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Y-a-t-il une vie après la Méthadone ?Automne 1999C'est la question que bien des usagers se posent après quelques années de traitement et multiples tentatives réussies ou non pour y mettre fin. Deux témoignages radicalement opposés illustrent toute la diversité des réactions individuelles. Samia, 32 ans, 10 ans d'héroïne![]() J'ai commencé par le Moscontin, du costaud : 6 à 700 mg par jour. Ça allait bien, trop bien même, car j'ai vite découvert comment le shooter. Mais je me suis aperçue que, même si ça m'avait permis de quitter le circuit came/dealers/fric, je ne voyais pas où cela me menait de passer mon temps à me faire des trous en guettant le flash ! Alors je suis passée à la Métha et là, j'ai pu “faire le deuil” de la shooteuse et de la défonce. Ce qui était mon véritable objectif... Pas maso pour autant, j'ai commencé avec un gros dosage : je suis restée à 100-mg pendant un an... Je voulais faire le pas suivant et me suis mise à réduire peu à peu, par 5 ou 10 mg, jamais plus. Et ça allait, à part quelques insomnies. Il m'a fallu un peu plus d'un an pour redescendre à 20 mg et encore six mois pour arriver à 5 mg. Puis, j'ai décidé d'arrêter : ça n'avait aucun sens de rester prisonnière (à vie ?) de cette toute petite dose de 5 mg qui, de toute façon, ne me faisait plus aucun effet. Je pensais que ce ne serait qu'une formalité : à ce stade, cela ne me ferait plus ni chaud ni froid de tout arrêter du jour au lendemain. Erreur, lourde erreur ! En réalité, j'ai commencé par me farcir une semaine de manque grave... Pas à me taper la tête contre les murs, non, mais le mal de dos, les courbatures, les insomnies persistantes... C'était comme si tous mes problèmes de santé “suspendus” depuis quel-ques années me tombaient dessus d'un seul coup ! Et puis j'étais à cran, déprimée, fatiguée en permanence, mais pas au point de m'empêcher de sortir et d'aller bosser. Disons que j'arrondissais un peu les angles avec du Prozac, des somnifères légers et aussi avec un peu de shit et de l’alcool... Il m'a bien fallu quinze jours pour commencer à me sentir un peu mieux... et puis tout à fait bien, et voilà ! Ça fait maintenant sept mois que je ne prends plus rien. Ce que je conseillerais à ceux qui, comme moi, veulent arrêter la Méthadone sans avoir à passer par une vraie cure de décroche, c'est de baisser en douceur, surtout pour les derniers milligrammes, en prenant des trucs pour dormir. Et aussi de ne pas rester trop longtemps sous Métha-: c'est encore plus dur après. Trois ans, pour moi, c'était trop ! Au fond, le seul intérêt de la Métha, c'est de n'en avoir aucun – au niveau de la défonce. Ce qui fait qu'on est naturellement amené à baisser les doses et à arrêter. Si on veut juste une “maintenance” pour se défoncer sans risque et gérer ses flashes sur ordonnance, ce n'est pas de la Métha qu'il faut. Moi ce que je voulais, c'était arrêter la drogue, redevenir performante, avec la pêche, quoi ! Là oui, la Métha a été positive. Peut-être aussi parce que j'ai eu la chance de l'avoir presque tout de suite en médecine de ville, ce qui m'a donné une certaine liberté. Je ne crois pas que j'aurais supporté les contraintes d'un centre.Le psychosocial, non merci ! Frank, 40 ans, 20 ans de came et 5 années sous substitutionMalgré les conseils de prudence de mon toubib, j'en étais arrivé, sans trop de mal, à descendre des 120 mg de Métha par jour à la moitié d'un flacon de 5 mg. Ça ne me faisait plus rien ; restait la contrainte du rendez-vous hebdomadaire chez le docteur et ces quelques gouttes de sirop poisseux à avaler (beurk !) tous les matins. Il était temps d'en finir pour de bon ! Je devais partir un mois avec ma copine en Corse et je pensais que c'était l'occasion de couper le cordon ombilical. J'ai donc laissé mon stock de Métha (que j'avais économisé en réduisant peu à peu) à Paris, n'emportant que 10 petits mg et un bout de shit : mes doses pour 4 jours, histoire de passer le cap en douceur. Je pensais que ça irait puisque cette mini dose n'avait plus (c'est ce que je croyais !) qu'un effet psychosomatique ; dont ces vacances m'aideraient définitivement à me passer. La première semaine a été super : plage déserte, p'tits joints, couchers de soleil sur la mer, etc. J'avais réussi à baisser encore les doses, si bien que ma quantité de Métha m'a duré 6 jours. A peine si je sentais une légère appréhension à la veille du 7e jour, lors du grand plongeon ! C'est sans doute pour cette raison que, ce soir-là et le lendemain, j'ai poussé un peu sur les joints et le rosé de pays. je tenais une solide gueule de bois au réveil du 8e jour ! Car c'était bien la gueule de bois, ces nerfs à vif, ces nausées, ces bâillements à répétition, ces migraines et ces courbatures, ce mélange de fébrilité et de fatigue écrasantes ? J'ai essayé de m'en persuader tout au long de la journée, jusqu'à ce que, mon état ayant empiré, je me rende à l'évidence tant redoutée : je me tapais une sérieuse crise de manque ! Bon, je me suis dit que ce n'était qu'un mauvais moment à passer, que je n'avais qu'à serrer les dents etc. Quand, au bout d'une soixantaine d'heures, j'ai commencé à faire des crises de tétanie, à me vider par tous les trous, j'ai compris que je n'y arriverais pas et qu'il fallait faire quelque chose. Consternée, la copine de Frank décide alors de partir faire la tournée des pharmacies des villages du coin. Après une journée d'autostop et pas mal de rebuffades (sur cette île de Beauté, les toxicos n'ont pas vraiment la cote), elle finit donc par ramener à son homme quelques boîtes de Néocodion : ouf ! Ça m'a suffisamment requinqué pour retourner à Bastia, où j'espérais vaguement trouver un toubib... Mais, pour éviter la tentation, j'avais laissé à Paris mon stock mais aussi mes ordonnances, lettres, etc. , bref tous les papiers susceptibles de me permettre un dépannage d'urgence. Après quelques coups de fil et un rendez-vous avorté nous nous sommes aperçus qu'il valait mieux ne pas compter sur les médecins corses pour une ordonnance de Moscontin ou de Skénan. Alors, comme les pharmaciens étaient de plus en plus réticents pour le Néocodion, auquel je reprenais goût à toute vitesse – oui, c'était crade mais au moins ça défonçait ! – on est rentrés à Nice. Je pensais y trouver un médecin qui me prescrirait de quoi repartir en Corse sans problème, mais... ... Mais au lieu de trouver le toubib qu'il ne cherche que mollement (notre ami a repris goût au truc !), c'est sur un dealer que Frank finit par tomber en débarquant sur le continent : un gramme, puis un autre, puis... On n'arrivait plus à décoller de Nice. C'est seulement quand tout l'argent des vacances a fini par passer dans la came (et aussi un peu de coke : quitte à faire la teuf, au point où on en était...)… Bref, au bout d'une semaine, il a fallu rentrer à Paris. Ma copine était furieuse et moi, la queue entre les jambes, je me retrouvais frustré et accro comme une bête – à nouveau ! La suite ? Après une explication orageuse avec mon toubib, il a bien fallu reprendre de la Métha, à 60 mg, cette fois-ci. Tout était à recommencer. Maintenant, quand je pense à l'avenir, je ne sais plus comment je vais faire. Je me sens pris au piège. |
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