Exploration drogues : Premier contact 11-15 ans

écrit par Kritik, le 14-10-2014 Thème : Jeunes, Livre.

Alain Roy relève avec brio le défi d’écrire un livre sur les drogues destiné aux ados. Jamais dramatisant ni banalisant, il tente de renouer la confiance avec ce public qui a arrêté de croire aux mensonges des adultes depuis trop longtemps.

Arrivé à la fin de l’été 2013 pour les jeunes Québécois, Exploration Drogues, Premier contact, est aussi disponible en France depuis cette même date en version papier et électronique. Malheureusement, aucun spécialiste des ados que nous avons rencontrés ou presque ne semble le savoir. De quoi s’agit-il ?

Ceci est une révolution

De la même façon que l’abandon progressif des politiques d’abstinence et de sevrage frappe la fourmilière du traitement des toxicomanies et de l’alcoolisme à grands coups de consommation prescrite, voire maîtrisée, la prévention de l’usage de drogues auprès des jeunes se voit ici reprogrammée en une séance d’informations objectives sur les produits et leurs effets dans une optique plus sociologique que médicale.

À quoi ressemble un choix éclairé de consommation pour un jeune entre 11 et 15 ans ? Pour y arriver, Alain Roy, aka M. Drogues, fait du fonctionnement biologique et psychique des substances psychoactives toutes catégories confondues un passage de lecture obligé. Le premier élément qui permet de briser la glace de la méfiance entre le jeune et l’adulte est la suppression des frontières imaginaires entre les produits légaux et illégaux. C’est juste une norme sociale, explique-t-il, qui n’a rien à voir avec la dangerosité d’un produit. Caféine, nicotine, alcool, médicaments psychotropes et cannabis sont traités pareil, c’est-à-dire en respectant les particularités de chaque substance. Les jeunes ne se fient plus aux messages officiels car ils savent qu’ils visent toujours à leur faire peur, pas à les informer. Alors, M. Drogues informe, montre des images, fait des schémas, vulgarise et répond aux questions des jeunes sans tabou. La maquette est colorée, aérée et psychédélique

Dis papa comment on fait les drogués ?

À travers des scénarios simples et réalistes, il dissèque les comportements des 11-15 ans sous l’influence de ces produits en diverses occasions : seul, en groupe, lors d’une fête, en période d’examen… Il autopsie les facteurs de choix individuels qui conduisent à l’abus, à l’incident, à la dépendance, mais aussi au plaisir d’une consommation maîtrisée ! L’acte de bravoure du livre est de compléter chacune de ses fiches-produits par une série de conseils de consommation à respecter pour rester dans un usage acceptable pour soi et la société.

Loin d’être une autorisation à se droguer, ces conseils impliquent habilement les parents, et leur redonnent une responsabilité dont ils cherchent à se débarrasser et qu’ils ont volontiers déléguée à la morale et/ou aux professionnels. Ce livre ne vise pas à émanciper les collégiens de leurs parents à propos des drogues. Au contraire, il permet de les faire discuter ensemble de cet usage acceptable dans une société en perte de repères sur la question. Ce livre est donc aussi un guide pour que les gens ordinaires puissent se positionner là où les scientifiques et les législations se contredisent. Un cahier d’exercices associé au livre est en vente chez le même éditeur.

Exploration Drogue : Premier contact 11-15 ans (et son cahier d’exercice)
Auteur : Alain Roy assisté par Lisa Ann Ellington
Éditeur : MultiMondes
Tarif : 35€ papier / 20€ électronique (cahier d’exercice : 15€ papier / 7€ électronique)

Feuilleter quelques extraits du livre

M DroguesM. Drogues vs. Drogue Info ServiceDrogues info service

Si en France il n’y a pas d’équivalent au livre d’Alain Roy, il existe néanmoins un service de l’État discret mais efficace 7j/7 qui répond aux questions des jeunes sur les drogues. Nous avons posé à Drogues Info Service les mêmes questions qu’à ce M. Drogues canadien en nous faisant passer pour des ados. Comparatif d’extraits de réponses :

Philippe, 13 ans :
Est-il préférable/acceptable pour un jeune de mon âge de prendre ou de ne pas prendre de l’alcool ?

M. Drogues Drogues Info Service

Si tu respectes les conditions de l’usage acceptable d’alcool, alors c’est vraiment une question de choix personnel.

Commencer à consommer maintenant serait plutôt « inacceptable » et nocif pour votre équilibre tant physique que psychique.

Justine, 15 ans :
Est-il vrai qu’il y a moins de risques d’abuser du shit que de l’alcool ?

M. Drogues Drogues Info Service

Je dois t’avouer que le risque de faire un abus est plus grand avec l’alcool. Chaque année, plusieurs jeunes se retrouvent à l’hôpital à cause de l’alcool, ce qui arrive rarement avec le shit.

Il est vrai que le cannabis a une toxicité moins élevée que l’alcool. On peut mourir d’une trop grosse consommation d’alcool alors qu’il n’existe pas « d’overdose » liée à une consommation excessive de cannabis.

Jérémy, 15 ans :
Est-ce que je peux fumer 10 joints de beuh par an sans nuire à mon développement ?

M. Drogues Drogues Info Service

La réponse est oui.
Depuis une quarantaine d’années, les études démontrent que cette quantité annuelle ne nuit pas au développement de la majorité des jeunes.

D’un point de vue physiologique, certaines études tendent à montrer qu’une consommation précoce de cannabis peut avoir des effets sur les performances intellectuelles à l’âge adulte.
D’un point de vue psychologique, on sait que consommer tôt un produit psychotrope augmente le risque d’en être dépendant dans les années qui suivent

Didi, 15 ans :
Est-il vrai qu’une jeune qui commence à fumer du shit à 14 ans a 80% de chances de finir un jour par prendre de l’héroïne et devenir dépendante ?

M. Drogues Drogues Info Service

Non ce n’est pas vrai. C’est une fausse rumeur.Les études scientifiques démontrent qu’il n’y a même pas 1% des fumeurs de cannabis qui deviennent dépendants de l’héroïne.

La « théorie de l’escalade » est fausse. Ce n’est pas une drogue en soi qui appelle la consommation d’une autre qui serait plus forte, ce sont d’autres raisons, comme par exemple la curiosité, la recherche de plaisir, ou encore une recherche d’effets différents pour tenter de gérer un problème ou une souffrance.

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