Un traumatisme durable.

Cette histoire commence en 2009. À l’époque, j’étais déjà relativement expérimenté avec certains psychédéliques (cactus, champis magiques, salvia, cannabis fumé/ingéré…), j’avais pas mal lu sur l’aya (Jeremy Narby, Jean-Marie Delacroix, etc.) et vu les films de Jan Kounen. Comme beaucoup, j’ai été nourri de l’idée que cette expérience pouvait permettre de guérir certaines choses, que c’était une plante enseignante et le chaman, un guide.

J’avais aussi entendu parler des « arnaques ». J’avais vu partir quelques amis vers un séminaire
d’une semaine dans le sud de la France, et l’un d’eux m’a même appelé au cours de son troisième trip, complètement flippé : après avoir quitté le cercle de cérémonie, il était parti dans les bois, à moitié à poil, avec son téléphone et moi à l’autre bout du fil comme seul lien avec la réalité… J’avais réussi à le rassurer, le calmer, et il était finalement rentré un peu secoué et très excité par ses visions, mais avec plus de questions qu’avant. Bref, je connaissais « les risques ». Enfin, je le croyais.

Arrive donc le jour où j’ai la possibilité (et le sentiment que c’est le « bon moment ») de participer à une cérémonie. On m’a conseillé un « spécialiste » (H.L., en fait un rabatteur) que je vois une première fois seul, puis une seconde en groupe, avec d’autres intéressés et d’anciens participants venus parler de leur expérience et promouvoir ce qui nous attend. Tout ça me met en confiance, les chamans en question (C. et M., un couple de Brésiliens) semblent avoir déjà fait déjà beaucoup de cérémonies. Ils pratiquent à Bruxelles et Amsterdam (en France jusqu’à l’interdiction en 2005), avec une autre spécialité : le « kambo », venin d’une grenouille d’Amérique du Sud censé être un très puissant stimulant du système immunitaire… La cérémonie à laquelle je dois participer est donc un « pack » ayahuasca + kambo.

La peur au ventre

La semaine où je dois me décider, une appréhension persiste, mais je suis alors fermement persuadé qu’il faut vaincre ses peurs… Me voici donc inscrit (je paye la moitié, soit 80 €). Après deux jours sans aucune drogue ni sexe (une des recommandations importantes de l’organisateur), un des participants (T.) vient me chercher. Pour lui, ce n’est pas la première fois, c’est un teufeur qui a expérimenté pas mal de trucs. Un titre de Younger Brother (Ribbon on a Branch) passe dans la voiture. En l’écoutant, j’avais la sensation d’aller vers l’inconnu… et vers une sorte de « petite mort », au point d’envoyer des SMS (pour demander pardon, faire la paix) à plusieurs de mes proches. En arrivant dans la salle (à Bruxelles), je sens l’odeur caractéristique du palo santo (bois brûlé comme encens pendant les cérémonies). Je ne sais pas pourquoi mais mon corps rejette cette odeur, et soudain, une sensation dans le ventre me crie de NE PAS rentrer, de faire demi-tour et d’aller jusqu’à la gare la plus proche !!!

Je fais part de mes hésitations à la personne avec qui je suis venu. Mal à l’aise, il me dit que non, ça va aller. C’est alors que Mi., un type d’une cinquantaine d’années vient vers moi d’un pas très sûr de lui. C’est un chef d’entreprise, père de famille qui assure donner de l’aya à son garçon de 15 ans ! Il me fixe comme s’il pouvait lire en moi, décrivant les émotions que je ressens, et me rassure : « Ne t’inquiète pas, ça va aller. Je suis passé par là aussi, mais tu ne dois pas te laisser guider par la peur ! Si tu fais demi-tour maintenant, la peur te guidera toute ta vie ! » Soudain, le doute. Je ne sais plus trop. Le chaman (C.) vient à son tour, se présente et me met en confiance, me dit que tout va bien se passer, etc.

Je commence à rentrer dans la salle puis, voyant que j’hésite encore un peu, le rabatteur dit : « Bon allez, on va pas y passer la nuit, si tu veux avoir peur toute ta vie, c’est ton problème. » Pris dans le mouvement, souhaitant vaincre ma peur, je paye le reste (80 €) et suis le groupe. Les hommes (une dizaine) d’un côté, les femmes (une dizaine également) de l’autre. Une photo du Christ est présente (ils font partie du Santo Daime), mais différentes divinités sont invoquées par le chaman au début de la cérémonie. Chaque participant se voit ensuite remettre un verre (que C. re-remplit à chaque fois) d’un breuvage ocre/orangé contenu dans une bouteille en plastique. Le goût est assez spécifique et pas très agréable, mais ayant déjà mangé des cactus à mescaline, ça ne me semble pas si mauvais. Mon voisin murmure parfois des « Tsss, tsss », comme dans les films de Jan Kounen…

Rien au début…

Au début, je ne sens rien, juste une légère torpeur, puis, quelques maux de ventre, quelques nausées. Les chants commencent, il y a aussi du tambour. La lumière est tamisée. Mon mode de pensée se met à changer doucement, se faisant plus clair. Une certaine « ivresse », indescriptible et légère, je vois la peau d’un serpent (avec des écailles fluo) fondre en surimpression sur toute la pièce… ! Ça continue comme ça pendant un bon moment, et j’ai une sorte de révélation : à l’instant où la pensée (tout juste naissante) se tapit dans mon esprit, une sorte de projecteur (la conscience ?) l’éclaire en grand et la met en évidence !!! Une vraie prise de conscience. Avec cet « outil », impossible par exemple de se laisser attraper par la peur ! Repérée dès qu’elle surgit, elle se volatilise d’elle-même ! J’ai l’impression de comprendre un peu ce que le Christ, Bouddha (et d’autres) ont tenté d’expliquer à l’humanité. Bref, j’use de ce « pouvoir » avec délectation, et cette découverte me rend euphorique. La cérémonie continue, jusqu’au moment où le chaman pousse un cri atroce !!!!!!! J’ai l’impression que quelque chose se déchire en moi, mais sur le coup, je n’y prête pas plus d’attention que ça. Le cri s’arrête, c’est le principal ! Ensuite, on nous distribue des instruments très simples (tambour, sifflets, maracas, etc.). Petit à petit, les sons se superposent harmonieusement, et nous faisons tous UN. C’est beau, certainement le meilleur moment dans la cérémonie, dont la première partie prend fin au bout de trois heures environ.

On prépare maintenant le kambo. Le couple de chamans brûle de fins bâtons pour obtenir une braise avec laquelle ils feront de légères brûlures sur l’épaule ou la jambe, pour rendre la peau perméable et y étaler le venin. Ainsi, le passage dans le sang est très rapide, et il paraît que dès que le cerveau reçoit l’information, le corps l’interprète comme… la FIN. Impossible de raisonner, le corps te dit « c’est fini, tu vas claquer ». Un des premiers à le faire est un gaillard bien rôdé à l’ayahuasca, dont je vois le visage devenir verdâtre et s’affaisser… Puis il glisse (on était assis) et semble perdre connaissance, tout en vomissant. Le « staff » s’occupe de lui pour ne pas qu’il avale son vomi et s’étouffe ! Franchement, j’ai aucune envie de prendre ça. Je le dis. On m’explique que l’aya est comme une bombe qui rase tout mais laisse un trou béant, et que le kambo agit lui comme un pansement. Tant pis, pas de pansement pour moi. Vers 4 heures du mat’, tout le monde va se coucher puis le lendemain, réveil assez tôt, petit déj’ en mode « discussions passionnées sur les révélations de la veille », et départ. Je redécolle vers midi avec le même « pilote » qu’à l’aller. Le trajet du retour est assez silencieux, la fatigue aidant.

La plus étrange période de ma vie

Le retour chez moi est assez étonnant : j’ai l’impression de redécouvrir ma rue ! Le soir, je me couche tôt, je me sens fatigué. Le lendemain après-midi, j’enchaîne le boulot et je me sens en
décalage, mais j’arrive pas à savoir exactement pourquoi. J’ai l’impression que quelque chose a
changé. La concentration me demande plus d’efforts que d’habitude. Ayant un poste à responsabilité, c’est un peu embêtant… Le surlendemain, je sens que quelque chose ne tourne pas rond. Nuit affreuse, sensations bizarres, je me réveille toutes les trente minutes, je transpire à grosses gouttes, je me sens anxieux. C’est le début de la plus étrange période de ma vie. Les jours suivants, je perds de plus en plus le sommeil, mes nuits sont très courtes, entrecoupées de réveils en sueur, avec des sensations bizarres au niveau du côté gauche de mon visage et de la tête. Je me sens comme dans La Quatrième Dimension. Ma perte de concentration s’aggrave et l’organisation me demande des efforts terribles ! J’ai aussi l’impression d’être beaucoup plus plongé dans l’instant présent. Plusieurs clients me demandent si ça va, j’ai pas l’air bien, mauvaise mine…

Je décide d’aller voir mon généraliste pour ces sensations étranges dans la joue. Il me fait faire quelques examens sans succès et, quand je lui parle de l’ayahuasca, finit par me proposer des anxiolytiques… J’en prendrai quelques jours : la confusion et les sensations étranges restent et en plus, je me sens abruti. Un soir, je fais une crise terrible au moment du repas : je vais m’enfermer dans ma chambre, j’ai une grosse sensation de mort imminente. C’est la PEUR à l’état pur. J’ai déjà vécu quelques crises d’angoisse mais là, ça n’a rien à voir… Je décide de recontacter l’organisateur de la cérémonie, qui me propose de revenir le mois prochain et « boire » à nouveau. Je n’en ai bien
sûr aucune envie (sans parler des 160 € à payer) et quand je le lui dis, il me lance « Alors t’as qu’à faire un peu de yoga ! » et raccroche. Quand je le contacterai plus tard sur Facebook pour lui faire part de ce qui m’arrive, il s’en lavera les mains en disant « on a déjà fait des milliers de cérémonies,
ça c’est toujours bien passé, donc c’est de ta faute ». J’apprendrai par la suite que plusieurs victimes ont déposé plainte contre ces gens-là, et que H.L. recrutait notamment via Facebook mais aussi sur des sites de rencontres !

Entre temps, je n’arrive plus du tout à gérer mon travail, je démissionne. Dans les transports en commun, c’est comme si je ressentais les émotions des gens x 1 000 !

C’est invivable… Je comprends peu à peu que nous avons tous une sorte de « carapace » qui, certes, nous empêche parfois d’être plus à l’écoute des autres mais nous permet aussi de fonctionner dans la société et de nous protéger. J’ai l’impression que l’aya à fait voler cette « couche » en éclats (donc toutes mes protections). Presque tous les jours, je vais jardiner dans un potager associatif. Le contact avec la terre me fait énormément de bien, m’ancre un peu. Je me sens tellement déconnecté de mon corps… !

Plusieurs années à m’en remettre

Presqu’un an plus tard, j’ai été voir une acupunctrice recommandée par une amie. Dès la première séance, j’ai ressenti un réel mieux-être (la première fois depuis que j’essayais tout un tas de méthodes pour me soigner) ! J’allais la voir toutes les trois semaines et au bout d’environ six mois, je me sentais nettement mieux, j’ai recommencé à travailler quelques heures par semaine grâce à une entreprise d’insertion (rien à voir avec mon ancien métier mais c’était déjà beaucoup pour moi). Tout n’était pas parfait (loin de là) mais je me sentais revivre et avec le recul, je peux dire que j’ai mis plusieurs années à me remettre de cette expérience qui a laissé des cicatrices.

Si certains pensent que je suis une exception, au fil des années, j’ai rencontré d’autres personnes gravement choquées par leur prise d’ayahuasca. La plupart n’ont pas la force de témoigner, ou ne veulent plus en parler, préférant continuer à vivre et tenter d’oublier. C’est aussi pour eux que j’ai écrit ce témoignage.

Une chamane préoccupée par les dérives actuelles m’a également assuré que s’occuper de plus de 3-4 personnes dans une cérémonie était irresponsable et dangereux. Contrairement à une idée largement répandue, les chamans sont loin d’être des « sages », comme l’ont malheureusement démontré certains faits divers tragiques (décès, abus sexuels lors de cérémonies). Un tourisme chamanique se développe par ailleurs et avec lui, les imposteurs attirés par l’appât du gain prolifèrent. N’oublions pas que l’individu sous psychédéliques se trouve dans un état de grande suggestibilité. Le chaman possède donc sur lui un pouvoir important et la liberté d’en user comme bon lui semble…

Pour finir, je souhaite remercier infiniment ma famille, mes amis, et particulièrement la femme qui partage ma vie, pour l’amour et la patience dont ils ont fait preuve à mon égard. Sans eux, je n’aurais probablement pas tenu le coup…

J HI-DOU

La DMT (N, N-diméthyltryptamine) entre science et spiritualité

Beaucoup de choses ont été dites, écrites ou rapportées sur cette substance consommée depuis la nuit des temps au cours de rituels sacrés et qui revient en force dans nos sociétés… L’occasion de faire le point sur cette molécule au carrefour de la science, du psychonautisme et de la spiritualité.

Présente en abondance dans la nature, la DMT est une tryptamine proche de la psilocybine (4-PO-DMT), le principe actif des champignons hallucinogènes. Sur le plan neurobiologique, elle cible particulièrement les sites à sérotonines (5-ht) dont elle est aussi très proche chimiquement parlant. La sérotonine est d’ailleurs aussi une tryptamine mais pas psychédélique. Ce neurotransmetteur est impliqué dans l’humeur, la stabilité émotionnelle et la cognition. La plupart des dépressifs chroniques ont un taux de sérotonine plus bas que la moyenne. La DMT semble présente naturellement dans le corps humain, notamment à l’intérieur du cerveau dans la glande pinéale. Située dans l’épithalamus, cette glande connue depuis longtemps est entourée de mystère : Descartes y voyait « le siège » de l’âme tandis que pour les hindous et bouddhistes, elle correspondrait au troisième œil. Encore peu connue du grand public il y a quelques années, la DMT a vu sa popularité augmenter en flèche et on la retrouve de plus en plus sur les événements de musique électronique. Mais au-delà de sa consommation, c’est surtout le mythe qui l’entoure et la fascination pour cette drogue, souvent considérée comme un « médicament de l’âme », qui se propage comme une traînée… De poudre !

Un peu d’histoire tribale archaïque

Si sa consommation moderne, sous forme de free base à fumer ou de sel à sniffer/injecter, est assez récente, cela fait des milliers d’années que des plantes qui en contiennent sont consommées par les chamans et curanderos amérindiens. Sauf que, détail important, la DMT n’est pas active oralement ! Ingérée, elle est en effet détruite trop rapidement par le foie (par la monoamine oxydase, plus précisément) pour avoir un quelconque effet. Mais les anciens chamans ont découvert que des plantes contenant des IMAO (inhibiteurs de la monoamine oxydase) permettaient à la DMT de traverser la barrière hépato et donc de produire son effet psychoactif.

En mélangeant à 50/50, des feuilles de Psychotria viridis (chacruna) contenant la DMT + des morceaux de liane de Banisteriopsis caapi (ayahuasca) contenant des IMAO, on obtient donc un breuvage fortement psychoactif appelé traditionnellement le yagé ou, par extension, ayahuasca. Par leur action sur le foie, la consommation d’IMAO est très risquée. Par exemple, manger du fromage qui contient de la tyramine avec du yagé est potentiellement mortel, et la liste d’aliments à éviter est
longue. Dans les rites traditionnels, la prise de yagé s’accompagne ainsi de régimes alimentaires et de jeûnes sur plusieurs jours. Il arrive que les chamans ajoutent d’autres plantes à leur yagé, suivant les pathologies à soigner chez leurs patients. Certaines ne sont pas ou peu psychoactives, d’autres sont très puissantes, à l’instar des feuilles de Diplopterys cabrena (chaliponga), utilisée parfois en remplacement de la chacruna et qui contient 4 fois plus de DMT en moyenne, mais aussi une autre substance hallucinogène : le 5-MeO-DMT.

Ce 5-MeO-DMT, qu’on retrouve aussi dans les glandes sudorifères de la grenouille nord-américaine Bufo alvarius, un animal avec lequel les curanderos mexicains travaillent notamment dans le traitement des dépressions, dépendances et toxicomanies. D’autres tribus n’utilisent pas le yagé, elles prisent l’intérieur des graines de yopo (Anadenanthera peregrina), ou du cébil (Anadenanthera colubrina), qui contiennent du 5‑MeO-DMT avec un peu de chaux végétale pour activer les tryptamines. D’autres encore produisent du vin de Jurema (Vino de Jurema), fabriqué à partir d’écorce de Mimosa Hostilis. Cette plante a la particularité de contenir un peu d’IMAO, et donc d’être légèrement active oralement seule. Relativement accessible en Occident, c’est la plante la plus utilisée ici pour l’extraction de free base de DMT (bien que la plante à DMT la plus courante dans nos contrées soit le Phalaris Arundinacea ou baldingère faux‑roseau).

En fait, la liste des plantes contenant des tryptamines à courte durée d’action (DMT, 5-MeO-DMT, DET, DPT, NMT, etc.) est aussi longue que leur utilisation parmi les tribus amazoniennes est fréquente.

Quel est le rôle de la DMT ? La question à 64 milliards du Dr Meuli *1

En raison sûrement de son utilisation chamanique, la DMT est entourée d’une aura de mysticisme. La liste des croyances modernes et des interrogations autour de cette molécule est trop longue pour pouvoir être dressée ici. Elles constituent un réservoir dans lequel les consommateurs peuvent piocher pour « créer » un ensemble de croyances cohérent qui entrera en résonance avec leurs propres expériences sous DMT. Car la première chose à dire est que, plus encore que pour les autres hallucinogènes, la DMT entraîne des états « visionnaires » qui se prêtent au mysticisme… Qu’il s’agisse d’extra-terrestres, d’humains du futur ou de « créateurs », les rencontres avec les entités sont fréquemment rapportées lors des percées (voir encadré), de même que les souvenirs de vie passée, les expériences de mort imminente, ou les OBE (Out of Body Experience).

L’une des premières interrogations concernant le DMT est statistique. Elle concerne la probabilité qu’avaient les anciens Amérindiens de découvrir qu’en mélangeant l’ayahuasca à la chacruna, ils pouvaient obtenir de la DMT oralement active, parmi les millions de combinaisons possibles de plantes amazoniennes. L’explication réside peut-être dans le fait que, comme on l’a vu, les plantes à DMT sont nombreuses, et que par l’inhibition des processus de métabolisation qu’elle entraîne, la plante à IMAO – d’ailleurs, celle qui est nommée à proprement parler ayahuasca – produit des effets en association avec un grand nombre de substances et pouvait donc être assez facilement repérée par les chamans. Il n’en reste pas moins que ce « mystère pharmacologique » est d’autant plus troublant pour certains consommateurs que – la nature faisant bien les choses – la liane ayahuasca et les feuilles de chacruna se mélangent à 50/50 et que lorsque les anciens chamans des villages amérindiens sont interrogés sur l’origine du mélange, ils désignent le ciel en expliquant que ce sont leurs « cousins des étoiles » qui leur ont transmis cette technologie de l’esprit…

La percée, Wellcome to the Breakthrough
À partir d’une certaine dose (qui varie selon beaucoup de critères), le consommateur de DMT va expérimenter le deuxième effet Kiss Cool de la molécule, la percée (break through en anglais). Extérieurement, il aura l’air inconscient : il va tomber ou glisser de sa chaise, les yeux ouverts ou fermés, et il sera impossible d’en tirer la moindre réaction pendant la dizaine de minutes que va durer son voyage. Mieux vaut donc avoir quelqu’un qui assure pour gérer l’environnement et veiller sur la personne, notamment si elle a aussi pris de l’alcool, des opiacés ou tout autre produit pouvant provoquer des vomissements (risque d’étouffement). Définir ce qui constitue une « percée » de DMT n’est pas chose facile, mais le mot n’est pas choisi par hasard. Beaucoup d’usagers décrivent un passage vers un autre monde : comme si le temps/ l’espace/le soi volaient en éclats sous l’impulsion de la DMT qui vous aspire et vous projette dans une nouvelle dimension. L’expérience dépend évidemment de chaque utilisateur, de sa sensibilité, de sa perception, etc. (attention à bien prendre en compte ces facteurs, une percée peut virer au cauchemar). Quelques thèmes reviennent néanmoins de façon récurrente dans les récits : dissolution de l’ego, connexion avec la nature ou avec quelque chose de plus grand et de vivant, rencontre avec des entités en tous genres, passage à un état lumineux et hors du corps, visite de lieux mythologiques, inconnus, étranges, extra terrestres ou souvenirs de vie passée. Certains consommateurs de DMT apprécient de percer et recherchent cet état. En multipliant les expériences « de l’autre côté », ils peuvent en venir à penser que cet autre monde et les entités qu’ils y rencontrent sont réels et à considérer la DMT comme un véhicule vers d’autres dimensions… Quoiqu’il en soit, l’expérience est violente, et une des choses sur laquelle presque tous s’accordent, c’est que si vous vous demandez si oui ou non vous avez percé, c’est que la réponse est non !

L’histoire moderne de la molécule de l’esprit 

Pourtant, l’histoire moderne de la DMT commence de manière très scientifique, en laboratoire. C’est le chimiste anglais Richard Manske qui, le premier, a synthétisé de la DMT en 1931, lors de recherches pharmaceutiques et son nom commercial était la Nigerine. Sa première utilisation « psychonautique » par un Occidental est attribuée au pharmacologue Stephen Szara qui se l’injecta en intramusculaire (75 mg), puis en administra à ses amis. Nous sommes alors en 1957, l’année où
A. Hoffman isole le principe actif de la psilocybine sur la souche de champignon Psilocybe mexicana, en collaboration avec Roger Heim, le grand mycologue français, et Gordon Wasson, un milliardaire de la finance devenu, à sa retraite, un grand collectionneur et découvreur de souches de champignons. Passionné d’ethnobotanique, ce dernier faisait le tour de la planète avec sa femme, en quête de découverte mycologique, jusqu’à ce qu’il entende parler des champignons magiques du Mexique et qu’il rencontre Maria Sabina, la grande curandera mexicaine…

Cette femme, devenue plus tard une icône hippie malgré elle, découvrit les « Santos Ninos » alors qu’elle n’était qu’une petite fille. Elle raconte avoir été appelée par les champignons et n’avoir jamais arrêté de travailler avec, pour percer les secrets du monde de Teonanacatl, le dieu champignon…

Il faut savoir que beaucoup de respect et de piété entourent ce type de cérémonie au cours desquelles on invoque tous les saints de la Bible, mais aussi les dieux des croyances locales. Les chants, les prières, les psaumes et les battements de mains rythment les cérémonies…

C’est dans cette atmosphère que Gordon Wasson expérimenta les Santos Ninos (Psilocybe mexicana) sous la supervision de Maria Sabina. Après cette expérience, il fallait découvrir quelle substance contenue dans les champignons créait ces états visionnaires. Roger Heim s’occupa de l’aspect mycologique et c’est à Albert Hoffman, connu pour sa découverte accidentelle du LSD, qu’on confia la mission d’isoler le principe actif des Psilocybe mexicana. Hoffman expérimenta les fameux (façon de parler !) champignons et trouva que l’expérience ressemblait fortement au LSD. Il prit la même dose que les Indiens Mazatec (qui utilisaient traditionnellement douze paires de psilo) et vécut une expérience intense et plaisante, selon ses propres mots…

C’était le début de la grande aventure de la recherche sur les psychédéliques. À cette époque, ces travaux étaient bien tolérés et suscitaient un certain engouement. Les étudiants des grandes universités américaines étaient rémunérés comme cobayes pour tester LSD et autres ergolines, tryptamines et phénéthylamines (mescaline, DOM, etc.). Des chercheurs (chimistes, pharmacologues, psychiatres…) ont d’ailleurs bâti leur carrière sur les psychédéliques, dans lesquels ils voyaient des outils de l’esprit, au riche potentiel thérapeutique. Cette vague de recherche prit fin avec le début de la guerre contre la drogue. En peu de temps, ces composés ont été criminalisés et sont sortis du milieu universitaire pour se retrouver dans la rue. On n’accordait plus aucun crédit aux chercheurs, la politique avait pris le pas sur la science…

Les travaux du Dr Strassman

À la fin des années 1980, le Dr Rick Strassman, psychiatre souhaitant travailler avec les états modifiés de conscience, se démena pour obtenir autorisations et financements pour pouvoir travailler avec la DMT et la psilocybine. Il voulait mettre en corrélation le rôle de la DMT avec celui de la glande pinéale. S’il n’arriva pas à le prouver, il ne démontra pas l’inverse non plus ! Ce fut pour
lui un chemin long et tortueux, tant les obstacles administratifs et logistiques étaient nombreux. Et quand il réussit à obtenir autorisations et financements, il s’aperçut qu’aucun laboratoire n’acceptait de synthétiser la DMT dont il avait besoin. Il se tourna donc vers son ami chimiste et pharmacologue Dave Nichols, qui produisit quelques grammes de la fameuse molécule sous forme de sel injectable.

Pendant cinq années, il administra de la DMT en intraveineuse (400 doses furent administrées sur cette période) à près de 60 volontaires ayant pour la plupart des postes à responsabilité et/ou des familles. Le protocole de recherche impliquait 4 injections intraveineuses dans la matinée avec des
doses de 0,4 mg/kg, doses suffisantes pour « percer » (voir encadré) quasi systématiquement. Les participants relatèrent des expériences très intenses, allant de l’expérience de mort imminente, à
des niveaux de béatitude extatique, ainsi que des visites de vaisseaux spatiaux habités de robots, des rencontres et communications avec des entités, des visions de géométrie sacrée, etc. Sur toute la durée de ces travaux, il démontra que l’on pouvait administrer de la DMT en toute sécurité, les seuls critères rédhibitoires pour participer à l’expérience étant une tension artérielle élevée et/ou des fragilités psychologiques. Strassman publia en 2000 le résultat de ses recherches sur la DMT dans divers magazines scientifiques, et l’historique de ses travaux ainsi qu’une compilation des expériences de ses sujets dans un livre DMT the Spirit Molecule, dont fut tiré le documentaire éponyme (accessible sous-titré en français sur la toile).

De plus en plus populaire…

Depuis la sortie du livre et du documentaire, de films comme Enter the Void de Gaspard Noé ou D’autres mondes de Yan Kounen, et avec la disponibilité sur Internet de recettes d’extraction, la propagation du DMT se fait lentement mais sûrement chez les amateurs de psychédéliques et de sensations fortes. Un peu partout sur terre, des utilisateurs racontent comment la DMT a changé leur façon de voir le monde. Certains sont sortis de leur addiction, d’autres ont pu profiter des visions produites par la DMT pour évoluer, créer et faire des choses constructives. On trouve moins de témoignages sur les potentiels effets néfastes de la DMT mais l’expérience peut aussi s’avérer déstabilisante (voir p. 26). Comme la plupart des hallucinogènes, la DMT semble extrêmement peu addictive, ceux qui essayent d’en abuser sont généralement remis en place par la molécule elle-même, souvent au travers d’expériences difficiles. En effet, contrairement à ce que prétendent certains, sans un bon « set & setting », l’expérience peut devenir cauchemardesque. Ne consommez surtout pas de DMT si vous avez des soucis ou que l’environnement n’est pas propice.

Ecrit par : MIGHTY YO

CONSOMMATIONS ET PROHIBITION DES DROGUES APPROCHE TRANSVERSALE

Depuis deux ans, Asud organise avec l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) une réflexion autour de la déclinaison du mot « prohibition ». Déclinaisons historique, sociale ou anthropologique, le séminaire EHESS-ASUD est au cœur de l’approche structuraliste qui a présidé à la fondation de cet établissement si particulier. Réunissant sociologues, économistes, militants, écrivains, les séances sont visibles sur le site de l’École. Alessandro, historien au cœur de cette initiative et administrateur d’Asud, nous présente un résumé de cette expérience inédite dans le champ chaotique de la réforme des politiques de drogues.

Lors de son intervention en qualité d’animateur-discutant de la séance du 9 mars 2017, consacrée
au thème « Vivre et travailler avec les drogues », Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction, a rendu hommage à notre séminaire qui portait un regard « autre que médical » à laquestion des drogues. C’est dire si les professionnels du médicosocial confrontés à une population d’usagers souvent en difficulté ont conscience que toutes les consommations ne peuvent être réduites et compressées dans la catégorie « toxico » ou « addict ». Le séminaire de l’EHESS a contribué à inscrire la « question des drogues » dans une problématique large, ouverte, non culpabilisante, sur les bienfaits possibles recherchés par les consommateurs de drogues.

Lancé voilà deux ans sous l’intitulé « La prohibition des drogues : approche transversale », ce séminaire se voulait d’emblée un carrefour d’hommes, de femmes, de connaissances d’origines différentes. Nous avons voulu réunir dans la même salle des chercheurs universitaires de toute discipline, de la sociologie à l’histoire, de l’anthropologie à l’économie politique, de la géographie au droit. Mais aussi des médecins, des avocats, des psychiatres, des travailleurs sociaux, des militants des droits humains et surtout, des membres et des activistes des associations de défense et d’entraide des consommateurs de drogues. Ajoutons que nous avons voulu que ce carrefour d’information et de réflexion collective ait lieu, non dans n’importe quelle salle universitaire, mais bien dans l’amphithéâtre de l’EHESS, temple des sciences humaines et sociales en France. C’était un pari un peu osé, vu l’offre pléthorique et concurrentielle de séminaires à l’EHESS (mille par an), mais de 25-30 personnes présentes à la première séance, nous sommes passés à 50, 100 participants, pour arriver à remplir les 300 places de l’amphi lors de la séance « Se droguer pour le plaisir ».

L’évidence du plaisir

Est-ce un hasard si cette séance fut la plus courue du séminaire ? Sans doute pas ! C’est que cette dimension est normalement escamotée, sinon niée, dans les conférences et débats sur les drogues, systématiquement centrés sur les addictions, les risques sanitaires, la délinquance économique et la criminalité. Et ce, en dépit du fait qu’après l’expérience multiséculaire des Amérindiens et des peuples d’Orient, trois générations de consommateurs en Occident ont démenti l’affirmation de Claude Olievestein : « Il n’y a pas de drogués heureux ».

Pourtant, si de plus en plus de pays ont légalisé l’usage du cannabis thérapeutique et certains ont admis son usage récréatif, le droit de consommer une drogue pour en tirer du plaisir a encore du mal à être accepté par nos sociétés et nos cultures. D’ailleurs, le doux euphémisme de « récréatif » renvoie à une pause après le travail, à une récompense après une dure journée de labeur et de souffrance. Comme si le tabou qui avait pesé pendant des siècles sur les plaisirs sexuels, l’homosexualité en particulier, était aujourd’hui calqué sur les dites drogues. Les homosexuels qui
pratiquent aujourd’hui le chemsex (pratiques sexuelles intensives à l’aide de drogues) le savent bien : la libération récente du stigmate de la sexualité « contre-nature » n’empêche pas une réelle mésestime de soi de la part de ces mêmes « pédés » lorsqu’ils sont « drogués ». La première caractéristique de ce séminaire est d’ouvrir en grand les portes de la compréhension anthropologique du phénomène appelé « drogues », sans a priori, sans adjectivation morale d’aucune sorte, renforcée par l’observation historique et géographique sur le temps long. Ainsi, l’observation de la consommation du hachisch et de l’opium en Orient (Inde, Iran, Indochine, Chine) au cours des siècles nous donne à voir des sociétés qui ont intégré une consommation de masse de ces psychotropes, vivant avec les drogues, ses bienfaits et ses problèmes. Le cas du khat au Yémen et dans la Corne d’Afrique est parfaitement emblématique : nous avons là une consommation partagée par une grande partie de la population, qui en ordonne le rythme quotidien et la sociabilité, y compris en temps de guerre. Nous avons d’emblée intégré l’alcool et les benzodiazépines, cassant la séparation artificielle et hypocrite entre psychotropes légaux et illégaux, vendus en pharmacie, à l’épicerie ou sur le marché noir. La comparaison entre différentes civilisations et cultures régionales d’hier et d’aujourd’hui conforte cette approche. Si, des temps coraniques à aujourd’hui, le monde musulman a interdit la consommation d’alcool, le cannabis et l’opium ont été largement tolérés et n’ont pas fait l’objet d’une véritable prohibition jusqu’à une époque récente. À l’inverse, le monde judéo-chrétien a vécu depuis l’Antiquité avec l’alcool, et c’est seulement aux États- Unis qu’une prohibition stricte a été appliquée pendant un bref laps de temps (1920- 1933). Les études historiques nous disent d’ailleurs que les Occidentaux se sont cantonnés à cette seule et exclusive consommation de psychotropes éthyliques, ne s’appropriant des drogues venues d’Orient (cannabis et opiacés) ou des Amériques (coca et plantes psychédéliques) que dans
la deuxième moitié du xxe siècle, à la suite des voyages de la génération hippie. Bien sûr, auparavant, quelques rares aventuriers, médecins et artistes, s’étaient essayés à ces psychotropes, mais de façon expérimentale et limitée.

L’échec patent du prohibitionnisme

La licéité ou l’illicéité d’une drogue ou d’une autre selon le temps et l’espace considéré est un argument central dans le questionnement du bien-fondé de la législation prohibitionniste, en vigueur dans la plupart des pays du monde aujourd’hui. Ce n’est pas le seul. Depuis que les moralistes occidentaux, par différentes étapes au cours du XXème siècle, ont imposé au reste du monde la prohibition de la production, du commerce et de la consommation d’une série de plus en plus étendue de psychotropes, la guerre à la drogue s’est révélée une catastrophe humanitaire. Plusieurs intervenants au séminaire, qu’ils soient juristes, sociologues ou politologues, ont souligné les conséquences effroyables de cette guerre à la drogue qui s’est convertie en une guerre aux « drogués », une guerre raciale, sociale, ethnique. La criminalisation des consommateurs et des revendeurs a conduit à l’incarcération de millions d’Africains- Américains aux USA, de dizaines de milliers de « Noirs » et d’« Arabes » en France, favorisant les comportements racistes des forces de l’ordre, soutenues par la bien-pensance faisant des dealers les démons des temps modernes. Mais, malgré avoir rempli les prisons du monde entier, envoyé à l’échafaud des milliers de « trafiquants » dans les pays appliquant la peine de mort, justifié d’autres milliers d’exécutions extrajudiciaires, ruiné des petits paysans par une politique d’éradication des cultures illégales, dépensé des centaines de milliards de dollars dans la guerre à la drogue, la consommation de drogues a explosé et s’est mondialisée, grâce notamment aux transports modernes, tant physiques que numériques. L’échec patent du prohibitionnisme et les conséquences néfastes de la guerre à la drogue ont poussé à la réflexion vers d’autres politiques publiques en matière de drogues. Depuis vingt ans, la réduction des risques s’est imposée, bon an mal an, dans plusieurs pays, en Europe, aux Amériques, comme en Asie centrale et en Afrique. La légalisation du cannabis, d’abord thérapeutique ensuite récréatif, est en train de se répandre dans plusieurs États américains, du Canada à l’Argentine, en passant par le Colorado, la Californie et l’Uruguay. Pour nous en parler, nous avons eu l’honneur d’accueillir
à notre séminaire des figures importantes du combat antiprohibitionniste, comme Carl Hart (neuropsycho-pharmacologue de la Columbia University de New York), Ethan Nadelmann (ex-directeur de la Drug Policy Alliance) ou encore Raquel Peyraube (médecin, conseillère du gouvernement uruguayen). Mise à part la renommée, nous pouvons dire que l’ensemble des intervenants, animateurs et discutants du séminaire, qu’ils soient chercheurs universitaires, doctorants, militants associatifs, ont présenté des analyses solides et originales, conférant au séminaire un label de qualité indéniable. Sans oublier tous les auditeurs qui ont pris la parole dans les débats, enrichissant d’autant la réflexion collective par des témoignages personnels et des apports théoriques souvent ancrés dans des expériences concrètes. Pour finir, il faut souligner que ce séminaire a été rendu possible grâce au soutien scientifique de l’EHESS et au soutien financier du Centre de recherches historiques (CNRS-EHESS) et de l’association Apothicom, dirigée par le docteur Elliot Imbert.

ALESSANDRO STELLA

Jean-Pierre Lhomme (1948-2017) La médecine au risque des drogues

Jean-Pierre Lhomme est mort le 15 août 2017. Le premier programme d’échange de seringues,en 1989, le premier bus méthadone, en 1998, la première salle de consommation, en 2016,c’était lui ! Le médecin humanitaire engagé dans Limiter la casse, puis à l’Association française de réduction des risques (AFR) ; l’animateur des comités de pilotage et groupes de réflexion sur la RdR à Médecins du monde (MdM) et, bien sûr, la présidence du Csapa-Caarud Gaïa-Paris, l’ancien programme réduction des risques (RdR)de MdM, c’était encore lui !

Médecin généraliste

Pour être complet, il faut ajouter à ce « palmarès » un exercice médical inattendu à l’hôpital Marmottan. Que venait donc faire cet adversaire du « tout sevrage » dans le temple de la psychologisation dirigée par le célèbre Pr Olievenstein ? Toute l’intelligence de Jean-Pierre était d’avoir compris que c’est justement là, en terre de mission, qu’il fallait porter la bonne parole, au prix de l’intégration de la psychanalyse au service d’une RdR parfois un peu dogmatique. Et ça aussi, c’était Jean-Pierre. Et pourtant, l’essentiel n’est pas là. Tout au moins, cette présentation en forme de « palmarès » serait très éloignée de la nature profonde du personnage.

Alors qui était vraiment Jean-Pierre Lhomme ?

Jean-Pierre était d’abord médecin généraliste. Médecin ET généraliste, c’était sa marque de fabrique. Lui-même le formulait ainsi : « La médecine Générale [qu’il écrivait avec un G majuscule] est un secteur avec sa spécificité : une spécialité du général qui, à sa mesure, prend en compte la personne dans sa globalité : corps et âme. » Et il complétait : « La pratique de la médecine générale m’a très vite appris l’importance de la place donnée à la personne pour faire soin. » Et c’est bien dans la lignée du médecin généraliste, dans sa « boutique » ou son « arrière-boutique », comme il qualifiait parfois son cabinet médical de la rue Olivier Noyer à Paris, que s’est inscrite la figure du médecin humanitaire à MdM, puis à Gaïa, à l’épreuve de la toxicomanie sur fond de sida. La pratique de médecin généraliste lui a pleinement permis de concevoir ce qui ne s’appelait pas encore la réduction des risques. C’est avec ces bases, qu’il a inventé, avec d’autres, la RdR.

Inventer la RDR en France

« Pour la majorité des médecins généralistes, c’était le refus de prendre en soin ces gens qui se rendaient malades eux-mêmes. Pour les hospitaliers, c’était des débuts de réponses thérapeutiques au regard de la pathologie sida et… un compte rendu d’hospitalisation dont la conclusion était bien souvent : « sortie par évasion » (eh oui, le manque, ça fait « sortir » pour « aller pécho ») », écrivait-il 1. Il revenait alors sur l’événement déclencheur de son engagement dans ce qui allait devenir une « politique des drogues fondée sur la santé publique et les droits humains », comme dit aujourd’hui l’ONU. « Il fallait réduire les risques, « Limiter la casse ». Il a donc agit pleinement, sincèrement, avec conviction. « Il fallait faire partager ces pratiques initiées dans le colloque singulier du cabinet médical. Il a fallu le faire d’abord entre confrères qui partageaient ces pratiques. Ce fut le début des réseaux de généralistes. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait faire passer ces pratiques professionnelles jusque dans les structures spécialisées en toxicomanie, bien souvent corsetées dans leur modèle… et s’affranchir radicalement du savoir médical, pouvoir qui pousse à savoir pour les autres ce qui est bien pour eux sans chercher à les entendre. ». À l’époque, lui, ses collègues, tous les premiers militants de la RdR, mais aussi les premiers acteurs de l’autosupport apprenaient en marchant, il fallait « surtout faire la démonstration de ces pratiques à une autre échelle que celle de sa petite boutique pour les faire accepter, qu’elles soient reconnues et figurent un jour dans les orientations de politique de santé publique. Il fallait faire là, maintenant, redémontrer ce que bon nombre de pays avaient déjà fait ; il fallait le démontrer à la française ! ».

La condition particulière de la démonstration à la française, c’est une approche politique qui se situe bien au-delà du soin. Et ca aussi, c’est Jean-Pierre Lhomme. Contrairement à nombre de ses pairs en addictologie, souvent incapables de sortir d’une perspective étroitement sanitaire, JPL avait la tête politique au sens noble du terme. Son bagage militant d’ex-soixante-huitard lui faisait concevoir la santé comme un horizon traversé par les aléas des luttes sociales et barré par le fossé profond de la discrimination, qu’elle soit économique, ethnique ou culturelle. La révolution créée dans le soin par la prise en charge des toxicos séropositifs n’est pas une fin en soi mais un moyen de penser et de porter une parole politique. Un combat qui venait succéder à d’autres engagements du même ordre. Avant la loi Veil de 1975 sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), il avait aussi fallu produire des évidences, faire oeuvre de pédagogie et rédiger des argumentaires pour pouvoir lutter efficacement contre un ordre légal, social et moral qui pouvait entraîner la mort de femmes désirant mettre fin à leur grossesse. Les mêmes raisons qui l’ont vu se dresser contre les dogmes qui conduisaient à la mort des injecteurs de drogues dans les années quatre-vingts l’ont vu pratiquer des IVG illégales dans les années 70. L’IVG, la RdR : il existe un lien finalement clair entre deux combats qui reposent sur des pratiques médicales considérées comme déviantes au regard de la norme légale et sociale, mais aussi en opposition avec le milieu professionnel bien pensant – les « Académies », comme aurait dit Molière, ceux qui qualifiaient des médecins comme Jean-Pierre de « dealers en blouse blanche » quand ils inventaient la « substitution ». Cette même substitution que certains (parfois les mêmes) voudraient aujourd’hui gommer du dictionnaire pour la remplacer par « maintenance », toujours au nom de la science… C’est en ce sens que le médecin généraliste qu’était Jean-Pierre était aussi un médecin politique. Un médecin qui avait ,à cœur, in fine, de prendre soin de « la santé de la cité », selon ses propres mots pour souligner aussi les carences sociales qui rendent malade, tout autant sinon plus que les germes ou les virus.

« Séronégativer la RdR »

Cette conception de la médecine est marxiste, ou plutôt gramscienne, et pas seulement à cause de son amour proclamé de l’Italie. Dans le droit fil des théories du penseur transalpin (un peu trop souvent cité aujourd’hui), l’engagement politique de Jean-Pierre est celui de la réhabilitation des actes politiques qui pèsent comme une démonstration des choix faits par les hommes au détriment de l’infrastructure économique chère aux marxistes orthodoxes. Il avait commencé par l’établi à l’usine, sans oublier un combat personnel pour devenir médecin vécu comme l’appropriation d’un pouvoir à mettre au service du plus grand nombre et cela aussi est gramscien.

Le corollaire de ce goût des autres était la « fraîcheur » de son regard et l’acuité de son appréhension quasi instinctive des rapports de force qui corsettent souvent de manière invisible les grands problèmes sanitaires. Jean-Pierre Lhomme en avait encore fait la démonstration en Côte-d’Ivoire, lors d’un voyage accompli en 2015, notamment dans le but d’évaluer les potentialités de ce pays d’Afrique francophone en matière de santé communautaire. En tant qu’humanitaire et pionnier de la substitution en France, il était légitime pour démontrer à quel point le modèle néocolonial magico-institutionnel seringue+méthadone était absurde. Combien les besoins allaient au-delà du strict périmètre sanitaire, à commencer par un besoin vital de citoyenneté… Cela saute au yeux à Abidjan, mais c’est aussi vrai à Paris, veiller à ce que nous ne soyons ni témoins ni complices d’une « aseptisation de la RdR », coincée par le référentiel « addicto ». C’était ce que nous appelions « séronégativer la RdR », en référence à la dernière saison de l’Association française de réduction des risques dont il fut l’un des acteurs principal. Le fil conducteur des deux dernières années mémorables de l’association étant de « rompre avec une politique de soin aux toxicomanes taillée par la morale et le prohibitionnisme », mais aussi de faire la part belle aux aspects purement sociopolitiques de la guerre à la drogue.

Lhomme du contact humain

Jean-Pierre… L’homme (ah, ah) du contact humain, l’homme aussi du bien manger, du bien boire. L’homme des tirades obscures mais formatées pour étancher sa soif inextinguible de communication devant une (ou plusieurs) bière, entre l’antipasti et le dulce.

Enfin, à l’intérieur de cette boule d’humanité, veillait un professionnel carré, d’une rectitude impressionnante, qui considérait la maitrise de compétences techniques fiables comme une marque de respect envers les patients, tous les patients. Loin, très loin, de la démagogie qui confond bienveillance et nonjugement avec facilité et manque d’exigence. Loin du fameux effet miroir – « Comme je ne suis pas toxico, je vais tout faire comme un toxico pour être sûr d’avoir une vraie relation avec lui ». Les sourcils broussailleux de JP encadraient toujours un jugement clinique sûr, qui rassure ou désillusionne, mais qui toujours responsabilise.

Jean-Pierre l’épicurien, Jean-Pierre le rebelle, Jean-Pierre le râleur des commissions « théodules », tu nous manqueras sur le trottoir au moment de s’en griller une à la sortie du ministère de la Santé. Mais peut être es-tu quelque part, sirotant un chianti vieux de deux ou trois éternités, en train de nous observer avec ton sourire narquois…

Arrivederci camarade !!

OLIVIER ET FABRICE

1. Histoire et principes de la réduction des risques. Entre santé publique et changement social, Médecins du monde, juin 2013.

LES RÉPONSES ELLIPTIQUES DE LA MILDECA

Pour compléter son dossier, Asud a posé une série de questions à la Mission interministérielle de lutte contre les addictions (Mildeca) pour obtenir des éclaircissements sur ses angles morts, par exemple l’existence de traitements légaux de type opioïdes créant nécessairement un flou dans la législation. Sur seize questions, cinq ont obtenu une réponse dont le caractère est à la fois imprécis, incomplet, voire parfaitement hors sujet. Par déontologie et simple respect pour ses interlocuteurs, Asud se devait de les publier (1).

En cas de dépistage positif, les frais d’analyse sont à la charge du conducteur mais est-ce quand même le cas quand le résultat est négatif ? Pour la contre-expertise, les frais sont-ils encore à la charge du conducteur et est-ce toujours le cas si l’analyse se révèle négative ?

Une évolution législative (cf. loi de modernisation du système de santé et en particulier son article 45 qui modifie le code de la route) prévoit la possibilité de pratiquer des épreuves de prélèvement salivaire après la phase de dépistage en vue d’établir si une personne conduit en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants.

Si la personne est condamnée, les frais d’analyse sont mis à sa charge en application de l’article 1018 A du code général des impôts et de l’article A38-6 du code de procédure pénale.

En cas de prélèvement salivaire, les forces de l’ordre informent le conducteur qu’il peut demander à ce que soit réalisé un prélèvement sanguin qui lui permettra de demander une contre-expertise ou de faire vérifier qu’il prend des médicaments psychoactifs et non des drogues, conformément aux dispositions de l’article R. 235-6 du code de la route. Si le conducteur fait cette demande, il est alors emmené le plus tôt possible auprès d’une personne habilitée à faire le prélèvement sanguin. La demande d’analyse sur le prélèvement sanguin ainsi réalisé doit être faite par le conducteur dans un délai de cinq jours suivant la notification des résultats de la première analyse, en application des dispositions de l’article R. 235-11 du code de la route.

L’article L. 235-5 stipule qu’après avoir réalisé les tests de dépistage, le placement en garde à vue du conducteur n’est pas obligatoire. Dans la pratique, c’est pourtant un recours quasi systématique. Qu’est-ce qui justifie alors le placement en garde à vue ?

Il appartiendra au Parquet, en vertu de son pouvoir d’opportunité des poursuites, d’apprécier s’il convient ou non de poursuivre un conducteur faisant l’objet d’un traitement de substitution. Dans ce contexte, la production d’une ordonnance médicale, même si elle n’est pas explicitement prévue par la réglementation, peut être un préalable à l’appréciation objective, au cas par cas, par le Parquet, de la situation du conducteur détecté.

Les personnes dépistées positives (donc présumées innocentes jusqu’à la confirmation par analyse) subissent immobilisation du véhicule, retrait de permis provisoire, garde à vue, et parfois même une perquisition à leur domicile, mais un pourcentage non négligeable d’entre elles sont finalement mises hors de cause après analyse. N’y a-t-il donc aucun recours contre cela ?

La simple étape du dépistage peut entraîner pour le conducteur la suspension du droit de conduire, tout du moins à titre provisoire. C’est ce que prévoit l’article L. 224-1 du code de la route avec une retenue à titre conservatoire du permis de conduire dans les cas où « il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner que le conducteur ou l’accompagnateur de l’élève conducteur a fait usage de stupéfiants ou lorsque le conducteur ou l’accompagnateur refuse de se soumettre aux épreuves de vérification ». Cette rétention […] couvre une période de soixante-douze heures pendant lesquelles il est fait interdiction au conducteur de reprendre le volant et pendant lesquelles le préfet décidera de la durée de suspension provisoire. En pratique, il est fréquent que les résultats
des analyses toxicologiques ne soient retournés qu’après ce délai de soixante douze heures.[…]

[…] L’article 62-2 du code de procédure pénale limite la possibilité d’une mise en garde à vue aux délits punis d’une peine d’emprisonnement d’un an, et si certaines conditions sont remplies. Les délits routiers punis d’une peine d’emprisonnement d’au moins un an comprennent notamment la conduite après usage de stupéfiants. C’est à ce titre qu’un conducteur dépisté positif peut être placé en garde à vue ou si une infraction connexe (elle-même éligible à la garde à vue) est constatée (découverte de produits stupéfiants sur la personne ou dans le véhicule par exemple). Les dispositions de l’article L. 235-5 du code de la route n’entrent pas en contradiction avec ces dispositions (« lorsqu’il a été procédé aux épreuves de dépistage et aux vérifications prévues par l’article L. 235-2, le placement en garde à vue de la personne, si les conditions de cette mesure prévues par le code de procédure pénale sont réunies, n’est pas obligatoire dès lors qu’elle n’est pas tenue sous la contrainte de demeurer à la disposition des enquêteurs et qu’elle a été informée des droits mentionnés à l’article 61-1 du code de procédure pénale ») car l’article 62-2 rappelle bien que la garde à vue doit être l’exception, celle-ci devant être « l’unique moyen de parvenir » à l’un des objectifs fixés par cet article. Comme en toute matière, l’officier de police judiciaire apprécie donc l’opportunité du placement en garde à vue et la décide sous le contrôle de l’autorité judiciaire.[…]

La loi ne précise aucun seuil en dessous duquel il n’y a pas de poursuites (et dit bien que le seul fait d’être positif à une analyse suffit à caractériser le délit). Pourtant dans la pratique, nous avons eu de nombreux témoignages faisant état de ces seuils, par exemple pour le THC en dessous de 1ng/ml de sang les poursuites sont abandonnées. S’agit-il d’une tolérance ? Qui a décidé de ces seuils et pouvez-vous nous préciser les différents seuils selon les drogues ? Correspondent-ils aux seuils a minima de détection pour l’analyse cités dans l’article 10 de l’arrêté d’application du 13 décembre 2016 ?

[…] Conformément à la loi et à la jurisprudence constante de la Cour de cassation, l’article 1er du décret 2016- 1152 du 24 août 2016 a supprimé toute référence à la notion de dosage de stupéfiants auparavant précisée par l’article R. 235-5 du code de la route : il convient simplement d’établir si le conducteur a fait usage de produits stupéfiants et non qu’il se trouvait sous l’influence de stupéfiants. Les seuils présentés dans l’arrêté du 13 décembre 2016 ne sont que des seuils analytiques pour la mise en oeuvre de l’exploitation des prélèvements salivaires par les laboratoires et experts.

L’arrêté du 13 décembre 2016 précise les seuils de détection selon les tests de dépistage ou d’analyse et selon qu’il s’agisse de prélèvements salivaires, sanguins ou urinaires. Cela signifie qu’il est exigé des laboratoires qu’ils soient en capacité de déceler la substance recherchée à une dose de x ou z ng/ ml dans la salive selon qu’il s’agisse de dépistage ou d’analyse et y ng/ml dans le sang.[…]

[…] La fenêtre de détection d’une substance dépend de la substance elle même, de son mode de consommation, de la dose et de l’usager, et il n’est pas possible de répondre à une question relative aux durées de détection des différentes drogues.[…]

En 2016, plus de 60 000 personnes ont été dépistées positives aux stupéfiants alors que seulement 25 000 ont été condamnées pour ces mêmes faits. Comment expliquer cette incohérence dans les chiffres ?

Les différences statistiques entre le nombre de personnes ayant eu un dépistage positif pour usage de stupéfiant en application du code de la route et le nombre de personnes condamnées illustrent deux phénomènes : les alternatives aux poursuites ou la composition pénale ne sont pas
comptabilisées dans les condamnations et les ministères de l’Intérieur et de la Justice utilisent des unités de compte, des nomenclatures et des méthodes de comptage différentes. Ceci a donné lieu à
un groupe de travail conjoint de ces deux ministères en 2016 en vue d’élaborer des propositions d’harmonisation.

Comment échapper au contrôle ?

Jusqu’en août 2016, le dépistage des stupéfiants ne pouvait avoir lieu que dans des cas précis :

•• à l’occasion d’un accident corporel ou mortel ;
•• suite à une infraction commise ;
•• en cas de « suspicion légitime » de prise de drogue ;
•• ou à l’occasion d’une opération ordonnée par le procureur.

Mais comme pour l’alcool, il est désormais possible d’être soumis à un dépistage stups sans aucune justification. Il est même possible d’être testé dans une voiture à l’arrêt. Ces tests font généralement suite à une infraction mais on peut tomber sur un contrôle aléatoire.

À court terme, l’objectif des autorités est de multiplier par 2 le nombre de dépistages (126 000 en 2015), puis d’augmenter la cadence pour que la probabilité d’être soumis à un dépistage de stups soit la même que celle de l’être à un alcootest (10 millions de tests/an).

Quelques règles élémentaires devraient vous aider à maximiser vos chances de ne pas être dépisté:

•• rouler dans un véhicule clean et en règle ;
•• conduire sans commettre aucune infraction ;
•• soigner sa « dégaine » dans la mesure du possible, pour ne pas correspondre au stéréotype du gars qui se défonce tel que se le représentent les forces de l’ordre ;                                                    •• ne pas laisser fumer du cannabis dans son véhicule ;
•• se faire conduire par une personne sobre dans un événement festif ;
•• utiliser une application d’aide à la conduite de type Waze et programmer ses déplacements.

Si vous faites gaffe à tout ça, vous limiterez très sérieusement le risque d’un contrôle.

Selon la loi, c’est au conducteur de prélever lui-même l’échantillon de salive, ne laissez pas les forces de l’ordre fourrer leurs sales pattes dans votre bouche.

Vous trouverez sur Internet de nombreuses méthodes de tromper ces tests de dépistage. Reste à savoir laquelle est efficace, car il n’y a n’a pas encore d’études scientifiques pour les évaluer. Avant, un bain de bouche soigneux et prolongé était fréquemment cité comme étant efficace, mais d’autres témoignages disaient que dans leur cas, cela n’avait pas marché.

Petit florilège des méthodes supposées fausser les résultats du test :

•• bain de bouche à l’Éludril®, à la Listerine® ou au Paroex® ;
•• bain de bouche au peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée), surtout ne pas l’avaler ! ;
•• bain de bouche à l’huile d’olive citronnée ;
•• produit commercial de type « kleaner » ;
•• garder en bouche des bonbons Altoids et lors du prélèvement de salive, frotter le bâtonnet contre eux ;
•• mâcher des chewing-gums en conduisant, de préférence au bicarbonate de soude ;
•• se rincer soigneusement la bouche à l’aide de Gaviscon®, un produit contre l’acidité vendu en pharmacie ;
•• juste avant un contrôle, mettre une goutte d’huile essentielle de menthe poivrée sur sa langue et se faire saliver ;                                                                                                                                      •• consommer des fruits acides, voire de l’acide citrique ;
•• manger du Nutella avant le contrôle.

Attention, aucune de ces méthodes ne vous garantit de passer au travers, utilisez-les en dernier recours. De toute façon, restez connectés, il serait bien étonnant que parmi les millions de personnes visées par ces tests dans le monde entier, aucune ne trouve LA méthode pour les neutraliser ou qu’une entreprise ne commercialise un produit miracle réellement efficace (avis aux amateurs, celui qui trouve la formule deviendra riche !). C’est juste une question de temps.

Autant il est moralement condamnable de fournir un moyen de neutraliser un éthylotest, autant ce serait presque un devoir pour les tests antidrogue, tant ils sont arbitraires et scandaleux.

Bon à savoir

•• Le fabricant du test recommande de ne pas fumer ni manger dans les 15 minutes précédant le test, cela étant susceptible de fausser le test.
•• Une étude scientifique précise qu’une infection buccale modifie les résultats de l’analyse en faisant baisser le taux.
•• Une autre étude à constaté que la concentration en drogues d’un échantillon salivaire est jusqu’à trois fois supérieure à celle obtenue après stimulation acide de la salive.
•• Une salive trop « visqueuse » est plus difficile à analyser.

ATTENTION

Si vous êtes convoqué à la gendarmerie ou au commissariat pour une affaire liée de près ou de loin aux stupéfiants, n’y allez pas en voiture, les pandores risquent d’en profiter pour faire un petit dépistage gratuit. Plusieurs personnes ont ainsi perdu leur permis. Plus largement, si dans votre quartier ou votre village vous êtes plus ou moins connu pour usage de drogues, réfléchissez à deux fois avant de prendre le volant. Ou déménagez.

Dossier réalisé par JI.AIR

Que faire si vous êtes dépisté positif ?

S i vous pensez avoir un taux bas (consommation de + de 12 heures), évitez d’avouer l’usage d’une drogue, dans la mesure du possible. Cela peut paraître stupide de nier l’évidence, mais ça pourrait vous éviter d’être condamné pour usage si le taux détecté par l’analyse de confirmation est inférieur à celui toléré. Il est en effet courant d’être condamné pour usage sur la foi de votre déclaration. Ayez de l’imagination, invoquez une consommation passive, prétendez avoir été drogué à l’insu de votre plein gré… Si par chance un vice de forme annule la procédure, on ne pourra pas invoquer vos aveux pour tenter de vous condamner quand même.

Vu l’extrême sensibilité des tests, la consommation passive est une possibilité tout à fait réelle, au moins pour le THC (voir encadré). Plusieurs études scientifiques l’ont confirmé sans aucune ambiguïté. Il est courant que les forces de l’ordre « bluffent » et vous fassent croire que le résultat de votre analyse en dit long sur vous. Alors sachez que pour le THC, en dessous de 5 ng/ml de sang et de 50 ng/ml de THC-COOH, il est impossible de savoir si vous êtes un usager régulier
ou occasionnel.

Si les forces de l’ordre ont pour obligation de vous montrer les résultats de l’analyse, elles refusent la plupart du temps de vous en donner une copie, alors prévoyez le coup et prenez-la en photo.

Peines encourues pour conduite après usage de stupéfiant
•• retrait du permis ;
•• perte de 6 point sur le permis ;
•• jusqu’à deux ans de prison ;
•• jusqu’à 2 500 € d’amende ;
•• confiscation possible du
véhicule ;
•• et en cas de récidive :
annulation du permis,
confiscation du véhicule.

Réclamez une prise de sang

Une prise de sang n’est désormais plus nécessaire pour confirmer le test, mais la loi vous autorise à en réclamer une.

Alors réclamez-la. Les forces de l’ordre vont tout faire pour vous en dissuader mais ne lâchez pas, elles seront obligées d’accepter. Si elles vous disent que cette procédure va prendre du temps et
allonger votre garde à vue, tant mieux car plus elles vous feront attendre, plus votre taux va baisser. Le temps joue pour vous.

En cas de prise de sang, vous aurez également droit à un examen clinique qui, à défaut de vous innocenter, pourra confirmer que vous étiez dans un état apparemment normal. L’analyse de sang est bien plus fiable que celle de la salive, ne prenez pas de risque, même si son coût (250 €) sera à vos frais.

Sans prise de sang, vous ne pourrez pas réclamer de contre-expertise, car l’analyse salivaire ne prévoit qu’un prélèvement quand l’analyse sanguine en prévoit deux. Si les gendarmes se contentent d’un seul échantillon de sang, n’en réclamez surtout pas d’autre car il sera alors impossible de faire une contre-expertise, ce qui entraînera l’annulation de la procédure.

Demandez systématiquement une contre-expertise

En effet, il arrive que deux analyses produisent des résultats différents et dans ce cas, le taux retenu sera le plus faible. Si la différence entre les deux résultats est importante, l’analyse n’aura plus aucune valeur et vous serez relaxé.

Vous avez cinq jours pour réclamer cette contre-expertise à compter du jour où le résultat de la première analyse vous est communiqué.

Et après ?

Dans un premier temps, votre permis sera suspendu pour soixante-douze heures maximum (délai nécessaire pour obtenir les résultats de l’analyse). À l’issue de ce délai, si votre taux est supérieur au seuil toléré, le procureur vous colle d’office un retrait provisoire de six mois en attendant la décision du tribunal. S’il ne le fait pas, les forces de l’ordre sont dans l’obligation de vous restituer votre permis.

Au tribunal, inutile de chercher à démontrer que vous n’étiez pas sous l’influence d’aucune drogue, le seul fait d’avoir été positif à l’analyse caractérise l’infraction. Dans les rares cas où des conducteurs sont relaxés en appel car ils ont démontré ne pas avoir conduit sous l’empire de stup, le proc fait systématiquement appel et la cour de cassation confirme la condamnation. Le seul moyen de s’en sortir, c’est de trouver un vice de forme. D’où l’importance d’avoir un avocat spécialisé car lui seul sera à même d’en dénicher, si tant est qu’il y’en ait un.

Attention, on vous conseillera la comparution en reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) en vous assurant que la sanction sera moins forte. D’une part, ce n’est pas toujours vrai et quand ça l’est, la différence de peine est peu significative. D’autre part, si vous choisissez cette option, vous ne pourrez plus invoquer un éventuel vice de forme. Inutile alors de claquer de l’argent pour un avocat, il ne servira à rien, les peines étant fixées bien avant votre comparution.

Donc, réfléchissez bien avant de choisir.

La consommation passive                                                                                                             Non, la « consommation passive » n’est pas un mythe, il est tout à fait possible d’être dépisté positif après avoir passé du temps dans une pièce dans laquelle des stupéfiants ont été consommés. En février 2014, les policiers du commissariat de Roubaix, où étaient entreposées des saisies de cannabis, se sont plaints de vertiges et de nausées, et ont alors eu la lumineuse idée de s’auto-dépister avec les tests salivaires employés pour les contrôles routiers. Résultat : ils étaient tous positifs au THC. Une étude scientifique a exposé une personne durant trois heures aux effluves de cannabis dans un coffeeshop hollandais. L’analyse sanguine a montré qu’elle présentait 3 ng/ml
de sang de THC. Et il n’y a pas que le cannabis qui soit concerné : la « contamination » se faisant par la fumée, l’héroïne, la cocaïne-base ou la méthamphétamine fumées peuvent aussi vous valoir une positivité.

Dossier réalisé par JI.AIR

Les risques induits par la loi

Pour respecter cette loi, un usager de drogues, qu’il soit habituel ou occasionnel, se retrouve face à un choix impossible : stopper toute prise de drogue ou renoncer à conduire. En effet, étant donné les durées de détection des drogues, il n’est techniquement pas possible pour une personne conduisant tous les jours pour aller au travail d’user de drogues, même le week-end, sans risquer d’être dépistée positive quarante-huit heures plus tard. Et si l’histoire nous a enseigné quelque chose, c’est qu’on ne fait pas reculer l’usage de drogues par la répression, bien au contraire. Certes, certains usagers occasionnels renonceront à leur petit joint du soir, mais la majorité continuera ses consommations en s’adaptant à la nouvelle donne.

Sur les forums spécialisés, on voit déjà apparaître de nombreuses questions sur les drogues non détectées ou non détectables. Pour le cannabis on peut s’inquiéter d’un recours aux cannabinoïdes de synthèse, non détectables (certains ne sont d’ailleurs pas classés stupéfiants) mais autrement plus nocifs et dangereux que le cannabis lui-même. Quant aux opiacés et aux stimulants, ils ont aussi leurs équivalent parmi les Research Chemicals (drogues de synthèse), et on peut s’attendre à une forte augmentation de la demande qui pourrait favoriser l’apparition de nouveaux produits. À une augmentation probable la consommation d’alcool également puisque, avec cette loi, c’est désormais le seul produit qu’il est possible de consommer en prenant le volant douze heures plus tard sans risquer les foudres de la justice. Autre risque corroboré par des témoignages sur les forums d’usagers : que, « pris pour pris », certains cessent leurs efforts pour ne pas conduire sous l’emprise de drogues (quitte à être positif, autant que cela soit pour quelque chose). Bref, en supposant que l’objectif de cette loi est d’améliorer la sécurité routière, elle risque fort d’arriver au résultat inverse.

En sanctionnant l’usage et non l’abus, cette loi perd toute crédibilité et sera logiquement rejetée par les personnes concernées, contrairement à celle sur l’alcool qui sanctionne l’abus et non l’usage et qui est globalement bien acceptée, une condition importante de sa réussite. L’année suivant la mise en place des dépistages d’alcool, on a enregistré une baisse de 20% de la mortalité routière, et je doute fort qu’on arrive à un tel résultat.

Cette loi va de fait interdire à toute personne faisant usage de stupéfiant de conduire un véhicule. Que vous utilisiez le cannabis dans un cadre thérapeutique, de façon occasionnelle pour vous détendre, ou que vous soyez sévèrement accro au crack, vous êtes désormais considéré comme un chauffard en puissance et serez condamné (lourdement) comme tel. Les autorités ont enfin trouvé un moyen efficace de réprimer l’usage de drogues : interdire à ceux qui en usent de conduire, donc de se déplacer librement. Avec des conséquences dramatiques pour certains : perte d’emploi, perte d’autonomie, et pour ceux qui vivent dans des campagnes sans transports en commun, c’est carrément une mesure d’élimination. Impossible d’emmener ses enfants à l’école, d’aller faire ses courses, chez le médecin, de rendre visite à ses amis ou à sa famille, bref, plus aucune vie sociale ou possibilité de subvenir aux besoins les plus essentiels.

Cette loi est une loi d’exclusion, une loi d’élimination, une loi qui va stigmatiser un peu plus les personnes faisant usage de drogues, pour un bénéfice dont on peut sérieusement douter en termes de sécurité routière.

Facteurs de risques d’accident
Alcool 0,49 g/L
de sang (taux légal) x 3
Cannabis x 1,8
Alcool+cannabis x 5
Rouler sous la pluie x 2
Téléphone au volant x 4

Améliorer la sécurité routière supposerait de commencer par fournir aux usagers des informations fiables, objectives, compréhensibles et cohérentes, et que les usagers puissent s’autoévaluer, voire proposer des dépistages préventifs volontaires dans les lieux festifs. Les usagers de drogues ont déjà démontré qu’ils étaient capables de modifier leurs habitudes, si tant est qu’on leur en donne les moyens. Il serait temps d’appliquer le concept de la réduction des risques à la sécurité routière, pour le bénéfice de tous.

Dossier réalisé par JI.AIR

 

Le HIT-PARADE des produits recherchés

Aucun outil certifié en vente libre, comme l’éthylotest pour l’alcool, ne permet à un conducteur de s’auto-évaluer de façon préventive. Comment, dès lors, s’assurer qu’on est en règle avec la loi avant de prendre le volant ?

Le cannabis

Le THC est la drogue la plus fréquemment dépistée (environ 90 % des cas) et, précision importante, il est associé à l’alcool dans 42 % des cas. En cas d’accident, il serait intéressant de savoir auquel des deux produits les statistiques attribuent la responsabilité. Selon les forces de l’ordre, le taux moyen relevé est de 2,8 ng par ml de sang. Mais selon l’étude SAM, seuls 4,3 % des accidents sont directement imputables au cannabis, contre 31,5 % à l’alcool. Les risques à conduire sous cannabis sont donc infiniment moins élevés qu’avec l’alcool.

Sans rentrer les détails, toutes les études confirment que le cannabis abaisse plus ou moins notre aptitude à conduire un véhicule. Mais elles précisent aussi ce que sait déjà tout consommateur de ce produit, à savoir qu’il a conscience de son état et modifie sa conduite en conséquence : il roule moins vite que les autres et surtout, prend beaucoup moins de risques. Un constat qui n’est pas le fruit de l’imagination délirante d’un « drogué », comme le prétendent les « anticannabis », mais le résultat d’études scientifiques sérieuses.

Selon une étude de l’Inserm, le sur-risque lié au cannabis serait ainsi nul ou faible s’il est utilisé seul.

Et ce n’est qu’à partir d’une concentration de 5 ng que le risque serait avéré. C’est d’ailleurs ce seuil de 5 ng qu’ont choisi les deux premiers États américains à avoir légalisé le cannabis récréatif, le Colorado et l’État de Washington. Le taux de THC correspondant au taux légal d’alcool (0,5 g/L de sang) serait, quant à lui, de 3,8 ng, taux que plusieurs rapports d’experts européens préconisent de mettre en place.

RÉGULIER OU NON, L’USAGE DE CANNABIS NE SEMBLE PAS AVOIR D’INCIDENCE NOTABLE SUR LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE :

« EVEN FREQUENT USERS OF CANNABIS DO NOT SEEM TO HAVE A HIGHER ACCIDENT RISK THAN NONUSERS, AS LONG AS THEY ARE NOT UNDER THE ACUTE INFLUENCE OF THE DRUG, I. E., THERE APPEAR TO BE NO EXTENDED EFFECTS OF CANNABIS USE ON TRAFFIC SAFETY BEYOND THE PERIOD OF ACUTE IMPAIRMENT. » (DUIC REPORT)

Mais voilà, en France, on a choisi le taux de 0,5 ng/ml de sang. Au Royaume-Uni, lui aussi adepte de l’option tolérance zéro, il est de 2 ng/ml, et de 3 ng aux Pays-Bas et en Norvège, la Suède ayant sans surprise le seuil le plus bas (0,3 ng/ml de sang). En France, il est donc fréquent que des personnes se fassent prendre au dépistage pour un joint fumé la veille, voire plusieurs jours plus tôt, alors que les effets d’un joint sont totalement dissipés grand maximum quatre heures après au (huit heures en cas d’ingestion).

Pour justifier de considérer une personne sous influence deux semaines après sa consommation, un toxicologue, le Dr Mura, a une théorie très originale, du genre à provoquer un fou rire incontrôlé chez les adeptes de cette redoutable drogue : selon cet expert, le THC qui se fixe pour une très longue période dans les graisses pourrait se relâcher en certaines occasions, provoquant alors des effets équivalents à ceux ressentis en fumant un joint. Les fumeurs expérimentés apprécieront la pertinence de cette observation. Le taux minimum serait selon lui trop élevé et aucune trace de cannabis ne serait détectable deux heures après. Là encore, les malheureux condamnés pour un joint fumé vingt-quatre heures plus tôt apprécieront. Ceci expliquant peut-être cela, ce monsieur est connu pour ses expériences au cannabis sur nos amis les cochons. Ce docteur Folamour injecte directement dans la jugulaire du cochon la dose monstrueuse de 200 mg de THC par kilo (soit plus de 400 fois la dose usuelle pour un humain), puis il abat la pauvre bête et mesure la concentration de THC dans ses organes (Allo la SPA ?).

S’il est bien entendu préférable de s’abstenir de consommer du cannabis avant de prendre le volant, condamner une personne pour avoir fumé quarante-huit heures plus tôt est ridicule et la peine encourue totalement disproportionnée au regard du risque pris. Mais attention, la tolérance au produit est un élément déterminant : certaines personnes ne sont absolument pas en mesure de conduire après un simple joint, quand d’autres se sentiront simplement plus détendues. Une étude cite même le cas d’une personne jugée parfaitement apte à conduire alors qu’elle avait 40 ng/ml de sang.

Les drogues fumées donnant les plus fortes concentrations salivaires, il serait intéressant de vérifier si l’usage d’un vaporiser est de nature abaisser ces concentrations.

L’effet du cannabis sur les fonctions cognitives et psychomotrices
Lorsque vous fumez un joint, vous passez par trois phases :durant les premières 60 minutes, c’est l’Acute Phase (phase aigüe) où les effets sont à leur maximum. Puis on passe à la Post Acute Phase, qui dure une à deux heures après avoir fumé, période pendant laquelle les effets baissent assez rapidement. Et c’est enfin la Residual Phase, deux à trois heures durant lesquelles ils se dissipent peu à peu. Pour être sûr de ne pas conduire avec des facultés affaiblies, il serait donc plus
prudent d’attendre quatre heures avant de prendre le volant. Boire de l’alcool en ayant consommé du cannabis est une pratique à bannir absolument, les risques étant alors démultipliés.

Amphétamines

Il est possible d’être détecté positif plus de quatre jours après en avoir consommé. Prises à dose thérapeutique, les amphétamines ne seraient pourtant pas forcément un handicap à la conduite. Une étude précise même qu’elles auraient plutôt tendance à l’améliorer. En fait, c’est surtout la fatigue provoquée par leur abus qui serait de nature à augmenter le risque d’accident. Évidemment, tout est là encore question de dose : un type blindé de speed depuis trois jours sans dormir n’est certainement pas en état de conduire, c’est du pur bon sens.

Cocaïne

Pour la cocaïne, tout dépend de même du dosage et du mode de consommation : l’effet d’un sniff de coke n’a rien à voir avec son injection ou lorsque elle fumée sous forme de base. Mais l’effet de la cocaïne étant assez bref, il est probable que l’on retrouve son aptitude à conduire relativement rapidement.

Selon de Dr Jean-Pierre de Mondenard, expert reconnu en matière de dopage, « la cocaïne est un stimulant ultra performant » qui augmenterait les performances par « augmentation de la réactivité ». Selon le contexte, une même drogue passe donc du statut de dopant améliorant les performances à celui de drogue incapacitante vous rendant inapte à la conduite.

Mais si une simple trace de coke n’entraîne pas d’incapacité notable (et peut même l’améliorer selon une étude tout à fait scientifique), il n’en est pas de même pour une dose équivalente prise en intraveineuse. Il serait alors carrément crétin (et criminel) de prendre le volant. Concernant le crack ou la base, est-il utile de préciser qu’il est extrêmement déconseillé de prendre le volant sous leur influence ?

Opiacés

En ce qui concerne les opiacés, les conclusions des études sont parfois contradictoires.
Pris dans un contexte médical à dose thérapeutique, ils ne modifient pas de façon notable l’aptitude à conduire, si la personne est déjà tolérante aux opiacés bien sûr. Donc attention en début de traitement.

Alors que l’héroïne est généralement désignée par les expert comme l’ennemi public n° 1, si elle consommée raisonnablement, il n’y a pas de raison que son usage soit plus accidentogène que la morphine médicale.

Le facteur clé avec l’héro, et les opiacés en général, est celui de la tolérance qui fait qu’un addict est capable de s’envoyer sans broncher des doses qui enverraient direct à la morgue n’importe quelle personne « naïve » aux opiacés. Le risque n° 1 avec la poudre, c’est de piquer du nez, ce qui n’est malheureusement pas trop compatible avec la conduite bien que rare chez un héroïnomane confirmé.

En fait, c’est plutôt en manque qu’un usager d’opiacés au volant peut devenir un danger.

Si on présume que quelqu’un soigné à la morphine est tout à fait apte à conduire, je ne vois pas trop pourquoi on devrait considérer qu’une autre sous héroïne est forcément un chauffard en puissance car à la finale, il n’y a guère de différence entre les deux (l’héroïne se transforme en morphine très rapidement). Mais voilà, l’une est légale, l’autre est illicite et peut vous coûter la prison.

Les stupéfiants sur ordonnance

Et les personnes consommant des produits stupéfiants sur prescription médicale ? Sauf erreur de ma part, la loi n’en fait pas mention, ce qui laisserait à penser que même utilisés tout à fait légalement sous contrôle médical, vous n’avez pas le droit de conduire.

Mais bien qu’il n’y ait pas de texte évoquantce cas de figure, l’usage de stupéfiant sur ordonnance ne devrait pas vous faire condamner. Ni la méthadone ni la buprénorphine (Subutex®) ne font partie des produits recherchés, bien qu’il soit possible de se retrouver positif aux opiacés par réaction
croisée.

Méthadone

Pour la méthadone, un patient stabilisé et ne consommant pas d’autres drogues (alcool
compris !) est parfaitement apte à conduire. La Suisse, qui interdit de conduire aux dépendants aux drogues, redonne ce droit aux personnes stabilisées sous traitement méthadone. En règle générale, les personnes qui prennent des stups dans le cadre d’un traitement médical conduisent bien mieux que lorsqu’elles ne suivent pas de traitement. Au Royaume-Uni, la méthadone est acceptée tant que le taux n’excède pas 500 ng/ml de sang, ce qui correspond à peu près à une dose quotidienne de 80 mg. Une personne stabilisée conduisant après avoir consommé 80 mg de méthadone n’a pas plus de risque d’accident qu’une personne n’ayant rien consommé, alors que ce même dosage peut entraîner la mort de quelqu’un n’ayant aucune tolérance aux opiacés. Par contre, les personnes sous prescription médicale de diamorphine (héroïne) perdent leur permis de conduire.

Dans certains États américains et dans d’autres pays, conduire sous méthadone est un délit, que cet usage soit ou non médical. Le simple fait d’être recensé comme « addict » entraîne le retrait de votre permis, et la Communauté européenne suggère elle aussi d’interdire de conduire aux personnes dépendantes.

Sulfates de morphine

Concernant les sulfates de morphine, vous serez évidemment positif… à la morphine, ce qui, dans un premier temps, va faire de vous un présumé coupable, traité comme tel par les forces de l’ordre. Vous serez placé en garde à vue, votre véhicule immobilisé et votre permis suspendu pour soixante-douze heures maximum. La présentation de votre
ordonnance n’y changera strictement rien et avec un peu de chance, vous aurez même droit à une perquisition à votre domicile. Vous devrez aussi subir une prise de sang, seule à même de prouver votre bonne foi. Les forces de l’ordre seront sûrement plus compréhensives avec un cancéreux qui prend de la morphine qu’avec un usager de drogues substitué qui reste à leurs yeux un « toxico ».

Benzodiazépines

Passons aux downers et autres benzodiazépines. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, elles n’auraient qu’une faible incidence sur la conduite. Oui, quand c’est pris à dose raisonnable mais sûrement pas quand on en abuse ou quand elles sont associées à de l’alcool ou d’autres drogues. Quoiqu’il en soit, les benzos et autres antidépresseurs seraient responsables de 3 % des accidents.
Mais ce genre de psychotropes est surtout consommé par « Monsieur tout le monde » et par de nombreuses personnes âgées, des seniors qui restent intouchables malgré une inévitable baisse de leurs capacités à conduire et des résultats pas vraiment fameux en termes de sécurité routière. En France, il vaut mieux conduire à moitié sourd et aveugle que de prendre le volant en pleine possession de ses moyens après avoir fumé un joint deux jours plus tôt.

Codéine

Pour la codéine, c’est encore plus compliqué car bien qu’elle soit classée stupéfiant, de nombreux médicaments vendus sans ordonnance en contiennent suffisamment pour être dépisté positif aux opiacés.

Bon, il est tout de même fortement conseillé d’avoir en permanence votre ordonnance sur vous et quelques doses de votre substitution qui, en cas de garde à vue prolongée, vous éviteront de vous retrouver en manque dans ce trou puant appelé cellule. Et pourquoi pas, demander à votre médecin une attestation précisant que votre médicament étant de la famille des opiacés, vous êtes susceptible d’être dépisté positif à tort, certifiant par ailleurs que vous êtes apte à conduire.

Il ne serait pas du luxe de sensibiliser les médecins et le personnel des Csapa à ce problème car personnellement, je n’ai jamais vu ou entendu la moindre information à ce sujet dans aucun centre. Les professionnels pourraient également monter au créneau pour dénoncer la façon ignoble dont risquent d’être traités leurs patients.

Méthylphénidate

Les personnes en traitement à la Ritaline® ou au Concerta® peuvent de même être positives à tort aux amphétamines. Là encore, même traitement que pour les opiacés : prise de sang, garde à vue et tout le tralala, sauf qu’il vous faudra en plus demander une recherche de médicaments psychoactifs, l’analyse classique n’étant pas assez précise. Une incohérence de plus quand on sait que le méthylphénidate sous contrôle médical améliore la conduite. Tout comme le Captagon® qui, après avoir fait la joie de nos écrivains et autres rugbymen, serait désormais la « Drug of Choice » des frappés du djihad.

Cannabis thérapeutique

Enfin, en ce qui concerne le cannabis thérapeutique, c’est comme d’habitude « circulez y a rien à voir ». À moins que vous ne fassiez partie des rares personnes ayant un accès au Sativex® ou au Marinol®, auquel cas une ordonnance devrait vous disculper (enfin, à vérifier…). Pour les autres, n’espérez aucune clémence de la justice, vous serez aussi condamnés comme de vulgaires chauffards. On peut conduire sous opiacés, sous antidépresseurs, sous benzodiazépines, mais pas sous cannabis, cherchez l’erreur… Même aux États-Unis, où de nombreux États ont légalisé le cannabis à usage médical, aucun d’entre eux n’accepte qu’une personne en traitement conduise. En Israël, pays pourtant à la pointe du cannabis thérapeutique, le seul fait d’être en traitement.

L’inquisition des temps modernes
Les tests antidrogues ont de beaux jours devant eux. Aux USA et en Australie, les chômeurs vont bientôt être dépistés gracieusement et en cas de positivité, ils perdront leurs allocations. En France, une nouvelle loi autorise le dépistage au travail tandis qu’à Béziers, la mairie propose aux parents des tests salivaires gratuits pour dépister leurs enfants. Il va falloir apprendre à vivre avec cette épée de Damoclès et s’adapter. Les tests salivaires laisseront bientôt place aux tests par empreinte digitale, une « méthode non-invasive, hygiénique et impossible à falsifier, avec l’identité du sujet capturée dans l’empreinte elle-même » qui permet déjà de dépister la cocaïne. Les défenseurs des droits de l’homme ont déjà démontré qu’ils savaient utiliser avec habilité les nouvelles technologies, espérons qu’ils seront vite capables de trouver des outils permettant de nous prémunir de cette nouvelle inquisition des temps modernes.

Dossier réalisé par JI.AIR

Mensonges et flous statistiques.

Ce que disent les statistiques officielles… ou la présentation tendancieuse de la Sécurité routière.

En France, la Sécurité routière a pris l’habitude, concernant les stupéfiants, de citer le chiffre de 23%, qui représenterait le pourcentage des tués sur la route où les stupéfiants seraient impliqués. Et les médias de reprendre ce chiffre bêtement, sans aucune explication ou analyse, laissant entendre que les stupéfiants auraient tué 790 personnes en 2015.

Une lecture attentive de ces statistiques permet pourtant de tempérer ce chiffre sérieusement : en 2015, il y a eu 3 461 tués dans la métropole, dont 501 dans un accident où l’un des conducteurs a été testé positif aux stupéfiants. Faites le calcul, et vous constaterez que 501 équivaut à 14,5 % de 3 461, et non à 23 %. Les 23 % et 790 tués sont donc des extrapolations, basées sur le fait que les conducteurs impliqués dans un accident mortel n’ont pas tous été dépistés. Or, qu’un conducteur soit dépisté positif ne signifie nullement qu’il conduisait sous influence d’une drogue, et n’indique pas non plus qu’il soit responsable de cet accident. Ce qu’on constate, toujours selon les statistiques officielles, c’est que 6,9 % des accidents mortels auraient pour cause principale la prise de stupéfiant. 23 % et 6,9 %, c’est pas vraiment la même chose. De plus, 42 % des conducteurs positifs aux stups le sont également à l’alcool. En cas d’accident mortel, à qui va-t-on attribuer la responsabilité de l’accident ? À l’alcool ou aux drogues ?

Et ce n’est qu’un un exemple parmi bien d’autres. L’objectif étant de marquer les esprits et justifier ainsi une politique toujours plus répressive, et surtout totalement arbitraire, la Sécurité routière a une façon tendancieuse d’analyser et de présenter ses statistiques. Ce n’est pas la première fois que son objectivité est mise en cause. Le 8 février 2014, Pierre Chasseray, porte-parole de l’association 40 millions d’automobilistes affirmait que la Sécurité routière « falsifie les résultats pour faire croire que la mortalité routière est mauvaise et justifier la répression ». Selon la Société française de statistique, « la communication publique sur la sécurité routière est exagérément simplificatrice »
et le fichier national des accidents n’est pas adapté pour déterminer la responsabilité des conducteurs dans les accidents.                                                                                                          La sécurité routière ne serait-elle qu’un alibi pour réprimer plus durement l’usage ?

En 2015, 59 % des 118 476 conducteurs dépistés étaient positifs,soit 70 011 personnes, pour 20 900 condamnations seulement. Pourquoi un tel écart entre positifs et condamnés ? Faux positifs ? Taux inférieur au seuil de 1 ng ? 4 800 peines de prison, dont 987 fermes, ont été prononcées pour conduite après usage.

En dépit du principe de tolérance zéro, il existerait des seuils sous lesquels on échapperait aux poursuites. Difficile de dire ce qu’ils valent puisque la loi stipule sans ambiguïté que, peu importe le taux, l’infraction est établie dès que la plus petite trace est détectée.                                                    Dans ce cas, pourquoi fixer des taux ?                                                                                                    À quoi servent-ils ?                                                                                                                                  À quel niveau de consommation correspondent-ils ? Comment savoir si on est détectable ou pas ? Combien de temps doit-on s’abstenir de consommer pour ne plus être considéré positif ?

Comme vous pouvez le constater, la loi ne fait aucune différence entre analyse sanguine et salivaire. Les études scientifiques démontrent pourtant sans aucune ambiguïté que les taux de drogues varient considérablement selon les milieux dans lesquels ils ont été prélevés. Pour les amphétamines, le taux relevé dans la salive est par exemple jusqu’à 10 fois supérieur à celui relevé dans le sang. Une différence qui – en cas de faible positivité – peut vous valoir d’être condamné ou pas selon que vous ayez choisi l’analyse salivaire ou pas. En Belgique et concernant le THC, le seuil légal pour la salive est de 10 ng/ml contre 1 ng/ml pour le sang. Si on appliquait le même ratio en
France, le seuil pour la salive devrait être de 5 ng/ml et non de 0,5 ng. Que les taux « tolérés » diffèrent selon les drogues ne signifie pas qu’une drogue serait « favorisée » par rapport à une autre. Pour vous donner juste une idée, sachez qu’une demi-heure après un simple joint de cannabis à 3,5 % de THC, vous aurez autour de 160 ng/ml dans votre sang, qui passeront à 20 ng/ml une heure après, puis descendront sous la barre des 5 ng/ml quelques heures plus tard. Mais le temps
d’élimination peut être beaucoup plus long et variable, selon votre mode de consommation et votre propre métabolisme. Un fumeur régulier peut encore être à plus de 1 ng après 7 jours d’abstinence, bien que ce taux tombe généralement sous un nanogramme au bout de 24 heures. Avec 200 mg de morphine, vous serez à 66 ng/ml de morphine dans le sang, et pour un sniff de 6 mg d’héroïne, vous serez à 151 ng de 6-MAM (un métabolite de l’héroïne se dégradant rapidement en morphine)
et 44 ng de morphine. Avec 100 mg de méthadone, vous serez à 850 ng quatre heures plus tard, à 500 ng vingt-quatre heures après.

Durée de détection des drogues :

•• THC (usage occasionnel) : 24 heures,
voire plus ;
•• THC (usage habituel) : 4 jours et plus ;
•• Cocaïne : 48 heures ;
•• Opiacés (morphine, héroïne,
codéine) : 48 heures ;
•• Méthamphétamines (dont MDMA) :
jusqu’à 4 jours ;
•• Amphétamines : jusqu’à 4 jours.
(Attention : en l’absence de données
officielles fiables, ces chiffres sont des
estimations et les respecter ne vous
garantit pas à 100 % d’échapper à une
positivité.)
Seuils de « tolérance » :
•• THC : 1 ng/ml de salive ou 0,5 ng/ml
de sang ;
•• Cocaïne : 10 ng/ml ;
•• Opiacé : 10 ng/ml ;
•• Amphétamine : 10 ng/ml ;
•• Méthamphétamine : 10 ng/ml.

Dossier réalisé par JI.AIR

DOSSIER SÉCURITÉ ROUTIÈRE : L’AUTRE GUERRE À LA DROGUE

Les substances psychoactives sont de nature à modifier l’aptitude à la conduite de véhicule, de nombreuses études l’ont confirmé. Les statistiques de la Sécurité routière font état d’une forte augmentation des accidents dans lesquels les stupéfiants sont mis en cause, ce qui, associé à une prévalence de l’usage également en hausse, justifie que l’État légifère à ce sujet, l’affaire est entendue. Personne ne souhaite croiser la route d’un conducteur défoncé jusqu’au trognon. Mais là ou ça se corse, c’est que, contrairement à l’alcool pour lequel il existe un large consensus sur les niveaux de consommation entraînant une baisse notable de l’aptitude à conduire, concernant les stupéfiants, les études sont souvent contradictoires et définir des seuils au-delà desquels il y a un risque notable d’avoir un accident est une tâche compliquée, chaque stupéfiant agissant de façon fort différente.

Face à ce problème, deux politiques possibles : celle dite de « tolérance zéro », qui réprime lourdement sans aucune distinction tout usage de drogue, quel que soit le taux de drogue, peu importe qu’il soit réellement incapacitant ou non, sans tenir compte des connaissances scientifiques sur le sujet. C’est la solution la plus facile à mettre en place mais c’est aussi la plus arbitraire.
La deuxième solution, Impairment Approach en anglais, consiste, en se basant sur les connaissances scientifiques, à établir pour chaque drogue des seuils au-delà desquels conduire un véhicule entraîne un risque avéré de causer un accident. Passé ces seuils, la loi interdit de conduire. C’est ce qui est appliqué pour l’alcool et ce que l’étude européenne DUIC, une référence dans le domaine, proposait pour le cannabis et recommandait aux États européens. Plus complexe à mettre en place, c’est la solution qui semble la plus équitable, la plus juste.

Condamner l’usage plus que la conduite sous influence.

Mais devinez donc quelle approche a choisi la France ? Évidemment, l’option « tolérance zéro » qu’elle a même modifié à l’été 2016, allant bien plus loin avec une politique carrément en dessous de zéro. En fait, la loi française a cette particularité de réprimer la conduite après usage de stupéfiant plutôt que la conduite sous influence de stupéfiant. Une nuance de taille, car elle permet de condamner un conducteur ayant consommé une drogue une semaine auparavant (voire plus) et qui n’est évidemment plus sous l’influence de ladite drogue.

Plus précisément, l’article L. 235.1 du code de la route dit :

« Toute personne qui conduit un véhicule alors qu’il résulte d’une analyse salivaire ou sanguine qu’elle a fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiant est punie d’une peine de deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 4 500 € ». Peu importe le taux de drogue relevé, de simples traces de l’ordre du demi-nanogramme (pour le THC) suffisent à caractériser le délit alors qu’à ce taux, vous n’êtes plus sous l’influence du produit depuis longtemps. Cette loi condamne donc l’usage de drogue bien plus que la conduite sous influence, et ne différencie pas un authentique chauffard conduisant sous « l’emprise » d’un stupéfiant d’un conducteur suffisamment responsable pour ne pas faire usage de drogues au volant. Un peu comme si on mettait dans le même sac toutes les personnes qui boivent de l’alcool sans distinguer l’irresponsable qui conduit avec 2 g dans le sang de celui qui fait un usage responsable en s’abstenant de conduire dès qu’il a bu plus d’un verre. Si avec l’alcool, la loi distingue bien l’usage de l’abus, ce n’est pas le cas avec les drogues.

Le principe de précaution poussé à l’extrême.

Quand la mortalité routière baisse, c’est bien sûr grâce à cette politique et quand elle augmente, c’est la faute des usagers. Cherchez l’erreur. On part du principe que les drogues, c’est le « mal », que leurs usagers sont forcément dangereux pour la société – la preuve, ils ne respectent même pas la loi qui prohibe les drogues – et que pour le bien du plus grand nombre, il faut donc les mettre hors-jeu. Peu importe que nombre d’entre eux aient un comportement tout aussi responsable et respectueux que n’importe quel citoyen, peu importe qu’ils veillent à ne jamais conduire en étant sous influence d’une drogue. Parler d’usage de drogues responsable est en fait déjà un non-sens, l’usage de drogues (illicites) étant par nature irresponsable. Résultat : une politique simpliste, arbitraire et fondamentalement injuste, votée par une large majorité d’élus, dont la plupart sont soit de redoutables ignares de ce que sont et font les drogues, soit de fieffés hypocrites mais dans tous les cas des prohibitionnistes convaincus.

CETTE LOI SERAIT-ELLE UNE SIMPLE EXCROISSANCE DE LA GUERRE À LA DROGUE ?

Dossier réalisé par JI.AIR

Total Chaos !

Comme nous le savons tous, nous sommes passés, après l’effondrement de l’Union soviétique, du monde bipolaire États-Unis/URSS au monde multipolaire. Et ce monde, probablement pour encore pas mal de temps, est instable, imprévisible, dangereux et chaotique. Pourquoi, dans ces conditions, voudrait-on que la question des drogues ne le soit pas elle aussi ? Trois exemples en donnent une petite idée.

Les États-Unis sont confrontés à une incroyable épidémie d’overdoses aux opiacés : environ 50 000 décès par an. C’est à peu près comme s’il y avait 10 000 décès par OD en France… Cette épidémie a deux caractéristiques : tout d’abord, elle est majoritairement liée à des opiacés prescrits (méthadone, oxycodone, fentanyl) avant l’héroïne du marché noir (elle-même parfois associée à du fentanyl !). Ensuite, elle touche surtout de jeunes Blancs issus des classes moyennes inférieures vivant dans des petites villes ou à la campagne et non des « minorités visibles ». On a beaucoup parlé de cette affaire à Montréal, lors de la conférence internationale de réduction des risques. Elle a été connue avec un retard assez incompréhensible et il va falloir des années pour sortir d’un tel guêpier. Nul doute que la distribution de naloxone va faire partie des armes à disposition. Ensuite, le président des Philippines, Rodrigo Duterte, propose à la population de se débarrasser des usagers de methamphétamine (meth, crystal meth, yaba…). Il le faisait déjà dans la ville dont il était maire. Le plus flippant, c’est que, majoritairement, la population le soutient et jusqu’au réalisateur

Brillante Mendoza, récompensé à Cannes l’an dernier pour son film Ma Rosa. Résultat : plusieurs milliers d’exécutions extrajudiciaires. D’où j’en déduis, peut-être à tort, que la « scène » de la meth doit être violente et créer des « nuisances ». De là à tirer les usagers et les dealers de rue comme des lapins… Enfin, Le Monde daté du 28 au 29 mai a publié sur une double page un article intitulé « Brésil, À “Cracolandia”, l’antre des maîtres du crack »(1). Il s’agit d’une « scène ouverte » de crack dans un quartier de Sao Paulo tenu militairement par la plus puissante mafia du Brésil, « Premier Commando de la Capitale (PCC) » dont nombre de dirigeants sont en prison d’où ils continuent à diriger leurs affaires. Quant aux milliers de crackeurs qui fréquentent cette scène, ils sont dans un état de déréliction effrayant. Dès qu’ils n’ont plus d’argent, ils repartent en ville pour mendier, se prostituer, voler, braquer… Inutile d’ajouter que le niveau de violence lié à ce trafic est à l’image du reste : il y a environ 55 homicides par semaine à Sao Paulo. On ne peut comparer la manière dont les questions de drogues sont gérées dans les pays riches et dans les pays pauvres ou sortant du sous-développement. En particulier en Amérique latine où, indépendamment même des histoires de drogues, le niveau de violence politique et sociale est une tradition établie. Et on conviendra que la légalisation de la meth et du crack n’est pas pour demain. Le fait que l’on soit médicalement désarmé avec les stimulants (pas de « cocadone ») ajoute au caractère inextricable de ces situations. Comment faire de la réduction des risques à Sao Paulo ou à Manille ? Enfin, l’histoire américaine ébranle certaines de mes idées. Je pense, depuis longtemps, que les opiacés, contrairement aux stimulants, ne sont pas si difficiles à « domestiquer » pour reprendre la catégorie chère à Anne Coppel. Et je m’aperçois qu’il y a encore un long chemin à faire pour que les laboratoires cessent de faire du « pushing » mensonger sur les prescripteurs comme ça a été le cas avec l’oxycodone, pour que ces derniers apprennent à prescrire des opiacés et à donner les infos utiles à leurs patients, pour que les usagers, enfin, disposent d’outils, à commencer par la naloxone, qui les gardent en vie.

BERTRAND LEBEAU

RÉFÉRENCES

1. Écrit par Bertrand Monnet, professeur à l’Edhec où il est titulaire de la chaire Management des risques criminels.

SÉMINAIRE EHESS 2017-2018 : Thérapies avec drogues psychédéliques

Les plantes psychédéliques ont été utilisées un peu partout dans le monde à différentes fins. Divers peuples ont attribué à peyotl, san pedro, ayahuasca, iboga, amanite muscaria, champignons psilocybes, des vertus heuristiques et thérapeutiques, tant du corps que de l’âme.

Souvent associées à des rituels chamaniques, on a accordé à ces plantes la faculté de mise en relation avec les dieux : « les plantes des dieux ». Récemment, ces cultures traditionnelles ont fait l’objet d’une découverte « occidentale et moderne » des potentiels curatifs de ces plantes, engendrant même une ruée vers l’ayahuasca amazonienne.

Aussi, ces plantes psychédéliques et leurs dérivés synthétiques, tous inscrits au tableau noir de la prohibition des stupéfiants et classés comme hallucinogènes, font de plus en plus l’objet d’études neuro-psycho-pharmacologiques. De fait, selon la posologie utilisée, ces plantes et molécules ont des effets variés, allant du simple stimulant et coupe-faim, à l’émerveillement des sens jusqu’à l’ouverture des « portes de la perception ».

Pour nous en parler et en discuter, nous avons invité notre collègue ethnologue Sébastien Baud, observateur des peuples d’Amazonie, Martin Fortier, philosophe, et Samir Boumediene, anthropologue et historien.

Lieu

Amphithéâtre de l’EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Horaires

17h à 20h

 Date

14 Décembre 2017

Les intervenants

Sébastien Baud est ethnologue, chercheur associé à l’Institut d’ethnologie de Université de Neuchâtel et à l’Institut français d’études andines (CNRS, Lima, Pérou). Il a enseigné à l’université de Strasbourg et de Neuchâtel. Il travaille dans les Basses et Hautes Terres de l’Amérique Latine, notamment avec les Awajun (famille linguistique jivaro, Pérou) et les populations de langue quechua de la région de Cuzco (Pérou). Ses recherches portent sur les plantes psychotropes, les pratiques de gestion de l’aléatoire, les chamanismes, la transmission des savoirs, l’autochtonie, les dynamiques ré-appropriatives en milieux urbain et le tourisme chamanique. Il est l’auteur de Faire parler les montagnes, Initiation chamanique dans les Andes Péruviennes (Armand Colin, 2011) et a codirigé le collectif Des plantes psychotropes, Initiations, thérapies et quêtes de soi (en collaboration avec Christian Ghasarian, Imago, 2010). Un second volume, intitulé Histoires et usages des plantes psychotropes, paraîtra au printemps 2018, aux éditions Imago également.

 

Martin Fortier est doctorant en philosophie et en sciences cognitives à l’Institut Jean Nicod (EHESS/ENS) et étudiant-chercheur visitant au département d’anthropologie de l’Université Stanford. Ses recherches portent d’une part sur les interactions entre processus neurobiologiques et culturels au sein des expériences hallucinogènes, ainsi que les implications de ces expériences en philosophie de l’esprit et de la perception ; et d’autre part sur les questions de catégorisation, d’ethnobiologie, et de raisonnement dans les cultures indigènes amazoniennes (en particulier les cultures shipibo-konibo et huni-kuin d’Amazonie péruvienne). Il est par ailleurs membre du groupe de recherche ALIUS (collectif consacré à l’étude naturaliste des états modifiés de conscience). Page personnelle : https://sites.google.com/site/martineliefortier/

 

Samir Boumediene est chargé de recherches à l’Institut d’histoire des idées et des représentations dans les modernités (UMR CNRS 5317). Il a publié en 2016 un ouvrage intitulé La colonisation du savoir. Une histoire des plantes médicinales du « Nouveau Monde » (1492-1750). Au croisement de l’histoire, de l’anthropologie et de l’épistémologie, il mène des recherches sur la relation aux plantes et aux animaux, sur les enquêtes et les questionnaires, ainsi que sur la notion de « découverte ».

 

Organisateurs

  • Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
  • Anne Coppel, sociologue
  • Bertrand Lebeau, médecin, membre de SOS Addictions
  • Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
  • Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

 

Sortie du magazine Chimère : Changement dans les politiques des drogues ?

Retrouvez dans le prochain numéro de Chimère, les écrits d’ Asudiens, Fabrice Olivet directeur de ASUD et Alessandro Stella membre de l’association et directeur de recherche au CNRS mais aussi Vincent Benso sociologue et responsable de la cellule de veille des conduites à risque dans les milieux festifs au sein de Techno+.

« Un monde sans drogues » ? Chimère !
Depuis que Richard Nixon a déclaré la guerre à la drogue, sa consommation a explosé et partout dans le monde et elle alimente de redoutables mafias qui rejoignent la criminalité en col blanc dans les paradis fiscaux. Après des années de criminalisation des jeunes des quartiers, reconnaissables à la couleur de leur peau, quelque chose a permis l’irruption du cannabis dans le débat public. C’est ce « quelque chose » que ce numéro de Chimères cherchera à explorer. Avec la lutte contre le sida, un premier tournant s’est pris : distribuer des seringues, c’est accepter que des gens consomment des drogues. Mais ce tournant majeur a été masqué par une médicalisation acceptable dans une logique prohibitionniste sans l’action des associations d’usagers. Comment comprendre la bascule actuelle ? Quelle est l’urgence du changement ? Comment le continent américain s’est-il engagé dans cette voie? Quelles expériences avons-nous en France de ces nouvelles régulations ? Le changement de paradigme sera éclairé par le récit d’expériences militantes et l’examen du renouveau des recherches cliniques sur les drogues, cannabis, ecstasy, peyotl, «ces briseurs de soucis », qui accompagnent l’aventure des hommes d’après Freud.

http://www.cairn.info/revue-chimeres.htm

A l’occasion de la sortie le 8 décembre de ce 91 numéro intitulé « Changement dans les politiques des drogues » une grande fête sera organisée au Cirque électrique !

 

Codéine, perd, passe, et manque…

Jusque très récemment, la France était le pays de la codéine en vente libre. Une pharmacopée pléthorique offrait à nos bronches douloureuses une panoplie de médicaments en « co », Codoliprane®, Codedrill®, et, à tout seigneur…, le célèbre Néo-Codion®, compagnon d’infortune de deux générations d’usagers en manque, sortis de garde à vue, privés de dealer, ou tout simplement amateurs de sensations douces sans ordonnance. Mais ça, c’était avant…

Rappelons pour mémoire que le dit Néo-Codion® – « Néo » pour les intimes – fut l’objet de plusieurs tentatives de retrait des officines de la fin des années 1980 au début des années 1990. Des velléités très révélatrices du climat d’hypocrisie qui a de tout temps caractérisé ce dossier. Les mêmes instances officiellement hostiles à l’introduction de la méthadone se sont épisodiquement alarmées des scores de vente olympiens de la célèbre petite pastille verte. À chaque fois, l’institution a reculé devant la perspective d’un lâcher de « toxicos » en manque dans nos rues, en maintenant la « soupape de sécurité » que représentait la vente libre de Néo-Codion® à l’intérieur de l’édifice prohibitionniste. Presque trente ans plus tard, toute une gamme de médicaments, indiqués cette fois pour la douleur, se sont progressivement installés dans la brèche. Efferalgan® codéiné, Dafalgan® codéiné, Padéryl® codéiné sont assaisonnés à la codéine, un dérivé de l’opium. Depuis bientôt vingt mille ans, l’opium remplit la même fonction pour les homo sapiens : dormir, rêver et ne plus avoir mal en un seul volume. Un bémol d’importance : comme tous les opiacés, la codéine souffre d’une tare majeure, quand on en prend trop, on en meurt. Depuis les années 2010, les opiacés, chassés du catalogue des drogues récréatives par les mauvais souvenirs de la seringue et des années sida, ont fait leur réapparition sous la forme de cocktails relayés dans la communauté Hip Hop. Les purple drank (1)et autre sizurp(2) ont essaimé chez les adolescents. Deux accidents mortels ayant impliqué des mineurs font la une des médias français au printemps 2017. La campagne de presse est animée par la mère de l’une des victimes qui se mobilise autour d’un seul objet : abolir la vente libre de ces médicaments codéinés. Comme souvent en pareille occurrence, le gouvernement, craignant par dessus tout d’apparaître laxiste à propos de « la drogue », adopte une mesure de circonstance, mal taillée, mal préparée, et surtout, mise en oeuvre dans une précipitation qui a rendu impossible le recueil d’une information fiable sur la cible, laquelle, rappelons-le, est cachée par définition, puisque officiellement la codéine ne soignait que les rhumes et les maux de tête. Aucune information non plus n’est parvenue aux professionnels de la santé, médecins et pharmaciens, peu connus pour leur
empressement à accueillir dans leurs cabinets ou leur officines les usagers d’opiacés toutes catégories (voir p 31). Le grand scandale de cette affaire est le suivant : nous dénonçons depuis
douze ans, avec preuves à l’appui, la détermination avec laquelle les pharmaciens d’officine refusent de délivrer à des patients parfaitement en règle les vrais médicaments opiacés dûment tamponnés par l’Académie. Et en même temps, les mêmes pharmaciens sont supposés incapables de refuser une vente de codéine détournée à des adolescents boutonneux. En clair, il serait apparemment plus facile de contrevenir à la loi en résistant à la pression des méchants drogués que de gérer la triche des lycéens en goguette.

Conclusion

Le 12 juillet 2017, par arrêté ministériel, l’ensemble des médicaments contenant de la « codéine de l’éthylmorphine, du dextrométhorphane ou de la noscapine » sont passés en liste I et II, c’est-à-dire dorénavant soumis à une prescription obligatoire. Après un combat d’arrière-garde à la commission des Stupéfiants (3) et une conversation téléphonique avec le directeur général de la santé, Asud n’a jamais pu faire entendre son point de vue. Les trafics, chapardages, et ventes à distance sur le Net vont donc naturellement pourvoir à la confection des cocktails stupéfiants dans les cours de récré tandis qu’une foule de consommateurs dépendants à la codéine s’est brusquement retrouvée livrée aux incertitudes du syndrome de manque un vendredi soir en plein
mois de juillet. Nous prenons ici l’engagement de tenir une rubrique dédiée aux suites de cette affaire, parfaite illustration en temps réel de nos incohérences politiques en matière de drogues.

FABRICE OLIVET

RÉFÉRENCES

1. Georges Lachaze, « Hip Hop, le sirop de la rue » – partie 2, Asud- Journal n° 56

2. Georges Lachaze « Hip Hop, le sirop de la rue » – partie 1, Asud-Journal n° 51

3. Le compte-rendu de la séance de juin 2017, qui s’est soldée par un vote favorable à l’interdiction une très courte majorité, est en ligne sur le site de l’ANSM. Jusque très récemment, la France était le pays de la codéine en vente libre. Une pharmacopée pléthorique offrait à nos bronches douloureuses unepanoplie de médicaments en « co », Codoliprane®, Codedrill®, et,
à tout seigneur…, le célèbre Néo-Codion®, compagnon
d’infortune de deux générations d’usagers en manque,
sortis de garde à vue, privés de dealer, ou tout
simplement amateurs de sensations douces sans
ordonnance. Mais ca, c’était avant…

RDR Cannabis : Avec ou sans combustion.

On parle souvent de cannabis, mais plus rarement de RDR liée à sa consommation, et pourtant il y a beaucoup à en dire avec l’arrivée de la vaporisation, des dab ou encore des concentrés.

Nous drogué(e)s z’eureux nous avons décidés de réunir tous les conseils pour réduire les risques lié à la consommation de cannabis dans cette vidéo.

Merci au volontaire de Techno+ pour leur jeu de scène, au Musée du fumeur et à la centrale vapeur pour le prêt de matériel.

Sondage Collectif Hépatites Virales sur VHC et UD

Selon les données issues de l’enquête ANRS-Coquelicot 65 % des UDI (Utilisateurs de drogue par injection) seraient infectés par le VHC en France.

Et d’après le rapport de recommandation 2016 sur la prise en charge des personnes vivant avec une hépatite, les politiques de prévention et de réduction des risques (RDR) liés au VHC ont un impact limité.

 Aussi, le CHV et ASUD souhaiteraient savoir si vous avez accès au traitement contre l’hépatite C au même titre que n’importe quel patient.

Ce questionnaire est également un moyen de vous informer sur l’évolution de l’hépatite C, sur ses complications et sur les traitements disponibles à ce jour.

Merci à tous de votre participation.

Ci joint le lien vers le questionnaire

 

SÉMINAIRE EHESS 2017-2018 : Les drogues en famille

Tandis que les campagnes de prévention et les médias insistent sur le rôle des parents dans la prévention primaire des usages de drogues chez les adolescents, cette séance de séminaire propose d’ouvrir le débat sur une éducation familiale à la régulation des usages et à la réduction des risques. Cet angle de vue pose alors de multiples questions.

En effet, comment socialiser son enfant lorsqu’on l’accompagne, en même temps, dans une pratique hors normes ?

L’éducation à la consommation d’alcool peut-elle nous permettre de penser l’éducation aux usages de substances illicites ?

Quelle différence faire entre « éduquer à l’usage » et « éduquer à la réduction des risques » ?

Sous la modération de notre collègue invité Jean-Sébastien Fallu, chercheur en psychoéducation à l’Université de Montréal, Zéphyr Serehen, psychologue, Yassine Cheikh-Salah, éducateur spécialisé, et Julia Monge, chercheure en Santé, population et politiques sociales, proposeront de réfléchir à la sortie d’un modèle familial prohibitionniste.

Lieu

Amphithéâtre de l’EHESS, 96 bd. Raspail, 75006 Paris

Horaires

17h à 20h

Date

09 novembre 2017

Organisateurs

  • Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
  • Anne Coppel, sociologue
  • Bertrand Lebeau, médecin, membre de SOS Addictions
  • Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
  • Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

 

« La consommation de substances illicites entre parents et enfants. »

Julia Monge, anthropologue, doctorante EHESS.

« L’éducation à la consommation d’alcool dans la famille »

Zephir Seheren, psychologue, CSAPA Paris.

« Les drogues au sein des familles et l’enjeu de l’éducation aux risques »

Yassine Cheikh-Salah, éducateur spécialisé, CSSPA Montpellier.

 

 

SÉMINAIRE EHESS 2017-2018 : Ça me fait du bien, les drogues comme solution à des problèmes

Pour cette troisième année du séminaire transdisciplinaire et transuniversitaire sur les drogues, nous avons choisi comme thème général les usages de psychotropes afin de trouver une solution à des
problèmes. En effet, la pensée dominante, officielle et institutionnalisée ne voit dans la
consommation de drogues que des problèmes (sanitaires, sociaux, policiers). Il y a plus : la loi nous
impose l’obligation de parler exclusivement en négatif des drogues, leur présentation sous un jour
favorable étant passible de poursuites pénales et financières.

Or, personne ne nie que les drogues, toutes les drogues, qu’elles soient vendues sur le marché noir,
en pharmacie ou à l’épicerie, peuvent provoquer des problèmes de toute sorte chez les
consommateurs. En même temps nous sommes dans l’obligation de constater que dans les sociétés
traditionnelles comme modernes des millions de personnes ont recours à des psychotropes comme
solution à des problèmes.

Fumer de la marijuana pour se détendre, sniffer de la cocaïne pour se revigorer, manger des champignons psilocybes pour éprouver des sensations inconnues et plaisantes : l’offre variée de plantes naturelles et de substances synthétiques rencontre la demande des différents usages thérapeutiques des psychotropes. Et si le cannabis dit thérapeutique peut être utile dans certaines maladies physiologiques, le cannabis dit récréatif peut être une solution pour des problèmes de stress, de sociabilité ou de manque d’imagination.

Mais la question des drogues continue d’être sous le signe de la schizophrénie culturelle et
législative. Si l’Etat, le corps médical et tout un chacun considère normal qu’on puisse consommer
des opiacés, des stimulants, des antidépresseurs et des anxiolytiques vendus en pharmacie, afin de
soulager des douleurs physiques ou mentales, l’interdiction et l’opprobre continuent de peser sur
des substances qui répondent aux mêmes besoins, mais qui restent illégales. La vague actuelle
d’overdoses aux opiacés sur prescription aux USA est symptomatique de cette contradiction
flagrante dans les politiques publiques en matière de drogues.

Lieu

Amphithéâtre de l’EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Horaires

17h à 20h

Date

12 octobre 2018

Organisateurs

  • Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
  • Anne Coppel, sociologue
  • Bertrand Lebeau, médecin, membre de SOS Addictions
  • Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
  • Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

 

« Ça me fait du bien » : les drogues comme solution à des problèmes
Alessandro Stella, historien, DR au CNRS : « Introduction : ‘ça me fait du bien’, usages thérapeutiques des psychotropes »

François-Rodolphe Ingold, psychiatre et anthropologue : « Le cannabis et les pharmacopées
contemporaines »

Marcos Garcia de Teresa, anthropologue, doctorant IRIS : « ‘No es delito, es deleite’. Usage profane
et consommation rituelle des champignons psilocybes dans la sierra mazateca au Mexique.

Les associations débattent à l’Assemblée Nationale concernant le projet de loi de contraventionalisation des usages de drogue

Nous étions ce 14 septembre à l’Assemblée Nationale aux côtés de Techno+, du CIRC, Norml France et Cannabis Sans Frontières pour donner notre point de vue sur la contraventionalisation de la consommation de stupefiants.
Que ce soit les associations de RDR, d’auto support ou d’usagers, nous nous accordons tous à dire que ce n’est pas la solution et que les personnes les plus touchées par cette loi seront encore et toujours les plus jeunes et les plus précaires.

Bien entendu, le projet de loi étant déjà fixé, le but de cette consultation était de débattre sur le contenu de celle-ci (montant de l’amende,…).

Un questionnaire a été soumis aux associations avec des questions plutôt farfelues qui ne reflètent pas du tout notre vision des choses.

Étant donné qu’il n’était pas possible de revenir sur les fondamentaux de cette loi, la NORML a demandé que le montant de l’amende soit la plus basse possible et qu’il y ait une exception qui soit faite pour les jeunes adultes (18-25 ans) qui sont en général dans une précarité économique ainsi que pour les malades se soulageant au cannabis.

Attendont le verdict….

 

Présents :

  • M. le président de séance
  • M. Fabrice Olivet, Auto-support des usagers de drogues (ASUD)
  • Mme Anne Coppel, ASUD
  • M. Jean-Marc Estève, Techno Plus
  • M.Florian Bureau, Techno Plus
  • M. Olivier Hurel, NORML France
  • M. Farid Ghehiouèche, Cannabis sans frontières
  • M. François-Georges Lavacquerie, Collectif d’information et de recherche sur le cannabis (CIRC)
  • M. Michel Sitbon, Cannabis sans frontières
  • M. Robin Reda, co-rapporteur
  • M. Alessandro Stella, ASUD
  • M. Éric Poulliat, co-rapporteur
  • M. Béchir Bouderbala, NORML France
  • M. Emmanuel Maillard, Cannabis sans frontières

 

La séance a été filmée, pour connaître les arguments de chacun, rendez-vous sur la chaine YouTube d’ASUD :

Nouvelle brochure disponible : overdoses tome 1

L’ « OD », de l’anglais overdose (surdose) est la conséquence d’une consommation excessive de drogues (ou d’un mélange de drogues). Cet excès devient dommageable lorsque des organes importants comme le cerveau, le foie, le cœur, les poumons ou les reins sont atteints sans pouvoir éliminer le surplus de substances psychoactives. Le consommateur passe d’un état euphorique recherché à une sensation de malaise non maitrisable puis à l’inconscience voire à la mort.

Chaque année en France, plusieurs centaines de personnes décèdent des conséquences directes de surconsommation de drogues. Dans d’autres pays, ce chiffre peut être plus important. Aux USA actuellement par exemple, en moyenne chaque jour une centaine de personnes meurent d’overdoses liées à des consommations d’opiacés.
La situation est donc moins dramatique ici mais, pour nous consommateurs de drogues qui avons tous un ami parti trop tôt, chaque mort est un mort de trop. Avec les drogues, le risque zéro n’existe pas. mais en connaissant mieux les produits et leurs effets, en utilisant des outils de RDR comme la naloxone et en s’entraidant, un certain nombre d’accidents pourraient être évités. C’est le but de cette brochure.

Commande des brochures (+ frais de port) :

  • 80 cts de 1 à 100 exemplaires
  • 60 cts de 100 à 200 exemplaires
  • 50 cts à partir de 200 exemplaires

SUPPORT ! DON’T PUNISH. 2017 : JOURNÉE MONDIALE DE SOUTIEN AUX CONSOMMATEURS DE DROGUES

 

Lundi 26 Juin 2017 Paris Spot Beaumarchais, 51 Boulevard Beaumarchais 75003 : Aides, Techno+ et Asud s’unissent pour démontrer qu’une autre politique des drogues est possible.

Lundi 26 juin à 14 h00, trois associations imaginent la légalisation des drogues le temps d’un après- midi pour démontrer que la modification de conscience n’est pas nécessairement un problème mais peut parfois être une solution.

Légalisons toutes les drogues de consommation courante, le cannabis bien sûr, mais aussi l’héroïne et la cocaïne dans un système de distribution médicalisée.

Pourquoi ? Pas seulement parce que l’interdiction a démontré son inefficacité à limiter les abus et aggrave considérablement les risques sanitaires… Non. Légalisons parce que « le problème de la drogue » c’est nous, c’est vous, ce sont nos proches, nos parents, et parfois même nos grand parents, des millions de consommateurs discrets, anonymes ou cachés qui génèrent la demande exponentielle de produits stupéfiants.

Depuis 50 ans, la guerre livrée à la drogue repose sur un mythe : supprimer l’offre et vous résoudrez la question du « fléau de la drogue ». Ce mythe a cautionné la guerre livrée impitoyablement aux consommateurs les plus pauvres tout en épargnant hypocritement les plus fortunés, car la grande majorité d’entre eux- notamment de cannabis- ne rencontre pas de problèmes sanitaires ou sociaux, elle s’applique simplement à suivre à la lettre le célèbre adage « pour vivre heureux vivons cachés »

Le 26 juin est la Journée internationale de l’ONU contre les dommages causés par la guerre contre la drogue. http://supportdontpunish.org/fr/
Pour dénoncer à la fois l’hypocrisie et l’injustice qui caractérisent ce système, Aides, Techno + et ASUD vous proposent d’utiliser cette date symbolique pour visiter le Drugs Store, un espace convivial où pendant quelques heures nous vivrons le rêve d’une société avec drogues. Un espace où la modification de conscience sera abordée comme une solution et pas nécessairement un problème.

Le Drugs Store

Le Drugstore est un lieu « idéal » qui informe sur différentes modalités de consommation de drogues, une plongée dans « l’après-légalisation » afin de prouver tous les avantages qu’il y aurait à ne pénaliser ni l’usage ni la vente de stupéfiants. Le 26 juin 2017, de 14h00 à 18h00, plusieurs activités de consommation seront mises en scène pour

démontrer l’extrême banalité de ces pratiques mais aussi leur intérêt du point de vue de la santé publique et du mieux vivre ensemble.

Comme nos camarades l’ont déjà exprimé à Marseille le 11 avril 2017 nous demandons :

  • l’abrogation de la loi du 31 décembre 1970, la mise en place d’une politique ambitieuse de santé publique, d’un plan de conversion de l’économie souterraine et d’un référentiel de qualité des produits.
  • la légalisation de l’ensemble des substances aujourd’hui considérées comme illicites et leur accessibilité selon des modalités différenciées en fonction des produits.
  • Un accès facilité à l’usage du cannabis thérapeutique
  • Une réelle politique de soutien pour les associations d’usagers et de réduction des risques.

 

 

Infos & contact

Asud, Autosupport et réduction des risques parmi les usagers et ex-usagers de drogues

ASUD, Auto Support et réduction des risques parmi les Usagers de Drogues, est une association de personnes concernées par l’usage de substances illicites. Fondée en 1993 pour lutter contre l’épidémie de sida, ASUD est aujourd’hui engagée dans la réforme de la politique des drogues et dans la lutte contre toutes les conséquences négatives de la criminalisation de l’usage. Selon les régions, cette pratique se décline en simple groupe de parole, en Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques (CAARUD) , en interventions en milieux festifs, sans oublier la réalisation et la distribution du journal d’ASUD. ASUD est agrée par l’Etat pour représenter les personnes en traitement pour des questions relatives à l’usage de substances psychoactives (arrêté du 06 juillet 2012)

Site : www.asud.org Email : communication@asud.org Aides

Site : http://www.aides.org Techno+

Association de réduction des risques liés aux pratiques festive depuis 1995 dans les fêtes techno, festival, club en France et parfois dans des grands rassemblements en Europe. Association de militants, défendant la culture Techno et la mise en place d’une politique de réduction de risques liées à l’usage récréatif des drogues. C’est-à-dire une politique basée sur la responsabilisation des consommateurs et non sur l’interdit et la répression.

Site : https://technoplus.org Email : idf@technoplus.org Associations partenaires participantes :

Fondée par des patients en 2010 sous la forme d’un collectif, Principes Actifs est devenue une association légale en 2012.Parmi les adhérents, certains n’ont jamais fait usage de drogues, alors que d’autres ont eu des parcours difficiles avec celles-ci.

Créée en 1984, AIDES est l’une des plus importantes associations européennes de lutte contre le VIH et les hépatites.

AIDES est reconnue d’utilité publique depuis 1990. L’association vient de lancer son nouveau programme, 17

mesures pour mettre fin à l’épidémie VIH et hépatite. Pour aides la situation actuelle des usagers de drogues n’est

pas tenable. Plus d’infos sur la campagne Aides #Revendiquons2017

Nous revendiquons une facilitation de l’accès à tous les traitements existants, et préconisons l’autoproduction raisonnée en fonction des pathologies, en attendant un changement du cadre légal.
Notre présence se justifie par le fait qu’il existe des similarités dans nos parcours militants : la motivation des malades pour faire évoluer les choses, faciliter l’accès aux soins, les divers conseils objectifs et pragmatiques, toujours d’usagers à usagers, dans une démarche de réduction des risques appliquée à l’usage thérapeutique. Email : contact@principesactifs.fr Site : www.principesactifs.org

Le CIRC est une association loi 1901, fondée le 21 octobre 1991 qui a pour objet la collecte et la diffusion à but préventif de toute information relative au cannabis. Le CIRC réclame l’abrogation de l’article L.34 21-4 du Code de la santé publique. Le retrait du cannabis et de ses dérivés du tableau des stupéfiants. L’amnistie pour toutes les personnes victimes de ce classement inepte. L’ouverture d’un débat sur les modalités de la sortie de la prohibition des drogues.

Facebook: https://fr-fr.facebook.com/FederationCirc/

Médecins du Monde travaille depuis 1989 auprès des usagers de drogues. Dans les années 1990, l’association intervient plus spécifiquement en milieu festif, et depuis 2004 dans les squats, pour discuter des pratiques de consommation des drogues, proposer d’analyser les produits consommés et mettre à disposition du matériel de réduction des risques (kits d’injection, d’inhalation, préservatifs, etc.)

Site : http://www.medecinsdumonde.org

L’association Charonne se positionne en acteur de terrain mais aussi comme un vecteur d’innovation, toujours à la recherche d’une nouveauté à promouvoir au service des usagers, au service d’une meilleure prise en charge et d’un meilleur accompagnement.

Cherchant à garder une taille humaine, l’association n’hésite pas à mettre en avant les actions de ses partenaires institutionnelles. Il ne s’agit pas de se faire concurrence mais bien d’imaginer un futur moins difficile pour les usagers de drogues et pour les personnes en situation de précarité ou de prostitution.

Site : https://charonne-asso.fr/association/

 

 

 

 

 

 

 

Le 26 juin est de la Journée internationale des Nations Unies contre l’abus et le trafic de drogues – une journée pendant laquelle de nombreux gouvernements célèbrent leurs contributions à la guerre mondiale contre la drogue. Dans le passé, certains gouvernements ont même célébré cette journée en organisant des exécutions publiques ou des passages à tabac de personnes accusées de délits de drogues.

Soutenez. Ne Punissez pas est une campagne mondiale de plaidoyer visant à promouvoir de meilleures politiques des drogues qui mettent la priorité sur la santé publique et les droits humains. La campagne a pour but de promouvoir une réforme des politiques des drogues et de changer les lois et politiques qui entravent l’accès aux interventions de réduction des risques.

La Journée d’action mondiale offre une occasion importante aux participants de se saisir du message.

Le 26 juin est aussi la Journée internationale des Nations Unies pour le soutien aux victimes de la torture – une coïncidence ironique étant donne l’étendue de la torture et des abus infligés au nom de la guerre contre la drogue.

JOURNÉE D’ACTION MONDIALE DE 2017

L’une des activités principales de la campagne « SOUTENEZ. NE PUNISSEZ PAS », est une Journée d’action mondiale qui a lieu tous les ans le 26 juin.

Le 26 juin 2017 sera la 5ème Journée d’action. En 2013, 41 villes du monde entier ont pris part à la première Journée d’action mondiale. En 2014, 100 villes du monde entier ont organisé une multitude d’initiatives différentes. En 2015, 160 villes ont uni leurs forces pour appeler à la réforme de la politique en matière de drogues, et enfin, en 2016, des activistes de 125 villes se sont réunis dans le cadre de la campagne.

Que pouvez-vous faire cette année?

L’objectif de la Journée d’action mondiale est d’organiser des actions locales percutantes et visuellement symboliques. C’est à vous de décider de ces actions, en fonction de ce qui faisable et abordable, ce qui fonctionne le mieux dans le contexte local, et ce qui aura le plus grand impact. Ces actions peuvent regrouper 10 ou 20 personnes, et même plus de 100 personnes dans certaines villes. Nous espérons que les exemples provenant d’autres villes seront également des sources d’inspiration. Une des répercussions les plus significatives que la campagne peut avoir est d’attirer l’attention positive des médias et de sensibiliser aux enjeux de la campagne. Nous recommandons que les partenaires locaux contactent les médias locaux avant du 26 juin.

RESSOURCES

Une série de ressources pour vous aider à organiser votre journée d’action le 26 juin. Celles-ci comprennent :

  • Un guide détaillé avec des instructions étape par étape pour vous aider à planifier, promouvoir, mettre en œuvre et documenter votre événement.
  • Supports et outils de campagne (y compris des logos, dépliants, bannières, etc.).
  • Communiqués de presse et soutien

HTTP://SUPPORTDONTPUNISH.ORG/FR/

Casse Toi Bien / L’Art de se droguer

25 ans ! La « quarterlife crisis » caractérisée par le blues de la fin des utopies adolescentes. C’est pourtant bien ce stade que le CIRC et ASUD ont atteint.

25 ans de luttes anti prohibitionnistes, de défense des droits des usagers et des libertés individuelles à consommer des substances.

25 ans de ténacité, d’obstacles et de coups durs pour quelques belles victoires mais une loi de 70 toujours gravé dans le granit législatif.

Pourtant, point de renoncement, nos rêves ne sont  pas partis en fumé. Et cet anniversaire nous souhaitons le partager avec un ensemble d’associations d’usagers et de camarades de luttes, dans l’allégresse, autour d’une journée artistique et festive sur le thème de notre sujet favoris : les drogues. Au programme, expositions de peintures et de photos, projections de films, animations, stands divers et DJs. Parce que les drogues c’est aussi une « Culture » riche et que ça devrait être avant tout de la joie, de la bonne humeur, de la convivialité, bref du PLAISIR.

De quoi faire sourire un clown et rendre les drogués zeureux !

Et voilà le programme de cette journée bien remplie ou vous pourrez vous balader entre expos, projections, débats, librairie et les stands de chaque association participante Asud, le CIRC, Techno+, Principes Actifs, Chanvre et Liberté et  Psycoactif.
Pour clôturer cette journée, nous planerons sur le son stupéfiant du DJ Set !
NOUVEAU TIGRE / LA TERRASSE

14h – 20h : Drug Culture

  • La librairie So Long Lady se déplace au Cirque avec l’Esprit Frappeur et les Editions du Lézard.
  • Expositions de Kiki Picasso, Jacob Kris, Michel Derlique et Techno+
  • Village associatif

20h – 22h : Buvette et Restauration Débat

Intervalles de convivialité & Discussions :

  • Drogues et Droit Humain.

  Intervenants : Fabrice Olivet président Asud, Alexandro Stella directeur de recherche à EHESS

  • Cannabis Thérapeutique, enjeux et

  Intervenants : Fabienne Lopez membre de l’’association Principes Actifs

  • Nouvelles Politiques des Drogues. Contraventionnalisation, dépénalisation, légalisation
    Intervenants : Geoges Lachaze,  membre de l’association Asud, Florian Bureau vice-président de
    l’association Techno+
  • L’Art et la Drogue/la Drogue et l’Art

  Intervenants : KiKi Picasso, Maxime Laglasse président deTechno+

 

22h – 01h30 : DJ Sets

  • 22h00-23h30 : Antoine Calvino (Microclimat)
  • 23h30 – 1h30 : Deux des activistes du TSF Sound System : Abstracker (TSF/Digital Whomp) et Animal Beatz (TSF/Lunar distance)

Squatteurs de dancefloor depuis le berceau, une paire de junkies accro aux infrabasses en Dj-set

Au menu du jour une intraveineuse de techno acid et de groove psychédélique, un sniff de Beats funky ou encore une taf de dub digital et de balkan beatz.
Poly-consommation conseillé.

 

L’ANTI-CLUB 

14h30 – 20h30 : Projections & Echanges Asud, Xanaé

  • 14h30 – 16h : ASUD RdR & Débat

Les réalisateurs Philippe Lachambre et Laurent Appel, s’attachent à présenter un état des lieux des dispositifs actuels de RdR depuis l’inclusion en 2002 des établissements « expérimentaux » de prise en charge dédiés dans le système médico-social (CAARUD, CSAPA, etc.) et l’inscription de la politique de RdR dans le code de santé publique en 2004-05. Ce bilan est dépeint grâce aux témoignages de professionnels, d’usagers de ces structures et des membres d’ASUD. A travers ces regards croisés, c’est aussi un constat des réussites, des limites et des améliorations nécessaires de ces dispositifs qui est proposé, avec comme fil conducteur le point de vu des premières personnes concernées, les usagers et ex-usagers de drogues.

 

  • 16h – 17h30 : Sisters-In-Drugs and Heiressess, Petites Sœurs en Drogue et Héritières
    Anne Coppel et Carlo Bengio

Pour fêter les 50 ans de la publication du Festin Nu de William Burroughs- côté femmes !
Avec toutes celles qui dans leur œuvre, dans leur vie font écho à William Burroughs
A toutes celles qui se sont servi des drogues à la recherche d’elles-mêmes
Le diaporama sera accompagné d’une performance avec des extraits de William Burroughs, lus par Carlo Bengio, comédien.

 

  • 18h – 20h30h : Ex-Taz

Rencontre avec la réalisatrice, Xanaé Bove

Paris, début 90, espace des possibles. Les galaxies underground découvrent un nouveau son, créent un nouvel espace de liberté éphémère (des TAZ **) lors des premières raves. Pour la première fois, un compte-rendu sur le cross-over de l’époque. Les 90s vues de l’intérieur par ses acteurs et activistes. Plus de 30 témoins des galaxies musicales, culturelles, underground. Du plus secret au plus médiatisé…

 

** TAZ d’après le livre éponyme d’Hakim BEY : espace de liberté éphémère, appelé à se dissoudre pour ressurgir ailleurs, une fois nommé, médiatisé.

 

 

 

 

 

 

SÉMINAIRE EHESS 2016-2017 – Vers un monde avec drogues ?

Après une première année consacrée aux prohibitions des drogues, nous ouvrons plus large le spectre de l’analyse, nous interrogeant sur les consommations, les ressorts de la prise de drogues, ses usages au cours des siècles et des espaces.

Ce séminaire se veut avant tout un lieu de réflexion et de recherche collective, visant la synergie des sciences humaines et sociales avec le savoir accumulé par les usagers de drogues et les professionnels de la santé. Une approche transversale innovante, dans sa méthodologie et ses contenus, mixant à la fois les disciplines, les compétences théoriques et les savoirs pratiques. Nous souhaitons que cette mise en commun de connaissances et d’analyses d’expériences puisse servir à une meilleure appréciation tant de la phénoménologie des usages des drogues que des politiques publiques qui les encadrent.

Nous abordons la question des drogues sous plusieurs aspects : sanitaires, juridiques, économiques, géopolitiques, bien sûr, mais aussi culturels, historiques, anthropologiques, sociologiques, psychanalytiques. Pour nous donner les moyens d’une compréhension plus approfondie de la « question drogue », trop souvent traitée à l’arrivée et non en amont, s’attaquant aux conséquences induites par la législation prohibitionniste, par la répression des trafiquants et des consommateurs et la prise en charge sanitaire des addictions. Or, les problèmes sanitaires liés aux conduites addictives, qu’il s’agisse d’alcool, de tabac, de médicaments  (benzodiazépines), ou de drogues illicites, ne représentent qu’une partie de la question. Dans la consommation de drogues, les motivations anthropologiques, sociologiques, culturelles et psychiques sont primordiales. À travers l’histoire et les espaces géographiques, l’usage des drogues se décline en fonctions thérapeutiques, mystiques et/ou religieuses, mais aussi hédonistes. Bien entendu, les drogues peuvent avoir des conséquences délétères pour les individus et les collectivités, et c’est comme cela que les gouvernements nationaux et l’ONU depuis cent ans ont traité la question. Mais les drogues ont été, au cours du temps et des civilisations, employées aussi comme solution à des problèmes de nature médicale, psychique, sociale. C’est là le défi théorique, social et politique posé par la question des drogues.

Nous parlons de drogues, employant le terme courant et populaire désignant les psychotropes, à savoir des substances psychoactives qui ont un impact sur les perceptions, les sens, les neurotransmetteurs. Si certaines drogues, illicites comme l’héroïne ou licites comme l’alcool et les benzodiazépines, ont un fort potentiel d’addiction, assimiler tous les usages de drogues illégales au concept d’addiction apparaît fort réductif et parfois impropre. L’addictologie, née de la confluence de l’intervention médicale en toxicomanie et en alcoolisme, a élargi ensuite son spectre d’action au tabac, au sexe, à l’adrénaline, aux jeux vidéo, de hasard et d’argent. En toute logique, le pas suivant est d’y inclure l’addiction au sucre, un « fléau » sanitaire majeur à niveau planétaire. Or, s’il est certain que l’addiction au sucre sous toutes ses formes peut constituer une pathologie grave pour le consommateur, et avoir des conséquences préjudiciables pour lui et pour la santé publique (et les caisses de sécurité sociale …), cela ne fait pas du sucre un psychotrope. Pour une meilleure analyse et appréciation de phénomènes divers, il convient ne pas faire de confusion entre drogues psychotropes, substances addictives et conduites addictives. Les clefs des « portes de la perception » ne sont pas les mêmes que celles des portes de la relaxation, et le recours à une substance ou une autre pour lutter contre la dépression, la souffrance, la peur, semble s’inscrire dans le destin de l’humanité.

L’apport des sciences humaines et sociales, et nous considérons que les « sciences du corps » en font partie intégrante, apparaît dès lors indispensable pour comprendre les processus à l’œuvre dans les conduites d’usage de drogues, et par conséquent envisager les meilleures politiques de régulation de la production, du commerce et de la consommation des drogues.

Intervenants

  • Raquel Peyraube (médecin, conseillère du gouvernement d’Uruguay), « Légalisation et régulation du cannabis en Uruguay »
  • Anne Philibert (sociologue, doctorante Université de Genève), « Les politiques de régulation des drogues en Colorado, Uruguay, Hollande »
  • Esther Benbassa (sénatrice EELV, rapporteur du projet de loi de légalisation du cannabis en France), « Sortir de la prohibition, réguler le commerce et la consommation du cannabis »
  • Discutante : Julia Monge (sociologue)

Date et horaires

Date : 8 juin 2017

Horaires : de 17h à 20h

Lieu

EHESS (Amphithéâtre François Furet)
105, boulevard Raspail
75006 Paris

Tarifs

Séminaire gratuit et sans inscription.

Exposition Principes Actifs / Principes créatifs

Les plantes médicinales produisent des substances qui leur confèrent des effets thérapeutiques et/ou psychoactifs.

Ces molécules végétales, sur lesquelles repose la pharmacopée traditionnelle, se nomment principes actifs.

Certains principes actifs entrent en synergie les uns avec les autres, créant ainsi de nouvelles possibilités thérapeutiques et psychoactives.

L’association Principes Actifs, dédiée à l’usage médical du cannabis, se propose d’élargir ses réflexions, actions et pratiques habituelles en organisant une exposition et en invitant des artistes, amis de la cause, à entrer en synergie avec elle.

Au programme : collages, dessins, photos, peintures, vidéos, performances et battage cannabique.

Une exposition où viendrait se confondre le savoir des plantes et le savoir des images ? Quelque chose comme ça.

Avec le concours de l’association Asud (Auto Support depuis 25 ans des Usagers de Drogues licites et illicites) et le soutien actif de Kiki Picasso et Pascal.

Quand ?

Vernissage le 24 mai de 18h à 22h

Exposition du 24 mai au 4 juin

 

Où ?

Cargo 21

21 rue cavé 75018

SÉMINAIRE EHESS 2016-2017 – L’évolution des consommations d’opiacés en Iran et en Grèce

Après une première année consacrée aux prohibitions des drogues, nous ouvrons plus large le spectre de l’analyse, nous interrogeant sur les consommations, les ressorts de la prise de drogues, ses usages au cours des siècles et des espaces.

Ce séminaire se veut avant tout un lieu de réflexion et de recherche collective, visant la synergie des sciences humaines et sociales avec le savoir accumulé par les usagers de drogues et les professionnels de la santé. Une approche transversale innovante, dans sa méthodologie et ses contenus, mixant à la fois les disciplines, les compétences théoriques et les savoirs pratiques. Nous souhaitons que cette mise en commun de connaissances et d’analyses d’expériences puisse servir à une meilleure appréciation tant de la phénoménologie des usages des drogues que des politiques publiques qui les encadrent.

Nous abordons la question des drogues sous plusieurs aspects : sanitaires, juridiques, économiques, géopolitiques, bien sûr, mais aussi culturels, historiques, anthropologiques, sociologiques, psychanalytiques. Pour nous donner les moyens d’une compréhension plus approfondie de la « question drogue », trop souvent traitée à l’arrivée et non en amont, s’attaquant aux conséquences induites par la législation prohibitionniste, par la répression des trafiquants et des consommateurs et la prise en charge sanitaire des addictions. Or, les problèmes sanitaires liés aux conduites addictives, qu’il s’agisse d’alcool, de tabac, de médicaments  (benzodiazépines), ou de drogues illicites, ne représentent qu’une partie de la question. Dans la consommation de drogues, les motivations anthropologiques, sociologiques, culturelles et psychiques sont primordiales. À travers l’histoire et les espaces géographiques, l’usage des drogues se décline en fonctions thérapeutiques, mystiques et/ou religieuses, mais aussi hédonistes. Bien entendu, les drogues peuvent avoir des conséquences délétères pour les individus et les collectivités, et c’est comme cela que les gouvernements nationaux et l’ONU depuis cent ans ont traité la question. Mais les drogues ont été, au cours du temps et des civilisations, employées aussi comme solution à des problèmes de nature médicale, psychique, sociale. C’est là le défi théorique, social et politique posé par la question des drogues.

Nous parlons de drogues, employant le terme courant et populaire désignant les psychotropes, à savoir des substances psychoactives qui ont un impact sur les perceptions, les sens, les neurotransmetteurs. Si certaines drogues, illicites comme l’héroïne ou licites comme l’alcool et les benzodiazépines, ont un fort potentiel d’addiction, assimiler tous les usages de drogues illégales au concept d’addiction apparaît fort réductif et parfois impropre. L’addictologie, née de la confluence de l’intervention médicale en toxicomanie et en alcoolisme, a élargi ensuite son spectre d’action au tabac, au sexe, à l’adrénaline, aux jeux vidéo, de hasard et d’argent. En toute logique, le pas suivant est d’y inclure l’addiction au sucre, un « fléau » sanitaire majeur à niveau planétaire. Or, s’il est certain que l’addiction au sucre sous toutes ses formes peut constituer une pathologie grave pour le consommateur, et avoir des conséquences préjudiciables pour lui et pour la santé publique (et les caisses de sécurité sociale …), cela ne fait pas du sucre un psychotrope. Pour une meilleure analyse et appréciation de phénomènes divers, il convient ne pas faire de confusion entre drogues psychotropes, substances addictives et conduites addictives. Les clefs des « portes de la perception » ne sont pas les mêmes que celles des portes de la relaxation, et le recours à une substance ou une autre pour lutter contre la dépression, la souffrance, la peur, semble s’inscrire dans le destin de l’humanité.

L’apport des sciences humaines et sociales, et nous considérons que les « sciences du corps » en font partie intégrante, apparaît dès lors indispensable pour comprendre les processus à l’œuvre dans les conduites d’usage de drogues, et par conséquent envisager les meilleures politiques de régulation de la production, du commerce et de la consommation des drogues.

Intervenants

  • Maziyar Ghiabi (politiste, doctorant Oxford University), « Une histoire du présent des drogues : opium, héroïne et méthamphétamines en Iran »
  • Konstantinos Gkotsinas (historien, docteur EHESS), « Flux et reflux de l’héroïne dans la société grecque au XXe siècle »
  • Discutant : Michel Kokoreff (sociologue, professeur à l’Université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis)

Date et horaires

Date : 11 mai 2017

Horaires : de 17h à 20h

Lieu

EHESS (Amphithéâtre François Furet)
105, boulevard Raspail
75006 Paris

Tarifs

Séminaire gratuit et sans inscription.

Journée-rencontre « Drogues & Prison »

Journée de rencontres sur le thème « Drogues et Prison » à l’EHESS le 3 mai 2017.

PROGRAMME

9.00 : Introduction : Marie Jauffret-Roustide, sociologue, chargée de recherche Inserm-Cermes3, Caroline Protais, sociologue, chargée d’études à l’OFDT.

9.15-11.15 : Présentation de travaux de recherche ou d’études en cours

  • Victor Fontaine, doctorant, CEVIPOF, Science Po, Drogues et prisons, un amalgame efficace.
  • Nina Tissot, doctorante à l’université LYON 2, affiliée au Centre max Weber UMR 5283, Prise et déprise, faire usage de drogues en prison. 
  • Marie Jauffret-Roustide, Chercheur Cermes3, Carole Chauvin, Cermes3, Olivier Maguet, MDM, Laurent Michel, Centre Pierre Nicole et CESP. Perception de la réduction des risques en prison par les personnels pénitentiaires, les soignants et les personnes détenues. Résultats de la recherche sociologique ANRS-Pride.
  • Adrien Maret, doctorant, CESDIP, Université de Versailles-Saint-Quentin –en-Yvelines, L’intervention des associations en prison à propos des drogues. Panorama des engagements associatifs et questionnements autour de leurs positionnements face aux politiques publiques.
  • Myriam Joël, Post-doctorante, INED, Dedans-dehors : quelle coordination entre les professionnels intervenant dans le champ des addictions ?.
  • Thomas Nefau, pharmacien, chargé d’études à l’OFDT, L’analyse des drogues dans les eaux usées : outil d’estimation des consommations, application en milieu carcéral.
  • Fabrice Olivet, Directeur d’ASUD, Tous les trafiquants sont-ils noirs ou arabes. Un double point aveugle dans les prisons françaises.

11.15-11.30. Pause

11.30-13.00 : Table-ronde intervention, recherche et société civile.

Animation : Laurent Michel, médecin psychiatre-addictologue, Directeur du centre Pierre Nicole, La Croix Rouge.

Participants : Caroline Izambert (AIDES), Marine Gaubert (Fédération Addiction), Fadi Meroueh (APSEP), Ridha Nouiouat (Sidaction), Catherine Bernard et Fanny Huboux (Mildeca).

Conclusion de la journée par François Bes et Marie Crétenot, Observatoire International des Prisons.

13.00. Buffet à l’EHESS, en salle 11.

 

 

Où ?

EHESS Salle 13

105 boulevard Respail 75006 Paris

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