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TRANSFORMER LA PRISE EN CHARGE DES PATIENTS DÉPENDANTS AUX OPIOÏDES

Communiqué de presse 28 mai 2018

La prise en charge des addictions, en particulier de la dépendance aux opioïdes, est menacée en médecine de ville. Dans les années 1990, près de 80 % des patients dépendants aux opioïdes étaient suivis par 20 % des médecins généralistes. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’environ 5 % à prendre en charge ces patients. La concentration médicale associée au départ à la retraite progressif des praticiens investis dans le suivi de ces patients, soulève la question majeure de la relève par les jeunes professionnels de santé. Cette situation est d’autant plus problématique en dehors des grandes agglomérations. L’addiction peine encore à être reconnue comme une pathologie chronique.

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Les associations débattent à l’Assemblée Nationale concernant le projet de loi de contraventionalisation des usages de drogue

Nous étions ce 14 septembre à l’Assemblée Nationale aux côtés de Techno+, du CIRC, Norml France et Cannabis Sans Frontières pour donner notre point de vue sur la contraventionalisation de la consommation de stupefiants.
Que ce soit les associations de RDR, d’auto support ou d’usagers, nous nous accordons tous à dire que ce n’est pas la solution et que les personnes les plus touchées par cette loi seront encore et toujours les plus jeunes et les plus précaires.

Bien entendu, le projet de loi étant déjà fixé, le but de cette consultation était de débattre sur le contenu de celle-ci (montant de l’amende,…).

Un questionnaire a été soumis aux associations avec des questions plutôt farfelues qui ne reflètent pas du tout notre vision des choses.

Étant donné qu’il n’était pas possible de revenir sur les fondamentaux de cette loi, la NORML a demandé que le montant de l’amende soit la plus basse possible et qu’il y ait une exception qui soit faite pour les jeunes adultes (18-25 ans) qui sont en général dans une précarité économique ainsi que pour les malades se soulageant au cannabis.

Attendont le verdict….

 

Présents :

  • M. le président de séance
  • M. Fabrice Olivet, Auto-support des usagers de drogues (ASUD)
  • Mme Anne Coppel, ASUD
  • M. Jean-Marc Estève, Techno Plus
  • M.Florian Bureau, Techno Plus
  • M. Olivier Hurel, NORML France
  • M. Farid Ghehiouèche, Cannabis sans frontières
  • M. François-Georges Lavacquerie, Collectif d’information et de recherche sur le cannabis (CIRC)
  • M. Michel Sitbon, Cannabis sans frontières
  • M. Robin Reda, co-rapporteur
  • M. Alessandro Stella, ASUD
  • M. Éric Poulliat, co-rapporteur
  • M. Béchir Bouderbala, NORML France
  • M. Emmanuel Maillard, Cannabis sans frontières

 

La séance a été filmée, pour connaître les arguments de chacun, rendez-vous sur la chaine YouTube d’ASUD :

SUPPORT ! DON’T PUNISH. 2017 : JOURNÉE MONDIALE DE SOUTIEN AUX CONSOMMATEURS DE DROGUES

 

Lundi 26 Juin 2017 Paris Spot Beaumarchais, 51 Boulevard Beaumarchais 75003 : Aides, Techno+ et Asud s’unissent pour démontrer qu’une autre politique des drogues est possible.

Lundi 26 juin à 14 h00, trois associations imaginent la légalisation des drogues le temps d’un après- midi pour démontrer que la modification de conscience n’est pas nécessairement un problème mais peut parfois être une solution.

Légalisons toutes les drogues de consommation courante, le cannabis bien sûr, mais aussi l’héroïne et la cocaïne dans un système de distribution médicalisée.

Pourquoi ? Pas seulement parce que l’interdiction a démontré son inefficacité à limiter les abus et aggrave considérablement les risques sanitaires… Non. Légalisons parce que « le problème de la drogue » c’est nous, c’est vous, ce sont nos proches, nos parents, et parfois même nos grand parents, des millions de consommateurs discrets, anonymes ou cachés qui génèrent la demande exponentielle de produits stupéfiants.

Depuis 50 ans, la guerre livrée à la drogue repose sur un mythe : supprimer l’offre et vous résoudrez la question du « fléau de la drogue ». Ce mythe a cautionné la guerre livrée impitoyablement aux consommateurs les plus pauvres tout en épargnant hypocritement les plus fortunés, car la grande majorité d’entre eux- notamment de cannabis- ne rencontre pas de problèmes sanitaires ou sociaux, elle s’applique simplement à suivre à la lettre le célèbre adage « pour vivre heureux vivons cachés »

Le 26 juin est la Journée internationale de l’ONU contre les dommages causés par la guerre contre la drogue. http://supportdontpunish.org/fr/
Pour dénoncer à la fois l’hypocrisie et l’injustice qui caractérisent ce système, Aides, Techno + et ASUD vous proposent d’utiliser cette date symbolique pour visiter le Drugs Store, un espace convivial où pendant quelques heures nous vivrons le rêve d’une société avec drogues. Un espace où la modification de conscience sera abordée comme une solution et pas nécessairement un problème.

Le Drugs Store

Le Drugstore est un lieu « idéal » qui informe sur différentes modalités de consommation de drogues, une plongée dans « l’après-légalisation » afin de prouver tous les avantages qu’il y aurait à ne pénaliser ni l’usage ni la vente de stupéfiants. Le 26 juin 2017, de 14h00 à 18h00, plusieurs activités de consommation seront mises en scène pour

démontrer l’extrême banalité de ces pratiques mais aussi leur intérêt du point de vue de la santé publique et du mieux vivre ensemble.

Comme nos camarades l’ont déjà exprimé à Marseille le 11 avril 2017 nous demandons :

  • l’abrogation de la loi du 31 décembre 1970, la mise en place d’une politique ambitieuse de santé publique, d’un plan de conversion de l’économie souterraine et d’un référentiel de qualité des produits.
  • la légalisation de l’ensemble des substances aujourd’hui considérées comme illicites et leur accessibilité selon des modalités différenciées en fonction des produits.
  • Un accès facilité à l’usage du cannabis thérapeutique
  • Une réelle politique de soutien pour les associations d’usagers et de réduction des risques.

 

 

Infos & contact

Asud, Autosupport et réduction des risques parmi les usagers et ex-usagers de drogues

ASUD, Auto Support et réduction des risques parmi les Usagers de Drogues, est une association de personnes concernées par l’usage de substances illicites. Fondée en 1993 pour lutter contre l’épidémie de sida, ASUD est aujourd’hui engagée dans la réforme de la politique des drogues et dans la lutte contre toutes les conséquences négatives de la criminalisation de l’usage. Selon les régions, cette pratique se décline en simple groupe de parole, en Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques (CAARUD) , en interventions en milieux festifs, sans oublier la réalisation et la distribution du journal d’ASUD. ASUD est agrée par l’Etat pour représenter les personnes en traitement pour des questions relatives à l’usage de substances psychoactives (arrêté du 06 juillet 2012)

Site : www.asud.org Email : communication@asud.org Aides

Site : http://www.aides.org Techno+

Association de réduction des risques liés aux pratiques festive depuis 1995 dans les fêtes techno, festival, club en France et parfois dans des grands rassemblements en Europe. Association de militants, défendant la culture Techno et la mise en place d’une politique de réduction de risques liées à l’usage récréatif des drogues. C’est-à-dire une politique basée sur la responsabilisation des consommateurs et non sur l’interdit et la répression.

Site : https://technoplus.org Email : idf@technoplus.org Associations partenaires participantes :

Fondée par des patients en 2010 sous la forme d’un collectif, Principes Actifs est devenue une association légale en 2012.Parmi les adhérents, certains n’ont jamais fait usage de drogues, alors que d’autres ont eu des parcours difficiles avec celles-ci.

Créée en 1984, AIDES est l’une des plus importantes associations européennes de lutte contre le VIH et les hépatites.

AIDES est reconnue d’utilité publique depuis 1990. L’association vient de lancer son nouveau programme, 17

mesures pour mettre fin à l’épidémie VIH et hépatite. Pour aides la situation actuelle des usagers de drogues n’est

pas tenable. Plus d’infos sur la campagne Aides #Revendiquons2017

Nous revendiquons une facilitation de l’accès à tous les traitements existants, et préconisons l’autoproduction raisonnée en fonction des pathologies, en attendant un changement du cadre légal.
Notre présence se justifie par le fait qu’il existe des similarités dans nos parcours militants : la motivation des malades pour faire évoluer les choses, faciliter l’accès aux soins, les divers conseils objectifs et pragmatiques, toujours d’usagers à usagers, dans une démarche de réduction des risques appliquée à l’usage thérapeutique. Email : contact@principesactifs.fr Site : www.principesactifs.org

Le CIRC est une association loi 1901, fondée le 21 octobre 1991 qui a pour objet la collecte et la diffusion à but préventif de toute information relative au cannabis. Le CIRC réclame l’abrogation de l’article L.34 21-4 du Code de la santé publique. Le retrait du cannabis et de ses dérivés du tableau des stupéfiants. L’amnistie pour toutes les personnes victimes de ce classement inepte. L’ouverture d’un débat sur les modalités de la sortie de la prohibition des drogues.

Facebook: https://fr-fr.facebook.com/FederationCirc/

Médecins du Monde travaille depuis 1989 auprès des usagers de drogues. Dans les années 1990, l’association intervient plus spécifiquement en milieu festif, et depuis 2004 dans les squats, pour discuter des pratiques de consommation des drogues, proposer d’analyser les produits consommés et mettre à disposition du matériel de réduction des risques (kits d’injection, d’inhalation, préservatifs, etc.)

Site : http://www.medecinsdumonde.org

L’association Charonne se positionne en acteur de terrain mais aussi comme un vecteur d’innovation, toujours à la recherche d’une nouveauté à promouvoir au service des usagers, au service d’une meilleure prise en charge et d’un meilleur accompagnement.

Cherchant à garder une taille humaine, l’association n’hésite pas à mettre en avant les actions de ses partenaires institutionnelles. Il ne s’agit pas de se faire concurrence mais bien d’imaginer un futur moins difficile pour les usagers de drogues et pour les personnes en situation de précarité ou de prostitution.

Site : https://charonne-asso.fr/association/

 

 

 

 

 

 

 

Le 26 juin est de la Journée internationale des Nations Unies contre l’abus et le trafic de drogues – une journée pendant laquelle de nombreux gouvernements célèbrent leurs contributions à la guerre mondiale contre la drogue. Dans le passé, certains gouvernements ont même célébré cette journée en organisant des exécutions publiques ou des passages à tabac de personnes accusées de délits de drogues.

Soutenez. Ne Punissez pas est une campagne mondiale de plaidoyer visant à promouvoir de meilleures politiques des drogues qui mettent la priorité sur la santé publique et les droits humains. La campagne a pour but de promouvoir une réforme des politiques des drogues et de changer les lois et politiques qui entravent l’accès aux interventions de réduction des risques.

La Journée d’action mondiale offre une occasion importante aux participants de se saisir du message.

Le 26 juin est aussi la Journée internationale des Nations Unies pour le soutien aux victimes de la torture – une coïncidence ironique étant donne l’étendue de la torture et des abus infligés au nom de la guerre contre la drogue.

JOURNÉE D’ACTION MONDIALE DE 2017

L’une des activités principales de la campagne « SOUTENEZ. NE PUNISSEZ PAS », est une Journée d’action mondiale qui a lieu tous les ans le 26 juin.

Le 26 juin 2017 sera la 5ème Journée d’action. En 2013, 41 villes du monde entier ont pris part à la première Journée d’action mondiale. En 2014, 100 villes du monde entier ont organisé une multitude d’initiatives différentes. En 2015, 160 villes ont uni leurs forces pour appeler à la réforme de la politique en matière de drogues, et enfin, en 2016, des activistes de 125 villes se sont réunis dans le cadre de la campagne.

Que pouvez-vous faire cette année?

L’objectif de la Journée d’action mondiale est d’organiser des actions locales percutantes et visuellement symboliques. C’est à vous de décider de ces actions, en fonction de ce qui faisable et abordable, ce qui fonctionne le mieux dans le contexte local, et ce qui aura le plus grand impact. Ces actions peuvent regrouper 10 ou 20 personnes, et même plus de 100 personnes dans certaines villes. Nous espérons que les exemples provenant d’autres villes seront également des sources d’inspiration. Une des répercussions les plus significatives que la campagne peut avoir est d’attirer l’attention positive des médias et de sensibiliser aux enjeux de la campagne. Nous recommandons que les partenaires locaux contactent les médias locaux avant du 26 juin.

RESSOURCES

Une série de ressources pour vous aider à organiser votre journée d’action le 26 juin. Celles-ci comprennent :

  • Un guide détaillé avec des instructions étape par étape pour vous aider à planifier, promouvoir, mettre en œuvre et documenter votre événement.
  • Supports et outils de campagne (y compris des logos, dépliants, bannières, etc.).
  • Communiqués de presse et soutien

HTTP://SUPPORTDONTPUNISH.ORG/FR/

Bruits de couloir des Nations Unies, 60ème Commission des Stupéfiants

En marge des Forums sur les Régulations Légales de 2017 (une série déxpo et de conférences organisées en parallèle de la 60ème Commission des Stupéfiants des Nations Unies, il est demandé aux intervenants, officiels ou citoyens, de répondre à quatre questions simples sur le présent et le futur des politiques des drogues.

Leurs réponses en vidéo ci-dessous, et sous-titrées en français par l’équipe de l’association NORML France.

Sous-titres disponibles dans les vidéos…

 

Quelle est la conséquence des politiques des drogues qui soit le plus dommageable ?

 

Que devrait-on changer en priorité en terme de politiques des drogues ?

 

Les régulations légales sont-elles la solution ?

 

 

Comment voyez-vous l’avenir des politiques des drogues d’ici à 2030?

Ungass 2016 – la fin du consensus international

Georges Lachaze, notre envoyé spécial à l’Ungass 2016, garde un souvenir contrasté de l’organisation onusienne. Doit-on y déceler un message politique ? Ambiance.

De façon générale, les ONG sont invitées à assister aux débats onusiens. Très récemment, le secrétaire général adjoint des Nations unies, le directeur exécutif de l’Unodc ainsi que le président de la CND* et du bureau d’organisation de l’Ungass ont reconnu la nécessité d’intégrer la société civile au processus de préparation ainsi qu’aux débats, à titre consultatif. Applaudissements, roulades, pétards et cotillons.

Lorsque l’on associe ONU et New York, on pense immédiatement « professionnalisme » et « organisation ». De ce côté-là, grosse déception. Des inscriptions via des Google Docs dignes d’une kermesse d’école, des confirmations par simples emails impersonnels, et de vulgaires impressions papier distribuées quotidiennement de la main à la main en pleine rue ! Ni formulaire d’inscription sécurisé sur le site officiel de l’ONU, ni confirmation nominative avec référence de dossier, ni réception des participants. Nada, walou, que dalle. Juste une organisation entre la teuf à l’ancienne avec infoline et le dealer du « street corner ». On a presque cru qu’on rentrerait sur donation. Pour simplifier les choses, ce petit manège se répétait tous les matins de très bonne heure (le temps de faire la queue dans la rue). Mais ce n’est pas tout. Non seulement l’obtention des sésames relevait du parcours du combattant mais au fil des heures, le niveau d’accès de tous les pass diminuait. Que de perte de temps et d’énergie à courir après des tickets de tombolas pour se voir au final refuser l’accès à la moitié des tables rondes.

SUBTILEMENT OSTRACISÉS

Officiellement, ce verrouillage graduel était dû à la COP21. L’Ungass se clôturait la veille de la signature de l’Accord de Paris, et la sécurité était au niveau rouge carmin à pois fluo. Aussi bien l’Ungass que la COP21 étant prévues depuis des mois, il est plus que probable que le protocole de sécurité de ces évènements l’était tout autant. Pourquoi donc ces girouettes protocolaires ? Pourquoi un tel décalage entre ces deux évènements ? Une chose est sûre, la COP21 posait plus de problèmes à l’organisation parce que les chefs d’États faisaient le déplacement, ce qui n’était pas le cas pour l’Ungass. Saluons l’engagement en faveur de l’écologie et du développement durable, mais nous souhaiterions voir la même implication sur la politique des drogues. Ça en dit déjà long. De plus, si l’argument sécuritaire est l’explication de ces dysfonctionnements, quel crédit lui prêter quand les mesures mises en place sont des inscriptions non-sécurisés et des pass en papier falsifiables au Copy-Top du coin ?

Cette organisation n’a pas surpris que des novices comme nous. Même les habitués de ce genre de raouts étaient effarés. Lors d’un débriefing organisé par la Mildeca, Michèle Ramis (ambassadrice chargée de la criminalité organisée et membre de la délégation française présente à l’ONU) a déclaré que sur place, « les ONG ont été maltraités ». Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction, a qualifié la situation « d’ubuesque ». Était-ce juste une mauvaise organisation ou une volonté délibérée et sournoise de compliquer la vie des ONG ? Malheureusement, c’est bien l’impression d’avoir été subtilement ostracisés qui domine chez nous. Des incidents similaires ont émaillé le High-Level Segment sur le sida il y a quelques semaines, avec l’exclusion pure et simple de certaines ONG LGBT. C’est regrettable, car cela risque de tendre les relations entre officiels et société civile, qui commençaient à peine à se normaliser.

SÉMINAIRE EHESS 2016-2017 – Consommations et prohibitions de drogues : approche transversale

ASUD et l’EHESS lancent la saison 2 de leur cycle de séminaires «Consommations et prohibition des drogues : approches transversales». Pour la première, nous vous proposons une séance exceptionnelle d’ouverture avec des intervenants de haut vol, le mardi 11 octobre 2016, de 14h à 17h (gratuit).

11/10/2016 = De la guerre à la drogue aux nouvelles pistes de régulation

Ethan NADELMANN, Directeur de la Drug Policy Alliance : «Quelles stratégies de sortie de la prohibition ? L’exemple du continent américain»

Marsha ROSEMBAUM, sociologue, Directrice émérite de l’Office of the Drug Policy Alliance de San Francisco : «Just say Know. Apprendre à consommer»

Discutante : Anne COPPEL, sociologue

Ethan Nadelmann est directeur de la Drug Policy Alliance (DPA), branche la plus active de l’Open Society Foundations. La DPA est à l’origine du puissant aggiornamento qui se déroule actuellement aux Etats Unis en matière de politique des drogues. Ethan Nadelmann remet en question les principes de la Guerre à la drogue en plaidant pour une politique de réduction des risques. Très influent auprès des membres de la Global commission on drug policy, il est sans doute aujourd’hui une des personnalités les plus en vue en matière de réforme de politiques des drogues aux Etats Unis.

Marsha Rosenbaum, sociologue de la santé, est directrice émérite du bureau de San Francisco de la Drug policy alliance, où elle dirige les recherches sur les consommations de drogues chez les jeunes et les femmes. Outre trois ouvrages importants (Women on Heroin ; Pursuit of Ecstasy: The MDMA Experience, with Jerome E. Beck ; Pregnant Women on Drugs: Combating Stereotypes and Stigma, with Sheigla Murphy), elle est aussi l’auteur de nombreux guideline (outils de prévention, éducation à la santé) et contribue aux recherches sur la légalisation du cannabis en Californie.

Anne Coppel, sociologue, s’est spécialisée dans le champs des drogues depuis la fin des années 80, en menant de front recherches de terrain et actions expérimentales (Bus des Femmes 1990, mise en place de trois programmes méthadone 1990, 1993 et 1995). Face à l’épidémie de sida, elle a contribué à la politique de santé publique de réduction des risques liés à l’usage de drogues et au débat public sur la politique des drogues. Principales publications : «Le Dragon domestique, deux siècles de relations étranges entre la drogue et l’Occident», avec Ch. Bachmnn, Albin Michel 1989 ; Peut-on civiliser les drogues ? De la guerre à la drogues à la réduction des risques, La Découverte, 2002 ; Sortir de l’impasse, pour des alternatives à la prohibition, avec O. Doubre, La Découverte, 2012.

Lieu

EHESS (Salle Denys Lombard)
96, boulevard Raspail
75006 Paris

Support ! Don’t Punish. 2016 : Journée mondiale de soutien aux consommateurs de drogues

Le 26 juin est de la Journée internationale des Nations Unies contre l’abus et le trafic de drogues – une journée pendant laquelle de nombreux gouvernements célèbrent leurs contributions à la guerre mondiale contre la drogue. Dans le passé, certains gouvernements ont même célébré cette journée en organisant des exécutions publiques ou des passages à tabac de personnes accusées de délits de drogues.

La Journée d’action mondiale offre une occasion importante aux participants de se saisir du message.

Le 26 juin est aussi la Journée internationale des Nations Unies pour le soutien aux victimes de la torture – une coïncidence ironique étant donne l’étendue de la torture et des abus infligés au nom de la guerre contre la drogue.

 Le 26 juin 2016 sera la 4ème Journée d’action organisée jusqu’à présent. Le 26 Juin 2013, 41 villes du monde entier ont pris part à la première Journée d’action mondiale. En 2014, 100 villes du monde entier ont organisé une multitude d’initiatives différentes. Et en 2015, 160 villes ont uni leurs forces pour appeler à la réforme de la politique en matière de drogues.

Portail Support Don’t Punish France

Que pouvez-vous faire cette année?

L’année 2016 est une année marquante pour la politique en matière de drogues – avec la session extraordinaire de l’Assemblée générale de l’ONU sur les drogues (UNGASS) en avril et la Réunion de haut niveau des Nations Unies sur le VIH/sida début juin. Mais une fois ces réunions terminées, la Journée d’action mondiale du 26 juin offre une occasion idéale de mettre en évidence les résultats et promouvoir la réforme des politiques et la réduction des risques au niveau local.

L’objectif de la Journée d’action mondiale est d’organiser des actions locales percutantes et visuellement symboliques. C’est à vous de décider de ces actions, en fonction de ce qui faisable et abordable, ce qui fonctionne le mieux dans le contexte local, et ce qui aura le plus grand impact. Ces actions peuvent regrouper 10 ou 20 personnes, et même plus de 100 personnes dans certaines villes. Nous espérons que les exemples provenant d’autres villes seront également des sources d’inspiration. Une des répercussions les plus significatives que la campagne peut avoir est d’attirer l’attention positive des médias et de sensibiliser aux enjeux de la campagne. Nous recommandons que les partenaires locaux contactent les médias locaux avant du 26 juin.

Nous vous demandons simplement de relier vos actions à la campagne mondiale en utilisant le logo « SOUTENEZ. NE PUNISSEZ PAS ». Cela peut être sur des T-shirts, bannières, affiches, rapports ou autres supports.

Cela nous permet de relier les différentes actions locales et de démontrer qu’elles font toutes partie d’un effort mondial coordonné. Dans de nombreuses villes, vous pouvez également décider d’utiliser le logo « SOUTENEZ. NE PUNISSEZ PAS » à côté de celui de votre organisation, de ceux de vos partenaires, et d’autres campagnes.

Si vous cherchez des idées, regardez ce qui a eu lieu en 2013, 2014 et 2015!

Ressources

Une série de ressources pour vous aider à organiser votre journée d’action le 26 juin. Celles-ci comprennent :

  • Un guide détaillé avec des instructions étape par étape pour vous aider à planifier, promouvoir, mettre en œuvre et documenter votre événement.
  • Supports et outils de campagne (y compris des logos, dépliants, bannières, etc.).
  • Communiqués de presse et soutien

http://supportdontpunish.org/fr/

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Appel du 18 joint 2016 : 40 ans que dure !

En 1993, le CIRC (Collectif d’Information et de Recherche Cannabique) réactivait l’Appel du 18 joint, lancé en 1976 par quelques fougueux journalistes de Libération et d’Actuel, une initiative qui demandait « la dépénalisation totale du cannabis, de son usage, de sa possession et de sa culture. »

Quarante ans plus tard, le texte de l’Appel n’a, hélas, rien perdu de son actualité. Alors que la société a radicalement changé et que les mœurs ont évolué, la loi votée en 1970 n’a cessé, elle, de se durcir. Comme le notait le texte originel, le discours stigmatisant sur le cannabis « permet de maintenir et de renforcer une répression de plus en plus lourde… Des arrestations massives de jeunes… ». Une politique qui « justifie la détention de centaines de personnes… des emprisonnements qui frappent en priorité la jeunesse » issue des quartiers populaires et de l’immigration.

Aujourd’hui, force est de constater que la répression du cannabis a coûté très cher et attisé les flammes de l’incendie qu’elle était censée éteindre en dynamisant le trafic et en multipliant le nombre de consommateurs.

Le cannabis n’est pas interdit parce qu’il pose un problème de santé publique, mais principalement pour des raisons culturelles et politiques.

Outre-atlantique, dans le pays qui a mené une guerre acharnée contre « la drogue », la moitié des États ont légalisé le cannabis thérapeutique et plusieurs d’entre eux ont réglementé sa production, sa distribution et sa consommation récréative, ouvrant la voie à une nouvelle économie florissante… Aujourd’hui, les nombreux pays qui ont assoupli leur législation s’en félicitent.

En France comme partout en Europe, et quelle que soit la législation, l’économie du cannabis se manifeste par la présence de centaines de commerces proposant tout le matériel nécessaire (et parfois des graines), pour s’adonner en toute sérénité à la culture domestique du cannabis. Une activité qui génère déjà des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects, lesquels se multiplieront le jour où nos députés daigneront admettre que la consommation de cannabis est intégrée dans nos mœurs et qu’il faut l’encadrer.

Il ne s’agit donc plus désormais de débattre sur la pertinence de la prohibition, un échec indiscutable, mais de travailler sur une alternative qui redonnera au cannabis sa liberté et à ses usagers leur dignité.

Parce que le cannabis est un sujet trop complexe pour être laissé aux seuls politiciens, le CIRC appelle les associations, les personnalités du monde artistique, médiatique, sportif et les simples citoyen(ne)s, à s’emparer du sujet.

Par le présent appel, nous exigeons du gouvernement qu’il abroge l’article L.3421-4 du Code de la Santé Publique punissant la « présentation sous un jour favorable des stupéfiants », mesure nécessaire pour permettre la tenue d’états généraux réunissant institutions et associations afin d’engager une réflexion sur la sortie de la prohibition du cannabis.

Appel 18 joint
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PARIS, LYON, TOULOUSE, LILLE, NANTES, SAINT LEU (Réunion) et ailleurs… toutes les infos ici !

Séminaire – Visibilité des usages et spécificités des territoires – un lien social « sous contraintes » ?

ASUD a participé au comité de pilotage de ce séminaire organsié par l’IREPS Rhône-Alpes et la Fédération Addiction.

Le 17 juin, au 29 rue Gauthey, 75017 Paris

En quoi la médiation sociale est-elle un outil pour mettre ces maux en mots ? Comment vient-elle se conceptualiser, s’inscrire, s’incarner dans les pratiques des intervenants ?

Que tirer des innovations numériques, de l’habitat alternatif intégré aux villes, des initiatives en milieu rural, comme leçon sur l’évolution de nos sociétés et de vos pratiques ?

Que viennent nous dire l’essor des consommations et des innovations sociales en même temps, sur notre manière d’habiter l’espace public ? Quelle est la spécificité des actions sur les questions de consommations dans ces contextes ?

Venez nous parler de vos pratiques !

Programme

  • En matinée, les temps de plénière viseront à donner de premiers éléments de définition des outils du vivre-ensemble, et de la médiation, en tant que mission ou de vision du vivre-ensemble. Ils proposeront aussi plusieurs illustrations de sa mise en pratique, en France et en Europe.
  • L’après midi, vous serez invités à vous réunir en ateliers pour partager votre expérience et vos enjeux, et pour commencer à proposer des pistes de travail pour l’avenir.

Séminaire Lien social1

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6e Rencontres Nationales de la Fédération Addiction

ASUD participe aux 6èmes rencontres de la FA à Marseille les 9 et 10 juin.

Atelier : De la citoyenneté à la clinique : quelle participation des usagers ?

Le 10 juin à 9h

  • Catherine Étienne, Consultante spécialisée sur les questions de la participation des personnes accompagnées, Membre de l’Association Anda DPA
  • Georges Lachaze, Coordinateur ODU, ASUD (75)
  • Marie Gutowski, Chargée de mission, ASUD «Mars Say Yeah» (13)
  • Jean-Marc Dupraz, Chargé des relations publiques, Narcotiques Anonymes
  • Susie Longbottom, Directrice, Communauté Thérapeutique d’Aubervilliers, Association Aurore (75)
  • Allison Simonds, Médiateur santé pair, programme « Un chez soi d’abord » (75)

Conférence : La réduction des risques aujourd’hui, quel état des lieux du point de vue des usagers ?

le 10 juin à 11h

  • Projection d’un film de 52 minutes, RdR tome 2 « les outils de demain », produit par ASUD et réalisé par Laurent Appel et  Philippe Lachambre, suivi d’un débat

Président discutant : Martine Lacoste, Directrice de Clémence Isaure (31)
Intervenants :

  • Béatrice Stambul, Psychiatre, CH Montperrin, MDM, Présidente d’ ASUD Say Yeah (13)
  • Fabrice Olivet, Directeur Asud (75)
  • Véronique Garguil, Psychologue,CSAPA pôle d’addictologie, CH Charles Perrens (33)

Marche Mondiale du Cannabis 2016 le 7 mai partout dans monde sauf à Paris, le 14 mai

15ème édition de la Marche Mondiale du Cannabis.

Il est temps que les perceptions sur le cannabis changent et que cessent les discriminations dont sont victimes les usager-e-s du cannabis.

Il est urgent d’ouvrir les yeux sur la catastrophe engendrée par une loi adoptée il y a quarante cinq ans, et d’avoir le courage d’ouvrir le débat qui s’impose afin d’améliorer les résultats des politiques de santé et de sécurité publiques !

https://youtu.be/LyaQbd4x20g

Revendications citoyennes :

  • Dépénalisation de la consommation, de la possession et de l’autoproduction pour usage personnel
  • Information cohérente et objective sur les effets et les pratiques de consommation réduisant les risques
  • Prévention pragmatique et ciblée en direction des mineurs et des usagers en difficulté
  • Prescription de cannabis dans un cadre thérapeutique
  • Régulation de la production, de la distribution et de la consommation de cannabis protégeant aussi bien le consommateur que l’ensemble de la société, et développement des Cannabis Social Clubs.
  • Réforme de la politique française en matière de cannabis et ouverture d’un débat public pour réformer les lois issues de la loi du 31 décembre 1970
  • Possibilité pour les usagers de se regrouper et d’organiser des filières courtes de production, de distribution, ainsi que l’usage social dans des lieux adéquats

 La marche a lieu partout dans le monde le 7 mai mais aura lieu à Paris le 14 mai. Retrouvez toutes les informations pratiques, y compris le Kit pour organiser une marche dans votre ville, sur le site de la Marche Mondiale du Cannabis en France : mmcannabis.fr

CDPcommun-MMC2016-12mai

Marche mondiale du cannabis 2016<\p>

Communiqué : Mauvaise passe pour l’UNGASS ?

La session extraordinaire de l’Assemblée Générale des Nations Unies sur les drogues (UNGASS) s’apprête à se clôturer à New York, après trois jours de débats. À cette occasion, la plateforme internationale des ONG françaises publie un communiqué de presse.

Le document final adopté mardi présente des avancées et les discours politiques expriment les évolutions notables de positions qui ne sont pas contenues dans ce document : changement de paradigme, régulation, dépénalisation, réduction des risques, écoute, dialogue, approche centrée sur l’humain…. Les choses évoluent, même si des pays continuent à maintenir des positions figées sur le thème éculé de la « guerre à la drogue », et que, selon les mots du groupe d’experts de l’ONU sur les Droits de l’Homme, la déclaration de l’UNGASS « continue à faire sien le concept dommageable d’un monde sans drogues ».

La place de la société civile, mise en avant dans une majorité de discours nationaux, contraste avec leur accueil depuis trois jours sous forme d’une grande chasse au pass, organisée à coup de mails et de changements d’adresse pour aller récupérer des pass valables une seule journée et pour une seule salle, sur des horaires strictes, l’ONU décidant à la place des participants à quels événements ils pouvaient participer. Ces pass sont finalement distribués sur les trottoirs des rues avoisinantes (cf. les photos tweetées par les ONG).

Une telle désorganisation venant du siège des Nations Unies à New York, pourtant habitué à l’organisation de telles sessions nous laisse dubatif. Symptôme d’une difficulté de l’ONU à s’ouvrir?

Dès le commencement des négociations en vue de l’UNGASS — CND 2015 et 2016 — la société civile n’a pu que constater le manque de transparence des débats et l’opacité du processus.

Pour nos ONG qui ont investi depuis parfois des années les travaux pré-UNGASS, force est de reconnaître l’écart désastreux — et non sans conséquences — entre le discours et les actes.

Espérons que pour 2019, le prochain grand rendez-vous international sur la question des drogues, les instances onusiennes et ses états membres fassent preuve de plus de cohérence : la société civile peut apporter plus qu’un seule faire valoir au processus diplomatique.

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Contacts Presse :

  • Marie Nougier, IDPC : +44 78 07 07 76 17
  • Kenzi Riboulet, FAAAT : +33 6 24 50 84 79
  • Georges Lachaze, ASUD : +33 6 63 08 99 84
  • Nathalie Latour, Fédération Addiction : +33 6 12 21 07 25
  • Antoine Henry, AIDES : +33 6 10 41 23 86

Le débrief de l’envoyé d’ASUD à l’UNGASS

https://youtu.be/Rmrbzb_NbFM

Avril 2016 : Session Spéciale de l’Assemblée Générale des Nations Unies

Le débrief de l’envoyé d’ASUD à l’UNGASS

https://youtu.be/Rmrbzb_NbFM

Du 19 au 21 avril, une Session Spéciale de l’Assemblée Générale des Nations Unies (UNGASS) se tiendra à New York. Elle sera dédiée à la question des politiques en matière de drogues. L’Assemblée Générale est le plus haut organe représentatif et d’élaboration de politiques des Nations Unies (ONU) et ses rares Sessions Spéciales se centrent sur des sujets pertinents à la demande des Etats membres. L’UNGASS sur les drogues a le potentiel d’être un débat ouvert et réformateur sur le système international de contrôle des drogues – mais beaucoup de travail reste à accomplir pour s’assurer qu’elle atteindra ce potentiel.

Le Consortium International sur les Politiques des Drogues (IDPC) est un réseau mondial de plus de 120 organisations de la société civile regroupées pour promouvoir un débat objectif et ouvert sur les politiques nationales et internationales en matière de drogues. Ce document souligne les cinq « demandes » principales que les membres du Consortium chercheront à promouvoir d’ici 2016. Ces « demandes » ont été développées par le biais de consultations parmi les membres de l’IDPC, et chacune d’entre elle sera l’objet de documents plus détaillés dans les mois prochains :

  • DEMANDE 1: Assurer un débat ouvert et inclusif
  • DEMANDE 2: Redéfinir les objectifs des politiques en matière de drogues
  • DEMANDE 3: Soutenir l’expérimentation et l’innovation politiques
  • DEMANDE 4: Mettre un terme à la pénalisation des populations les plus touchées
  • DEMANDE 5: S’engager à une approche de réduction des risques

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ONU 2016 : Lettre ouverte à Ban Ki-Moon pour en finir avec la guerre aux drogues

Communiqué de Presse
ONU 2016 : des milliers d’appels à l’échelle mondiale pour en finir avec la guerre aux drogues

Des milliers de personnalités, leaders, individus et associations à travers le monde lancent, à la veille de la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur les drogues (UNGASS) du 19 au 21 avril 2016 à New York, un vibrant appel pour en finir avec la guerre aux drogues. En Suisse, la Fédération des professionnels des addictions a relayé le mouvement : près de 2400 personnes, dont des dizaines de personnalités, ont signé une pétition à l’intention du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon afin qu’il exhorte les gouvernements à l’abandon irrévocable d’une approche désastreuse héritée des années 70.

A quelques jours du sommet mondial sur les drogues, la société civile lance une pétition mondiale invitant le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, à mettre un terme à 50 ans de politiques drogues basées sur la répression, lui qui exhortait en 2015 les gouvernements à le faire en considérant toutes les options possibles. Partie des États-Unis sous l’impulsion de la Drug Policy Alliance, elle est soutenue par d’anciens présidents (Suisse : Ruth Dreifuss, Brésil : Fernando Henrique Cardoso, etc.) mais aussi des artistes (Sting, Peter Gabriel, Michael Douglas, etc.), des intellectuels, des politiques et des top managers (dont Bernard Kouchner, Sir Richard Branson, Warren Buffett). En Suisse, près de 400 personnes dont une soixantaine de personnalités parmi lesquelles Barbara Gysi, Dick Marty, Rolin Wavre, Luc Recordon ont rejoint le mouvement. Il est inadmissible que les médicaments contre la douleur ou les soins palliatifs soient encore refusés dans certains pays parce qu’ils contiennent des drogues. Il est tout aussi inconcevable que des milliers de personnes continuent de mourir par overdose ou sont infectées par le VIH ou d’autres maladies transmissibles. L’abandon de la peine de mort pour consommation ou détention de drogue fait également partie des priorités de la session. Plus de 60% des exécutions capitales à travers le monde sont encore liées à la drogue.

L’UNGASS 2016 s’intitule « Vers la réalisation des objectifs de 2019 ; un meilleur avenir pour les générations futures ». Ce sommet est le premier sur les drogues depuis 20 ans. Sa date a été avancée de trois ans à la demande de plusieurs pays d’Amérique du Sud devenus, à l’instar d’autres États, très critiques sur les politiques de répression inspirées des conventions onusiennes. Dans l’urgence, l’UNGASS 2016 a été convoquée afin de débattre des enseignements passés et parvenir à une meilleure adéquation entre santé publique, sanction et régulation des marchés pour la prochaine session de 2019.

Il y a près de 20 ans, l’UNGASS 1998 avait pour slogan « Un monde sans drogues, nous pouvons le faire ». En 2009, les États membres adoptaient un plan d’action visant à réduire les marchés des drogues. En 2011, le retentissant rapport de la Commission mondiale pour la politique des drogues, qui réunit notamment Ruth Dreifuss et Kofi Annan, constatait l’échec total des pratiques fondées sur la répression. Entretemps, plusieurs Etats ont assoupli en solo leur législation. On est encore loin d’une politique globale et concertée. Il incombe à l’UNGASS 2016 d’enclencher un mouvement irréversible vers des politiques drogues plus humaines et plus efficaces.

Contacts Presse :

  • Christian Andréo, AIDES
  • Georges Lachaze, ASUD, 06 63 08 99 84.
  • Nathalie Latour / Laurène Collard, Fédération Addiction, 06.12.21.07.25 / 06.15.26.35.95

Les associations françaises s’engagent en faveur de la santé et des droits humains à la Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur les drogues (UNGASS) du 19 au 21 avril 2016 à New York. Elle se sont constituées en plateforme commune il y a trois ans pour dialoguer avec la diplomatie française et les médias.

Lettre ouverte à Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU.

Son Excellence
Monsieur Ban Ki-moon
Secrétaire général
Organisation des Nations Unies
First Avenue at 46th Street
New York, NY 10017
USA

Monsieur le Secrétaire général,

À l’occasion de la Session extraordinaire de l’Assemblée Générale des Nations Unies (SEAGNU/UNGASS) sur le problème des drogues dans le monde qui aura lieu à New-York du 19 au 21 avril 2016, nous en appelons à votre autorité afin de soutenir une réforme globale de la politique de contrôle du marché des drogues.

Le régime du contrôle des drogues qui a émergé durant le siècle dernier a eu des conséquences désastreuses sur la santé, la sécurité et les droits humains. Cette politique, axée essentiellement sur la criminalisation et la répression, a créé un vaste marché illicite qui a directement contribué à enrichir le crime organisé, à corrompre des gouvernements, à alimenter une explosion de la violence, à perturber les marchés économiques et à pervertir les valeurs morales de base.

Les gouvernements des États membres ont alloué des ressources disproportionnées à cette politique répressive, au lieu de les consacrer à l’amélioration de la condition humaine. Des dizaines de millions de personnes, pour la plupart vivant dans la pauvreté et issues de minorités raciales et ethniques, ont été incarcérées à cause des lois répressives sur les stupéfiants, en grande partie pour des infractions mineures et sans acte de violence lié. Ces incarcérations n’apportant que très peu de bénéfice en termes de sécurité publique. Avec ces lois prohibitionnistes, les problèmes d’infection au VIH/SIDA, d’hépatites et d’autres problèmes de santé liés à la consommation de drogues se sont rapidement développés entravant les efforts des politiques de santé publique, en particulier dans le champ de la réduction des risques.

Au 21e siècle, l’humanité mérite mieux qu’une politique drogues aussi inefficace et contreproductive que celle du siècle précédent. Une nouvelle réponse globale à la question des drogues est nécessaire. Elle doit se fonder sur la science, la compassion, la santé et les droits humains. La répression et la justice pénale devraient se limiter à leur rôle respectif, à savoir garantir la santé et la sécurité. Ceux qui reconnaissent que l’usage des drogues est d’abord et avant tout une question de santé, doivent assumer leur rôle et promouvoir une nouvelle approche. Les efforts pour contrôler les drogues ne doivent pas faire plus de mal que de bien, ni causer plus de dommages que l’usage de drogues lui-même.

Nous sommes encouragés par des développements positifs partout dans le monde depuis la dernière session spéciale des Nations Unies en 1998. Des programmes de réduction des risques (fondés scientifiquement) pour contenir la propagation du VIH/SIDA ou d’autres infections, le traitement des addictions ou encore la réduction de la criminalité liée à la drogue sont maintenant en cours dans presque une centaine de pays.

Un nombre toujours plus important de villes, d’États et de gouvernements nationaux ne considèrent plus l’usage et la possession de drogues comme des crimes. Certains sont en train de régulariser légalement la consommation de cannabis à des fins médicales et même non médicales. Beaucoup reconnaissent la nécessité de rendre les médicaments essentiels disponibles, en particulier pour la douleur et les soins palliatifs dans les pays à faible revenu. Cependant, des réformes bien plus importantes et plus systémiques sont essentielles.

Monsieur le Secrétaire général, nous avons été stimulés par vos déclarations de l’année passée, où vous avez exhorté les gouvernements à saisir l’opportunité de la SEAGNU (UNGASS) « pour participer à un grand débat ouvert qui permette de considérer toutes les options possibles ». Malheureusement, ceci ne s’est pas encore produit dans les cercles restreints du système des Nations Unies. Votre leadership est maintenant nécessaire pour nourrir les graines de cette réforme, et éviter qu’elle soit rejetée, et pour permettre à cette étape de conduire véritablement à une réforme profonde et globale des politiques drogues.

1172 personnes ont co-signé cette lettre de par le monde.

Signataires en France :

  • Patrick Aeberhard – Former President, Doctors of the World (Médecins du monde) – France, Europe
  • Jean-Pierre Couteron – Chairman, Federation Addiction – France, Europe
  • Jean Pierre Daulouede – Director, Bizia – France, Europe
  • Bernard Kouchner – Former Minister of Foreign Affairs, France – France, Europe
  • KShoo – Spokesperson and co-founder, Federation of CIRCs (Collective for Information and Research into Cannabis) – France, Europe
  • Georges Lachaze – Project Manager, ASUD (Self Support of Drug Users) – France, Europe
  • Fabienne Lopez – President, Principes Actifs – France, Europe
  • Fabrice Olivet – Director, ASUD (Self Support of Drug Users) – France, Europe

La liste complète des signataires est disponible sur www.drugpolicy.org/ungass2016/full

Audition Publique 2.0 sur la Réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives

Les 7 et 8 avril 2016, la Fédération Française d’Addictologie a organisé une audition publique 2.0, retransmise en direct sur internet, sur la Réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives pour faire le point sur les pratiques professionnelles existantes et sur les enjeux à venir.

15 recommandations pour un changement d’orientation de la politique des drogues en France

  1. Le développement de la RdRD passe par la dépénalisation de l’usage et donc par la révision de la loi de 1970 qui est en conflit avec la loi de santé publique de 2016. La dépénalisation de l’usage doit s’accompagner d’une réflexion sur la régulation des marchés des produits licites et illicites et sur les mesures à mettre en œuvre.
  2. Préparer et organiser un débat sociétal, en lien avec les collectivités territoriales, sur les enjeux des addictions et de la stratégie de RdRD.
  3. Valoriser les expériences existantes des usagers des groupes d’auto-support et des associations d’entraide. Renforcer les capacités des associations d’usagers dans le champ des drogues licites ou illicites afin de pouvoir agir dans un cadre légal et d’avoir des moyens pour s’organiser et être des interlocuteurs des pouvoirs publics.
    Ces changements de pratiques doivent être fondés avant tout sur le rôle central des usagers. Valoriser leurs compétences et savoir-faire au travers d’un statut ouvrant à droits et rémunérations.
  4. La perspective gradualiste suppose la mise en réseau d’acteurs aussi différents que la police, la justice, l’éducation, l’insertion sociale, la santé. Développer des compétences partagées sur les problématiques liées aux usages, sur la philosophie et les outils de la RdRD.
  5. Les professionnels du soin et de la santé (médecins généralistes et hospitaliers, pharmaciens, psychologues, infirmiers, sages-femmes, travailleurs sociaux, etc.) doivent intégrer la philosophie de la RdRD dans l’ensemble de leurs pratiques y compris au-delà du champ des addictions.
  6. Rapprocher les CSAPA et CAARUD dans leurs cultures et leurs pratiques, et développer la confiance réciproque.
    • Mieux intégrer les usagers dans le fonctionnement (pairs-aidants)
    • Mieux intégrer les usagers dans la gouvernance des structures (conseils d’administration et comités de pilotage) 
  7. Ouvrir des espaces de consommation à moindre risque au sein des lieux existants (CAARUD et CSAPA) et mettre en place un dispositif d’analyse des produits consommés après étude des besoins et en respect du cahier des charges national.
  8. Développer des programmes et des actions de RdRD destinés à des publics peu pris en compte actuellement comme les jeunes, les femmes, des personnes privées de liberté, des migrants, des seniors…
  9. Dans le domaine du tabagisme, la cigarette électronique est un outil complémentaire de la réduction des risques qui permet à une partie non négligeable de ses utilisateurs de réduire significativement les effets délétères de la combustion du tabac. Cet outil nécessite une nouvelle approche de développement, d’évaluation et de recherche.
  10. Encourager la recherche académique à travers le développement d’études participatives fondée sur la reconnaissance de savoirs expérientiels des usagers.
  11. Mise en place d’un organisme indépendant destiné à la gouvernance et au financement des recherches autant académiques que venant du terrain et des usagers sous une forme à élaborer, tenant compte de l’existant.
  12. Rendre effectivement accessibles les approches et les outils de RdRD dans les lieux de privation de liberté (établissements pénitentiaires et psychiatriques).
  13. Agir sur la prévention en tenant compte du pouvoir délétère des lobbyings au niveau français et européen en régulant l’accessibilité aux boissons alcoolisées, en encadrant la publicité et en évitant de laisser à l’industrie cigarettière une influence excessive sur la réglementation des produits de remplacement.
  14. Mieux prendre en compte les familles dans les problématiques générales des usagers, y compris dans les dispositifs de RdRD.
  15. Analyser et proposer des réponses à la problématique de l’épuisement professionnel dans les structures spécialisées.

Lire le Rapport complet d’orientation
et les Recommandations de la commission d’audition
Rapport Audition Publique FAA 2016

Les vidéos, les rapports et les diaporamas des experts

En quoi et jusqu’où la RdRD est-elle un nouveau paradigme dans le champ des conduites addictives ?

Quelles définitions des conduites addictives, des risques et de la RdRD ? Quels en sont les principes fondateurs et les objectifs aujourd’hui ?

En quoi la RdRD est-elle un nouveau paradigme ? La place originelle déterminante des usagers est-elle antinomique de son institutionnalisation ?

Quel périmètre et quelles limites doit avoir la RdRD (vision internationale) ? Doit-elle porter sur la demande (les usages) ou intervenir aussi sur l’offre (l’accès aux produits et leur qualité) ?

Quels sont les différents modèles de RdRD ? Quelle place la RdRD doit-elle avoir dans l’ensemble des interventions et dans la politique des drogues et des addictions en France ?

  • Marie Jauffret-Roustide texte

Quelles sont les données probantes sur l’efficacité de la RdRD ?

Quelles connaissances avons-nous sur l’efficience/l’efficacité des politiques de RdRD qui se sont développées à l’étranger et en France depuis une trentaine d’années ?

La RdRD est-elle efficace et quelles sont ses limites en matière de drogues illicites ?

La RdRD est-elle efficace et quelles sont ses limites en matière d’alcool ?

La RdRD est-elle efficace et quelles sont ses limites en matière de tabac ?

La RdRD est-elle efficace et quelles sont ses limites en matière d’addiction sans produit ?

La RdRD est-elle efficace et quelles en sont les limites en matière d’addiction aux médicaments psychotropes et de polyconsommations ?

  • Maurice Demattéis texte

Comment organiser/soutenir des recherches et des évaluations multidisciplinaires dans le domaine de la RdRD qui aident le développement des pratiques et qui tiennent compte de ce qui est déjà étudié à l’étranger ?

La RdRD nécessite-t-elle de nouvelles pratiques et de nouveaux outils ?

En quoi les pratiques de RdRD peuvent-elles s’intégrer dans les stratégies de prévention et de soin et les améliorer, dans tous les secteurs des addictions ? Quelle place des usagers dans ces modalités d’action ?

Faut-il distinguer des lieux et des acteurs en fonction des modalités d’action (qui fait quoi en matière de RdRD) ? Comment faire de la réduction des risques dans les lieux de traitement ? En centres résidentiels de soins ? En hébergement social ? En prison ?

Comment prendre en compte les phénomènes émergents (nouveaux produits de synthèse, nouveaux publics…) et trouver des réponses adaptées ? Comment permettre au dispositif de RdRD de s’actualiser/s’adapter en permanence en fonction de l’évolution des usages et des problèmes liés aux usages ?

Comment intégrer, dans les pratiques, l’accompagnement et les outils de la consommation à moindre risque ?

Quels outils de RdRD sont adaptés pour intervenir précocement, dès les premiers usages, auprès des jeunes usagers, en particulier les mineurs ?

Quelles sont les conditions nécessaires au développement de la RdRD ?

En quoi l’évolution de la société moderne influe-t-elle sur les phénomènes d’addictions et leurs traitements ?

Comment permettre aux usagers et à leurs associations de jouer un rôle moteur dans la définition et l’application des stratégies de RdRD ?

Comment organiser le dispositif de prévention, de RdR et de soins, pour qu’il intègre la RdRD et propose des espaces différenciés mais sans les cloisonner ?

En quoi le cadre légal et réglementaire actuel est ou n’est pas un obstacle à la RdRD ? Quelles en seraient les évolutions souhaitables pour favoriser la RdRD ?

Comment modifier les représentations de l’opinion publique et valoriser l’intérêt général de développer la RdRD ?

Rapport du Groupe bibliographique

Présentation de l’audition publique 2.0

Les pratiques professionnelles en matière de prévention et de soins dans le champ des conduites addictives connaissent de profonds changements depuis une dizaine d’années. Un « changement de paradigme » lié essentiellement au développement et à l’intégration de la Réduction des Risques et des Dommages (RdRD) qui vise en priorité à prévenir et à diminuer les conséquences négatives, sanitaires et sociales des conduites addictives. Au-delà des méthodes, ce sont les fondements et les objectifs de l’intervention socio-sanitaire, jusque-­là centrés sur l’abstinence, qui sont interrogés.

L’importance des questions que soulève cette évolution, ses retentissements sur les pratiques, les politiques de santé et les articulations avec les autres champs (formation, éducation, justice, etc.), ses enjeux de cohérence et d’appropriation par l’opinion publique ont conduit la Fédération Française d’Addictologie à juger particulièrement nécessaire la tenue d’une Audition Publique sur ce thème.

Selon la méthodologie proposée par la Haute Autorité de Santé qui accompagne son organisation, cette Audition Publique s’est déroulée les 7 et 8 avril 2016 au Ministère de la Santé à Paris, au cours de laquelle sont intervenus une trentaine d’experts chargés de présenter publiquement leurs réponses à des questions définies par le Comité d’Organisation. Une Commission d’Audition de composition large et diversifiée a été chargée d’en tirer des conclusions et des recommandations.

Télécharger le Livret de l’Audition Publique 2.0 RdRD
(programme et rapports des Experts et du Groupe bibliographique).

BANDEAU Audition publique RdRD 2016

Nice people…

La bannière étoilée, le shérif planétaire inventeur de la guerre à la drogue, offre de consommer du cannabis dans un cadre thérapeutique dans vingt États et légalise la fumette dans six autres. Plus au Sud, c’est la totalité des pays d’Amérique latine qui ont peu ou prou abandonné la répression de l’usage au profit de politiques allant de la simple dépénalisation à la régulation publique du marché, comme en Uruguay. Enfin, pour boucler ce tour d’Amérique, c’est au Canada, sous la houlette de son charismatique Premier ministre, Justin Trudeau, de proposer du « pot » légal aux autochtones d’ici la fin 2016.

En Europe aussi, même si on se donne beaucoup de mal pour ne pas en avoir l’air, les rats quittent le navire du prohibitionnisme dur. Après les Pays-Bas, l’Espagne, la Tchéquie et le Portugal, c’est l’Autriche qui rejoint le club des pays ayant dépénalisé le cannabis, sans doute suivie par l’Italie et l’Irlande en 2016 si l’on s’en tient aux déclarations de leurs gouvernants. Ajoutons que l’Allemagne et la Croatie ont remplacé les sanctions juridiques par des amendes, et que la Suisse reste le champion du monde incontesté du nombre de programmes d’héroïne médicalisée. Sans rompre formellement avec la guerre à la drogue, la majorité des pays européens semble se rapprocher singulièrement de la demande d’armistice.

Si ce parfum de réforme imprègne les discussions préparatoires de la prochaine session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies (lire Rien ne va plus à Kuala Lumpur !), la France, elle, reste de marbre. Toute remise en cause de l’interdit légal est frappée de nullité au nom de la sacro-sainte protection de la jeunesse, tout orateur responsable commence par une profession de foi : les drogues sont un fléau qu’il convient de combattre pour protéger la santé des jeunes. Étrangement, le caractère éminemment moral de ce préalable obligatoire n’est jamais souligné, et l’idée qu’il pourrait exister une demande légitime et rationnelle de stupéfiants est tout simplement inconcevable. Or la consommation exponentielle telle qu’elle se manifeste depuis quarante ans ne se résume ni à l’attrait des plaisirs défendus, ni à une vulnérabilité sociale ou psychique. Il existe une demande rationnelle de drogues, volontaire, raisonnée, une demande qui plébiscite les consommations modérées à risques réduits. Cette demande rationnelle de stupéfiants est sans doute l’acteur central du débat. Un acteur, souvent issu des classes moyennes, qui a de plus en plus d’exigences en matière de sécurité des échanges, de rentabilité de ses investissements, et même de respectabilité sociale. C’est précisément cet ectoplasme qui justifie le changement de la politique américaine. De l’autre côté de l’Atlantique, il se fait entendre en espèces sonnantes et trébuchantes lorsqu’il est contribuable au Colorado mais aussi comme électeur excédé par la violence des barrios. Hélas, le diktat moral qui pèse sur le débat français empêche encore pour de longues années tout partisan du changement de s’allier publiquement avec cette ombre toujours présentée masquée dans les médias.. Il lui faut encore et toujours tenter le pari impossible d’expliquer que si l’on veut rendre les drogues plus accessibles, c’est pour mieux les combattre…. Et l’on s’étonne de ne pas réussir à convaincre. Le camp des réformateurs doit accepter enfin de mettre bas les masques : moins d’« evidence based » et plus de « nice people takes drugs », un slogan qui, vu sous un certain angle, est aussi une évidence.

De profundis

« Je ne suis pas l’homme du doute, je suis l’homme des résolutions. » Charles Pasqua, un homme politique comme on n’en fait plus, nous a quittés en juin 2015.

Ses collègues de l’Assemblée nationale et du Sénat ont unanimement salué son engagement à 15 ans dans la résistance, ont de concert souligné son patriotisme et son indéfectible soutien au général de Gaulle. Nicolas Sarkozy, son fils spirituel en politique, voit en Charles Pasqua « l’incarnation d’une certaine idée de la politique et de la France faite d’engagement, de courage et de convictions ». Quant à Isabelle Balkany, elle pleure la mort de « son second père, et pas seulement en politique tant cet homme était extraordinaire ». À gauche, les hommages ont été moins élogieux et Manuel Valls a dû tancer les députés socialistes qui rechignaient à se lever pour honorer la mémoire de l’homme politique.

À l’école du crime

Histoire du SAC couvertureEn 1960, Charles Pasqua crée avec quelques amis le SAC (Service d’action civique), une « association ayant pour but de défendre et de faire connaître la pensée et l’action du général de Gaulle », en réalité une milice a son service qui recrute dans la police comme chez les truands, allant même jusqu’à extraire certains d’entre eux de leur prison. Parfois munis de fausses cartes de policiers, ses membres sont impliqués dans de nombreux coups tordus, de l’affaire Boulin à l’affaire Markovic, de l’enlèvement du colonel Argoud à la disparition de Ben Barka.

« Coups et blessures volontaires, port d’armes, escroqueries, agressions armées, faux monnayage, proxénétisme, racket, incendie volontaire, chantage, trafic de drogue, hold-up, abus de confiance, attentats, vols et recels, association de malfaiteurs, dégradation de véhicules, utilisation de chèques volés, outrages aux bonnes mœurs » (François Audigier, Histoire du S.A.C., éditions Stock, 2003) : on ne compte plus les chefs d’accusation portés contre des responsables du SAC qui, en 1968, étaient prêts à ouvrir les stades pour y parquer les gauchistes.

Les médias ont retenu le militant toujours au service de la France, un homme déterminé qui cachait un grand cœur sous ses airs méchants. Ils ont souligné son accent à la Fernandel, sa grande gueule et cet air patelin que les Français, les vrais, appréciaient, mais ne se sont pas répandus sur le parcours de celui qui, avant de devenir député des Hauts-de-Seine en 1968, était employé par la société Ricard. D’abord comme représentant, puis comme directeur de l’exportation où il avait sous ses ordres Jean Venturi, truand corse notoire, chargé d’importer et de distribuer du pastis au Canada, mais aussi de l’héroïne en provenance de Marseille, d’après la DEA. En 1967, un mandat d’arrêt international est établi à l’encontre de Jean Venturi qui s’est évaporé dans la nature et ne sera jamais arrêté… De là à supputer qu’il aurait bénéficié de l’aide des amis corses de Pasqua pour se faire la belle, il y a un pas que je franchis allègrement. Jean Venturi, qui dirigea plusieurs sociétés en association avec ses frères, s’est éteint en 2011 à Marseille. Il avait 89 ans.

Une main de fer dans un gant de velours

Ministre de l’Intérieur de 1986 à 1988 (le premier gouvernement de la cohabitation), mais aussi président de la Commission parlementaire sur les problèmes de la drogue, Charles Pasqua s’illustre par la répression des manifestants contre la loi Devaquet et le décès de Malik Oussekine, matraqué à mort le 5 décembre 1984 par un membre de la brigade des « voltigeurs motoportés ». Il chapeaute aussi l’arrestation des membres du groupe Action directe.

En 1988, alors que Jean-Marie Le Pen obtient 14,4 % de voix au premier tour de l’élection présidentielle, Charles Pasqua se déclare en faveur d’une alliance avec le Front national, ce dernier partageant « les mêmes préoccupations et les mêmes valeurs que la majorité ». Il profite aussi de la fusillade perpétrée par Florence Rey et Audry Maupin pour réaffirmer son combat en faveur de la peine de mort.

De profundis Pasqua Pascal 2Après une éclipse, Charles Pasqua redevient ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire en 1993, année où le Circ organise la première Journée internationale d’information sur le cannabis. Et voilà qu’une semaine plus tard, il coupe l’herbe sous le pied des militants, déclarant que « la dépénalisation des drogues douces est un sujet de réflexion qui devrait faire l’objet d’un grand débat au Parlement », ajoutant que « dépénaliser aurait l’avantage de mettre un terme à l’économie souterraine ». Des considérations qui déclenchèrent une salve de commentaires, les plus paranos soupçonnant notre ministre de vouloir prendre en main le trafic de banlieue et d’autres de vouloir mettre des bâtons dans les roues de Simone Veil, ministre de la Santé.

Trois mois plus tard, Charles Pasqua expliquera, via L’Express, que s’il est « partisan d’un grand débat autour des concepts de dépénalisation de l’usage et même de la légalisation du commerce des drogues », c’est pour qu’éclate au grand jour ce qu’il considère comme une « mystification ». En septembre 1993, le ministre de l’Intérieur charge Simone Veil de créer une Commission. Lorsqu’il nomme en décembre son président Roger Henrion, Charles Pasqua précise que cette Commission « ne saurait en aucun cas aller dans la voie de la dépénalisation ».

Profession trafiquant

En juin 1998, la Cora (Coordination radicale antiprohibitionniste) organise son congrès annuel à Paris dans une salle de l’Assemblée nationale. Des responsables politiques et associatifs sont invités à échanger sur le thème « La prohibition est un crime ».

18 ans de solitude Bourequat couvertureLe clou de ce congrès a été l’intervention d’Ali Bourequat en direct de son exil du Texas. Citoyen franco-marocain, Ali Bourequat et ses deux frères ont été enlevés en 1973 et incarcérés dix-huit ans dans le camp de la mort de Tazmamart au Maroc. En 1991, suite à la mobilisation d’organisations des Droits de l’homme et à des pressions du président américain Jimmy Carter, les frères Bourequat seront libérés et rapatriés en France.

Lors de leur très long séjour en prison, ils ont recueilli de nombreuses confidences de truands aguerris et de prisonniers politiques. Dans un livre publié en 1994 (Tazmamart : Dix huit ans de solitude, éditions Michel Lafon), Ali Bourequat accuse Charles Pasqua – grand ami d’Hassan depuis la fusion de Pernod avec Ricard – d’avoir supervisé deux laboratoires de transformation de cocaïne en 1962, l’un à Tanger, l’autre à Agadir. Il pousse le bouchon un peu plus loin, affirmant que des kilos de coke, de connivence avec les autorités françaises, « étaient transportés dans des avions militaires atterrissant dans les deux importantes bases militaires d’Évreux et de Tours ».

Et voilà qu’un jour, Ali Bourequat est contacté par Jacqueline, épouse d’un fils de la famille Hémard, propriétaire de la distillerie Pernod. Elle lui raconte que tous les ans, au mois d’août, la famille au grand complet se retrouve dans un hôtel luxueux de Genève où Françoise Hémard (l’administratrice de la holding Pernod-Ricard) distribue à tous les membres de la famille une coquette somme provenant, selon Jacqueline, des bénéfices réalisés dans le trafic de cocaïne par Charles Pasqua et le clan Hémard. Suite à ses confidences faites lors d’un rendez-vous secret avec Ali Bourequat en Grèce, Jacqueline est menacée de mort par trois individus se présentant comme des agents de la DST. Ali est à son tour agressé par des individus louches, il s’en plaint dans un entretien accordé au journal Le Monde, ce qui lui vaut d’être convoqué par le chef de l’unité antiterroriste. Il adresse aussi une lettre à Charles Pasqua par l’intermédiaire de son avocat. Craignant pour sa vie (et celle de sa fille), Jacqueline Hémard fuit aux États-Unis. Quant à Ali Bourequat, il la rejoint suite à plusieurs menaces de mort. Après avoir été reçu par l’ancien président Jimmy Carter et avoir déposé devant la Commission des droits de l’homme du Congrès, Ali Bourequat – et Jacqueline Hémard qu’il épouse – obtient l’asile politique, une décision rarissime aux États-Unis. Joint par téléphone, Ali Bourequat a réitéré ses accusations contre Charles Pasqua, lequel n’a pas bronché. Habitué des coups tordus comme le prouve son CV judiciaire, Charles Pasqua a été impliqué dans une dizaine de dossiers portant sur des pots de vin touchés dans le cadre de ses hautes fonctions politiques. Il a été relaxé dans six affaires, condamné à deux reprises (dont une pour financement illégal de sa campagne électorale en 1999), et il est mort avant de savoir ce que lui réservait la justice pour un énième détournement de fonds.

Pour Charles Pasqua comme pour Nicolas Sarkozy, la politique n’est qu’un tremplin permettant de s’en mettre plein les poches. Toujours prêt à vous rouler dans la farine, menteur comme un arracheur de dents, cynique et dédaigneux, arrogant et autoritaire, celui qui se faisait fort de « terroriser les terroristes » terrorisait aussi ses amis politiques.

Souhaitons que Charles Pasqua, qui se vantait de détenir des dossiers compromettants sur le gotha de la politique, a pris le temps de tenir le journal intime de ses multiples exactions avant de passer l’arme à droite.

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Rien ne va plus à Kuala Lumpur !

Poursuivant la série sur le combat antiprohibitionniste, Speedy Gonzalez partage avec nous les derniers rebondissements et les espoirs qu’ils suscitent pour que l’Ungass 2016 (Session Spéciale de l’Assemblée Générale des Nations Unies) soit à la hauteur des défis posés. La surprise est cette fois venue de l’Unodc (Sigles en anglais de l’Office des Nations Unies contre la Criminalité et les drogues dont le siège est à Vienne), véritable gardien du temple de la « guerre à la drogue », qui a voulu changer de cap lors de la Conférence internationale de réduction des risques qui s’est tenue en octobre 2015 à Kuala Lumpur.

Toute une série d’événements positifs (Lire les articles précédents Abattre le mur de la prohibition et La longue marche de l’anti-prohibition) ont jalonné la route depuis que cette Ungass 2016 a été avancée de deux ans à la demande de 45 pays désirant un rapide et réel tournant des politiques des drogues et la fin des hostilités, lassés par cette véritable guerre sans fin. Mais on le sait, la bataille de l’Ungass est loin d’être gagnée car de la Russie, représentant les plus durs sans RdR ni substitution, à la France, championne de ces dernières mais qui continue à pénaliser les UD pour leur conso, un large éventail de pays vont s’opposer à un changement radical au niveau de l’Onu. C’est donc le vote final qui finira par trancher ce qui exige, encore et toujours, de rencontrer les diverses délégations des pays récalcitrants dans toutes les réunions de préparation, comme le font actuellement les représentants de l’antiprohibition. Comme the Global Commission ou l’IDPC (International Drug Policy Consortium), avec un grand merci à ce dernier, tout particulièrement à Marie Nougier pour la qualité de ses infos et la constance de ses liens.

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Un pas en avant…

Un événement majeur est cependant intervenu lors de la 24e Conférence internationale de Kuala Lumpur qui s’est terminée par la déclaration « Vers une décennie pour la RdR ». Pour faire court, l’heure est venue de réformer les politiques sur les drogues et d’en finir avec la criminalisation des UD. L’Unodc semblait non seulement prête à la souscrire mais devait présenter un document qu’elle avait déjà envoyé avant la conférence à quelques grands médias comme le New York Times (un procédé totalement habituel pour ce genre d’événement selon les spécialistes de l’ONU) où elle soutenait la dépénalisation… Voici trois extraits de ce document :

– « Les États membres devraient envisager l’application de mesures afin d’encourager le droit à la santé et réduire le surpeuplement carcéral, y compris par la décriminalisation de l’usage et de la détention de stupéfiants pour consommation personnelle. »

– « Protéger la santé publique est un objectif louable mais imposer des sanctions pénales pour usage et détention de stupéfiants pour consommation personnelle n’est ni nécessaire ni proportionné. Bien au contraire, la punition aggrave la conduite, la santé et les conditions sociales des personnes concernées. »

– « De petits délits sur les stupéfiants, comme la vente de drogues pour assurer sa consommation personnelle ou pour survivre dans un environnement très marginalisé… [sont des cas qui] devraient pouvoir bénéficier de possibilités de désintoxication/réinsertion, d’aides sociales et de soins et non de recevoir une punition. »

Des positions surprenantes de la part de cette agence des Nations unies, chargée avec deux autres, la CND (Commission sur les Stupéfiants) et l’OICS (Organe International de Contrôle des Stupéfiants), de surveiller l’application et le respect des conventions signées par la plupart des États pour lutter contre le trafic et la consommation de drogues. Ces déclarations sont déjà une très bonne nouvelle car si l’un des principaux organismes chargé de la répression commence à dire que celle-ci ne sert non seulement à rien mais qu’elle est contre-productive, notamment concernant la surpopulation carcérale, on peut déjà se réjouir ! Cette dernière est en effet un mal endémique pour de nombreux pays qui ont vu le nombre de leurs détenus se multiplier suite à l’apparition de nouveaux délits (informatiques…) ou davantage punis (sexuels…), ainsi qu’en raison de l’explosion de la consommation et du trafic de drogues, les enfants de la prohibition. La solution proposée est la « décriminalisation de l’usage et de la détention de stupéfiants pour consommation personnelle ». Pas mal, mais voyons la suite… !

Plus particulièrement axé sur la santé publique, le second extrait affirme que la répression pénale sur l’usage de drogues « n’est ni nécessaire ni proportionnée » et que le faire est bien pire ! Enfin, dans le troisième extrait de ce document, l’Unodc enfonce un peu plus le clou en recommandant d’aborder la question du petit trafic par le biais de la réinsertion, des aides sociales et médicales, en ôtant à la répression toute utilité.

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… deux pas en arrière

Malheureusement, un démenti officiel de l’Unodc va vite refroidir nos attentes en prétextant, dès le début de la conférence, qu’il ne s’agissait que d’un document d’orientation (Briefing Paper) réalisé par la section VIH/sida de l’Unodc et qu’il n’engageait pas toute l’Agence… Un reniement de paternité alors qu’il s’agit du fonctionnement normal d’un organisme de l’Onu, qui se laisse toujours guidé par son service le plus compétent pour parler d’un problème précis. Mais surtout, alors que ce document répondait à une demande de clarification de la position de l’Unodc sur la dépénalisation émanant de plusieurs organisations comme Inpud ( International Network of People who Use Drugs (Inpud) dont Asud est membre fondateur), IDPC, HRI (Harm Reduction International)… !

Grand chambardement dans les coulisses de la conférence où les soupçons de pression sur l’Unodc vont vite se confirmer : les USA étaient effectivement mécontents d’apprendre par voie de presse que l’un des derniers remparts onusiens (qu’ils ont en outre contribué à créer) sape dans un document quarante-six ans de « guerre à la drogue ». Depuis 2010, la grande majorité des agences concernées de l’Onu comme l’OMS ou l’Onusida ont déjà déclaré leur opposition à la prohibition. Un beau couac, bien révélateur que les choses bougent, même chez les gardiens du temple de la prohibition !

Kuala-PascalCôté français, la position de la Mildeca9 pour la prochaine Ungass qui s’appuie, selon elle, sur « une approche équilibrée », n’est plus tenable pour le pays des droits de l’homme au moment où ceux-ci sont justement mis en exergue par un nombre croissant de pays et d’agences de l’Onu ! La France a beau prétendre venir à cette réunion avec le drapeau des Human Rights (sa position qui consiste à s’opposer à la peine de mort pour les trafiquants de drogues est légitime mais reste très courte), elle n’a pas encore osé franchir le pas, comme l’ont déjà fait d’autres pays. Sous peine de camper avec des pays obscurantistes ultrareligieux ou poutiniens, le temps est venu pour la France d’aborder la question des drogues avec réalisme, en admettant enfin l’échec patent de la prohibition. Et de formuler ensuite une approche basée sur le respect des droits de l’homme, la sécurité des personnes et des pays, la santé publique, la justice et la lutte contre la corruption, le tout à la lumière des multiples données scientifiques déjà disponibles. Pour qu’enfin la France s’engage sur la voie de la dépénalisation de l’usage et de la détention pour consommation de toutes les drogues !

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Vers la fin d’un tabou

Quand Monique Pelletier proposait de dépénaliser l’usage du cannabis et de fixer un seuil le délimitant en 1978, elle faisait preuve de plus d’audace que l’actuelle Garde des Sceaux qui, dans un décret publié par le Journal officiel le 15 octobre 2015, propose de punir l’usage d’une simple amende. Un décret qui aurait déclenché une salve de propos outragés (comme ceux de l’indéboulonnable Philippe Goujon, qui a profité de la séance des Questions au gouvernement pour s’insurger contre la politique laxiste de la Garde des Sceaux.) de la part de politiciens de droite et de l’Académie nationale de médecine, il y a quelques années.

La « composition pénale »

Aujourd’hui, à part les réacs qui voient dans la dépénalisation de l’usage une ruse pour aller plus avant et ceux qui estiment que c’est une étape obligatoire sur la route de la légalisation, cette dernière (qui a pour vertu de désengorger les tribunaux et éventuellement de renflouer les caisses vides de l’État) est pratiquement acquise. Signée par le Premier ministre, le ministre des Finances, le ministre de l’Intérieur et la ministre des Outre-mer, mais pas par la ministre de la Santé, la « composition pénale » permet à un officier de police judiciaire de dresser (avec l’aval du procureur de la République) un procès-verbal d’une somme inférieure à 180 € à toute personne prise avec… une quantité de cannabis correspondant à son usage personnel, une notion laissée dans le flou.

Aujourd’hui, qui se fait prendre avec quelques grammes de cannabis s’en tire avec un rappel à la loi, et s’il est par malchance condamné à une amende, il y a de fortes chances pour qu’il ne la paie jamais. Demain, « composition pénale » oblige, le même contrevenant devra s’acquitter sur le champ d’une amende délivrée par un agent de police. Et ce que les médias interpréteront comme une dépénalisation ne fera que « renforcer le caractère systématique de la sanction », comme le souligne Ivana Obradovic, directrice-adjointe de l’OFDT. Et ce sont bien évidemment les jeunes (ainsi que leurs parents) qui feront les frais de cette mesure s’apparentant à un racket.

Enfin la droite la ferme…

Si les Ciotti et autres Estrosi, farouches partisans de la tolérance zéro, n’ont pas sauté sur l’occasion pour taper sur les doigts de Christiane Taubira, c’est parce qu’ils ont jugé que le jeu n’en valait plus la chandelle. « L’existence d’une loi dure, très dure, parfaitement vidée de son sens par une application molle, très molle. La loi est dure, mais chacun sait qu’elle n’est pas appliquée », constatait Nicolas Sarkozy qui, lors de son audition par le Sénat en 2003 dans le cadre du rapport Drogue l’autre cancer, proposait de remplacer la peine de prison pour simple usage par une contravention de 1 500 € assortie de peines complémentaires, dont la fameuse saisie du portable ou du scooter. Une proposition que le Circ dénonça en son temps et que Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre, rejeta, craignant que cette réforme soit un mauvais signal pour la jeunesse.

La droite, qui se la jouait coincée jusqu’à aujourd’hui, entrouvre la porte. Un élu des Républicains, pour l’heure anonyme, proposerait volontiers de nationaliser le cannabis afin de lutter contre le terrorisme, une idée qui pourrait s’avérer payante à plus ou moins long terme. Imaginez que le candidat de droite à la présidentielle inclue dans son programme – au nom de la lutte contre le terrorisme, mais aussi pour mettre du beurre dans les épinards de l’État – de nationaliser le cannabis, il ringardiserait grave la gauche et récupérerait les voix d’une partie de la jeunesse qui n’a aucune culture politique (64% des 18-30 ans se sont abstenus aux dernières élections régionales de décembre 2015 et 34% des 18-24 ans ont voté FN).

… mais la gauche l’ouvre !

Vers la fin d'un tabou Pascal 1Est-ce l’absence de réactions hystériques suite à la décision de la Garde des Sceaux qui a poussé quelques députés socialistes à sortir du bois et à passer outre les propos du Premier ministre, lequel déclarait sur les ondes de France Inter : « On peut toujours débattre de ces questions mais le gouvernement ne prendra aucune initiative qui légalise, autorise, dépénalise l’usage du cannabis… » ?

Le décès de trois gamins au pied d’un immeuble dans une cité marseillaise a libéré la parole. D’abord Patrick Menucci qui, après avoir rendu hommage au travail « exceptionnel » des policiers, dénonce la guerre à jamais perdue contre la drogue et propose de créer une filière « de la production jusqu’à la distribution » sous monopole d’État… Dans un un débat organisé par la Provence, le député socialiste, qui a été correctement briefé sur le sujet, affronte Valérie Boyer du parti Les Républicains, l’occasion de vérifier que tous les arguments de la député en faveur de la pénalisation sont périmés. Ensuite, parce que plusieurs élus d’Europe Écologie Les Verts et du Front de gauche ont partagé la proposition de Patrick Menucci.

Puis ce fut au tour de Bruno Leroux, président du groupe socialiste à l’Assemblée et député de Seine-Saint-Denis, de militer pour l’ouverture d’un débat (rien de bien original) et de dénoncer les démagogues du parti Les Républicains, qui « crie au laxisme avant même d’avoir réfléchi ».

Depuis plusieurs années déjà, des responsables politiques maires et/ou députés, quotidiennement confrontés à la violence liée aux trafics, tirent la sonnette d’alarme et interpellent leurs collègues sur l’urgence d’inventer une alternative à la prohibition afin d’éviter que les mafias prennent le pouvoir. Ces positions novatrices ont notamment été incarnées par Stéphane Gatignon, maire de la ville de Sevran (93), qui a coécrit un livre avec Serge Supersac (commandant de police à la retraite) en 2011 : Pour en finir avec les dealers, éditions Grasset

Quand le débat devient incontournable

On ne compte plus les occasions de parler du cannabis, une drogue populaire dans toutes les classes sociales. Éditos et chroniques démontrant la dangereuse inutilité de son interdiction prolifèrent à la télé comme à la radio.

La dernière occasion (avant la prochaine) de communiquer sur les méfaits de la prohibition nous est donnée par le rapport que publie l’OFDT sur la répression. Petit rappel : de 1970 (année où a été votée la loi) à 2014, les infractions à la législation sur les stupéfiants ont été multipliées par 50, atteignant le chiffre stupéfiant de 200 000 en 2013, dont 90 % concernent le cannabis. À noter également que les interpellations pour usage ont augmenté trois fois plus vite que celles pour revente ou trafic. En 2013, 33 645 personnes (record battu) ont été condamnées pour usage simple. Et si les trois-quarts des décisions prononcées sont des alternatives aux poursuites, le « rappel à la loi » arrivant largement en tête (83 %), devant les injonctions thérapeutiques (13 %), il y a encore en France 1 400 personnes condamnées à de la prison ferme pour simple usage. Un chiffre qui laisse sans voix et qui plaide en faveur d’une refonte urgente de la loi de 1970.

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A écouter : Contraventionnalisation, Cannabis thérapeutique et UNGASS 2016

Animée par Max sur la plus rebelle des radios, Radio Libertaire, 89.4FM

Avec ce jour Fabienne de Principes Actifs, Gaël et Nathaniel du CIRC Paris, Jejor d’Asud (l’Observatoire du Droit des Usagers de drogues) et KShoo, porte-parole de la Fédération des CIRCs.

Au menu, la contraventionalisation ; où en est le thérapeutique ; l’UNGASS 2016, ça se mange ?

Marche Mondiale & Appel du 18 joint : la longue marche

L’idée d’une manifestation internationale pour la légalisation est attribuée à Dana Beal, suite à la session extraordinaire de l’Onu sur les drogues réunissant en 1998 à New York une flopée de chefs d’États, dont Jacques Chirac qui se lança dans un discours aussi musclé que creux : « L’histoire devra retenir que c’est d’ici, à New York, qu’est partie la grande croisade des Nations contre la drogue, une croisade qui ne devra plus cesser tant que nous n’en aurons pas fini avec ce cancer qui ronge nos sociétés. »

Dana Beal

Dana Beal est un militant politique américain, qui a créé le Youth International Party (YIP) avec Jerry Rubin et Abbie Hoffman. Son combat pour réformer la loi sur les stupéfiants et les libertés civiles ne date pas d’hier. Il a fondé l’association Cures No War, qui milite pour l’accès au cannabis thérapeutique, et a beaucoup œuvré en faveur de l’ibogaïne comme traitement pour décrocher des opiacés. En 2011, Dana Beal a été condamné dans le Wisconsin à onze mois de prison pour détention de marijuana.

C’est lors de cette session new-yorkaise que l’Onu se donna dix ans pour éradiquer les drogues de la planète terre, un projet aussi irréaliste qu’utopique contre lequel s’élevèrent un grand nombre d’ONG et d’associations. Ce sont sans doute ces déclarations guerrières et fantaisistes contre le cannabis qui poussèrent Dana Beal (lire l’encadré) à organiser avec d‘autres organisations internationales une journée mondiale de mobilisation afin que cesse la stigmatisation du cannabis et de ses usagers.

Avant de s’exporter sur tout le continent américain, de Toronto à Buenos Aires, les premières manifestations de la Million Marijuana March aussi appelée Global Marijuana March eurent lieu en 1999 dans plusieurs villes des États-Unis. Mais aussi à Londres… où je me suis rendu à l’époque avec Farid Ghehiouèche dans le cadre de la campagne des élections européennes, si mes souvenirs sont exacts.

Des débuts difficiles

Selon le pays et la situation locale, la nomination change. En France, c’est Farid, le représentant à travers Encod (The European Coalition for Just and Effective Drug Policies) de la cause cannabique à l’international, qui a lancé l’idée et organisé en 2001 une première manifestation, sous le nom de « Marche mondiale du cannabis » (MMC). Les débuts ont été difficiles. En 2002, à la veille du deuxième tour de l’élection présidentielle où toute manifestation politique était interdite, celles et ceux qui ont répondu à l’appel de Farid ont affronté les CRS et ont été contraints de battre en retraite.

Longtemps reléguée sur le terre-plein du boulevard Richard Lenoir par la préfecture de police, longtemps dédaignée par les associations de réduction des risques, la manifestation était soutenue par les Verts et du bout des lèvres par le Circ, suite à un texte imprudemment publié sur le site de la Marche par une militante aigrie accusant en termes très peu courtois l’association de vouloir récupérer l’événement alors que nous voulions seulement donner un coup de main à Farid. Cet épisode malheureux a freiné les ardeurs des militants du Circ durant de longues années, mais Farid Ghehiouèche n’a pas capitulé. Et, d’une année sur l’autre, a organisé avec plus ou moins de succès la Marche mondiale du cannabis.

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La marche triomphante

Mais tout change pour le dixième anniversaire de la Marche, en 2011. Les associations de réduction des risques, Asud en tête, mais aussi Aides, l’Afr, Act Up, Techno + et bien sûr le Circ montent au créneau… Nous imprimons un flyer. Au recto : « Dépénalisation, Autoproduction, Cannabis thérapeutique – une autre politique des drogues est possible ». Et au verso, une déclinaison de nos propositions en sept points.

Vous vous souvenez peut-être, chers lecteurs, de la quatrième de couverture du numéro 46 du journal. Il s’agissait d’un texte sur la sécurité – un thème cher aux prohibitionnistes – démontrant de façon implacable que la légalisation milite pour la sécurité des usagers et des territoires, de la société et des familles, en lançant un appel à participer à la Marche mondiale. Nos efforts communs ont payé et pour la première fois, la Marche méritait son nom puisque nous avons défilé dans la bonne humeur de Bastille à Stalingrad.

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Marche mondiale cannabis paris 9 mai 2015

L’édition 2015 de la Marche mondiale parisienne a, semble-t-il, trouvé son public : des jeunes mais pas que, qui ont marché en musique et en grand nombre (1 500 personnes, je dirais) de Bastille à République avec, en vedette américaine, une intervention d’Esther Benbassa, la sénatrice qui a proposé à ses collègues de légaliser le cannabis. Les médias, beaucoup plus nombreux que les années précédentes, n’ont pas boudé leur plaisir, signe que si le débat n’est pas à l’ordre du jour au Parlement, il l’est dans la société. Preuve que le cannabis est intégré dans nos mœurs : l’entrée du mot beuh dans le Petit Robert.

Appel du 18 joint

De Figeac à Tahiti, de Lyon à Poitiers, en passant par Marseille et Paris, le Circ organisait cette année encore l’Appel du 18 joint.

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Si Paris n’a pas le monopole de la Marche mondiale du cannabis, les événements organisés en régions, à l’exception de Lyon et Marseille, n’ont pas rencontré le succès escompté. À ce rythme, en 2016, où une session extraordinaire de l’Onu sur la politique des drogues est prévue, et en 2017, année de l’élection présidentielle, nous serons des dizaines de milliers à descendre dans la rue pour défendre la légalisation du cannabis.

Quand le cannabis sera légal en France…

Alors que l’opération policière de Saint-Ouen bat son plein et ne fera, dans le meilleur des cas, que déplacer le problème, j’aimerais proposer quelques réflexions sur les questions qui se poseront lorsqu’on légalisera le cannabis en France.

Un marché ultraviolent

La prohibition du cannabis vit ses dernières années (ses dernières décennies ?) en Europe et aux États-Unis. Le but fondamental de la prohibition est de limiter, autant qu’il est possible, la consommation de drogues considérées comme dangereuses et ce, à l’échelle nationale et internationale. Il est clair, les enquêtes ne cessent de le démontrer, que cet objectif, concernant le cannabis, est un cuisant échec. Avec plusieurs conséquences dont l’une est dramatique. Si le cannabis est une drogue dont la dangerosité est faible, le trafic de cannabis, un marché considérable puisqu’il approvisionne en France des millions de fumeurs, est devenu d’une extrême violence. Alors que le chômage des jeunes est massif, l’entrée dans le biz du cannabis est une tentation presque irrésistible (en particulier pour les « jeunes de cités ») et participe largement à la déscolarisation de choufs de 10 ans tandis que les valeurs de la mafia viennent corrompre celles de la démocratie. La règle est simple : plus un marché illégal est lucratif, plus il est violent et plus il finit par se trouver aux mains de groupes criminels qui règlent leurs comptes à coups de kalachnikov. Exemple : l’ultraviolent trafic de cocaïne au Mexique qui vise le marché américain.

Usage public et/ou privé

Dans les lignes qui suivent, je me situe donc dans la perspective d’une légalisation de la production, de la distribution et de la consommation de cannabis. Il y aurait un grand débat à mener, il l’a été en partie par Terra Nova (Cannabis : réguler le marché pour sortir de l’impasse,
Christian Ben Lakhdar, Pierre Kopp et Romain Perez, Terra Nova, décembre 2014)
, sur le modèle de légalisation : monopole d’État et « commerce passif » (Une alternative à la prohibition des drogues : la légalisation contrôlée, Francis Caballero in La prohibition des drogues, regards croisés sur un interdit juridique, sous la direction de Renaud Colson, Presses universitaires de Rennes, 2005), légalisation dans un cadre concurrentiel, modèle libertaire des cannabistrots. Mais je le laisse de côté.

Yes we cannabis normlLa toute première question porte sur l’usage public et l’usage privé. Ce n’est pas une mince affaire. Pour des raisons évidentes, les manifestations pour la légalisation du cannabis laissent flotter un nuage de fumée clandestine. Mais qu’en sera-t-il lorsque le cannabis sera légalisé ou même la consommation seulement dépénalisée ? En Belgique, par exemple, l’usage privé de drogues n’est pas pénalisé, seul l’usage public l’est. Pour deux raisons : la consommation publique peut avoir une dimension prosélyte ; à l’inverse, elle peut heurter certaines personnes. À quoi il faut ajouter que les substances fumées, et elles seules, peuvent provoquer une consommation passive. Imaginons que demain la consommation soit dépénalisée ou le cannabis légalisé : on risque alors de voir des gens fumer, par pure provocation, des pétards sous le nez des flics. Et ce ne sera pas une bonne idée. Beaucoup de jeunes, habitant chez leurs parents, ne peuvent pas fumer chez eux et consomment donc dehors. De fait, l’usage public de cannabis est pratiquement devenu la règle en France, ce qui rend la question explosive. Or sans doctrine sur cette question, nous ne pourrons pas avancer. J’ajoute que, dans l’État du Colorado, le cannabis récréatif a été légalisé mais l’usage public reste interdit. Pour ma part, je suis partisan de l’usage privé, pour les deux arguments évoqués plus haut, quitte à créer des lieux où les consommateurs pourront fumer.

Le problème des mineurs

J’en viens au deuxième point qui a quelques liens avec le premier. La massification des usages de cannabis s’est accompagnée d’une précocité des consommations. Je ne sais ce que représentent les 12/18 ans en proportion du cannabis consommé, mais l’usage s’est répandu dans cette classe d’âge. Or personne, ni au Colorado, ni dans l’État de Washington, ni en Uruguay ne songe à légaliser la consommation pour les mineurs. Il y a donc là un sérieux problème. Je ne vais pas développer les arguments de santé publique qui militent en faveur de l’abstinence de drogues – alcool et tabac compris – chez des jeunes en pleine croissance. Mais, comme disait De Gaulle, il n’y a pas de politique qui vaille hors des réalités. Si le cannabis était légalisé demain par Hollande et Valls (!), les usages de substances psychoactives par les mineurs ne cesseraient pas magiquement. On peut même penser que la consommation augmenterait aussi pour cette classe d’âge, au moins dans un premier temps. Et on sait bien que les grands achèteront pour les petits. Il suffit, au demeurant, de voir comment la politique en matière de tabac et d’alcool est appliquée concernant les mineurs… Il faut l’admettre, le fait d’interdire l’usage public mettra les mineurs dans une situation difficile. Mais il n’y a aucune solution simple à ce problème. Il nous amène au troisième débat.

Refonder la prévention

Lorsque l’on examine les campagnes pro-cannabis américaines, on constate que la question des emplois induits par la légalisation ou des taxes décidées par l’État constitue un argument central et il n’y a, après tout, rien de choquant à cela. On comprend combien il est puissant dans un État comme la Californie, toujours au bord de la faillite. Mais cette question en cache une autre au moins aussi importante : quelle sera la part des taxes qui sera consacrée à la prévention et aux soins ? La réduire à la portion congrue voudra dire que l’on n’aura tiré aucune leçon du tabac et de l’alcool comme drogues légales. Disons un mot de la prévention. Imaginer qu’elle demeure ce qu’elle est aujourd’hui serait absurde. Il faut, au contraire, refonder une prévention qui s’adressera à des « not yet users », des jeunes qui ne sont pas encore consommateurs mais pourraient le devenir. Donc aborder ces questions bien plus tôt qu’on ne le fait. Un ado de 12 ou 13 ans considère tout adulte qui lui parle de drogues comme un vieux con. C’est comme ça. Il faut aussi dire la « vérité » sur le cannabis : sa faible dangerosité, le plaisir qu’il peut procurer, mais aussi le fait qu’il a tendance à rendre paresseux ou casanier : après un joint fumé chez soi, on n’a pas toujours envie d’affronter le dehors. Et c’est une très mauvaise idée, pour un collégien ou un lycéen, de fumer dès le matin pour rêvasser pendant les cours. D’une manière générale, la consommation de drogues s’insèrera dans un discours plus large sur les conduites à risques : risque sexuel, routier… Tout cela demande des formateurs, des moyens, bref, le nerf de la guerre. Si la légalisation du cannabis devait s’aligner sur celle du tabac et de l’alcool, si une part substantielle des taxes n’était pas consacrée à une prévention et à des soins inspirés de la réduction des risques et des dommages, ce serait une vraie défaite pour la santé publique.

J’évoquais le risque routier. Un alcoolique ou un héroïnomane en manque au volant peut être très dangereux pour lui-même et pour les autres. Sur cette question, je reste donc un farouche partisan des tests psychomoteurs simples qui peuvent être demandés au conducteur au bord de la route en tenant compte de l’âge. Être capable de faire des index/nez, de marcher un pas devant l’autre ou de tenir debout sur une jambe a bien plus de valeur que des tests salivaires. À ma connaissance, ces derniers continuent à souffrir du fait que le cannabis est lipophile, c’est-à-dire qu’il se fixe sur les graisses. Il est donc difficile d’affirmer qu’une personne présentant un test salivaire positif au cannabis est bien sous l’influence psychoactive de la substance et non pas qu’il a fumé un joint la veille.

En réalité, le vrai problème du cannabis est son association avec l’alcool car au « flou » que provoque la beuh ou la résine s’ajoute la désinhibition liée à l’éthanol. Ce n’est pas un hasard si le meilleur argument des prohibitionnistes consiste à dire : pourquoi voulez-vous ajouter un troisième poison légal, le cannabis, à ces deux poisons légaux que sont le tabac et l’alcool ? Les campagnes de prévention en matière de risque routier, en particulier en France où la consommation d’alcool reste élevée, devraient prioritairement viser cette association dont de nombreuses études montrent qu’elle augmente l’accidentalité d’un facteur 10. Quel que soit l’amour qu’on porte au cannabis, on préfèrera un pilote d’avion qui n’en a pas fumé avant de décoller, comme on préfèrera qu’un technicien qui occupe un poste à responsabilité dans une centrale nucléaire ne soit pas raide def.

Usage public/usage privé, consommation des mineurs, part des taxes qui serait réservée à la prévention et aux soins, risque routier et professionnel : voilà quelques questions qui mériteraient un large débat. Car elles sont devant nous, qu’on le veuille ou non.

L’avenir de la consommation de drogues est en ligne

Ce n’est plus un secret, il est possible de se procurer des drogues sur internet. C’est un marché comme les autres entre ses boutiques en lignes, ses sites de petites annonces et ses forums d’usagers. Mais est-ce aussi facile que les médias le présente ? Quels changements en terme de risques pour les consommateurs ?

Olivier Peron est journaliste et auteur d’un dossier sur le deal de drogues en ligne via le Darknet paru dans le n°3 d’Humanoïde, un magazine dont il est le fondateur. Cette publication, qui a pour sous-titre est « La technologie est l’opium du peuple », fait très régulièrement allusion aux drogues. Illustrant cette intervention, leur dernière campagne de promotion transforme les grandes marques du web en produits de défonce.

Pécho sur le net
Cet article fait partie du dossier « Pécho » sur le net.

J’ai la certitude que l’avenir de la consommation de drogues est au Darknet et que dans dix ou vingt ans, il y aura beaucoup moins de deal de rue. Parce que le Darknet, c’est « génial » (on parle quand même de trafic de drogue…). Ce n’est pas très risqué pour le consommateur qui est absolument anonyme (tant qu’il est sur le Darknet et qu’il paye en bitcoins, il reste introuvable, personne ne peut dire qui il est). Une certaine tranquillité d’esprit vis-à-vis de la loi.

Les risques face à la loi

Que risque-ton face à la loi ? En ce qui concerne le flux électronique et les flux financiers, absolument rien en passant par le Darknet et en payant en bitcoins. Mais il y a risque à l’envoi du pli postal car il y a alors flux physique et là, vous risquez quelque chose. Mais les autorités font-elles beaucoup d’efforts pour essayer d’endiguer ce genre de trafic qui commence à prendre des proportions notables ? La cyberdouane française, c’est 10 à 12 personnes connectées 24 heures sur 24, qui connaissent très bien leur sujet. Mais d’après leur grand patron, ce qui les intéresse, ce n’est pas de scanner tous les plis postaux pour essayer de trouver 1 ou 2 grammes, mais les vendeurs. Entre 70 et 100 vendeurs opèrent depuis le territoire français mais l’avantage du Darknet Market, c’est qu’on peut aussi acheter à l’étranger sans risquer grand-chose : si le colis est intercepté et que les douaniers viennent chez vous, à eux de prouver que c’est vous qui avez passé la commande. Et comme on est sur le Darknet avec des bitcoins, c’est impossible. Encore une fois, du point de vue du consommateur et des risques vis-à-vis de la loi, le Darknet, c’est merveilleux.

crédit : Humanoïde magazine


Le fonctionnement des transactions anonymes sur le darknet (source Humanoïde magazine)

La qualité des produits

Concernant les risques sur la qualité des produits, je n’ai pas testé, mais le consensus général sur les forums de consommateurs est que la qualité est excellente, bien meilleure qu’avec le deal de rue, grâce à la notation des vendeurs par les consommateurs. La compétition commerciale est donc féroce entre vendeurs. La coke est par exemple pure de 60 à 90 % [Ndlr : contre 10 % à 30 % en moyenne chez le dealer du coin], mais forcément plus chère (de 100 à 150 € le gramme). Idem avec le cannabis et le taux de THC. Internet offre par ailleurs accès à un panel de produits qu’un dealer seul ne pourrait pas proposer.

Certains vendeurs sont capables de proposer 80 produits différents : opium, héroïne, Xanax®, coke, 20 variétés de cannabis… Une panoplie proposée par une seule et même personne, dont certaines totalisent 10 à 30 transactions par jour. Mais il y a parfois des problèmes d’étiquetage (par exemple 2C-B à la place de 4-MMC) et mieux vaut toujours faire un sniff test pour vérifier que les effets correspondent bien à ceux qui étaient attendus (et pour éviter d’éventuels surdosages liés à la pureté).

Les risques d’arnaque posent des problèmes : quelqu’un d’extrêmement dépendant à l’héroïne et qui achèterait uniquement par Internet, toutes les semaines à un vendeur avec lequel il entretient une relation de confiance. Et tout d’un coup, le site ne marche plus et le vendeur disparaît. Il faut donc faire attention à multiplier les sources [Ndlr : ce qui n’est pas bien difficile en ligne, contrairement au deal de rue si vous n’habitez pas une grande agglomération] quand l’utilisation est autre que récréative.

« L’achat de drogues sur le darknet c’est le téléchargement illégal des années 90 d’aujourd’hui : ça reste compliqué. Mais dans quelques années les drogues seront accessibles en ligne aussi simplement et surement que les films et les séries.»
(Olivier Peron, Humanoïde Magazine)

La fracture numérique

Accéder à ce marché nécessite d’avoir un ordi, une connexion, de télécharger Tor, maîtriser les bitcoins… et surtout, d’être anglophone car tout est encore en anglais. On peut donc craindre que le Darknet ne soit le futur du trafic de drogues que pour la classe moyenne blanche, qui a une connexion Internet, parle correctement anglais et est à l’aise avec l’outil informatique.

On risque alors d’assister à une séparation des marchés avec des points de vente dans les cités sensibles qui continueront à alimenter des gens qui sont eux-mêmes très marginalisés, ce qui renforcera la stigmatisation du méchant « dealer arabe » abusant des « pauvres exclus ».

Certains vendeurs sont cependant passés du deal de rue au 100 % Internet, en prenant soin de faire poster leurs envois dans des endroits différents pour ne pas se faire repérer. Je ne sais pas si le dealer arabe des cités va sur le Darknet ou même s’il le connaît, mais les choses vont forcément évoluer. C’est vrai aussi que ce nouveau mode d’achat ne concerne pas non plus l’usager précarisé des Caarud. Quoique pour les nouveaux produits de synthèse, un smartphone et une CB suffisent, et on peut très bien se faire livrer en poste restante, faute d’adresse.

Un mieux pour la société ?

Humanoïde Pub Windows doseLe Darknet s’assainit de plus en plus, dans cinq ou dix ans, le marché sera stable. On peut faire le parallèle avec le téléchargement illégal à la fin des années 90 : de nouveaux outils sont apparus en 2000, les processus de piratage sont devenus de plus en plus faciles et maintenant, tout le monde le fait. Le Darknet d’aujourd’hui, c’est le téléchargement illégal des années 90. On en est aux prémices, les outils sont difficiles d’accès (Lire Darknet : mode d’emploi), c’est toujours un peu compliqué d’acheter des bitcoins, de crypter son adresse et de virer ses bitcoins sur le portefeuille du dealer, mais ça va se simplifier. Ça ne peut aller qu’en s’améliorant.

Dans 4-5 ans, on pourra commander sa drogue sur Internet en toute sécurité parce que les autorités n’ont pas l’air de vouloir faire quelque chose (on ne verra jamais un scan systématique des colis postaux parce que ça touche au secret des correspondances). Ce genre de trafic qui se virtualise évite le trafic de rue, les dealers en bas de l’escalier, et toutes les nuisances qui vont avec. C’est un progrès, à la fois pour les consommateurs et pour la société dans son ensemble. Rendez-vous dans une dizaine d’années.

« Une immense hypocrisie »

Cette dernière session des égus était donc consacrée aux personnes qui prennent des drogues et qui travaillent dans des structures médicosociales, parce qu’il semble que dans ce pays, cela pose problème alors que dans certains pays anglo-saxons, c’est quasiment la règle.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

J’ai par exemple été frappé aux États-Unis où l’ensemble du secteur de base, ceux qui sont au contact avec les usagers, sont des gens qui se définissent comme ex-usagers et savent du coup exactement de quoi ils parlent. Même s’ils sont par ailleurs diplômés, les gens ne se cachent jamais d’avoir été consommateurs. En France, cela aboutit à un paradoxe : ceux qui travaillent dans les structures et consomment eux-mêmes des drogues seront les derniers à pouvoir profiter des services proposés par leur structure. C’est une cause d’invalidation de leur parole et de leur profession. Il serait pourtant intéressant que l’ensemble des gens qui travaillent dans ce secteur et qui consomment des substances aient à un moment la possibilité de s’exprimer publiquement, collectivement ou anonymement sur leur usage pour changer les représentations au niveau de la société. Que l’on s’interroge enfin sur cette immense hypocrisie qui consiste à avoir les usagers d’un côté et les professionnels de l’autre.

 

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Une dichotomie sur le rôle des usagers

C’est effectivement un secret de polichinelle : les travailleurs sociaux qui travaillent avec les usagers de drogues sont eux-mêmes un peu usagers, voire un peu beaucoup.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Sondage EGUS 9

D’après un petit sondage anonyme réalisé par Internet auprès des participants à ces Égus à l’aide de simples questions (« Êtes-vous usager de drogues ? », « Professionnel de la RdR diplômé et usager de drogue ? » …), les plus représentés sont des professionnels de la RdR diplômés, qui constituent 55 % de la salle, dont la moitié sont usagers de drogues. Ce n’est donc pas négligeable. La réduction des risques s’est historiquement construite avec des associations d’autosupport ou communautaires où les usagers avaient toute leur place parce que leur expérience était prégnante.

Des structures hors-cadre législatif jusqu’au décret donnant voix à la RdR dans la politique de santé publique qui précise que « les acteurs professionnels de santé ou du travail social ou membres d’associations comme les personnes auxquelles s’adressent ces activités doivent être protégés des incriminations d’usage ou d’incitation à l’usage au cours de ces interventions. L’organisation de l’entraide et du soutien par les pairs fait partie des modalités d’intervention de ces actions. » La santé communautaire et les usagers pairs s’inscrivent donc dans ces processus. Pourtant, en 2007, la loi relative à la prévention de la délinquance stipule, dans son article 54, que les peines seront aggravées d’emprisonnement et/ou d’amendes en cas d’usage au volant et pour les personnes travaillant dans les services publics.

Un certain nombre de questions

Une dichotomie sur le rôle de ces usagers et ce qu’ils peuvent supporter ou pas, qui pose un certain nombre de questions : Pourquoi les usagers de drogues sont-ils bâillonnés ou dans le déni ? En raison de cette loi de prévention de la délinquance ? De leur crédibilité professionnelle ? Pour ne pas être réduits au seul statut d’usager ? Pour se protéger face aux sollicitations ? Parce que leur usage n’est, pour eux, pas représentatif des personnes croisées dans la structure, et qu’ils ne se considèrent donc pas comme usagers pairs ? Il y a également une certaine porosité (on peut arriver sans être usager et le devenir un peu ou l’inverse, ce n’est jamais figé dans le temps), mais aussi un problème de réglementation et la problématique des diplômes (l’obligation d’être diplômé, ce qui est compliqué pour certains). Au final, comment articuler la santé communautaire et l’autosupport dans les structures médicosociales, et comment cette place peut-elle ou doit-elle être prise en termes de management, de diplôme, d’identité, de militantisme… ?

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Le communautaire, l’autosupport et la place des usagers

Je pensais illustrer cette question à travers mon parcours : j’ai découvert sur le terrain cette histoire du communautaire, de l’autosupport et de la place des usagers, qui ne figuraient pas dans mes études de pharmacie.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Je suis arrivée à la mission Rave de Médecins du monde il y a douze ans, sans connaître le monde de la teuf et j’ai découvert l’intérêt de ce beau melting-pot d’usagers de différents milieux, de gens issus des sound systems, et d’intervenants. J’ai apprécié qu’il n’y ait pas de jugement et qu’on me demande mon avis en tant qu’étudiante en pharmacie. Un joyeux mélange où régnait un certain équilibre (un usager pouvait parler à quelqu’un de plutôt usager ou plutôt professionnel, selon ses envies). Une multiplicité de profils bénéfique au sein de la mission où on apprenait chacun des uns et des autres. Étant personnellement sur le dispositif d’analyse des drogues, on m’a très vite parlé de la proximité de l’usage, et du risque de devenir consommatrice ou de consommer plus. La question de qui est usager et qui ne l’est pas s’est donc très vite posée assez ouvertement au sein de la mission. Une première approche de ce qui était, selon moi, l’approche communautaire bien que Médecins du monde ne soit pas considérée comme une association communautaire.

Une étiquette qui enferme

J’ai continué avec le projet Squat qui m’a peut-être encore mieux fait comprendre ce qu’est l’approche communautaire. Mais les communautés sont parfois « enfermantes » car il n’y a pas un type de squatteur mais des squatteurs. C’est mettre une étiquette sur des gens (« es-tu issu de la communauté ? ») alors que ce qui est intéressant, c’est le mélange des communautés. Dans le projet Squat, on a retrouvé ce mélange de gens. Et bien que n’étant pas moi-même issue de la communauté, je pense avoir eu une approche communautaire qui, selon moi, n’est pas être issu de la communauté mais faire avec les personnes, quelles qu’elles soient. Si on se retrouve sur une question, si on est un peu intéressé, on arrive à faire ensemble et c’est ça qui est intéressant.

Une question de légitimité

Je suis maintenant sur le programme Erli, qui peut paraître beaucoup moins communautaire bien qu’il y ait eu, dans l’équipe, des usagers injecteurs ou non-injecteurs. Mais finalement, qu’appelle-t-on usager ? Est-ce être usager de cannabis ? Sniffer, gober, injecter ? À quelle fréquence ? Toutes ces questions sont de nouveau un peu trop caricaturales et certains n’ont pas forcément envie de s’identifier en tant que tels. Ceux qui ont des pratiques d’injection occasionnelles ne se considèrent, par exemple, pas toujours comme des injecteurs. Dire que l’on s’adresse aux injecteurs revient donc à résumer une personne à une pratique. Dans l’équipe, il y a effectivement des personnes qui pratiquent l’injection de manière occasionnelle, qui le disent et peuvent en parler et d’autres, qui ne le feront pas. Y a-t-il une utilité à le dire ? C’est la question de la légitimité. Moi, ma légitimité, je l’ai acquise sur le terrain. N’étant pas au départ consommatrice, j’ai dû aller chercher cette légitimité à intervenir mais finalement, un usager ne fera pas forcément un bon intervenant et lui aussi doit aller chercher une légitimité.

Le risque lié à la proximité des produits

Dans le programme Erli où on est en très grande proximité de l’usage puisqu’on voit des gens injecter, être usager et donc potentiellement tenté par ce qu’on voit est une vraie question. Parce que si on n’est pas au clair dans sa tête par rapport à ça, c’est un peu compliqué d’intervenir. Qu’on soit usager ou pas au départ, parce que la proximité des produits peut mettre en difficulté. Si on ne demande pas aux gens s’ils sont usagers quand on les recrute, il faut donc qu’ils se sentent libres d’en parler quand ils s’estiment en difficulté. Ce n’est pas évident à aborder et cela relève effectivement de la vie privée, mais plus quand cela risque de mettre sa vie ou celle du dispositif en danger. Et sur des dispositifs comme Erli, on n’a pas le droit à l’erreur. Le dire aux usagers qu’on rencontre n’est pas forcément utile à mon avis. Il y a différents cercles et différents espaces mais ce sont des choses qui devraient être plus largement réfléchies ou débattues.

L’auteure, Marie Debrus, est présidente de l’AFR et coordinatrice de la Mission Education au Risques Liés  l’Injection (ERLI) de Médecins du Monde.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Se poser la question en tant qu’employeur

Il faut aussi se poser la question du côté des employeurs, à la fois en tant qu’employeur d’usagers et éventuellement en tant qu’employeur concerné. Quand on est directeur d’une association comme Asud, on est par exemple employeur d’usagers de drogues.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Début 90, je travaillais à Arcade, un des premiers programmes de réduction des risques à faire de l’échange de seringues dans le 93 et dont une partie des salariés était des usagers qui avaient été recrutés pour ça. Manque de pot, l’un d’eux est tombé dans sa vie privée dans une histoire de 50 kilos de shit et l’association a dû fermer.

Autre exemple : le président de Techno+ poursuivi par la justice pour des flyers (Sniff propre et Drug Mix), qui a été licencié de l’établissement médicosocial dans lequel il travaillait au moment du procès.

« Ce qui se raconte dans une équipe n’est pas non plus ce qui se raconte sur la place publique. « Si tu es drogué et que tu veux travailler dans un programme de réduction des risques, arrête la drogue ou change de métier » : on en est un petit peu là quand même. »
Valère Rogissart

Une vraie question

Et c’est une vraie question : quand on a eu un souci avec un salarié de Sida Paroles, là encore dans le cadre de sa vie privée, qui a été jugé et incarcéré à Nanterre où l’association intervenait massivement, on s’est demandé si on devait le licencier pour faute grave ou lourde. Il faut quand même une solide conception des choses au niveau de l’association et du conseil d’administration sur l’attitude à tenir à cet égard, sachant qu’on ne licencie pas non plus quelqu’un comme ça pour usage de drogues, ce n’est pas aussi simple. L’association a choisi de ne pas le licencier (pour un problème de shit) et je suis très fier en tant que directeur à l’époque de ne pas avoir licencié à cause de son usage de drogue quelqu’un qu’on avait engagé parce qu’il était usager de drogues.

C’est un vrai problème, parce que la question, c’est « Est-ce utile d’avoir des usagers dans les structures médicosociales, Caarud, Csapa et autres ? » Les ex ne posent pas le même problème. Je travaille dans une communauté thérapeutique où les conseillers en addictologie sont d’anciens patients dépendants soignés, qui ont suivi une formation et qui font aujourd’hui partie intégrante des professionnels, au côté des assistantes sociales, des éducs, toubibs, psycho, etc. Mais comme ce sont des ex, c’est moins compliqué.

EGUS 9 Pierre ChappardOui, c’est utile

La question, ce sont les usagers actifs, et de ce que j’ai pu voir de mon expérience sur l’utilité d’avoir des usagers de drogues, la réponse est un oui franc et massif. Pour connaître les milieux, comprendre comment ça se passe et ce qui se dit. La première fois que j’ai été en rave avec la mission Rave, je n’ai par exemple rien compris à ce que m’a dit un mec avec lequel j’ai discuté pendant trois-quarts d’heure. Heureusement qu’après, j’avais un traducteur grâce auquel j’ai pu apprendre la langue. C’est aussi une question de connaissance des pratiques, des produits, une capacité de contact, mais c’est d’abord une histoire d’empathie avec les usagers de drogues, une forme de proximité. Même si un fumeur de pétards depuis trente-cinq ans n’a pas les mêmes références culturelles ou le même mode de vie qu’un crackeur de Stalingrad, on retrouve quand même certains points communs.

Il me semble que c’est dans les programmes où il y a mixité d’intervenants qu’on continue d’inventer des nouveaux outils, sur l’injection, le sniff, etc., pas dans les institutions classiques.

« Je n’ai pas de diplôme, mon diplôme, c’est ma vie, mon parcours de vie. Et c’est pour moi une façon de me valoriser. Ne pas le dire, c’est comme si je refusais ma vie, j’ai besoin de mon parcours d’usager pour m’identifier. »
José Mendes

La difficulté de le revendiquer

Est-ce un problème de revendiquer son usage quand on est intervenant ? Je n’en sais rien, ça me paraît compliqué. Mais le sociologue Michael Pollack a montré dans le VIH que moins les personnes gay étaient en mesure d’assumer leur identité homosexuelle, moins elles étaient en capacité de se protéger et donc de diffuser les messages de protection. J’émets donc l’hypothèse que ne pas assumer son identité d’usager va être compliqué pour faire un certain nombre de choses et porter les messages dont on a besoin. C’est la question de la plus-value (y en a-t-il une ou pas ?, je pense que oui), mais tout cela reste quand même très lié au statut légal des drogues et à la pénalisation potentielle des usages et donc, des usagers.

L’auteur, Valère Rogissart, est directeur d’Aurore 93.

Cet article fait partie du dossier Les usagers-salariés du médicosocial.

Cannabis : Faites tourner le débat

Brillant reportage sur les véritables enjeux de la politique des drogues et plus particulièrement du cannabis à base de nombreuses interviews dont celle de Laurent Appel, journaliste à ASUD.

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Les Français se cachent pour fumer. 11 % des 18- 64 ans ont consommé au moins une fois du haschich en 2014. Chez les plus jeunes, cette pratique ne cesse de progresser. Au total, pas moins de 17 millions de français disent avoir fumé du cannabis au moins une fois dans leur vie.

Un véritable phénomène de société, donc. Devant lequel la loi est claire et ferme : le cannabis est un produit stupéfiant. Consommation, possession ou vente de ce produit sont des délits qui relèvent du code pénal. Une loi stricte, certes, mais difficilement applicable : comment en effet pénaliser les millions de consommateurs réguliers ?

Des voix s’élèvent régulièrement pour réclamer une dépénalisation, qui régulariserait la situation. D’autres prônent au contraire un maintien de la prohibition, notamment en raison des risques sanitaires chez les plus jeunes, le cannabis pouvant entraîner des dommages psychologiques.

Les deux camps avancent leurs arguments. Une chose est en tout cas certaine : le débat a bien du mal à prendre en France. Aucun grand parti n’est parvenu à imposer un débat de société.

Notre mot d’ordre : entrer dans le vif du sujet avec des professionnels : médecins, policiers, psychiatres, politiques. Faire tourner le débat, ouvrir les portes et interroger les représentations, sans prendre parti mais en tâchant de comprendre pourquoi cet “or vert” (comme le prétendent certains) dérange, nourrit les fantasmes et inquiète à ce point.

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La France, dans un futur plus ou moins proche. Le parti au pouvoir a pris la décision de légaliser la vente et la consommation du cannabis. A quoi peut ressembler ce pays ? Sans doute beaucoup à celui qu’on connaît déjà.

Mais concrètement, comment les Français iraient acheter, puis consommer, du cannabis ? Sous quelles conditions ? Auraient-ils besoin d’un permis ? Et où trouver de quoi fumer : dans un bureau de tabac, à la pharmacie ? Quelle place réserver à la prévention des risques liés à la dépendance ?

Avant de continuer, petit interlude pédagogique, histoire de préciser les choses :

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Face à cette hypothèse la question la plus souvent posée est celle des risques sanitaires. Quelles seraient les conséquences d’une dépénalisation sur la santé des Françaises et des Français ?

Au-delà des clivages, partisans et opposants de la libéralisation s’accordent au moins sur un point : la consommation de cannabis n’est pas un fait anodin pour le corps et l’esprit. Elle peut entraîner une désociabilisation et des dommages psychiques.

Néanmoins, ces conséquences néfastes sont mises en perspective par les spécialistes de l’addictologie, qui les comparent avec celles des drogues légales, l’alcool et surtout le tabac.

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A l’image du tabac, justement, l’ouverture de la vente de cannabis pourrait représenter, pour l’Etat, des rentrées d’argent supplémentaires. Ainsi, pour briser le flou qui existe autour de ce débat, certains préconisent d’attaquer là où ça fait mal : le porte-monnaie.

La légalisation du cannabis est en effet une promesse qui peut faire rêver: 1,6 milliards d’euros de bénéfices, 13 000 emplois… Mais à quoi cette manne financière servirait ? Quant à la nouvelle filière qui remplacerait les trafics illégaux, quel serait son visage ?

La construction d’une filière légale en France aurait en tout cas des conséquences économiques sur le plan international. Car la majorité du cannabis consommé en France n’est pas produit localement. Il vient notamment du Maroc.

Que deviendrait cette importation illégale dans un scénario de légalisation ? Et plus largement, est-ce qu’un pays peut légaliser seul dans son coin, sans prendre en compte le système commercial et mondialisé pré-existant ?

Vous vous souvenez ? Nous sommes toujours dans la France qui a choisi de dépénaliser le cannabis. Les fumeurs ne sont plus verbalisés. Une nouvelle filière économique est née, à visage découvert. Les moyens financiers et humains dépensés pour enquêter et arrêter les dealers peuvent être déployés ailleurs.

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Quant aux trafiquants, aujourd’hui hors-la-loi, quel peut être leur devenir alors que des produits légaux leur feront concurrence ? Eux qui sont le plus souvent déscolarisés, à quelle reconversion peuvent-ils prétendre ?

Quant aux trafiquants, aujourd’hui hors-la-loi, quel peut être leur devenir alors que des produits légaux leur feront concurrence ? Eux qui sont le plus souvent déscolarisés, à quelle reconversion peuvent-ils prétendre ?

L’ensemble des éléments cités par nos spécialistes ne reposent évidemment que sur des hypothèses. Mais ils s’inspirent tout de même d’une réalité : le cannabis est en effet toléré, dépénalisé – voire légalisé – dans quelques pays du monde.

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Quels sont les modèles de dépénalisation au Pays-Bas, ou dans le Colorado ? Comment la Suède a mis en place un système de prévention très en amont ? Quel bilan peut-on tirer de ces différentes expériences ?

Un paradis, le Colorado ? Le cannabis y est accessible pour un usage récréatif depuis 2012. Quelles en sont les conséquences ?
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Alors ? Des éléments concrets, on en a. Des études sérieuses, tout autant. Les professionnels des secteurs liés à la toxicomanie ou au trafic de drogues sont de plus en plus nombreux à dire que la prohibition ne fonctionne pas et qu’il est temps de changer notre fusil d’épaule.

Pourtant, le débat n’émerge pas. Aucun “grand” parti n’a pris ces revendications en compte lors des dernières élections. Alors, keskiblok ?

Ils ont fait tourner le débat

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