Étiquette : VIH / SIDA

Toxico ? moi ? Jamais !

L’usage de drogue dans la communauté LGBT est un sujet à la mode. Les mauvaises langues diront que l’arrivée du slam permet de renouer avec la vision classique de la consommation de substances illicites, une pratique « ordalique », du nom des jugements de Dieu pratiqués au Moyen Âge où la mort est une option assumée. D’autres, comme Thierry, préfèrent nous parler de la sociologie des drogues chez les gays, y compris dans ses aspects les moins politiquement corrects. Et si l’expression d’une certaine « toxicophobie » ramenait la communauté LGBT à l’endroit que la Manif pour tous leur refuse obstinément : une assez banale normalité ?

Depuis mes 15 ans et mon premier joint (ou depuis mes 7 ans et mon premier tube de colle), j’ai expérimenté toutes sortes de drogues récréatives dans divers lieux et soirées au sein des communautés gays. Les drogues font partie de la culture du clubbing gay ou sont consommées durant de grandes fêtes qui participent à créer une sociabilité commune, un rituel qui nous permet de nous retrouver entre nous, un peu comme certains hétéros ont leurs matchs de foot et leurs repas de famille. D’après diverses enquêtes, l’usage de drogues serait plus fort dans la communauté gay et lesbienne que dans ladite « population générale ». Les analyses les plus connes diront que c’est la preuve d’un mal-être identitaire et d’une souffrance. Je crois au contraire que c’est lié à une recherche de liberté, d’expérimentation du plaisir et à une déconstruction des normes sociales visant à contrôler nos corps.

 

DÉSINHIBITION OUI, DÉRESPONSABILISATION NON

Un des facteurs d’usage est également lié à la sexualité, qu’elle soit avec un seul partenaire ou en groupe, afin de multiplier les plaisirs et pour une plus grande performance dans la durée et les pratiques. C’est évidemment quelque chose qui inquiète fortement les pouvoirs publics puisque nous sommes bien connus pour être un « groupe à risque », « vecteurs de maladies » et de « risques sanitaires ». Cette crainte se retrouve dans la communauté gay elle-même, au point que l’usage de drogues, en particulier en contexte sexuel, est parfois assimilé à un « comportement à risque ». Régulièrement, des campagnes de prévention nous alertent sur les dangers de certains produits à la mode qui conduiraient à une plus grande prise de risque sexuels. Une année, c’est la guerre au GHB, l’autre, c’est contre la crystal meth, et ainsi de suite selon la panique du moment.
Ce qui est mis en avant est bien sûr le risque de désinhibition que peut faire ressentir tel ou tel produit, un message souvent entendu de la part des acteurs de prévention essayant de comprendre les raisons d’un manque ou d’une baisse d’usage de la capote. De façon intéressante, il faudrait souligner que le produit le plus souvent invoqué dans ces cas-là est l’alcool, et que cette drogue étant légale, elle suscite des recommandations de modération mais jamais de panique et de peur aussi forte puisque son usage est généralement bien plus connu et maîtrisé.

Pour ma part, je suis toujours quelque peu sceptique sur ces campagnes, car si je ne nie pas la désinhibition que peut causer un produit, mon vécu personnel me pousse à rejeter l’association un peu trop facile entre désinhibition et déresponsabilisation. Quand je me drogue, quand bien même je suis « grave défoncé », je conserve en moi une éthique morale, une sorte de « subconscient », diraient les psys, qui fait que je me refuse à être violent, à prendre ou faire prendre des risques, ou mettre en danger quelqu’un.

Et je ne crois pas être seul dans ce cas. Si l’usage de drogues peut révéler ou exagérer certains de nos comportements, peut-on vraiment blâmer un produit en particulier pour un comportement social ? N’est-ce pas plutôt que certains d’entre nous intériorisent les discours dominants toxiphobes et les reprennent à leur compte pour excuser et justifier leurs propres échecs, comme si « la drogue » était responsable de tout ?

 

DE LA « TOXICOPHOBIE » EN MILIEU GAY

Je n’ai pas de réponse définitive à ces questions car je ne voudrais pas généraliser à partir de ma propre expérience. Cependant, l’histoire de la lutte contre le sida nous a appris qu’alors que les usagers de drogues étaient considérés comme incapables de se protéger, ils ont au contraire prouvé être la communauté la plus responsable en systématisant les comportements de prévention et de protection au point que la prévalence VIH a très fortement chuté.

Ces articles dans la presse gay ou ces campagnes d’alerte ne participent-ils pas à une toxiphobie générale en hiérarchisant les produits et les usages, et donc, les usagers de drogues entre eux ? Ces hiérarchies symboliques nous divisent au point que certains pensent prendre des drogues sans être de « vrais drogués », car ils se sentent éloignés des images les plus stéréotypées sur les usagers de drogues, qui ne seraient que ceux souffrant d’addiction ou prenant ce produit que je ne prends pas, ou consommant de telle façon, ou encore appartenant à un autre groupe social.

De plus, chaque fois que j’entends ou que je lis un discours qui, pour ainsi dire, explique que « c’est la faute de LA drogue », j’ai le sentiment que cela contribue à la stigmatisation et aux croyances en l’abstinence comme seule solution à tous les problèmes liés aux usages. Cette vision me paraît mauvaise car j’ai toujours pensé préférables les logiques d’autodétermination et d’autoresponsabilisation des personnes.

Nous ne sommes pas des enfants. Nous devons apprendre à faire la part des choses et cesser de faire porter sur les drogues toutes les culpabilités quand ce ne sont pas les drogues en elles-mêmes qui sont le problème. Cette vision des choses est d’ailleurs très utile pour la classe politique car elle permet d’effacer le contexte d’usage, la stigmatisation, la criminalisation, la précarité, toutes ces choses dont elle est responsable et coupable, et non les drogues.

En analysant et exprimant par nous-mêmes ce que nous vivons, ce que sont réellement nos oppressions, en objectant à ceux qui veulent définir à notre place ce que seraient nos malheurs et nos souffrances pour mieux les instrumentaliser contre nous, en changeant le langage et les mots utilisés pour parler de nous, nous reprenons le pouvoir sur nos vies. Nous devons être des sujets politiques, pas leur objet d’analyse.

La seringue à moindre risque par William Zule

Des membres d’ASUD commentent les résultats de recherches montrant l’importance du type de seringue pour les risques infectieux.

Des données récentes, résultats de recherches menées par des virologues et des épidémiologistes, montrent que le type de seringue utilisé dans l’usage de drogues injectables a une influence importante sur le niveau de risque de transmission virale (VIH, VHB, VHC).

Après avoir édité une brochure sur ce sujet, en mai dernier Apothicom a reçu dans ses locaux William Zule, de RTI International, pour animer une table ronde sur la seringue à moindre risque.

ASUD y était invité vous pouvez télécharger le compte-rendu écrit en cliquant sur ce lien.

Apothicom logo

Berlin quand tu nous tiens !

Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’usage de drogues et l’hépatite C (VHC) n’ont jamais été l’objet exclusif d’une conférence internationale en Europe, jusqu’à celle de Berlin en octobre 2014. Pourtant, 67% des 15 millions de personnes infectées par le VHC en Europe sont ou ont été des usagers de drogues ! La Déclaration de Berlin marquera-t-elle la fin de l’omerta sur le VHC et les UD ?

La veille de la conférence, j’atterris à Berlin avec d’autres assos européennes d’UD. Asud a en effet été invitée par les organisateurs, l’ONG Correlation pour montrer des exemples d’actions réalisées par des asso d’UD1 contre cette « véritable bombe virale à retardement », selon l’OMS.

Des UD bien présents

Le lendemain, la conférence ouvre ses portes pour deux jours de travail. Sachant que les assos d’UD sont le fer de lance de la RdR, Correlation a eu le souci de respecter un certain équilibre entre leurs interventions et celles des professionnels, des chercheurs et des décideurs en matière de santé publique. Combien de fois a-t-on parlé de nous sans nous ? Ici, ce ne fut pas le cas. Cette conférence a d’ailleurs commencé par la projection de la vidéo Liver or Die2 réalisée par Berne, un vieux complice et ami d’Asud, de l’asso suédoise SDUU. Cette présentation efficace et didactique donne enfin la parole aux UD sur le VHC, sa prise en charge, la stigmatisation des UD, l’attitude du corps médical, etc. Des sujets repris au cours de ces journées, notamment par Marco Jess, président de JES Bundesverband (l’asso d’UD allemande) et d’autres, sur le VHC, ses spécificités virales (long développement, modes de transmission, forte résistance en dehors du corps humain qui le rend 10 fois plus contagieux que le VIH…), mais aussi la faiblesse de sa prise en charge par les pays, même les plus concernés. Pourtant, cette maladie touche désormais plus de 185 millions de personnes dans le monde, entraînant chaque année la mort de 350 000 d’entre elles, soit environ 1 000 morts par jour selon l’OMS !

L’espoir côté traitements

L’une des idées phares de ce congrès a sans nul doute été la situation totalement nouvelle que représente l’arrivée des derniers traitements, qui devrait signifier l’éradication de l’hépatite C. En effet, les « antiviraux d’action directe » (DAAs en anglais) n’ont plus rien à voir avec le traitement interféron/ribavarine, aux nombreux et souvent terribles effets secondaires, responsables de fréquents abandons ! Désormais, grâce aux DAAs, nous avons, suivant les molécules, un traitement de 3 à 6 mois maximum, des effets secondaires très limités en nombre et en intensité, et le plus important, un taux de guérison supérieur à 95%. Contrairement au VIH, le VHC peut donc être totalement vaincu, mais deux grands obstacles subsistent à cette happy end : d’abord, l’insuffisance du dépistage de cette maladie silencieuse qui ne fait souvent parler d’elle que lorsque son stade est trop avancé, dépistage qui doit aller de paire avec une prise de conscience générale des patients, mais aussi du corps médical et des États. Car il ne suffit pas de guérir de son hépatite C, il faut le faire avant que le virus n’ait eu le temps d’entraîner un cancer du foie ou une autre pathologie mortelle, comme on en voit trop ! Désormais plus fiables, rapides et bon marché qu’avant, les nouveaux tests de dépistage (TROD) doivent être proposés systématiquement aux principaux groupes cibles (UD, détenus…), qui sont justement les moins dépistés. Sans oublier le reste de la population ! Les personnes non UD constituent l’immense majorité en Égypte où le VHC (surtout le génotype 4) touche 14% de la population, la plus haute prévalence dans le monde. Elles furent contaminées lors d’actes médicaux (en partie dû à des campagnes de vaccinations !) ou dentaires, non respectueux de la stérilisation des instruments.

Un prix abusif

Deuxième obstacle : le prix scandaleusement exorbitant et non justifié de ces nouvelles molécules, comme celle du labo Gilead qui remporte la palme avec le sofosbuvir dont le coût s’élève en France, selon Médecins du monde, à 41 000 € pour trois mois de traitement. Soit, pour les 55% des 232 396 patients ayant besoin d’être traités en urgence, un peu plus du montant total du budget 2014 de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris ou 4 fois ce que notre pays donne au Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme ! Selon les pays, ce coût énorme va donc au mieux mettre en péril l’équilibre financier de leur Sécurité sociale, au pire, les en exclure et les réserver aux seuls pouvant se les payer ! Ce prix abusif oblige actuellement à traiter en priorité avec les DAAs les patients qui ont une fibrose au stade F3, les coïnfectés VIH/VHC, ceux qui ont préalablement échoué au traitement interféron, etc. Ce n’est pas tolérable ! Il est tout à fait possible d’offrir enfin à tous des traitements courts, bien moins toxiques et doublement efficaces, si leur prix est en rapport avec l’effort de recherche réalisé. Or on est loin du compte ! Selon MdM, si l’on inclut cet effort dans le prix de chaque comprimé de sofosbuvir, il reviendrait à 200 $. Pourquoi est-il donc vendu 600 $ ? Si l’on peut compter sur l’arrivée d’autres molécules et l’effet concurrence pour faire baisser les prix, la société civile et les assos ne doivent néanmoins pas hésiter à redoubler les pressions par des campagnes de boycott des produits ou des actions spectaculaires pour faire accepter aux récalcitrants qu’il vaut mieux gagner moins mais conserver une bonne image. Si la situation sanitaire l’exige, il faut que les gouvernements décident enfin de placer la santé publique au-dessus des intérêts privés, et de ne plus invoquer les règles du commerce mondial pour les préserver. Comme naguère pour le VIH, c’est aujourd’hui le cas pour le VHC, dont le développement exponentiel ne fera que renforcer l’urgence. Il est temps de prendre les grands moyens car l’éradication totale du VHC est à portée de main !


Notes :

1/ Nos lecteurs connaissent notre travail qui remonte à plus de dix ans pour le VHC, que l’on peut consulter sur http://asud.org/themes/vhc (rubriques anciens N° et Hépatite C).

2/ « Le Foie ou Mourir », jeu de mot en anglais entre liver et live (vivre) et parodie du titre du fameux James Bond Live and let die.

Journée mondiale de lutte contre le sida : Objectif Zéro !

Le 1er décembre est l’occasion de rappeler ce qu’est la Journée mondiale de lutte contre le sida : une journée de rassemblement planétaire, une journée de mémoire, une journée de prévention et d’information, une journée de mobilisation.

Les associations mobilisées autour de l’Objectif zéro

L’Objectif zéro a été fixé par l’Onusida (Programme des Nations unies) dans sa stratégie de lutte contre le VIH/sida 2011-2015.

Il s’agit de parvenir à l’horizon 2015 à l’objectif :

  • zéro nouvelle infection à VIH
  • zéro discrimination
  • zéro décès lié au sida

Cette année, à l’initiative du Crips, les acteurs-trices de 28 associations se réunissent, le 1er décembre 2014, autour de l’Objectif zéro.

Un village inter-associatif riche en rencontres, échanges et animations

Dans ce village aménagé pour l’événement, le public découvrira le travail des associations au quotidien et pourra s’informer sur tous les aspects de la lutte contre le VIH/sida.
De nombreuses animations seront proposées (expositions de photos, d’une bande dessinée et de peintures ; grand quizz organisé par le Crips ; débats entre les associatifs, professionnels du VIH et les personnes concernées par la pathologie…).

Programme des animations sur la scène du chapiteau

13h30 – 14h15 : Asud
En partenariat avec l’association Principes Actifs, Asud présente une forme de consommation dite propre pour les personnes séropositives et concernées par l’usage thérapeutique du cannabis : la vaporisation, une forme de réduction des risques au bénéfice de ce public.

14h30 – 17h00 : Crips IDF
Grand quizz auprès du public scolaire.

17h00 – 18h00 : Comité des familles
Enregistrement de l’émission vivre avec le VIH. Cette émission sera animée par leur journaliste, Sandra Jean-Pierre. Sur le plateau seront présents des associatifs et des professionnels du VIH/sida ainsi que des personnes concernées par la pathologie. Ils échangeront ensemble sur ces questions : comment vit-on aujourd’hui avec le VIH ?, les avancées sur la maladie, les actions mises en place pour sensibiliser le public.

18h00 – 18h30 : Centre LGBT
Présentation du travail inter-associatif : « Comment organiser la remobilisation ? »

Informations pratiques

Date

1er décembre 2014

Horaires

de 12h à 18h30

Lieu

Chapiteau
Village inter-associatif
Place de la République
Paris

Sidaction : chaîne humaine de solidarité à Paris

Le 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida, est une occasion unique pour mobiliser le grand public sur les enjeux actuels de l’épidémie.

C’est pourquoi, pour la 7ème année consécutive, Sidaction organise une chaine humaine de solidarité sur le Pont des Arts (Paris 1er) le dimanche 30 novembre à 14h.

L’idée est simple : en arrivant sur place, nous vous remettrons un T-shirt  spécifique et vous  inviterons à rejoindre la chaine.

De nombreux média, (télé, radio et photographe) seront présents pour couvrir ce moment, alors n’hésitez pas à en parler autour de vous !

Si vous souhaitez participer, merci de vous inscrire sur notre site bénévole : http://www.sidaction.org/ewb_pages/e/espace-benevoles.php

Dallas Buyers Club

D’emblée, je pourrais dire que Dallas Buyers Club est un film asudien. Et cela devrait te suffire, cher lecteur, pour aller illico le mater par tout moyen légal ou illégal. Ah, je vois que tu continues à lire quand même cette critique, il va donc falloir que j’en dise plus.

Disons que ce film traite à la fois de l’épidémie du sida, de l’autosupport, de l’usage de drogues, du pouvoir médical et de la prohibition, et de comment ce cocktail amène à une révolution de l’âme humaine sans précédent. C’est plus clair à présent ? Non ? Bon, je dois donc développer. OK.

C’est l’histoire d’un chaud lapin texan fan de rodéo, c’est-à-dire un cul-terreux alcoolique et homophobe aussi porté sur la défonce, tour à tour escroc ou électricien, selon les opportunités de jobs du jour. Un expert en survie, quoi.

Le film commence le jour où ce héros (car oui, c’en est un, vous verrez) se réveille à l’hôpital suite à un malaise en apprenant qu’il a le sida et que, vu son taux de T4, c’est un miracle qu’il soit encore en vie. J’ai oublié de vous préciser que nous sommes en 1985 et par conséquent, le médecin affirme qu’il lui reste environ 30 jours à vivre. On lui propose cependant d’entrer dans un protocole de test d’un nouveau médicament : le très controversé AZT.

Le délinquant comme réformateur social

Cela aurait pu être un film sur la mort mais contre toute attente, notre cow-boy, violemment rejeté par ses proches, n’est pas trop con. Seul, il va se renseigner à fond sur cette nouvelle maladie et les traitements en cours de tests partout dans le monde. Rapidement, il se rend compte que l’AZT, c’est bullshit et qu’il existe mieux ailleurs.

N’ayant pas pour habitude de respecter la loi ou de se résigner, notre tête brûlée texane, flanquée d’une folle pédale, entreprend alors d’importer illégalement les médicaments qu’il lui faut et se rend vite compte qu’il peut se faire du blé grâce à tous les autres malades qui en veulent aussi. Il commence alors une entreprise d’import et de distribution : le Dallas Buyers Club, qui réunit des malades condamnés comme lui par l’establishment politico-médical. Ce dernier n’aura de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues alors que les faits sont de son côté : allongement de l’espérance de vie, espoir et dignité retrouvés. Il devient alors le symbole du malade militant qui transforme ses proches et la société par ses actes pour survivre.

Cinématographiquement, le film est brillant avec un style simili documentaire. Les deux acteurs principaux, Matthew McConaughey (goldenglobisé en séropo nerveux) et Jarred Leto (oscarisé en homo sexy), démontrent à ceux qui en doutaient encore l’étendue de leur immense talent.

Et pour les derniers sceptiques qui pensent qu’il s’agit d’un conte de fées hollywoodien : le film est bien sûr tiré d’une histoire vraie. Une réelle leçon de militantisme asudien, on vous dit.

 

SIDA 2018 : Dénoncez la tenue de la conférence internationale dans un pays qui refuse les personnes concernées ?

INPUD, l’association internationale des usagers de drogues, s’inquiète que la conférence internationale sur le sida de 2018 n’ait encore lieu aux Etats-Unis, un pays dans lequel il est difficile voire impossible d’entrer pour les usagers de drogues et les travailleurs du sexe.

INPUD est à la recherche de soutien associatif pour cette lettre, mais accepte également les mentions individuelles. Si vous souhaitez soutneir le courrier ci-dessous, envoyez votre nom, celui de votre association et votre fonction à: eliotalbers@inpud.net (cc. communications@nswp.orginfo@inpud.netavant le lundi 26 mai 2014 09:00 UTC.

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Le courrier

Prof. Françoise Barré-Sinoussi, IAS President
Dr. Chris Beyrer, IAS President-Elect & International Chair of Conference Coordinating Committee
Mr. Bernard Kadasia, IAS Acting Executive Director
International AIDS Society Governing Council and Secretariat
International AIDS Society HQ
Avenue de France 23
CH-1202 Geneva
Switzerland

26 mai 2014

Madame, Monsieur,

Nous vous écrivons en tant que réseaux mondiaux représentant les usagers de drogues et les travailleuses du sexe (hommes, femmes et trans), ainsi que nos soutiens et alliés, afin d’exprimer notre grande consternation que San Francisco soit parmi les villes citées dans la liste de celles censées accueillir la Conférence internationale sur le sida de 2018.

Comme vous en êtes sans doute plus que conscient, pour qu’une ville se qualifie comme hôte pour une conférence internationale sur le sida, elle doit être dans un pays qui n’a pas de barrières légales à l’entrée, au séjour ou à la résidence des personnes vivant avec le VIH. Bien que les États-Unis répondent en effet aux critères vitaux d’admissibilité, ayant en 2009 renversé les obstacles juridiques existant antérieurement, nous estimons que la tenue de la conférence aux États-Unis serait une flagrante mauvaise décision.

Les travailleuses du sexe et les usagers de drogues, deux des populations clés les plus touchées par l’épidémie de VIH font face à des obstacles juridiques, rigoureusement appliqués et considérables, pour entrer aux États- Unis. En outre, tandis que les États-Unis ont fait d’énormes contributions à la lutte contre l’épidémie, ils ont encore en place une interdiction fédérale sur l’achat de fournitures pour les programmes d’échange de seringues, à l’échelle nationale et dans ses programmes à l’étranger, et exige que les bénéficiaires de fonds fédéraux signent le fameux « pacte anti -prostitution». Ces deux textes de loi posent de graves obstacles structurels à l’élaboration de programmes efficaces de prévention du VIH parmi les travailleuses du sexe et les usagers de drogues injectables.

Nous sommes franchement abasourdis, et nous ne pensons pas qu’il soit exagéré de dire, insultés, quand peu de temps après la conférence de Washington IAC 2012, dont le slogan « Pas de travailleuses du sexe, pas d’usagers de drogues, pas d’IAC  » a été largement entendu comme le résultat de l’exclusion systémique des membres internationaux de ces communautés de prendre part à la conférence, pour que le retour des États-Unis soit encore envisagé.

Les leçons de la conférence de Washington n’ont manifestement pas été tirées et les préoccupations exprimées par les membres de la communauté des usagers de drogue et des travailleuses du sexe ont été ignorées. Si la conférence 2018 se déroule à San Francisco, nous verrons à nouveau une conférence dont les voix de deux des communautés les plus durement touchées par l’épidémie faire défaut. Ceci défie, et moque l’engagement souvent exprimé d’assurer l’intégration et la participation significative de toutes les principales populations affectées. Une telle décision enverrait le signal qu’en dépit de la preuve épidémiologique que les environnements juridiques répressifs, la criminalisation, la stigmatisation et d’autres facteurs structurels font en sorte que les travailleuses du sexe et les usagers de drogues, en particulier les usagers de drogues injectables, sont massivement touchés de manière disproportionnée par l’épidémie ; que nos voix n’ont pas d’importance et qu’elles ne sont pas voulues dans cette plate-forme internationale prééminente pour l’échange des opinions, et pour fournir un leadership dans la lutte contre l’épidémie.

À la lumière de ces faits, nous vous supplions de ne pas, une fois de plus, discréditer la Conférence internationale sur le sida en la tenant dans un pays où les membres de deux des principales populations touchées seront incapables de gagner l’entrée en toute sécurité. Nous vous exhortons à prouver votre engagement concret pour le thème de la conférence de cette année « Plus personne laissé derrière », et de tenir la conférence 2018 dans un pays qui ne place pas d’obstacles systémiques à la participation significative des membres de toutes les communautés touchées.

En conclusion, nous vous demandons de vous engager à ne pas tenir la conférence internationale aux États-Unis jusqu’à ce qu’ils aient abrogé les barrières restrictives sur le droit d’entrer, de rester et de séjourner pour les personnes qui utilisent des drogues et les travailleuses du sexe, et jusqu’à ce que soit abrogé l’interdiction fédérale sur les programmes d’échange de seringues et que le « pacte anti-prostitution » soit retiré de ses conditions de financement.

Levez-vous en solidarité avec les travailleuses du sexe et les personnes qui utilisent des drogues et dites non à San Francisco en 2018.

Cordialement,

Dr Eliot Ross Albers, Phd
Executive Director
International Network of People who Use Drugs (INPUD)

Ruth Morgan Thomas
Global Coordinator
The Global Network of Sex Work Projects (NSWP)

Manifestation contre la pénalisation des clients du travail sexuel et pour les droits des travailleur-se-s du sexe

La pénalisation des clients des prostituées rendrait celles-ci plus vulnérables aux violences, à l’exploitation et à la contamination au VIH et à d’autres IST.

En tant que signataire du Manifeste contre la pénalisation des prostituées et de leurs clients, ASUD appelle à la manifestation du

SAMEDI 26 OCTOBRE

Départ 13h Place Clichy à Paris

Le groupe parlementaire du Parti Socialiste va prochainement déposer une proposition de loi visant à renforcer la lutte contre la prostitution, notamment via la pénalisation des clients ; cette proposition se révèle par ailleurs particulièrement discriminant pour les femmes étrangère.

Le Strass (Syndicat du Travail Sexuel) a pris l’initiative d’appeler à une manifestation le samedi 26 octobre à Paris afin de protester contre cette proposition de loi, véritable menace sur la sécurité et la santé des prostituées.

Comment la Guerre à la Drogue aggrave l’épidémie du SIDA

ASUD a coordonné la traduction française du 2ème rapport de la Commission mondiale pour la politique des drogues.
Cette instance internationale indépendante qui réunit des personnalités politiques de premier plan dresse un constat accablant sur les conséquences sanitaires de la criminalisation des drogues.

La guerre mondiale contre la drogue accélère la transmission du VIH/sida parmi les usagers de drogues et leurs partenaires sexuels. Les études menées à travers le monde montrent systématiquement que les politiques répressives de lutte contre la drogue empêchent les usagers d’accéder aux services de santé publique et les maintiennent dans des milieux marginaux où le risque d’infection par le VIH est très élevé.
Il a également été prouvé que l’application de politiques répressives à l’encontre des consommateurs de drogues constitue un véritable obstacle au traitement du VIH. Les répercussions sur la santé publique des interruptions de traitement liées aux politiques répressives de lutte contre la drogue ne sont toujours pas considérées comme une entrave majeure aux efforts de contrôle de la pandémie du VIH/sida dans le monde.
Face à la propagation de l’épidémie de VIH dans des régions et pays où elle est largement due à l’usage de drogues par voie injectable et à la récente mise en évidence que les infections liées à l’injection sont désormais en hausse dans d’autres régions, notamment en Afrique subsaharienne, il est grand temps d’agir. Malheureusement, les agences nationales de santé publique et celles de l’ONU ont été reléguées au second plan. Bien que la guerre contre la drogue ait favorisé la propagation du VIH dans de nombreuses régions, d’autres organismes en charge de l’application des lois et certaines agences de l’ONU ont activement poursuivi leurs politiques de répression, au détriment de la santé publique. N’importe quelle analyse sérieuse des répercussions de la guerre aux drogues tendrait à démontrer que de nombreuses organisations nationales et internationales, chargées de réduire les problèmes liés à la drogue, ont en fait contribué à une détérioration de la santé et de la sécurité des communautés concernées. Les choses doivent changer.

La Commission mondiale pour les politiques des drogues

La Commission mondiale pour la politique des drogues vise à ouvrir, au niveau international, un débat éclairé et scientifique sur des moyens humains et efficaces de réduire les préjudices causés par les drogues aux personnes et aux sociétés.
Ses objectifs :

  • Examiner les fondements idéologiques, l’efficacité et les conséquences de l’approche de la « guerre à la drogue »
  • Évaluer les risques et les avantages des différentes approches face aux drogues mises en œuvre au niveau national
  • Formuler des recommandations factuelles pour réformer d’une façon constructive les lois et les pratiques sur les drogues

Ses membres :

  • Anciens chefs d’État et de gouvernement
  • Hauts-fonctionnaires et dirigeants d’entreprise
  • Intellectuels et philanthropes

Liens :

La déclaration de Vienne

Le 28 juin, en prélude à la conférence mondiale sur le sida, 3 organisations scientifiques majeures (International AIDS Society, International Centre for Science in Drug Policy, BC Centre for Excellence in HIV/AIDS) lançaient un appel pour la réforme mondiale des politiques des drogues. Constatant que la « guerre à la drogue » avait des effets dévastateurs sur la santé et la sécurité des populations, elles appellent dans « la déclaration de Vienne » les gouvernements à réorienter leur politique des drogues en y intégrant des preuves scientifiques.

Lire et signer la déclaration de Vienne

10 mesures d’urgences contre la marginalisation et l’extension du SIDA chez les usagers de drogues

  1. Accès facilité aux seringues, généralisation des programmes d’échanges de seringues et installation de distributeurs automates
  2. Aise en place de programmes méthadone dans toutes les grandes villes françaises. (il n’y a actuellement que 52 places, uniquement à Paris)
  3. Organisation de réseaux de médecins généralistes se répartissant la prise en charge des toxicos, où circulerait une information spécifique. En corollaire, possibilité pour ceux-ci de prescrire des produits de substitution (y compris les spécialités inscrites aux tableau B)
  4. Accès libre, gratuit, anonyme et sans condition de sevrage aux soins médicaux et hospitaliers (prise en compte de la dépendance)
  5. Arrêt immédiat des incarcérations de toxicomanes pour simple délit d’usage de stupéfiant ; suppression de l’injonction thérapeutique.
  6. Prise en charge médicaux-sociale des détenus séropositifs pendant leur incarcération et au delà de leur sortie.
  7. Visite obligatoire d’un médecin aux toxicos en garde à vue depuis plus de 8 heures.
  8. Augmentation des places disponibles en post-cure (actuellement 600 lits pour près de 200 000 toxicos)
  9. Mise en place de structure d’accueil, d’hébergement pour les toxicos les plus marginalisés, souvent sans aucune couverture sociale.
  10. Aides des pouvoirs publics à la création et au fonctionnement autonome de groupes d’auto-support d’usagers et ex- usagers de drogues et participation aux décisions prises en matière de toxicomanie.

La toxicomanie en france en 1993 c’est :

200 000 USAGERS DE DROGUES DÉPENDANTS
600 PLACES DISPONIBLES EN POST-CURE
50 PLACES EN PROGRAMME MÉTHADONE
20 TONNES D’HÉROÏNE CONSOMMÉES PAR AN
5 TONNES DE COCAÏNE
120 TONNES DE CANNABIS
UN CHIFFRE D’AFFAIRE DE 25 MILLIARDS DE FRANCS

40 000 TOXICOS ATTEINTS PAR LE V.I.H.
(la France détient le “record” d’Europe !)

30 000 INTERPELLATIONS POUR ILS PAR AN
(infraction à la législation sûr les stupéfiants)

400 MORTS PAR OVERDOSE
(ce chiffre fourni par la police, ne recense que les décès sur la voie publique)

PARIS, CAPITALE DU SIDA !
25 583
cas de sida déclaré en France dont la moitié en Ile de France
25 5830
séropositifs en France

50 nouveaux cas diagnostiqués chaque semaine en Ile de France
A Paris , 5 000 personnes sont déjà décédées à cause du sida

En 1984 les toxicos représentaient 4% des cas, en 1992 : 28% !

ATTENTION : CES CHIFFRES SONT SOUS ÉVALUÉS

T4, vous avez dit T4 ?

T4 : pas besoin d’être spécialiste du SIDA pour savoir que ce nom (on dit aussi CD4) désigne les cellules de notre système immunitaire auxquelles s’attaque le virus du SIDA. Et que le nombre plus ou moins élevé de cellules présentes dans chaque mm3 du sang du malade – ou d’une personne séropositive – est un indicateur d’une importance vitale quant à l’évolution de la maladie.

Mais ce que nous savons moins, c’est la réalité concrète et les processus biologiques qui se cachent derrière ce nom technique.

Qu’est-ce qu’une cellule T4 ? Quel est son rôle dans le système immunitaire ? Que veut-on dire quand un médecin annonce à une personne séropo ou malade : “Vous avez tel ou tel taux de T4…” Qu’est-ce que ça va signifier réellement quant à l’apparition ou à l’évolution du SIDA ? Et pourquoi ? Comment le VIH s’attaque à notre organisme en agressant le système immunitaire via les T4 ? Le niveau de T4 est-il le seul baromètre de l’évolution ?

Toutes ces questions, les spécialistes y ont bien sûr répondu depuis longtemps – et bien plus pertinemment que nous. Il y ont même tant répondu que nous finissons par ne plus nous y retrouver dans l’énorme masse d’informations qui s’est accumulée depuis l’apparition du fléau.

Mais en termes clairs, concrets, à ras de la misère et de l’angoisse quotidienne des toxicos contaminés ou malades, qu’est-ce que tout cela veut dire ? Au risque de nous voir accusés par les “spécialistes” de faire de la vulgarisation à bon marché, nous avons essayé de dégager quelques éléments de réponse…

T4 et SIDA

Quand on est “séropo”, tôt ou tard arrive le moment où on se pose la question fatidique “Est-ce que je commence à développer un SIDA ? Est-ce que cette merde est déjà entrée dans sa phase active ?”

Une question bien craignos, mais qui a le mérite d’être clair. Et si la réponse est non, alors tout va bien – du moins pour le moment. Si c’est oui – eh bien ça signifie qu’on est bon pour le cimetière…

C’est du moins ce que tout le monde pense. Mais en réalité les choses ne sont pas aussi tranchées. A tel point qu’on peut être subclaquant sans pour autant, médicalement parlant, développer un SIDA.

La médecine donne en effet une définition bien précise du SIDA. Et pour elle, ce qui compte le plus, c’est de savoir dans quel état se trouve votre système immunitaire. C’est ce qui permet de donner l’indication la plus fiable sur votre véritable état de. santé et sur les traitements les plus opportuns.

Comme on le sait, le VIH s’attaque au système immunitaire, Ce qui permet à toutes sortes d’infections de se développer – et tout spécialement les infections dites “opportunistes”, c’est à dire celles qui n’auraient normalement aucune chance de s’attaquer à une personne en bonne santé. C’est pourquoi il est d’une telle importance pour les séropos de surveiller constamment l’état de leur système immunitaire,

Le système immunitaire

Au fait, qu’est-ce que c’est exactement que le système immunitaire ? En bien disons que son rôle est de protéger l’individu contre les millions et les millions de bactéries et de virus qui n’attendent que l’occasion de fondre sur son organisme et d’y prospérer – à ses dépens évidemment.

Le système immunitaire commande donc diverses sortes de cellules qu’il utilise pour détruire ces corps étrangers qui s’attaquent à l’organisme. C’est à dire qu’il sait reconnaître les cellules saines pour s’attaquer à toutes les autres – virus et compagnie…

Parmi ces cellules utilisées par le système immunitaire, il existe une variété de cellules blanches – ou leucocytes – contenues dans le sang, qui joue un rôle tout à fait central dans la défense immunitaire de l’organisme : les fameuses T4. On pourrai dire qu’elles sont un peu les “généraux” de l’armée mobilisée par le système immunitaire. Ce qui signifie que dès que les cellules T4 s’aperçoivent de la présence d’un “ennemi”, elles alertent les “troupes” immunitaires et les rangent en ordre de bataille. La T4 a également la propriété d’enregistrer les caractéristiques de l’intrus pour aider le système immunitaire à l’identifier s’il se représente. En d’autres termes, c’est elle qui fait qu’une personne est ensuite “immunisée” contre tel ou tel micro‑organisme particulier.

Ce qui fait du virus VIH un adversaire si dangereux, si vicieux, est qu’il s’attaque directement – et par surprise – au “général” de l’armée immunitaire. C’est à dire que le virus se fraie un chemin à l’intérieur même de la cellule T4 et qu’il dépose son matériel génétique au cœur de ce qui en constitue le centre nerveux. Comme s’il faisait subir une sorte de lavage de cerveau à la T4 qui se trouve alors à la merci d’un ennemi qu’elle n’est plus capable d’identifier Bref, le “général” se retrouve transformé en agent double…

Mesurer la maladie

Du fait qu’on ne sait actuellement que très peu de choses de ce fameux VIH, la médecine ne peut guère faire plus que mesurer les dégâts qu’il cause au système immunitaire. A cause du rôle central joué par les T4 dans celui-ci, c’est leur comptage qui permet aux toubibs d’évaluer l’état dudit système. Mais le dénombrement des T4 ne leur laisse en fait qu’une marge des plus approximatives d’évaluation Cela dit, en l’état actuel des connaissances, c’est encore le moyen le plus fiable de mesurer les progrès de la maladie.

Un faible nombre de T4 signifie donc que la personne est vulnérable à toutes les éventuelles infections « opportunistes ». Mais cela ne veut pas dire pour autant que ces infections vont forcément survenir. En réalité, beaucoup d’autres facteurs entrent en jeu. Tels que l’hygiène, un régime sain, un bon sommeil, un mental équilibré et des soins médico‑pharmaceutiques précoces.

Chez une personnes séropo, le nombre des T4 n’est pas constant – il est extrêmement variable. S’il dépasse 400 ou 500, c’est que tout va bien pour le moment, dès qu’il reste en dessous de ce niveau durant une période de temps significative, c’est qu’il y a un problème. A savoir que chez toute personne séropo, la baisse des T4 indique la hausse de la population de virus VIH dans l’organisme. Cependant, pas de panique. En effet, cela n’implique nullement que la personne a déclaré la maladie ou qu’elle est sur le point de l’être. En d’autres termes, le risque de choper une maladie “opportuniste” est plus grand. D’ailleurs, il peut arriver que des personnes séronégatives aient un niveau de T4 anormalement bas. Alors…

Cependant, si votre niveau de T4 chute durablement en dessous de 200, il faut prendre l’affaire au sérieux. Car il est possible que la population de virus dans l’organisme se soit accrue de façon préoccupante. Pourtant, même avec un niveau faible de T4, les gens ne développent pas pour autant les symptômes de la maladie. En effet, c’est moins au nombre des T4 dans l’organisme qu’à ses variations que les médecins attachent de l’importance. Pour eux, une baisse régulière du niveau des T4 sur une période d’un an, par exemple, est plus inquiétante qu’un niveau bas, mais stable – disons 200.

Cela dit, les maladies “opportunistes” peuvent très bien être soignées avec efficacité même si la personne à un taux de T4 bien inférieur à 200 – à condition qu’elles puissent être détectées à temps. Il existe également des médicaments qui peuvent prévenir les infections caractéristiques des systèmes immunitaires affaiblis C’est ainsi que par exemple, pour l’une d’entre elles, la (trop) fameuse pneumocystose, on aura intérêt à recourir à un traitement préventif précoce.

L’AZT

Tout le monde aujourd’hui connaît I’AZT que les médecins prescrivent de plus en plus la plupart du temps depuis quelques années. Ce médicament inhibe le développement du virus dans l’organisme. Mais ce n’est pas une panacée, loin de là, il présente même quelques sérieux inconvénients. Si, d’un côté, il vient contrer le virus, de l’autre, il bloque la production des globules sanguins rouges et blancs. De plus, ce médicament a de sévères effets secondaires et perd de son efficacité au bout d’un certain temps. Les travaux des chercheurs ont montré que I’AZT atténuait les symptômes de la maladie. A court terme, cela présente l’avantage d’aider les malades du SIDA à se sentir moins patraques. Mais à long terme, cet avantage finit par disparaître. Actuellement, il arrive qu’on le prescrive aux séropositifs dès que leur taux de T4 descend en dessous de 750. Une pratique très controversée dans les milieux médicaux. Le plus souvent, l’AZT n’est prescrit que si les T4 descendent durablement en dessous de 200.

D’autres travaux indiquent que le moment auquel on choisit de commencer le traitement à I’AZT n’a pas d’effet significatif sur l’espérance de vie du malade. C’est à dire que quelqu’un qui commence à prendre de l’AZT dès le début de la maladie (entre 500 et 750 T4) ne survivra pas forcement plus longtemps que quelqu’un qui le prend à un stade plus avancé de la maladie (en dessous de 200). Ces réserves formulées, il demeure incontestable que le traitement à l’AZT est bénéfique. Les statistiques montrent que ceux qui prennent de l’AZT survivent en moyenne 12 à 18 mois plus longtemps que les autres malades.

Cela dit, prendre ou non de l’AZT demeure une question de choix individuel à débattre entre vous et vos médecins. A vous de peser avec eux le pour et le contre – une décision difficile à prendre et pour laquelle on ne saurait en tout cas recueillir l’avis de trop de spécialistes.

D’autres indicateurs

Pour en revenir à ces foutues T4, il faut dire la vérité : c’est vrai que c’est stressant de les contrôler. C’est vraiment l’angoisse d’attendre le résultat des analyses : “Est-ce que je me maintiens toujours au-dessus de 800 oui ou non ?” – l’horreur…. D’autant que le nombre de T4 n’est pas tout. Il faut savoir qu’il peut baisser momentanément pour d’autres raisons qui n’ont rien à voir avec le VIH. Et même une fois fixés sur votre niveau de T4, les possibilités de traitement préventif précoce restent limitées – il faut le savoir…

Quoiqu’il en soit, et comme nous l’avons déjà dit, le niveau de T4 n’est pas tout. Bien d’autres facteurs entrent en jeu. Certains spécialistes pensent même que l’utilité de la numération des T4 n’est que relative et soulignent que, étant donné l’importance du facteur stress dans le déclenchement et l’évolution de la maladie, il peut être dangereux pour le patient de se prendre la tête et de se faire une obsession de tel ou tel niveau de T4 mesuré à tel ou tel moment particulier. Dans la mesure où ce niveau peut varier même dans l’espace de 24h…

Ce qui veut dire, en clair, que le niveau des T4 ne constitue pas le baromètre absolu de l’immunité… Et que, quelque soit celui-ci, ce qui compte d’abord pour le séropo, c’est de préserver le plus possible son immunité naturelle. C’est à dire la résistance de l’organisme à l’infection. Car chaque nouvelle infection est une agression contre le système immunitaire. C’est pourquoi, quand on est séropo, loin de baisser les bras, il convient d’être particulièrement vigilant. Attention à l’hépatite. A la tuberculose. Aux maladies vénériennes – à toutes les saloperies en somme qu’on peut attraper en shootant, en faisant l’amour… ou juste en prenant froid. Sans parler évidemment de la sur-contamination au VIH, qui est spécialement dangereuse. Car il existe plusieurs variétés du virus. Ce qui fait que chaque nouvelle infection est un coup supplémentaire porté à vos défenses naturelles. Il faut donc être particulièrement attentif à toutes les questions d’hygiène afin de permettre à votre organisme de mobiliser toutes ses ressources pour se défendre contre le virus.

Et on ne rappellera jamais assez les deux règles simples en matière d’immunité naturelle : une alimentation saine et un sommeil régulier. Cela vaut toutes les vitamines du monde…

Numération des T4

Afin d’évaluer le niveau d’immunité d’un patient donné, le test consiste à compter le nombre de cellules T4 présentes par millimètre cube de son sang. C’est ce nombre qu’on nomme le niveau de T4. C’est ainsi qu’un niveau de T4 de 800 signifie qu’on a dénombré la présence de 800 cellules T4 par mm3 de sang.

Chez un individu en bonne santé, le niveau de T4 oscille entre 500 et 1500. Ce niveau n’est pas forcément constant, il peut être soumis à des fluctuations tout à fait normales. On peut dire que tant que le niveau de T4 reste au-dessus de 4 ou 500, le système immunitaire de la personne est en bon état. Ce qui signifie que son organisme est suffisamment résistant pour combattre d’éventuelles infections opportunistes.

Le virus en action

Nous ne connaissons tous que trop pour l’avoir vu à la télé et dans la presse, l’apparence du virus au microscope : un petit globe, d’un diamètre d’un dix millième de millimètre hérissé de petites pointes. Ce que nous connaissons moins bien, en revanche, c’est la relation entre cette forme et la façon dont le VIH agresse nos cellules. Les petites pointes qui lui donnent vaguement l’aspect d’une châtaigne sont en effet, concrètement les clés qui lui servent à s’introduire dans le système immunitaire. Car elles correspondent exactement – comme une clé à une serrure – aux récepteurs qui se trouvent à la surface des cellules T4. Une fois solidement imbriqué et accroché à la cellule, le virus fore un minuscule trou dans la membrane de celle-ci. C’est en passant par ce trou que le contenu du virus s’insinue à l’intérieur de la cellule. Et le virus, ainsi “camouflé” dans la “peau” de la cellule peut ensuite s’infiltrer dans le matériel génétique de notre corps, où le système immunitaire se trouve de ce fait incapable de le reconnaître et de l’éliminer.

C’est ainsi que le VIH transforme la cellule en une sorte de “photocopieuse” à virus, de machine à reproduction qui se sert de la cellule pour la forcer à fabriquer de nouveaux exemplaires de lui-même jusqu’au moment où la cellule, explosant littéralement, libère un véritable essaim de VIH prêts à se mettre en quête de nouvelles cellules à investir pour s’y reproduire. Le VIH dispose également d’une autre tactique. Il peut en effet, pousser une cellule T4 contaminée (“investie”, “possédée” par le virus) à s’amalgamer à d’autres T4 encore saines – ce qui lui permet d’éliminer d’un seul coup de nombreuses cellules T4.

Éditorial N°3

Par les temps qui courent, les usagers de drogue ne savent plus que penser. D’un côté, on nous souffle le chaud et de l’autre, le froid. Entre Kouchner – La Tendresse qui promet Méthadone et échange de seringues à gogo et Broussard – Père fouettard qui fulmine contre les toxicos de base et nous menace de répression tous azimuts, qui croirons-nous ?

Et, ce ne sont pas ces Messieurs du Gouvernement, Ministre de la Santé et Ministre de l’Intérieur, déclarant à l’unisson – et contre toute évidence ! qu’il n’y a pas de contradiction entre leurs politiques qui risquent d’éclairer notre lanterne : D’un côté, on déclare vouloir privilégier la prévention du SIDA et de l’autre, l’empêcher – car c’est carrément à cela que revient en fin de compte la politique de “guerre totale à la drogue” Essayez d’y comprendre quelque chose !

Mais malheureusement, les UD ont autre chose à faire de leur temps que le gaspiller à analyser les subtilités de ce casse-tête chinois version franchouillarde. Ils ont à vivre, à survivre. Face au SIDA, face à la répression, face à la misère physique et morale – c’est une question d’urgence…

Il ne s’agit plus, face aux discours contradictoires des uns et des autres, de se livrer à des décryptages byzantins des déclarations gouvernementales pour faire la part des intentions sincères et des concessions électoralistes, l’heure est à l’action.

Et l’action, pour le groupe ASUD, cela veut dire lutter pied à pied, au jour le jour, contre l’extension galopante de la contamination VIH dans nos rangs.

Cela veut dire aussi être ouvert à tous les partenariats, à toutes les initiatives – associatives, professionnelles, politiques (et peu importe qu’elles viennent de la gauche, de la droite ou du centre… N’est-ce pas Madame Barzach ?) – à toutes les expérimentations, en France et dans le monde, partout où il s’agit de nous empêcher de crever !

Pour cela, nous avons un instrument : le journal. Un journal où les UD trouveront bien sûr, comme dans nos deux premiers numéros, le maximum d’infos techniques, pratiques, de bonnes adresses et de nouvelles du front de notre lutte quotidienne contre le SIDA. Et aussi contre tout ce qui menace la vie, l’intégrité et la dignité humaine des UD. Informer, témoigner, mais aussi prendre position dans tous les débats de société qui nous concernent…

Comme aujourd’hui, sur la question (par exemple) des produits de substitution. Un terrain où, en réaction à la lamentable affaire du Temgésic.

Une remise en question que les progrès de l’épidémie du VIH rend chaque jour plus inéluctable. Aussi, nous ne l’éluderons pas, et tant pis pour l’hypocrisie d’État, tant pis pour ceux qui préfèrent se voiler la face et réaffirmer les grands principes de la Prohibition en feignant d’ignorer l’hécatombe quotidienne de ces parias qui sont pourtant leurs fils, leurs frères, leurs concitoyens…

C’est dans cet esprit de refus des tabous, d’ouverture à tous les questionnements, à toutes les possibilités de mieux-vivre pour les usagers de drogues que certains d’entre-nous se sont rendus à Montpellier pour participer à une semaine de réflexion sur la légalisation des drogues. Un débat juridique, politique et qui, en tant que tel, n’est pas à proprement parler le nôtre dans la mesure où ce qui nous préoccupe, c’est avant tout le vécu, la réalité quotidienne de la lutte contre le SIDA, contre le désespoir, en un mot contre tout ce qui, au jour le jour, ici et maintenant, nous pourrit l’existence. Mais un débat pourtant, dont nous ne devions, dont nous ne pouvions pas être absents. Nous en retranscrivons ici les points forts – à chacun de juger et, à défaut de trancher et de prendre position, de s’offrir au moins le luxe de la réflexion…

Mais s’agit-il vraiment d’un luxe ? Oui, si, comme le prétendent certains, nous ne sommes qu’un troupeau irresponsable de victimes et de délinquants, trop heureux de se voir octroyer le droit de survivre. Non, si nous arrivons enfin, malgré la répression, malgré les menaces de M. Quilès et les anathèmes de Papy Broussard, à nous considérer enfin comme une communauté, comme une minorité consciente, responsable et agissante au sein de la grande communauté des citoyens, prenant en main ses droits et son identité.

Son identité, c’est à dire aussi sa culture, qui, pas plus que la réflexion, ne constitue un luxe à nos yeux, ni n’entre en contradiction avec la priorité absolue que la situation nous oblige à donner à la prévention du SIDA. Car si la prévention du VIH, c’est d’abord, c’est avant tout, une question de seringues propres, ce n’est pas seulement cela, c’est également un état d’esprit, un mode de vie, c’est une volonté de sortir de la marginalité et d’assumer sa liberté…

C’est ce que nous, membres du Groupe ASUD, pouvons vous souhaiter de mieux pour cette année 1993…

Avec tous nos vœux

VIH et nutrition

Dans toutes les civilisations du monde, le repas a toujours été le lieu par excellence de la convivialité. Un moment privilégié où l’on se retrouve entre amis, l’occasion de festivités familiales – d’un échange entre l’individu et son environnement tant humain que matériel.

Le repas, ce n’est donc pas seulement se nourrir, diversifier ses aliments en assurant la richesse qualitative des apports nutritifs, c’est aussi ne pas se nourrir triste. Pour les personnes atteintes par le VIH, cette notion de plaisir ne doit pas être sous-estimée, car le phénomène de malnutrition (anorexie) et les carences protéino-énergétiques (avec leurs conséquences sur l’apparition et le développement de la maladie) sont à prendre en compte. Aussi est-il important de retrouver l’appétit, le manque d’attrait pour la nourriture et de plaisir à déguster pouvant entraîner des effets dramatiques.

Dans cette optique, et d’après les travaux du Dr. Bourges endocrinologue-nutritionniste, nous avons sélectionné une série de conseils pratiques à la fois pour restaurer l’appétit altéré par certains troubles liés au VIH et pour assurer une alimentation variée et équilibrée.

Bien qu’il ne soit pas inutile de consulter éventuellement un spécialiste en nutrition ayant une connaissance du VIH, il est en effet possible au séropositif de s’auto-médiquer dans ce domaine. Une auto-médication qui dans son cas est loin d’être anodine, le système immunitaire pouvant pâtir d’éventuelles erreurs. Pour les éviter, il est indispensable de posséder quelques bases.

Notamment concernant les principaux éléments qui jouent un rôle lors de l’infection HIV.

Les vitamines

En plus de l’apport équilibré de protéines, complètes comme incomplètes, il faut un apport de vitamines A, B, C, D, E, AC panthoténique.

La vitamine C améliore en effet la mobilité de certains globules blancs et augmente le pouvoir destructeur des bactéries. Mais cet effet plafonne au-delà d’lg de vitamine C par jour, cette dernière ne peut être stockée dans l’organisme qui s’autodétruit naturellement. En revanche, tandis que sa carence peut favoriser la multiplication de certaines germes, un apport excessif de cette vitamine augmente le taux du cholestérol et détruit la vitamine B12, elle est aussi essentielle. La vitamine C’est présente dans les oranges, les citrons et les pamplemousses etc… et dans certains légumes frais.

Les vitamines du groupe B sont très importantes, car leur déficit entraîne une atrophie des tissus lymphoïdes et une baisse des lymphocytes. On en trouve :

  • VIT B1 : viande, poissons légumineuses, amandes, pain, céréales
  • VIT B2 : viande légumineuse et noix

La vitamine D : Sa carence induit une diminution sélective des T4 en nombre et en fonction. On la trouve dans le lait, le yaourt, et le fromage.

Certains éléments minéraux ont aussi une importance capitale.

Le Zinc (Zn)

Présent dans les huiles et dans les produits de la mer, le Zinc a un effet positif sur les leucocytes CD4, les fameux T4 source de tant d’angoisse chez les séropositifs, probablement par le biais de l’hormone du thymus. Le manque de Zinc se manifeste par des retards de cicatrisations, des éruptions cutanées, des troubles du goût (dégoût de la viande, par exemple), des aphtes, des troubles de la sudation, une fréquence accrue des candidoses digestives, herpès et infections anorectales.

On trouve du zinc dans : le lait, le yaourt, le fromage, les poissons et fruits de mer, les légumineuses poix, fèves, lentilles (et autres haricots), les amandes et noix, le pain complet.

Le Fer

Sa carence est parfois constatée au cours du SIDA. Elle provoque un état anémique (anorexie et asthénie).

Important : il faut pourtant savoir qu’un apport de fer ne corrige pas une anémie causée par la prise quotidienne d’AZT. Le fer a le même effet bénéfique que le zinc sur les candidoses digestives et l’herpès. Mais il ne faut pas oublier que des doses trop élevées de fer peuvent aussi stimuler la croissance de certains germes. Parmi les sources alimentaires contenant du fer, on peut citer : les viandes, le foie, les lentilles, les légumes, le pain, les céréales, les fruits. Le Sélénium (SE), quant à lui, participe à plus d’une centaine de réactions enzymatiques. En tant qu’anti-oxydation, qui détruit certains anticorps, le sélénium participe à la destruction de certains des plus toxiques parmi les déchets produits par l’oxygène que nous respirons. Le sélénium stimule le système immunitaire, ce qui le rend évidemment précieux pour les séropositifs et les malades du SIDA. On constate d’ailleurs un déficit du sélénium dans l’organisme au cours de l’évolution de la phase de séropositivité asymptomatiques vers le déclenchement de la phase évolutive de la maladie ARC et SIDA. Mais là comme ailleurs attention à l’auto-médication anarchique : sélénium est un métal hautement toxique à fortes doses. Les aliments contenant du sélénium sont : poissons, légumineuses, noix, amandes, pain complet, céréales, viandes…

Quelques conseils

Si vous avez des problèmes de mycose buccale, souvent responsables des pertes de l’appétit, pensez d’abord à consulter un médecin. Cela dit, il existe des médicaments pour soigner ce genre d’infections :

  • Daktarin : en gel ou bien en comprimés (prendre trois fois par jour et laisser fondre trois minutes dans la bouche avant d’avaler).
  • Trifulcan : prendre en complément des granulés effervescents de motilium pour éviter les nausées que peut provoquer ce médicament.

D’une façon générale, veiller à :

  • Faire cuire suffisamment viandes rouges et légumes.
  • Manger des fruits, mais en prenant soin de bien laver à l’eau (germes etc…).
  • Manger des fromages en privilégiant les pâtes molles (gruyère, gouda etc…).
  • Éviter les œufs à cause des risques de salmonellose.
  • Ne pas craindre de consommer des surgelés.

Et surtout, pour garder l’appétit et pouvoir ainsi fournir à votre organisme les apports nutritionnels susceptibles de le soutenir dans sa résistance au virus, prenez soin de bien préserver cette espace de plaisir et de convivialité que doit être le repas.

Bon appétit !

ASUD au Forum des Associations

ASUD était au rendez-vous lors du Forum des Associations, qui se tenait au Jeu de Paume à Paris du 30 nov. au 2 déc. 92, et qui réunissait une quarantaine d’associations ayant pour but la prévention du V.I.H.

Accueilli sur le stand d’A.P.A.R.T.S., A.S.U.D. a étonné le public. Il y aurait beaucoup à dire sur les contacts que nous avons noués, les rencontres que nous avons faites, les dialogues que nous avons engagés… Mais dans un premier temps, voici d’abord un bref résumé de ces trois jours.

LUNDI

Mise en place de notre stand, affiche, manifeste, et distribution du N°2 de notre journal. En fin d’après-midi, visite de Bernard Kouchner, actuel ministre de la santé, qui s’est arrêté devant notre stand, et a dialogué quelques instants (protocole oblige) avec Yvon, membre d’ASUD, se déclarant notamment favorable à notre action de lutte contre le sida dans le milieu des usagers des drogues par voie intraveineuse.

MARDI

Ouverture publique de la “Journée Mondiale de Lutte Contre le SIDA”. Beaucoup de monde et une foule de questions posées aux membres d’ASUD ; Qui êtes-vous ? Que faites-vous ? Comment vous joindre ? Pouvez vous accueillir les usagers ? Autant de questions que nous ne pouvions laisser sans réponses. Jack Lang était l’invité de cette journée, mais son intervention auprès des lycéens a été perturbée par les coups de sifflet d’un groupe de lutte anti-sida connu pour le caractère radical de ses actions. Littéralement assailli, c’est dans la confusion générale qu’il dut s’échapper vers d’autres lieux où il était sans doute attendu…

MERCREDI

Ce fut une journée de détente, ce qui nous permit de rencontrer des membres d’associations travaillant déjà sur les problèmes du V.I.H. dans le milieu des U.D.V.I, tel “Pluralis” dont le but est l’accès au soin de l’UDVI séropositif. Nous avons aussi pu nous faire connaître d’associations qui jusqu’à ce jour ignoraient notre existence. Les échanges d’informations, d’idées, d’adresses et parfois les prises de rendez-vous étaient le mot d’ordre de cette journée… Qu’on se le dise !

En bref, ce furent trois jours où le public a découvert une autre image du “toxicomane” que celle qu’on lui décrit habituellement, et où il a pu discuter tant de la “toxicomanie” que des problèmes du SIDA chez les UDVI. Les journalistes eux aussi étaient présents et (sans vouloir nous passer de la pommade), ils se sont surtout focalisés (caméra oblige) sur le stand d’ASUD.

Étonnant : Asud a surpris par sa présence, mais aussi par la qualité du dialogue qui s’est ouvert entre les différentes associations. Elles se sentent désemparées et déconcertées, et nous demandent conseil sur le type d’information et de discours préventif à tenir auprès des usagers de drogues, ou encore sur la direction à prendre dans la lutte spécifique qu’elles mènent dans la lutte contre le SIDA dans ce milieu.

Notre action a donc été dans l’ensemble très bien accueillie. Nous avons cependant pu constater au fil des rencontres, des lacunes littéralement hallucinantes au niveau de la prévention en direction des jeunes : ces lycéens, par exemple, qui ont pris les seringues posées sur le stand pour des stylos ! Il nous a fallu leur expliquer ce que c’était : l’outil de base de l’UDVI – et son arme n°1 contre le risque de contamination VIH ! Ce qui amène à poser une question aux parents : Comment voulez-vous que vos enfants fassent attention aux seringues qui traînent dans les caniveaux ou dans une poubelle si vous ne leur expliquez pas à quoi cela ressemble ? Je fus surpris de voir que ces enfants à qui l’on décrit dans tous les sens l’usage du préservatif, on ne leur explique pas à quoi ressemble une seringue, pour que s’ils en voient une, ils ne la prennent pas dans la main et surtout qu’ils ne jouent pas avec au risque de se piquer et de contracter le VIH…

Voilà : très positif donc, ce forum, tant pour les associations qui ne nous connaissaient pas et qui maintenant savent que l’on existe, que pour nous, qui ne connaissions pas forcément certaines associations qui pourraient être à même de nous aider dans notre action. Un forum qui, il faut le dire n’aurait jamais existé sans la présence et le soutien de l’AFLS (Association Française de Lutte contre le Sida) et Dieu sait, si ici, au groupe ASUD, nous sommes bien placés, puisque c’est notre existence même que nous devons à l’AFLS et au soutien qu’elle nous apporté dès le départ, pour savoir le rôle essentiel que cette organisation joue dans la lutte anti-SIDA.

Festival Rock et Sida

Les 6,7 et 8 novembre a eu lieu au Café de la Danse le festival Rock et Sida, organisé par Sidathontour et Act-up qui avaient invité ASUD à y participer.

Enfin la prévention du SIDA s’adressait aussi aux usagers de drogues (jusque là toujours ignorés). Enfin l’usage de capotes et de seringues stériles étaient associés pour une prévention plus efficace.

Ceci d’autant plus que la consommation de dope est bien souvent intégrée a la culture Rock : “Sex and Drugs and Rock & Roll “l’hymne de Ian Dury est apparemment toujours d’actualité ! Il est donc capital de donner une information complète sur le “fix propre” (qui ne se limite pas à l’utilisation d’une pompe stérile), mais sans oublier les risques de contamination par voie sexuelle. En effet, si beaucoup de “toxs” ont changé leur mode d’utilisation de la shooteuse, nombreux sont ceux qui négligent de se protéger lors de rapports sexuels (contrairement aux idées reçues, les “toxs” ont aussi une vie sexuelle active).

Sachant que la population toxico est celle où le SIDA progresse le plus dramatiquement, on réalise l’urgence d’assurer enfin une prévention digne de ce nom.

Ces trois jours furent un succès, pour tous : salle comble chaque soir, ambiance très chaude mais sans dérapage, concerts furieux de quelques-uns des meilleurs groupes alternatifs français (avec une mention spéciale à Chihuahua, Beurks’ Band, Pigalle et bien sûr BB DOC !).

Entre chaque concert, de nombreuses personnes rendirent visite à ASUD où elles purent se procurer, outre notre journal, des plaquettes informatives sur le Safe Sex et le Fix propre (avec le Kit correspondant) Certains furent déçus, pensant qu’ASUD aurait pu leur fournir le “carburant”… Non, désolé, ASUD n’est pas un “pool de dealers” !!! – Beaucoup qui espéraient depuis longtemps qu’un groupe d’auto-support existe… et agisse, nous ont vivement encouragés à tenir bon ! Merci à Act-Up de nous avoir invités. Merci aussi à Aides qui nous a fourni les kits “Fixez propre”.

Prisons

Dans «Agora» d’automne 1991 (N°18-19) est paru un article signé Dominique TABONE sur l’État des détenus séropositifs incarcérés. Il nous a paru intéressant de vous en rapporter de larges extraits :

La prison de la Santé… est une Maison d’Arrêt pour Hommes qui se trouve dans le quatorzième arrondissement à Paris. Y séjournent toutes sortes de détenus. C’est une Prison surpeuplée – comme la plupart des prisons françaises : prévue pour 1500 détenus, elle en contient actuellement 2200. On y dénombre en moyenne 200 séropositifs dont une cinquantaine sous traitement AZT. La consultation des malades séropositifs et sidéens dépendant du CISIH de Cochin existe depuis septembre 1990. Elle a lieu deux matinées par semaine. Le travail se fait en collaboration étroite avec le médecin chef de la prison et en collaboration un peu moins étroite avec l’équipe du SMPR.

Les patients séropositifs sont dans leur grande majorité des toxicomanes. Ils sont là depuis un plus ou moins longtemps. Ils sont jeunes, certains récidivistes, d’autres pas et beaucoup d’entre eux ont appris leur séropositivité en Prison.

Le pourcentage d’étrangers a considérablement augmenté ces dernières années : début 91 on en comptait 83% contre 55% il y a une dizaine d’années. 75% des patients sous AZT sont étrangers. La plupart de ces étrangers sont originaires d’Afrique Noire ou du Maghreb, ce qui pose un certain nombre de problèmes particuliers à leur sortie, comme nous le verrons.

Le dépistage de l’infection par le virus de l’immuno-déficience humaine (VIH) ne se fait pas systématiquement et ce conformément aux divers arrêtés réglementant la question. Les sérologies sont faites à la demande des patients ou bien en présence d’une symptomatologie d’appel conduisant à soupçonner une infection par le VIH. Elles ne sont pas proposées systématiquement aux patients «à risque». Elle sont faites avec le consentement des intéressés et le résultat leur est transmis par le médecin.

Des sessions d’information des prisonniers et du personnel pénitentiaire sont organisées par le SMPR. Des préservatifs sont à la disposition des prisonniers s’ils le désirent il leur “suffit” pour cela de les demander au service médical. Cela dit, sauf pour la minorité d’entre eux qui se déclarent et s’assument homosexuels, ce qui n’est pas évident du tout dans le milieu carcéral, et même s’ils ont confiance dans le médecin qui s’occupe d’eux, cette démarche est loin d’être facile. Leur en proposer franco est à peu près impensable. On en donne systématiquement aux sortants, ce qui par contre est bien accepté. Cela dit, le problème de la sexualité en prison ne me semble pas très préoccupant, en tous les cas depuis le champ de mon expérience limitée et d’après ce que me racontent mes patients. Toujours si j’en crois mes patients, il ne semble pas que la prison soit un haut lieu de contamination et on retrouve chez tous une contamination (supposée, puisqu’on ne peut jamais être sûr) antérieure à l’incarcération et liée à la toxicomanie plus vraisemblablement qu’à des pratiques sexuelles dites “à risque”…

Le suivi médical est régulier… Les détenus aiment bien venir à cette consultation : c’est une visite du “dehors”, ils ont le sentiment qu’on s’occupe d’eux, qu’on les écoute et qu’ils peuvent y parler de ce qui leur tient à cœur. Ils peuvent aussi y demander des “douches médicales”, ce qui signifie une ou deux douches supplémentaires par semaine; en raison de la surpopulation, seules deux douches hebdomadaires sont normalement autorisées aux prisonniers. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, c’est une consultation plutôt gaie.

Par contre, la confidentialité et le secret médical ne sont pas du tout assurés. Cela tient d’une part aux conditions de détention et n’est qu’un épiphénomène dans le contexte de la promiscuité et du non-respect de la personne privée en milieu carcéral. En effet, les détenus sont à quatre par cellule et le nom des médicaments distribués quotidiennement est écrit sur les sachets les contenant; S’il s’agit d’AZT par exemple, on peut être sûr que tout le monde est au courant. D’autre part le manque de personnel soignant a pour conséquence entre autres que ce sont les surveillants qui distribuent les médicaments. Bien que formés et informés, ils ne se sentent pas tenus au secret médical, et tout le quartier sait très vite si tel ou tel est séropositif ou non. Par ailleurs, certaines pratiques quoique totalement illégales sont tolérées en prison : il y a des pastilles rouges sur les dossiers médicaux des patients séropositifs, dossiers sur lesquels le regard de tel ou tel non soignant tombe très facilement. La consultation du Docteur S. et la mienne ont été repérées depuis longtemps comme étant les consultations SIDA et jusqu’il y a peu de temps, lorsque les détenus étaient appelés pour la consultation par le haut-parleur, toute la prison bénéficiait de l’information. Sur l’initiative du Médecin Chef, cette pratique de l’appel nominatif par haut-parleur a cessé actuellement. Enfin, et c’est plus grave, certains services dont celui des cuisines exigent une sérologie HIV avant d’autoriser les détenus qui le demandent à y travailler, ce qui est on ne peut plus illégal.

Ceci a entre autres conséquences que certains détenus séropositifs préfèrent refuser de suivre le traitement dont ils pourraient bénéficier, en particulier l’AZT pour ne pas risquer d’être exclus et montrés du doigt par leurs codétenus. Certes l’AZT et les divers traitements préventifs des infections opportunistes ne font pas de miracles, mais ils améliorent et prolongent la survie des patients. Et il est fort regrettable que les détenus ne puissent pas en bénéficier au maximum pour de telles raisons. Il est également à noter qu’il y a recrudescence de la tuberculose en prison et que si contrairement au fantasme largement répandu, le SIDA ne s’attrape pas parce qu’on partage la même cellule, le risque de contagion est réel pour la tuberculose et est majoré par la promiscuité et les mauvaises conditions d’hygiène.

Face à ce problème de surpopulation, de promiscuité, de manque de personnel, on ne peut que répéter des choses qui malheureusement ont déjà été cent fois dites et redites : que, certes, les détenus ne sont pas des anges, mais ce sont des personnes qui ont droit aux mêmes égards que n’importe quelle autre personne et que les prisons de la France-patrie-des-droits-de-l’Homme sont une honte. Que plus simplement, enfermer des gens dans des conditions humiliantes et indécentes n’est certainement pas un moyen de les réconcilier avec la société. Et que cela est particulièrement vrai pour les détenus séropositifs, plus fragiles que les autres et plus sensibles à leurs très inconfortables conditions de vie, tant sur le plan somatique que psychique.

Je tiens cependant à préciser, malgré ces critiques fondamentales, que les patients séropositifs sont bien suivis et soignés. Il n’y a pas de restriction ni sur les traitements, ni sur les examens, ni sur le nombre de consultations. Malgré toutes les ambiguïtés et les inconvénients qu’impliquent l’existence d’une consultation spéciale pour les séropositifs, cela me semble être une amélioration importante qu’il ne faut pas sous-estimer. Par ailleurs, comme on le verra plus loin, beaucoup d’entre-eux n’ont jamais été aussi bien soignés ni suivis qu’en prison. Et que malheureusement, ils risques de l’être paradoxalement moins bien le jour ou ils sortiront.

Pourtant. cette liberté tant attendue, si elle inaugure de toutes façons une ère difficile pour les détenus sortant de prison est, pour les patients séropositifs, encore plus difficile et paradoxalement s’annonce pour la plupart d’entre eux comme une expérience douloureuse et ambiguë.

Pour les prisonniers qui vont retrouver une femme, l’angoisse d’être mauvais, contaminés et contaminants, vient empoisonner la joie de la libération et des retrouvailles. Ils y réagissent de différentes façons : certains par la dépression, d’autres par l’agressivité…

Par ailleurs, pour la plupart d’entre-eux, la libération va impliquer un accroissement important des difficultés d’accès aux soins. En effet, si les conditions habituelles de détention ne sont pas idéales, loin de là, la possibilité de bénéficier d’un suivi médical régulier, de médicaments coûteux, d’investigations paracliniques au moindre doute est beaucoup plus réduite à l’extérieur.

Pour ceux qui sont français, en principe, il ne devrait pas y avoir de problème puisqu’à la sortie de prison, ils ont droit à l’assurance maladie pendant un an. Cela dit, il s’agit souvent de gens très marginalisés, qui se méfient des circuits officiels ou qui ne savent tout simplement pas s’en servir. Pour ceux qui sont déjà pas mal avancés dans la maladie, on se prend même à se demander si leur solitude, leur marginalité et leur angoisse ne vont pas les reconduire en prison un peu plus vite qu’on ne l’aurait pensé. En tous les cas, les difficultés bien connues et habituelles des détenus à leur sortie pour essayer de trouver du travail et un toit ou tout simplement vivre décemment semblent décuplées s’ils sont en plus atteints d’une maladie aussi excluante que le SIDA.

Pour la plupart des étrangers enfin, les problèmes deviennent insurmontables et on patauge dans l’absurde. Deux cas de figure sont possibles. Soit ils sont reconduits aux frontières en raison du principe de la double peine, qui veut qu’à l’expiration du temps d’incarcération on pimente un peu la punition en l’assaisonnant d’une interdiction de territoire : dans ce cas, il est évident que ces patients chez qui ont a diagnostiqué une infection par le VIH ne pourront être soigné chez eux. Soit les autorités ferment les yeux et ils restent en France où ils se trouvent en situation de clandestinité et dans l’impossibilité d’être soignés correctement Pour ceux d’entre-eux qui ont la “chance” toute relative d’être déjà sous traitement par l’ AZT, le problème est “résolu” dans le cadre d’un maintien sur le territoire français pour des raisons “humanitaires” et sous certaines conditions en particulier assignation à résidence. Mais quelles sont leurs sources de revenus ? Comment vivront-ils ?

On en arrive donc à des situations inextricables et à des situations qui, pour les personnes concernées, ont toutes les chances d’être parfaitement invivables et les reconduire tout direct en prison… on n’en aura décidément pas fini de si tôt avec la surpopulation.

En conclusion, les choses ne sont pas simples, et le SIDA est décidément une maladie qui plonge de façon répétitive en plein paradoxe ceux qui en sont atteints et ceux qui s’y intéressent. Les valeurs s’inversent, les cartes sont brouillées. Déjà la sexualité et l’amour, habituellement plutôt source de vie, de communion et de plaisir deviennent source de mort, de séparation, de souffrance. Pour les détenus séropositifs, la joie de la libération est empoisonnée, la prison, lieu de non-vie et de cauchemar, devient l’endroit où ils sont plus facilement soignés, la consultation VIH un moment plutôt agréable et la calamité qu’est la maladie leur permet, quoique de façon à la fois éphémère et tardive, de s’occuper de leur santé comme ils ne l’avaient jamais fait auparavant.

Pour les étrangers menacés d’interdiction de territoire à leur sortie, la prison française est le seul endroit où ils peuvent espérer être soignés. La libération signifie expulsion, retour dans un pays où ils n’ont plus de racines ni d’existence possible, mort- prématurée. La perspective d’une libération conditionnelle pour raisons médicales est synonyme d’un stade plutôt avancé de la maladie, voir la façon dont s’est un jour illuminé le visage de l’un de mes patients, condamné à une peine assez courte et à qui je disais qu’il n’était pas assez malade pour espérer une conditionnelle ce coup ci… La vie est souvent paradoxale et il n’y a rien d’absolument spécifique là dedans. Il me semble cependant que certains aspects particulièrement cruels de ces paradoxes pourraient être adoucis ou supprimés par des mesures relativement simples comme la prise en charge de tous les séropositifs demeurant sur le territoire français quelque soit leur nationalité ou leur statut social. On pourrait également tenter d’agir utilement sur le chômage en embauchant du personnel dans les prisons ou, en attendant d’avoir suffisamment d’imagination, d’intelligence et d’énergie pour inventer des solutions alternatives réelles à l’incarcération, faire travailler des architectes, maçons, entrepreneurs, à en construire d’autres plus vivables et pour les détenus et pour les gens qui y travaillent…

Bien sûr tout ça peut sembler naïf, surtout au moment où on ne parle que du trou de la Sécurité Sociale et où l’évolution du SIDA dans le monde inquiète de plus en plus, en particulier pour des raisons financières. Bien sûr ce n’est de la faute à personne si le SIDA existe et si certains concentrent sur eux toutes les calamités en même temps. Mais le problème des prisons et de celui attend les détenus à leur sortie n’est pas neuf et la situation des séropositifs ne fait que le poser dans des termes plus crus et plus pressants. Quant à celui de l’inégalité devant la maladie, que ce soit en France ou entre pays riches et pays pauvres, il n’est pas d’une grande nouveauté non plus. Quoiqu’il en soit et puisque s’occuper de SIDA est tellement à la mode actuellement, le sort de ces exclus parmi les exclus aussi bien dans les murs de la prison qu’au dehors me semble mériter quelque attention et être susceptible de susciter des réflexions plus approfondies débouchant sur des mesures plus fermes et plus radicales que celles qui ont été prise jusqu’à présent.

Docteur Dominique TABONE

Il nous a semblé intéressant, en plein malaise des prisons, en 1992, que cet article, écrit un an plus tôt, soit «réédité» pour souligner combien les spécialistes sur le terrain sont impuissants tant qu’une volonté politique fait la sourde oreille. L’on peut faire tous les procès d’intention qu’on peut. Il n’empêche. Il n’y a plus l’excuse d’une maladie «peu connue», l’ignorance du terrain, les spécificités des personnes séropositives, toxicomanes en prisons, des galériens en puissance à qui l’on offre comme avenir la mort, voir l’incarcération dans les cas les plus optimistes, la rue pour les autres, et l’accélération d’une contamination dont la prophylaxie semble encore hors de porté pour les plus démunis.

Sida prévention VIH informations pratiques

Sur proposition du ministre de la Santé monsieur claude Evin il y a actuellement sur l’ensemble du territoire français 136 centres de dépistage et de contrôle entièrement gratuits garantissant le droit a l’anonymat : pas de ticket modérateur à payer comme dans les dispensaires, aucune démarche de prise en charge donc pas de trace administrative, et il ne vous sera demandé aucun justificatif de votre identité. UTILISEZ donc un pseudonyme.

La multiplication des centres de dépistage gratuit est souhaitable pour les usagers de drogue sans couverture sociale.Il est indispensable qu’ils puissent avoir accès aux soins et au test de dépistage car il est évident que la priorité pour l’usager est d’assurer son shoot plutôt que de payer 400frs pour faire une recherche du VIH.

Si vous exercez une activité professionnelle ne vous permettant pas de vous rendre à une consultation pendant la journée, sachez qu’il a été mis en place une structure d’accueil pour avoir des consultations à partir de 22 heures notamment à l’Hôpital NECKER, 149 rue de Sèvres, 75015 PARIS

Cuillère, coton, et compagnie

Utiliser une seringue neuve ou stérile, c’est bien mais ce n’est pas toujours suffisant pour éviter la contamination VIH. Les docteurs S. Koester et R. Booth de l’école de médecine de Denver (Colorado, USA), nous expliquent pourquoi il faut aussi faire attention à l’eau, à la cuillère et au coton.

«Le partage des seringues est bien sûr la voie de transmission du VIH la plus évidente chez les usagers de drogues intraveineuses. Mais des informations recueillies au cours d’interviews ciblées conduites avec des usagers de Denver (Colorado) semblent indiquer que les usagers de drogue peuvent également se transmettre le virus en partageant l’eau ou d’autres instruments de la préparation du shoot. La succession des différentes opérations peut en effet mettre les usagers en danger, même lorsque ceux-ci ont leur propre seringue, soigneusement nettoyée au désinfectant».

«De fait, le travail ethnographique de terrain effectué à Denver chez les Usagers des Drogues par Voie Intraveineuse, (UDVI) ainsi que des discussions avec des spécialistes de la prévention du SIDA semblent indiquer que le message de non-partage de la seringue doit également concerner d’autres éléments du matériel des UDVI. Des informations fournies par ces derniers montrent qu’un certain nombre d’autres aspects de la préparation et de l’administration du shoot risquent de compromettre l’efficacité d’un effort de prévention qui ne mettait l’accent que sur la seringue elle-même.»

«En tant que médecins, nous insistons sur le fait qu’il est nécessaire d’informer les UDVI sur le danger de se servir d’eau, de cotons ou de cuillères usagées. En dehors d’une seringue souillée, c’est dans le partage de l’eau nécessaire à la préparation du shoot que réside le risque le plus probable de contamination. Il est en effet courant qu’un groupe d’usagers veillant pourtant à utiliser chacun sa seringue partage l’eau contenue dans un même récipient. Dans ces conditions, si un usager séropositif se shoote puis trempe sa seringue dans l’eau avant de l’avoir soigneusement désinfectée, il risque de la contaminer. En effet, chaque fois qu’un usager y trempe son aiguille, juste après le shoot, un peu de sang, même en quantité infinitésimale vient s’y mélanger. Si bien que le partage de l’eau peut constituer un mécanisme actif de transmission du virus. La probabilité de celle-ci dépend en partie de la quantité de virus présente, elle-même étant fonction de la quantité de sang contaminé déposée dans l’eau.»

«Ainsi, dans certains squats où les usagers se réunissent pour shooter, on a pu voir l’eau du récipient commun prendre une couleur rose à cause du nombre d’aiguilles qu’on y trempait. Le risque de contamination par l’eau est sans doute moins important que par le partage des seringues souillées, mais dans la mesure où nous ignorons toujours la quantité minimale de virus nécessaire à la contamination, nous suggérons fortement aux usagers de ne partager, de façon générale, aucun élément de leur attirail.»

«Pour les UDVI, l’eau sert à deux choses : à rincer la seringue et à mélanger au produit pour le faire fondre avant de l’injecter. Il est dangereux de partager cette eau parce que les usagers y rincent fréquemment leur seringue immédiatement après l’injection, pompant puis refoulant le liquide 2 ou 3 fois. Le but de cette opération n’est pas d’ordre hygiénique. Il s’agit simplement de s’assurer que la seringue n’est pas bouchée par un caillot de sang séché ou un résidu de drogue – ceci afin de pouvoir la réutiliser par la suite.»

«Dans ces conditions, tout usager qui se sert de l’eau où quelqu’un d’autre a rincé sa seringue, utilisera par le fait même une eau souillée par le sang de son prédécesseur. Un usager nous a expliqué : «les gens ne nettoient pas leur matériel avant de se shooter, mais après, et ils le lavent dans un verre ou le bol d’eau commun, dont tout le monde se servira avant et après eux. Il est fréquent qu’au même moment, quelqu’un lave sa pompe dans le verre d’eau tandis qu’un autre est en train d’y puiser de l’eau pour mettre dans la cuillère avec sa came».

Dans ce cas, l’usager qui pompe l’eau pour préparer son shoot puise une eau souillée par ses prédécesseurs qui se sont déjà piqués et y ont rincé leur seringue. Et cette eau, il s’en servira pour diluer sa drogue avant d’injecter le tout. Il en résulte que tout le matériel peut-être ainsi contaminé, et notamment la cuillère, le coton et bien sûr la seringue.

«Ce qui est particulièrement alarmant dans ce «scénario» est qu’il peut conduire à la contamination par le VIH même si les usagers utilisent chacun leur propre seringue -ou la désinfectent avant de se la repasser. Un autre usager nous a confié à ce propos : «il y a des fois où tout le monde doit se servir de la même eau, ou encore de la même cuillère, … ce n’est pas tant les pompes (seringues) qu’on partage, mais ça revient au même, parce que votre pompe et votre aiguille sont en contact avec tout le reste : l’eau, la cuillère, le coton, etc …»

«Le partage de certains autres objets nécessaires à la préparation du shoot peut également accroître le risque de contamination par le VIH. La cuillère et le filtre peuvent constituer des points de contamination. Lorsque des usagers achètent et consomment ensemble le produit, il est fréquent qu’ils se partagent en effet la cuillère et le coton.»

«Ce partage augmente grandement les risques de contamination, parce qu’il multiplie les occasions de transmission du virus. Le danger demeure même lorsque les usagers utilisent des seringues individuelles. Si celles-ci entrent en contact avec la cuillère ou le coton commun, la solution de drogue qu’elle contient peut s’en trouver contaminée, d’autant que le virus demeure, même après évaporation…»

« C’est pourquoi nous tenons à recommander avec insistance aux usagers de ne partager aucun élément de leur matériel. Nous leur recommandons d’avoir leur verre ou leur coupelle d’eau individuelle de même que leur cuillère ou leur coton.»

Lettre ouverte ! À tous et a toutes !!

Qui y a t-il de plus injuste qu’un homme ou une femme à qui les autres enlèvent son droit le plus légitime à vivre sa sexualité ?…

C’est souvent l’ignorance de la propagation du SIDA qui génère le rejet. Alors pourquoi ne pas vous informer !! Loin de moi l’idée de faire un procès d’intention à quiconque. C’est malheureusement de l’ignorance..que naît la peur, la peur de l’autre, de celui qui est différent..

Or à cause de sa maladie le séropositif se sent frustré. Parfois même amputé dans son intégrité physique. Finalement seul face à l’adversité, il se retrouve rejeté à cause de son honnêteté et de sa responsabilité vis à vis d’autrui. Ne le laissons pas livré à lui-même, reclus dans son propre ghetto intellectuel où il devra faire face à son manque affectif et relationnel. En le marginalisant socialement .Or on sait que la solitude est un terrain favorable pour engendrer le syndrome de la paranoïa ou de la culpabilité. Ce n’est pas tant (bien que cela soit important) la privation charnelle qui est le vrai problème, mais tout ce qui en découle..!

Cet homme n’est pas un criminel, c’est juste un individu malade, il souffre dans sa chair et dans son âme, il a peur. A-t il raison de prévenir ses partenaires ? J’en suis persuadé ! D’ailleurs en général le (ou la) séropositif qui a la probité de vous le dire, est souvent à même de vous informer efficacement et de vous conseiller sur les moyens (préservatif masculin et technique amoureuse) de prévention SEXUELLE.

Cet homme (ou cette femme) se pose de multiples questions sur son devenir. Et il en a assez d’entendre les discours démagogiques sur la fraternité, devant la maladie Il ne veut plus se reconnaître dans ces clichés misérabilistes. Renseignez-vous sur la prévention du SIDA.

Le séropositif ne réclame pas votre pitié ! ce qu’il désire c’est de la compréhension et un peu de chaleur humaine. Si il a des devoirs envers nous tous, accordons-lui ses droits. Si demain vous étiez atteints du VIRUS de L’IMMUNODÉFICIENCE HUMAINE ACQUIS, de quelle façon ressentiriez-vous cet ostracisme ? et cette ségrégation face à la MALADIE ? Les séropositifs dans leurs grande majorité sont conscients de la peur et de la psychose que crée le SIDA.

En prenant toutes les protections en matière de PROPHYLAXIE sexuelle et les alliant une hygiène rigoureuse, vous pouvez vivre avec une personne séropositive. VOUS NE RISQUEZ RIEN en ayant des relations SEXUELLES avec cette personne. Si, au hasard de vos aventures sentimentales, vous en rencontrez-une ou un séropositif, (pour cela il faut changer l’approche de tout un chacun par rapport à la maladie ; et cela demande du temps, et de la compréhension.) AIMEZ-LE (ou AIMEZ-LA), car comme n’importe qui, il a besoin d’affection. Sachez que pour lui, un jour de plus, c’est aussi une victoire et le seul fait d’être encore reconnu en tant qu’homme, et de savoir qu’il peut encore susciter le désir et l’amour de quelqu’un d’autre peut lui donner confiance en lui et lui faire de nouveau croire au concept de l’humanisme. N’ayons pas la mémoire courte, rappelons-nous ce que certaines ethnies ont souffert il y a cinquante ans, si nous ne prenons pas garde. Peut-être que certains pays refuseront leur visa aux SÉROPOSITIFS et aux SIDÉENS. A force d’être rejetés sexuellement, les SÉROPOSITIFS seront-ils obligés de créer des clubs de rencontre !! Je me fais l’avocat du diable; mais pourquoi ne pas concevoir dans cette hypothèse que des pays à obédience fasciste n’obligent pas les SÉROPOSITIFS à porter un signe distinctif (genre logo jaune cela ne vous rappelle rien ?) Bien sûr cela est de la fiction, heureusement mais soyons vigilants. Car le SIDA est un virus qui a comme vecteur principaux; LE SANG, LE SPERME, ET LES SÉCRÉTIONS VAGINALES!!

Interview de Mme le Docteur Annie Serfaty de la Division Sida de la Délégation Générale de la Santé (DGS) du Ministère de la Santé

Nous remercions Madame le Docteur A.SERFATY d’avoir bien voulu répondre à nos questions, au nom du Groupe ASUD constitué d’Usagers de Drogue, d’Usagers sous substitution et d’ex-Usagers de Drogue, dans leur publication. Le Groupe ASUD.

ASUD : Quelle est actuellement la situation en France en matière de Sida chez les Usages de Drogues ?

A. SERFATY : Les données de surveillance des cas de SIDA en France sont répertoriées et analysées par la Division Sida. Tous les Trimestres, un rapport est publié dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire. (La déclaration anonyme des cas de SIDA est obligatoire en France depuis le décret du 10 juin 1986).

La situation épidémiologique de l’infection par le virus de l’immunodéficience Humaine (VIH) liée à l’usage des drogues par voie injectable est encore préoccupante en France.

La France reste un des pays d’Europe les plus touchés par le SIDA (un taux d’accroissement de 30% est observé en 1 an) – avec 341,9 cas de SIDA (cumulés depuis 1978) par million d’habitants au 30 juin 1992 (au 31 mars 1992, ce taux est de 363,64 cas par million d’habitants en Suisse, contre 337 en France). En France, la proportion des cas liés à l’usage de drogues par voie injectable croit plus rapidement que celle des autres groupes de transmission. Au 30 juin 1992, le Ministère de la Santé a répertorie 20 250 cas de SIDA. Les Usagers de Drogues utilisant la voie injectable (UDVI) sont la deuxième population exposée au risque de la contamination par le VIH, après les homosexuels/bisexuels représentant 50,5 % des cas cumulés, soit 10 236/20 250. Les cas de sida chez les UDVI représentent 21,7 % des cas, soit 4 387/20 250. A ces cas, il faut ajouter, 347 homosexuels/bisexuels usagers de drogues, 330 hétérosexuels ayant eu des partenaires usagers de drogues, 119 enfants nés de mères consommatrices de drogues et 22 enfants nés de mères ayant eu des relations avec des usagers de drogues. L’ensemble représente 5 205 cas liés directement ou indirectement à l’Usage des Drogues (UD), soit 25,7% des cas cumulés.

C’est depuis fin 1985 – début 1986, qu’une augmentation significative de la proportion des UDVI parmi les cas de SIDA diagnostiqués dans une année commence à être observée : 3,9% en 1984, 7,4% en 1985, 12% en 1986, 15,1 % en 1987, 20,8% en 1988, 23,4% en 1989, 24,6% en 1990 et 26,5% en 1991. Comparativement, un pourcentage de 65,7% d’UDVI est observé en Italie, 64,2% en Espagne, 37,1% en Suisse, 36,9% en Pologne, 21,5% en France, 8,1% aux Pays Bas et 4,5% au Royaume Uni (Centre Européen pour la surveillance épidémiologique du SIDA).

Concernant la proportion des homosexuels/bisexuels utilisateurs de drogues, elle a plutôt diminué : 2,1% en 1984, 3,2% en 1985, 2,5% en 1987, 1,4% en 1988 et 1,1% en 1990 et 1991. Par contre, sur l’ensemble des cas de SIDA liés à l’usage des drogues, la proportion d’hétérosexuels ayant eu des relations sexuelles avec des partenaires UDVI a augmenté : 4,1% en 1985, 8% en 1987, 16,1% en 1990 et 20,5% en 1991.

Il faut noter par ailleurs les fortes disparités géographiques de l’épidémie : d’après les données de la surveillance, la région PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur) est la plus touchée, avec une prévalence des cas de SIDA liés à l’usage des drogues de 330,9 cas par million d’habitants. La proportion des UDVI parmi les cas de SIDA dans la région est de 43,9% contre 34,2% homosexuels/bisexuels. Cette tendance dans la répartition des «groupes à risque» rejoint celle des cas de SIDA en Corse avec 50% d’UDVI.

Paris-Île-de-France est la deuxième région à être la plus touchée, avec 190,7 cas de SIDA liés à l’usage des drogues par million d’habitants. Les UDVI représentant 17,1% contre 60,1% homosexuels/bisexuels. L’incidence des cas de SIDA chez les usagers de drogues est en nette progression depuis 1985 : elle est de 0,034% en 1985, de 0,12% en 1986, et de 0,82% en 1990. L’incidence des cas de SIDA chez les UDVI, représentant le risque pour un usager de drogues d’avoir un SIDA, celui-ci est 2,5 fois supérieure à celui d’un homo-bisexuel en 1990.

La surveillance des cas de SIDA nous informe sur une partie de l’épidémie chez les Usagers de Drogues. Le Rapport ANRS/DGS sur la prévalence de l’infection par le VIH en France, en 1989, a estimé que 21 000 à 42 000 usagers de drogues utilisant la voie injectable étaient séropositifs. L’enquête du SESI (Service Statistique des Études et des Systèmes d’Information du Ministère des Affaires Sociales et de l’Intégration) sur la prise en charge sanitaire et sociale des toxicomanes trouve un taux d’usagers de drogues atteints d’infection par le VIH s’élevant à 18,1% en Novembre 1990.

ASUD : D’après votre expérience, quels sont les problèmes spécifiques liés à la prévention du Sida chez les Usagers de Drogues ?

A. SERFATY : J’aurais tendance à classer les problèmes liés à la prévention de l’infection par le VIH chez les Usagers de Drogues (UD), selon deux rubriques. 1) celle concernant l’adoption de comportement de prévention 2) celle concernant les difficultés rencontrées dans la mise en place des programmes d’accès au matériel d’injection stérile.

1) Les comportements relatifs au partage des seringues entre UD ont tendance à évoluer de plus en plus vers des comportements de prévention. L’étude menée par l’IREP (Institut de Recherche en Épidémiologie de la pharmacodépendance) en 1990­ 91, sur les attitudes et les pratiques des UD par rapport à la transmission de l’infection par le VIH, constate que 95,5% des UD interrogés achètent leur seringue en pharmacie, 41% déclarent avoir cessé tout partage et 67,3% ne prêtent pas leur seringue, et cela plus souvent en 1990/91 qu’en 1987/88 (Ingold). De même, une étude en Alsace-Lorraine (1991) a montré que 51% des 180 UD enquêtés déclarent ne jamais emprunter de seringue (Jacob). Par ailleurs, plusieurs études ont montré que l’achat et l’usage des préservatifs chez les UD sont plus fréquents mais l’utilisation des préservatifs n’est pas la règle.

Si les UD semblent plutôt bien informés, et concernés par le SIDA, 85% à 90% ont fait un test de dépistage, le maintien des comportements de prévention reste une utopie en regard des conditions de vie du toxicomane.

Comme le souligne le Dr INGOLD, la question qui se pose actuellement est de savoir si l’adoption des comportements de prévention chez les UD a atteint son maximum. Aux Pays-Bas, le Ministère du Bien-Être, de la Santé et de la Culture fait le constat que la dissémination de l’infection chez les UD continue à s’étendre, malgré une politique de réduction des risques bien développée. Cet état de fait questionne le choix des interventions de prévention actuellement en place dans ce domaine.

2) L’accès aux moyens de prévention : le matériel d’injection stérile, les tampons alcoolisés, l’eau stérile, les préservatifs, l’eau de Javel …, restent insuffisants. Certaines pharmacies refusent encore trop souvent la vente de seringues ou les vendent à plus de cinq francs l’une. La présence de pharmacies ouvertes après 20 heures ou le week-end est rare et ceci est encore plus vrai en dehors de Paris. Par ailleurs, le dispositif de prise en charge des toxicomanes s’est impliqué dans la mise en place d’actions spécifiques de prévention de l’infection par le VIH, mais les projets restent encore limités. Les conseils de prévention concernant les risques sexuels semblent peu intégrés dans la pratique des professionnels (Lert). Les réponses des pouvoirs publics face à l’épidémie du SIDA ont été fondées sur la solidarité avec les personnes vivant avec le VIH. Cependant, à ce jour aucune campagne sur la promotion de la seringue pour usage personnel, ainsi que la récupération du matériel usagé n’a été menée, et cela probablement par crainte de stigmatisation du groupe.

Les programmes de prévention qui ont intégré l’échange de seringues sont encore trop peu nombreux en France. Depuis l’année 1992, le ministère chargé de la santé a pour objectif d’étendre les programmes de prévention du VIH chez les Usagers de Drogues comportant un volet échange de seringues.

ASUD: Quels sont, d’après-vous, les retombés de l’illégalité, et de la répression qui en découle, sur la prévention du SIDA et sur les soins chez les usagers de drogues ?

A. SERFATY : Si on prends l’exemple des programmes d’accès à l’échange de seringues auprès des UD, il a été rapporté à plusieurs reprises par les utilisateurs des programmes, la crainte de garder sur soi des seringues de peur d’être interpellé. Ici, une des conséquences de la répression de l’usage de drogues illicites qui est observée, est la présomption de délit en cas de port de seringue. Cette situation peut, en effet, créer un climat de méfiance et rendre difficile l’accès à l’échange de seringues, ainsi que l’approvisionnement de seringues en pharmacies.

ASUD : Y- a-t-il contradiction entre «lutte contre la consommation de drogues» et « lutte contre l’infection par le V.I.H chez les usagers de drogues» ?

A. SERFATY : Je suis tenté de répondre, pas forcément. Il faut commencer par préciser les niveaux de gravité des deux problèmes à traiter. Dans un cas, il s’agit d’une maladie mortelle, une infection irréversible, dont le moyen d’action prioritaire est de prévenir la transmission du virus, dans l’autre cas,il s’agit de comportements toxicomaniaques dus à la consommation de produits illicites dont les conséquences sur l’individu sont plus ou moins graves selon le (les) produits et la manière de le (les) consommer.

Le premier problème relève de l’urgence de santé publique, le deuxième est un travail thérapeutique et social pouvant s’inscrire sur du moyen ou long terme La dimension préventive du VIH est donc à prioriser par rapport à celle de l’arrêt de la drogue : c’est là où se situe à mon avis cette contradiction, cependant, il ne faut pas négliger non plus le fait que la réduction des risques d’infection chez les usagers passe aussi par la gestion de la consommation des produits.

Je conclurai en disant qu’à ce jour l’extension de l’épidémie liée à l’usage de drogues par voie injectable reste un problème prioritaire de santé publique et les réponses à apporter sont urgentes à mettre en place .

ASUD : Que pensez-vous de l’auto-support comme approche en matière de réduction des risques de prévention du SIDA chez les usagers de drogues?Que pensez-vous de la création du groupe ASUD. Est-ce un partenaire souhaitable,crédible?
Par ailleurs; Quel type de concertation pourrait être envisageable entre le Ministère de la Santé et les usagers de drogues? Par le groupe ASUD? plus concrètement, existe-t-il des possibilités de partenariat entre ASUD et le Ministère de la Santé?

A. SERFATY : Je regrouperai ma réponse à toutes ces questions : je pense tout d’abord que la création d’un groupe d’auto-support des usagers de drogues, dans le cadre de la prévention de l’infection par le V I H chez les usagers de drogues, est un événement important en France. Plusieurs actions de prévention du SIDA chez les U-D avaient déjà intégré et fait participer des ex-usagers de drogues (AFLS).

L’organisation d’un groupe d’usagers ou d’ex-usagers de drogues est nécessaire pour servir de relais de prévention de l’infection par le VIH auprès des usagers.

Il est encore trop tôt pour définir la manière dont le ministère chargé de la santé et ASUD vont travailler ensemble, néanmoins, un champ commun de travail pourrait être envisageable à plusieurs niveaux: consultatif sur la faisabilité de certaines actions de prévention, d’observation sur des situations extrêmes qui échappent à toute approche de prévention, de conseil sur de nouveaux modèles d’actions. De toute façon ,l’existence d’ASUD sera pris en compte. Si en considérant qu’ un des objectifs de la prévention est d’accompagner les usagers pour qu’il deviennent promoteurs de leur propre santé : responsabilité individuelle et envers autrui, implication des intéressés (pairs) et accès aux moyens de prévention sont des approches à prendre en compte.

Par ailleurs,il faut préciser qu’ASUD sera d’autant plus légitimé dans le domaine de la prévention, que ses membres iront se documenter sur le SIDA. S’inscriront dans un réseau de partenaires français, bénéficieront des acquis des expériences françaises et étrangères et pourront repérer les limites de leur champ d’intervention.

ASUD : Nous pensons que l’échange des seringues par les usagers de drogues serait plus efficace. La législation semble bloquer une telle expérience. Faut-il développer l’échange de seringues ? par qui? L’évolution vers l’échange de seringues par les usagers et ex-usagers est-elle envisageable? Si oui, que pensez-vous faire dans ce domaine?

A. SERPATY : Les programmes de prévention de l’infection par le VIH avec échange de seringues apparaissent nécessaires pour accompagner les usagers de drogues à accéder à une information-conseil personnalisée autour des risques de contamination par le VIH ainsi qu’aux moyens de prévention, en particulier les seringues propres, les tampons alcoolisés,les préservatifs de plus, ces programmes interviennent aussi à un niveau plus large sur la maîtrise des risques : ceux des accidents de piqûres accidentelles avec des aiguilles usagers abandonnées sur la voie publique.

Il n’est pas souhaitable de dire que la législation bloque de telles expériences. Actuellement en France des projets sont en court de réalisation : un travail préalable avec les forces de police localement, avec les élus a permis le plus souvent l’obtention d’une neutralité bienveillante autour de ces programmes.

Ces programmes méritent d’être développés dans les zones les plus à risque de toxicomanie Depuis la remise du rapport d’évaluation des trois programmes expérimentaux, la division SIDA de la direction générale de la santé, en collaboration avec le bureau toxicomanie/alcoolisme/tabagisme de la DGS, la direction de l’action sociale et l’AFLS, a mis en place un groupe de travail relatif à l’extension des programmes de prévention avec échange de seringues. En avril 1992, un courrier a été adressée à toute les directions départementales des affaires sanitaires et sociales pour développer ces actions dans les départements…

Le SIDA

Le SIDA est une maladie qui détruit le système immunitaire (défense du corps contre les maladies). Résultat : des maladies de toutes sortes peuvent alors se développer. On parle à ce moment là de “maladies opportunistes”, puisqu’elles profitent de l’absence de défense du système immunitaire (ou de sa faiblesse).

Être séropositif, ce n’est pas être malade. Seulement, le virus du SIDA a été rencontré par la personne séropositive. L’Usager séropositif doit alors faire plus attention que les autres personnes pour ne pas subir une surcontamination par une autre souche du virus du SIDA.

Le virus en lui-même est très fragile. Il ne supporte ni l’air, ni l’eau-de-Javel, ni l’alcool 90°. Cependant, laisser sécher une seringue n’est pas efficace : des gouttes de buées suffisent à transmettre le virus par l’aiguille. La solution la plus façile, la plus rapide, la plus efficace, c’est naturellement de changer de seringue, pour en acheter une stérile !

Ne jette pas tes vieilles seringues n’importe où le chapeau de l’aiguille peut se retirer, et des enfants curieux pourraient se piquer au travers d’un sac-poubelle. Par précaution, nous devons donc casser l’aiguille de l’ancienne seringue pour que personne d’autre ne puisse l’utiliser. Attention toutefois à ne pas laisser traîner l’aiguille ainsi cassée.

Être un usager responsable, ce n’est pas seulement se préoccuper d’avoir des seringues neuves. C’est aussi utiliser les préservatifs, quelles que soient les circonstances. La confiance ne suffit pas. Avoir fait le test de dépistage non plus. (un très grand délai étant nécessaire (3 mois) entre le contact avec le virus et son dépistage). Le préservatif est un jeu qui n’exclu pas l’amour. Porter des préservatif sur soi est une marque d’espoir (d’une rencontre).

La moitié d’entre-nous sommes déjà séropositifs. Ne cherche pas de qui cela vient ! Mais cherche à prévenir tous ceux avec qui tu as “tourné” ces derniers temps. Le geste de prévention n’est pas facile ! Dire à quelqu’un “fais le test !”, c’est dur. Mais personne ne sait qui de toi ou de la personne a été le premier en contact avec le virus, et le problème n’est pas là. Il s’agit de faire jouer la solidarité, et le premier geste est de rester vigilant lors de “fêtes” où drogues et sexualités peuvent se mêler.

Le SIDA n’est pas une maladie honteuse. Si tu es séropositif ou malade du SIDA, ne cherche pas à le nier, à t’isoler. Tu dois être plus prudent, mais tu continues à vivre. La vigilance n’est pas la privation des plaisirs. Il s’agit de faire rentrer de nouveaux réflexes dans nos us et coutumes. Mieux vaut parfois attendre l’ouverture d’une pharmacie plutôt que de gagner une heure en perdant un mois à l’hôpital, voire pire. Une seringue propre ne dispense pas du préservatif. Le sexe-sans-risque (SSR) s’accompagne d’un usage à risque réduit (URR). L’usage propre, ça s’apprend, et c’est une carte de visite pour instaurer la confiance avec tous les partenaires.

Recherche Toxicomanie‑Sida

Un rapport de l’IREP1, en date de mars 92, et consacré à “LA TRASMISSION DU VIRUS VIH CHEZ LES TOXICOMANES”, enregistre “un net changement de comportement chez les toxicomanes, visant à la réduction des risques de contamination”.

Le rapport souligne qu’un faible pourcentage des usagers de drogues ayant commencé à se piquer après 1987 (année de la libéralisation des seringues) sont contaminés par le virus.

Cependant, poursuivent les chercheurs :

”Il reste néanmoins difficile de penser que les toxicomanes par voie intraveineuse pourraient réduire encore, et de façon significative, les risques de transmission du VIH par l’acquisition d’attitudes nouvelles plus sûres, tout du moins pour ce qui concerne la seringue: en réalité, les risques de transmission sont maintenant dominés par les conditions de vie et l’hygiène général des usagers. L’information est passée, le non partage de la seringue s’est installé comme une routine, l’emploi du préservatif est devenu un peu plus fréquent. Mais il manque au maintien ou au renforcement de ces nouvelles habitudes l’environnement sanitaire adéquat. Les états de crise, la misère économique, les conditions de vie dans la rue, la difficulté de l’accès aux soins, le caractère discontinu des prises en charge sanitaires sont autant d’éléments qui fragilisent ou relativisent les attitudes de réduction de risque; Le faible emploi du préservatif est à cet égard significatif, il vient largement en second dans l’ordre des priorités.”

1IREP : Institut de recherche épidémiologique de la pharmaco-dépendance, du DR Ingold.

En taule

Selon le Docteur Denis L, interne de l’hôpital St André à Bordeaux, dans “Synopsis Pluralis” d’avril 1992, près de 10 000 à 12 000 toxicomanes seraient incarcérés chaque année en France, avec parmi eux, un taux de séropositivité variant de 30% à 40%. On peut donc en déduire qu’il y aurait actuellement entre 3 000 et 5 000 Usagers des drogues séropositifs ou malade du SIDA dans les prisons françaises.

Face à cette situation, face aux risques de contamination qu’elle entraîne du fait de l’impossibilité de trouver en prison des préservatifs ou des seringues stériles, comment réagit l’Administration Pénitentiaire ? Comment soigne-t-elle les détenus usagers des drogues ou malades du SIDA ? Comment ceux-ci vivent-ils leur séropositivité ou leur maladie en prison?

Médecins pénitentiaires, surveillants, ex-détenus, parents ou amis de détenus, nous attendons vos témoignages…

En prison, en banlieue ou autre part

J’écris dans ce journal pour vous dire que j’aime ça ! J’aime vous écrire ! J’avais commencé mon histoire dans le journal de quartier de Vitry-sur-Seine, et j’ai envie de vous donner de mes nouvelles…

Je suis toujours sous AZT. Je continue les aérosols. Bien sur, apparemment, je me porte bien ! Mais je fais attention à mon bilan sanguin, les fameux T4, globules blancs qui ne doivent pas être moins nombreux. Par précaution. Toujours par précaution.

Comme cet ami rencontré dernièrement à l’hôpital. Il venait d’attraper une pneumo­cystose.. Il m’a appris que son frère était mort l’année dernière. Je ne le savais même pas! Lui ne se faisait pas suivre médicalement. Par précaution. Enfin ! Faut pas flipper!

C’est dur à dire, mais maintenant, je veux vivre, pour ne pas mourir comme un con ! je veux apporter des tas de choses à tous ceux qui sont, comme on dit, “des drogués” mais qui à part çà sont des gens comme tout le monde. Mal vus! Pourtant, qui est vraiment indépendant, “libre” ? Nous sommes toujours considérés comme des “toxicos’, des mal-aimés pour certains, des vrais amis pour d’autres ? Des personnes qui comprennent, qui essayent au moins de comprendre, tout en ayant peur du sida.

Où est la logique des choses ? Quelle vie mène-t-on ? Il n’y a pas longtemps, j’étais à une réunion, et on a pu en parler. J’ai trouvé çà super ! Il faut venir en parler. Tout cela m’a fait du bien, car j’ai besoin d’amis, d’amour et de compréhension. Ce n’est pas forcément facile, mais cela peut se faire.

Je comprends ceux qui sont en prison, en banlieue, ou autre part. Il faudrait pouvoir partir loin de tout ! Bien vivre, faire l’amour, avoir des enfants, des tas d’enfants qui seraient heureux, bien dans leur peau.

J’ai eu des moments difficiles : voir mon grand-frère mourir, les amis, les copains, tous déjà partis. Pourquoi ? Être dans le néant, avoir vu la mort de près, de trop près. Être bien, ou entre les deux, avoir des désirs impossibles à réaliser; je volais ma propre mère, je galérais dans le désastre. Comment être heureux et trouver sa place dans cette société ? telle que je la vois, sous un aspect à en crever. Vouloir s’en sortir, mais comment ?

Nous ne demandons rien d’autre que de nous donner notre drogue et qu’on nous laisse tranquilles. Au lieu de faire les hypocrites et de donner la mort au lieu de donner la vie. La mort, ce n’est qu’un mot. Pourquoi n’est -on pas sincères les uns avec les autres ? On a pas le temps de jouer avec les sentiments ? Si j’aime la défonce, qui osera me l’interdire maintenant ?

XAVIER

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