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Réglementation européenne sur les plantes à fumer : un pas vers la réduction des risques pour les consommateurs de cannabis avec du tabac

Communiqué des associations
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La directive sur les produits du tabac et produits connexes, dite directive 2014/40/UE doit être implémentée dans le droit français le 20 mai 2016. L’article 21 donne les principes de cette réglementation que chaque pays doit traduire en droit national.

  1. Chaque unité de conditionnement de produits à fumer à base de plantes ainsi que tout emballage extérieur porte l’avertissement sanitaire suivant: «Fumer ce produit nuit à votre santé.»
  2. L’avertissement sanitaire est imprimé sur la surface extérieure avant et arrière de l’unité de conditionnement ainsi que sur tout emballage extérieur.
  3. L’avertissement sanitaire répond aux exigences énoncées à l’article 9, paragraphe 4. Il couvre 30 % de la surface correspondante de l’unité de conditionnement et de tout emballage extérieur. Ce pourcentage est porté à 32 % pour les États membres ayant deux langues officielles et à 35 % pour les États membres ayant plus de deux langues officielles.
  4. Les unités de conditionnement et tout emballage extérieur de produits à fumer à base de plantes ne peuvent comporter aucun des éléments ou dispositifs énoncés à l’article 13, paragraphe 1, points a), b) et d), et ne peuvent indiquer que le produit est exempt d’additifs ou d’arômes.

Libérer le cannabis du risque « Tabac »

Le mélange cannabis (résine/herbe) + tabac est le mode de consommation du cannabis le plus répandu en France. De nombreux fumeurs de tabac qui veulent arrêter tout en conservant une consommation de cannabis ont beaucoup de difficultés : l’addiction au tabac et à sa nicotine est beaucoup plus forte que celle au cannabis et à son THC.

L’absence de toute consommation de cannabis est bien entendu préférable, mais chez les ex-fumeurs de tabac ne souhaitant pas arrêter le cannabis, la consommation de ce produit sans tabac constitue une démarche de réduction des risques par l’abandon du tabac. Il convient de rappeler que cette pratique permet de s’affranchir de l’addiction à la nicotine et aux méfaits des milliers d’additifs présents dans le tabac industriel, mais n’affranchit pas des risques liés à la combustion (goudron et monoxyde de carbone).

Les mélanges de plantes à fumer sont déjà à disposition dans les coffee-shops néerlandais.

Fumer ce produit nuit à votre santé

A l’heure actuelle, ces mélanges sont peu connus des consommateurs et des professionnels de santé. Ils sont aussi difficilement accessibles dans le commerce, même spécialisé, hormis via internet. Une organisation du marché des mélanges de plantes à fumer est nécessaire et permettrait aux consommateurs de trouver les plantes ou mélanges de plantes souhaités tout en s’affranchissant de la consommation de tabac.

Le Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions (RESPADD) qui vise à favoriser les bonnes pratiques de prévention et de prise en charge de l’ensemble des pratiques addictives soutient les démarches de réduction des risques. Ouvrir l’opportunité pour les consommateurs de remplacer la consommation de tabac + cannabis par une consommation exclusive de cannabis s’inscrit dans cette démarche.

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Contacts

Respadd : Bertrand DAUTZENBERG, vice-président. bdautz@gmail.com / 01 40 44 50 26
Le Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions (RESPADD) qui vise à favoriser les bonnes pratiques de prévention et de prise en charge de l’ensemble des pratiques addictives soutient les démarches de réduction des risques. Ouvrir l’opportunité pour les consommateurs de remplacer la consommation de tabac + cannabis par une consommation exclusive de cannabis s’inscrit dans cette démarche.

Principes Actifs : Fabienne LOPEZ, vice-présidente : contact@principesactifs.fr
Principes actifs est une association de patients engagés pour un usage thérapeutique du cannabis.

ASUD : Georges LACHAZE contact@asud.org / 01 43 15 04 00
ASUD est un groupe d’auto-support d’usagers et ex-usagers de drogues. L’association milite pour la promotion de la réduction des risques parmi les usagers et ex-usagers de drogues ; soutien et représente, en tant qu’association agrée de patients, toute personne prise en charge par le système sanitaire et social pour des questions relatives à son usage de drogues et sa conduite addictive ; contribue à la recherche et la formation en matière de VIH/Sida, d’hépatites, de conduites addictives et de toxicomanie.

ONU 2016 : Lettre ouverte à Ban Ki-Moon pour en finir avec la guerre aux drogues

Communiqué de Presse
ONU 2016 : des milliers d’appels à l’échelle mondiale pour en finir avec la guerre aux drogues

Des milliers de personnalités, leaders, individus et associations à travers le monde lancent, à la veille de la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur les drogues (UNGASS) du 19 au 21 avril 2016 à New York, un vibrant appel pour en finir avec la guerre aux drogues. En Suisse, la Fédération des professionnels des addictions a relayé le mouvement : près de 2400 personnes, dont des dizaines de personnalités, ont signé une pétition à l’intention du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon afin qu’il exhorte les gouvernements à l’abandon irrévocable d’une approche désastreuse héritée des années 70.

A quelques jours du sommet mondial sur les drogues, la société civile lance une pétition mondiale invitant le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, à mettre un terme à 50 ans de politiques drogues basées sur la répression, lui qui exhortait en 2015 les gouvernements à le faire en considérant toutes les options possibles. Partie des États-Unis sous l’impulsion de la Drug Policy Alliance, elle est soutenue par d’anciens présidents (Suisse : Ruth Dreifuss, Brésil : Fernando Henrique Cardoso, etc.) mais aussi des artistes (Sting, Peter Gabriel, Michael Douglas, etc.), des intellectuels, des politiques et des top managers (dont Bernard Kouchner, Sir Richard Branson, Warren Buffett). En Suisse, près de 400 personnes dont une soixantaine de personnalités parmi lesquelles Barbara Gysi, Dick Marty, Rolin Wavre, Luc Recordon ont rejoint le mouvement. Il est inadmissible que les médicaments contre la douleur ou les soins palliatifs soient encore refusés dans certains pays parce qu’ils contiennent des drogues. Il est tout aussi inconcevable que des milliers de personnes continuent de mourir par overdose ou sont infectées par le VIH ou d’autres maladies transmissibles. L’abandon de la peine de mort pour consommation ou détention de drogue fait également partie des priorités de la session. Plus de 60% des exécutions capitales à travers le monde sont encore liées à la drogue.

L’UNGASS 2016 s’intitule « Vers la réalisation des objectifs de 2019 ; un meilleur avenir pour les générations futures ». Ce sommet est le premier sur les drogues depuis 20 ans. Sa date a été avancée de trois ans à la demande de plusieurs pays d’Amérique du Sud devenus, à l’instar d’autres États, très critiques sur les politiques de répression inspirées des conventions onusiennes. Dans l’urgence, l’UNGASS 2016 a été convoquée afin de débattre des enseignements passés et parvenir à une meilleure adéquation entre santé publique, sanction et régulation des marchés pour la prochaine session de 2019.

Il y a près de 20 ans, l’UNGASS 1998 avait pour slogan « Un monde sans drogues, nous pouvons le faire ». En 2009, les États membres adoptaient un plan d’action visant à réduire les marchés des drogues. En 2011, le retentissant rapport de la Commission mondiale pour la politique des drogues, qui réunit notamment Ruth Dreifuss et Kofi Annan, constatait l’échec total des pratiques fondées sur la répression. Entretemps, plusieurs Etats ont assoupli en solo leur législation. On est encore loin d’une politique globale et concertée. Il incombe à l’UNGASS 2016 d’enclencher un mouvement irréversible vers des politiques drogues plus humaines et plus efficaces.

Contacts Presse :

  • Christian Andréo, AIDES
  • Georges Lachaze, ASUD, 06 63 08 99 84.
  • Nathalie Latour / Laurène Collard, Fédération Addiction, 06.12.21.07.25 / 06.15.26.35.95

Les associations françaises s’engagent en faveur de la santé et des droits humains à la Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur les drogues (UNGASS) du 19 au 21 avril 2016 à New York. Elle se sont constituées en plateforme commune il y a trois ans pour dialoguer avec la diplomatie française et les médias.

Lettre ouverte à Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU.

Son Excellence
Monsieur Ban Ki-moon
Secrétaire général
Organisation des Nations Unies
First Avenue at 46th Street
New York, NY 10017
USA

Monsieur le Secrétaire général,

À l’occasion de la Session extraordinaire de l’Assemblée Générale des Nations Unies (SEAGNU/UNGASS) sur le problème des drogues dans le monde qui aura lieu à New-York du 19 au 21 avril 2016, nous en appelons à votre autorité afin de soutenir une réforme globale de la politique de contrôle du marché des drogues.

Le régime du contrôle des drogues qui a émergé durant le siècle dernier a eu des conséquences désastreuses sur la santé, la sécurité et les droits humains. Cette politique, axée essentiellement sur la criminalisation et la répression, a créé un vaste marché illicite qui a directement contribué à enrichir le crime organisé, à corrompre des gouvernements, à alimenter une explosion de la violence, à perturber les marchés économiques et à pervertir les valeurs morales de base.

Les gouvernements des États membres ont alloué des ressources disproportionnées à cette politique répressive, au lieu de les consacrer à l’amélioration de la condition humaine. Des dizaines de millions de personnes, pour la plupart vivant dans la pauvreté et issues de minorités raciales et ethniques, ont été incarcérées à cause des lois répressives sur les stupéfiants, en grande partie pour des infractions mineures et sans acte de violence lié. Ces incarcérations n’apportant que très peu de bénéfice en termes de sécurité publique. Avec ces lois prohibitionnistes, les problèmes d’infection au VIH/SIDA, d’hépatites et d’autres problèmes de santé liés à la consommation de drogues se sont rapidement développés entravant les efforts des politiques de santé publique, en particulier dans le champ de la réduction des risques.

Au 21e siècle, l’humanité mérite mieux qu’une politique drogues aussi inefficace et contreproductive que celle du siècle précédent. Une nouvelle réponse globale à la question des drogues est nécessaire. Elle doit se fonder sur la science, la compassion, la santé et les droits humains. La répression et la justice pénale devraient se limiter à leur rôle respectif, à savoir garantir la santé et la sécurité. Ceux qui reconnaissent que l’usage des drogues est d’abord et avant tout une question de santé, doivent assumer leur rôle et promouvoir une nouvelle approche. Les efforts pour contrôler les drogues ne doivent pas faire plus de mal que de bien, ni causer plus de dommages que l’usage de drogues lui-même.

Nous sommes encouragés par des développements positifs partout dans le monde depuis la dernière session spéciale des Nations Unies en 1998. Des programmes de réduction des risques (fondés scientifiquement) pour contenir la propagation du VIH/SIDA ou d’autres infections, le traitement des addictions ou encore la réduction de la criminalité liée à la drogue sont maintenant en cours dans presque une centaine de pays.

Un nombre toujours plus important de villes, d’États et de gouvernements nationaux ne considèrent plus l’usage et la possession de drogues comme des crimes. Certains sont en train de régulariser légalement la consommation de cannabis à des fins médicales et même non médicales. Beaucoup reconnaissent la nécessité de rendre les médicaments essentiels disponibles, en particulier pour la douleur et les soins palliatifs dans les pays à faible revenu. Cependant, des réformes bien plus importantes et plus systémiques sont essentielles.

Monsieur le Secrétaire général, nous avons été stimulés par vos déclarations de l’année passée, où vous avez exhorté les gouvernements à saisir l’opportunité de la SEAGNU (UNGASS) « pour participer à un grand débat ouvert qui permette de considérer toutes les options possibles ». Malheureusement, ceci ne s’est pas encore produit dans les cercles restreints du système des Nations Unies. Votre leadership est maintenant nécessaire pour nourrir les graines de cette réforme, et éviter qu’elle soit rejetée, et pour permettre à cette étape de conduire véritablement à une réforme profonde et globale des politiques drogues.

1172 personnes ont co-signé cette lettre de par le monde.

Signataires en France :

  • Patrick Aeberhard – Former President, Doctors of the World (Médecins du monde) – France, Europe
  • Jean-Pierre Couteron – Chairman, Federation Addiction – France, Europe
  • Jean Pierre Daulouede – Director, Bizia – France, Europe
  • Bernard Kouchner – Former Minister of Foreign Affairs, France – France, Europe
  • KShoo – Spokesperson and co-founder, Federation of CIRCs (Collective for Information and Research into Cannabis) – France, Europe
  • Georges Lachaze – Project Manager, ASUD (Self Support of Drug Users) – France, Europe
  • Fabienne Lopez – President, Principes Actifs – France, Europe
  • Fabrice Olivet – Director, ASUD (Self Support of Drug Users) – France, Europe

La liste complète des signataires est disponible sur www.drugpolicy.org/ungass2016/full

Hépatites : Guérison pour tous ? Traitement pour chacun ! La santé n’a pas de prix, mais les traitements doivent avoir un juste prix

Actions Traitements – Act Up Paris – Aides – Arcat – ASUD – Basiliade – CATRED – CEID – Collectif Hépatites Virales – Comede – Dessine moi un mouton – Fédération Addiction – FNARS – FNH VIH et autres pathologies – Gaia Paris – Marmottan – Médecins du Monde – Odse – Planning familial – Solidarité Sida – SOLENSI – SOS Hépatites Fédération – LeTipi Marseille – TRT-5

Le 19 mai dernier était présenté le tout premier rapport d’experts en France sur la prise en charge des personnes infectées par les virus des hépatites virales B et C.Les conclusions de ce rapport étaient attendues pour lutter contre l’épidémie, soigner, et guérir en particulier les personnes infectées par le VHC grâce à l’arrivée de nouvelles molécules.

En effet, les hépatites représentent un problème majeur de santé publique : plus de 500.000 personnes touchées en France et près de 4000 décès chaque année.

Si les recommandations qui y figurent sont pertinentes : étendre et améliorer l’accès aux soins des personnes « vulnérables » et/ou en situation de précarité, dépister et traiter sans état d’âme et sans jugement les usagers de drogues, les personnes sous main de justice, les migrants… , elles devraient être suivies par un comité sous l’autorité du ministère de la santé ; enfin leur mise en oeuvre effective implique des moyens et des mesures à la hauteur des enjeux éthiques et de santé publique.
La lutte contre les hépatites connaît une révolution avec l’arrivée de traitements beaucoup mieux tolérés permettant des taux de guérison spectaculaires.

Les prix annoncés par les laboratoires, en particulier Gilead, sont prohibitifs : 60.000 à 80.000 euros pour une cure de 3 mois !

Comment dans ces conditions garantir un accès équitable à tous ?

Ce prix, qualifié d’ »exorbitant » par les experts du rapport, pourrait créer un dangereux précédent en ne basant pas la délivrance de médicaments vitaux sur les réels besoins en santé des personnes, ce qui aggravera une discrimination préexistante des personnes susceptibles d’être soignées sur des critères non médicaux : mode de vie, situation administrative ou socio-économique des personnes touchées.

Ceci entraînerait donc une perte d’espérance de vie pour certaines, la survenue de complications et d’incapacités liées à la maladie ou encore le recours à des traitements moins coûteux mais moins efficaces.

Nous ne pouvons nous satisfaire d’une prise en charge à deux vitesses. C’est d’autant plus intolérable que l’arrivée de nouveaux traitements contre l’hépatite C, beaucoup plus efficaces et avec beaucoup moins d’effets secondaires, fait entrevoir la possibilité d’éradiquer cette épidémie.
Nous demandons une véritable stratégie nationale de lutte contre les hépatites pour améliorer le suivi des lignes de crédits affectés aux services de santé et leur capacité à répondre aux besoins, et garantir une réelle équité dans l’accès aux nouvelles molécules.

La France s’est dotée depuis 1946 d’un système de protection sociale reposant sur le principe suivant : « Le droit fondamental à la protection de la santé doit être mis en oeuvre par tous moyens disponibles au
bénéfice de toute personne » art. L1110-1 du Code de Santé Publique. Nous rappelons que toute approche contraire à ce principe fondamental constituerait une grave atteinte au Code de Santé publique, dans la mesure où elle représenterait une perte de chances thérapeutiques pour les personnes touchées.
Face à ces enjeux éthiques et de santé publique, nos organisations s’interrogent sur l’intérêt et la nécessité de saisir le CCNE (Comité consultatif national d’éthique) pour avoir son avis sur les dangers de la mise à l’écart de patients infectés par le VHC nécessitant pourtant un traitement.

Plus largement, cela pourrait être l’occasion de connaître ses conclusions sur les implications éthiques et de santé publique en matière de coût des traitements et des dispositifs dont devrait se doter l’Etat pour mieux négocier avec l’industrie pharmaceutique, tout en accordant une place à la société civile et aux personnes concernées.

Nous appelons l’Etat à exiger un juste prix et donc à jouer son rôle de régulateur auprès des industriels afin de faire baisser les prix et de garantir l’accès à ces nouvelles molécules pour au moins 80.000 personnes atteintes d’hépatite C chronique, chez qui le traitement doit être initié selon les recommandations du rapport d’experts. Nous demandons à ce que les personnes infectées et malades soient enfin associées aux discussions et aux négociations, notamment dans les différents groupes de travail, en particulier ministériels, interministériels ; sans oublier leur intégration au Comité Economique des Produits de Santé (CEPS).

L’attitude de la France est d’autant plus attendue que nombre de pays sont confrontés à des difficultés similaires, voire encore plus graves, et que l’épidémie est mondiale.

Contacts :

– Président de SOS Hépatites Fédération, Michel Bonjour – téléphone 06 84 29 00 95 et courriel <michel.bonjour@soshepatites.org>

– Emmanuelle Hau/Aurélie Defretin, Médecins du Monde – téléphone 01 44 92 14 31 /13 81 – 06 09 17 35 59
<infomdm@medecinsdumonde.net>

La CIRC évolution

Après de longues années de silence où seul son groupe lyonnais maintenait la barre, la Fédération des CIRCs reprend le combat. Quelques remous internes et surtout une actualité internationale sans précédent auront suffit à réveiller le monstre. À l’occasion de son assemblée générale qui s’est tenue début novembre à Lyon, notre association s’est longuement penchée sur ces deux dernières décennies et les actions menées.

L’âge d’or de l’antiprohibitionnisme cannabique

Au début des années 90, l’obscurantisme en matière de drogues, bâtait son plein. Le sujet était monopolisé par les partisan(e)s du système prohibitionniste, LA drogue était Le mal, on escaladait forcément le chanvre festif pour atteindre les sommets des opiacés, et que dire de la parole des usagers d’alors ? Puis vint un livre, promu au rang de « bible des cannabinophiles », Fumée Clandestine, parut en pleine paranoïa. De réunions en conférences, nous nous aperçues très vite que d’autres initiatives du même genre étaient menées du côtés des « injecteur(triche)s ». Sans aucune concertation, un groupe d’auto-support voyait le jour, Asud. Si les cannabinophiles n’avaient qu’à combattre des idées reçues et tout un tas contre-vérités assénées par des idéologues réacs, les usager(e)s de drogues injectables se retrouvaient, eux/elles, face à  un véritable problème de santé publique avec la diffusion de virus mortels dans leur « communauté », ceux du VIH et de l’hépatite.

Réuni(e)s sous le drapeau de la RdR, mais aussi sous celui de l’antiprohibition, usager(e)s et professionnel(le)s obtinrent des avancées indéniables. Mais à la réforme profonde, voire l’abolition pure et simple de la Loi du 31 décembre 1970, certain(e)s préférèrent se contenter de la substitution pour répondre à l’urgence de la situation sanitaire consommateur(trice)s.

Ces dix années (1990/2000) auront permis de contribuer à une approche plus pragmatique de la question des drogues par les autorités. La prévention prenait le pas sur la répression et pendant un temps, nombreux(euses) étions-nous à croire en une possible sortie de la prohibition, tout du moins pour la filière chanvre. C’était le pari du CIRC que de parvenir à provoquer chez les cannabinophiles, cette envie de participer au débat national en intervenant directement dans leur environnement proche. Bref à libérer la parole pour rendre plus évidente l’hypocrisie ambiante.

Ce pari fut en parti gagné. Vers la fin des années 90 et à l’occasion de la campagne de prévention organisée par la Mildt, « savoir plus risquer moins ! «  notre mouvement en détourna le slogan pour lancer la sienne  : « Cultivez plus, risquez moins ! ».

L’autoproduction devenait notre nouveau cheval de bataille. Des centaines de boutiques proposant le matériel nécessaire à la production domestique de chanvre récréatif allaient voir le jour partout en France. Quelques audacieux allèrent jusqu’à proposer des graines. De nombreux ouvrages consacrés à ce genre jardinage , furent publiés, traductions de livres étrangers, mais aussi originaux français. Une maison d’édition y consacra toute son énergie, les Éditions du Lézard qui, aux côté du CIRC, contribuèrent largement à dynamiser le mouvement.

Une pause et ça repart !

Et puis… et puis… et puis le militantisme, la dynamique d’un mouvement dépendant de ses activistes, le manque de renouvellement, mais aussi d’autres projets sur d’autres fronts firent que le CIRC entra en mode sommeil. La lâcheté de la « Gauche » sur le sujet, les désillusions que cela entraîna et le retour d’une Droite décomplexée eurent sans doute un peu raison de notre enthousiasme des débuts. Mais le vent tourne, et généralement jamais d’où on l’attend.

En Europe mais aussi en France, ce sont les Cannabis Social Club qui firent leur apparition, une nouvelle impulsion s’il en est, pour le mouvement cannabique. À l’international, c’est de l’autre côté de l’Atlantique qu’il souffle, du pays même qui, depuis près d’un siècle, impose sa vision morale, raciste et autoritaire des drogues. Aux États-Unis d’Amérique dont une bonne vingtaine d’États ont dors et déjà autorisés l’usage thérapeutique du chanvre et sa vente sous ordonnance, deux d’entre eux ont choisi, par voie référendaire, de légaliser l’ensemble de la filière récréative de la plante.

Plus au sud, c’est un tout petit pays qui va devenir le premier à mettre en place une règlementation complète de cette même filière. Et ses voisins de réfléchir à leur tour à cette idée. Plus près de nous, de l’autre côté du détroit de Gibraltar, c’est le premier pays producteur de haschisch, le Maroc, qui voit à son parlement, porté un projet de Loi identique par deux formations politiques, une coalition progressiste de gauche et un parti plutôt conservateur. À l’est de l’Europe, ce sont de nouveaux membres de la communauté européenne qui font d’autres choix que celui de la répression aveugle. Mais c’est sans compter sur l’ « exception cul-culturelle » de la France, ce charmant village gaulois qui, au centre du vieux continent, résiste au pire, mais aussi au meilleur. Et nos dirigeant(e)s d’agiter le chiffon rouge de LA jeunesse pour justifier l’injustifiable, de prétendre vouloir la protéger en la harcelant quotidiennement à travers cette Loi inique.

C’est donc cette tempête, cet ouragan historique venu d’outre-atlantique, qui aujourd’hui re-mobilise les militant(e)s du CIRC, ce vent que nous nous devons d’accompagner pour qu’il vienne frapper à leur tour les côtes françaises. L’inéluctabilité de la fin de la prohibition étant à présent évidente, dénoncée de part et d’autre, à droite comme à gauche, par des économistes comme par des scientifiques, ça n’est plus qu’une question de temps que ne semblent toujours pas percevoir le gouvernement.

K Shoo, Porte parole du CIRC

ASUD attaqué dans son propre livre !

Jean Costentin dépasse les bornes du débat

Faut-il dépénaliser le cannabis livre couvDans la conclusion de sa contribution à l’ouvrage collectif « Faut-il dépénaliser le cannabis ? », ce professeur/prédicateur, qui shoote les souris au cannabis de synthèse pour les noyer, multiplie les provocations pour protéger la vacuité de sa présentation derrière une polémique stérile plutôt que d’argumenter constructivement avec ses contradicteurs.

Il en est bien incapable tant son texte est pauvre en références reconnues par d’autres que lui et sa clique de l’Académie de médecine. À titre personnel, Alain Rigaud et Laurent Appel ont décidé de laisser les lecteurs et le public seuls juges de la valeur des contributions de ce livre, ils répondront directement à Jean Costentin si les médias leur en donnent l’occasion.

Par contre, son attaque contre Asud n’est pas tolérable. Jean Costentin nous recolle une bonne louche d’apologie de la drogue aux frais des contribuables dans le désormais fameux numéro 50 de notre journal. Cela relève de la calomnie orchestrée par des officines de la droite dure et par le croisé de la prohibition M. Lebigot, un grand « ami » de notre association. Lancée par Valeurs Actuelles, la polémique a été relayée par des députés et des conseillers de Paris de l’UMP avant d’envahir les sites identitaires et le deep web facho. Nous sommes désormais une cible clairement identifiée de leur haine.

Suite à une question écrite particulièrement perfide du député Poisson, le 16 juillet 2013, notre ministre de tutelle Marisol Touraine a apporté un soutien sans équivoque à notre association :

« Les actions d’ASUD n’ont pas vocation à encourager à l’usage de drogues, mais à alerter sur les risques liés à la consommation des drogues pour promouvoir la réduction des risques. À cette fin, elle utilise une forme de communication adaptée à cette population à risques. En 2012, la subvention annuelle versée par le ministère chargé de la Santé a été d’un montant de 130 000 euros. Elle contribue à financer, en plus de la publication « ASUD journal », la fonction de représentation et de mobilisation d’une population particulièrement exposée à des risques sanitaires majeurs. Le Gouvernement n’entend pas remettre en cause cette subvention dans la mesure où elle concourt à la politique de réduction des risques infectieux pour une population particulièrement vulnérable. »

Fin de la polémique.

La stigmatisation systématique des représentants des usagers de drogues n’est pas compatible avec le débat démocratique. Il n’est donc pas surprenant que Jean Costentin reprenne aussi la dialectique frontiste : « Ce n’est pas parce qu’une politique a échoué que l’on doit y renoncer. Interdire la pédophilie, les viols et les crimes ne les a pas éradiqués, ce n’est pas une raison pour les autoriser. » À rapprocher de l’abjecte sortie de Stéphane Ravier, candidat FN à Marseille, interrogé par Thierry Ardisson dans l’émission « Salut les Terriens » sur une éventuelle légalisation du cannabis pour lutter contre les trafics : « On pourrait légaliser le viol aussi ! Parce que le viol, finalement, c’est un rapport amoureux, qu’une partie des deux souhaite. La deuxième pourrait faire un effort. Si je suis votre raisonnement, c’est la même chose. »

Cette association entre le viol et la consommation de cannabis ou le plaidoyer pour sa légalisation, cette diffamation systématique sont intolérables. Nous exigeons donc un communiqué d’excuses de Jean Costentin et sa publication avec celui-ci sur le site de l’éditeur et sur le nôtre.

Le Président d’Asud,
Miguel Velazquez Gonzalez

Merci au Conseil d’Etat pour son travail de clarification : pour réduire les risques liés à l’usage de drogue, il faut donc changer la loi !

Communiqué de presse ASUD

Mercredi 9 octobre 2013, le Conseil d’Etat a rendu un avis négatif  sur l’ouverture d’une salle de consommation à moindres risques, prévue à Paris dans quelques semaines. Cette décision rompt avec plus de 25 années d’ambigüités, voire d’hypocrisie, à propos de la contradiction initiale entre le cadre législatif français et la politique de réduction des risques liés à l’usage des drogues.

Depuis 1987, date du « décret  Barzach » qui mit fin à l’interdiction de vendre des seringues aux toxicomanes en pleine épidémie de sida, nos dirigeants ont opté pour une stratégie simple : pas de vagues ! Éviter tout débat qui révèle à l’opinion publique l’écart  fondamental entre la loi du 31 décembre 1970 et toutes les avancées obtenues depuis 25 ans en matière de prise en charge des addictions. La fourniture de matériel d’injection stérile en pharmacie, les mises sur le marché successives de la méthadone puis de la buprénorphine (Subutex®) en 1996, le financement d’association d’usagers comme ASUD, la production de flyers, magasines, documents web sur les techniques d’usage de drogues à  moindres risques, sont autant d’initiatives qui contredisent l’esprit voire la lettre de notre cadre légal.

En indiquant qu’il faut « inscrire dans la loi le principe de ce dispositif pour plus de garantie juridique», le Conseil d’État vient de siffler la fin d’un jeu de masques qui nuit à la cohérence de nos actions en matière de stupéfiantsASUD, l’association des drogués, est agréée officiellement comme association de patients par le ministère de la Santé, mais le nombre d’usagers arrêtés pour infraction à la législation sur les stupéfiants n’a jamais été aussi élevé. Nous comprenons le désarroi de l’opinion qui s’interroge sur les finalités de notre politique des drogues, s’agit-il de punir ou de soigner ?

ASUD dénonce ces incohérences et constate les limites d’une stratégie qui va inévitablement apparaître à l’étranger comme un signe d’amateurisme. Après la tourmente du Mariage pour Tous et la polémique sur les Romms, ASUD sollicite l’attention du  gouvernement sur ce sujet sensible. Une opportunité s’ouvre pour offrir enfin à nos concitoyens un véritable débat sur les finalités d’une politique de drogues digne de ce nom, inscrite dans le sillage des recommandations de la Commission Mondiale sur les politiques de drogues animée –entre autres- par  Koffi Annam, et regardée par tous les experts comme la voix de l’avenir.

Contact Presse

 

Dommages pour les risques : Lettre ouverte au Professeur Reynaud

Mr le Professeur, cher Michel,

Je m’associe sans restriction en mon nom personnel et au titre d’ASUD à toutes les réserves formulées par l’Association Française de Réduction des risques (AFR). En conséquence, je ne souhaite pas figurer sur la liste de signataires du rapport sur l’évaluation des dommages liés aux addictions et les stratégies validées de réduction de ces dommages.

Je me souviens avoir fait part, au mois d’avril, de mon étonnement de ne pas être sollicité pour aider à l’écriture du chapitre sur l’auto support en matière d’héroïne ou même de cocaïne. ASUD existe depuis 20 ans sur ce créneau, nous avons littéralement inventé le concept pour la France. A l’époque où l’addictologie était encore balbutiante, nous avons organisé la première rencontre internationale des groupes d’auto support dans le cadre de la VIIIe conférence de réduction de risques à Paris (1997), une manifestation baptisée «  je suis un drogué ! » (I’m a drug user).

Quelques années plus tard, en 2004, nous avons été sollicités dans le comité d’organisation de la conférence de consensus sur les TSO. Là aussi, cette initiative a débouché sur un beau rassemblement appelé Etats Généraux des Usagers de la Substitution (EGUS). ASUD est aujourd’hui la seule association d’usagers du système de soins agrée par l’Etat dans le domaine des addictions, et moi-même, fort de cet expérience, je siège à la commission des stupéfiants, ce qui constitue au moins une curiosité au niveau international.

Malgré tous ces beaux titres de gloire, le comité d’organisation n’a pas souhaité nous associer autrement que dans une vague mission de seconde lecture, mission que j’ai, du reste, beaucoup de mal à cerner malgré de nombreux échanges de mails.

Tout cela, cher Michel, n’augure pas vraiment d’une très grande considération portée à la parole, des usagers, des patients, des toxicomanes, bref de ceux qui font l’objet de ce rapport pour ce qui concerne les substances illicites. J’ai hélas une certaine expérience de cet écart récurrent entre les mots et les actes dès lors qu’il s’agit du point de vue des drogués, et la manière dont ce document a été élaboré déclenche un certain nombre de signaux défavorables. ASUD ne prétend pas incarner l’ensemble des personnes concernées par l’usage, mais je crois qu’il est utile pour un pays de faire valoir ses points forts. Or il se trouve que sur le terrain de l’auto support des usagers de drogues, la France n’est pas à la traîne. Je crois pouvoir associer mes camarades d’ASUD Nîmes, Marseille, Orléans, Evreux et Nantes pour déclarer que, si nous ne représentons pas la voix de tous les usagers, au moins avons-nous depuis toujours la volonté citoyenne d’affirmer haut et fort notre condition de consommateurs ou d’ex-consommateurs de drogues illicites impliqués dans une action associative.

Mais au-delà de ces considérations de forme, c’est bien l’impossibilité de débattre avec les rédacteurs du rapport que je dénonce.

Le point de divergence majeur porte sur le fameux glissement sémantique de réduction des risques à réduction des dommages. Par cette altération du vocable usuel, vous tuez ce qui fait le principe même de l’existence d’ASUD. Contrairement aux dommages, le risque renvoie à une vision dynamique de la personne qui est appréhendée comme sujet apte à évaluer rationnellement un danger potentiel, et non comme un objet de soins. Cette définition est évidente dans l’acte fondateur et emblématique de la réduction des risques : mettre à disposition une seringue stérile ne réduit pas un dommage qui reste hypothétique, mais donne la possibilité de réduire un risque majeur. Et c’est l’usager qui choisit de s’emparer de l’outil, de la connaissance, de l’information. Tabler qu’en matière de drogues n’existent que des dommages, où même que l’intervention sociale doit se limiter à cet espace, indique une méconnaissance grave de l’univers de drogues. C’est un pas vers la professionnalisation totale d’une politique qui a comme unique ambition de responsabiliser les véritables acteurs du problème, les usagers de drogues. Or la réduction des dommages reste cantonnée au soin ce qui ne change pas fondamentalement de l’approche traditionnelle basée autrefois sur le sevrage et aujourd’hui axée sur la prescription de médicaments.

Cette altération me choque d’autant plus que je me souviens avoir insisté dans un éditorial d’ASUD journal (N°50) sur la nécessité de privilégier les deux premiers membres d’un triptyque que tu connais bien : usage, abus et dépendance. Communiquer vers les usages et les abus, et non pas systématiquement sur la dépendance, suppose d’intégrer cette notion de risque pour convaincre tes interlocuteurs, les drogués, les patients, les tox., les usagers. L’usage et l’abus sont des pratiques à risques mais certainement pas dommageables du point de vue des principaux intéressés.

Cette notion est particulièrement opérante pour la communication en direction des usagers de cannabis. Dans ce rapport, les dangers du cannabis sont essentiellement orientés autour de la prévention primaire auprès des jeunes en insistant sur les aspects pathologiques de ces consommations. C’est une approche qui fait fi de tous ce que les consommateurs trouvent comme bénéfice dans cette substance devenue aujourd’hui un objet de consommation de masse et ce, malgré son caractère illicite. Rien de nouveau sous le soleil. Des discours alarmistes sur le cannabis s’enchaînent année après année, et le niveau des consommations monte. Cela fait quarante ans que l’on se conforme à cette approche induite par le cadre légal et cela fait quarante ans que la police et la justice sont les principaux interlocuteurs des usagers de cannabis (160 000 ILS en 2011).

Tout cela nous aurions pu en débattre, nous aurions pu confronter avec vous 20 années de militantisme pour la réduction des risques et la citoyenneté des usagers, nous aurions pu échanger à propos de la criminalité dans les banlieues qui est un sujet d’actualité traité en ce moment par ASUD et l’AFR. Nous aurions pu vous faire partager nos expériences d’usagers, notre connaissance des produits et du système de soin. Dommage.

Pour terminer je vais donc citer à nouveau cet éditorial qui marque toute la différence conceptuelle qui existe entre les risques et les dommages… Et, dans ce débat, les idéologues sont partagés équitablement entre les deux camps.

…Le choix de la dépendance est en train d’étouffer ce droit à l’usage pourtant implicite dans l’énoncé du triptyque parquetto-reynaldiste. Contrairement à ce que croient les autorités, rassurées par le caractère scientifique de l’addictologie, c’est l’usage qui est au cœur du « problème de la drogue ». C’est l’usage qui génère des centaines de millions d’euros de profits mafieux, pas la dépendance, ni même l’abus. C’est l’usage qui intéresse les jeunes consommateurs et rend le discours classique de prévention totalement inopérant, justement parce qu’il ne parle que de dépendance…

(extrait du n° 50 d’Asud Journal – éditorial)

Amicalement

Seringues à Sevran : souvenir d’une guerre perdue contre le sida

La tension est vive à Sevran (Seine-Saint-Denis) après la découverte de seringues dans une école et la multiplication d’incidents liés au deal de coke, de crack et d’héroïne sur la commune et les territoires voisins. La pratique de l’injection de cocaïne réapparaît massivement.

A la stupéfaction des partisans de la politique de réduction des risques, le maire, Stéphane Gatignon, a demandé un moratoire sur la distribution de seringues le temps d’établir un diagnostic et de trouver une solution humaine et efficace tant pour les usagers que pour la population et les services municipaux.

Cette situation explosive se développe sur les multiples lacunes de la politique de la ville, particulièrement dans les dites « zone périphérique urbaine », c’est-à-dire les cités de banlieue.

De l’épidémie de sida à la chasse aux toxs

Quand on parle de drogues en banlieue, on passe trop rapidement sur l’historique de ces grands ensembles dont la population est toujours marquée par le traumatisme d’une épidémie de sida qui a tué ici un oncle, là un frère aîné, ailleurs un père, une mère, un cousin, tout cela dans un silence quasi total.

Ce silence est celui de la honte, de la peur du double stigmate toxico/arabe et celui de la mort aussi. Les rescapés sont frappés du mutisme propre aux mutilés de guerre. Ce déni convient parfaitement à la société française dans son ensemble. Il évite de s’interroger sur les raisons qui ont fait de ces ghettos de travailleurs de véritables mouroirs pour héroïnomanes dans les années 80-90.

Dans cette cocotte-minute, l’héroïne, la shooteuse et la silhouette efflanquée d’un junkie rappellent aux habitants ce qui fut peut-être la pire époque de la courte histoire des cités.

Conséquence, une vingtaine d’années plus tard : les nouvelles générations ont tendance « à faire le ménage » avec des méthodes musclées lorsqu’elles se trouvent confrontées au problème.

Toujours plus de seringues

« On peut s’attendre à une réaction très violente des “ historiques du business ”, les gros dealers de shit, qui voudront assainir le marché… et aussi protéger leurs enfants. Ils ne veulent pas le retour du traumatisme de l’injection, Sevran a été une ville très touchée par l’épidémie », rappelle Stéphane Gatignon.

« Depuis 2011, nous avons formé nos employés à la récupération de 350 à 500 seringues par mois. Il y a environ 4 000 seringues distribuées qui ne sont pas récupérées par le dispositif d’échange. L’absence de police la nuit a fait exploser la consommation sur place, on est débordé sur les trois derniers mois. »

Comme souvent, le drame nait d’un retour du refoulé. Le fléau qui a frappé des injecteurs d’héroïne issus de l’immigration était une conséquence directe de l’interdiction de vendre des seringues. Depuis, on a mis en place des distributeurs de kits d’injections, on a massivement diffusé des produits de substitution, mais jamais on ne s’est abaissé à expliquer aux populations résidentes le sens de cette politique de réduction des risques dont nous vantons à juste titre les résultats.

L’histoire n’est pas toujours bonne fille, la seringue hypodermique, cet instrument qui aurait sauvé des milliers de vie s’il avait été distribué à l’époque de l’épidémie, symbolise aujourd’hui le triple fléau de la misère sociale, du désespoir et de la toute-puissance des mafias. Les enseignants et surtout les parents d’élèves sont traumatisés par les incidents. Ils avaient déjà subi le retour des fusillades avec un mort en janvier.

Certains avaient participé à la récente occupation des halls pour chasser les dealers, leurs véhicules avaient été vandalisés. L’opinion locale est à vif, toujours ce sentiment d’abandon. Aucune autorité de l’Etat n’a fait le déplacement. Le ministre de l’Education nationale n’a pas communiqué avec les familles et les enseignants. Le préfet propose une réunion de concertation le 3 mai, plus de quinze jours après le début de la crise et l’emballement médiatique.

La faiblesse de la réponse de l’Etat

Stéphane Gatignon déplore cette trop faible réaction des autorités :

« Si on n’y prend pas garde, l’étape d’après c’est une mafia qui gèrera la sécurité du territoire. L’Etat n’est plus là, je suis le dernier représentant de l’État et je ne suis pas soutenu…. »

Sevran est en train de vivre au quotidien les conséquences de trente années d’incohérence et de lâcheté en matière de politique des drogues.

Le traumatisme du sida a chassé l’héro des cités, mais il a amplifié les dérives consécutives de la guerre à la drogue.

Les cités servent aujourd’hui de réservoir à chichon et à coke pour les bobos urbains et les gangs ont pris le relais des dealers d’héro. Cette situation, dénoncée par Gatignon lui-même dans un ouvrage récent (« Pour en finir avec les dealers », Grasset, 2011), doit nous interpeller sur les limites de la politique de réduction des risques dans le contexte spécifique des villes de banlieue.

L’absence de communication grand public autour des succès sanitaires remportés est un désastre. Le silence qui continue de régner autour du prix payé par ces populations au dogme imbécile de la tolérance zéro est une faute politique.

Ces milliers de seringues, distribuées par wagon, continuent de sauver des milliers de vie, à rebours de tout ce qui est dit habituellement quant on parle de drogues. C’est l’habituelle schizophrénie de la réduction des risques qui dans cet environnement vire au drame car elle creuse une plaie jamais cicatrisée.

Communiqué publié initialement sur le Blog Rue89 d’ASUD, Drogues et Addictions.

A lire aussi

Injection de buprénorphine, réduction des risques et politique globale en matière de TSO – Quelle substitution injectable ?

Communiqué du Flyer – Pharm’addict – ARUDA – Pr Lançon

Ce 25 avril 2013, l’ANSM publiait sur son site, un point d’information sur les dossiers discutés en commission des stupéfiants et psychotropes. Parmi les sujets évoqués, il a été question de l’injection de buprénorphine, signalée comme plus dangereuse quand il s’agit de génériques que lorsque le princeps (Subutex®) est injecté.

Cette information nous parait importante pour les usagers, ainsi naturellement que pour les soignants qui placent leur intervention sur le terrain de la réduction des risques.

Des travaux du CEIP de Nantes ont déjà, il y a plus d’un an, évoqué ce risque majoré avec l’injection de générique comparativement à ce que l’on observe avec Subutex®.

Dans la moitié des cas, cela se traduit par une nécrose au point d’injection, et un document PDF disponible sur le web semble montrer – photos à l’appui – la différence en termes de conséquences d’une injection de buprénorphine générique par rapport à une injection de Subutex® (tapez « mésusage des génériques de la buprénorphine » sur votre moteur de recherche).

La taille des particules contenues dans les excipients pourrait expliquer cette différence si l’on en croit certains travaux réalisés par le même CEIP de Nantes.

Toujours est-il que cette notion de dangerosité relative est plutôt récente, en lien peut-être avec une diffusion plutôt faible, pendant les premières années, des génériques de buprénorphine. Ceci a changé avec une forte incitation à la substitution (générique à la place de Subutex®) dans certains départements où, sous l’impulsion des CPAM, le générique est devenu obligatoire en contrepartie de la dispense du tiers-payant (sauf si le médecin ajoute la mention non substituable). Il fait se souvenir également que les laboratoires génériqueurs de la buprénorphine, à l’époque où ils en faisaient une promotion active, laissaient entendre imprudemment à demi-mot que l’injection du générique contenant moins d’excipients irait dans le sens de la réduction des risques !

Cette discussion autour de la dangerosité du générique de buprénorphine par rapport au princeps fait poser plusieurs questions, qui vont bien au-delà de simples aspects techniques et pharmaceutiques (même s’il faut aussi les aborder ici) :

  • S’il y a un risque d’injection, faut-il vraiment contraindre les usagers de drogues à prendre un générique pour des raisons économiques sachant qu’en cas d’injection le risque de complication est plus élevé ?
  • Le générique de Subutex® doit-il être réservé aux non-injecteurs (ou supposés tels), si la délivrance des génériques doit se généraliser ?
  • Doit-on inciter les fabricants de génériques à changer leurs excipients, si ce sont eux qui sont responsables de complications ?
  • Le Subutex®, est il amené à devenir la buprénorphine de l’injecteur (ou supposé tel) ?
  • Si c’est le cas, doit on admettre le mésusage comme inscrit dans le marbre de la politique en matière de TSO ?
  • Y aura-t-il alors une image qui collera à la peau des usagers, selon qu’ils prennent le princeps ou un générique (bon ou mauvais toxico, ce qui est parfois déjà le cas) ?
  • Sachant que Suboxone® n’est pas une alternative pour tous les injecteurs, quelles sont les autres solutions ?
  • L’élargissement de la primo-prescription de méthadone (réputée moins injectable) en médecine de ville doit-il être inclus dans cette réflexion ?
  • Faut-il, comme le préconise certains, mettre sur le marché une substitution injectable ?
  • Dans ce cas, doit-il s’agir de buprénorphine, ou doit-on imaginer directement l’héroïne injectable médicalisée (comme l’ont fait nos voisins suisses depuis des années) ?
  • Qu’en est-il du sniff de buprénoprhine (sachant que cette pratique est probablement plus fréquente que l’injection, même si elle est moins étudiée) et y a-t’il là aussi une différence en termes de risques encourus par les usagers ?

Tous les professionnels qui prescrivent et délivrent ces traitement de substitution se sentiront concernés par ces questions qu’ils se posent souvent déjà.

Elles demandent également une réflexion globale de la part des autorités de santé. Quelle va être la position de certaines d’entre elles qui voient les mésusages et certains dommages collatéraux comme un échec relatif de la diffusion des traitements de substitution alors que nous pensons qu’ils traduisent un manque de moyens et de solutions alternatives (hébergement social, salles de consommation, substitution injectable…) ?

Vont-elles porter ces solutions alternatives dans un esprit de réduction des risques ? Ont-elles une marge de manœuvre (politique) et les moyens de porter des projets innovants, même si déjà largement expérimentés ici et ailleurs ?

Informations complémentaires

Ce communiqué a été rédigé suite au point d’information du 25 avril 2013, mis en ligne sur le site de l’ANSM à propos des sujets évoqués à la Commission Nationale des Stupéfiants et Psychotropes. Quelques jours plus tard, le compte-rendu complet de cette commission du 21 mars était mis à son tour en ligne.

L’APM publiait dans la foulée, le 3 mai 2013, un communiqué sous le titre suivant : « Plus d’effets secondaires graves rapportés avec les génériques de Subutex® qu’avec le princeps en cas de mésusage. Les génériques de Subutex® pourraient être associés à un plus grand nombre d’effets secondaires cutanés sévères que le princeps en cas de mésusage, selon un dossier examiné lors de la première réunion de la commission des stupéfiants et des psychotropes de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire du Médicament et des produits de santé (ANSM)».

De son côté, la presse médicale a fait très peu écho de cette information, hormis Le Quotidien du Pharmacien, dans son édition du 16 mai 2013.

Il nous a semblé que cette information était d’une grande importance, compte-tenu des enjeux en termes de risques pour les usagers et des informations que nous avons à la rédaction du Flyer à propos des pressions qu’exercent certaines caisses pour inciter les médecins et surtout les pharmaciens à génériquer le Subutex® avec l’arme du tiers-payant contre génériques.

Nous ne commenterons pas les échanges qui sont rapportés dans le compte-rendu de la Commission, puisque celui-ci est disponible sur le site de l’ANSM à l’adresse suivante.

Par contre, nous incitons les professionnels de santé intéressés à cette question de prendre connaissance des échanges entre les participants. A l’intention de nos lecteurs, notamment pharmaciens, nous avons relevé dans les avis que rend la Commission, la formulation suivante :

« Par ailleurs, il apparaît, dans la pratique, que tous les pharmaciens d’officine n’ont pas connaissance du fait que la règle du tiers payant contre générique ne s’applique pas aux traitements de substitution aux opiacés. Aussi, la Commission préconise-t-elle de sensibiliser l’Assurance maladie sur ce point afin que des patients ne se voient pas opposer cette règle à tort. »

Concernant la raison pour laquelle c’est le CEIP de Nantes qui a recueilli les cas problématiques consécutifs à l’injection de générique, nous avons contacté les industriels pour nous donner une réponse à cette question.

Sans que cela soit parfaitement démonstratif, il faut noter que le département de Loire-Atlantique (44 -Nantes pour préfecture) a le record absolu en termes de ‘pénétration’ du générique, avec une part de patients recevant le générique (en 2012) de 83%, alors que la moyenne nationale est de 28%. Le suivant est à 53% ! On peut donc dire qu’il y a sur ce département une surreprésentation du générique de Subutex® pouvant expliquer une origine nantaise à cette problématique. Par ailleurs, les autres départements couverts par le CEIP de Nantes sont dans le haut du tableau et notamment, sur les 6 premiers au classement de la ‘performance générique’, 3 d’entre eux sont présents (44, 72 et 49).

Nous souhaitons préciser à tous les lecteurs, suite aux commentaires que nous avons reçus après l’envoi du communiqué, qu’aucun d’entre nous (les signataires) n’a été en relation avec des représentants de la firme Reckitt-Benckiser qui commercialise Subutex® lors de la rédaction de ce communiqué. Notre propos n’a été à aucun moment de faire la promotion du princeps contre le générique, encore moins la promotion de Suboxone® par rapport au mésusage (nous ne croyons pas suffisamment à cette alternative) mais d’ouvrir le débat sur une substitution injectable telle qu’elle existe dans d’autres pays. Nous pensons que les génériques de Subutex® ont leur place, comme pour les génériques de tout autre médicament tombé dans le domaine public. Mais, obliger un usager injecteur à prendre un produit plus dangereux pour sa santé n’est pas une solution ! Nous ne cautionnons pas le mésusage, bien sûr, mais avons voulu réfléchir (à haute voix) sur les solutions pour le limiter et la mise à disposition d’une substitution injectable en est une, parmi d’autres !

Nous avons reçu un nombre très important de commentaires concernant le communiqué initial que nous avions publié fin avril 2013. Nous en avons donc sélectionné qu’une partie, représentatifs de l’ensemble. Cela montre indubitablement la prise de conscience des intervenants vis-à-vis du problème des mésusages des TSO. Cette ‘histoire’ autour de l’injection de buprénorphine nous rappelle aussi que cette molécule est au départ une molécule injectable, dont l’efficacité a été unanimement reconnue dans le milieu des algologues. Il s’agissait du Temgésic® 0,3 mg (ampoule injectable), dont l’injection d’une seule dose permet de procurer une analgésie équivalente à 10 ou 20 mg de morphine. La voie sublinguale est en fait une voie ‘détournée’ de sa voie ‘royale’, pour des raisons probablement marketing, consistant à diffuser de façon plus large et sans recours à l’injection l’efficacité indéniable de la molécule, sous la forme de comprimés sublinguaux, initialement dosés à 0,2 mg. Mais au prix d’une perte très élevée en bio-disponibilité (au moins 50 à 70%) et en rapidité d’action… En s’injectant la buprénorphine, les usagers ne la détournent pas de son usage, ils en retrouvent l’usage originel et surtout le plus efficace.

Cela doit nous inciter à soutenir les projets visant à donner un statut légal à une substitution injectable, à base d’héroïne ou bien sûr de buprénorphine ou encore d’autres molécules.

En s’étant assurés au préalable que les traitements existants soient réellement accessibles à tous, et partout et prescrits dans les meilleurs conditions d’efficacité pour les usagers. Ce qui n’est pas forcément le cas. L’expérience suisse avec l’héroïne est d’autant plus probante que l’offre en méthadone était largement suffisante…

Tenir au plus vite la promesse des salles de consommation à moindre risque

Communiqué de presse du 4 février 2013

Le 22 octobre 2012, la Ministre de la Santé Marisol Touraine s’exprimait en faveur des expérimentations de salle de consommation à moindre risque. Face à l’urgence sanitaire constatée sur le terrain, le Premier ministre doit annoncer sans plus attendre la mise en place de salles de consommation expérimentales en France.

Six mois après les premières annonces du gouvernement en faveur des salles de consommation, les associations sont toujours dans l’attente d’une décision leur permettant de mettre en place ce dispositif à titre expérimental. Les preuves de la solidité scientifique des salles de consommation ne sont plus à démontrer. Validées par l’INSERM, expérimentées et validées dans de nombreux pays, les salles de consommation à moindre risque permettent la diminution de la consommation dans les lieux publics, la réduction des comportements à risque et de la morbidité associée au VIH et aux VHC ainsi que la diminution des overdoses mortelles.

A l’heure actuelle, les acteurs de terrain n’ont toujours pas eu connaissance des conclusions du rapport de faisabilité demandé en octobre 2012 par Marisol Touraine à la MILDT sur ce sujet. Combien de temps faudra-t-il attendre pour répondre à l’urgence sanitaire des usagers de drogues en grande précarité qui consomment dans l’espace public ? Combien de temps faudra-il attendre pour venir en aide aux habitants des quartiers concernés par l’usage de drogues dans l’espace public ?

Face à l’urgence sanitaire et à la nécessité d’améliorer l’accès aux soins des usagers de drogues, nous demandons au Premier Ministre de tenir la promesse de François Hollande et d’annoncer sans attendre l’expérimentation de salles de consommation à moindre risque en France.

Les signataires :


Réseau Français de Réduction des Risques, Fédération Addiction, Asud, SOS Hépatites, Safe, Gaïa Paris, Act Up – Paris, Aides, Sidaction, ANPAA, AFR, Elsa France, Prévention et Soin des Addictions, Élus Santé publique & Territoires, Élus Locaux contre le Sida, Syndicat de la magistrature, Union des Familles Laïques, Collectif Hypertension, Mouvement des Jeunes Socialistes, Jeunes Ecologistes, Jeunes Radicaux de Gauche


RdR 2012 : Marisol Touraine, Ministre de la Santé par AFRdR

Contact presse
Reseau Français de RDR / Fédération Addiction : Jean-Pierre Couteron – Tel : 06 03 44 60 38
Gaia Paris : Elisabeth Avril – Tel : 06 67 82 37 37

ASUD interpelle les dirigeants français sur les conséquences de la Prohibition des drogues

Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, les Député(e)s, les responsables de partis politiques,

Nous, représentants des usagers de drogues, soutenus par des associations de Réduction des risques (RdR), des médecins, élus ou citoyens concernés, sommes choqués par la poursuite de «la guerre aux drogues» et le maintien de la pénalisation de l’usage privé malgré l’échec planétaire de cette politique, démontré dans le 2ème rapport de la Commission Mondiale pour la politique des Drogues.

Cette prohibition est désastreuse : catastrophe en matière de santé publique, trillions de dollars dilapidés sans influence ni sur l’offre ni sur la demande, millions de vies brisées, milliers de quartiers déstructurés, explosion de la violence liée au trafic, gangrène de l’économie par l’argent sale et des forces répressives par la corruption. La France n’est désormais plus épargnée par aucune de ces conséquences néfastes.

Malgré ce constat accablant, les tenants d’une politique plus pragmatique, fondée sur des données scientifiques, sont systématiquement assimilés à des soixante-huitards attardés voire à des « Munichois ». Comment peut-on assumer un tel bilan? Comment peut-on refuser de réformer notre ancestrale loi de 1970 ? Nous en sommes arrivés à la conclusion que vous manquiez d’informations sur les propositions alternatives d’un débat mondial en pleine évolution.

Le Colorado et l’État du Washington viennent d’adopter par référendum la régulation publique du marché du cannabis, le Parlement d’Uruguay débat actuellement d’une proposition similaire. Les arguments des réformateurs portent sur la lutte contre les gangs, le blanchiment, la perception de taxes, la création d’emplois et de programmes sociaux, le contrôle sanitaire du cannabis, la séparation avec le marché des autres drogues.

Nous voulons surtout vous interpeller sur le lien établi entre la pénalisation de l’usage des drogues et l’augmentation des dommages sanitaires, principalement l’accélération de la contamination par le VIH (Sida) et le VHC (hépatite C). Voilà pourquoi nous vous faisons parvenir le second rapport de la Commission mondiale pour la politique des drogues : « La guerre aux drogues face au VIH/sida »

Nous espérons que ce document fera évoluer votre analyse, hélas encore influencée par la « War on drugs » du Président Nixon lancée en 1971. Nous souhaitons que cette lecture vous incite enfin à ouvrir un débat, sans anathème inutile ni dramatisation excessive.

Veuillez agréer l’expression de nos sentiments respectueux.

Miguel Velazquez (président d’ASUD), Fabrice Olivet (directeur d’ASUD) et Laurent Appel (journaliste/ASUD)

Avec le soutien de :

Marie Debrus (présidente de l’AFR), Bruno Spire (président d’Aides), Dr Béatrice Stambul (présidente d’ASUD Mars Say Yeah), Jean-Luc Bennhamias (député européen), Laurence Cohen (sénatrice du Val de Marne), Anne Coppel (sociologue), Jean-Luc Romero (président d’Élus locaux contre le Sida), Matthieu Bonduelle (président du Syndicat de la Magistrature), Dr Élisabeth Avril (directrice de Gaïa Paris), Stéphane Gatignon (maire de Sevran), Fabienne Lopez (présidente de Principes Actifs), Pierre Tartakovski (président de la Ligue des Droits de l’Homme), Anne Souyris (journaliste), Olivier Maguet (administrateur de Médecins du Monde), Lucie-Thérèse Faure (coordinatrice de l’ACSCF), Pascal Melin (président de SOS Hépatites), Dr Jean-Pierre Lhomme (président de Gaïa Paris), Fabrice Rizzoli (membre du Conseil National du Parti Socialiste), Dr Bertrand Lebeau (médecin addictologue), Dr Laurent Gourarier (psychiatre), Jean-Pierre Galland (fondateur du CIRC), Alain Lipietz (économiste), Patrick Favrel (porte-parole de SOS Hépatites), Adrien Héliot (président de Techno +), Charles-Henry de Choiseul Praslin (juriste), Wandrille Jumeaux (secrétaire fédéral des Jeunes Écologistes), Farid Ghehiouèche (coordinateur de Cannabis Sans Frontières), Renaud Colson (maître de conférence en droit), Dominique Broc (porte-parole des Cannabis Social Clubs), Olivier Poulain (membre de l’Observatoire Géopolitique des Criminalités), Elliot Imbert (médecin addictologue), France Lert (Chercheuse INSERM), Rogissart Valère (président d’honneur de l’AFR), Michel LEJEUNE (vice-président RdR Montpellier), Jean-René DARD (co-fondateur d’ASUD), MichelHautefeuille (Addictologue Centre Marmottan), Caroline Gasiglia (présidente du TIPI), Pr Christophe Lançon (Hôpitaux de Marseille).

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Nora Berra & la dépénalisation de l’usage de drogues : A une question complexe, mieux vaut éviter d’apporter des réponses simplistes

Communiqué de presse AIDES / ASUD.

« A l’aube de nouvelles échéances électorales, les chantres de la dépénalisation donnent de nouveau de la voix » nous explique Nora Berra.
On pourrait aussi dire : « A l’aube de nouvelles échéances électorales, certains politiques sont contraints de donner de la voix, y compris sur des sujets dont ils n’ont visiblement pas la maîtrise ».

Le débat sur la dépénalisation de l’usage du cannabis et plus largement la question historique de la prohibition des drogues dépasse de très loin la petite cuisine électorale française. Il s’agit d’un débat planétaire, déclaré « légitime », par le président Obama lui-même lors d’une célèbre conférence de presse donnée à la Maison Blanche. La France n’est pas le centre du monde, et en matière de drogues elle gagnerait à jouer la modestie, vu le retard criminel pris par notre pays dans les années 90 pour mettre en place une vraie politique de réduction des risques.

Madame le secrétaire d’État, le débat sur la sortie de la prohibition est un débat sérieux qui mérite mieux que le mépris populiste que vous semblez vouer à la « philosophie ». C’est une question débattue au plus haut niveau, par des responsables politiques de premier plan que l’on peut difficilement taxer de laxisme ou de prosélytisme. Si Madame Berra avait pris le temps de lire le rapport de la Commission mondiale sur la politique des drogues remis le 02 juin à la tribune des Nations unies , elle aurait peut-être remarqué le niveau de compétence des signataires, qu’il s’agisse de l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, de l’actuel premier ministre grec, des anciens présidents de Colombie César Gaviria et du Mexique Ernesto Zedillo, ou de l’ex-secrétaire d’Etat américain George Shultz. La polémique électoraliste franchouillarde n’est peut-être pas à chercher du côté des partisans d’une réforme de notre bonne vieille loi de
1970, qui militent activement depuis des années pour que notre pays rompe avec la démagogie dès que le sujet drogue s’impose sur la scène médiatique.

Si Madame la secrétaire d’État voulait s’y intéresser sérieusement, elle aurait compris que c’est justement parce que la consommation de cannabis et des autres drogues pose des problèmes de santé publique, que nous affirmons que la répression est une impasse. Une autre politique des drogues est possible, comme le montre l’exemple du Portugal.

Elle aurait également compris que d’autres « mères de famille », y compris dans nos proches banlieues, luttent tous les jours pour que leurs enfants puissent échapper aux balles perdues de la guerre à la drogue.

Nous prenons acte du fait que « le ministère chargé de la santé ne sera jamais le ministère chargé de la promotion des addictions », nous avions bien remarqué qu’il s’agit d’une tâche réservée plutôt au ministère de l’intérieur… Si nous avions mauvais esprit, nous pourrions aussi ajouter que la promotion des addictions est un concept à géométrie variable, selon que l’on parle de drogues illicites, de tabac, de jeux en ligne et surtout d’alcool, dont la production hexagonale reçoit régulièrement le soutien des élus de la République.
Puisqu’il faut parler des échéances électorales à venir, nous affirmons notre détermination à animer le débat public sur une question de société qui intéresse tous les contribuables français.
En tant que citoyens nous avons le droit de savoir comment et pourquoi l’argent de l’État est dépensé au titre d’une politique qui a fait la preuve de son inefficacité.

Contact presse : Antoine Henry (AIDES) – 06 10 41 23 86 / Fabrice Olivet (ASUD) – 06 04 51 33 82

Les conventions internationales sur les stupéfiants n’interdisent pas les salles d’injection supervisées (SIS) !

Communiqué d’Asud, Fédération Addiction, Act Up – Paris, Gaïa Paris, Safe, Sos Hépatites Paris, salledeconsommation.fr,  SOS Drogue International

Ce mercredi à 18h15, la mission d’information parlementaire sur la toxicomanies auditionne Marc Moinard, expert auprès de l’Organisation Internationale de Contrôle des Stupéfiants (OICS). A cette occasion, le collectif du 19 mai tient à clarifier la position négative de l’OICS sur les centres d’injection supervisée, principal argument contre les centres d’injection supervisée avancé par la MILDT et l’Académie de médecine.

Établi en 1968, l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants (OICS) est un organe de contrôle indépendant chargé de surveiller l’application des traités internationaux relatifs au contrôle des drogues. C’est une unité administrative du Programme des Nations Unies pour le Contrôle International des Drogues (PNUCID). Composé de 13 membres dont seulement trois sont des professionnels du soin, et d’autres viennent de pays encore éloignés de la démocratie, dont l’Iran, la Chine, la Thaïlande, l’Indonésie, l’OICS s’est souvent montré réticent au regard de la réduction des risques. Son avis de 1999 en fait le seul organisme à interpréter ces conventions comme limitatives à l’établissement de SIS. Cet avis, multipliant l’emploi du conditionnel et procédant d’un raisonnement par analogie aussi peu juridique que scientifique, a de plus varié sur le motif évoqué : en 1999, c’est la convention de 88 qui est évoquée, en 2003, c’est celle de 1961!

Or dans les conventions internationales relatives aux stupéfiants, de 1961, 1971 et 1988, qui codifient les engagements des États membres de l’ONU pour contrôler l’offre et la demande, aucune ne fait mention de salles d’injection supervisées, ni d’autres types particuliers de mesures de réduction des risques (comme les programmes de substitution à la méthadone ou les échanges de seringues).

De plus, en 2002, sur demande de l’OICS, la section des affaires légales du PNUCID rend un avis juridique qui précise qu’« il est difficile d’affirmer qu’établir des SIS corresponde à l’intention d’inciter, d’induire, d’aider ou de faciliter la consommation ou même la possession de drogues illégales ». Les auteurs précisent que si ces actions peuvent paraître insuffisantes d’un point de vue de « réduction de la demande », elles ne constituent pas une intention d’inciter à la commission d’un crime tel que stipulé dans la Convention de 1988. « L’intention des gouvernements est de fournir des conditions plus favorables à la santé pour ceux qui abusent des drogues, de réduire les risques d’infection par des maladies transmissibles et d’offrir des services d’assistance psychosociale et d’autres options de traitement ». Et cela en accord avec l’article 38, 1° de la convention de 1961 qui oblige les États à prendre « toutes les mesures possibles pour prévenir [l’usage] et pour assurer le prompt dépistage, le traitement, l’éducation, la postcure, la réadaptation et la réintégration sociale des personnes intéressées ».
C’est dans le même sens que des avis juridiques suisses(1), allemands(2) concluent que les SIS ne violent pas les traités internationaux.

L’OICS ne s’intéresse pas aux autres priorités de l’ONU telles que la lutte contre la pandémie VIH et la réduction de risques. Il a pris de nombreuses positions contre la réduction des risques ou cautionnant des politiques mortelles pour les usagers de drogues. Par exemple, en 2006, la proposition d’une reclassification de la buprénorphine sur la liste des stupéfiants, proposition rejetée par le comité d’experts sur la dépendance aux drogues de l’OMS en raison des bénéfices reconnus de la buprénorphine en termes de prévention du VIH et de réduction de la mortalité associée aux drogues(3). Dérogeant aux missions et principes édictés par la convention de 1961(4), il ne s’est opposé ni à la Russie où buprénorphine et méthadone sont considérées comme illégales, ni aux méthodes de traitement de pays qui incluent l’incarcération, les travaux forcés voire les électrochocs ou la lobotomie. Enfin, au cours de la « guerre aux drogues » menée par la Thaïlande en 2003, durant laquelle plus de 2500 usagers de drogue ont trouvé la mort et 50000 ont été incarcérés, l’OICS n’a pas hésité à exprimer sa confiance envers le gouvernement thaïlandais, l’encourageant à continuer ses « recherches » en termes de lutte contre la toxicomanie, estimant qu’elles auraient permis de diminuer la consommation de méthamphétamine.

Alors que l’efficacité des approches intégrant une palette variée de réponse, prévention, soins et RDR, est désormais prouvée scientifiquement, l’OICS apparaît ainsi comme uniquement centré sur les approches répressives. Il est étonnant et inquiétant de le voir élevé au rang d’avis absolu par le président de la MILDT et par l’Académie de Médecine !

(1) Bertil, C., Sychold, M. (2000) Use of Narcotic Drugs in public injecting rooms under
Public International Law – AVIS 99-121c. Swiss Institute of Comparative Law, p. 6.

(2) Hedrich, D. (2004) European report on drug consumption rooms. Luxembourg,
European Monitoring Centre for Drugs and Drug Addiction, 96 p.

(3) ECDD. Buprenorphine (final decision). Geneva, World Health Organization, 2006

(4) Csete J, Wolfe D. « Progress or backsliding on HIV and illicit drugs in 2008 ? », Lancet, 2008, 371, 9627, 1820-1

Centre de consommation supervisée : des politiques s’engagent !

Communiqué d’Asud, Anitea, Act Up – Paris, Gaïa Paris, Safe, Sos Hépatites Paris, salledeconsommation.fr,  SOS Drogue International

La synthèse (ci-jointe) de l’étude conduite par l’association Elus Santé Publique et Territoires a permis une réelle avancée sur un dossier qui révèle la difficulté persistante de certains politiques à traiter les questions d’addiction.

Les travaux des élus UMP, Modem, Verts, PS et PC réunis par ESPT ont montré l’intérêt de ce dispositif qui encadre l’usage. Conçu comme un nouvel accès au soin, destiné à des publics particulièrement vulnérables, il est une première prise de distance avec l’emprise de la drogue. Il s’inscrit dans le cadre des évolutions préconisées par l’INSERM pour adapter les politiques de soins aux publics spécifiques qui en sont encore exclus. Questions de santé, questions juridiques, notamment la possibilité d’expérimenter tout en maintenant un interdit et dans le respect des conventions signées, toutes ces questions ont été traitées. En conclusion, les recommandations invitent à une expérimentation pour compléter le continuum des réponses, sans opposer éducation et réduction des risques, sevrage et substitution.

Dans la même journée, 77 députés ont signé une charte1 énumérant des principes généraux et généreux que l’on ne peut que partager. Malgré un appel au pragmatisme, elle ne dit rien hélas de l’adaptation des pratiques actuelles et de la diversification de l’accès au soin qui motive le débat sur les centres de consommation. Et si elle parle de prévention et d’un refus de banaliser l’usage, elle ne dit rien aussi sur la publicité en faveur de l’alcool sur Internet pourtant autorisée par certains de ces mêmes députés : mesure autrement plus dangereuse au regard de la santé publique que la seule expérimentation d’un accueil spécifique de personnes vulnérables !

Centre de consommation supervisée : une mission parlementaire !

Communiqué de presse d’Asud, Anitea, Act Up – Paris, Gaïa Paris, Safe, Sos Hépatites Paris, salledeconsommation.fr, Aides, AFR, Elus Santé Publique et Territoires, Elus Locaux contre le sida, Sidaction

L’Assemblée nationale et le Sénat ont décidé mardi de créer une mission d’information parlementaire qui réfléchira sur les questions de toxicomanies et notamment à la question de l’ouverture en France de centres de consommation supervisée.

Nous ne pouvons que nous réjouir  du fait que la représentation nationale s’empare du sujet après la déclaration des services du Premier Ministre. L’organisation d’un débat sur ce sujet,  à travers une mission d’information parlementaire permettra une réflexion dépassionnée et basée sur des évidences scientifiques et non sur un argumentaire idéologique ou polémique.

L’expertise collective  scientifique  de l’Inserm a rendu un avis positif en juillet. Les élus locaux de villes  comme Paris, Marseille, Lille, Le Havre, travaillent actuellement sur le sujet au sein de l’association ESPT et vont rendre leur avis le 24 septembre prochain. Toutes les associations de terrain, la grande majorité des addictologues,  les usagers bien sûr, pensent qu’il faut expérimenter des centres de consommation supervisée. L’opinion française y est prête comme le confirme le sondage IFOP/La lettre de l’opinion du 19 août.

Nous demandons donc que cette mission parlementaire intervienne dans le prolongement de l’expérimentation des centres de consommation supervisée  et participe à son évaluation  mais   surtout ne la retarde pas. Nous  sommes convaincus qu’il faut pouvoir expérimenter les centres de consommation supervisée immédiatement.

Roselyne Bachelot « veut aboutir sur les projets de centres de consommation supervisées »

Communiqué de presse d’Asud, Anitea, Act Up – Paris, Gaïa Paris, Safe, Sos Hépatites Paris, salledeconsommation.fr

A la conférence mondiale sur le sida de Vienne, la ministre de la santé Roselyne Bachelot-Narquin s’est exprimée sur les centres de consommation de drogues supervisés

Prenant acte que l’Inserm et la communauté scientifique ont émis un avis favorable sur ces centres, elle a décidé d’engager le processus d’expérimentation en ouvrant la concertation avec les collectivités locales concernées, précisant que Paris et Marseille avaient déjà amorcé la réflexion sur ce sujet. Ces mairies travaillent sur ces centres de consommation supervisés (faisabilité, mise en place, intégration dans le dispositif), dans le cadre du séminaire organisé par l’association Elus, Santé Publique et Territoires dont les conclusions sont attendus le 24 septembre prochain.

C’est donc un nouveau pas qui vient d’être franchi par la Ministre, qui le 4 novembre dernier, avait annoncé attendre l’expertise collective de l’Inserm pour se prononcer. Elle a appelé à la mobilisation de tous les acteurs pour qu’aboutissent ces projets.

Le collectif d’association qui depuis plusieurs mois s’est mobilisé pour que soit expérimenté cette réponse, prend acte de cette avancée. Loin des caricatures qui en sont faites, il souligne que ces dispositifs s’intègrent dans une politique globale des addictions associant éducation préventive, réduction des risques et soins dans une approche fondée sur les données scientifiques.

Y a t-il encore une Ministre de la santé ?

Communiqué de presse d’Asud, Anitea, Act Up Paris, Gaïa Paris, Safe, SOS Hépatites Paris, salledeconsommation.fr

Le 19 mai 2009, à l’occasion de la Journée Mondiale contre les hépatites, un collectif d’associations « Asud, Anitea, Act Up – Paris, Gaia, Safe, Sos Hépatites Paris, salledeconsommation.fr » installait pour quelques heures une salle de consommation à moindre risque.

A l’automne, des hommes et femmes politiques de tous bords s’emparaient de cette question.
Le 4 novembre 2009, questionnée par un député de l’UMP, Roselyne Bachelot annonçait à l’assemblée nationale «qu’elle attendait les résultats d’une expertise collective commandée à l’INSERM pour se prononcer sur les salles de consommation à moindre risque». (Voir la réaction du collectif du 19 mai)
Le 31 mars 2010, le collectif  remettait au ministère de la santé un projet pour un dispositif de salle de consommation à moindre risque à Paris.

Depuis, la Ministre est aux abonnés absents sur la politique des drogues : nous n’avons pas été auditionné dans le cadre de l’expertise, aucun rendez vous n’a été programmé avec des conseillers du ministère, aucune prise de parole sur les questions d’addictions et de RdR n’a été maintenue !
Le 24 juin prochain, l’Inserm présentera les résultats de l’expertise, donc ceux consacrés aux salles de consommation à moindre risque  dont une abondante littérature internationale souligne à l’évidence l’intérêt. Loin d’être des lieux d’initiations, les salles de consommation participent d’un nécessaire échelonnement des réponses et d’une prise en compte des problèmes rencontrés par les publics les plus précaires.

Dans l’attente de cette publication, et sans aucune nouvelle, nous nous inquiétons de la capacité de Roselyne Bachelot de faire avancer, sur des bases scientifiques, des projets de santé publique. Avons-nous encore une ministre de la santé ou n’avons nous qu’une ministre du foot ou des paris en ligne ?

Le cannabis thérapeutique accessible légalement : pour les malades, c’est urgent !

Communiqué de presse d’Asud, Act up – Paris, Anitea, SOS Hépatites Paris

Il est maintenant reconnu par la communauté scientifique que le cannabis et les cannabinoïdes soignent certaines pathologies et/ou soulagent les effets secondaires liés à des traitements lourds.

Aux Etats-Unis, 14 États ont déjà réglementé le cannabis thérapeutique et le président Obama a décidé de ne plus poursuivre les malades qui y ont recours. En Europe, (Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Autriche, République Tchèque, Italie, Finlande, etc) le large potentiel thérapeutique du cannabis est accepté, reconnu et son accès réglementé.

La France accuse un retard de 15 ans sur ce sujet. Seules, 64 personnes bénéficient d’une prescription médicale (donc légale) de Marinol® (THC synthétique) alors que des dizaines de milliers de malades atteints de pathologies lourdes pourraient aussi bénéficier d’un éventail thérapeutique élargi. Cette situation oblige de nombreux malades à recourir illégalement au cannabis (achat ou culture) risquant à tout moment d’être interpellés et condamnés. Cette clandestinité imposée les conduit à l’isolement, à la marginalisation et à l’exclusion sociale.

A l’issue de la première conférence française sur le cannabis thérapeutique, organisée le 26 novembre dans le cadre des Egus à Paris, les associations Asud, Act Up – Paris, Anitea, Sos Hépatites Paris affirment la nécessité et l’urgence de mettre en place un cadre permettant aux malades d’avoir accès à toutes les thérapeutiques à base de cannabinoïdes (Sativex®, Dronabinol), et au cannabis sous sa forme naturelle.
Ces associations demandent l’arrêt des poursuites pour celles et ceux qui utilisent ou cultivent le cannabis à des fins thérapeutiques.

Enfin, elles soutiennent la création d’un groupe de travail composé de patients, de médecins, et d’experts dans le but d’interpeller les Autorités de Santé et ministères concernés

  • Lemonde.fr : le cannabis une drogue aux vertus thérapeutiques

Salle de consommation, Roselyne Bachelot dit oui, si….

Communiqué d’Asud, Anitea, Act Up Paris, Gaïa, Safe, Sos Hépatites Paris, salledeconsommation.fr

A l’occasion du projet de loi de finance 2010, la commission des finances et la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale étaient réunie en commission élargie, le 4 octobre 2009, pour poser des questions et entendre Roselyne Bachelot sur les crédits de la mission « santé ».

Pendant cette séance, Michel Heinrich, député UMP et maire d’Epinal a posé une question à la Ministre de la santé sur l’expérimentation de salles de consommation :

« Mon rapport de 2007 sur la mission « Santé » suggérait, dans le cadre de la lutte contre les drogues illicites, la mise en place de lieux publics de consommation. La plupart des usagers aux pratiques à risques ne sont jamais en contact avec des soignants. La Suisse, après l’expérience désastreuse des scènes ouvertes, comme de très nombreux autres pays de l’Europe ainsi que le Canada ou l’Australie, ont ouvert des salles de consommation au fonctionnement strictement réglementé. Après quinze ans, différentes études ont fait apparaître une réduction des overdoses et de la mortalité, une baisse des comportements à risques, une augmentation des démarches de sevrage et une réduction des nuisances dues à l’usage de la drogue dans l’espace public. Il est établi que ces salles n’ont aucun effet d’incitation à la consommation : à Vancouver, par exemple, on a constaté une hausse de 30 % des demandes de médicaments de substitution ou de sevrage. Et il est bien clair qu’aucune drogue n’est fournie dans ces salles. Êtes-vous prête à tenter une expérimentation ?»

La réponse de Roselyne Bachelot a été plutôt positive, envisageant une expérimentation de salles de consommation à moindre risque, si les conclusions de l’expertise collective conduite par l’INSERM sur la réduction des risques chez les usagers de drogues étaient favorables. :

« Monsieur Heinrich, vous m’avez interrogée sur l’ouverture expérimentale d’une salle de consommation pour usagers de drogues par injection et consommateurs de crack.
À l’occasion de la journée mondiale contre les hépatites, le 19 mai, les associations ont réclamé l’ouverture, dans le cadre du programme de réduction des risques liés aux hépatites, d’une salle de consommation à Paris. Une telle salle serait destinée avant tout à une population très précarisée, souvent sans domicile fixe. Son ouverture, à titre expérimental, s’accompagnerait d’une évaluation de son impact sur la santé publique.
L’enquête collective que conduit l’INSERM sur la réduction des risques chez les usagers de drogues traitera, à ma demande, des salles de consommation. La décision d’ouvrir ou non, à titre expérimental, une salle de consommation sera prise au vu de ses conclusions, qui sont attendues pour la fin du premier trimestre de 2010. Au cas où celles-ci se révéleraient favorables, des porteurs de projets devront être trouvés. Deux associations, dont ASUD, ont déjà été reçues à cette fin.»

Une salle de consommation de drogue à  moindre risque à Biarritz !

Communiqué de presse d’Asud, Anitea, Act Up – Paris, Gaïa, Safe, Sos Hépatites Paris, salledeconsommation.fr

A l’occasion du colloque THS9, les associations Asud, Anitea, Act Up Paris, Safe, Gaïa, Sos Hépatites Paris, salledeconsommation.fr, installent une salle de consommation de drogues à moindre risque au Casino Bellevue de Biarritz, le 15 et le 16 octobre. Ils organisent le jeudi 15 octobre à 17h30 une conférence de presse avec la participation des intervenants de la salle de consommation de Bilbao (Espagne), qui présenteront leur structure, et les scientifiques qui ont évalué la salle de Vancouver.

Le collectif a déjà installé des salles de  consommation le 19 mai dernier à Paris lors de la journée mondiale hépatites,  puis le 11 et 12 juin dernier lors des 30eme journées de l’Anitea. Ces  actions ont eu un impact médiatique et politique.  Des élus de tout bord politique, locaux ou nationaux nous ont témoigné leur soutien.

Encadrées par des professionnels du soin et de la réduction des risques, les salles de  consommation sont des espaces qui offrent un cadre d’usage sécurisé, aux  conditions d’hygiène optimales et proposent des services  d’accès aux soins et aux droits sociaux. Elles ne  fournissent pas de produits illicites, mais ceux-ci sont amené par les  consommateurs.

Si pour les éditions  précédentes, nous avions souligné les apports de ce dispositif en terme de  santé publique (lutte contre le VIH/VIH, accès au soins,…) nous souhaitons  attirer l’attention aujourd’hui sur ce qu’il peut apporter dans les villes  dans le domaine de l’écologie et de la tranquillité  urbaine, ou pour le dire autrement sur « le comment mieux vivre  ensemble ».

En effet, malgré une répression toujours plus  forte, la consommation et le deal de drogues perdurent depuis plus de vingt ans  dans Paris, en Saint-Denis(93), mais aussi dans d’autres villes de France. La  répression a été inefficace pour endiguer le phénomène des scène ouvertes  (consommations de rue). Les mesures d’ordre publique ne peuvent être utiles  que si elles sont complétées et articulées avec une offre sanitaire et sociale  allant des centres de soins jusqu’aux salles de consommation à moindre risque !  Ce dispositif encore inconnu en France mais utilisé dans d’autres pays  d’Europe comme à Bilbao en Espagne, mais aussi en Allemagne et en Suisse, a  pourtant réussi à mettre un terme aux scènes ouvertes et à un grand nombre de  nuisances occasionnées par celles-ci.

Ne fermons pas les yeux, jouons !

Communiqué de presse Asud / Anitea

La ministre de la Santé, Madame Roselyne BACHELOT a lancé en début de semaine une nouvelle campagne qui se veut informative sur les dangers des addictions. Sur le thème de « Ne fermons pas les yeux », elle décline sous un habillage moderne et plutôt réussi des idées toujours aussi anciennes et confuses sur la dangerosité des drogues, même si c’est à la Science qu’il est cette fois demandé d’en être garant. Sans revenir sur la relative inutilité de ce type de communication, on ne peut que s’amuser ou s’inquiéter des discordances de communication sur ces questions pourtant essentielles de santé publique.
Le lendemain, en ouverture de la conférence de presse qu’il tenait dans les locaux de l’hôpital Marmottan pour y exposer les bases du projet de loi sur l’ouverture à la concurrence et à la régulation des jeux d’argent et de hasard en ligne, Eric Woerth, ministre du budget, déclarait que pour les addictions,  la prohibition, cela ne marche pas, il faut réguler.

Alors qui croire ? Ceux qui persistent à nous dire que seul le produit fait le danger ? Ceux qui feront peut-être du jeu un commerce non équitable mais un risque partagé ?
Si la campagne d’information ne mérite pas d’autres commentaires, le projet de loi est lui intéressant, par le débat qu’il permet d’ouvrir. Prenant acte qu’il est vain de lutter contre un comportement qui se banalise (25 000 sites de jeux illicites seraient recensés), il veut poser les bases d’une politique de régulation, articulant les limites de la loi, l’accompagnement éducatif et préventif, l’aide thérapeutique.

Pour les différents acteurs du secteur de l’addictologie que nous sommes, assister en directe au montage d’un tel cadre est intéressant. Dans un contexte d’hyper – modernité dont nous avons pu souvent souligner le potentiel addictogène, le fragile équilibre entre les différents axes de cette loi devra être défendu. Mais ce plaidoyer politique pour la régulation est intéressant. Il survient alors que des responsables de premier plan, sur la scène internationale, soulignent l’échec des politiques de prohibition et autres différentes guerres à la drogue.

Reste une question, bien délicate, si l’on veut réguler, si l’on veut modérer, c’est à l’homme qu’il faut revenir, à l’homme et à ses compétences. C’est donc à une éducation qui respecte le plaisir, le besoin de satisfaction mais accompagne la construction de la mesure et des limites que l’hyper – consumérisme ont mis à mal, qu’il faut travailler. Cela aiderait à sortir du morcellement des discours que cache de plus en plus mal le terme d’addiction ! Mais qui nous en donnera les moyens ?

La salle de consommation à moindre risque à THS et au Forum SOS Hépatites

Communiqué du collectif « Une salle de consommation à Paris » (Asud, Anitea, Act Up – Paris, Gaïa, Sos Hépatites Paris, Safe, salledeconsommation.fr)

Depuis la rentrée, le collectif « une salle de consommation à moindre risque à Paris » (Asud, Anitea, Act Up Paris, Safe, Sos Hépatites Paris, Gaïa, salledeconsommation.fr) a rencontré différentes personnalités, tant de la région, de la ville de Paris, de l’assemblée nationale que des tutelles concernées. Il a aussi rencontré l’association Médecins du Monde qui avait communiqué sur l’éducation aux risques liés à l’injection lors de la journée mondiale des hépatites. De nouveaux articles ont abordé ces thèmes (Swaps, Journal du Sida)

Les associations continuent de soutenir ce projet dans le respect de leur spécificité (réduction des risques, auto-support, accès aux soins, prévention, sevrage) convaincues de la complémentarité de leurs approches.
Cette mise en commun des conceptions et pratiques contribue à la réflexion sur la réduction des risques d’autant plus nécessaire que se poursuit la mise en place de l’addictologie sur fond de réorganisation du système de santé (loi HPST et la mise en place des ARS).

Les prochaines étapes seront l’installation d’une salle de consommation lors du colloque THS à Biarritz du 13 au 16 octobre, avec une particpation des collègues de la salle de Bilbao, et sa présentation au Forum SOS hépatites à Strabourg le 19 novembre. Nous espérons vous y retrouver à chaque fois nombreux.

Héroïne en Seine Saint Denis : halte à la désinformation !

Communiqué de presse Asud

Depuis samedi, une « héroïne mortelle circule en Seine saint denis » : c’est la conclusion de la préfecture de la Seine Saint Denis après qu’un individu ait été interpellé avec de l’héroïne « fortement dosée » à Stains (93).
Si nous, association d’usagers de drogues sommes très concernés par ces alertes pour diffuser l’information aux usagers et réduire les risques d’overdose, cette annonce nous semble inefficace voire contre-productive dans la lutte contre les overdoses.

Premièrement, parler de produit « mortel » n’a pas de réelle signification. La question de la toxicité d’un produit est en effet un sujet complexe et sérieux qui doit être traité comme tel dans les communications écrites sous peine de servir la désinformation. Depuis le 15°siècle et notre ami Paracelse, nous savons que « tout est poison, rien est poison, la dose fait le poison ». De plus, nous savons aussi que d’autre paramètres (tolérance et mode de consommation principalement) doivent être pris en compte afin de se prononcer sur la toxicité d’un produit.

Ensuite, la préfecture de Seine Saint-Denis nous informe d’une héroïne dangereuse sans nous donner la possibilité de savoir quelle est sa couleur et sa texture, car toutes les héroïnes ne se ressemblent pas. Est-elle est blanche, marron, grise, beige, jaune ? Est-elle en caillou, en poudre, granuleuse …? Ce savoir est pourtant indispensable pour une alerte efficace et ciblée.

Quel est donc le but de ce genre de communication? « Se donner bonne conscience? », « Faire peur ? » Ne serait on pas ici très loin de la santé des usagers, seul sujet qui devrait faire l’objet des préoccupations de ces communications ? On peut se le demander…
C’est cette mauvaise information qui fait perdre tout crédit aux alertes et qui rend plus délicat l’intervention des dispositifs de première ligne comme lors de la dernière vague d’overdose en Ile de France en janvier dernier.

Quand les pouvoirs publics annoncent une héroïne « très pure » ou « coupée à des produits dangereux », qu’ils nous donnent également sa provenance, sa couleur, sa texture, la nature de ses produits de coupe et qu’ils informent sur les mesures à prendre pour réduire les risques : par exemple, que l’on sniff, fume ou injecte l’héroïne, il faut toujours la tester en sniffant une petite dose. Ces évènements doivent également faire l’objet d’information autour des dispositifs de Réduction des Risques mis à disposition des usagers (associations, dispositifs d’analyse de drogues pratiquée par Médecins du Monde à Paris, etc.).
Pour une prévention des overdoses efficace, les messages simplistes basés sur la peur sont contre-productifs et doivent laisser place à une information la plus complète et objective possible.

 

Une salle de consommation à moindre risque à Paris…

Communiqué de presse Asud, Anitea, Act Up – Paris, Gaïa, Safe, Sos Hépatites Paris, salledeconsommation.fr

L’opération « Une salle de consommation à moindre risque à Paris ? » a été un succès : elle a attiré l’attention de nombreux médias et interpellé les hommes et femmes politiques sur l’épidémie hépatites C. Plusieurs élus, municipaux, régionaux et nationaux ont manifesté leur intérêt pour de telles salles. Cette opération a également permis de discuter du projet avec de nombreux professionnels d’Ile de France de la prévention, du soin et de la réduction des risques liés à l’usage de drogues, qui nous ont témoigné leur enthousiasme sur l’ouverture de telles structures.

Les associations, qui continuent de rappeler les méfaits d’une criminalisation de l’usager, vont maintenant interpeller le Ministère de la Santé, afin de proposer l’expérimentation d’une salle de consommation à moindre risque. Elles continueront de se mobiliser pour développer le dépistage, renforcer l’accès au soin et lutter contre l’épidémie d’hépatites.

Revue de presse

Presses écrites

Radios / Audios

Télévisions

Blogosphère

Conférence de presse Asud/Circ/Act Up Paris – Contre « la guerre à la drogue »

En 1998, réuni en session extraordinaire à New York, l’ONU s’était donné dix ans pour éradiquer la production de plantes à drogues et réduire significativement l’offre et la demande des drogues illicites.
À l’heure du bilan, en 2008, une évidence s’impose : « la guerre à la drogue » est un échec cuisant.

Le 11 et 12 mars 2009 à Vienne, en présence de l’ensemble des autorités concernées sur le plan international, l’ONU tiendra une assemblée dont l’objectif est de définir une nouvelle politique pour les dix années à venir.

Une coordination d’associations européennes (cf. pièce jointe), dont ASUD et le CIRC, ont décidé de participer le 11 mars à un rassemblement pacifique devant le bâtiment de l’ONU. Nous demandons que cesse cette politique répressive et stigmatisante pour les usagers. Nous souhaitons pour les drogues une politique plus pragmatique qui privilégie la réduction des risques plutôt qu’une répression aveugle et contre productive.

Pour que cette assemblée qui doit se prononcer sur la future politique des drogues ne soit pas occultée.
Pour que soient relayées les actions des militants européens se battant pour une réforme des traités internationaux,
ASUD, le CIRC,et Act Up Paris vous convient à une conférence de presse, le lundi 9 mars à 17 heures dans les locaux de l’association ASUD.

Toutes informations complémentaires au numéro suivant : 01 71 93 16 48 ( Fabrice Olivet ou Pierre Chappard)

Liens :

Le Plan Hépatites 2009-2012 ne répond pas à l’urgence de l’épidémie d’hépatite C

Communiqué de presse ASUD/AFR/AIDES

Hier sortait le «plan hépatites 2009-2012 » attendu depuis trois ans. Et force est de constater que ce plan ne répond pas à l’urgence à laquelle sont confrontés les usagers de drogues : 8000 contaminations et 4000 morts par an pour l’hépatite B et C, dont une majorité sont des usagers de drogues.

Si le plan prend acte du fait «que l’efficacité des méthodes de réduction des risques utilisées jusqu’ici s’avèrent insuffisantes» pour lutter contre le virus de l’hépatite (VHC), il ne propose qu’études et évaluations là où il faudrait pousser plus loin la logique de la réduction des risques. Pour élaborer ce plan, l’État a pourtant consulté les représentants des intervenants de terrain, des usagers de drogues et des malades. Mais leurs propositions face à l’urgence n’ont pas été retenues. Il s’agissait d’expérimenter ou d’ouvrir de nouveaux programmes comme l’accompagnement des personnes dans leurs pratiques d’injection (ERLI – Éducation aux Risques Liés à l’Injection), l’instauration d’échange de seringues dans les prisons, l’extension à tout le territoire des programmes de réduction des risques, la mise en place de structures d’hébergement et de soins adaptées aux usagers de drogues actifs…

Même au niveau économique, le plan est dérisoire et est un non sens. A titre de comparaison, son montant, 4 millions d’euros par an, ne correspond même pas au prix de 700 traitements VHC (sur six mois). Or développer ces nouveaux programmes de réduction des risques permettrait non seulement d’éviter des milliers de morts, mais aussi d’économiser des millions d’euros en traitement VHC, en incapacité de travail….

Nous nous retrouvons 20 ans en arrière, confrontés aux mêmes défis qu’avec l’épidémie de SIDA : un État qui fait la sourde oreille et qui refuse d’expérimenter des réponses pragmatiques, une épidémie qui se répand, des usagers de drogues qui se contaminent et meurent dans l’indifférence générale.

Réponse aux descentes de police dans les collèges

Communiqué de presse ASUD / ANITeA

Encore une descente de police dans un collège sous couvert de « prévention anti-drogue ». Ceci va pourtant à l’encontre de ce qu’a affirmé Michèle Alliot-Marie dans une circulaire aux préfets du 2 décembre 2008 qui a reconnu que de telles interventions « sont de nature à nuire à la compréhension et à la clarté de l’action » des services de police.

Les usagers et les professionnels du champs de la toxicomanie ajoutent que la politique de la peur, qui ne pense que loi, interdit et danger, ne peut faire office de prévention. Au contraire, elle favorise le repli sur soi, enferme les usagers dans leur consommation, empêche les professionnels de travailler et aggrave la situation.

Elle ne laisse aucune place à des actions d’Intervention Précoce sur les circonstances et les facteurs qui aggravent les risques de ces conduites (déscolarisation, dislocations des liens familiaux, traumatismes et troubles psychiques…). Aujourd’hui, l’État sous-finance ce type d’actions au profit d’actions répressives, inefficaces et coûteuses, comme les descentes dans les collèges.

Dans notre société de plus en plus addictogène, une politique de « rupture » pour employer un mot à la mode, devrait privilégier la santé au moralisme, l’éducation à la peur et la responsabilisation à l’autoritarisme.

Des députés stupéfiants

Communiqué de Presse ASUD / AFR / ANITeA / Aides / Médecins du Monde

Des députés UMP ont présenté ce jour à l’Assemblée Nationale un rapport sur la question des drogues. Leur mesure phare est le classement du Subutex® au tableau des stupéfiants, proposition qui avait déjà couru en 2006, contre laquelle s’étaient élevées très unitairement de nombreuses associations et que le ministre d’alors Xavier Bertrand avait finalement écartée.

Depuis nous avons fait du chemin. La Caisse Nationale d’Assurance Maladie renforce son contrôle, la Commission Nationale Addiction a évalué le problème et proposé des réponses tournées vers le soin, les centres de soins, les centres d’accompagnement et les médecins libéraux qui accueillent et aident ceux qui ont besoin de ce médicament pour vivre mieux (ils sont 100.000 en France) ont affiné leur prise en charge.
A l’évidence, ces députés arqueboutés sur une position répressive (envoyer « un signal fort aux usagers et aux trafiquants ») ne sont pas intéressés par le travail des professionnels et ne s’informent pas de l’avancée des idées et de la science. Dans le cadre de la Commission Addiction, mise en place par la Direction Générale de la Santé, existe un groupe d’experts sur les traitements de substitution aux opiacés (TSO), dont les avis peuvent faire autorité.
La politique du bâton, démagogiquement toujours attractive est totalement contreproductive en matière de santé publique et fait de nos bénéficiaires d’éternels boucs émissaires.
Nous réclamons au contraire un élargissement des dispositifs, un meilleurs accès aux traitements de substitution (autres molécules, autres galéniques), nous nous organisons face à cette urgence sanitaire qu’est l’épidémie d’hépatite C et qui exige que nos patients accèdent sans menace aux structures de soins. Les traitements de substitution coûtent cher à la sécurité sociale, lit-on dans ce rapport !
Sûrement moins que le traitement des maladies qui sont liées à des consommations clandestines et moins que la prison où on incarcère de plus en plus (cf la Conférence de Consensus sur les traitements de substitution en 2004.
Quand nos législateurs s’informeront ils sur ces politiques de Réduction des Risques que nous développons en France, qui existent partout dans le monde et ont fait leurs preuves tant en termes d’amélioration de la santé des usagers, qu’en termes d’ordre social ? Combien de temps encore, des positions idéologiques, moralisantes et irrationnelles persisteront et feront obstacle à une politique pragmatique, humaine, opérante, peu coûteuse et qui a fait ses preuves ?

L’Académie de Pharmacie envisage l’héroïne médicalisée

Communiqué de presse ASUD / SAFE / AFR

L’académie de pharmacie vient de rendre son rapport sur le bilan des politiques en matière de traitement de substitution aux opiacés. Surprise ! La plupart de leurs recommandations viennent rejoindre les revendications de nos associations.

Tout d’abord, l’académie prend acte du succès de la politique de substitution en France, en particulier sur la réduction par dix du nombre d’overdose et la baisse du nombre de contamination par le virus de VIH. Elle recommande ainsi le maintien du statut actuel de la buprénorphine (substances vénéneuse) alors qu’elle avait jusqu’a présent toujours été favorable à la classification de la buprénorphine (Subutex) comme stupéfiant. Mais elle a aussi conscience que ces deux produits ne suffisent pas et qu’il est nécessaire de diversifier la palette thérapeutique. Elle recommande ainsi « de ne fermer aucune porte » et que la morphine puisse être utilisée « quand les malades ne répondent pas bien aux deux médicaments disposant d’AMM ». C’est un rappel indispensable, à l’heure ou les patients sous morphine sont inquiétés et menacés d’arrêt de traitement par la sécurité sociale, avec pour conséquence de les renvoyer au marché noir. Elle se dit également « attentive » à d’autres options thérapeutiques, en particulier à « l’héroïne comme traitement de substitution en milieu médicalisée, qui fait l’objet d’expérimentation chez nos voisins européens ». C’est une raison de plus pour que de tels programmes, qui ont montré leur efficacité sur la santé des patients, se mettent en place dans les plus brefs délais..

Concernant les modalités de prescription, elle souhaite une « Extension de la durée de prescription à 28 jours pour tous les médicaments y compris la méthadone », en notant que « l’obligation d’aller en consultation tous les 15 jours pour obtenir son traitement de substitution paraît inutile, coûteuse et décourageante à l’égard du maintien dans le circuit sanitaire. ». Elle souhaite aussi que la BHD puisse être prescrite aux urgences, parce qu’elle « peut être considérée comme un traitement d’urgence du manque ». C’est une mesure de bon sens quand on sait combien d’usagers de drogues se sont fait refouler en manque des urgences, augmentant grandement les risques encourus.

Au niveau du parcours de soin, elle recommande que « Le pharmacien dispensateur doit être choisi par le patient », ce qui nous paraît raisonnable vu le mauvaise accueil dans une grand nombre de pharmacies. Elle ajoute que le refus de dispensation par le pharmacien « pourrait être assimilé à une faute professionnelle. », ce que nous appelons de nos voeux depuis plusieurs années, tellement il est dur pour un patient de trouver une pharmacie qui veuillent lui délivrer son traitement. Elle recommande enfin de limiter le nombre de patients par prescripteur et par pharmacien. Si cette dernière recommandation par d’un bon sentiment, « deghétoïser » le peu de pharmaciens et prescripteurs qui acceptent des patients sous substitution, cela nous paraît à l’heure actuelle inimaginable. Où iraient les 50 patients d’un prescripteur qui devrait d’un coup se limiter à 10, vu que personne d’autre n’en veut ?
Ce retournement de position radicale est le produit de longues consultations de tout les acteurs du champs de la toxicomanie, en particulier des usagers. C’est une bonne nouvelle pour la réduction des risques et pour les usagers, et une marche à suivre pour l’État !

Heroïne, ces overdoses peuvent être évitées !

Communiqué de presse Asud / Safe

26 overdoses en Ile de France depuis hier. L’héroïne revient-elle rôder dans les banlieues ? Il y à peine deux ans, les spécialistes ne parlaient plus que des « vieux héroïnomanes ». Les opiacés sont consommés depuis 2000 ans, il n’est pas surprenant qu’une nouvelle génération subisse le choc de l’addiction à l’héroïne accompagnée de plusieurs facteurs aggravants :

1° la répression n’a jamais été aussi intensive : 120 000 arrestations en 2008.

2° Les conséquences de cette répression sur les usagers d’héroïne sont connues : on shoote vite dans un endroit peu adapté et souvent seul. On apprécie mal les quantités ; en cas d’overdose, on est vulnérable à l’extrême, si quelqu’un vous accompagne, la peur de la prison le pousse à vous abandonner à votre sort.

3° Depuis 15 ans ASUD et les associations de réduction des risques demandent que des campagnes de prévention des overdoses soient organisées par l’État : cela suppose d’informer sur les techniques de consommation, le degré de pureté et les quantités injectées ou sniffées. Au lieu de cela, la stigmatisation accrue des toxicos encourage les plus jeunes à s’initier tout seul, enfermés dans le déni et sans avoir pu profiter de l’expérience des « anciens » , victimes de la grande vague d’héroïne des années 80/90. Il existe par exemple, à l’étranger des programmes d’?éducation à l’utilisation du Narcan, un antagoniste des opiacés, qui ont fait leur preuves en matière de réduction des morts par overdose ; ou encore des programmes d’héroïne médicalisée et des salles de consommation sécurisée pour les usagers où l’on est pas obligé de se cacher au coin d’une rue ou au fond d’une voiture. Cela suppose de cesser de traquer les usagers de drogues comme des gibiers, particulièrement dans les cités de banlieue où la répression des années sida a laissé son sillage de morts.

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