Auteur : Fauchman

Baclofan

Fred est un amoureux des drogues. Il en a pris, il en prendra, il n’en fait ni une gloire ni une honte, mais il accepte de partager avec nous les incertitudes de sa vie de consommateur excessif. Après avoir raconté son expérience du programme UROD dans Asud‑Journal n° 39, il nous nous emmène aujourd’hui en plongée dans l’alcool profond et sa lente remontée grâce au baclofène, qualifié de produit miracle. Nouvel opus de journaliste gonzo totalement subjectif, alors que ce médicament a enfin d’obtenu une autorisation de mise sur le marché.

En 2008, je confiais à ce journal le récit de ma décro d’héroïne dans la clinique de l’urgentiste d’un hôpital public israélien près de Gaza : L’Ultra
Rapid Detox sous anesthésie générale du professeur Waissman1. Dix ans sans dépendance à l’héro. Jusqu’à aujourd’hui, ce fut bien ma dernière décro, à peine quelques rares petits coups de canif au contrat pour vérifier de loin en loin l’intérêt de ce produit qui avait constitué l’alpha et l’oméga de mon existence pendant de si nombreuses années.

Plates excuses, stratégies variées

À l’époque, j’avais terminé l’histoire de cette décro historique en remarquant que ma consommation d’alcool déjà très lourde s’était aggravée d’effets paradoxaux avec le traitement à la naltrexone prescrit en sortie de cure qui bloquait mes récepteurs opiacés. Depuis, l’alcool
s’est installé avec profondeur et chronicité. Longtemps, il m’avait plutôt réussi : faiseur de convive enjoué, accompagnateur de délires partagés, tissant dans la nuit des épopées absurdes, sans parler de l’effet antidépresseur. Dans la vie, depuis que j’avais laissé l’héro derrière moi, ce qu’au monde je préfère, c’est boire des coups en terrasse avec une
poignée de copains triés sur le volet de leurs mauvais esprits, soutenus de la verve de quelques spécimens féminins rassemblant les restes épars de nos testostérones de quinquas confirmés pour exalter nos joutes verbales.

Mais bientôt, le récit de mes frasques nocturnes au matin par mon entourage qui s’en souvenait me consterna, me couvrit de honte, partageant mes lendemains entre la recherche de ma voiture, du téléphone, de ma dignité perdus la veille. Je me répandais le jour en excuses aussi plates que vaines, une bière greffée à la main. Stratégies variées, boisson de substitution (sic !), alcoologues… toutes les rémissions se fracassaient en rechutes consciencieuses.

Romain Gary disait « Arrêter de fumer, c’est très facile, je l’ai fait 150 fois ». J’ai essayé 150 fois d’arrêter de boire, parfois réussi, mais cela n’a jamais été facile.

NA avait fonctionné en son temps… AA me tira des hurlements mais j’étais à deux pas de mordre à l’implacable théorème selon lequel certains sont tricards de la modération et par là même condamnés à l’abstinence. Admettre que j’en faisais partie constitua une de mes pilules les plus amères à bouloter et Dieu sait qu’en matière de pilules amères, j’ai un doctorat en validation d’acquis. Me résigner à ne plus jamais boire un verre d’alcool me plongeait dans un abîme de perplexité proche de la sidération.
Ainsi donc, le verre de trop serait le premier, face à ce constat tragique, lutter ou pas ? Vieil alcoolo ou vieil opio-dépendant ? Choix difficile, mon quartier préférait de loin mes pupilles rétrécies à mes esclandres de comptoir et mes chutes sur les trottoirs qui effraient les enfants. Je me sens plutôt du genre à assumer le statut d’un vieil opiomane que l’haleine hépatique du poivrot à fond de barrique. Même si insulter la terre entière à 15 heures au milieu du boulevard me semble d’une lucidité étincelante et d’une indépassable pureté stylistique.

Au-delà de la dose prescrite

Interminables monologues délibératifs sous gueule de bois que viendra interrompre le livre du docteur Olivier Ameisen, Le dernier verre… Sincère, son témoignage m’a touché et interpellé illico. Les lâchetés de la communauté médicale ajoutées aux perfidies des labos apportaient un sérieux gage d’efficacité au traitement qu’elles cherchent à décrédibiliser. Un médicament qui pondère et même supprime l’envie de boire, vous m’en direz tant !

En vieux routier, je me méfie des raccourcis miraculeux, gaffe aux effets secondaires et aux dommages collatéraux. En plus, je suis souvent un paradoxe aux produits : la cocaïne m’endort et l’héro me speede… Donc, quand je descends dans mon rad habituel lesté depuis une heure d’une poignée de baclo bien au-delà de la dose prescrite, je suis heureux comme un gars qui va enfin débuter l’apéro avec les potes mais je ne fonde pas d’espoir démesuré dans des cachetons pour crispés du mollet. Comme d’hab, je suis le premier arrivé. Salutations au serveur familier, mon tabouret préféré, et le verre de rouge idéal posé en face de moi sans avoir eu à ouvrir la bouche pour commander. Une heure plus tard, les premiers fidèles ont pris place dans l’arène quotidienne, les vannes fusent, le rituel est lancé. Soudain, instinctivement, mon bras se lève en direction de celui qui dirige l’office et ne sait déjà plus où donner de la tête, mais alors que ma main s’abaisse en direction de mon godet pour lui mimer le signal du refill, j’ai le choc de constater que mon verre est encore à moitié plein. Que se passe-t-il ? Les lois de la gravitation universelle seraient-elle en train de s’inverser ? Normalement, scientifiquement, mon verre se vide sans que je
m’en rende compte. Quelle sorte de catastrophe quantique est en train de s’abattre sur la terre ? Après avoir vérifié aux environs qu’aucune force bienfaisante ne soit venue remplir mon verre à mon insu, la lumière s’allume dans mon living : NON ! Le baclo serait au rendez-vous de sa promesse ?!! Bon sang ! Et je vais bien passer le reste de la soirée à confirmer l’hypothèse, buvant comme un de ces bâtards de mutants dont j’envie secrètement la nature : de manière modérée. Le deuxième verre me fait lui aussi plus d’une heure… attentif à l’expérience, je massacre une autre tablette sur le comptoir et me gobe la seconde salve de baclo sous les assauts de mes fidèles droogies qui veulent savoir à quel genre de détournement de Vidal je filoute. En pleine phase expérimentale d’autorisation de mise sur mon marché personnel, je ne lâche rien, j’essuie les plâtres. En mon for intérieur, je lève solennellement mon verre en l’honneur d’Olivier Ameisen et le repose sans boire une gorgée de ce toast muet aux grands précurseurs et martyrs de l’humanité. Il s’agit d’assurer la suite de l’expérience avec rigueur méthodologique.

Des patients dénoncent l’AMM
Dès la parution du témoignage d’Olivier Ameisen en 2008, des patients s’organisent en forum sur Internet pour s’entraider, trouver des prescripteurs de baclofène ou, à défaut, se procurer les traitements à l’étranger ou sur la toile. En 2010, ils créent l’association Aubes avec le docteur Bernard Joussaume, quelques médecins prescripteurs et surtout, des patients militants. Il s’agit d’orienter les usagers, de former des prescripteurs et
d’allumer des contre-feux face aux critiques émanant des professionnels de l’addictologie. Deux sujets font polémique : le « baclo » est un myorelaxant prescrit hors AMM et le sacro-saint principe de l’abstinence
est battu en brèche. Le combat est mené sur tous les fronts ; information du grand public, reconnaissance de la communauté scientifique, et sensibilisation des pouvoirs publics. Cette détermination aboutit en 2014
à une Recommandation temporaire d’utilisation (RTU), transformée contre toute attente en Autorisation de mise sur le marché (AMM). Cette victoire reste cependant inachevée pour les animateurs de l’association, qui
considèrent le périmètre de cette ouverture insuffisant au regard des demandes émanant du terrain : « Nous sommes inquiets de cette décision qui va à l’encontre de l’avis du comité mixte ad hoc qui nous a auditionnés en juillet dernier. Celui-ci était favorable à la prescription à hautes doses avec un encadrement spécifique mais défavorable à la demande d’AMM du laboratoire Ethypharm, dont le dossier incomplet ne pouvait conduire qu’à une AMM à doses trop restreintes pour être efficaces pour plus de la moitié
des patients. En juillet 2017, nous avions protesté contre la RTU réduite à 80 mg /jour. L’AMM est une officialisation de ce que nous dénoncions alors. Cela constitue un immense recul. Nous nous attendions à une prolongation de la RTU, à hautes doses, dans un cadre sécurisé. Nous avons déjà fait appel au Conseil d’État, avec le collectif Baclohelp, pour que le Comité scientifique spécialisé temporaire revoie sa copie et inclue toutes les données existantes à son étude du bénéfice/risque et nous prévoyons de demander l’annulation
de l’ AMM à 80 mg : nous préférons une RTU ouverte et bénéfique pour tous à une AMM fermée qui ne fera pas la preuve de l’efficacité du baclofène à cette dose maximale et risquera, du coup, d’être purement et simplement retirée et de signer l’arrêt de mort du traitement. »
Contact Aubes : http://www.baclofene.fr/portal.php

On redécouvre les petits matins

Une heure plus tard, pour fêter un tardif troisième verre, je passe de l’excellent Pinot noir de base de la maison à son exceptionnel Pessac Léognan Château Haut Smith qui n’a que l’inconvénient habituel de transformer la note d’un apéro prolongé en mensualité de remboursement de prêt immobilier. Le reste de la longue soirée déroule, je n’aurais été que peu au-delà de la demi-bouteille, je m’épargnerai surtout l’ouverture systématique de la trappe savonneuse des distillés et sa descente parfois joyeuse, toujours absurde vers des heures d’inconscience où le tragique des hurlements le dispute au pathétique des chutes et des fluides répandus.

Les jours suivants confirment, avec la joie intense d’un sentiment de maîtrise… naturelle. En prime, la découverte de tranches de nuit habituellement passées dans un état très avancé d’ivresse désormais traversées dans une inédite lucidité, l’impression que c’est un autre que soi ou un autre soi qui traverse un terrain vaguement familier. Et la
tranche 3 h 30-6 h 00, qui ne me laissait en souvenirs que de rares flashs et de multiples bleus et accros ! Je vais en visiter quelques-unes du haut de ma lucidité comme on traverse un territoire inconnu. Les matins aussi reviennent de loin, le soulagement est là dès le réveil, moins tardif, sans tête torturée ni jambes lourdes, citrate de bêta et ibuprofène quittent la carte du p’tit dej continental. Adieu le bras de fer pour repousser encore la première bière, et ne pas vider la bouteille au déjeuner. Un dosage s’établit très vite à 250 mg par jour, les effets s’installant avec un mode d’emploi détaillé par mon généraliste toujours aux avant-postes (qu’il soit ici remercié pour l’ensemble de son oeuvre !) Camarade lecteur, prends conscience de l’ampleur du miracle.

Le miracle baclo

Le miracle baclo est total. Dans le syndrome de sevrage, toutes les cases sont cochées : d’abord, un effet antidépresseur – pour moi, en tout cas. Un effet myorelaxant qui annihile la pesanteur musculaire stratosphérique du sevrage, l’effet narcotique assomme aussi sûrement que 3 g dans le sang et se contrecarre dans la journée d’un simple café, même à haut dosage. Enfin, sinon surtout, la possibilité de continuer à s’alimenter du brouhaha des cafés en dégustant les culottes de velours du petit Jésus des grands et petits crus de notre bon pays. En bref, l’exacte définition du miracle, sans parler
de l’ironie primesautière de cette molécule qui, à hautes doses même à jeun, donne par son effet myorelaxant,une démarche gentiment titubante. Gare au sens de la latéralité sérieusement émoussé au volant, slalom et remontée à deux roues entre deux files à déconseiller fortement. C’est là pour moi le seul effet secondaire dangereux du baclo !

Le craving, pour moi, c’était un truc de sevrage, sinon juste l’appel de la bouteille et la mise en mouvement robotique vers le frigo. Le baclo met entre 40 minutes sur un estomac vide à plus d’une heure trente pour produire son effet, d’où la nécessité d’être attentif à cet appel du muscle en fonction de son rythme d’alcoolisation dans la journée, et ajuster ainsi moments et dosages de prises.

Après les premiers mois à plus de 200 mg, j’ai buté sur la discipline dans la prise de la dose de confort (entre 110 et 80 mg) qui a pour but, le sevrage effectué, de prévenir la rechute. J’ai commis plusieurs fois l’erreur d’arrêter de la prendre suite à rupture de stock et de procrastiner à faire renouveler l’ordo. Dans tous les cas, lentement mais sûrement, en glissement, la conso est repartie comme en 40. Jusqu’au moment où cette phrase apparaît sur le plafond de la piaule à l’ouverture des paupières « Gros con ! Va chercher ton baclo ». Pour tout dire, je dois aussi admettre que l’absence de la perdition abyssale de l’alcool après l’absence du soulagement infini des opiacés a re-provoqué chez moi par intermittence des appels au gouffre, d’immanquables invitations à la cérémonie des waisted, alors ces fois-là, j’ai lentement débaclé, et recédé à l’appel du vide sans parachute.

Fred Fauchman

  1. « Château-Rouge/Gaza », Fred Fauchman, Asud-Journal n° 39.

Château Rouge – Gaza
une expérience d’un sevrage UROD (Ultra Rapid Opiate Detox)

Précisions : nous n’avons pas mis cette article pour faire de la pub pour une méthode miracle, mais pour faire réfléchir sur les sevrages en France (en particulier des produits de substitution) qui sont souvent mal faits. Pour faire le pendant de ce sevrage réussi, nous avons mis dans les commentaires deux témoignages de personnes qui ont suivi la cure et qui ont rencontré l’échec, voire qui ont été confrontées à de plus grandes difficultés par la suite .  Rappelons également que la méthode UROD est un service médical privé qui propose ses services contre rémunération. 
L’équipe d’Asud

Ce n’est pas un nouveau cépage palestinien ni un jeu de mot de mauvais goût sur la violence des territoires mais le compte-rendu, pour les besoins de ce dossier spécial « neurosciences des accros et marché de la détox », d’une épopée israélienne en gonzo journaliste, très à cheval… sur la vérification des sources !!!!

J’ai repris le cheval !! Après un an de quasi abstinence qui avait suivi une longue et assidue carrière d’usager à dosages pachydermiques. J’avais pourtant réussi une décro de Marmotte maso (de 180 mg de métha) et une postcure au fond d’un trou sans fin qui m’avait fait jurer « plus jamais ça ». Mais à trop me laisser la bride sur le cou, le cheval m’a repris comme en 14, au dur front des tranchées urbaines. En 3 semaines, avec ma bouteille et mon côté « il en reste ? », j’en suis déjà à 3 g/jour : ½ pour le dragon du matin qui permet d’atteindre la cafetière, un autre ½ pour atteindre la coupure de midi, ½ pour redémarrer l’aprèm dans de bonnes conditions, 1/4 pour le petit 4 heures… sans compter le demi de CC mini qu’il faut pour boucler la journée sans piquer du zen devant les collègues !! Au secours le budget… après 50 millions de consommateurs, voici les consommations à 50 millions. Tout ça, juste pour fonctionner !!
Les 3 semaines de vacances qui s’annoncent sont l’occasion de mettre un point final à ce n’importe quoi. Je ne vois que 3 solutions : Chez moi, avec un sac poubelle de médocs triés sur le Vidal et une allaise en latex ! La Teuf ! Bordé à Marmottan (souvenirs, souvenirs…) ou enfin, un Easy Jet pour le soleil et le bungalow les pieds dans l’eau… De loin la solution la plus tentante, mais les pays qui sont si chauds sont aussi souvent sous le soleil de la substance. Risqué car comme la chair sa voisine, la veine est faible. Le souvenir de 4 ans sous méthadone me fait écarter d’emblée le confort de la solution substitution dont la porte de sortie est un foutu dédale.

La double promesse

asud_journal_39_waissmanDans ce vaste monde de la toxicomanie, je tombe comme par un hasard bien fait sur une précédente issue de la prestigieuse publication que vous tenez entre les mains et son article concernant le professeur Waismann et sa clinique de détox en Israël. Un petit tour sur le site de l’anachorète et son ANR Clinic, et de décrocher mon téléphone (c’est un début) afin d’en savoir plus sur la méthode et les modalités. C‘est Tamie, parlant un parfait gaulois, qui me met au parfum, et me donne le portable de plusieurs patients français passés entre les mains du Doc. Et de me laisser sur la double promesse : décrocher sous anesthésie générale en quelques heures sans douleurs, et ensuite un traitement qui me ramène à un état neurologique antérieur à ma 1ère addiction !!! Sans dec !? La perspective de m’éviter la terrible déprime post-décro me rallume la lumière dans toutes les pièces (la dernière descente pour quitter des années de métha à dose d’éléphant dura un an).
Coup de bigot aux clients traités, et mon sentiment est nettement plus positif que la réput largement distillée par ceux qui n’ont fait que voir l’homme qui a vu l’homme qu’a vu le doc.
Le gonzo conjuguant investigation journalistique et implication perso, coups de fil pour négocier un étalement de paiement, un emprunt à quelqu’un qui a les moyens et me préfère clean, reste plus qu’à retrouver mon passeport, ma brosse à dents, et un peu de Sub pour le voyage.
Tamie la francophone m’accueille à l’aéroport et me dépose dans le ventre de Tel Aviv. RdV le lendemain à 9 heures pour aller à Ashkelon, 7 bornes avant la bande de Gaza, pour un premier contact avec le Doc avant l’hospi, le surlendemain.

Fin prêt pour la croisière

Après avoir répondu en anglais aux questions et décliné mon CV d’usager (dont sans me vanter je n’ai pas à rougir), le docteur m’explique son procédé « simplissime et vieux comme l’anesthésie » : « N’importe quel anesthésiste utilise la plupart du temps des produits dérivés des opioïdes (rien de tel pour anesthésier !). Si au sortir de l’opération, ce même anesthésiste n’utilisait pas un bloqueur de récepteurs opiacés qui nettoie les récepteurs en se substituant aux molécules morphiniques, l’opéré resterait endormi puis dans le potage pendant des jours. »
C’est ce produit, qui bloque les récepteurs opioïdes après les anesthésies, qu’utilise le Dr Waismann pour nettoyer les récepteurs opioïdes des usagers d’opiacés. Une évidence biblique !
Le lendemain matin, en route dans la Golf de Tamie pour l’Ultra Rapid Detox (URD) dans la clinique où un lit m’attend. Staff d’experts hospitaliers au grand complet : une infirmière à mes petits soins, un anesthésiste qui m’envoie une poignée de cachetons pour me détendre et me mettre en condition, et le Dr Waismann à la manœuvre. À poil, une couche culotte XXXL que je savais pas que ça existait, une blouse jetable, et au pieu avec la télécommande et le docu animalier en hébreu, en attendant que les pilules agissent.
En début d’aprem, les experts redébarquent. Waismann me pose les patchs de l’électrocardiogramme, vérifie le tuyau d’intubation que l’on va me rentrer dans le gosier dès la sieste entamée (ça doit éviter de nettoyer le gerbi), l’infirmière vérifie les lanières qui me sangleront au lit histoire que je saute pas en route, l’anesthésiste me perfuse. Fin prêt pour la croisière…

Pourvu que ça dure !

Au réveil, j’ai un peu l’impression d’avoir fait tous les manèges de la fête foraine, très secoué mais radieux. Rhabillé, mes clics et mes clacs sous le bras, je prends la direction de l’hôtel de luxe sur la plage, à 2 pas de la clinique, que l’on a réservé pour moi et mes émotions… Le Doc exigeant que quelqu’un soit là pour accompagner le convalescent dans sa retraite, une amie Israélienne arrive de Tel Aviv. J’ai un peu le sentiment que je viens de naître et je n’en suis pas si mécontent. Un pas sur la balance, j’ai perdu 1,5 kg par rapport à la veille !!!
Le Dr Waismann me conseille d’aller me faire bichonner à l’hôtel et de me reposer pour me remettre de l’anesthésie, et me glisse 5 mg de Valium® et un potentialisteur de benzo pour m’aider à dormir. Salutations chaleureuses à tout le staff et direction l’hôtel plein d’étoiles, jacuzzi, hammam, rapide aller-retour en ville en fin d’aprèm pour un snack houmous de la mort. Derrière la fatigue, l’état particulièrement apaisé dans lequel je me trouve me rend dubitatif sur le fait d’être effectivement sevré. Je me tâte, je me guette à l’affût d’un des symptômes du manque : pas le moindre frisson, pas la moindre trace de sueur, pas la moindre torsion de boyaux, l’appétit est frugal mais là, l’esprit serein et léger…Pourvu que ça dure ! Le lendemain, je constate avoir éprouvé une légère suée dans la nuit, mais je me sens comme la veille, un peu moins fatigué, en pleine forme dans ma tête, stimulé aussi sans doute par la découverte du pays… Copieux p’tit déj dans la salle de l’hôtel complètement vide.

Protégé contre la tentation

Après le rot, Tamie nous emmène au premier débriefing dans le bureau de Magic Doc.
« Vous m’avez donné du mal, m’accueille-t-il. Une fois anesthésié, je vous ai injecté par doses successives de 25 mg la nettoyeuse naltrexone. À chaque dose, vos récepteurs mécontents ont entraîné une violente réaction de manque pendant laquelle vous en avez traversé tous les symptômes de manière sévère (vomissements, diarrhées, extrême sudation, convulsions qui sans les sangles éjectent du lit…). À la dernière injection, votre corps a cessé de faire le pop corn et de présenter les symptômes de sevrage des doses précédentes. J’ai pu en déduire que j’étais venu à bout de l’ensemble de vos récepteurs opiacés, et la dose totale utilisée m’a donné une estimation assez précise du volume global de vos récepteurs. Je suis aujourd’hui en mesure de vous prescrire un traitement neurobiologique visant à rééquilibrer cette disproportion entre le volume de vos récepteurs et votre production naturelle d’endorphine. J’ai déterminé le dosage quotidien du médicament qui va bloquer vos récepteurs opiacés, ce qui veut dire que si vous prenez des opiacés pendant ce traitement vous n’en ressentirez aucun des effets. Tant que vous prenez ce médicament, vous êtes protégé contre la tentation. Mais cet ange gardien a une autre fonction : il accélère le processus de réduction de la production de récepteurs opiacés par votre cerveau. Dans quelques mois, lorsque ce nombre de récepteurs sera revenu à un seuil plus naturel, vous pourrez stopper la prise de la molécule bloquante. Vous serez alors livré à votre libre arbitre, aurez le choix de décider si vous désirez continuer à vivre sans opiacés ou si vous désirez reprendre une consommation… Retournez vous reposer à l’hôtel, je reste à votre disposition pour vous rencontrer dès vous en ressentez le désir ou le besoin. »

Back to normality

De retour à l’hôtel, j’en mène pas large en Quicksilver, les pieds dans l’eau du lagon. Nous sommes en février, le 1er bain de l’été attendra, pas question d’ajouter un naufrage au sevrage !!! Merav et moi checkons out (ce qui réduira encore la note globale), direction Tel Aviv, non sans faire une dernière visite au docteur Waismann. Une dernière discussion au cours de laquelle il me rappelle que, tant que je suis son traitement de postcure, je suis protégé de l’effet des opiacé. Mon boulot désormais consiste à stimuler ma fonction endorphinique naturelle, en faisant tout ce que j’aime faire dans la vie : « Faites du sport, faites l’amour, masturbez-vous, écoutez de la musique, allez au cinéma, au théâtre… Évitez tous les stimuli qui vous rappellent la drogue, si vous avez besoin d’un psy allez en ville et pas dans un centre spécial drogués, etc. En un mot, back up to normality !!! »
À Tel-Aviv, séjour touristique dans un état de santé plutôt bon. Seules quelques sudations nocturnes me rappellent que je viens de décrocher de 3 g d’héroïne quotidiens. Elles stopperont progressivement au bout de 3 semaines…
Votre serviteur doit cependant confesser une assez nette compensation par l’alcool, surtout dans les premier temps, avec de très problématiques effets secondaires car le traitement neurologique qui bloque mes récepteurs donnent à cette consommation des effets un peu incontrôlables (perte de mémoire, déséquilibre…), qui s’aggravent sévèrement avec le cocktail alcool/cocaïne.
À la finale, quelques mois après le retour et un suivi à 80% du traitement à la naltrexone (quelques périodes de rupture d’appro et quelques oublis), je n’ai retouché qu’une seule fois au brown pour vérifier que je n’en ressentais pas les effets (sevré mais curieux, hé ! hé !). Ce que j’ai effectivement pu vérifier. Je dois reconnaître que je n’avais jamais traversé de sevrage aussi confortable physiquement et psychologiquement et de sortie de sevrage avec un moral aussi bon et une volonté aussi stable. Rien de particulièrement significatif n’est intervenu dans ma vie, ni en positif ni en négatif, qui aurait facilité ou mis à mal la démarche de ce sevrage. Encore 6 mois de naltrexone avant de retrouver ma liberté totale. Vous savez… l’excitante et dangereuse !!

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