Médicaments de substitution

Vivre substitué, une nouvelle vie

Dernière mise à jour : 02-07-2013

Entamer un traitement de substitution est un acte courageux, une décision et une tension totalement personnelle et privée. Il faut l’appréhender le plus simplement possible, savoir dépasser tout sentiment de honte ou de culpabilité et à l’opposé, se garder de toute gloriole, n’en nourrir aucune arrogance, et éviter de se poser en donneur de leçons.

Débuter un traitement de substitution ne se résume pas à se libérer d’une simple addiction aux opiacés. Les enjeux dépassent, et de loin, la simple dépendance physique. C’est aussi rompre avec un mode de vie et avec un monde dans lequel on était jusque-là totalement immergé. Cette rupture brutale peut faire paniquer. Elle affecte toute notre façon de vivre, notre rapport aux autres et modifie notre rapport au temps. C’est un passage délicat, complexe à gérer, une période d’hypersensibilité et par conséquent, de fragilité, voire de vulnérabilité, au cours de laquelle il vous faut faire face à la vie quotidienne, renouer en quelque sorte avec vous-même, adopter des attitudes inédites ou oubliées. Toute personne qui entame un traitement de substitution est confrontée à cette expérience déstabilisante. Mais tous ne la gèrent pas de la même façon. Mieux : il y a autant d’expériences qu’il y a de renonces. Chaque parcours est unique, chaque histoire se singularise en fonction des personnalités, de l’environnement, de l’efficacité du traitement suivi et de la capacité des uns et des autres à se (ré)insérer humainement et socialement.

La gestion du temps est un indicateur assez éloquent de cette diversité : pour certains, il ne sera pas facile de gérer aussi soudainement tout l’espace laissé par l’arrêt de la course quotidienne aux produits. Confrontés à l’ennui, ils auront du mal à se plier à ce nouveau rythme, s’exposant alors à des retours de flamme plus ou moins aigus, états dépressifs et autres, à des rechutes plus ou moins sévères, quand d’autres en profiteront pour mettre rapidement en place de nouvelles activités. Les réactions seront donc très diverses.

Même réussi, un traitement de substitution n’est pas une fin mais un moyen. Un moyen de fonctionner à nouveau, comme on l’entend souvent dire. Il ne permet pas de résoudre vos problèmes professionnels ou d’hébergement. Très logiquement d’ailleurs, la résolution de problèmes économiques (dettes, chômage) ou sociaux (domicile) est une condition de stabilité du traitement.

Quelques conseils généraux peuvent malgré tout être prodigués :

  • Procédez d’abord à un bilan de votre santé, physique, dentaire et psychique, mais aussi de votre vie, de votre situation socioprofessionnelle et si besoin, judiciaire…
  • Envisagez l’éventualité de commencer une psychothérapie si le besoin s’en fait sentir.
  • Pensez à établir et à hiérarchiser vos priorités, à définir de nouvelles aspirations, à vous donner les moyens de réaliser des projets en vous fixant par exemple des objectifs intermédiaires.
  • Si besoin, dès l’initiation de votre traitement de substitution, demandez par l’intermédiaire de votre médecin à être mis en contact avec des travailleurs sociaux (assistants sociaux, avec des éducateurs spécialisés) ou avec des associations agissant dans le domaine de l’insertion, qui sauront vous guider et vous soutenir sur un plan social.

Votre médecin peut également vous fournir le nom de centres, de thérapeutes addictologues, psychanalystes et psychologues spécialisés dans l’accueil et l’accompagnement des personnes dépendantes. Vous pourrez trouver auprès de ces organismes un soutien psychologique ponctuel ou continu selon vos besoins .

Les Centres de Soins d’Accompagnement et de Prévention en addictologie (CSAPA), les réseaux, les spécialistes des centres hospitaliers et les groupes d’autosupport sont là pour vous renseigner sur les différents modes de prise en charge.

Outre l’aide psychologique, le soutien social et la prise en charge médicale, la mobilisation de votre entourage est importante. Dans la mesure du possible, sachez discerner les membres de votre entourage susceptibles de vous venir réellement en aide, les personnes auprès de qui vous pourrez trouver une écoute sincère, à qui vous pourrez vous confier dans le cadre d’un véritable échange sans crainte de jugement et avec lesquelles vous nouerez un vrai dialogue. Sachez identifier et distinguer ceux sur qui vous pouvez également compter en cas d’urgence, et ceux envers lesquels il convient d’afficher une certaine discrétion, ne serait-ce que pour vous préserver. Dans le même souci de préservation, évitez certains membres de votre entourage antérieur, les « potes de défonce » qui chercheraient de façon plus ou moins insidieuse à mettre en péril votre traitement de substitution.

S’il convient d’afficher une certaine discrétion, il ne faut pas non plus développer un sentiment de honte ou de gêne. Gardez à l’esprit qu’une bonne partie de la population utilise antidépresseurs et anxiolytiques pour trouver son équilibre, et en parle ouvertement. Vous n’avez certainement pas à développer un sentiment de honte ou de gêne par rapport à votre propre traitement. À l’inverse, évitez la vantardise ou l’exhibition. Rappelez-vous que la drogue reste un sujet tabou pour la majorité de l’opinion, et que les lieux communs n’épargnent pas la question complexe des TSO. Des décennies de désinformation ont rendu le sujet incompréhensible pour la plupart des gens. Ne l’oubliez pas dans vos rapports professionnels et sociaux. À vous de jauger la situation et de juger quand et surtout à qui, il est pertinent de s’ouvrir sur ce sujet sensible.

Le traitement que vous suivez est censé vous permettre de reprendre le contrôle de votre vie par la rupture qu’il instaure avec la drogue de rue. Ce qui signifie qu’avec une posologie appropriée, vous êtes apte à fonctionner « normalement ».

Quelques principes élémentaires de précaution

 

Ne perdez pas de vue quelques principes élémentaires de précaution liés à votre traitement. Ils sont peu contraignants mais utiles, parfois obligatoires, voire vitaux en certaines circonstances :

  • L’ordonnance : Veillez à toujours avoir votre dernière ordonnance sur vous. Pour ne savoir plus consultez la page « Ordonnance ».
  • Conduire : Il en va de même si vous prenez le volant. Un dosage adéquat n’interdit pas de conduire, pas plus qu’elle n’altère vos réflexes ou votre attention. Restez cependant vigilant pour vous-même comme pour les autres : en cas de somnolence, cause de nombreux accidents, faites une pause. De la même façon, si vous avez pris plus que votre dose ordinaire pour une raison ou pour une autre, ne surestimez pas vôtre aptitude à conduire, abstenez vous en simplement. Là encore, une bonne connaissance de soi et un peu de prudence sont fondamentales. Un contrôle routier étant possible, il est conseillé d’avoir votre dernière ordonnances sur vous.
  • Voyager : Pour connaître les formalités à remplir consultez la page « Partir à l’étranger ».
Subtitution | Informez-vous, informez-nous Echangez sur le forum