

– Un bloc de Post-it pour faire ses pailles soi-même. C’est ludique, et le papier a l’avantage par rapport aux pailles traditionnelles de ne pas risquer de couper nos fragiles muqueuses nasales. La paille doit être à usage unique pour éviter toute transmission du VHC. Le petit plus, c’est d’avoir de l’eau stérile pour se rincer le nez avant et après avoir sniffé.

– Des préservatifs. Ce serait trop con de passer à côté ou de faire sans. Le gel lubrifiant a aussi toute son utilité dans ces situations : il lubrifie le préservatif, évitant ainsi la principale cause de déchirure. De plus, la consommation de produit peut entraîner un assèchement des muqueuses vaginales chez la femme. Rappelons, à cet effet, qu’il existe un préservatif féminin encore sous-utilisé, alors que la grande majorité de ceux qui l’ont essayé en vante les mérites.

– Des sucreries pour éviter l’hypoglycémie.

– Des bouchons d’oreilles, surtout sur les teufs de plusieurs jours.

– Et de l’EAU.

Réduction des risques et sons

Quand on parle de réduction des risques en teuf, on pense immédiatement aux drogues (alcool compris), à la rigeur aux accidents de caisse, mais jamais aux tympans crevés, acouphènes et autres passeports vers la surdité temporaire ou définitive. Non que le sujet soit une raison de faire encore plus flipper les parents, mais parce que quelques précautions simples permettent là aussi de réduire les risques.

À la fin de l’été 2006, le cassoulet (Collectif des artistes séparatistes du Sud-Ouest unis pour la liberté d’expression du mouvement tekno) défrayait la chronique en organsinant le Teknival d’Angoulême à grand renfort de sound systems et de teufeurs de tous horizons. Fidèle reflet de toute l’actualité du son, de l’éclairage et de l’événement scénique technique, le magazine Sono* lui emboîtait le pas avec un dossier sur la sonorisation des teufs, après 10 ans de silence médiatique quasi complet. Sono qui, dans une mise en garde initiale, se défend de « sombrer dans l’angélisme béat ou cautionner des pratiques à très gros risques et passer sous silence des lacunes criantes quant à la sécurité du site et des oreilles des participants », d’ailleurs qualifiés de « camés du son ».

« La tête dans la gamelle »

asud_journal_34_teufPourquoi entrer dans pareille polémique sinon parce que, en tant que référent et expert en techniques de sonorisation, Sono attaque franchement le coeur du problème ?
La nature des matériels de sonorisation (occasions ou rachats de matériel de boîte), mais aussi le mode même de sonorisation choisi lors du teknival : en façade trapue, barrée de très large murs d’enceintes étalées, couplage aléatoire du son en certains
points (ce qui se surajoute à la pression acoustique également de façon aléatoire sur le terrain), possibilité d’abord direct du mur d’enceintes (offrant aux usagers une banane recherchée avec la « tête dans la gamelle »).
Plus que la recherche de pression acoustique intense, voire maximale, ce sont les régimes de pression utilisés au niveau du dance floor qui se révèlent les plus spectaculaires : entre 115 et 123 dB SPL durant la journée, auxquels il faut ajouter 2 à 3 dB durant la nuit. Maintenir les usagers à 2 mètres ramènerait ces seuils à 115 dB, où les conséquences néfastes pour l’audition mettent plus de 30 secondes à se manifester…
Normalement, 105 dB sont tolérés durant 5 minutes sans aucun retentissement au niveau de l’organisme. C’est d’ailleurs une norme officielle (www.legifrance.gouv.fr.).
Les dangers pour l’audition sont essentiellement représentés par les « séquelles habituelles des pratiques musicales amplifiées ». La surdité s’étend sur une plage de fréquence élevée (3 000 à 6 000 Hz), celle de la parole étant normalement le mieux appréciée autour de 500-2 000 Hz et maximalement atteinte dans les fréquences aiguës. Des acouphènes (bruits parasites de type grésillements, craquements, etc.) plus ou moins permanents et invalidants (car ils touchent le psychisme à plus ou moins long terme) se surajoutent à une hyperacousie dans les fréquences de la conversation : on entend plus fort, et cette hyperacousie douloureuse, pénible, aura aussi des conséquences pour la santé nerveuse et l’équilibre général. De plus, à la différence des tracas mécaniques de survenue brutale (comme une rupture du tympan par exemple), les destructions de fibres nerveuses sont connues pour ne pas régresser ou très incomplètement. Si les produits permettent de s’oublier dans le son, ceux-ci ne vous oublient pas une fois que le son a produit ses effets : une bonne descente d’acide dans l’hyperacousie et les acouphènes surajoutés aux hallucinations auditives, bon courage !

Mieux vaut prévenir…

Bien que ce sujet ne fasse l’objet que d’un intérêt limité, les mesures de prévention sont pourtant multiples et dépassent le simple port des « bouchons atténuateurs» que les associations distribuent à foison et qui sont essentiellement dédiés à l’isolement sensoriel ou à se reposer un peu.

Atteintes de l’audition après exposition prolongée à plus de 115 dB :
– irréversibles & onéreuses (3 000€ la prothèse auditive)
– plus risquées à moins de 3 mètres du mur d’enceintes pendant plus d’1 minute
– produits = risque supplémentaire de perte de contrôle (« tête dans le son »)
– acouphènes + hyperacousie accompagnant la surdité (avec risque de repli sur soi, trouble psychologiques, bad trip).

Première mesure de prévention : relire cet article et adopter les quelques conseils qui y sont donnés.
Deuxième mesure : au moindre doute, consulter un ORL qui pratiquera un audiogramme afin de détecter toute surdité par atteinte de votre nerf auditif. Le traitement consiste le plus souvent en un appareillage en prothèses auditives, dont le prix de revient est souvent supérieur à 3 000 €…
Sinon :
– Porter des bouchons atténuateurs, voire un casque 3M lors des périodes de repos pour ceux qui travaillent sur le tekos, en évitant tout séjour prolongé en zone de très forte pression acoustique (3 à 5 mètres du mur d’enceintes selon les niveaux).
– Éviter une perte de contrôle dans le mur d’enceinte (favorisée par les produits).
– Se tenir à distance respectable (2-3 mètres du mur) n’a pas de conséquences dramatiques sur le régime sonore mais protège la santé de vos oreilles. Postez-vous à 3 mètres d’un volumineux subwoofer posé au sol, vous serez au top pour un massage du ventre et autres … !
– Pour les techniciens des sound systems, des alternatives existent dans la construction des murs d’enceintes et le choix du matériel (en particulier pour les enceintes subsoniques). Notre tolérance au son tient en large part à la technicité de ceux qui ont fait l’installation (Sono souligne d’ailleurs qu’elles sont toutes bien sanglées). L’utilisation croissante des planchers vibrants dans certaines discothèques témoigne d’une sensibilisation de la profession depuis la loi des 105 dB.
– Le DJ a aussi un rôle à jouer, car le massage du ventre par les infrabasses obéit à une égalisation soignée des basses et des fréquences qui « passent ». Les infrabasses exposant aux troubles digestifs, en abuser c’est bien souvent vomir…
Sur un teknival, « avec des teufeurs heureux, exténués, et en recherche permanente d’une surenchère au plaisir », l’enjeu se situe cependant dans les 2 mètres devant le mur d’enceintes, où les teufeurs devraient eux-mêmes être vigilants à écarter les plus défoncés des risques qu’ils encourent. Car les infrabasses sont sournoises/vicieuses quand il s’agit de réveiller les douleurs de dents déjà abimées ou même parfois entre deux dents saines, des crise d’arthrite jouïssive… L’incident survient volontiers après une exposition un peu prolongée dans la proximité des enceintes subsoniques (« gamelles » ou subwoofers).

Interactions audition et produits

asud_journal_34_teuf3Si le rôle de Sono n’est pas d’évoquer la place des produits, celui d’Asud est de vous informer des risques encourus lors de consommation de toxique(s). Certains produits comme l’acide (LSD), la psilocybine, la mescaline, sont connus pour susciter des hallucinations auditives puissantes. Dans pareilles circonstances, un usager de LSD peut confondre acouphènes liés au traumatisme sonore et hallucinations liées au produit. Les acouphènes peuvent susciter un bad trip, tout comme un certain repli sur soi peut survenir au décours de l’hyperacousie. On imagine les conséquences en descente de trip. Il est difficile de parler plus précisément des conséquences chez les fumeurs de crack, injecteurs de coke, et autres tapeurs de kétamine. Reste que, conjugués à l’usage de produits, ces forts niveaux de pression acoustique et leurs conséquences sur la physiologie pourraient expliquer, chez certains, les phénomènes de dépression et de repli sur soi dans les semaines suivant les périodes festives.

Enfin, le magazine Sono rend également un vibrant hommage à la prévention et, en particulier, au travail de Médecins du monde qui a insisté sur l’urgence de traiter d’autres problèmes plus brûlants. Il était donc normal qu’un de leurs anciens évaluateurs médical de terrain reste disponible pour relayer ces informations. Un travail plus fouillé (avec la collaboration du DrC, électroacousticien) sera bientôt disponible sur les interactions à connaître entre audition et produits.

Réduire les risques en teuf

Dépassant la seule prévention des risques encourus par l’injection (VIH, hépatites), la réduction teuf des risques en milieu festif s’efforce de s’adapter à l’évolution des consommations et d’aborder tous les types de risques liés à l’usage de drogues. Quelques conseils pour «bien consommer» ou tout au moins «consommer à moindre risque».

Le contexte de consommation et l’état d’esprit dans lequel on se trouve au moment de la fête sont, tout d’abord, des facteurs prédominants. Il est, en effet, totalement illusoire de penser que le produit seul peut tout faire. Il est donc important d’apprécier l’ambiance de la fête et de se sentir bien.
Être avec des gens de confiance est tout aussi essentiel : mieux vaut avoir des potes sur qui compter en cas de galère (bad trip, accident…).

Mythes et contrevérités

teuf3Pour réduire les risques d’une consommation de produits en milieu festif, il est essentiel de s’informer sur les effets des produits et de connaître leur mode de consommation. Consommer ne suffit pas pour connaître l’ensemble des effets d’un produit, et ce constat a incité les acteurs de la réduction des teuf risques à informer les teufeurs au plus près de leurs préoccupations. Beaucoup de mythes et contrevérités circulent, en effet, en teuf. Comme, par exemple, celui de la cocaïne végétale qui serait moins dangereuse – parce que «naturelle» – que la «mauvaise» synthétique. Synthétiser de la coke serait, en fait, très difficile et coûterait surtout beaucoup plus cher. Il n’y a donc pas de synthé, et la végé n’est pas un produit bio. Le mythe des descentes «difficiles » ou d’effets indésirables (dépression, mauvaise humeur, mâchoire crispée) liés à la présence d’amphétamines dans l’ecstasy est aussi répandu. Or, les analyses en laboratoire de nombreux comprimés collectés en teuf ont démontré que la grande majorité des ecstasies vendus ne contenaient pas d’amphétamines, et que les autres produits de coupe (souvent des excipients utilisés dans les médicaments) sont généralement anodins pour l’organisme. Des résultats qui permettent de comprendre que les effets dont on peut se plaindre sont donc pratiquement exclusivement dus à une consommation abusive.

Savoir ce que l’on consomme

Certains médicaments vendus pour de l’ecstasy peuvent être relativement anodins en prise unique, sauf allergie grave et immédiate. Mais, combinés à d’autres substances licites ou illicites, ils exposent le consommateur à des interactions malheureuses. Les différences de dosage majorent également le risque spécifique lié à l’ecstasy : nos analyses * montrent ainsi que la dose de MDMA peut varier de moins de 10 mg à plus de 160 mg selon les comprimés. Or, les risques dépendent de la dose, peutêtre pas en ce qui concerne le risque de « mort subite » (syndrome d’hyperthermierhabdomyolyse, hépatites fulminantes, complication neurologiques…), mais certainement pour celui de décompensation psychologique.
Des produits à risques très différents (hallucinogènes, par exemple) sont, par ailleurs, vendus pour de l’ecstasy (DOM, 2CB, 2CT7, etc.). L’effet vécu n’est alors plus du out le même que celui attendu par le consommateur d’une substance censée être de la MDMA, créant du même coup des risques de panique grave. Les effets de ces nouvelles molécules sont, de plus, très mal connus.

Sus aux mélanges

Certains mélanges sont plus nocifs que d’autres. On sait, par exemple, que la consommation d’ecstasy associée à celle de speed est extrêmement neurotoxique. Le mélange avec l’alcool accroît, de même, considérablement sa neurotoxicité et les risques de malaises et d’accident. L’alcool a ainsi une part de responsabilité dans plus de 90 % des accidents et overdoses.
Différentes stratégies de mélange sont, par ailleurs, développées pour rechercher un effet en particulier ou explorer de nouveaux états de conscience. Rappelons, là encore, que le contexte et l’état d’esprit de consommation peuvent primer sur les effets du produit lui-même.

Accepter de redescendre

À toujours vouloir monter plus haut, on risque de tomber très bas ! Les premières montées restent uniques, et on a souvent tendance à chercher à retrouver ces premiers états de conscience. Le meilleur moyen de retrouver ces effets est de faire de bonnes pauses entre les prises, pour éviter de développer une trop grosse tolérance et reconstituer ses réserves de neuromédiateurs.
Il faut aussi accepter à un moment de redescendre. Rien ne sert de bouffer 15 taz. À partir d’un certain seuil, qui diffère selon les personnes, le cerveau sature. La reprise de produit sert à peine à maintenir un effet plateau qui « sent la fin ».

Et bien récupérer

Même si cela peut sembler basique, manger et dormir sont les éléments les plus importants pour récupérer. De nombreux produits consommés ont une action coupe-faim et sont stimulants. Il n’est donc pas toujours facile de remplir ces besoins primaires sans se faire un peu violence dans les jours qui suivent la teuf.

Les précautions d’usage selon Techno+

  • Renseigne-toi le mieux possible sur la qualité et l’effet du produit que tu achètes.
  • Évite de consommer si tu es fatigué, si tu as des problèmes cardiovasculaires, d’hypertension, d’épilepsie, d’asthme, de tétanie ; si tu as des problèmes psychologiques, de dépression ; et pour les femmes, si tu es enceinte ou si tu allaites.
  • Si tu as décidé de consommer, fais-le avec des gens de confiance, dans un contexte rassurant.
  • Fais attention aux doses. Les premières fois, ne prends pas plus de la moitié de ce qu’un habitué prend.
  • Sois vigilant sur le fait qu’avec certains produits, tu ne ressens plus la douleur.
  • Évite les mélanges entre produits, en particulier avec l’alcool.
  • Bois de l’eau régulièrement (mais pas trop d’un coup), fais des pauses, aère-toi.
  • Lors de la descente, repose-toi, détends-toi, mange des produits vitaminés et sucrés. C’est moins risqué que d’en reprendre.
  • Si tu sniffes, utilise ta propre paille pour éviter la transmission des hépatites. Si tu shootes, utilise ta propre seringue (et qu’une fois) pour éviter la transmission des hépatites et du sida.
  • Évite d’avoir l’estomac plein (risque de vomissement).
  • Évite de prendre le volant et d’entreprendre une activité à responsabilité.
  • Évite de répéter l’expérience avant plusieurs semaines. Consommer trop régulièrement atténue une part des effets et augmente les risques liés à l’abus (dépression, angoisse, insomnie…).
  • Même très sûr de toi, n’oublie pas la capote et prévois du gel lubrifiant.

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