Étiquette : Kétamine

Dubstep/kétamine : beaucoup de coïncidence…

L’essor de la kétamine et celui du dubstep ne seraient pas liés ? C’est ce que se tuent à répéter Dj’s et forumeurs. Avec ses ralentissements de fréquence et ses lourdes basses, le dubstep ressemble pourtant à s’y méprendre à une illustration sonore des effets de la kétamine. Berceau du dubstep, l’underground londonien du début des années 2000 est aussi l’un des premiers lieux de consommation de kétamine. Une coïncidence d’autant plus troublante qu’au même moment à l’autre bout de l’Occident, la vague du Dirty South popularise la consommation d’un autre downer : la codéine…

Vous avez sûrement déjà entendu parler du dubstep, ce style de musique électronique qui tient le haut de l’affiche depuis environ cinq ans.

ASUD52_Bdf_Page_30_Image_0003Comme c’est souvent le cas dans notre société où l’industrie musicale se nourrit des émanations de l’underground pour produire des effets de mode commercialement rentables (jette tes disques de plus de 3 ans et rachètes‑en des nouveaux si tu veux être à la page), ce pauvre dubstep sera passé d’un sous‑genre obscur au top de la hype en moins de temps qu’il n’en faut à un producteur de major pour s’enfiler une ligne de coke. Et conformément au schéma habituel, il se dirige aujourd’hui vers les abîmes de ringardise1 qui attendent chaque courant musical passé par la moulinette à pognon…

Enfin, heureusement les musiques électroniques se renouvellent à une vitesse que même des producteurs dopés peinent à suivre et le dubstep est loin d’avoir dit son dernier mot. Je vous passe les dizaines de déclinaisons auxquelles il a donné naissance pour vous mener directement à celle qui nous intéresse : le Dubstep and Screw, un hybride de dubstep et de Chopped and Screwed, vous vous rappelez ? Ce style de hip-hop ralenti et saccadé généralement écouté le cerveau embrumé de codéine (Lire Hip-hop, le sirop de la rue dans ASUD journal n°51). Eh bien des Canadiens ont eu l’idée de reproduire la technique sur des morceaux de dubstep pour un résultat… stupéfiant !

ASUD52_Bdf_Page_31_Image_0006Des liens troublants

On verra si ce style perdurera mais, bien qu’ils soient nés à des milliers de km de distance, la convergence du dubstep et du Chopped and Screwed semblait inévitable : deux courants succédant à des bass‑musics aux rythmes très rapides (la Miami Bass et la Drum’n’Bass) dont ils prennent les codes à contre‑courant en ralentissant et déstructurant les rythmes.

Autre point commun : deux styles de dance music fortement liés à des consommations de produits pas vraiment habituels dans le cadre festif puisqu’il s’agit de downers : la kétamine et la codéine. Enfin, si le lien entre Chopped and Screwed et conso de sizzurp est bien établi, les choses sont moins claires pour le dubstep et la kéta… La polémique est lancée fin 2009 par le célèbre S. Reynolds qui explique dans un article publié par le Guardian que c’est désormais la kétamine qui dirige la club-culture londonienne et que l’essor du dubstep (dont l’écoute est réputée se marier parfaitement avec les effets de la poudre à poneys) en est le signe. Sauf que les musiciens de dubstep refusent l’analyse et qu’une partie du public déjà excédée par le comportement des K‑Heads se braque contre l’article. Il faut dire qu’avec leurs défauts de synchronisation des mouvements et leur incapacité à s’exprimer, les kétaminés ne renvoient pas toujours une image très positive du mouvement. À tel point que chez certains disquaires londoniens, on peut trouver des T‑shirts « Dubstep Against Ketamine » et que le sujet « la kétamine va ruiner le dubstep » comporte plus de 400 réponses sur le forum de référence, dubstepforum.

ASUD52_Bdf_Page_31_Image_0005La rencontre musique/produit

Ici encore on peut faire le parallèle avec le Chopped and Screwed dont le père fondateur DJ Screw (chéper notoire décédé d’une OD d’opiacés et d’amphets en 2001) s’était toujours défendu d’avoir inventé ce style sous l’effet du sizzurp… Laissons à ces musiciens désireux de ne pas voir leur créativité entachée du recours à des psychotropes le bénéfice du doute, mais remarquons tout de même qu’il arrive qu’un produit rencontre un style de musique (reggae/cannabis, punk/amphets-alcool, techno‑house/ecstasy…) et que l’essor de la kétamine coïncide étrangement avec celui du dubstep puisque tous deux prennent naissance dans les squats‑parties londoniennes du début des années 2000.

Et au lieu de nous arracher les cheveux à déterminer si le public consomme de la kétamine parce que les DJ’s jouent du dubstep ou l’inverse, méditons les sages paroles de S. Reynolds : « Il est clair que certaines drogues deviennent des « It Drugs ». Leurs effets donnent le ton d’une époque, affectant même des gens qui n’ont jamais consommé la substance en question […] Pas uniquement via la musique mais aussi via les pochettes d’album, les posters, les looks, etc. Le LSD a par exemple affecté beaucoup plus de gens dans les sixties que ceux qui prenaient réellement de l’acide. »

ASUD52_Bdf_Page_30_Image_0002Si pour Reynolds, la kétamine est clairement devenue la « It Drug » de notre époque, que dirait‑il de la codéine dont l’ambassadeur Lil Wayne croule sous les récompenses musicales, dont le style de musique associé – le Chopped and Screwed – influence jusqu’à des groupes de métal2 et dont on retrouve l’imagerie (notamment la couleur violette du sizzurp) dans un nombre incalculable de clips ? Quoiqu’il en soit, la montée en puissance simultanée de deux styles musicaux associés à des consommations de downers est troublante : après une longue période de gloire des stimulants, il est bien possible que les downers se hissent à la place de It Drugs mondiales !

1À ce sujet, Justin Bieber a annoncé un prochain album dubstep

2Le groupe Korn a sorti un album remixé Chopped and Screwed

Kétamine et réduction des risques

Celui qui, ne pouvant s’empêcher de goûter, n’aura pas préalablement « apprivoisé  » la kétamine avec de  » toutes petites traces  » risque de faire un  » gros bad trip « .

En cas d’injection intraveineuse, l’effet est instantané et très violent. Perte totale de contrôle du corps et chute garantie.

En général la consommation de kétamine se termine allongée, avec une impossibilité totale d’agir. Quel que soit le mode de consommation, l’environnement doit toujours être suffisamment sécurisé et confortable pour s’allonger. Attention aux chutes de tension (moins de 8-10 pulsations en 15 secondes). Si celle-ci est anormalement basse, surélever les jambes.

L’association avec des benzodiazépines et/ou de l’alcool peut provoquer une dépression respiratoire.
Une consommation régulière contribue à encombrer les voies respiratoires. Se moucher et expurger les glaires le plus souvent possible.

La kétamine est absolument déconseillée aux personnes souffrant d’épilepsie. Elle augmente sérieusement le risque de crise et la violence de celle-ci.

Ne jamais consommer en cas de problèmes de tension artérielle, cardiaques, hépatiques, de troubles psychologiques… et juste après avoir mangé.

La kétamine cause de sérieux problèmes à ceux qui en ont perdu le contrôle et consomment à longueur de journée. Quand le produit est épuisé ou inaccessible, la dépendance disparaît, en général sans conséquences majeures. La majorité des amateurs de kéta en font un usage récréatif qui, vu de l’extérieur, peut réellement impressionner. Les problèmes résident bien plus dans l’abus, les mélanges, les représentations caricaturales ou erronées des effets, le manque d’informations fiables et ciblées. Le mot d’ordre inspiré du de celui de la Mildt, « Savoir mieux et plus pour risquer moins », est plus que jamais d’actualité.

Bad trips et mélanges

L’effet de la kétamine peut être très dur et insupportable, voire traumatisant, pour certains. Des personnes en ayant pris sans le savoir ont vécu un bad trip terrible avec hallucinations dantesques, sensation de mort imminente, de non-réintégration de l’esprit dans le corps, impression de devenir fou…

Le mélange kétamine/hallucinogènes/alcool est le plus redoutable. Il peut entraîner convulsions, crises de fureur paroxystiques contre soi-même, révélatrices de l’extrême mal-être dans lequel se trouve le sujet qui, généralement, ne se rappellera pas grand chose à son réveil. Mais quels souvenirs, avec parfois des ecchymoses, pour ceux qui ont été obligés de gérer sa démence. Et quel choc pour le médecin qui constate chutes et montées de tension de 4 à 18, en accord avec la musique, chez des personnes donnant l’apparence d’un état de coma total.

Kétamine humaine ou vétérinaire

En général les consommateurs trouvent la kéta vétérinaire plus  » physique  » que la kéta humaine, plus  » spirituelle « . Peut être est-ce du au conservateur contenu dans cette dernière : le benzthonium chloride, un agent anticholinergique (1), qui pourrait moduler les effets comme le ferait un très léger hallucinogène.

A savoir

Il est quasi impossible de se lever après un gros rail. Mieux vaut donc aller pisser d’abord. La kéta altère les perceptions sensorielles et musicales. Impossible ou nul de mixer sous kétamine. Ce n’est pas une drogue de communication. Rien n’est plus solitaire qu’une défonce à la kéta.

(1) Durieux, M.E, Nietgen, G.W. (1997) « Synergistic inhibition of muscarinic signaling by kétamine stereoisomers and the preservative benzethonium chloride » µ Anesthesiology 86

Histoire et usage médical de la kétamine

Découverte en 1962, la kétamine est un des anesthésiants les plus largement étudiés (1)… Expérimentée la première fois sur l’être humain en 1965 comme anesthésique général, elle suscita un intérêt particulier pour son action brève et sûre. Elle fut largement utilisée lors de la guerre du Vietnam par des GI’s blessés qui en usèrent et en abusèrent et racontèrent comment ils voyaient leur corps inanimé depuis une conscience flottant quelque part au plafond…
Dans les années 70, des chercheurs, tel Stanislas Grof, inventeur de la psychologie transpersonnelle, l’expérimentèrent comme outil d’exploration d’états de conscience modifiée. En Russie, on soignait le lancinant syndrome du « membre fantôme » des amputés (la sensation d’avoir mal à la main d’un bras coupé) grâce, en partie, à ses effets analgésiques et « dissociatifs ». La drogue pourrait permettre de vivre plusieurs états de conscience à la fois. Dans ce pays, on s’en servit également pour les sevrages d’alcool et d’héroïne, mais sur le mode aversif (en suscitant un réflexe de dégoût). Les succès furent mitigés mais pas inintéressants (2).
Karl Janssen, un psychiatre anglais spécialiste de la kétamine suggère que la drogue, administrée sous contrôle médical, pourrait être utilisée au même titre que les électrochocs pour traiter certaines maladies mentales. Actuellement, la kétamine est utilisée, associée à d’autres produits, l’anesthésie des enfants, personnes âgées ou fragiles. On l’emploie également en médecine d’urgence, sur les champs de bataille ou lors d’accidents… pour les amputations, soulager les fortes douleurs, notamment chez les grands brûlés… Dans certains Etats US, elle sert à exécuter « humainement » les condamnés à mort par injection létale. Dans ce même pays, des gays pratiquant une sexualité particulièrement hard, utilisent kétamine et cocaïne pour anesthésier celui qui subira le head fucking.
Son autre usage est vétérinaire. On s’en sert pour anesthésier les animaux avant une opération ou pour les neutraliser. L’appellation d' »anesthésiant pour bestiaux » n’est peut-être pas pour rien dans son effet attractif.

(1) Plus de 6500 études sur le produit (Medline) dont une bonne partie sur l’être humain contre 800 publications sur la MDMA, dont très peu, par contre, concernent une expérimentation humaine.
(2) Gardons à l’esprit que dans l’ex-URSS, beaucoup de produits furent utilisés davantage pour leur prix de revient extrêmement faible et leur facilité de fabrication que pour leurs réelles qualités thérapeutiques.

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