Faut-il dépénaliser le Cannabis ?

écrit par Jean-Pierre Galland, le 03-10-2014 Thème : Politique, Cannabis, Livre.

Posez une question sujette à débat. Au hasard « Faut-il dépénaliser le cannabis ? ». Invitez une personnalité au-dessus de tout soupçon pour présenter l’état des lieux, mettez face à face des experts dont les idées sont diamétralement opposées et vous obtiendrez un livre polémique, un livre qui devrait, précise la quatrième de couverture, permettre de vous «  forger votre propre opinion » sur la question posée.

Saviez-vous que « les interpellations d’usagers de cannabis ont été multipliées par six entre 1990 et 2010 » ou qu’avec la loi de la prévention de la délinquance de mars 2005 et les fameux « stages de sensibilisation aux dangers des produits stupéfiants » qui s’ensuivirent, on a assisté à une « repénalisation de l’usage simple » ? C’est que nous rappelle opportunément Ivana Obradovic, chargée d’études à l’Ofdt et médiatrice de cet ouvrage.

Si vous suivez un tant soit peu l’actualité cannabique, vous connaissez forcément Jean Costentin, ses métaphores à deux balles et son mépris pour celles et ceux qui ne partagent pas ses idées spécieuses. Et si vous lisez régulièrement Asud-Journal, vous connaissez forcément Laurent Appel, militant de la réduction des risques et auteur de nombreuses et passionnantes contributions. Ce sont les deux principaux débatteurs de ce duel où s’immisce aussi Alain Rigaud, président de Fédération française d’addictologie.

Jean Costentin, membre de l’Académie de médecine, nous présente le cannabis comme « la drogue de la résignation, de l’indifférence, du rire bête, de la bêtise assumée, de la perte de l’estime de soi, de la sédation, du rêve éveillé (autant dire du délire) et de la faillite assurée ». Pêle-mêle, il nous assène « qu’un joint, c’est pour une semaine dans la tête » et déroule à l’envi les dangers du cannabis, de l’infarctus du myocarde au cancer des testicules. Il croit à la dépendance physique au cannabis et affirme qu’en abuser expose ses consommateurs à des crises de schizophrénie ou encore, que pour cause de récepteurs sensibles, le cannabis est l’antichambre de l’héroïne et qu’il tue. Évidemment, le chanvre n’a aucune valeur thérapeutique et « déguiser le cannabis en un médicament procède de la stratégie du cheval de Troie pour le faire entrer dans la cité sous les acclamations ». Le professeur Jean Costentin qui voudrait qu’on « invalide une performance artistique qui porterait la marque des drogues » méprise tous les scientifiques, et ils sont nombreux, qui ne partagent pas ses délires.

Dans le chapitre intitulé « Pour une régulation du cannabis », Alain Rigaud et Laurent Appel font preuve de plus de discernement et démontrent que le problème n’est pas le cannabis, mais sa prohibition et ses multiples effets pervers.

Alain Rigaud préconise une dépénalisation de l’usage simple, une mesurette déjà adoptée par une majorité de pays européens qui, non seulement « soulagerait le travail de la police et de la justice », mais aussi permettrait de mener une politique de prévention plus réaliste.

Quant à Laurent Appel, il estime que la « dépénalisation ne suffirait pas à réguler le marché ni à financer une politique efficace de prévention ». Aussi milite-t-il pour la légalisation du cannabis avec un pari : « intégrer les populations vivant du deal dans un nouveau modèle de régulation ».

Il appelle de ses vœux la création d’une Agence du cannabis chargée d’organiser tant sa production que sa distribution à travers les Cannabistrots créés sur le modèle de Sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC)… Une mesure qui, en prime, rapporterait (soyons réalistes) beaucoup d’argent au gouvernement sous forme de taxes.

En fin du livre et en quelques lignes, un droit de réponse est accordé aux contradicteurs. Jean Costentin, en mal d’arguments plausibles, s’en prend à Laurent Appel « chantre des drogues et des addictions », mais la bave du crapaud n’atteignant pas la blanche colombe, Laurent répond point par point aux élucubrations du docteur Folamour du cannabis.

Entre le premier qui défend une application stricte de la loi de 1970, le second qui propose de dépénaliser l’usage, donc de maintenir un interdit social, et le troisième qui présente un « bon hybride de libéralisme et de cogestion, ni trop capitaliste, ni trop étatique, avec un contrôle direct des pouvoirs publics et des consommateurs », à vous de choisir !

Vous pouvez même participer au débat en ligne organisé par l’éditeur.

Faut-il dépénaliser le cannabis ? Jean Costentin, Alain Rigaud,Laurent Appel. Le Muscadier, 2014.

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