Étiquette : Produits et Pratiques

Cette partie du site contient des textes explicites, destinés à un public averti, dont le but est d’informer sur la réduction des risques liée à l’usage de drogue(s). La loi interdit l’usage, la détention, le transport et le trafic de la plupart des drogues.

Les informations que nous diffusons s’inscrivent dans la politique de Santé Publique appelée Réduction des Risques (Loi du 9 août 2004) et ne sont en aucun cas une incitation à la consommation de produits illicites.

Les drogues, au sens général du terme, sont des substances dont l’usage est souvent règlementé voire interdit par la loi. Si elles ne présentent pas toutes le même danger pour la santé, la plupart d’entre elles exposent au risque judiciaire (jusqu’à un an d’emprisonnement pour en avoir consommé).

L’objectif n’est en aucun cas d’inciter mais de réduire les risques liés à l’usage des drogues. Nous espérons que ces quelques conseils permettront à chacun de faire des choix éclairés vis à vis de ces produits.

Une méthode pour sniffer propre

Les étapes de la technique proposée

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> D’abord, on se mouche avec un mouchoir en papier.

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> Puis, on pile finement la poudre ; la surface miroir est assez dure pour cela. Utilisez la lame d’un couteau ou le dos d’une cuillère pour bien écraser et préparer le produit. Ce sont les grains qui abîment le plus les parois nasales. Roulez la paille avec une feuille de papier, moins agressive que les pailles en plastique, et consommez.

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> Dix à quinze minutes plus tard, rincez-vous le nez avec de l’eau stérile pour débarrasser la paroi des résidus et de la coupe restante qui peut être irritante. Faites couler l’eau du nez vers l’arrière-gorge pour la nettoyer et l’hydrater aussi.

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> Enfin, pensez à entretenir tous les jours l’intérieur de vos narines (muqueuse nasale) avec le décongestionnant nasal.
Si la poudre vous brûle ou qu’elle vous fait saigner du nez, c’est que vous abusez. Alors stop !

Certaines dopes : coke, speed en particulier, sont assez corrosives en elles-mêmes pour abîmer ou perforer la cloison nasale. A méditer.

Le Stérifilt, nouvel outil de prévention

Les contaminations par l’injection de drogues ont quasi disparu en France mais plus de 3000 injecteurs (entre 8 et 10 par jour) se contaminent encore chaque année par le VHC. Principale pratique mise en cause : le partage des filtres et cuillères. Un nouvel outil devrait permettre de limiter sérieusement cette catastrophe sanitaire. Après le Stéribox®, le Stéricup®, voici le Stérifilt®.

Les filtres bouillon de culture

sterifilt2Les filtres qui retiennent toujours un petit pourcentage de substance et de dépôt sont gardés pour dépanner en cas de sterifilt manque ou parfois comme monnaie d’échange. Lorsque le shoot a été préparé avec une seringue usagée appartenant à un consommateur porteur du VHC (près de 80% des injecteurs le sont), le liquide, la seringue et le filtre sont automatiquement contaminés. Le virus de l’hépatite C est très résistant et survit pendant des semaines. Or si les injecteurs ne partagent plus les seringues, de très nombreuses contaminations par le VHC ont néanmoins lieu à cause de la réutilisation ou du partage des cotons, cuillères. Le fait de pomper à plusieurs sur un même coton est également très souvent en cause. Il fallait à tout prix un moyen pour empêcher ces contaminations.
Si le Stéribox2® a permis de résoudre en partie le problème du partage des cuillères, il manquait un outil fonctionnel, pertinent et surtout qui soit accepté par les injecteurs pour limiter la transmission et le partage des filtres qui se transforment par ailleurs très vite en véritable bouillon de culture. Les Suisses ont découvert plus de 300 germes et microbes dans une héroïne courante vendue dans la rue. Chaque étape de la fabrication, le transport (notamment dans les cavités naturelles du corps), le stockage, les manipulations diverses contribuent au développement de nouveaux microbes.

Le Stérifilt®, dispositif filtrant stérile d’une remarquable technicité, remplit tout à fait cette fonction. Il a été plébiscité par 90% des usagers qui l’ont expérimenté. ASUD espère le trouver sous peu dans les Stéribox.
Le Stérifilt® est constitué d’un embout, s’adaptant sur l’aiguille de la seringue, qui comporte une membrane filtrante d’une porosité de 10 microns. Il suffit d’appliquer la surface filtrante à plat au fond du récipient de dilution et d’aspirer (voir illustration).

Avantages techniques

  • Le dispositif permet de filtrer l’héroïne brune et blanche, la cocaïne, le crack et le Subutex® ainsi que la grande majorité des drogues et produits injectés.
  • Il permet d’obtenir un liquide transparent plus adapté à l’injection.
  • La membrane du filtre retient 5 fois moins de drogue qu’un filtre à cigarette (généralement en acétate) et 3 fois moins qu’un filtre de coton, c’est à dire qu’il retient moins de 2% de drogue contre 6% en moyenne pour un coton ou un filtre de cigarette.
  • Il permet de filtrer 90% des particules mesurant moins de 5 microns et 90% des particules présentes généralement dans les solutions d’héroïne, cocaïne.
  • Il n’y a aucun contact entre la pointe de l’aiguille et le récipient de dilution donc l’affûtage du biseau de la pointe de l’aiguille est totalement préservé, ce qui garantit une pénétration optimale de l’aiguille dans la veine qui est moins endommagée.
  • Le Stérifilt®s’adapte sur les seringues serties BD 1ml qu’on trouve dans les Stéribox®, les seringues Bbraun et d’autres à embout universel (Luer) s’emboutit à la place du capuchon rouge.

Bénéfices sanitaires

  • Diminution des risques septiques et problèmes infectieux apparentés aux substances pyrogènes (poussières, fièvres…) et autres.
  • Le Stérifilt® permet de limiter la quantité de germes et bactéries contenus dans la drogue.
  • Diminution des abcès, problèmes veineux et autres liés à l’injection de Subutex®. Le Stérifilt® permet de réduire sensiblement la quantité d’excipients responsables de tant de problèmes sanitaires et parfois d’amputations lorsque ce médicament de substitution est injecté.
  • Le Stérifilt® est à usage unique et individuel. N’étant pas réutilisable ou transmissible, il devrait donc contribuer à faire diminuer sensiblement les contaminations de l’hépatite C et autres maladies transmissibles.
  • Le Stérifilt® peut éventuellement être laissé en place, en cas de perte du capuchon rouge, pour limiter les risques de piqûre accidentelle.

Précisions et recommandations

Si le Stérifilt® permet de filtrer le Subutex il n’est pas très adapté pour filtrer le Skénan®.. Il est recommandé de vérifier que le Stérifilt® est solidement embouti sur la seringue de manière à permettre une filtration parfaite. Il faut parfois un ou deux essais avant de comprendre la manière optimale de s’y prendre. Le Stérifilt® ne filtre malheureusement pas le sucre aromatisé à l’héroïne qui est vendu de plus en plus pour de l’héroïne marron. ASUD a pu procéder à plusieurs analyses qui ont révélé une teneur en drogue de l’ordre de 1%. Bonjour le diabète…. sans parler du prix du sucre.

Après une longue série de tests, le Stérifilt® est enfin prêt et devrait être disponible dans les Stéricup®, dans les pharmacies et structures spécialisées dans les prochaines semaines. Il devrait coûter quelques centimes d’euro. Des expériences sont en cours pour adapter le concept aux seringues utilisées dans d’autres pays comme l’Angleterre, la Belgique, le Canada….

Le sterifilt peut être commandé a Apothicom.

Les poussières dues à l’injection intraveineuse

Un shoot suivi, un peu plus tard d’un mauvais frisson annonciateur. Ce sentiment de malaise diffus, suivi de nouveaux frissons. Puis ce mal de crâne de plus en plus lancinant. Les accès de fièvre et ce froid qui glace les os, ces tremblements…
Vite se couvrir. Grelotter sous les couvertures avec ce désespérant sentiment d’impuissance… et ces coups de gongs que chaque pulsation du cœur fait battre dans la tête. Puis les heures qui passent à souffrir,… souffrir, gerber, gémir, grelotter et… tenir…
Quel UDVI (Usager de Drogues par Voie Intraveineuse) n’a jamais fait de « poussière »? Et quelles conneries n’a t-on pas raconté à propos de ces poussières?
Que c’était un grain de poussière qui se baladait dans un ventricule! Qu’il fallait refaire un shoot d’eau par dessus pour diluer la fameuse poussière!… Et de scruter la shooteuse à la recherche de particules en suspension.

Qu’en est-il en réalité ?

La médecine ne connait pas encore trés bien le mécanisme des « poussières ». Les hypothèses à leur sujet, varient.
Une poussière correspond la plupart du temps à ce que les médecins appellent un choc anaphylactique, c’est à dire une réaction allergique face à une substance étrangère introduite dans l’organisme.. Très souvent il s’agit d’une bactérie invisible à l’oeil nu qui provoque une infection de l’organisme ou un empoisonnement du sang qui peut être apparenté à une petite septicémie.

D’ou proviennent ces bactéries ?

Un citron entamé depuis quelques heures se transforme très vite en un lieu d’accueil où prolifèrent de redoutables micro-champignons et autres microbes.
Souvent, pour faire un coton, on prend un morceau de filtre de cigarette que l’on roule entre le pouce et l’index en en faisant une petite boule. Si l’on ne s’est pas lavé les mains juste auparavent, il est évident que le coton sera plein de germes de bactéries.
Les vieux cotons, surtout s’ils ont été emballés, humides, dans une boîte à l’abri de l’air se transforment rapidement en un bouillon de culture regorgeant de moisissures microscopiques, staphylocoques, streptocoques et autres germes. Al’air libre, ça prolifère un peu moins vite. Pareil pour l’eau pas fraîche, les cuillères pas désinfectés….
Les résidus d’héroïne marron dans les cuillères que l’on reshoote parfois plusieurs fois sont également de merveilleux nids à microbes.
Les produits de coupage comme la strychnine, le talc (très mauvais pour le coeur)…. peuvent également provoquer des poussières.
L’héroïne de contrebande est souvent fabriquée sans aucune condition d’hygiène, dans des caves humides, des endroits cachés dans la jungle…..toujours pleins de germes. Une étude suisse a permis d’identifier près de 250 bacilles contenus dans 60 % de l’héroïne de contrebande. Ceci explique que micro-organisme responsable de la poussière peut également se trouver dans la dope. Souvent dans ces cas, ce sont des poussières pas très fortes mais qui chez certains, se manifestent à chaque shoot.
Notre peau et nos muqueuses sont également pleines de bactéries contre lesquels notre organisme est programmé pour lutter, C’est le système immunitaire qui s’en charge mais en cas d’infection par le VIH, celui ci est affaibli, de même que lors de mauvaises conditions de vie, de fatigue, de stress, d’une mauvaise alimentation….Toutes ces conditions peuvent favoriser les poussières.
Il arive que deux personnes shootent la même dope ou des cotons de la même origine et qu’une de ces deux personnes seulement fasse une poussière. Cela est essentiellement du au fait que l’une de ces deux personnes aura des défenses immunitaires plus fortes que l’autre.

Conséquences des poussières

Celles-ci peuvent varier d’intensité. Cela peut aller de quelques frissons avec mal de tête jusqu’à la crise spectaculaire durant une nuit entière avec fièvre de plus de 40°. On en sort toujours d’une poussière abattu, lessivé, courbaturé. Parfois le mal de tête persiste longtemps et il faut plusieurs jours pour s’en remettre. Une poussière peut également affaiblir l’organisme au point de déclencher d’autres pathologies (éruption d’herpès, mycoses, endocardites, complications pulmonaires…..

Sans doute qualifie-t-on parfois d’overdoses des décès qui sont en réalités des chocs anaphylactiques particulièrement violents chez des UD souvent affaiblis par le VIH.

Comment éviter les poussières ?

ASUD vous le redit, les mecs:

  •  Lavez vous les mains et nettoyez-vous la peau avec des tampons alcoolisés avant chaque shoot!
  • Ne manipulez pas les cotons avec les mains sales!
  • Faites gaffe aux cuillères. Désinfectez-les et ne les partagez pas!
  • Éviter de shooter des cotons et surtout ne gardez pas ceux-ci dans des boîtes hermétiques, ne sucez pas l’aiguille! (la bouche regorge de germes) N’utilisez jamais un citron entamé ou du vinaigre! (Le vinaigre est un vin fermenté)
  • Ne gardez pas la dope dans des endroits sales, chauds, humides ou mal aérés! Ça favorise les proliférations bacgtériennes.
  • Ne shootez pas de comprimés écrasés car ceux-ci contiennent souvent du talc, de la cellulose et d’autres excipients qui se resolidifent dans le sang.

Que faire et ne pas faire en cas de poussière ?

Ne pas reshooter par dessus. Qur ce soit de l’eau, de la dope où quoi que soit d’autre. Cela ne sert à rien et présente un gros risque d’augmenter la quantité de virus dans un organisme déjà affaibli, dont toutes les défenses sont mobilisées pour lutter.
Prendre de l’aspirine ou du paracétamol dès les premiers symptômes et, en cas de douleurs aigües, éventuellement un suppositoire de Viscéralgine. (pour la rapidité d’action)
Rester couché au calme, dans la pénombre, au chaud sous des couvertures.
En principe la phase aiguë avec fièvres, maux de tête, vomissement… ne dure pas plus de quelques heures. Si les symptômes persistent appelez un médecin d’urgence.
…Et sachez que l’héroïne peut également se fumer. Ça accroche autant, ça provoque également un flash… mais ça évite de choper le SIDA, une hépatite… les abcès, les overdoses et même … de faire des poussières.

Le tabac, une plante en voie de prohibition

« Quant aux vieux forcenés de la cigarette, personne ne peut rien pour eux (…) ils étaient nés pour une passion de cendre. »
Louis Lewin, Phantastica

Le tabac est bien une drogue, la preuve : j’aime ça ! Bizarrement, j’éprouve plus de difficulté à écrire sur le tabac que sur l’héroïne ou le cannabis. Pourtant, la cigarette, je connais. C’est même la première drogue que j’ai consommée sans jamais avoir l’impression de consommer une drogue. Bien sûr, comme tout fumeur, il m’est arrivé de faire des kilomètres à la recherche d’un tabac et même, dans les moments de pure disette, de ramasser mes vieux mégots pour m’en rouler une. Bref, j’ai toujours vu la cigarette comme une habitude, certes tenace mais pas plus, tout en sachant que son usage réduirait sans doute ma durée de vie. Mais à cette époque, je m’en foutais royalement. Et puis les années passent, on tient plus à la vie, et on commence à percevoir les effets pervers de la clope−: manque de souffle, toux chronique, et très grosses difficultés pour ceux qui souhaitent arrêter. La clope accompagnée d’un bon café (ou vice versa), la clope d’après shoot, la clope après l’amour, sans doute la plus délicieuse… Si tant de gens fument, c’est bien qu’ils y trouvent quelque chose-!

L’histoire du tabac, des shamans aux buralistes

Le tabac, nicotiona en latin, est une plante annuelle de la famille des solanacées, originaire d’Amérique du Sud, utilisée depuis la nuit des temps par les amérindiens (et en Océanie) comme une plante sacré aux vertus médicinales. Fumé, prisé ou ingéré le tabac était associé à la plupart des rituels, souvent avec de la datura (une autre solanacée) et d’autres plantes hallucinogènes si communes dans cette partie du monde. Les cendres de tabac étaient utilisées comme engrais et comme insecticide Le tabac avait même son Dieu: Centzon Totochin à qui il était de bon ton d’offrir quelques sacrifices humains. Mais le tabac alors utilisé surtout par les shamans n’as pas grand chose à voir avec les produits dérivés commercialisés aujourd’hui. Il était utilisé brut, et pouvait provoquer des effets puissants pouvant mener jusqu’à la transe.

C’est avec la découverte des Amériques en en 1492 que l’Europe, puis le reste du monde découvre cette plante fascinante parfois considérée comme diabolique. Voir un homme recracher de la fumée par le nez était absolument stupéfiant, et cela ne pouvait être que l’œuvre du Malin. Alors un peu partout dans le monde on essaie de prohiber le tabac de façon plus ou moins brutale: en Russie on coupe le nez des priseurs et les lèvres des fumeurs, quant aux récidivistes on leur coupe la tête. Le pape lui excommunie les fumeurs, des moines surpris à fumer sont même emmurés vivant, les anglais décapitent l’inventeur de la pipe et en Orient les amateurs de tabac sont pendus, une pipe en travers du nez , brulés sur un bucher de plants de tabac, ou alors on leur couler dans la gorge du plomb en fusion…

Mais tout ces châtiments n’empêcheront « l’ivrognerie sèche » de se développer, alors peu à peu on taxera ce que l’on ne peut interdire et en France un monopole de la vente du tabac au profit du roi est instauré. A la révolution la liberté de culture et de vente est instaurée mais Napoléon rétablira peu après le monopole…et les taxes. En 1809 un chimiste français. Nicolas Vauquelin, isole la nicotine, principal alcaloïde du tabac. Il faudra attendre le milieu du XIX siècle pour voir apparaitre les premières cigarettes.
En France ce sont les « Élégantes » et les « Hongroises », qui deviendront « Gauloises » et « Gitanes ». Dès 1859 un ouvrage publié par la Faculté de médecine de Montpellier décrit « les ravages du tabac » et dix ans plus tard apparait la première association anti-tabac. Un des premier pays a lutter farouchement contre le tabac fut l’Allemagne, malheureusement il s’agissait d’un diktat nazi, ceux ci considérant que le tabac dénaturait la race *mettre affiche allemande.Et puis ni Hitler, ni Mussolini, ni Franco n’étaient fumeurs contrairement à Churchill, Roosevelt et Staline. A cette époque la liberté était du coté des fumeurs. La cigarette va régner sans entraves jusqu’en 1975, date à laquelle Simone Veil alors Ministre de la Santé, dénonce la nocivité du tabac et impose courageusement une loi restreignant la publicité pour le tabac.

Depuis cette date la consommation baisse et l’usage et la vente de tabac sont de plus en plus réglementés. Les prix sont en hausse constante alors que taux de nicotine et de goudrons sont de plus en plus limités (mais pas les additifs!). Oubliées les P4 et autres Celtiques (*mettre pub celtique) qui vous arrachaient les poumons, même la fameuse Gitane, si chère à Gainsbourg, a du rentrer dans le rang pour éviter la disparition pure et simple. Aux USA, le scandale fait rage: les cyniques stratégies commerciales des cigarettiers sont enfin dénoncées, ainsi que les manipulations chimiques qu’ils font subir à leurs produits afin d’en renforcer le pouvoir addictif, au mépris des considérations de santé publique. Des vulgaires fabricants de dope, mais qui bossent dans la légalité. Pour éviter les procès que leurs intentent des fumeurs malades ou leur famille, le cartel du tabac paye à l’état une somme colossale lui garantissant désormais l’immunité. Les vendeurs de tabac se tournent désormais vers des nouveaux marchés prometteurs: les pays en voie de développement et le tiers monde. La Chine, pays qui passe par les armes les revendeurs de drogues, est le nouvel eldorado de la sainte clope: ……millions de chinois fument.

Une plante en voie de prohibition

Après avoir été un symbole de modernité, de virilité, le cigarette de tabac est désormais montrée du doigt comme source de malheur et de décadence. A l’heure ou certains pays dépénalisent le cannabis, le tabac lui semble être en route pour une prohibition. Et pour soutenir cette terrible accusation , et comme à chaque fois que l’on parle d’une drogue, on dérape dans l’irrationnel transformant de facto l’information en propagande tout en n’oubliant pas de taper au porte monnaie les consommateurs de tabac (dont 40% sont des chômeurs, selon l’OFDT) . Il n’est pas question de nier les dégâts que peuvent provoquer l’abus de tabac mais n’est-il donc pas possible de réfléchir aussi à comment mieux consommer le tabac, comment réduire les risques liés à son abus? Est-ce le tabac lui-même qui est dangereux ou les manipulations chimiques que les industriels du tabac font subir à cette plante? Le vrai scandale du tabac ne tiendrait-il pas plutôt à sa commercialisation et ses puissants moyens de publicité, et à ce que les gouvernements aient laissé les fabricants de cigarettes manipuler leurs produits afin d’en renforcer entre autres leur effet addictif. Il semble quand même que l’ampleur de cette croisade anti-tabac dépasse largement les nuisances de la fumée.
Après le puissant lobby des cigarettiers voici venir l’avènement des docteurs es tabac, des patcheurs à tout va, des vendeurs de clopes à la laitue ou d’herbe de perlimpinpin, la lutte contre le fléau est sacrée et tout est permis, même gagner beaucoup d’argent. Après tout industriels de tabac et laboratoires ont au moins un point commun: ils gagnent énormément d’argent en fourguant des drogues … Alors chers fumeurs, êtes vous donc tous condamnés à périr dans d’atroces souffrances ?

La culture du tabac

A l’état sauvage il existe une soixantaine d’espèces de tabac dont le taux de nicotine varie de moins de 1% à 10% pour une variété sauvage chilienne
surnommée le tabac du diable. Mais le tabac cultivé est à 90% de la variété nicotiana tabacum, le reste étant de la variété nicotiana rustica. Le tabac est désormais cultivé dans le monde entier pour une production totale de 6 millions de tonnes/an dont une majeure partie sert à la fabrication de plus de 5000 milliards de cigarettes (dont 86 milliards seront consommées en France). *image plant de tabac En France, le tabac est cultivé sous haute surveillance ( les plants sont comptés ainsi que le nombre de feuille) et sa culture domestique n’est autorisée qu’à titre ornemental. 40 000 personnes vivent de la seule culture du tabac qui occupe 8300 hectares pour une production de plus de 25 000 tonnes.

Les semis s’effectuent début mars sous abri, et les jeunes plants sont ensuite transplantés dans les champs à mi-mai. Les plants sont ensuite étêtés pour obtenir de plus belles feuilles, seule partie de la plante utilisable pour la manufacture du tabac. La récolte se fait vers fin juillet, elle est généralement mécanisée, sauf pour quelques variété de moins en moins utilisées.
Selon le mode de culture et les sols utilisés il est possible d’agir sur le taux de nicotine de la plante

Produire son propre tabac n’est pas chose aisée et c’est interdit. Mais c’est néanmoins possible. La récolte nécessite des connaissances et le plus dur est d’obtenir un produit final propre à la consommation. Certaines variétés produisent plus de 200 gr de tabac sec par pied. Il existe un site internet très complet à ce sujet, offrant informations, graines et plan pour se bricoler son séchoir à tabac (www.seedman.com).

Tabac et réduction des risques

Modes de consommation

Si la façon la plus commune de consommer le tabac est de le fumer, on peut également le chiquer, le sucer ou le priser. Alors évidement vous hasardez pas à chiquer votre paquet de goldos ou à sniffer les camels de votre frangine. Le tabac doit être préparé pour être ainsi consommé. L’avantage est qu’on peut consommer partout sans gêner personne mais priser provoquerait des cancers des fosses nasales et chiquer des cancers de la bouche! Satané cancer, toujours en embuscade, prêt à nous tomber dessus dès qu’on dégaine un brin de tabac. Cependant le » tabac à sucer », en fait des gommes à la nicotine auraient démontré une certaine efficacité à faire décrocher de la cigarette.

En Suède le « snuss » est consommé par des millions de personnes et le pays a le plus faible taux de cancer de l’Europe. L’effet du « snuss » est décrit comme plus stimulant qu’une cigarette, et il est parait-il plus difficile d’arrêter. Une sorte de méthadone du tabac? Mais pas de bol le « tabac à sucer » est interdit en Europe, la Suède ayant obtenu seule une dérogation pour son snuss. Mais rien ne vous empêche (si ce n’est le bon sens!) de mastiquer vos patchs à la nicotine… ou plus raisonnablement d’en acheter via internet

Modes d’action

Fumer provoque une absorption très rapide ( moins de 5 secondes) dans le sang du principe actif du tabac la nicotine. L’effet est un peu plus lent quand il est chiqué ou priser. Un des principaux problème du tabac vient du fait qu’on le fume en général. Et inhaler de la fumée – quelle qu’elle soit – ne peut être bon, c’est du pur bon sens. Mais avec le tabac, ça se corse. La combustion d’une cigarette entraine la libération de plus de 4000 produits chimiques dont 50 cancérigènes, et ce sans compter les nombreux additifs que ne se privent pas d’utiliser les cigarettiers.
La nicotine, principal alcaloïde de la plante elle, est responsable de l’addiction et des effets du tabac. La nicotine est en réalité un poison des plus puissants. Une vingtaine de clopes infusées vous tue n’importe quel bonhomme. La nicotine est aussi responsable de l’effet psychostimulant du tabac. L’effet est de courte durée, mais il augmente la vigilance et la capacité de réflexion. La nicotine a aussi un effet antalgique (elle facilite la libération des endorphines) un effet éveillant, un effet coupe faim et un effet antidépresseur. Contrairement à l’alcool, la nicotine n’est pas neurotoxique, enfin une bonne nouvelle!

Tabac et réduction des risques

Si on a pu en France réduire sérieusement les nuisances liés à l’usage d’héroïne, en instaurant une politique pragmatique de réduction des risque pourquoi ne pourrait-on faire de même avec le tabac? Mais il est bien difficile d’obtenir des informations à ce sujet. Recherchez sur internet les mots clé tabac, cigarettes , réduction des risques et vous reviendrez bredouille ou presque. Aucun conseils pour éventuellement modifier sa consommation, qualitativement ou quantitativement. Rien, nada. Ou tu fumes et tu n’es qu’un sagouin de toxicomane, ou tu arrêtes et retrouve l’estime de la société. C’est la loi de l’abstinence comme solution unique, ce qui devrait raviver les souvenirs (pas les meilleurs) de pas mal de nos lecteurs. D’après les spécialistes, la durée de consommation serait un facteur bien plus déterminant que la quantité quotidienne consommée.
Alors ça, ça m’en bouche un coin: moi qui était tout fier de de plus fumer que 10 clopes par jour au lieu de 40 on m’explique maintenant que ça ne sert à rien! Avec ce raisonnement quelqu’un qui fume 2 à 3 clopes par jour depuis 40 ans serait plus intoxiqué que celui qui se tartine ses trois paquets jour mais entrecoupé de périodes d’abstinence serait frais comme un gardon! Je me demande parfois si c’est vraiment le tabac qui nous intoxique… La façon d’inhaler est déjà à coup sûr un facteur déterminant: selon qu’on aspire plus ou moins profondément et plus ou moins longtemps modifie forcément le degré d’intoxication. Il est est aussi recommandable de ne pas fumer ses cigarettes jusqu’au filtre, les dernières bouffées étant les plus toxiques. Idéalement il faudrait les écraser à la moitié, mais vu la cherté du produit cette recommandation risque fort de tomber à l’eau.
C’est comme avec la poudre: quand elle est chère les usagers ont tendance à se l’injecter, quand les prix baissent ils la fument. Aujourd’hui les consommateurs de tabac un peu fauchés (genre jeune, chômeur, RMIste, smicard) se rabattent sur le tabac à rouler. Je ne sais si le tabac à rouler est plus nocif que la cigarette classique, mais il est en général fumé différemment: souvent sans filtre, et en rallumant plusieurs fois la même cigarette ce qui est très mauvais! Au rythme ou filent les augmentations, il sera bientôt moins couteux de fumer du cannabis que du tabac!
Un outil comme le vaporisateur pourrait être intéressant pour consommer du tabac, mais bye bye la fumée et c’est un peu compliqué de se balader avec un vapo dans la poche! Quant aux cigarettes prétendument sans additifs elles seraient tout autant nocives que les autres, tout comme les beedies, ces petites clopes indiennes un temps à la mode. Les spécialistes disent qu’il faudrait arrêter de fumer au plus tard avant 44 ans (pourquoi pas 45?) pour peu à peu retrouver l’ espérance de vie d’un non-fumeur. Mais ça vous l’entendrez pas souvent, c’est pas bon pour la prévention! De toute façon les il est déjà démontré statistiquement que plus on avance en âge moins on fume: entre 20 et 29 ans 49% des hommes fument, ils ne sont plus que 18% entre 60 et 70 ans.

JI Air ( ASUD JOURNAL N° 26)

Speed story

Comme l’héroïne, la méthadone et de nombreuses autres drogues, ce fut un scientifique allemand, Edeleano qui fabriqua, en 1887, l’amphétamine à partir de l’éphédrine puis sa découverte fut oubliée. Divers scientifiques s’y intéressèrent en faisant des recherches sur les « antinarcotiques ». Puis ce furent les américains qui la mirent sur le marché sous le nom de Benzédrine® en 1937. On trouvait qu’elle rendait euphorique et travailleur tout en aidant à traiter la narcolepsie et les troubles de la concentration ainsi que l’asthme. Elle était préconisée pour 39 indications. En 1938, les allemands mettent au point la méthamphétamine qu’ils testent massivement auprès des militaires. C’est la Pervitin® que les anglo-saxons nomment Methedrine®. Durant les années d’après guerre et 50, après le japon, c’est Europe et les Usa qui confrontés à de véritables épidémies d’abus d’amphétamines. Voyant les dégâts causés par ces excès, l’industrie pharmaceutique chercha à inventer un produit coupe faim, stimulant, non euphorisant. Il en apparut des dizaines : phenmétrazine, fenfluramine, Fringanor@. Les risques d’abus, de dépendance et effets secondaires furent souvent plus nombreux que les avantages et ils furent retirés réservés à certains spécialistes. Aujourd’hui, en France, seul les hôpitaux peuvent délivrer amphétamines et anorexigènes (coupe faim) dans les cas de narcolepsies, troubles de l’attention et graves cas obésités.

Drogues de guerre

La méthamphétamine donne de l’énergie, de l’assurance, rend agressif et surtout recule le seuil de la fatigue. Dès le début de la deuxième guerre mondiale, les belligérants comprennent les avantages d’un tel produit. Grâce à la pervitin®, les nazis lancent leurs fulgurants blitzkrieg. Des dizaines de millions de doses furent dispensées aux troupes. Au moment de l’invasion de la Russie, les cruels SS qu’on avait laissé piétiner durant des semaines, furent exhorées à semer implacablement la terreur en Ukraine puis on les gava de Pervitin. Les barbares nazis galvanisés par la méthamphétamine, écumant d’agressivité, laisserent libre cours à leur penchants sadiques. De nombreuses opérations spectaculaires nécessitant une endurance inouïe furent réalisées. Ainsi la libération urgente de Mussolini mobilisa par commando allemand qui s’entraîna intensivement, soutenu par la drogue, pour enlever le duce. Les scientifiques nazis essayèrent maintes combinaisons, associant parfois amphétamine, cocaïne et opiacés pour explorer les limites de la résistance et des possibilités humaines sur leurs soldats et… dans les camps de la mort. Cependant la prise d’amphétamine entraînait fréquemment trop de confusion et d’effets secondaires. Les enjeux étant trop importants, les médecins recommandèrent plutôt l’usage prolongé de pilules fortement dosés en caféine. Les commandos italiens préféraient les tablettes de « Simpamina D » ( Dextrometamphetamine). Le besoin d’action provoqué par ce produit étant irrésistible.
A la fin de la guerre le « Times » titrait en première page : « La méthédrine a gagné la bataille d’Angleterre. » On découvrit alors que cette drogue a permis aux aviateurs de tenir les cadences de dizaines d’heures de vol non stop, la RAF, manquant cruellement de pilotes. En 3 un peu plus de 3 ans les anglais en avaient consommé 72 millions de doses. Les GI’s en ont consommé 180 millions de comprimés durant ce conflit. Plus tard au Vietnam, ils étaient 10% des à en en consommer. Au Liban les milices vendaient la méthamphétamine à leurs ennemis en la coupant avec de l’héroïne. Cela atténuait la descente et les accrochait plus sévèrement. Récemment, en Afghanistan, des pilotes de chasse US ont tiré sur une patrouille canadienne, en tuant plusieurs, les prenant pour des Talibans. L’enquête révéla qu’ils avaient abusé de la Ritaline® qui leur était très légalement prescrite pour maintenir vigilance et combativité durant leurs missions qui durent généralement plus de 12 heures.

Guerre, drogue et folie…

En 1995, Shawn Nelson, ancien GI défonçait la ville de Clairmont en Californie avec un tank volé de 60 tonnes jusqu’à ce que la police l’abatte. Dans « Cul de sac » le film sur cette affaire, les auteurs expliquent le rôle joué par la « meth » qu’il avait découvert à l’armée et qui l’avait rendu fou.. Saura-t-on un jour quelle fut l’influence réelle de la methamphétamine dans les décisions de Hitler. A partir de 1942, le fameux Dr Morell, son médecin personnel lui administra régulièrement des injections d’un mélange variable appelé « Vitamultin » dont on sait qu’il contenait de la methamphétamine et parfois des opiacés sans parler des badigeonnages du larynx de cocaïne. Ses états psychotiques, sa paranoïa et sa mégalomanie peuvent trouver là des éléments explicatifs pertinents. De même que sa fin. Hagard, tremblant, confus et mentalement diminué.

Senyoku, kamikazes et Philopon

Le japon fut le premier pays a payer un très lourd tribut à sa politique de guerre ; dès le début des années 40, le pays encouragea vivement l’utilisation des methamphétamines, en vente, libre pour faire face aux exigences de la guerre. Les militaires et tous ceux qui travaillaient dans l’industrie de guerre étaient encouragés à consommer pour la plus grande gloire de l’empire du soleil levant. Dans l’armée les consommateurs étaient 500 000. Le speed leur donnait le « Senyoku » (énergie guerrière). Les Kamikazes étaient fréquemment défoncés à mort au Philopon, méthamphétamine baptisée ainsi parce qu’en grec ancien cela signifie « qui aime le travail ». Après la guerre, les stocks, surtout militaires, étaient énormes. Déboussolés par la défaite fulgurante et le drame d’Hiroshima, les consommateurs étaient des millions. « « Philopon vide la tête et donne le tonus au corps » disait une pub. Ce fut une épidémie de psychoses, de dépressions… Le gouvernement réglementa la vente des comprimés et des poudres mais les formes liquides et injectables étaient toujours librement vendues. Beaucoup se mirent à injecter. Ce fut une catastrophe : pétages de plombs, crimes, suicides et passages à l’acte furent innombrables. La moitié des meurtres commis au début des années 50 à Tokyo y sont attribués. Le nombre des toxicomanes avérés aux amphétamines se chiffrait par centaines de milliers. On estime que 5% des jeunes de 15 à 25 ans était accrochés. La législation devint plus stricte mais les énormes stocks de drogues étaient passés dans la clandestinité et firent la fortune des yakusas. En 1954, les lois d’une sévérité inouïe furent promulguées. De nombreux consommateurs écopèrent de 10 ans de travaux forcés et d’amendes énormes et en 1955, il y eut « que » 32143 arrestations de contrevenants à la loi sur les stimulants. La mafia s’était mise à fabriquer des tonnes. On s’attaqua alors vigoureusement aux produits précurseurs et en 1958 il n’y eut plus que 271 arrestations.

Drogues de l’aveu et d’obéissance

La police de certains pays totalitaires comme l’Argentine sut faire un usage très particulier de ces produits. Les victimes étaient anesthésiées avec un mélange de scopolamine et de barbiturique puis on lui injectait une dose de methamphétamine. Sous l’effet du choc elle se mettait parfois à révéler, sans vraiment s’en rendre compte, ce que le bourreaux voulait savoir, allant jusqu’à s’accuser de crimes imaginaires. Des psychiatres inventèrent la narco-analyse en mélangeant diverses doses de penthotal barbituriques et methédrine. pour explorer l’inconscient de certains malades plongés dans un état « hypnagogique ».Le mélange engendrait une deshinibition, un besoin de parler, se confier mais aussi parfois des logorrhées compulsives où il arrivait que le malade évoque des faits totalement imaginaires. Ces pratiques ont toutes été abandonnées car peu sûres et un peu « fantaisistes ». La Ritaline ® (methylphenidate), est utilisée chez les enfants hyperactifs qu’elle calme en agissant de façon paradoxale. Elle les aide à se concentrer et ils deviennent plus sociables. Du coup de plus en plus de parents, aux USA surtout, cherchent à faire prescrire cette pilule de l’obéissance à leurs enfants dès qu’ils semblent un peu turbulents

Amphétamines et dopage

Les sportifs ont payé un lourd tribut aux amphétamines. Les combinaisons de la « petite famille » Mémé (Mératran®), Pépé (Pervitin®), les Tonton (Tonedron® et Maxiton®), Lili (Lidépran®), Lili (lidépran®) et les copains (Captagon®) ont fait des ravages dans les pelotons cyclistes.
Ce fut le décès du coureur Tom Simpson au sommet du Mont Ventoux lors du tour de France 1967 qui alerta l’opinion publique. Les yeux exorbités, la bave aux lèvres, la gueule tirée, il faut le voir sur les photos de l’époque, ravagé par l’abus de Maxiton®. A ce moment la presse sportive commence à s’intéresser aux comportements délirants de certains athlètes qui fonçaient comme des buffles enragés puis s’effondraient, ravagés par les abus d’amphétamines. Les livres sur le dopage sont pleins d’anecdotes édifiantes : des coureurs ont les mâchoires tellement crispées qu’on n’arrive plus à les faire boire, d’autres sont tellement délirants qu’il faut les évacuer avec une camisole de force. Les stimulants masquent la fatigue et empêchent la récupération et épuisent dramatiquement les organismes déjà éprouvés qui alors ont besoin de quantités encore plus importantes pour continuer.. le cycle est infernal et se paie souvent au prix fort :, problèmes cardiaques et autres séquelles diverses, crises de démence, décès précoce. Notons que les amphétamines étaient souvent revendues par leurs préparateurs aux athlètes entre 100 et 200 fois plus chers que le prix en pharmacie.

« Amphétaminomanie »

Aux Usa et dans l’Europe d’après guerre et jusqu’au milieu des années 70, il y eut quelques vagues «d’amphétaminomanie » avec des conséquences sociosanitaires graves. En Amérique, où les comprimés n’étaient plus en vente libre, les amateurs se sont tournés vers les inhalateurs de benzédrine® qu’ils démontaient pour en extraire l’équivalent de 25 pilules d’amphétamine.

Chiffres vertigineux:

En 1966, en Angleterre, les personnes dépendantes des amphétamines sont évaluées à 80 000. En France en 1970 les seules pharmacies ont délivré plus de 10 500 000 comprimés d’amphétamines et dérivés. En 1971, les pharmacies US délivrent 12 milliards de comprimés d’amphétamines diverses. Au début des années 70 aux USA, certains en injectaient jusqu’à 5 grammes de méthédrine en ampoule par jour

Les gardiens de prison en ramenaient facilement aux détenus qui se plaignaient de difficultés respiratoires. La suède, très libérale à cette époque, connut une importante vague d’injection d’amphétamine. Une pub pharmaceutique y affirmait « Deux pilules valent mieux qu’un mois de vacances ! ». Dans la France des années 45 à 60, les amphétamines furent souvent utilisées par les médecins pour faire face à une clientèle de plus en plus importante qui bénéficiait depuis peu de la toute nouvelle sécurité sociale. Durant l’épidémie de grippe de 1952-53, il y eut de sérieux cas de pétages de plombs dans le corps médical confronté à une surcharge de travail très éprouvante et qui recourait souvent aux « amines psychotoniques » pour y faire face.

« Speed kills »

Vers le milieu des années 60 aux USA, des milliers de jeunes hippies se dirigeaient vers la Californie où ils s’échouaient souvent. Certains shootaient du speed dans des « runs » de12 jours, sans dormir. Jusqu’à cette période la Méthédrine® était facilement délivrée. Quand l’accès devint plus réglementé, les gangs de motards, déjà gros consommateurs, se lancèrent dans la fabrication et le trafic. Des médecins se spécialisèrent. Les riches branchés passait en plusieurs fois par jour pour leur piqûre de « survolteur », réputée aphrodisiaque dans l’ambiance permissive de ces années « peace and love ». Le fameux Summer of Love de 66 se terminait très mal pour des nombreux de jeunes marginaux qui atterrirent dans les hôpitaux psychiatriques où l’on ne savait qu’en faire. Depuis les années 50 chaque génération eut ses victimes sacrificielles. Rockers, Mods, Hippies, Hardrockeux, Punks et Skinheads jusqu’aux teuffeurs d’aujourd’hui, ont versé leur obole en sacrifiant leurs neurones à la méchante folie des speeds.
Des Dexies Midnight Runners jusqu’aux « Mothers’s little helper » des stones en passant par la saga des Freaks Brothers l’usage des amphétamines a souvent été profondément associée, utilisés, revendiquée par certains sous groupes de la contre culture.

Comprendre ???

Les millions de gens qui ont pris des amphètes n’ont pas tous mal fini quoique… John F Kennedy par exemple, fameux « speedhead », fonctionnait beaucoup à la dexamphetamine. Jean Paul Sartre a écrit « critique de la raison dialectique » sous amphetamine. Le père d’un de nos anciens ministres de l’intérieur, surnommé « Tonton Maxiton » par les députés était connu pour ses interminables harangues dans l’hémicycle de la nation, qui ne s’arrêtaient qu’avec les effets de la methamphétamine. Au japon de plus en plus de « salarymen » (cadres) japonais deviennent « karosaï » (travailler à mort ) et meurent d’épuisement ou deviennent fous après avoir travaillé 100 heures par semaine durant des années.
Guettez la sortie du prochain numéro de votre magazine préféré où ASUD vous expliquera pourquoi l’abus de stimulants grille les neurones et pourquoi nous ne semblons pas tous égaux devant les drogues, certains étant plus égaux que d’autres comme aurait dit Coluche »…

Speed et réduction des risques

Effets et descentes

Quels que soient les modes de prises (shoots ou cachetons) les speeds provoquent un flash très puissant appelé aussi montée.

Une chaleur envahit tous le corps et la tête en particulier. On a tout à coup une impression de bien-être qu’on a envie, en général, de partager . Selon les produits et aussi votre caractère, tout au long de la défonce, vous allez vous mettre à raconter votre vie et cela depuis votre enfance ou vous prendrez votre gratte et aurez l’impression d’être le meilleur et d’avoir fait le meilleur bœuf de votre vie. Ça y est, votre carrière commence et vous savez à qui vous adresser et comment faire. Quoiqu’il en soit, vous avez tout compris et, promis, sûr et certain vous prendrez les décisions qui s’imposent. Tout vous paraît facile et évident. Vous pouvez aussi marcher pendant toute la nuit, écouter les bruits de la ville ou le silence, découvrir les lumières ou délirer sur les étoiles. A la différence des acides, ce ne sont pas des hallus mais une vision, une perception différente. Rien de flippant dans tout cela à moins d’être mal entouré comme pour tout. Quant aux relations sexuelles, elles sont stimulées et, si ça vous branche, vous assouvirez les fantasmes que jusqu’à présent vous n’aviez jamais osé entreprendre. Il est fréquent que certaines personnes, même timides, se mettent à poil et tout simplement parce qu’elles ont chaud et sont bien plus à l’aise ainsi ou qu’elles ont envie de faire l’amour.

La montée en elle-même ne se ressent que quelques minutes mais la durée les effets décrits est variable selon les produits et les quantités administrées. Mais sachez que vous en aurez pour un minimum de 6 à 8 heures voire jusqu’à 12. Les produits qui se shootent ont une durée plus courte et doivent être ré-injectés assez souvent.

Mais on ne peut pas parler de speed sans parler de descente et là, aïe, aïe, aïe ! En sens inverse, tout ralentit, une angoisse vous prend, vous êtes épuisé et pourtant vous n’arrivez pas à vous endormir car l’effet euphorique est passé mais le speed vous tient éveillé. Vous tremblez, vous devenez parano. Si vous êtes dehors, vous avez l’impression que tout le monde vous regarde. Chaque personne réagit différemment à la descente. Certains supportent, d’autres ont beaucoup de mal. Encore une fois, il vaut mieux être entouré de gens que vous aimez bien, ça passe mieux

Quelques conseils : ayez toujours un « parachute », genre calmant ou somnifère, ça aide. Restez calme. Si vous êtes avec votre petit(e) ami(e) ou même un ami, faites vous des massages, si vous en avez encore la force, ou des caresses, ça détend et décontracte les muscles qui sont très crispés. Dites-vous que ce n’est qu’un mauvais moment à passer et que ce n’est pas la peine de déprimer car tout est provoqué par le produit, le bon comme la descente.

C’EST DANGEREUX ?

Les effets secondaires sont variables selon les quantités et modes de consommation : irritabilité, nervosité, dépression, attaque de panique, désorientation, épuisement, hémorragies cérébrales, problèmes cardiaques, troubles de la concentration et de la mémoire, états confusionnels… Les doses initiales peuvent être multipliées par 100 en quelques mois.

Ils provoquent une forte dépendance

Si vous shootez, les risques d’abcès sont très importants car si ce n’est pas de la poudre, la préparation à base de cachetons est très épaisse. Il vaut d’ailleurs mieux l’éviter. De plus, il est fréquent de faire 10 à 15 shoots pendant la défonce, alors bonjour l’état des veines. Si vous le faites quand même, n’oubliez pas de changer de seringue à chaque pète et de ne pas partager votre matos. Les poussières sont aussi à craindre et elles font très mal. Vous croyez que vous aller y passer et ça peut d’ailleurs arriver. Elles sont amplifiées par l’effet du speed.

Les prises répétées de speed sont très dangereuses pour l’état mental. La parano vous guette et vous pouvez avoir des hallucinations genre delirium. En bref, on devient barge.

De plus en plus d’usagers substitués sont à la recherche du plaisir perdu et prennent donc du speed. Alors, allez-y mollo car vous risquez d’y laisser votre tête. De plus, ces produits font perdre l’appétit (risques d’anorexie) et une perte de poids importante s’en suit. Si vous n’êtes pas en bonne santé ou séro ça peut être grave. Le speed agit aussi sur l’organisme et tout problème de santé s’aggrave plus vite que la normale. Pour les dents, c’est diabolique, pire que l’héro, et la rage de dents ne tardera pas, avec en prime, une douleur multipliée. C’est valable pour toutes les douleurs.

Par ailleurs, l’abus de speed peut provoquer des hyperthyroïdies, hypertensions graves ainsi que des problèmes cardiaques.

Alors maintenant que vous êtes avertis à vous de choisir ! Et on ne répétera jamais assez les conseils de prévention : ne partagez pas votre matériel d’injection, changez de seringue à chaque shoot. Ne vous laissez pas surprendre par l’heure de fermeture des pharmacies. Le temps passe vite sous speed. Désinfectez-vous, sous speed on peut flasher sur le sang, alors prudence ! Ayez les préservatifs à portée de sexe.

Enfin L’ASSOCIATION AMPHÉTAMINE ET ECSTASY EST NEUROTOXIQUE !

Amphétamine, dexamphétamine, méthamphetamine, c’est quoi ?

Le système de récompense

L’amphétamine est une molécule fabriquée, au départ, à partir de l’ephedra, utilisée depuis la nuit des temps par les asiatiques pour ses effets stimulants et pour traiter l’asthme, grâce à son action sur les bronches.

Les chimistes ont décliné de multiples variétés amphétaminiques. Principaux effets recherchés : stimulation, recul du seuil de fatigue donc produit dopant, résistance au besoin de sommeil, excitation sexuelle, coupe faim et perte de l’appétit donc perte de poids… Elles ont aussi des applications thérapeutiques comme le traitement de l’hypotension, l’asthme, la narcolepsie , et calment même des enfants hyper-actifs. Au niveau cérébral les amphétamines agissent principalement sur les neuromédiateurs qui régulent la vigilance, les émotions, la concentration ainsi que les comportements instinctifs comme la faim, la sexualité. Ces substances participent de façon fondamentale à la perception et à la recherche du plaisir et qu’on appelle « système de récompense »..Les formes dextrogyres (voir tableau) peuvent agir plus spécifiquement sur le renforcement de l’ego et tout en étant plus euphorisantes, elles peuvent rendre aussi plus agressif..

Dex, méth, dexméth

Selon les manipulations sur la structure de la molécule pour adapter son action sur les neuromédiateurs, les chimistes ont pu atténuer ou renforcer certains effets, voire les multiplier. Selon la combinaison moléculaire, la drogue module et affine son action sur le système nerveux . Ain si la levo-amphétamine (basique) a une action stimulante simple, la dexamphétamine procure une stimulation moyenne mais une sensation d’éveil plus vive, la methamphétamine procure une euphorie et un besoin d’action plus intense, la dextromethamphétamine procure, une sensation d’éveil et un débordement de l’ego encore plus fort.

Pour comprendre voici un petit tableau avec des graduations de 1 à 6 selon l’intensité provoquée :

amphétamine dexamphetamine methamphetamine dexmethamphetamine
Sensation de stimulation 1 2 4 6
Euphorie 1 3 5 6
Confiance en soi 1 2 4 5
Durée 4h 4h-6h 8h-12h 12h-20h

La durée des effets peut varier selon le mode de consommation (injecté, sniffé, fumé, ingéré).et la quantité.
Avalé, le produit agit plus longtemps et plus en douceur que s’il est sniffé, injecté ou fumé. Les contrecoups et conséquences pénibles de la descente seront ensuite inversement proportionnels à l’intensité et à la durée des effets ressentis. Si les 3 premiers furent parfois des médicaments, la dexmethamphétamine ne fut jamais qu’une drogue.

Speed, Ice, Crystal, Tina, Crank, Yaba

Le speed en poudre qu’on trouve sur le marché noir français, parfois de couleur rose ou orange est en général du sulfate d’amphétamine qui contient rarement plus de 5 à 10% de produit actif. Le reste est souvent de la caféine, des sucres divers et parfois (speed gras) du stéarate de magnésium dont on se sert pour faire les bougies. Aux USA, dès les années 60, des gangs de motards se sont spécialisés dans la fabrication, le commerce (et la conso) de sulfate de méthamphétamine appelé « crank ». Depuis les années 80, ont trouve du chlorhydrate de méthamphétamine (ce qu’on appelle le Crystal ou « meth » ), et au début des années 90 apparaît l’ « Ice » à Hawaï et aux Philippines (Shabu) puis aux USA. Il s’agit de de chlorydrate de dextromethamphétamine. Actuellement aux USA on trouve de la « Meth » et de la « Dexmeth » sous forme d’Ice. Cette dernière est plus rare, plus violente, plus chère. L’Ice est principalement fumé. Le sniff d’Ice, théoriquement possible est extrêmement douloureux pour les narines de même que l’injection qui fait très mal à la veine. Les petites pilules rouges de Yaba (méthamphétamine) qu’on trouve en Asie du Sud-Est sont en général ingérées ou fumées (leur odeur de vanille est typique). Les déchets de l’Ice peuvent être refumés, un peu comme le « dross » (cendre d’opium). Par ailleurs, le « Snot », une écume résiduelle, provenant de la fabrication, est très prisée par certains qui acceptent de la payer la payer très cher, considérant que c’est une drogue d’élite. C’est une pâte un peu mousseuse, très prisée au japon, où elle est aromatisée à l’essence de briquet. Il existe des dizaines de procédés clandestins pour fabriquer lce et crystal. La plus connue est la « nazi method », appelé ainsi parce que son promoteur était un Hells Angel fou de symboles nazis. La plupart utilisent de la pseudoephedrine, (longtemps en vente libre par cartons entiers aux USA), du phosphore rouge et un produit ammoniacal employé dans l’agriculture. Certains « methcooker » ont gratté le phosphore de dizaines de milliers d’allumette pour s’en servir dans la fabrication de « meth ».

Dosage

Les doses « thérapeutiques » contenues dans les médicaments à base d’amphétamines contiennent en général 3 à 10mg de principe actif, mais le plus souvent 5mg par comprimé. Les comprimés de Dexédrine® (dexamphétamine) prescrits dans les pays anglo-saxons contiennent 5mg. Pour les succédanés et analogues (tel le methylphenidate (Ritaline®) ou anorexigènes comme le Dinintel®), la dose efficace prescrite est en général comparée à 5mg d’amphétamine dite racémique (basique).

Effets secondaires et dégâts

Les effets que procurent ces drogues ont toujours un prix. En cas d’abus celui-ci peut être très élevé. La résistance au sommeil se paie par un surcroît de fatigue. L’augmentation momentanée de la capacité de concentration, du sentiment d’acuité mentale, se paie par un déficit de l’attention, des pertes de mémoire, l’augmentation de la confiance en soi est suivie par l’abattement, voire la parano, la perte d’appétit entraîne carence et amaigrissement, le besoin irrépressible de parler fait passer pour un bavard vaniteux,… Certains lecteurs d’ASUD savent combien les personnes sous speed avec leur ego débordant et leur irrésistible besoin de parler, de bouger, peuvent être pénibles.
En cas d’abus ou de consommation régulière, la perte de contrôle et l’augmentation des doses peuvent être spectaculaire. Les psychose amphétaminiques avec sentiment de persécution et paranoïa insensés sont redoutables. Les plus anciens se souviennent des speedfreaks des années 70 qui après quelques mois d’abus sombraient parfois dans une torpeur et une langueur impossible à guérir. Complètement éteints, ils s’étiolaient comme des petits vieux. A cette époque, la pharmacopée contenait des dizaines de stimulants : on en prescrivaient contre la dépression, la fatigue, pour maigrir, travailler. Si le produit à pu aider certains à passer un cap, les plus fragiles, surtout s’ils injectaient, se transformaient en zombis décharnés, édentés, hallucinés au bout de quelques temps. Les Maxiton®, Tonédron®, Adiparthrol®, Captagon®, Dinintel®, Survector®, Orténal®… ont tous été retirés du marché : trop d’abus.

Éphedra et éphédrine

De nos jours l’éphédra est parfois connu comme « Herbal Ecstasy » et vendu sur Internet. Les utilisateurs qualifient les effets de « physiques et nerveux, un peu comme beaucoup de café fort». La vente libre d’éphédrine est interdite en France depuis 2003. Une enquête aurait prouvé sa toxicité cardiaque et neurologique.
L’éphédra pousse aussi en Amérique du Nord, où dans la secte des Mormons, chez qui le café est interdit, on s’en sert pour faire une boisson permettant de ne pas piquer du nez pendant les soporifiques prêches des pasteurs. On l’appelle d’ailleurs « thé des Mormons ». Longtemps, dans les bars et stations services le long des « Highways », les camionneurs achetaient des pilules de caféine et/ou pseudo éphédrine afin de lutter contre le sommeil en conduisant sur les longues distances américaines

Rachacha et réduction des risques

L’opium contient une quarantaine d’alcaloïdes et d’acides qui agissent en synergie, c’est-à-dire que les uns renforcent, équilibrent ou atténuent les effets des autres. On trouve la morphine, bien connue de nos lecteurs, la codéine antitussive, la thébaïne dont on fait le Subu, la papavérine (utilisée en micro-injection dans la verge pour soutenir les virilités défaillantes)….

Suivant la maturité des pavots, leur origine, la préparation et les ingrédients la qualité d’un Rachacha peut considérablement varier d’une fois sur l’autre. Dans un estomac à jeun, les effets se font sentir au bout d’une demi heure alors qu’avec un ventre plein cela peut prendre plus de deux heures. D’où un réel danger faute de savoir doser.

Les premières prises se soldent souvent par des vomissements. En effet, la nature a voulu que lorsqu’on utilise des opiacés forts pour se défoncer, l’organisme doit en payer le prix .Avec l’usage, ces vomissements disparaissent la plupart du temps. L’organisme développe alors une tolérance à l’opium, ce qui implique d’augmenter le dosage pour retrouver l’effet voulu. Cette tolérance peut alors entraîner l’accoutumance. En effet, la tolérance au rachacha induit une tolérance à des produits plus forts comme l’héroïne (qui est plus facile à trouver que le Rachacha). Ce qui peut accélérer la dépendance à l’héroïne en cas de consommation répétée.

ASUD a rencontré des types, très patients, qui se rendent dans les champs aux aurores et incisent les têtes puis reviennent plus tard pour récolter le suc qui a coulé. Il s’agit alors d’opium. La boulette est plus claire à l’intérieur. Il est plus odorante et bien sûr plus fort donc plus cher. Il faut des heures de boulot pour récolter quelques boulettes. En Espagne quelques amateurs d’opium très déterminés ont planté des petites parcelles de pavot somnifère et font leur petite récolte tous les ans. Aux USA, on trouve, grâce au 1er amendement US sur la liberté d’expression, de nombreux renseignements sur Internet, ainsi qu’en librairie, sur la culture du pavot hydroponique sous serre ou en appartement. (Voir page « Notre culture » dans ASUD N°19).

Mélanges

Les effets du « Rach » sont considérablement augmentés par l’alcool et les calmants, surtout les benzodiazépines (Lexomil, Temesta, Tranxene, Rohypnol…)
EN CAS DE MÉLANGE, IL Y A UN RÉEL RISQUE D’OVERDOSE. Dans ce cas appeler immédiatement le SAMU ou un médecin. Un café fort peut permettre de contrecarrer un peu les effets opiacés. Faire marcher la personne en attendant les secours. L’inciter vivement à lutter contre l’endormissement.

Un des autres inconvénients du Rachacha est sa tendance à constiper sérieusement.

Coupage et altération

Le Rachacha se détériore avec le temps, surtout s’il est stocké à la lumière et subit des chocs thermiques (chaud-froid). Sa force peut varier en fonction du temps de cuisson, des additifs et de la maturité du pavot. Chaque « Rach » est différent. Celui qu’on trouve en été est souvent plus fort que celui qu’on trouve hors saison.

Les connaisseurs prétendent qu’un « bon » Rachacha est très noir, un peu brillant à l’extérieur et marron sombre à l’intérieur au bout de quelques jours. Il est très amer avec un petit arrière-goût de réglisse avec laquelle il parfois coupé, ce qui peut se vérifier en le brûlant. La présence de réglisse laisse une odeur de sucre brûlé alors que le vrai Rachacha dégage une odeur qui rappelle celle de l’ héroïne brune fumé sur de l’aluminium.

Il circule une rumeur comme quoi le Rachacha serait parfois coupé avec de la datura[1] ou d’autres plantes psychotropes très dangereuses. Autrefois, il arrivait que l’opium soit coupé avec des graines de jusquiame[2] (qui contient de l’atropine et de la scopolamine connus pour leurs effets toxiques), soit disant pour mieux le conserver. Il ne fait aucun doute que ce mélange a du être la cause de graves bad trips si ce n’est de décès.

Ne pas shooter le rachacha… !

« Shooter le rachacha te fait une gueule d’Elephant Man bouffi. On se retrouve en train de se gratter comme des fous, s’envoyer vainement de l’aspirine pour arrêter un terrible mal de tête. Après ça, c’est l’angoisse! Une descente qui n’en finit plus et qui n’a rien à voir avec les sensations opiacées habituelles ! »

La papavérine, présente en quantité importante, a des effets spécifiques redoutables sur le cœur et le cerveau lorsqu’elle est injectée en intra veineuse.

SHOOTER LE RACHACHA EST HAUTEMENT TOXIQUE ET EXPOSE A DE RÉELS RISQUES DE SEPTICÉMIE, DE CHOCS ALLERGIQUES ET AUTRES “ POUSSIÈRES ” SANS PARLER DU RISQUE D’OVERDOSE…

[1] Au Maroc, il est arrivé qu’on trouve du shit coupé à la datura.
[2] Pline – Histoire naturelle t. XX, ch. 76.

Fabrication du rachacha

ASUD est allé voir Blue, un vieil ami qui habite à la campagne.

Fin juin, Blue était parti écumer un peu la province où son œil d’aigle a vite repéré les champs de gros coquelicots mauves et blancs. 15 jours plus tard, une fois les pétales tombées, avant que les paysans ne ne coupent les précieuses têtes de pavot, il y est donc retourné une nuit et en a rempli quelques gros sac. De retour chez lui, il a étalé les têtes sur une bâche en plastique pour les faire sécher.
Une semaine plus tard les têtes de pavot sont complètement sèches. Il en remplit un sac en jute, fait un nœud et saute dessus à pieds joints. Des milliers de petites graines s’égrènent alors à travers les mailles du sac sur le plastique.  » Il faut écraser les têtes, m’explique-t-il. Ça permet également d’enlever les graines qui contiennent des agents histaminiques qui provoquent démangeaisons, rougeurs et œdèmes ».

Après ça, les bulbes sont concassés et tamisées pour enlever le reste de graines, et enfournés, bien tassées, dans une grande lessiveuse pleine d’eau qui chauffe à feu doux. Au bout d’une petite heure, ça frémit. Il rajoute un petit verre de vinaigre et de l’acide citrique. “ Ça transforme certains alcaloïdes en six-acetylmorphine, ça fera un produit plus fort ! Certains mettent quelques graines de jusquiame pour la conservation mais cette plante est également hallucinogène, très toxique et ajoute à l’amertume” m’apprend-t-il en connaisseur. Toutes les demi heures il touille avec un grand bâton. Dans la lessiveuse, le liquide a bien réduit et les têtes de pavot toutes molles se sont tassées au fond. Il baisse encore le feu. “ Faut qu’ça bout doucement et longtemps ! ” Au bout de 6 heures, le contenu est retiré et filtré à travers un tissu pour enlever tous les résidus puis remis sur le feu.

Blue continue régulièrement à remuer: “ Faut faire gaffe, qu’ça n’attache pas ! ”. De temps en temps il rajoute de l’eau. Enfin, tard dans la soirée quand il ne reste plus qu’un épais bouillon noir qui bruit doucement en laissant éclater des bulles à la surface, il éteint le feu. A l’aide d’une louche, notre ami récupère l’espèce de pâte en raclant le fond et remplit un grand bocal en verre. “ Voilà c’est prêt,… plus qu’à refroidir ! ” Toute l’opération de cuisson aura duré environ 16 heures.

Histoire du rachacha (ou décoction de têtes de pavots)

Dans l’antiquité

La décoction ou la “ confiture ” de pavots existe depuis la nuit des temps. Les Romains l’appelaient “ diaconium ”. Les sirops opiacés et autres “ dormants ” de nos anciennes pharmacies ne sont rien d’autre. Ce furent des médications très largement utilisées pour toutes sortes de maux ainsi que pour leurs effets calmants. Encore au début de ce siècle la mortalité enfantine due à l’abus de “ diacode ” était très élevée dans le nord de la France. Les parents en donnaient aux enfants pour qu’ils dorment pendant qu’ils travaillaient 12 h par jour dans les manufactures.
En Inde c’était la drogue de choix des pauvres, qui appelaient « affioni », sur un ton teinté d’un mépris envieux, les riches qui pouvaient se payer du véritable opium. En Perse, au 17 et 18e siècle on trouvait un peu partout des « Coffee Shop » où l’on consommait du « Kokhnar » qui n’était autre qu’une décoction de têtes de pavots. Dans ces endroits l’ambiance pouvait être surprenante pour un étranger. Les hommes en arrivant, y parlaient fort, s’engueulaient et parfois s’insultaient puis, au fur et à mesure que le « Kokhnar » agissait, leur comportement changeait et ça se terminait par des courtoisies, des compliments et parfois de chaudes effusions. C’était une espèce de rituel de régulation sociale servant à résoudre les conflits et à évacuer les tensions.

Kompot et Khanka

Aujourd’hui dans les pays de l’est (Russie, Bulgarie…) les paysans ont souvent des plants de pavots à opium dans leur jardin. Ils utilisent en général les graines pour la pâtisserie mais les anciens apprécient une décoction le soir pour aider à dormir et pour soulager des maux qui peuvent affliger la vieillesse.

Dans ces mêmes pays on trouve également le fameux “ kompot ” ou “ khanka ” consommé par certains junkies locaux. Après avoir cuit les pavots, on y dilue des comprimés d’anti histaminiques afin de réduire les démangeaisons. Ensuite on filtre plusieurs fois à travers un linge. On rajoute de l’anhydride acétique, de l’acétone et du vinaigre puis après quelques autres manipulations on récupère un film noirâtre : une héroïne très instable qui doit être injectée dans les heures suivantes.

En Australie, on connaît bien le thé aux graines de pavots. Les plus acharnés font bouillir environ 300 grammes pendant dix minutes avec des citrons, filtrent et refont bouillir le liquide pour réduire de moitié. Le résultat est très amer et contient environ 20mg de morphine D’autres broient les graines et en font une infusion. En Tasmanie, des mecs sont salement accro aux décoctions de pavot.

Le Rach, un produit saisonnier

Déjà au début des années 70, les premiers junkies allaient au Maroc pour décrocher de l’héroïne marseillaise. Là bas, des décoctions de grosses têtes de pavot leur permettaient de soulager le manque et de se sevrer progressivement. De retour en France, certains découvrirent les champs de notre beau pays mais gardèrent jalousement le secret. Ce n’est qu’au début des années 90, qu’on entendit parfois parler de “ Rach ” ou de “ Rachacha ”. Depuis on en trouve tous les étés. Fumé sous forme de boulette mélangé à du tabac dans des Bongs mais les effets sont assez légers. Le Rachacha n’est pas vraiment fait pour être fumé contrairement au “ chandoo ” (ou opium à fumer) . Gobé par petits bouts il sert parfois à amortir une descente d’ecstasy ou d’acide . En général on trouve le « rach » en été mais les plus prévoyants font des provisions qui peuvent durer jusqu’en hiver. Les prix varient de quelques dizaines de F à 100F pour un gramme.

Histoire du protoxyde d’azote (ou gaz hilarant)

Découvert vers la fin du XVIIIème siècle, le protoxyde d’azote attira l’attention grâce à ses propriétés analgésiques et anesthésiante. Le dentiste Wells fut l’un des premiers praticiens à l’utiliser pour arracher des dents sans douleur. Mais ce pionner abusa régulièrement du fameux gaz puis passa à l’éther et au chloroforme avant de ce suicider. A la fin du XIXème siècle, le philosophe et physicien, William James, s’exclama à propos du N2O : «voilà le bien et le mal réconciliés en une même hilarité !», sous l’effet du gaz. Il assimilait les effets à une experience religieuse qu’il qualifiait de «délirant ravissement théorique».

Durant plus d’un siècle, des forains organisèrent des séances collectives d’inhalation de gaz hilarant. C’est une attraction courue : des gens respiraient ce fameux gaz et se donnaient en spectacle en titubant avec l’air hilare.
De nos jours, le protoxyde d’azote, principalement utilisé en médecine, est associé à de l’oxygène, pour favoriser les accouchements difficiles. Les dentistes s’en servent peu en dehors de certain pays de l’ex-URSS. Il est également utilisé dans l’industrie alimentaire, et les bonbonnes de chantier débitées à 1€ le ballon dans les teufs peuvent s’avérer une affaire juteuse.

Protoxyde d’azote (N2O) et réduction des risques

A doses élevées et répétées (des dizaines de prises sur plusieurs jours), le protoxyde d’azote détruit l’acide folique et la vitamine B12 et peut endommager la moelle épinière. Il est donc recommandé aux aficionados de compléter leur alimentation par des suppléments de cette vitamine notamment en cas de régime végétarien.

De plus, le gaz très froid « gèle » les muqueuses et les poumons s’il n ‘est pas mélangé avec un peu d’air chaud expiré. Il est déconseillé d’en consommer après avoir mangé : il peut provoquer des nausées. Il peut s’avérer réellement dangereux pour les personnes souffrant d’anémie ou d’hypertension. Il semblerait qu’il puisse y avoir un risque pour le fœtus, en cas d’abus chez les femmes enceintes.

A éviter également en descente de speed. Il peut susciter angoisse et palpitations. Il semblerait qu’une hyperventilation préventive durant une minute soit une mesure de réduction des risques qui permet, en plus, de mieux profiter des effets.

Si vous en consommez, adoptez de préférence une position couchée ou assise. Ensuite, aspirez un peu d’air avant de respirer les trois-quarts du ballon. Ressouffler et aspirer le gaz dans le ballon. Garder le tout. Ressouffler et aspirer à nouveau avec le haut des poumons.
Attention : se brancher avec un masque sur une bonbonne peut occasionner des dommages cérébraux irréversibles. Laissez se vider une grosse bonbonne dans un lieu clos (tente, pièce fermée) en a déjà mené quelques-uns au cimetière pour cause d’asphyxie.

Histoire et usage médical de la kétamine

Découverte en 1962, la kétamine est un des anesthésiants les plus largement étudiés (1)… Expérimentée la première fois sur l’être humain en 1965 comme anesthésique général, elle suscita un intérêt particulier pour son action brève et sûre. Elle fut largement utilisée lors de la guerre du Vietnam par des GI’s blessés qui en usèrent et en abusèrent et racontèrent comment ils voyaient leur corps inanimé depuis une conscience flottant quelque part au plafond…
Dans les années 70, des chercheurs, tel Stanislas Grof, inventeur de la psychologie transpersonnelle, l’expérimentèrent comme outil d’exploration d’états de conscience modifiée. En Russie, on soignait le lancinant syndrome du « membre fantôme » des amputés (la sensation d’avoir mal à la main d’un bras coupé) grâce, en partie, à ses effets analgésiques et « dissociatifs ». La drogue pourrait permettre de vivre plusieurs états de conscience à la fois. Dans ce pays, on s’en servit également pour les sevrages d’alcool et d’héroïne, mais sur le mode aversif (en suscitant un réflexe de dégoût). Les succès furent mitigés mais pas inintéressants (2).
Karl Janssen, un psychiatre anglais spécialiste de la kétamine suggère que la drogue, administrée sous contrôle médical, pourrait être utilisée au même titre que les électrochocs pour traiter certaines maladies mentales. Actuellement, la kétamine est utilisée, associée à d’autres produits, l’anesthésie des enfants, personnes âgées ou fragiles. On l’emploie également en médecine d’urgence, sur les champs de bataille ou lors d’accidents… pour les amputations, soulager les fortes douleurs, notamment chez les grands brûlés… Dans certains Etats US, elle sert à exécuter « humainement » les condamnés à mort par injection létale. Dans ce même pays, des gays pratiquant une sexualité particulièrement hard, utilisent kétamine et cocaïne pour anesthésier celui qui subira le head fucking.
Son autre usage est vétérinaire. On s’en sert pour anesthésier les animaux avant une opération ou pour les neutraliser. L’appellation d' »anesthésiant pour bestiaux » n’est peut-être pas pour rien dans son effet attractif.

(1) Plus de 6500 études sur le produit (Medline) dont une bonne partie sur l’être humain contre 800 publications sur la MDMA, dont très peu, par contre, concernent une expérimentation humaine.
(2) Gardons à l’esprit que dans l’ex-URSS, beaucoup de produits furent utilisés davantage pour leur prix de revient extrêmement faible et leur facilité de fabrication que pour leurs réelles qualités thérapeutiques.

Kétamine et réduction des risques

Celui qui, ne pouvant s’empêcher de goûter, n’aura pas préalablement « apprivoisé  » la kétamine avec de  » toutes petites traces  » risque de faire un  » gros bad trip « .

En cas d’injection intraveineuse, l’effet est instantané et très violent. Perte totale de contrôle du corps et chute garantie.

En général la consommation de kétamine se termine allongée, avec une impossibilité totale d’agir. Quel que soit le mode de consommation, l’environnement doit toujours être suffisamment sécurisé et confortable pour s’allonger. Attention aux chutes de tension (moins de 8-10 pulsations en 15 secondes). Si celle-ci est anormalement basse, surélever les jambes.

L’association avec des benzodiazépines et/ou de l’alcool peut provoquer une dépression respiratoire.
Une consommation régulière contribue à encombrer les voies respiratoires. Se moucher et expurger les glaires le plus souvent possible.

La kétamine est absolument déconseillée aux personnes souffrant d’épilepsie. Elle augmente sérieusement le risque de crise et la violence de celle-ci.

Ne jamais consommer en cas de problèmes de tension artérielle, cardiaques, hépatiques, de troubles psychologiques… et juste après avoir mangé.

La kétamine cause de sérieux problèmes à ceux qui en ont perdu le contrôle et consomment à longueur de journée. Quand le produit est épuisé ou inaccessible, la dépendance disparaît, en général sans conséquences majeures. La majorité des amateurs de kéta en font un usage récréatif qui, vu de l’extérieur, peut réellement impressionner. Les problèmes résident bien plus dans l’abus, les mélanges, les représentations caricaturales ou erronées des effets, le manque d’informations fiables et ciblées. Le mot d’ordre inspiré du de celui de la Mildt, « Savoir mieux et plus pour risquer moins », est plus que jamais d’actualité.

Bad trips et mélanges

L’effet de la kétamine peut être très dur et insupportable, voire traumatisant, pour certains. Des personnes en ayant pris sans le savoir ont vécu un bad trip terrible avec hallucinations dantesques, sensation de mort imminente, de non-réintégration de l’esprit dans le corps, impression de devenir fou…

Le mélange kétamine/hallucinogènes/alcool est le plus redoutable. Il peut entraîner convulsions, crises de fureur paroxystiques contre soi-même, révélatrices de l’extrême mal-être dans lequel se trouve le sujet qui, généralement, ne se rappellera pas grand chose à son réveil. Mais quels souvenirs, avec parfois des ecchymoses, pour ceux qui ont été obligés de gérer sa démence. Et quel choc pour le médecin qui constate chutes et montées de tension de 4 à 18, en accord avec la musique, chez des personnes donnant l’apparence d’un état de coma total.

Kétamine humaine ou vétérinaire

En général les consommateurs trouvent la kéta vétérinaire plus  » physique  » que la kéta humaine, plus  » spirituelle « . Peut être est-ce du au conservateur contenu dans cette dernière : le benzthonium chloride, un agent anticholinergique (1), qui pourrait moduler les effets comme le ferait un très léger hallucinogène.

A savoir

Il est quasi impossible de se lever après un gros rail. Mieux vaut donc aller pisser d’abord. La kéta altère les perceptions sensorielles et musicales. Impossible ou nul de mixer sous kétamine. Ce n’est pas une drogue de communication. Rien n’est plus solitaire qu’une défonce à la kéta.

(1) Durieux, M.E, Nietgen, G.W. (1997) « Synergistic inhibition of muscarinic signaling by kétamine stereoisomers and the preservative benzethonium chloride » µ Anesthesiology 86

L’iboga, miracle ou imposture ?

L’iboga est une plante psychotrope très puissante, traditionnellement utilisée dans certaines régions d’Afrique Noire par des sorciers et guérisseurs locaux. Au Gabon, elle est associée à la religion Bwiti et ses impressionnantes cérémonies liées au culte des ancêtres. L’ingestion d’une mixture à base d’iboga permettrait d’entrer en contact avec leur esprit. Selon certains chercheurs et d’anciens pharmacodépendants, elle aurait, par ailleurs, la particularité de guérir les addictions aux drogues telles que l’héroïne, la cocaïne, mais aussi l’alcool et les anxiolytiques. Dans un cadre rituel approprié, elle permettrait également une forme de psychothérapie intensive et radicale. Voyons un peu ce qu’il en est.

Une expérience bouleversante

En cette période d’hyper-médicalisation, l’iboga est une démarche visant à trouver d’autres voies que celle de la psychiatrie ou des médicaments. Une alternative à l’opposé du statut de patient assisté, soumis et docile, qui accepte de faire pipi dans une bouteille sous l’œil d’un psychiatre soupçonneux pour avoir sa méthadone.

L’iboga classée stupéfiant

Comme Asud le craignait, l’iboga a été classée stupéfiant et son usage est désormais interdit. Plusieurs accidents et 2 décès ont accéléré ce classement. À terme, cela risque de rendre plus problématique encore son usage traditionnel dans la forêt africaine où les autorités finiront par interdire son usage, sous la pression des Occidentaux.

Paradoxalement tous ceux qui ont tenté l’iboga déconseillent très vivement de tenter cette expérience sans un médecin. L’iboga est un redoutable hallucinogène. Alors attention chers petits drogués, il y a eu 2 morts en quelques mois en France ! Il s’agit d’une philosophie basée sur une expérience ponctuelle bouleversante, parfois d’une violence inouïe… Après avoir consommé la plante, le postulant se retrouve peu à peu plongé dans des dimensions inconnues de sa conscience. Selon des spécialistes du Bwiti, « l’iboga proposerait une voie de responsabilisation » pouvant permettre à certains de retrouver une « dignité originelle » en plongeant dans l’inconscient et les méandres de la psyché avant de renaître. Une expérience spirituelle intense qui pourrait, dans certains cas, permettre à l’individu d’en finir avec ses démons et d’affronter la vie en se forgeant de nouvelles armes.

L’iboga pour décrocher

L’un des principes actifs de l’iboga, l’ibogaïne, fut le principal constituant du Lambarene®, un médicament (retiré du marché en 1966) dont Albert Schweitzer et Haroun Tazieff se servaient à faible dose pour combattre la fatigue.

Un rituel bien précis

L’iboga qu’on trouve au Congo, au Cameroun et au Gabon se prend toujours dans le cadre de cérémonies bien précises. Soit lors de la cérémonie d’initiation où le « Banzi » (Nouvel initié qui s’apprête à suivre la voie de l’iboga) en prend durant 3 jours, soit à l’occasion d’événement précis tel un deuil. La consommation d’iboga a toujours lieu après une préparation soigneuse et une mise en condition appropriée qui implique une purification rituelle, un nettoyage total, des purges. et une période de jeûne et de recueillement. La cérémonie se déroule sur 3 jours avec des feux, des chants, des danses et de la musique durant tout le rituel. Le premier jour symbolise la la naissance, le second le voyage vers la mort, le troisième la renaissance et la connaissance. Une période de récupération est ensuite indispensable. La cérémonie laisse toujours les participants exténués.

Dès les années 50, des chercheurs s’intéressent à cet alcaloïde qui potentialise les effets analgésiques de la morphine. En 1962, un groupe de jeunes héroïnomanes teste l’iboga, sur la suggestion de collaborateurs de Timothy Leary qui cherchent des remèdes contre la dépendance à l’héroïne. Cinq ne retouchent pas à l’héroïne durant plusieurs jours. L’un d’entre eux, Howard Lotsof, s’enthousiasme et veut développer l’usage d’ibogaïne. La suite est un scénario digne d’un roman d’espionnage avec ses rebondissements, ses secrets, les intérêts de l’industrie pharmaceutique, les pressions du gouvernement et de nombreuses magouilles. En 1968, en pleine période hippie, les USA interdisent l’ibogaïne, censée provoquer des visions. Durant les années 80, Lotsoft, qui a replongé entretemps, redécroche avec l’ibogaïne et, à force d’activisme, réussit à mobiliser des laboratoires, des mécènes… et Act Up. Des programmes expérimentaux ouvrent aux Caraïbes et aux Pays-Bas. Le succès est mitigé. Les évaluations rigoureuses manquent. Mais de plus en plus de voix s’élèvent pour témoigner. Parfois instrumentalisées par les professionnels de la « décroche alternative », qui présentent l’iboga comme la panacée pouvant permettre de surmonter toutes les dépendances. Alors que de nombreux sites Internet se consacrent à cette plante, à ses usages traditionnels, médicaux et expérimentaux, avec ses partisans et ses détracteurs, un consensus informel semble pourtant se profiler. L’iboga ou l’ibogaïne auraient effectivement aidé quelques personnes à décrocher de certaines drogues, mais il ne s’agit en aucun cas du produit miracle ou du médicament que certains décrivent.

En cas de dépendance opiacée, l’iboga ne soulage absolument pas le manque. Prise dans un cadre rituel, la plante peut parfois provoquer une forte secousse psychique, une prise de conscience, parfois d’une redoutable violence, qui peut permettre de trouver les ressources internes pour surmonter l’envie de drogue. Puis, peu à peu, aider à résoudre les problèmes de dépendance, dans le cadre d’un processus de maturation. Selon les promoteurs de la bande à Lotsoft, tel Dana Beal (auteur de « The Ibogaine Story »), l’ibogaïne serait en fait plus adaptée pour résoudre les problèmes de comportements addictifs comme les dépendances au jeu, au sexe, voire aux stimulants comme la cocaïne.

Attention Bad trip

Mais attention. Si les techniques chamaniques fonctionnent dans les sociétés traditionnelles, dans des contextes religieux et culturels particuliers et avec des personnes familiarisées avec ces usages depuis des temps immémoriaux, il en va rarement de même avec les « touristes » occidentaux que nous sommes. Asud a rencontré de nombreux apprentis chamanes qui sont restés chéper sur leur branche.
Voici en résumé comment Vincent Ravalec explique l’expérience dans l’ouvrage « Bois sacré, Initiation à l’iboga » : « L’initié devenu visionnaire serait capable de communiquer avec ce que les Africains appellent l’esprit des ancêtres. Il s’agirait d’une immersion dans une espèce de bibliothèque vivante, une mémoire généalogique où lui serait projeté le film de sa vie et celle de sa lignée, mais sous un angle totalement inédit avec en bonus les coulisses du film, le tournage, l’intelligence du scénario. Tout ça avec la compréhension claire qu’il ne tient qu’à lui d’écrire la fin qu’il veut. » Ravalec insiste nettement sur le fait que l’iboga ne peut en aucun cas se prendre comme une drogue récréative. L’expérience comporte toujours une dimension pénible. La confrontation avec ses peurs, ses refoulements n’est jamais une partie de plaisir. Au Gabon, le Bwiti, ou religion de l’iboga, est une philosophie de vie, une voie vers la connaissance comme le yoga ou la voie de l’ayahuasca (autre plante psychotrope hallucinogène) d’Amazonie, qui nécessite une très forte motivation. Un travail permanent et dur. Si les témoignages et descriptions concernant l’iboga sont souvent spectaculaires et fascinants, tous mettent sérieusement en garde contre les expériences hasardeuses et dissuadent fortement d’en consommer en dehors des contextes rituels traditionnels. Certains expérimentateurs qui ont essayé d’autres plantes traditionnelles reconnaissent qu’avec l’iboga, ils ont eu très peur et que sans la présence d’un bon guide, ils auraient fait un sacré bad trip.
La teneur en principe actif de la plante peut, par ailleurs, varier sensiblement. Trouver le dosage optimum est donc plus qu’aléatoire.
On peut aussi décrocher tout seul, comme un grand, à la rigueur avec un peu de Subu ou de métha en doses dégressives en quelques jours. Le challenge c’est de ne pas recommencer.

Un Brève histoire de l’iboga

« J’ai marché ou volé sur une voie longue et multicolore, ou sur de nombreuses rivières, qui m’ont conduit à mes ancêtres qui, à leur tour, m’ont conduit aux grands dieux. »
C’est par ces quelques mots que le nouvel initié à l’un des différent cultes Bwiti tente de communiquer son expérience mystique, résultat d’heures de chants et de danses rituelles, associé à la prise d’une préparation à base de racine d’iboga. L’utilisation rituelle de l’iboga est principalement connue des tribus Fang et Mitsogho du Sud-Gabon. D’après la tradition orale, cette connaissance et son utilisation, ainsi que celles d’autres plantes médicinales ou psychotropes, dont sont issus les mythes fondateurs de la religion Bwiti leur aurait été enseignée par les pygmées de la forêt équatoriale.

Les européens découvrent la plante en 1819, à travers la description du Gabon d’Edward Bowdich. Dans leurs rapports, les officiers de district du Cameroun évoque cette « plante qui stimule le système nerveux, qu’on emploie pour effectuer de longues marches, de grands voyages en canoë ou pour rester éveiller la nuit. » C’est en 1939 qu’apparaît sur le marché pharmaceutique le Lambarène, des comprimés dosés à 0,20g. d’extrait d’iboga correspondant à 8 mg d’ibogaïne, dont la composition aurait été inspirée par le docteur Schweitzer, grand marcheur et explorateur infatigable. Haroun Tazieff, vulcanologue, raconte dans son livre: « Le gouffre de la pierre saint Martin » son expérience du lambarène, classé comme stimulant neuromusculaire, effaçant la fatigue, indiqué en cas de dépression, de convalescence, de maladies infectieuses, d’effort physique et intellectuel anormal. Devenu par la suite l’un des dopants préféré des sportifs d’après-guerre, le Lambarène fut retiré du marché en 1966, et l’ibogaïne interdite à la vente avant d’être classé comme produit dopant par le C.I.O. en 1989. C’est en testant ses vertus psychédéliques que Timothy Leary, et d’autres avec lui constate son pouvoir anti-addictif. Parmi eux, le futur docteur Lotsof, l’un des pionniers du traitement à l’ibogaïne qui lancera les premiers protocoles d’études cliniques. Ce n’est que plus tard que l’on apprendra que la C.I.A. menait déjà dans les années 50 un programme d’étude sur une population de morphinomanes afro-américains, étude dont les résultats sont toujours classés top-secret.

Le témoignage d’un lecteur d’Asud

Depuis 28 ans je me droguais à l’héroïne, l’alcool, le tabac. Je passe sur une vingtaine de cures, autant à l’hôpital que sauvages. Je prenais du Skenan® à des doses dépassant le gramme. Il y a 4 ans que je cherchai à trouver une plante du nom de Tabernanthe Iboga…

J’ai essayé de voir des psys qui ne m’ont été absolument d’aucune aide, ils ne connaissent rien à cette plante et ne voulaient pas faire d’essai clinique. J’ai donc dû partir au cœur du Gabon où l’ on m’a donné l’iboga… et suis rentré chez moi à Angers… J’ai absorbé cette plante à 1h00 le 10 octobre 2002.

Au bout de 36 heures, je revenais à moi (pas de syndrome de manque, peut-être 10%) et 12 heures après ces 36 heures, j’étais sur pieds. Je passe les visions paradisiaques, la joie, les amis décédés que j’ai eu la très grande chance de rencontrer! Voilà, j’ai arrêté de fumer, de boire, de me camer. Cela fait 6 jours, et pour l’instant je n’ai plus aucun symptôme de manque. J’espère que ce témoignage en aidera d’autres à s’en sortir…

Les différentes phases de l’overdose d’héroïne

En général, une overdose se passe souvent en 4 phases plus ou moins rapides:

  1.   Somnolence irrésistible ou «défonce comateuse» mais réaction aux stimuli ;
  2.   Inconscience avec respiration et pouls faible ;
  3.   Respiration nulle ou très faible ;
  4.   Arrêt cardiaque.

Il existe cependant de nombreux cas de figure. La personne peut rester au stade 1, passer progressivement d’un stade à l’autre, revenir à elle et retomber dans le coma. Alternativement. Ou se retrouver en arrêt respiratoire en quelques secondes (en cas de gros shoot après une consommation d’alcool par exemple) et décéder.

Phase 1

La personne pique du nez de façon grave. Elle se sent irrésistiblement partir. Elle a beaucoup de mal à garder les yeux ouverts, ne marche qu’avec peine, s’endort en parlant. Ses propos sont incohérents…
Dès qu’on la laisse, elle a tendance à s’écrouler et à sombrer dans l’inconscience. Elle est pâle. Sa respiration est lente et faible, mais se maintient à un rythme régulier (3 à 5 fois en 15 secondes).

Que faire : Stimuler intensément la personne en lui parlant vivement.-«-Reste avec nous-!…-», certaines stimulations comme «-Attention, y a les flics-» sont parfois étonnamment efficaces. La secouer, la faire marcher et respirer profondément. Passer un tissu imbibé d’eau froide sur sa nuque. Si elle glisse vers la phase 2, appeler immédiatement le Samu (le 15 depuis un poste fixe ou le 112 depuis un portable). Dans tous les cas, maintenir la surveillance et la stimulation. Si la personne est allongée, surélever ses jambes. Veiller à dégager sa bouche (appareils dentaires, aliments).

Phase 2

La personne est écroulée comme une masse.

Appeler le 15 ou le 112 : quels risques?

En principe, si vous expliquez qu’une personne est inconsciente, la police ne vient pas. Par contre, elle viendra s’il y a décès, avec tous les problèmes que cela peut représenter pour celui qui a fourni la came

On a beau la secouer, elle réagit juste par une vague plainte, lorsqu’on la gifle par exemple. Elle paraît totalement inconsciente, respire très faiblement (moins de 3 fois en 15 secondes) ou irrégulièrement. Ses yeux se révulsent. Le visage est très pâle, les lèvres bleues et les oreilles ont tendance à blanchir. Les extrémités peuvent être froides. Son pouls est très faible.

Que faire : Avant tout, veiller à ce qu’elle soit totalement à l’aise pour respirer. Dégrafer sa ceinture et tout ce qui pourrait la gêner. Veiller à dégager sa bouche (appareils dentaires, aliments). Appeler le Samu, mettre la personne en position latérale de sécurité et rester avec elle. Ne pas cesser de la solliciter, la stimuler…

Phase 3

La personne ne réagit plus et sombre peu à peu dans l’inconscience totale. La respiration est très faible. Les yeux ont tendance à se révulser. Le visage est très pâle. Les lèvres peuvent être bleuâtres. Les extrémités peuvent être froides…

Que faire : Appeler immédiatement le Samu, pratiquer la respiration artificielle.

Phase 4

La personne ne respire plus. Son coeur ne bat plus.

Que faire : Appeler immédiatement le Samu. Pratiquer la respiration artificielle, voire un massage cardiaque mais uniquement si vous êtes expérimenté sous peine d’aggraver la situation. Rester avec la personne jusqu’à l’arrivée des secours. Donner un maximum de renseignements sur les produits consommés. Collectez les boîtes, médicaments et produits que la personne est susceptible d’avoir consommés.

Histoire de l’héroïne

De l’opium dans les habitats néolithique

Le pavot à opium est connu depuis des milliers d’années. On a retrouvé des capsules et des graines dans des habitats néolithiques européens datant de 5000 ans avant JC. Les sumériens (région de l’actuel Irak) le connaissaient 4000 an avant JC. Un de leurs idéogrammes désignait le pavot, traduit par hul, ce qui signfie joie ou réjouissance. Ils faisaient le commerce de ses graines ainsi que de l’opium à travers tout le bassin méditerranéen et ce jusqu’en Inde…

Il était aussi connu des Égyptiens et notamment des pharaons qui le consommaient certes pour ces vertus thérapeutiques mais aussi pour ces effets psychotropes…

Dans la Grêce Antique, Homère, dans l’Odysée, parle d’un étrange breuvage probablement à base d’opium, le Nepenthes, boisson procurant l’oubli des chagrins… Ce serait donc le lait du pavot à opium qu’Hélène utilisa pour soulager son angoisse. Ce breuvage était tellement répandu à cette époque que les Grecs de l’Antiquité représentaient sur des camées la déesse de la nuit, Nyx, distribuant des capsules de pavot. On a également retrouvé des figurines en terre cuite provenant de Knossos, surmontées d’une couronne faite de graines de pavot incisées, et une des cités de la Grèce Antique portait le doux nom de Opion, la cité du pavot à opium.

Selon la légende, le médecin de Néron, empereur romain ( 37/68 après JC) aurait concocté une boisson composé d’une cinquantaine de substances mais où domine l’opium afin de vaincre les maux les plus divers, le Thériaque…

C’est à Rome que sa première description scientifique est faite par Dioscoride au premier siècle de notre ère. Dans la Rome impériale en 312 il existe plus de 800 boutiques vendant de l’opium, dont le prix, modique, était fixé par décret de l’empereur…

L’empire arabe (7 siècle après JC) développa le commerce et la culture du pavot et participa à son essor dans tout l’ancien monde jusqu’aux Indes durant les conquêtes musulmanes…

En Europe, on voit apparaître l’opium plutôt vers le 15 è siècle avec le développement du breuvage de Philippe Théophraste Bombast de Hohenheim, resté célèbre sous le nom du Docteur Paracelse . Boisson ressemblant étrangement au Thériaque. Il qualifia cette potion de « supérieure à toute substance héroïque. Il la nomma le Laudanum , celui qu’on loue, raison pour laquelle on le soupçonna d’être lui-même opiomane…Il mourut et sa potion se répandit dans toute l’Europe…

Le Laudanum fut repris et étudié par Sydenham, médecin anglais et la consommation d’opium se développa. On le retrouve sous la forme du laudanum utilisé comme apéritif en Angleterre puis sous forme de pilules d’opium vendues brutes en pharmacies…

Au 19 è siècle en Grande-Bretagne, il est consommé sous forme de boulettes tandis que l’habitude de le fumer arrive en France sous la forme de Chandou, opium raffiné…

C’est au début du 19è siècle que l’allemand Sertürner, isole la morphine, premier alcaloïde chimiquement obtenu…Il l’appela ainsi en raison du Dieu romain du sommeil Morphée… Lorsqu’en 1850, la seringue hypodermique fut inventée, l’utilisation de la morphine se développa car elle permettait de soulager quasi immédiatement la douleur… Mais le corps médical s’inquiéta rapidement de la forte dépendance que causait la morphine et des études furent entreprise pour éliminer ses propriétés addictives…

Bayer commercialise l’heroïne

pub_hero2C’est dans ce contexte que Wright, synthétisa l’héroïne en 1874. Il en transmit un échantillon a un de ses collègues pour le tester sur des animaux et la réponse fut : « prostration profonde, de la peur, un assoupissement profond , les yeux deviennent sensibles, les pupilles se dilatent, et chez les chiens on observe une salivation considérable avec dans certains cas, une légère tendance au vomissement. La respiration s’accélère dans un premier temps pour ralentir ensuite nettement, le rythme cardiaque diminue et devient irrégulier. Un manque de coordination musculaire marquée et une perte de tonus dans le pelvis et les membres postérieurs… sont les effets les plus notables »..

Wright en arrêta l’exploitation et de nombreux chercheurs ne lui vit aucun avenir… Sauf Dreiser, en 1897, testeur pour les laboratoires Bayer. Après l’avoir tester sur des animaux et des humains (dont lui même), il lui trouva une utilité pour les traitements de différents troubles respiratoires, grands maux de l’époque, tuberculose, bronchite et asthme.
L’héroïne semblait efficace et mieux encore d’après Dreiser, elle ne créait pas de dépendance. Il était même question de l’utiliser en produit de substitution de la morphine !!! Bayer enregistra se nouveau médicament sous le nom de Héroïne de l’allemand, « heroisch », héroïque.
Bayer lança une grande campagne marketing en envoyant des échantillons aux médecins, et avant la fin de l’année , Bayer exporta de l’héroïne dans pas moins de 23 pays. En 1911, le British Pharmaceucical Codex nota que l’héroïne était aussi addictive que la morphine et en 1913, Bayer en arrêta complément la production.

L’Etats-Unis et la prohibition

Au début du XXè siècle, les Etats-Unis en mêlant, Tempérance et racisme envers les populations asiatiques et dans un premier temps envers les philippins, stigmatisèrent l’usage d’opium. En découla la première de nombreuses lois anti-drogues, l’interdiction de l’importation d’opium sur le territoire sous occupation américaine sous quelques formes que ce soit et prohiber tout usage non médical.
Cette jeune nation, la plus forte économiquement, n’avait que peu de poids dans les pour-parler mondiaux, face aux puissances du vieux continent. Les Etats-Unis virent l’occasion de s’affirmer et de s’afficher comme une nation superpuissante. Ils devaient même porter un coup sévère aux Britanniques, importateurs d’opium en Chine. Les européens et les Britanniques en particulier, gagnaient beaucoup d’argent sur le dos des fumeries d’opium. Ils avaient créer, en Chine, suite à deux guerres qui permit la légalisation les importations d’opium, une population de toxicomanes, estimée à environ 27% de la population adulte et masculine en 1900.
Par la suite, l’héroïne, supplanta l’opium et la morphine et devint la plus importante des drogues addictives.
De ce fait, les Etats-Unis déplacèrent leur combat anti-drogues de l’opium à l’héroïne et celle-ci devint la cause de tout les maux ( une fois que les lois anti-prohibitionnistes furent votées !!!)… « La plupart des cambriolages, hold-up audacieux, des meurtres cruels et autres crimes violents sont, on le sait maintenant, principalement commis par des toxicomanes, qui sont, pour l’essentiel, à l’origine de l’alarmante vagues des crimes que nous subissons. La toxicomanie est plus contagieuse encore que la lèpre, et bien moins curable. Les toxicomanes sont les principaux vecteurs de maladies abominables (….). Combinées aux vieilles méthodes du trafic d’opium, la puissance sans précèdent des stupéfiants, dérivés de la chimie moderne, menace actuellement l’avenir même de la race humaine. A son insu, l’humanité est engagée dans une lutte à mort contre le plus dangereux ennemi qui ait jamais menacé son avenir. De l’issue de ce conflit dépendent la survie de la civilisation, la destinée du monde et le futur de la race humaine » Hobson, 1928, créateur de l’Association mondiale contre les stupéfiants.

French connection

La lutte contre la drogue fut repris par Anslinger aux Etats-Unis. Il détestait en bloc les communistes, la Mafia et les revendeurs de drogues, à un point qui frisait la paranoïa. Dans son autobiographie, The murderers, il écrit : « Je crois que nous devons tout particulièrement prendre garde à l’utilisation de la drogue comme une arme par les forces communistes, en chine, et n’importe où ailleurs en orient, en Europe et en Afrique. Il y a toutes les chances pour qu’un certain nombre de cocos et de leurs compagnons de route tendent la main à l’internationale du crime organisé. ». Il crée en 1930 le FBN ( Bureau Fédéral des Narcotiques) dont il devint directeur jusqu’à sa retraite en …. 1961.
Il parut évident pour lui que pour faire baisser la consommation sur le territoire américaine il fallait couper les voies d’approvisionnements. C’est pourquoi fut organisé à son initiative, une conférence internationale à Genève. Des lois nationales et non obligatoires firent remplacer par des lois internationales à caractère obligatoire. La production légale d’opium passa de 42.000 en 1906 à 16.000 en 1934. Soit une baisse de 82 % qui fut vite compensée par la production illégale !!!

C’est à partir de là que c’est développé un marché mondial illégal autour de l’héroïne. Tenu par les italiens aux Etats-Unis avec le règne de Lucky Luciano qui su surfer avec la fin des lois prohibitionnistes, par les corses de Marseille en France avec la fameuse French Connection qui assura apparemment 80% des importations américaines ou encore par les Européens en Asie où se fut la naissance du triangle d’or.

Be-Bop, rock et grunge

Depuis les années 30, on repère l’héroïne dans nombres des groupes minoritaires. On dit que le Be-Bop tire sa force de l’héroïne, qu’elle permet aux musiciens de s’isoler, de se ressentir envelopper par la musique. Le Be-bop légua à la nouvelle génération sa consommation de drogues et les écrivains de la Beat Generation comme Jack Kerouac, Allen Ginsberg ou Williams Burroughs vouaient un véritable culte aux grands junkies du jazz comme Charlie Parker. « Le jazz était la référence ultime des Beatniks, pourtant et peut être a cause de çà, peu d’entre eux étaient des musiciens. C’est du jazz qu’ils tirent le mythe de l’artiste solitaire, dépressif et torturé, qui joue en compagnie des autres mais demeure toujours seul. Ils parlaient la langue du jazz, vénéraient avec ferveur les musiciens décédés, et construisaient des rites communautaires autour des drogues chères aux jazzmen. Pour eux, le comble de la liberté, c’était le musicien dont l’art avait causé sa perte », Maynard, 1991, dans Venice West.

L’héroïne fut essentiellement associée à deux périodes musicales : le rock des années 70 et le grunge de la fin des années 80. Nombres d’artistes rock furent associées à l’héroïne, non pas pour leur consommation mais pour leur mort. Jimi Hendrix mourut d’une overdose de barbituriques, Janis Joplin succomba à un mélange fatal de tequila et d’héroïne et Jim Morrison mourut dans des circonstances étranges, on dit qu’il serait mort d’une overdose d’héroïne et qu’on l’aurait plongé dans un bain pour le réanimer. Sa femme mourut d’une overdose en 1975.
Le mouvement grunge se fit aussi remarquer, Andrew Wood, chanteur des Mother Love Bone, mourut d’une overdose, en 1990, Stéfanie Sargeant des 7 Years Bitch, succomba en 1993 et Kurt Cobain une semaine avant de se suicider fit une overdose.

« La presse tout comme le public adore les scandales liées à la drogue. Ils montrent le monde tel qu’il devrait être : les gens ont ce qu’ils méritent, leur fierté est mise au pas et la morale retrouve sa place. Mais il y a autre chose dans la satisfaction que le public éprouve à voir les stars et les aristocrates humiliés, et c’est tout à fait ignoble.(…) Nous jugeons l’héroïnomane comme une personne qui a volontairement choisi de vivre à l’encontre de la norme et des attentes de la société, et l’on ne s’étonne guère qu’il finisse mal. Les journaux aiment publier les récits édifiants et moralisateurs et le public adore les lire. Derrière tout cela se dissimule le sentiment confortable mais illusoire que nous détenons la vérité. » Julian Durlacher, dans Héroïne.

Pour conclure

« Certains estiment que maintenir un climat permanent de peur autour de l’héroïne ne peut avoir que des conséquences positives ; on est cependant en droit de penser qu’au contraire cela empêche tout progrès réel dans le traitement de ceux qui sont le plus affectés par l’héroïne : les toxicomanes. L’Occident ne peut pas non plus s’attendre a ce qu’à travers le monde les régimes dictatoriaux se transforment en gouvernements dociles et respectueux des libertés civiles alors que leur existence repose sur un commerce illégal. Cependant, de plus en plus de gens – dont beaucoup de convertis inattendus – remettent en question la pertinence du traitement actuel de l’héroïne dans le monde. Et il y a une chose sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est que la politique actuelle ne marche pas. Pourtant, personne n’a le courage de faire le premier pas en suggérant une politique différente. Car telle est la puissance que dégage ce simple mot : Héroïne. » Julian Durlacher, dans Héroïne.

De la cocaïne et du soin

Nous y sommes : aux États-Unis comme en France, en passant par d’autres pays, les experts sont à la recherche du médicament miracle qui « guérira de la cocaïne ». Dans cette course à la pilule magique, le travail qui s’est fait avant est, bien évidemment, laissé de côté, et les expériences passées sont oubliées. Pourtant, les exemples de soin ou de réduction des risques liés à la cocaïne sont allés bien au-delà de l’administration de traitements médicamenteux ou de dons massifs de seringues.

Alors que le sevrage de cocaïne, comme sa prise en charge en générale, ne se faisaient que dans le cadre défini d’une « dépendance uniquement psychologique », plusieurs options de réponses sont mises en place en Angleterre dès le début des années 1990. Comme pour les usagers d’héroïne, c’est l’épidémie VIH qui va radicalement changer le cours des choses. Car c’est bien la nécessité d’enrayer la pandémie qui a amené la mise en place d’approches différentes dans la prise en charge des usagers de drogue par voie intraveineuse (UDVI). RdR et substitution s’inscrivent donc à l’ordre du jour pour les usagers d’opiacés. Puis, la RdR s’élargit à la réalité de l’usage de cocaïne (injections multiples et prises de risques qu’elles entraînent). Le besoin de prévention de la délinquance prend également une ampleur différente avec la « démocratisation » d’un produit jusqu‘alors considéré comme une « drogue de luxe ». Situation qui s’aggrave avec l’arrivée du crack.

Psychose et syndrome de sevrage

C’est dans cette même période (début des années 1990) que vont être reconnus et définis 2 aspects essentiels de l’usage de cocaïne, et plus largement de stimulants :
Tout d’abord, la « psychose liée à l’usage de stimulants » est identifiée comme telle par les experts psychiatriques, qui reconnaissent qu’elle se résout généralement avec l’arrêt des stimulants. Les cas de non résolution restent liés à la présence d’autres pathologies psychiatriques, sous-jacentes ou effectives.
Ensuite, le syndrome de sevrage est aussi reconnu, à travers 2 manifestations majeures :

  • Fébrilité intense, apathie, généralement en alternance pendant les 8 à 10 premiers jours ;
  • Entrée en dépression clinique dans une période variant de 4 à 8 semaines.

Deux aspects qui ne seront pris en compte qu’en second lieu, après les mesures de réduction des risques et de prévention de la délinquance.
Dans l’ordre chronologique, les premières interventions se résument à des dons accrus de seringues et de matériel d’injection afin de limiter au maximum le partage et la réutilisation de matériel. Un dernier phénomène beaucoup plus alarmant et notable chez les usagers de cocaïne, auquel s’ajoute le risque de confusion d’appartenance des seringues.
Puis en 1991, le Warrington Project met en place un programme de délivrance de cocaïne sous forme de reefers, des cigarettes injectées d’une solution fumable à base de cocaïne (il ne s’agit pas là du programme du Dr Marx qui délivrait, lui, de l’héroïne). Deux éléments principaux en ressortent :

  • L’utilisation des reefers permet une stabilisation de l’usage dans la plupart des cas, et réduit considérablement la délinquance et les prises de risques liées à cet usage ;
  • La prescription de stimulants reste très difficile à gérer du fait du risque d’installation de la psychose suscitée.

Un deuxième aspect déterminant lors de tentatives de substitution de la cocaïne aux amphétamines : les prescriptions sont, en effet, aussi « compliquées » à gérer, car il faut ajouter aux amphétamines des anxiolytiques et/ou hypnotiques pour la gestion du soir et de la nuit.
Autre réalité vite flagrante : les amphétamines ne correspondent pas aux usagers de cocaïne. Bien que de la même famille (stimulants), ces deux produits ont des actions radicalement différentes, et même si l’origine de la consommation est la recherche de « pêche » (et du flash pour les injecteurs), cette « pêche » va être différente pour chacun d’entre eux. Avec les amphétamines, il s’agit d’une augmentation de la performance physique ; avec la cocaïne, d’une surproduction intellectuelle et émotionnelle (le mot spirituel pourrait parfois être adapté). Ces éléments entraîneront vite l’abandon de l’utilisation d’amphétamines et d’autres médicaments à propriétés stimulantes dans un but de substitution à la cocaïne.

Deux options

Le constat est simple, la seule substitution à la cocaïne est la cocaïne. Deux options vont alors se dégager.
L’option médicamenteuse : 8 à 10 jours d’anxiolytiques (de préférence ayant un effet euphorisant), puis 3 à 4 mois de traitement préventif aux antidépresseurs. Sachant que pour cette option, il est indispensable que la personne reste absolument abstinente. En effet, pour certaines familles d’antidépresseurs l’usage concomitant de cocaïne neutralise le médicament, rendant le traitement inopérant. Pour d’autres, particulièrement à effet stimulant, l’usage concomitant de cocaïne pourrait entraîner l’overdose.
La seconde option repose sur des réponses, qui provoquent trop souvent chez les professionnels français un sourire sardonique synonyme de « ça ne marche pas » : acupuncture, aromathérapie, écoute intense (le counselling, de par son approche, s’est avéré être un excellent outil), et phytothérapie. Cette approche, qui repose sur des médecines naturelles (également appelées médecines douces, parallèles, etc.) a largement fait ses preuves.

  • L’acupuncture : basée sur le flux des énergies, elle aide au rétablissement d’un équilibre émotionnel, mais aussi dans le fonctionnement physique. La diminution de l’état de fébrilité est réelle, comme une considérable amélioration de la capacité à se poser et à potentialiser les entretiens individuels.
  • L’aromathérapie : l’utilisation des huiles essentielles, particulièrement dans le cadre de massages, accompagne les personnes dans une réconciliation avec leur corps, et les aide donc à se détacher de comportement type automutilation. Mais qui dit réconciliation et relation saine au corps, dit aussi amélioration de l’hygiène, meilleur rapport à la nutrition, redécouverte de l’esthétique et de la possibilité d’aimer son corps. Être en capacité d’aimer son corps signifie également le respecter et, plus important, le faire respecter. Cela rend aussi possible une relation avec le « toucher thérapeutique », en opposition au toucher abusif (qu’ont souvent connu les usagers).
    L’aromathérapie, et peut apaiser certaines anxiétés, douleurs, et autres symptômes du mal-être.
  • Enfin l’écoute intense (jusqu’à trois à quatre fois par semaine) est fondamentale avec les usagers de cocaïne. Sujets au « craving » (appétence en français), qui est un besoin immédiat et quasi irrésistible d’aller vers le produit, les consommateurs doivent pouvoir trouver un dérivatif lorsqu’il se déclenche. Parler, avoir quelqu’un de présent qui écoute, permet d’évacuer cette sensation (pour un temps au moins) et, dans la foulée, de formuler un grand nombre d’autres choses.

Bien sûr, certaines personnes nécessiteront, quoiqu’il en soit, un traitement médicamenteux. Bien sûr, tout le monde ne répond pas à ces médecines, comme tout le monde ne répond pas aux traitements médicamenteux. Bien sûr, il faut rester vigilant sur l’amorce de dépression clinique, mais tout counsellor ou psychologue qui se respecte saura en reconnaître les signes et orienter en conséquence. Par ailleurs, la rechute de cocaïne n’aurait pour conséquence directe que de retarder le processus de traitement, et ne présenterait pas de risques de contre-indications dont certaines pourraient être fatales.
Mais dans cette course à la pilule miracle, n’oublions pas que nous avons affaire à des êtres humains qui ont déjà subi bien des expérimentations destinées à satisfaire les ego des scientifiques et à faire marcher l’industrie du médoc. Le prix Nobel du soin aux toxicos n’existe pas encore, alors essayons de rester humble et d’œuvrer, dans le respect et la dignité des personnes, à leur bien être.

La cocaïne, c’est quoi ?

Nom chimique : méthyl-8-azabicyclo[3.2.1]octane-2-carboxylate de méthyle Surnom : coke, poudre, C, cc, caroline, neige, Statut légal : illicite, classée comme stupéfiant Histoire brève : Le conquistador Pizarro découvre l’usage de la feuille de coca par les indiens en 1533.En 1862, A. Nieman, scientifique autrichien découvre l’alcaloïde cocaïne.(voir Petite anthologie de la coca et de la cocaïne) Aspect : poudre de couleur blanche scintillante Catégorie psychotrope : Stimulant du système nerveux central Mode de consommation : injection intraveineuse, sniff, inhalation sous forme de crack Effet recherchés (variables selon les individus, le contexte et la qualité du produit): euphorie, désinhibition, sentiments de puissance, speed, coupe la fatigue.
La cocaïne provoque un flash puissant quand elle est injectée ou inhalée. Ce flash ne dure pas longtemps (10mn), et entraine une dépression. Pour contrer la dépression, l’usager est tenté d’en reprendre (c’est ce qu’on appelle le craving).Effets secondaires (variables selon les individus) : contraction des vaisseaux sanguins, une irrégularité du rythme cardiaque et de l’hypertension artérielle, crise de parano. Les facteurs de dangerosité selon le rapport Roques (1998) :

Dépendance physique Dépendance psychique Neurotoxicité Toxicité générale Dangerosité sociale
faible forte, mais intermittente forte forte très forte

Accoutumance/Dépendance : Forte accoutumance. Entraine une dépendance psychologique forte. Il n’existe pas de produits de substitution bien que des traitements soient à l’essai avec plus ou moins de chance.

Idées reçues sur le crack et les crackers

Crack, base ou caillou, peut importe, dans tous les cas l’objectif c’est le « kiff ». Le kiff c’est l’alpha et l’omega de la vie, ou plutôt de la survie, des « crakers », un sous-genre de l’espèce toxicomane, situé tout en bas de l’échelle sociale et tout en haut de l’échelle du stigmate.

Il est fascinant de constater avec quelle constance, chaque époque a fabriqué son propre épouvantail toxico. Dans les années 70 c’était le « drogué en manque », éventuellement en manque de marijuana, dans les années 80-90, le stéréotype s’est affiné pour cibler les junkees, c’est à dire les injecteurs d’héroïne, et pour inaugurer le XXI e siècle nous avons les « crackers ». Le point commun de ces populations est qu’elle se sont constituées en marge de la marge, elles représentent le pire de ce que la société condamne sous l’appellation « drogue ». Bref, les crackers ne sont pas des victimes de la drogues, tout au moins aux yeux des riverains plus ou moins « boboïsés » qui revendiquent le titre pour eux-mêmes. Non, les crakers sont tout en bas, là où l’on est sûr de ne trouver personne en -dessous.

Du reste, cette réputation de toxique très toxique n’est pas forcément usurpée. D’aucuns se souviennent avoir croisé, y compris dans les couloirs de la rédaction d’ASUD, nombre de vieux briscards, anciens héroïnomanes, rescapés des années 80, rescapés du sida et des overdoses, ayant gouté à quasiment tout ce qui s’avale, se fume,se sniffe ou se shoote, et qui sur le tard, découvrent le frisson très particulier d’une bouffée de cocaïne-base. Et là , bang! le grand saut.

En deux coups les gros, nos vétérans sont renvoyés à la case départ, de retour sur le bitume à la recherche d’un petit « caillou » blanc. Adieu, apparts, boulot, copains, copines bref, la totale, comme si vingt ans de patiente réinsertion n’avait servi à rien. Pire, il semblerait même que dans certains cas, l’illusion naisse du souvenir des speed-ball et des fix de coke, des réminiscences qui ont tôt fait de se transformer en alibi genre : « moi la coke, je connais!! » et ben non coco!! La C et le caillou c’est un peu comme le cidre et l’absinthe, pas vraiment la même concentration.

Autre piège, le caillou ça se fume, donc c’est moins dangereux qu’une came qui se fixe. Seconde illusion regrettable. Le « craving » de la cocaïne basée n’a rien à envier à celui de la cocaïne injectée. De plus, il n’existe aucun médicament de substitution, le contexte phantasmagorique dans le quel baigne toute évocation du crack, le surcroit de diabolisation amené par l’épidémie de crack cocaïn qui sévit sur une échelle autrement préocuppante dans les gettho noirs et latinos des métropoles américaines, autant de facteurs qui font de nos quelques centaines de crackers parisiens des oubliés de la réduction des risques.

Qu’en est -il réellement ? Peut-on envisager des solutions de court ou moyen terme pour ces populations ? L’expérience du » kit base », menée par l’association EGO est elle un début de réponse? Une chose est sûre, cette population appartient au monde de la précarité sociale, en cela leurs problèmes ne sont pas forcément différents de ceux des autres SDF, jetés sur le pavé par la crise, alcoolisés, bourrés de médocs détournés et trimballant avec eux l’attirail du clochard de l’an 2000, fini le litron de rouge, bonjour les cachetons. Certes les crackers cumulent les handicaps, mais leur principal mérite aux yeux du public est de coller aux stéréotypes les plus éculés sur les « ravages de la drogue ». Avant d’être des victimes de la drogue, les crackers sont des victimes de la pluie, de la faim et du froid et en tant que tel ils se foutent éperdument d’être stigmatisés par les produits qu’ils consomment, ils sont donc des cocaïnomanes visibles à la différence de tous ceux qui basent de la coke en « teufs » où qui deviennent dépendants après une prise en charge méthadone ou encore- le cas le plus fréquent- qui sniffent des rails de plus en plus longs avant de sortir en boite le samedi soir.

Le tapage médiatique mené autour des « crackers de Stalingrad » possède donc au moins un mérite, celui de mettre le doigt sur la pointe émergée de l’épidémie de cocaïne qui sévit en France depuis quelques années sur une échelle qui n’est pas sans rappeler la précédente, l’héroïne dans les années 80.

Overdoses : quand la cocaïne tue plus que l’héroïne

Dans la plupart des pays d’Europe le nombre d’hospitalisations aux urgences pour des accidents liés à la consommation de cocaïne ne cesse d’augmenter. Dans certaines villes d’ Espagne, de Suisse, d’Italie …le nombre d’overdoses liés la cocaïne dépasse souvent les overdoses liés à l’héroïne.

La chaleur augmente les risques d’accidents

Lester sniffait de la coke depuis 7 ans. 90kgs, un bon job, en pleine forme, il maîtrisait le truc.Il était capable de garder un képa pendant des jours sans y toucher. En boîte, un vendredi soir, après deux petits rails, tout a coup un insoutenable mal de tête lui vrille la tête. Quelques secondes plus tard il s’écroule sur le sol. Grâce à la réactivité de son entourage il a pu être sauvé mais depuis il souffre de sérieux maux de tête et de troubles de la concentration et n’a plus jamais repris un milligramme de coke.
Que s’est-il passé ? La cocaïne est un vasoconstricteur. Une prise suffit à rétrécir les veines d’environ 20%, ce qui augmente sensiblement la pression sanguine. Cette action combinée à la chaleur de l’environnement a considérablement augmentée la pression artérielle et a littéralement fait exploser une veine du cerveau.

Hyper ventilation et sac en papier

Il y a quelques temps, en reportage à Francfort, dans une des salles d’injection que la ville met à disposition des usagers, devant moi, un type en train de préparer son Xième shoot tout à coup se met à trembloter. De plus en plus fort. Sa main qui tenait une seringue a envoyée cette dernière valdinguer contre le mur. Le mec me regarde avec des yeux écarquillés et se débat comme s’il se noyait. On dirait qu’il suffoque. Il s’agite de plus en plus et tombe, agité de soubresauts convulsifs, les yeux à moitiés révulsés. Vraiment impressionnant. Comme une crise de tétanie consciente. Le personnel et les autres usagers ne s’affolent pas. Ils l’emmènent dans une pièce attenante et l’assoient sur un canapé.. En sueur, les yeux comme en proie à une insondable terreur, il halète. Il me semble entendre les palpitations de son cœur affolé à plusieurs mètres. On éteint la lumière et une infirmière lui parle doucement. Elle l’apaise et lui éponge son front en nage. Elle lui demande s’il l’entend, s’il la comprend. L’autre acquièce en essayant de maîtriser ses tremblements. L’infirmière lui demande de fermer les yeux et lui explique qu’on va lui mettre un sac en papier par dessus la tête et lui recommande d’essayer de respirer profondément . Le fait de respirer son propre gaz carbonique va atténuer l’état d’hyperventilation dans lequel il se trouve et va très vite l’aider à se sentir mieux. J’en crois pas mes yeux. Tout en lui recommandant, d’une voix douce, de garder les yeux fermés, elle lui met le sac par dessus sa tête et lui demande de respirer…. Au bout d’une minute environ les tremblements diminuent. Un soignant lui caresse l’avant bras…. Dix minutes après, le mec pâle, exténué s’entretient avec le médecin qui est arrivé entre-temps. Celui-ci avait ramené une espèce de ballon et en forme de ballon de rugby au cas où le patient aurait du être ventilé.

Dans le salles d’injection allemandes ce genre d’incident est monnaie courante. Les junkies locaux alternent ou mélangent souvent Rohypnol écrasé ou Valium injectable avec la cocaïne. La combinaison d’un stimulant et d’une benzodiazépine ( surtout en cas de consommation répétée) déplaît souverainement au système nerveux et se termine fréquemment par le genre de crise décrite ci-dessus.

De nombreux fumeurs de crack et injecteurs de cocaïne ont déjà vécu ou assisté à ce genre d’accident.

Que faire en cas d’accident ?

La cocaïne accélère la fréquence respiratoire et les battements du cœur et augmente la température du corps. Ces effets couplés à un abus, à la chaleur ambiante, à des mélanges divers

Que faire ne cas de crise: l’entourage doit sécuriser l’environnement pour éviter les blessures à cause des convulsions (objets coupants, seringues….). Gare si le mec a une seringue à la main en pleine crise de convulsion. Si l’on est tout seul, la seule chose à faire est d’essayer de se calmer en respirant profondément et lentement. Le truc qui consiste à respirer son propre gaz carbonique dans un sac en papier qu’on aura mis par dessus sa tête sans serrer (si l’on réussit à ne pas angoisser) est souvent très efficace. C’est ce même principe qui s’applique en cas de crise d’épilepsie.

De toute façon il est impératif d’appeler un médecin. (15 SAMU ou 112 depuis un portable) Il faut à tout prix lui indiquer s’il y a eu consommation d’opiacés (héroïne, Skénan, subutex, méthadone…). Car il peut injecter ou prescrire un calmant comme le Valium qui peut alors entraîner une dépression respiratoire (donc une overdose d’opiacés).

3 niveaux d’alerte

On peut distinguer 3 niveaux dans l’overdose de coke : Dans chaque cas, les pupilles sont en général énormes (même s’il y a consommation simultanée d’héroïne ou morphine).

Niveau 1 : psychose cocaïnique angoisse, accélération cardiaque, regard fixe, gestes fébriles, hallucinations, paranoia …
Que faire : Ne pas rester seul. Dans la mesure du possible (mais c’est plus facile à dire qu’à faire) GARDER SON CALME ET RESPIRER PROFONDEMENT LE PLUS CALMEMENT POSSIBLE. En général ça marche. (Si l’etat s’agrave ou dure il faut appeler des secours)
Attention : si à ce stade vous consommez un calmant de type benzo (Lexomil, Valium, Xanax….) ne jamais reprendre de cocaïne par dessus. Cela augmente considérablement le risque de crise de tétanie.

Les niveaux suivants peuvent être de réels accidents cardiaques, respiratoires, cardiovasculaires, ruptures d’anévrisme… qui nécessitent immédiatement le SAMU et les urgences

Niveau 2 : mal de tête, frisson, petit mouvement incontrôlé, transpiration, impression de sueur froide, tremblements, angoisse, accélération cardiaque, spasmes, difficultés à respirer ou respiration haletante… impression d’oppression cardiaque …. convulsions, chute… tout en étant généralement conscient. Ce stade nécessite une surveillance médicale. Appeler un médecin ou se rendre à l’hopital. Il s’agit souvent d’une crise apparentée à une crise de spamsmophilie/tétanie. En attendant, la technique du sac par dessus la tete peut etre trés efficace.

Niveau 3 (le plus dangereux) : hallucinations auditives (sifflements dans les oreilles) changements brusques du rythme cardiaque, vomissements, confusion, délire, douleurs cardiaques, douleurs dans la poitrine douleurs dans la tête, tétanies…
Cela peut se terminer par un infractus, un oedeme pulmonaire et la mort.

Autres dangers

En dehors des overdoses mortelles, la littérature spécialisée est pleine de cas de personnes qui se sont retrouvé handicapées ou définitivement diminuées après une overdose : paralysie partielle, déficit neurologique, troubles psychologiques et nerveux graves et durable, notamment suite à un accident vasculaire cerébral ou à un coma, mais également suite à une crise de convulsion.

Il est fort probable que nombre de décès liés à la cocaïne n’aient pas été identifiés en tant que tels car on les a assimilé à des accidents vasculaires cérébraux, des ruptures d’anévrisme ou a des arrets cardiaque. Le coeur est l’organe le plus affecté par la cocaïne, notamment en cas d’abus.

Dans la plupart des overdoses liés à la cocaïne, cette dernière était le principal produit en cause. Ensuite viennent les mélanges cocaïne et alcool puis cocaïne et opiacés (héroïne).

Attention aux traitements anti-dépresseurs : Le Prozac, Déroxat et autres médicaments de la classe des ISRS. Ils peuvent avoir tendance à accroître les états paniques en cas de conso de coke. Et surtout en cas de traitement VHC (Interferon et Ribavirine). A ASUD nous connaissons des cas de pétages de plombs avec des conséquences dramatiques (prison, hôpital, tentatives de suicide, violences…..). Les effets secondaires de ce traitement de l’hépatite C peuvent être considérablement amplifiés par le coke.

Il faut également considérer que la coke, surtout si on en abuse, épuise l’organisme. Elle est la cause de manque de sommeil, mauvaise ou sous alimentation donc diverses carences en vitamines et minéraux, stress perpétuel… ce qui augmente les risque d’accident.

Il faut également considérer les autres décès liés directement ou indirectement à la coke :
Accidents de la route, malformations des nouveaux nés et bébés qui meurent prématurément car leur mère prenait de la coke durant la grossesse…Sans oublier tous les accidents liés à la parano induite par la coke. Dans les années 20, en russie des centaines de milliers de gens sniffaient de la cocaïne (moins chère que le pain ). Il en a résulté des milliers d’incendies, meurtres, suicides…. dus à la « folie cocaïnique »

Petite anthologie de la coca et de la cocaïne

2000 avant Jésus-Christ : premières traces de culture et de consommation de coca au Pérou. XII siècle : Dans la civilisation Inca, la coca, divin présent du dieu Soleil, joue un r(tm)le fondamental. Elle est utilisée pour ses vertus euphorisantes et stimulantes. Son usage est strictement codifié et ritualisé

1533 : A la faveur d’une sanglante invasion, le conquistador Pizarro découvre l’usage de la coca par les indiens. Après en avoir interdit l’usage pour des raisons religieuses, les Espagnols prennent le contrôle de sa production et de son commerce. La consommation est encouragée auprès des indiens dont ils ont fait leurs esclaves ; afin d’augmenter leur productivité

1862 : découverte de l’alcaloïde cocaïne par un scientifique autrichien A.Nieman.

1871 : Angelo Mariani, un chimiste d’origine corse, passionné de coca, commercialise le fameux  » Vin Mariani  » à base de feuilles de coca qu’il cultive lui-même dans sa serre de Neuilly. Succès international phénoménal pour le « vin des athlètes ». Des papes aux plus grands écrivains, tout le monde en consomme. Mariani est déclaré bienfaiteur de l’humanité.

1880 : Freud s’initie avec enthousiasme à la cocaïne. Il s’en sert pour soigner sa dépression et préconise son emploi pour soigner les morphinomanes et certains malades mentaux. Premier cas de morphino-cocaïnomanies.

1884 : les Dr Koller et Jellinek expérimentent avec succès la cocaïne comme anesthésiant pour la chirurgie des yeux. On découvre ses propriétés d’anesthésiant local, notamment sur les muqueuses. Le chloroforme est alors peu à peu délaissé au profit de la cocaïne.

1885 : Pemberton, un pharmacien américain met au point une nouvelle boisson à base de cocaïne: le Coca-Cola.

1887 : Freud reconnait s’être trompé et met en garde contre les dangers de la cocaïne, ce qui ne l’empêche pas de continuer à en consommer…

1893 : Chambard publie  » Les morphinomanes  » et décrit les nombreux cas de morphino-cocaïnomanie. Certains prennent plus de 10 grammes de cocaïne par jour.

1902 : 1ere fabrication de cocaïne entièrement synthétique.

1906 : suppression de la feuille de coca dans le Coca-Cola

1908 : sous l’influence de la cocaïne, Stevenson écrit en 6 semaines « Dr Jekyll and Mr Hyde ». Une allégorie sur les méfaits de l’abus de cocaïne. A la même époque, sous la plume de Conan doyle, Sherlock-Homes résout ses énigmes en se badigeonnant les narines avec sa fameuse  » solution à 7% « .

1910 : début d’une grande vague de cocaïnomanie en occident. Jusqu’à 80 000 cocaïnomanes à Paris ! Certains perdent le contr(tm)le de leur vie et meurent complètement fous. Souvent associée à la morphine, l’abus de cocaïne commence à être considéré comme un problème social, ce qui permet de passer sous silence les ravages de l’alcool . On parle de  » pire fléau de l’humanité « .d’autant plus que ce sont les Allemands qui fabriquent la cocaïne et que l’ombre de la guerre se profile à l’horizon.

1915 : pour détourner les français des scandales liés à la guerre, les parlementaires  » répondent aux invitations de l’émotion publique  » en déposant un projet de loi réglementant l’usage et le commerce de la cocaïne.

1916 : en France une loi est votée pour tenter d’enrayer le déferlement de cocaïne allemande sur le territoire.

1925 : Le petit Journal mène une campagne hystérique contre la cocaïne :  » reine de l’épouvante , de la mort…. »

Années 20, 30 : on assiste à un foisonnement de livres, textes et chansons sur la  » captivante coco  » ou  » l’universelle idole « . Toutes les putes de Montmartre et de Montparnasse en consomment. Les femmes consomment plus que les hommes. Aux USA, le Jazzman Cole Porter chante  » Some get their kick from Cocaïne « . En Russie, la coke est moins chère que le pain. Les plus pauvres s’en servent pour tromper leur faim. Au Pérou et en bolivie, la production est de 15 000 tonnes alors que les besoins pharmaceutiques mondiaux se contentent de 500 tonnes.

1935- 40 : l’usage de la cocaïne passe de mode, la prohibition montre ses dents, le nombre de cocaïnomanes chute

1970- 1980 : début d’une nouvelle vague de cocaïnomanie aux USA, puis en Europe. En 1980 on estime à 25 millions le nombre d’américains ayant déjà consommé de la cocaïne. L’héroïne est détr(tm)née.

1974 : on parle de « free-base » en Californie.

1983 : apparition du « crack » aux Bahamas.

1984 : à Paris la coke sort des appartements de la jet-set et descend dans la rue. A l’Ilot Ch‰lon, qualifié de « supermarché de la drogue » , les dealers proposent héroïne et cocaïne.

1986 : année du crack aux USA. L’Amérique découvre avec effroi les ravages de cette drogue. La CIA finance l’armement des fascistes Nicaraguayens en faisant du trafic de Coke.

1989 : après les USA, Londres le crack débarque à Paris. L’Ilot Ch‰lon fermé, la ligne 9 du métro parisien est investie par les dealers, les médias s’affolent. Aux Antilles et en Guyane, le crack envahit les quartiers populaires.

1992 : un marché ouvert du crack ou  » caillou  » s’installe place Stalingrad à Paris. Chaque nuit plusieurs centaines d’usagers se rassemblent. La répression déplace le problème dans les ruelles du XVIIIe.

1993 : ouverture à Paris de « La Boutique », première structure qui accueille – sans condition- les crackers parisiens. Débuts timides de la « réduction des risques » en France.

1996 : une étude de l’Observatoire fra,nçais des drogues estime que 300 000 à 600 000 français consomment de la cocaïne.

1997 : La consommation d’héroïne est en baisse mais l’usage de la cocaïne explose.

Le vaporisateur, simple gadget ou véritable outil de réduction

En matière d’accessoires de défonce, l’imagination des fabricants est sans limite s’il on en juge par le pléthore de produits régulièrement mis sur le marché. Évidement, tous vous diront que c’est leur marque qui permet de se défoncer plus et mieux invoquant au passage une improbable utilité
médicale (le cannabis thérapeutique a bon dos…). Mais parmi cette quincaillerie, on a vu apparaître depuis quelques années des drôles de machines qui auraient la propriété de fumer… sans dégager de fumées toxiques.
Chers lecteurs je vous présente la famille des vaporisers ou vaporisateurs.

Le principe

Sacré vaporisateur qui tombe à pic au moment où le seul réel reproche que l’on peut faire au cannabis est, tout comme pour le tabac, de dégager lors de sa combustion un tas de saloperies extrêmement nuisible. Et ce d’autant plus quand on aspire (oups) à en faire un usage thérapeutique.
Le principe du vaporiser est simple: l’engin chauffe le cannabis (ou autre chose…) entre 180 et 200°, donc avant d’atteindre le point de combustion. Il se dégage alors des vapeurs gorgées des produits actifs, des vapeurs libérées d’une grande partie des habituelles substances cancérigènes et d’une teneur en monoxyde de carbone et en goudrons bien moindres. Car le cannabis et ses principes actifs ne sont en rien cancérigènes, ce sont les fumées provoquées par sa combustion qui le sont. Toute combustion d’une plante ou d’un produit dégage des substances toxiques, principe de base.

L’histoire

En fait les premiers vaporisateurs ont vu le jour à la fin des années 70. En général il s’agissait d’une sorte de pipe à eau équipée d’un décapeur thermique, à l’efficacité parfois douteuse. Mais en 1981, une société commercialise le « Tilt ». Testé, cet appareil se révèlera diaboliquement efficace pour réduire les risques et -last but not least- plutôt économique en matières premières (+ 80% de THC et – 79% de goudrons) malheureusement il sera interdit.

L’intérêt

L’avantage du vapo serait donc en plus de ses vertus médicales de mieux »exploiter » le produit. Par exemple, lorsque que vous fumez un joint1, près de 60% des cannabinoïdes sont perdus, avec un vaporisateur vous ne perdez rien, enfin parait-il… Certains modèles seraient plus gourmands en herbe de 30%, par contre ils réduisent toujours – plus ou moins- les substances toxiques.
L’objectif est donc de réduire à son minimum les substances toxiques tout en conservant au maximum les substances actives.

Les prix

Évidement avant d’investir entre 60 et 500 euros dans un engin de ce genre,vous aimeriez connaître les performances de la bête, mais là en dehors de ce qu’en disent les fabricants et les vendeurs, difficile de trouver des infos, aucune étude comparative sérieuse n’ayant encore été faite à ce sujet, alors nous ne vous présentons que sommairement quelques modèles.(liste non exhaustive) Le Volcano fabriqué en Allemagne avec le soutien de la communauté européenne semble, techniquement, surpasser largement ses concurrents, c’est aussi le plus cher avec un tarif frôlant les 500 euros, mais la santé ça n’a pas de prix, n’est-ce pas…
Le Vapir était considéré comme le top, mais c’était avant le Volcano… De plus certains lui reprochaient de donner un mauvais goût (à cause du plastique!) et d’être compliqué d’utilisation, trop gadget. Depuis le modèle aurait été remanié…à suivre L’ Aromed, également de fabrication allemande, affiche de belles performances si l’on en croit le magazine High-Times. Et puis il y’ a les modèles qui fonctionnent avec un filtrage par l’eau, qui esthétiquement sont quand même mieux que ces drôles de bidules que sont les Volcanos et autres Vapirs. Parmi ceux la, l’ Herborizer fabriqué artisanalement dans l’Aveyron, tire bien son épingle du jeu avec un rapport qualité prix au-dessus de la moyenne. C’est en plus un bel objet proposé en version “sphère” ou “tube”, il est même possible de s’en faire fabriquer sur mesure. Le Volatilizer a également obtenu de bons résultats à l’occasion d’un test.

Cannabis et Réduction des risques

Si aujourd’hui nombre de scientifiques reconnaissent enfin la relative innocuité du cannabis « L’herbe qui rend nigaud « n’en reste pas moins une drogue dont l’usage peut poser certains problèmes pour la santé.

Au sein de la planète antiprohibitionniste, il n’est pas toujours facile d’aborder ce sujet très politique-ment incorrect. Dans cette respectable mouvance, on a bien souvent tendance – en réaction aux discours alarmistes et mensongers – à «oublier» ces petites mais bien réelles nuisances.
Evidemment, le danger numéro 1 du cannabis est dû à son statut de drogue illicite. Alors, même si, de plus en plus fréquemment, des flics blasés se contentent de confisquer les simples boulettes, gardez toujours à l’esprit que le cannabis reste prohibé. Selon le code pénal, le cultiver rend passible de la cour d’assises. « Dépanner » ses petits copains peut coûter dix ans à l’ombre et une simple consommation une année de taule assortie de 25 000 F d’amende.

Le système respiratoire

La plupart des amateurs de cannabis fument le produit.
C’est le moyen le plus simple, le plus rapide pour être stone et pour beaucoup le plus agréable. Mais aussi le moins sain surtout en cas d’usage intensif. Eh oui, inhaler une fumée est toujours nocif pour le système respiratoire et celle du cannabis ne fait pas exception. D’autant qu’on ne mélange généralement à cette drogue dure qu’est le tabac.
Un joint d’herbe pure dégage trois fois plus de goudron qu’une cigarette et cinq fois plus de monoxyde de carbone.
De plus, la fumée du joint est de température plus élevée et souvent inhalée plus intensément et plus longtemps, ce qui est inutile, un simple passage dans les poumons étant tout aussi efficace. Comme celle du tabac, la fumée de cannabis serait cancérigène. Bon on ne va pas rentrer dans la polémique : laquelle des deux fumées est la plus nocive ? Elles le sont toutes deux. Donc évitez de les additionner. Fumez pur dès que vous en avez la possibilité.
Vous avez éliminé le tabac mais est-il possible d’atténuer les dégâts que provoque la fumée de cannabis ? Sans doute oui, grâce à certaines pipes à eau, aux vaporisateurs et autres Aromizer. Bien qu’une étude du Norml, une association américaine pro cannabis, l’ait mis en doute, on peut raisonnablement penser que fumer dans une pipe à eau est moins nocif pour les poumons. La fumée est refroidie par l’eau avant d’envahir vos malheureux poumons – c’est déjà ça de pris. Certaines vapeurs toxiques de la fumée de cannabis sont solubles dans l’eau et donc susceptibles d’y être détruites. Evitez les pipes en matière plastique qui risquent de dégager de méchantes vapeurs.
Avec le développement de l’usage médical du cannabis est apparu tout un tas de nouvelles machines destinées à fumer tout en préservant ses poumons. Le premier de la série est le vaporisateur. Une sorte de décapeur thermique chauffe le cannabis sans combustion et en dégage la substantifique mœlle. Ça marche mais c’est assez frustrant car on ne sent pas la fumée. La drôle de sensation d’aspirer du vide est vite contredite par une bonne montée. C’est un appareil très utile pour les personnes malades ou celles qui ne supportent pas la fumée. En version de poche, ça donne le « bubble », un tube en verre au bout duquel on fixe une boule de verre. Placez dans la boule un bout de shit ou un peu d’herbe et promenez une flamme sur le verre, des vapeurs se dégagent alors sans aucune combustion.
L’aromizer présenté lors de la dernière édition du salon consacré au chanvre, le Cannabizness présente l’avantage d’ex­traire toujours sans combustion les principes actifs de la plante.

La qualité du produit

canna4Autre problème qui se pose lorsque l’on fume, c’est la qualité du produit. Le shit de contrebande, en général, un Marocain de seconde zone, est susceptible d’être coupé à diverses substances (henné, caoutchouc, crotte de chameau, etc.) dont la combustion n’est pas franchement bonne pour vos poumons. Il est préférable de connaître la provenance de votre cannabis et pour cela le meilleur moyen est encore de cultiver sa propre herbe. Le cannabis pousse facilement en intérieur comme en extérieur. Découvrez les joies du jardinage et le plaisir de consommer le produit propre d’une plante que vous avez choyée et vu grandir. Ne vous laissez pas bluffer par les termes techniques et les discours rébarbatifs de quelques « spécialistes » prétentieux, la culture de l’herbe n’est pas si compliquée, il suffit d’être patient et attentionné. L’autoproduction, outre les joies qu’elle vous procure, vous permet d’éviter de fréquenter les réseaux criminels et aussi de faire de très, très grosses économies.
Disposer d’un produit puissant peut permettre de tirer moins de taffes, donc de moins se polluer les poumons. Un joint de Skunk peut être plus puissant que cinq de maroco.
Pour les personnes malades, aux défenses immunitaires affaiblies, il est conseillé de stériliser son cannabis qui peut être infecté par des pesticides ou des moisissures. Un court passage au four – de préférence micro-ondes – à une température maxi de 160° devrait suffire d’après le Manuel du Cannabis à usage médical.

A vos fourneaux !

Et si vous êtes prêts à vous priver de l’arôme ainsi que du rituel du joint qui tourne et bien mangez maintenant ! Comme toute drogue, le cannabis peut aussi se bouffer. Et là c’est garanti à 100 % et en plus c’est discret. Passez les contrôles de flics, votre boîte de gâteaux blindés au THC sous le bras tout en affichant un sourire niais tendance cannabinophile confirmé. Mais là, attention aux dosages. Car s’il est facile de bien régler son niveau de défonce en fumant, c’est plus ardu lorsqu’on ingère.
Si l’effet est plus long à monter (entre 1/2 h et 1 h), quand il arrive c’est du costaud et plus question de faire marche arrière. C’est parti pour plusieurs heures de ballade cosmique.
Manger le cannabis produit des effets pharmacologiques différents qu’en le fumant car il est transformé par le foie en 11-hydroxy-THC, un métabolite quatre à cinq fois plus puissant que le THC. Il est donc très important de bien calculer la dose, sinon vous risquez une overdose, certes jamais fatale mais sacrément désagréable quand même. Le cannabis se dissout à merveille dans l’alcool (+ de 40°) les graisses.

Dépendance et syndrome amotivationnel

Contrairement à la nicotine, aux opiacés ou à l’alcool, le cannabis ne provoque pas de dépendance physique. Les gros consommateurs seront juste un peu plus irritables et auront une moins bonne qualité de sommeil mais rien de grave.
Certains développent une dépendance psychologique, tout comme d’autres sont accros à Internet ou aux jeux vidéo. Question de caractère.
Le cannabis peut poser problème à quelques consommateurs qui ne maîtrisent pas leur consommation. Bien entendu, sur les centaines de milliers d’amateurs de cannabis, seul un petit pourcentage est concerné, mais il faut le savoir. Aujourd’hui, les nouvelles variétés d’herbe sont extrêmement puissantes, les taux de THC ont explosé, un simple pétard peut vous emmener assez loin et pas toujours là où vous le vouliez. Certaines herbes sont carrément psyché-déliques alors si vous vous envoyez une dizaine de pétards par jour, vous serez dans le cosmos, déconnecté.
canna3Il y a des furieux du tarpé qui sont complètement à la ramasse. Traduisez, oui, il existe des « toxicos » du chichon. Bien souvent, ces personnes consomment également d’autres drogues, principalement de l’alcool, ce qui n’arrange rien. Il existe aussi des intégristes du cannabis qui ne jurent que par l’herbe et sont incapables de se bouger sans avoir fumé. Vous savez ce fameux « syndrome amotivationnel » si cher aux psychiatres et autres experts en cervelle, il existe ! En fait, le cannabis ne fait qu’amplifier l’état dans lequel vous êtes. Si vous êtes un dégoûté de la vie, démotivé de tout, fumer du cannabis vous confortera dans cette position. Sinon, vous n’aurez pas à dealer avec ce fameux syndrome amotivationnel.
Bien sûr, les conséquences d’une « toxicomanie » au cannabis ne sont pas catastrophiques comme celles des opiacés, de la coke ou de l’alcool. Le problème n’est « que » psychologique.
Tendance inquiétante, de plus en plus de très jeunes ados idéalisent le cannabis au risque de se détourner de toute autre activité. Et cela peut être dangereux.
Le cannabis n’est qu’une plante – certes charmante – mais pas un mode de vie, ni une finalité. Faites gaffe aux jeunes apprentis cannabinophiles.
Certains détracteurs du cannabis accusent cette drogue d’altérer nos cellules reproductrices, d’entraîner des troubles mentaux, l’impuissance, la baisse de la libido et j’en passe et des meilleures.
De nombreux travaux scientifiques ont contredit ces sornettes. Plus sérieusement, certains soupçonnent le cannabis de légèrement déprimer le système immu­nitaire. D’autres prétendent l’inverse. On attend la confirmation ou l’infirmation de cette accusation.
Un risque qui peut être lourd de conséquence est celui de conduire un véhicule sous l’influence du cannabis. Car si, contrairement à l’alcool, le cannabis ne vous donne pas cette sensation d’invin-cibilité, il entraîne tout de même une baisse des réflexes et de l’attention

Cannabis et conduite

cannabis-volantMême si, effectivement, les personnes au volant sous l’influence du cannabis diminuent souvent leur vitesse. Leur capacité à rouler droit, à évaluer les distances et à analyser rapidement une situation altérée. Là encore tout dépend de la quantité que vous avez pris. Conduire après avoir bouffé un space cake bien chargé relève de l’inconscience. La conduite sous cannabis est bien moins dangereuse que la conduite sous alcool mais il y a un risque potentiel qu’il est préférable d’éviter.
Et n’oubliez pas : fumer un joint peut aussi vous faire paumer vos clefs, commander une pizza à 4 h du matin et partir dans de furieux fous rires. On dit que le cannabis est une drogue douce, alors n’en faites pas un usage dur.
Et maintenant, roulez !

* J’attends une récolte aux Editions du Lézard, ouvrage complet et très fun sur la culture de l’herbe.

Cannabis storique

Au Hit Parade depuis 10 000 ans

Pour nombre d’historiens, d’archéologues, d’anthropologues et de botanistes le cannabis est sans doute la plante la plus cultivée. Initialement récolté pour ses fibres textiles et pour ses graines nourricières, il est probable que le cannabis fut secondairement utilisé pour ses propriétés médicinales et psychotropes. Au hit parade des sept substances les plus employées pour modifier le champs de la conscience, altérer l’humeur ou diminuer la douleur il est en tête dans la plupart des religions.
Les premières traces de chanvre datent de quelques 10 000 ans et sont retrouvées dans des débris de tissage, dans l’ancienne Mésopotamie (province de la Turquie actuelle). Les recherches semblent montrer que le cannabis est originaire d’Asie Centrale. Il s’est par la suite répandu au fil des migrations des conquêtes vers l’Est (la Chine et le sub-continent indien) et vers l’ouest (le Moyen-Orient, la vallée du Nil puis les pays du Maghreb lors des conquêtes arabes). Dans un second temps, son usage atteint l’ensemble du monde occidental et, à l’heure actuelle, l’Organisation Mondiale de la Santé considère que c’est la substance psychotrope illicite la plus utilisée à travers le monde .

De la Chine aux Indes…

Vers 2700 avant J.C., le légendaire empereur Shen Nung -« Père de la médecine chinoise »- recommandait l’utilisation du cannabis contre la malaria, la constipation, les douleurs rhumatismales, les « absences » et les règles douloureuses …
Il était d’usage chez les anciens chinois de graver la tige principale d’un plant de chanvre à l’image d’un serpent enroulé autour d’un bâton, ce qui ressemble au caducée, symbole traditionnel des médecins. Lors de rituels thérapeutiques, un parent du patient frappait sur le lit du malade avec ce bâton-serpent pour chasser les mauvais esprits. Aux Indes le chanvre est une plante sacrée. Le cannabis serait issus de la transformation des poils du dos du dieu Vishnu échoué sur le rivage des terres habitées.
Autre bienfaiteur, le dieu Shiva, qui passe pour « avoir ramené le cannabis de l’Himalaya pour la joie et l’illumination des humains ». On honorait traditionnellement Shiva en versant du Bhanga (avant d’être la star d’un groupe industriel de boissons sucrées des années 70 c’est aussi le nom indien du chanvre-) sur le lingam, une colonne phallique qui symbolise la force masculine. Aujourd’hui encore, les Sadhus ou « hommes saints » vouent leur vie au dieu Shiva. Ils portent les cheveux longs, vivent de l’air du temps, pratiquent le yoga et la méditation, et fument souvent de grandes quantité de Charas (haschisch) et de ganja (herbe). Au delà des rites religieux, la consommation de Bhanga s’est rapidement répandue dans tout le sous-continent, et le cannabis est passé du statut d’élixir et de plante médicinale à celui de drogue psychoactive peu coûteuse et facile à obtenir. En Inde, le cannabis est utilisé pour stimuler l’esprit, faire baisser la fièvre, faire dormir, guérir la dysentrie, stimuler l’appétit améliorer la digestion, soulager les maux de tête, traiter les maladies vénériennes, employé lors des accouchements comme analgésique et pour augmenter les contractions utérines….

Les Scythes archéologiques

Ce sont les Scythes qui répandent l’usage religieux du cannabis des confins de la Sibérie en Europe, lors de leurs conquêtes. Grâce aux recherches archéologiques, on sait que ce peuple a parcouru des distances considérables. Leur présence sur les bords de la mer Noire est attestée par l’historien grec Hérodote (484-425 av. J.C.) qui témoigne de l’utilisation du cannabis lors des cérémonie funéraires.. L’historien grec Hérodote (484-425 av. J.C.) témoigne de l’utilisation du cannabis chez les Scythes lors des cérémonies funéraires. L’ivresse observée résulte de l’inhalation des fumées produite par les graines et sommités fleuries du chanvre, jetées sur des charbons ardents.

Grecs rieurs

Au cours de leurs migrations vers l’ouest, ils transportèrent le chanvre textile et le transmettent aux Thraces, habitants orientaux de la Grèce qui en firent des vêtements.
Les Grecs et les Romains connaissaient également le chanvre et l’utilisaient pour fabriquer près de 90% des voiles, cordages et tissus vestimentaires. En 460 av. J.C le philosophe Démocrite raconte que bu avec du vin et de la myrrhe,le chanvre produit des délires et des états visionnaires. Il observe aussi des « rires irrépressibles ». Démocrite lui-même est du reste appelé le « philosophe rieur » par ses compagnons.

Cocorico

Mais c’est en Gaulle, plus précisément dans la vallée du Rhône, que l’on trouve la première preuve historique d’une culture de chanvre en Europe occidentale, en 270 av. J.C.
Dioscride, médecin et botaniste romain du 1er siècle, l’utilise comme analgésique et mentionne ses vertus aphrodisiaques et apéritives ainsi que son pouvoir psychotrope en précisant que le cannabis « fait venir devant des yeux des fantômes et illusions plaisantes et agréables ». Galien, un siècle plus tard indique que « l’on en donnait habituellement aux convives des banquets pour les mettre à l’aise et les rendre joyeux », et souligne aussi les dangers de son abus, redoutant qu’ « elle ne blesse le cerveau quand on en prend trop ».
Le déclin de l’empire romain est associé à une mise en sommeil du savoir concernant le cannabis qui ne réapparait qu’avec l’épanouissement de la civilisation arabe.

Dans le monde musulman

canna-fakir Le développement de l’usage du cannabis dans le monde musulman est marqué par le rôle de la religion. En effet, l’Islam interdit l’usage de boissons alcoolisées mais incorpore le chanvre, associé au prophète Elie, saint patron de l’eau. Le cannabis est ainsi rapidement reconnu comme pouvant provoquer des effets psychotropes du même ordre que l’alcool, sans que son usage ne constitue un péché. Il s’intégre donc dans la vie religieuse, sociale et culturelle du Moyen-Orient, comme en témoignent les fameuses Milles et une nuits du Calife Haroun al Rashid.
Avec les invasions arabes des VIIe et VIIIe siècles,le cannabis passe De la péninsule arabique en Afrique du Nord, puis en Espagne, en France et dans le pourtour méditerranéen.

Du Moyen Age à la Renaissance : l’interdiction posée par l’église

Au cours du Moyen-Age, le chanvre s’est répandu dans l’Europe entière. Du XIe au XIIIe siècle, les croisés découvrent en Terre Sainte les préparations à base de résine de cannabis, sous forme de haschich. L’Inquisition voit dans le cannabis une herbe diabolique et ordonne son interdiction en Espagne au XIIe siècle, et en France au XIIIe siècle, en proclamant que l’ingestion de cannabis était hérétique et satanique. La connaissance des propriétés médicinales et psychoactives du cannabis a quasiment disparu et on ne le retrouve mentionné que comme ingrédient de philtres ou potions de sorcières et guérisseurs.

Le cannabis à l’âge classique et au Siècle des Lumières

En 1546, Rabelais donna au chanvre le nom de Pantagruélon, en écho à son héros Pantagruel. Il précisa que le chanvre permettait aux hommes « non seulement de se joindre par-delà mes mers, mais aussi de tenter l’escalade des cieux », faisant ainsi allusion et aux cordages en chanvre et aux propriétés psychotropes. Médecin, Rabelais en recommandait l’usage pour divers maux (plaies, brûlures, crampes, rhumatismes et douleurs spastiques).

Du XIVe au XVIIIe siècle, le chanvre est essentiel pour le commerce maritime puisqu’il sert à fabriquer les voiles, gréements, cordages et vêtements. Durant cette période la production est de plusieurs milliers de tonnes par an et le chanvre est considéré comme une production agricole de premier ordre, source de nombreux conflits majeurs.
Pour l’anecdote, George Washington en cultivait en 1765 dans son domaine de Mount Vermont, comme en atteste son journal.

AU XIXe siècle, la redécouverte coloniale et le modèle orientaliste de consommation

Le XIXe siècle apparaît comme l’époque faste du cannabis. En partant à la conquête de l’Orient, les Français et les Anglais redécouvrent les propriétés psychotropes du cannabis et son potentiel thérapeutique.

C’est à l’occasion de la campagne d’Egypte, en 1799, que les médecins qui accompagnent le général Bonaparte redécouvrent les propriétés psychotropes et médicinales du cannabis. Vers les années 1840, Jacques-Joseph Moreau de Tours, aliéniste à la Salpêtrière ramène du chanvre du Caire. Il ingére du haschisch pour en décrire précisément les effets psychotropes dans son traité Du haschich et de l’aliénation mentale (1845).. Malgré qu’il soit assimilable à celui de la folie le procédé de l’intoxication au haschich est pour lui un moyen unique d’exploration du psychisme humain. Il encourage son entourage à l’imiter et se fait l’initiateur de l’usage du cannabis auprès des intellectuels et artistiques parisiens de l’époque très marqués par le romantisme et l’orientalisme.

Les hachichins

Avec Théophile Gautier, il fonde le Club des Hachichins en 1844. Ce cercle se réunit tous les mois à l’hôtel Pimodan, à Paris, pour ingérer du dawamesc. C’était une sorte de « confiture verte », mélange à base d’extrait gras de résine de cannabis et de divers ingrédients (girofle, cannelle, musc, essence de rose ou de jasmin et amandes) absorbée sous la forme d’une « noix » d’une trentaine de grammes. Ce club étonnant comptait parmi ses membres Charles Baudelaire, Gérard de Nerval, Alexandre Dumas. On y croisait aussi Daumier, Balzac et Delacroix .
La consommation de cannabis selon le modèle orientaliste en vogue en France se répand en Europe et aux Etats-Unis. A partir des années 1860 jusqu’en 1900, les foires mondiales et autres expositions universelles comprennent généralement un « salon fumoir à la turque ». Jusque dans les années 1920, il en existe plus de 500 à New York.

L’âge d’or du cannabis thérapeutique

Dr-chichonAu milieu du XIXe siècle, un médecin irlandais, William O’Shaughnessey, remit en vogue les propriétés thérapeutique du cannabis. Après avoir observé ses collègues indiens prescrire avec succès, différents extrait de chanvre pour traiter toutes sortes de maladies, alors considérées comme incurables par la médecine occidentale, il remit un rapport à l’Académie des Sciences d’Angleterre concernant les applications médicales du cannabis, en affirmant que outre ses propriétés analgésiques puissantes, il constituait « le remède antispasmodique le plus précieux qui soit ». Il fut alors prescrit comme remède des douleurs et notamment des douleurs menstruelles (indication qui gagne les faveurs de la reine Victoria). Ses découvertes suscitent un grand intérêt dans le monde médical occidental et, en moins de trois ans, le cannabis devient le médicament à la mode, en Europe comme au Etats-Unis. De 1842 à 1900, plus d’une centaine d’articles médicaux sont publiés qui recommandent son utilisation dans le traitement de diverses maladies et malaises.

Cannabis contre morphine

A la génération suivante les médecins se désintéréssent peu à peu du cannabis et de ses effets analgésiques, au profit de l’usage des opiacés (morphine). En effet, l’invention de la seringue hypodermique, dans les années 1850, révolutionne les pratiques médicales en permettant un soulagement rapide de la douleur par l’injection de médicaments solubles. Les dérivés du cannabis n’étant pas soluble dans l’eau, ils ne peuvent être injectés (et ne le sont toujours pas aujourd’hui). Ainsi, à partir de 1863, le cannabis est progressivement remplacé par la morphine.

Les temps modernes : de la « diabolisation » à la prohibition mondiale

Parallèlement à ce déclin, les premières années du XXe siècle furent les années de « diabolisation » du cannabis.
Aux Etats-Unis, une vaste campagne prohibitionniste prend naissance sur fond de racisme. Au début des années 1910, l’herbe fumée se répand parmi les travailleurs saisonniers mexicains du Texas ou les musiciens jazz de la Nouvelle-Orléans afro américains. Les blancs attribuèrent au cannabis une influence insidieuse qui pousserait les noirs à penser qu’ils valent bien les blancs. Quant aux mexicains, sous l’influence du cannabis ils osaient regarder les Blanches. La presse à sensations mena une campagne de terreur pour mettre le cannabis hors la loi.
Le bon vieux cannabis connu par près de quatre générations d’américains est alors remplacé par le vocable marijuana la terrible « herbe tueuse ». Ce terme, d’origine mexicaine, fut systématiquement utilisé dans les articles et le terme de « chanvre » fut bientôt gommé du langage populaire. Unee propagande calomnieuse encouragée par Harry J. Anslinger, directeur du bureau des stupéfiants de 1931 à 1962. Il alimente la presse nationale en histoires sadiques et sanglantes, truffées de connotations racistes, démontrant l’extrême danger du cannabis.
Cette campagne de terreur aboutit en 1937 à l’adoption d’une loi draconienne : le marihuana Act.. A titre d’exemple, les médecins Appelés comme experts n’apprirent que deux jours avant leur audition que « l’herbe tueuse du Mexique » était en fait le cannabis,utilisé depuis presque cent ans en thérapeutique. La prohibition du cannabis venait de remplacer celle de l’alcool(1919-1933).
En France, l’écho de cette mise en œuvre d’une politique prohibitionniste aboutit à une décision législative : le cannabis est supprimé de la pharmacopée française

La renaissance du cannabis dans les contre-cultures d’après guerre

Dans les années 1950, Henri Michaux fit l’expérience des voyages intérieurs et il apparut, en France comme à l’étranger comme l’un des premiers penseurs des drogues et du psychédélisme (terme qu’il utilise dès 1955).
Dès le début des année 1960, cet intérêt psychédélique se développa également aux Etats-Unis. A cette époque, la psilocybine et le LSD font l’objet de recherches expérimentales à Harvard comme à Cambridge.
Dans les années 1960 et 1970, la consommation de cannabis devient un phénomène de masse qui concerne presque exclusivement les adolescents et les jeunes adultes. Cependant l’utilisation du cannabis se distingue des autres drogues (héroïne, cocaïne, amphétamines..) par son association avec le mouvement culturel hippie,. Le mouvement hippie.
La route vers l’orient, la musique pop, consacreront le cannabis comme « drogue douce ». La consommation est alors synonyme de fraternité et de liberté, mais surtout de lutte contre les valeurs établies et la société de consommation. En France, l’époque est marquée de manière symbolique par la publication en 1976 dans le journal Libération de « l’appel du 18 joint », signé par nombre de personnalités du monde de la culture et de la politique qui reconnurent avoir consommé du cannabis. (voir Asud n° 14 l’article de J.P. Géné)

Le mouvement Rastafari jamaïcain

A la même époque, le mouvement rasta, né en Jamaïque, s’étend dans les îles anglophones des caraïbes puis dans le monde entier. Les rastafariens ou ratsas se considèrent comme une tribu perdue d’Israël, vendue comme esclave. Ils prêchent le retour en Afrique comme étant la rédemption du peuple noir. Pour les Rastas, le cannabis est un sacrement et ils l’utilisent pour rendre grâce à Jah (dieu). Partout dans l’île, le thé de ganja est prescrit pour soigner les rhumatismes, l’insomnie et l’impuissance. De ce mouvement est né une musique propre aux rastas qui chantent l’amour, la paix, l’harmonie et la lutte contre l’oppresseur : le reggae. Pendant les années 1980, ce mouvement revendique également la légalisation du cannabis.

Le renouveau du cannabis thérapeutique

C’est également dans les année 1970 que la valeur thérapeutique du cannabis fut redécouverte. Certains jeunes cancéreux l’utilisent pour soulager les violentes nausées causées par la chimiothérapie, d’autres découvrent son intérêt dans le traitement du glaucome, les douleurs chroniques et la sclérose en plaque ;
Entre 1976 et 1991, malgré l’interdiction pesant sur l’expérimentation du cannabis naturel, dix états américains obtiennent la permission de mettre en place des programmes de recherche. Dans le sillage de l’épidémie de SIDA, les demandes de nouveaux patients affluent. En 1991, le gouvernement fédéral décide de fermer ces programmes à tout nouveau candidat en prétextant les difficultés à faire coexister ces expérimentations et la politique de lutte contre la drogue.
En France, la loi interdit tout usage, qu’il soit récréatif ou thérapeutique. Les rapports officiels sur l’intérêt de l’utilisation thérapeutique du cannabis se multiplient sans que les recommandations ne soient suivies d’effets législatifs. Tandis que nos voisins européens dépénalisent tour à tour l’usage de cannabis, les législateurs français continuent de refuser toute expérimentations.

Foie et cannabis

Oui, il y a bien écrit : “ foie et cannabis ”, j’insiste : “ Foie ” avec un E, s’il vous plait ! Et non pas “ Foi & Cannabis ”, comme Bob Marley invoquant ses louanges raggaephiles à Jah Rastafary. Non nous ne parlerons pas non plus de la controverse concernant le cannabis et les accidents de la route, qui finalement sont plus spécifiques des excès d’alcool, n’est-ce pas mon petit Nicolas ?

Les fautes d’orthographes peuvent mener à des sérieux malentendus, d’où l’avantage de régler ces problèmes à l’oral. C’est ce que nous avons fait au sujet d’un malentendu avec le Dr Hézode, un hépatologue de l’Hôpital Henri Mondor, à Créteil qui avait déjà publié une brillante étude sur les risques d’aggravation de fibrose chez les gros fumeurs de tabac.

Le différent porte sur son étude sur l’impact du cannabis sur le foie, intitulée “Consommation quotidienne de cannabis fumé comme facteur de risques de progression de fibrose dans l’hépatite C chronique”[1], qu’il a présenté à l’occasion du congrès européen d’hépatologie de l’E.A.S.L., à Berlin en 2004. J’y étais et je peux rapporter que la salle était restée assez sceptique ou du moins partagée, sur certaines zones d’ombres méthodologiques, surtout quand il conclut : “ La consommation quotidienne de cannabis chez les patients ayant une hépatite C est à proscrire ”. Le problème c’est que cette étude a depuis été largement reprise par bon nombre de médecins et notamment des hépatologues, et d’ailleurs peut-être le votre vous a t-il déjà fait des remarques à ce sujet ?

Elle vient d’être publié dans le numéro trimestriel de la revue Réseaux Hépatites, de septembre 2005. Nous nous sommes immédiatement ébahis d’admiration devant la couverture de cette revue médicale de vulgarisation scientifique (voir photo), qui est éditée grâce aux larges financements de certains laboratoires pharmaceutiques bien connus des usagers de drogues substitués.

Nous pensions qu’ils allaient contrecarrer cette étude puisqu’en couverture, il y a un magnifique “ pétard de chez Mr Pétard ”. Mais alors, la salive nous monte encore aux oreilles rien que d’en parler tellement il est bien roulé.

Nous ne saurons résister à l’envie de quelques précisions prudentes de RdR, à l’attention des lecteurs et plus particulièrement ceux du Ministère de l’Intérieur, il s’agit d’admiration devant la technique de roulage de cette cigarette multi-feuilles, œuvre d’un artiste, il va sans dire, vous nous l’accorderez ? Nous voudrions éviter une condamnation d’incitation à l’usage à quelques heures de “ tige ” (Travail d’Intérêt Général) pour quelques feuilles !
Nous ne conseillerons jamais à personne d’utiliser des drogues, et encore moins tous les jours, car ça serait bien inutile, voir même dangereux, surtout sans conseils avisés de réduction des risques (RdR), récents et adaptés ! D’ailleurs au sujet du cannabis vous pourrez vous reporter au numéro d’ASUD, pour les conseils avisés de RdR, puisque ça, c’est notre domaine de compétence.

Mais en fait il faut à ce stade détailler cette étude avant de prendre pour argent comptant cette conclusion, et voir ce qu’elle vaut à la lumière d’une contre-analyse comme seul G-Laën en a le secret !

Il faut d’abord rappeler le contexte et l’état des connaissances qui ont justifié l’intérêt de cette étude. Depuis vingt ans, la plupart de grands laboratoires pharmaceutiques ont tous fait des recherches sur les cannabinoïdes, c’est-à-dire les 60 composants du cannabis. Mais plus récemment quelques découvertes étonnantes nous ont appris que dans le corps humain, nous avons à l’état naturel deux types de récepteurs spécifiques aux cannabinoïdes qui ont été baptisé CB1 et CB2. Des généticiens bien intentionnés ont cherché à savoir quand est-ce que dans l histoire de l’humanité, l’être humain a commencé a avoir ces récepteurs au cannabis. La réponse est assez étonnante, sauf pour des usagers, puisque ces récepteurs seraient apparus environ il y a cent mille ans, c’est-à-dire juste avant que l’humain commence à utiliser la parole !

De plus, les chercheurs nous ont même appris que nous sécrétons naturellement, sans avoir jamais consommé de cannabis, des cannabinoïdes naturels, dont les rôles sont toujours assez mystérieux.

Très récemment, des chercheurs s’étaient intéressés à chercher des récepteurs dans le foie. Ils ont été surpris de constater que ces récepteurs ne sont pas présents dans le foie d’une personne en bonne santé. Mais par contre, ils sont activés par les fybroblastes. Ce sont les éléments qui provoquent la fibrose et donc les principales lésions chroniques du foie. Donc il faut comprendre que dès qu’on est atteint par une maladie chronique du foie comme une hépatite virale, et que le foie commence à fibroser, on développe des récepteurs au cannabis dans le foie, aussi bien les CB1 que les CB2.

Des études sur la cirrhose ont confirmé qu’il y avait une sorte de sur-activation des récepteurs CB1. L’équipe de recherche de l’INSERM d’Henri Mondor, travaillant avec le Dr Hézode, venait de démontrer que l’activation des récepteurs CB2 dans le foie pouvait minimiser la production de fibrose. C’est donc ce qui les a poussés au départ à organiser cette étude afin de pouvoir évaluer quel était l’impact réel de cet effet antifibrosant des CB2 dans le foie.

Seulement très rapidement, la même équipe de l’INSERM a aussi démontré que l’activation des récepteurs CB1 avait le rôle inverse c’est-à-dire de favoriser la fibrose du foie. Nous voyons bien qu’il devenait alors crucial de pouvoir étudier de plus près ce qu’il en était dans la vraie vie et non plus sur des éprouvettes de laboratoire, afin de départager l’incidence des CB1 et CB2 dans un contexte d’épidémie d’hépatite C.

Certes si la volonté du Dr Hézode et de son équipe semble tout à fait compréhensible, il fallait par contre mettre au point un protocole d’étude assez complexe afin de pouvoir isoler réellement l’impact du cannabis uniquement. C’est bien là que se situaient nos désaccords.

Ils ont donc recruté 270 malades porteurs chroniques d’hépatite C dans leur service, en ayant défini trois groupes. C’est-à-dire :

– un groupe de 143 personnes déclarant n’avoir jamais fumé de cannabis (53%), et c’est bien vrai ce mensonge ? hein et pourquoi t’as les yeux rouges ?

– un groupe de 41 fumeurs occasionnels (15%) n’ayant jamais consommé quotidiennement de cannabis, avec une consommation moyenne d’environ huit pétard par mois, tiens ça me rappelle quelqu’un !

– un groupe de 89 fumeurs quotidiens (33%) avec une consommation moyenne d’environ 60 pétards par mois,

– et que le dernier ferme la porte, s’il tient encore debout et qu’il voit quelque chose au milieu du nuage ! Ouvrez la fenêtre, les oiseaux vous ferons un joli sourire bête !

Foie et cannabis Non Fumeur Fumeurs occasionels Quotidiens
Tous patients confondus 53% 15% 33%
143 41 89
Contamination VHC par injection de drogue 16% 86% 93%
23 35 83

Les malades avaient été sélectionnés car ils avaient fait plusieurs biopsie du foie qui permettaient de déterminer l’évolution de leur fibrose dans le temps et donc d’examiner une possible accélération de cette fibrose potentiellement due au cannabis. Il a donc fallu étudier aussi d’autres causes possibles d’accélération de la fibrose afin de ne pas fausser cette étude. Donc bien sûr, les facteurs étudiés sont la consommation d’alcool supérieure à trois verre par jour, la consommation de plus d’un paquet de cigarettes par jour, l’âge à la contamination, le fait d’avoir plus de 40 ans, une stéatose (graisse dans le foie), etc…

Donc le mercredi 11 janvier 2006, je fait cette interview téléphonique. Je lui demande : “ Avez-vous détaillez dans votre étude, les consommations antérieures et régulières des 54% d’usagers participants et déclarant avoir été contaminés par injection ? En effet, il nous semble évident que si ces usagers ont eu recours pendant de nombreuses années à des injections de cocaïne, de sniff d’amphétamines, avec en prime des surdosages de benzodiazépines, il y aurait de quoi avoir un foie particulièrement fibrosé non ? ”

Le Dr Hézode me répond que : “ Il faut rappeler tout d’abord quels sont les types de lésions sur le foie que provoque ces produits. À savoir, la cocaïne ne provoque que des hépatites aiguës. Il n’y a jamais eu de forme d’hépatotoxicité chronique de décrite chez des usagers de cocaïne. Il m’est déjà arrivé de faire prendre en charge un usager ayant fait une hépatite aiguë à la cocaïne particulièrement sévère puisqu’il a dû être greffé du foie.
Sinon, concernant les benzodiazépines, il en est de même pour ainsi dire, il s’agit d’hépatite médicamenteuse de type aiguë et d’évènements plutôt rares qui surviennent surtout chez des personnes ayant déjà un foie fragilisé par une hépatite virale ou alcoolique, le plus souvent. Il me semble évident que plutôt que les produits eux-mêmes, il faudrait aussi améliorer nos connaissances sur les produits de coupes.
Aussi nous n’écartons absolument pas que toutes ces autres consommations aient pu biaiser nos conclusions, toutefois nous ne pensons pas qu’elles aient pu avoir une incidence importante ”.

Face à autant d’humilité, ce qui est toujours appréciable chez un médecin, mais aussi afin de faciliter la lecture de cette retranscription, je ne saurais résister d’avantage à l’envie de baptiser le Dr Hézode, le Dr H.

G-Laën : “ Nous avons un problème avec vos conclusions puisqu’elles ont été reprises par bon nombre de vos collègues hépatologues qui les appliquent sans forcément les comprendre. Aussi nous craignons que cet argument concernant le cannabis ne serve de contrainte supplémentaire qui vienne compliquer encore l’accès aux soins des hépatites pour les usagers de drogues. Aujourd’hui nous savons que bon nombre d’hépatologues ne sont pas motivés pour prendre en charge les usagers et donc il ne faudrait pas qu’ils interprètent à tort cette étude. Qu’en dites-vous ? ”

En effet, dans le numéro 24, de la revue THS de décembre 2004, le Pr Couziguou, hépatologue de “ débordé ” dans la région Bordelaise propose un suivi hépato pour le cannabis.

Dr H. “ Nous devons rappeler très clairement, que notre conclusion est qu’un malade atteint d’hépatite C chronique doit s’abstenir, s’il le peut, de fumer tous les jours du cannabis. Et ce message s’adresse surtout à des patients non-répondeurs aux traitements par interféron, chez qui on voudrait minimiser toutes les causes d’aggravation de la fibrose en attendant la possibilité de pouvoir retraiter et guérir son hépatite C.
À mes patients qui viennent me consulter pour initier un traitement et qui me demandent est-ce que le cannabis pose un problème, vu que ça les aide ? Je leur dis très clairement qu’il y a des malades pour qui le cannabis semble être une aide face aux nombreux effets secondaires d’un traitement à base d’interféron. Aussi je leur dit qu’il n’y a pas de contre-indications majeures puisque ce qu’il faut absolument favoriser à ce moment là, c’est l’observance à ce traitement et arriver à ce que la malade tienne jusqu’au bout. ”

En effet, dans leur première étude nationale sur les hépatites virales en 2002, SOS-hépatites avait déjà rapporté que sur les 2 226 personnes ayant participé dont la moyenne d’âge était plutôt de 55 ans (36 % 18-44 ans, 48 % 45-64 ans et 16 % plus de 65 ans), il y avait 20 % de contamination par la seringue. De plus, 13% des malades ont reconnu utiliser régulièrement du cannabis pour faire face aux effets secondaires des hépatites et de leurs traitements.

Dr H.“ Donc même si notre étude démontre une possible toxicité hépatique du cannabis, il faut rappeler que nous ne pouvons toujours pas en expliquer les mécanismes et de plus, que cette étude est une première qui doit être complété par d’autres travaux.
Nous avons remarqué dans notre groupe de malades consommant quotidiennement du cannabis qu’il y en a qui n’ont pas du tout de fibrose. Et puis notre étude concerne uniquement des malades d’hépatite C chronique. Il ne faut donc pas faire l’erreur de penser qu’on aurait démontré que le cannabis est hépatotoxique chez une personne en bonne santé. C’est faux ! On a clairement démontré qu’on ne voyait pas de différence entre le groupe de non-fumeurs et celui des fumeurs occasionnels (8 pétards par mois en moyenne), ce qui fait que dans l’analyse finale de notre étude, on a groupé ces deux sous-groupes pour les comparer aux fumeurs quotidiens. En usage occasionnel, le cannabis fumé ne semble avoir aucune incidence sur la progression de fibrose dans l’hépatite C ”.

Et bien, voilà des conclusions qui me semblent très clair non. Et vous ?

[1] Hézode C. et al. “ Daily cannabis smoking as a risk factor for progression of fibrosis in chronic hepatitis C ”. Hepatology 2005 ; 42 : 63-71.

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