Chers injecteurs, le débat qui suit vous concerne directement.

Chers injecteurs, le débat qui suit vous concerne directement. Deux camps s’affrontent, oui, deux « camps ». On peut le regretter mais c’est ainsi. D’un côté, l’association Safe, qui promeut le kit Exper’. De l’autre, Apothicom qui défend le Stéribox®. Le kit Exper’ contient de nombreuses innovations. La première est un « filtre toupie » de 0,2 micron. Il permet, d’une part, d’arrêter les micro-organismes comme les bactéries ou les champignons microscopiques pathogènes (pas les virus bien trop petits pour quelque filtre que ce soit), et d’autre part, de filtrer correctement les comprimés ou les gélules écrasés en poudre pour être injectés. Il évite ainsi les infections bactériennes et fungiques, et les « poussières ». Mais le filtre toupie ne s’adapte que sur des seringues à aiguille non sertie (« tuberculine non sertie »), que la seringue fasse 1 ou 2 cc Apothicom est très hostile aux seringues à aiguille non sertie, car elles ont un « espace mort » important, qui semble bien favoriser la transmission du VIH et du VHC en cas de partage. Son Stéribox® contient donc une seringue à aiguille sertie 1 cc (une « insuline »). Safe estime, pour sa part, qu’il existe désormais des seringues à aiguille non sertie qui ont un faible espace mort, et que le filtre toupie est beaucoup plus efficace que le Stérifilt® d’Apothicom.

La deuxième innovation porte sur deux lingettes où l’alcool a été remplacé par la chlorhexidine. Elles permettent, l’une, de désinfecter les mains, et l’autre, le point d’injection, un geste qui doit toujours être pratiqué avant d’enfoncer l’aiguille. Or, Apothicom conteste que la chlorhexidine soit virucide, bactéricide et fongicide.

Chaque camp a sa bibliographie, technique mais passionnante.

Cette polémique n’est pas nouvelle. On trouvera dans le n° 79 de Swaps (2e trimestre 2015) un « débat autour du matériel d’injection », avec un article de Elliot Imbert et Lenneke Keijzer et un autre signé William Lowenstein, Emmanuel Reynaud, Thomas Néfau, Jean-Pierre Couteron et Catherine Duplessy. Et, en juin 2016, sous la plume de Maïtena Milhet, l’OFDT publiait une évaluation de l’acceptabilité du kit Exper’ par les usagers de drogues.

Voilà donc trois ans que ces questions sont discutées et débattues sans que des vérités solides ne viennent y mettre un terme. Les débats prennent en compte la manière dont les injecteurs s’emparent plus ou moins des nouveaux outils. Ce dossier, dont les implications pratiques sont importantes, doit pouvoir être clos, même provisoirement. Car les études portant sur l’espace mort, les seringues à aiguille sertie ou non sertie, le Stérifilt® et le filtre toupie, la chorhexidine et l’alcool, vont continuer à être publiées.

Ce n’est évidemment pas à Asud de trancher ce débat. D’abord, parce que nous n’en avons pas les compétences. Ensuite, parce que ce n’est nullement notre rôle, qui se limite à présenter sans parti pris les arguments des uns et des autres. Mais la puissance publique, en l’espèce la Direction générale de la santé, devrait le prendre à bras le corps et faire ses choix.

 

L’AIGUILLE QUI CACHE LA FORÊT

Le kit, premier outil officiellement conçu pour se droguer

Comment fabriquer une bonne pipe à crack qui ne fasse pas cramer trop vite le caillou et ne brûle pas les lèvres ? Quelle marque de vaporizer me conseille le ministère de la Santé pour fumer ma beuh? Existe-t-il une shooteuse spéciale « slam » conçue pour injecter seulement les cathinones ? Le lien historique entre la transmission virale et la réduction des risques officielle a fait de la seringue l’ambassadeur d’un champ nouveau: la technologie appliquée à l’usage de drogues à moindres risques.

Cette vision quelque peu hallucinée du drug shopping market est, admettons-le, légèrement en avance sur son temps. Dans les pages qui suivent, on ne vous parlera souvent que d’espace mort, de potentiel virucide et de seringues tuberculines versus insulines serties (voir pp. 29-32). De quoi doucher l’enthousiasme des amateurs de glamour. Il n’en reste pas moins que le kit Stéribox® a ouvert un chemin, celui de la mécanique du high à moindres risques, ou comment s’envoyer en l’air en gardant les pieds sur terre.

Un tango législatif

On oublie trop souvent que la RdR est une rustine posée sur une prohibition qui prend l’eau de toutes parts. Tout commence avec le décret n° 72-200 du 13 mars 1972 « réglementant le commerce et l’importation de seringues destinées aux injections parentérales en vue de lutter contre l’extension de la toxicomanie », qui organise le développement de l’épidémie en prétendant lutter contre la toxicomanie. Quinze ans plus tard, marche arrière de Michèle Barzach, courageuse ministre de la Santé de Jacques Chirac, qui fait voter le 13 mai 1987 le décret n° 87-328 « portant suspension des dispositions du décret n° 72-200 du 13 mars 1972 » et rétablit de fait la vente de seringues aux toxicos. Enfin, consécration ultime, le 9 aout 2004 est votée la loi de santé publique qui mentionne explicitement la réduction des risques dans le but de « prévenir les infections virales et la mortalité par injection ». Le lien indissoluble entre réduction des risques et injection de drogues est tissé.

À partir de cette date, la RdR a creusé son propre sillon qui transforme un imaginaire fantasmagorique, « la défonce », en un espace social balisé, l’usage des drogues. Un espace où les impératifs de santé imposent une certaine rationalité dans le choix des produits et dans la manière de les consommer. C‘est le raisonnement fait par Elliot Imbert (p. 25), qui innove dans une spécialité: la fabrication d’outils conçus et réalisés pour consommer des drogues par voie intraveineuse. Apothicom est le premier laboratoire qui a explicitement occupé le créneau de ces outils spécifiques à la consommation incluant des impératifs de santé. Ce créneau, nous l’espérons, est appelé à devenir une industrie. Les pipes à crack et autres vaporisateurs de cannabis évoluent dans le même no man’s land juridique. Ni médicaments ni accessoires prohibés, ils ne peuvent bénéficier du processus balisé de mise sur le marché, mais ils sont appelés à se multiplier dans le cadre conceptuel d’une intégration des drogues à un marché futur qui ne pourra s’abstraire des questions sanitaires.

Le cas du kit Stéribox® est emblématique. Il a bénéficié d’un soutien explicite de l’État jusqu’à ce que l’ambigüité de son positionnement éclate au grand jour. Apothicom n’est pas une association
philanthropique mais un laboratoire qui a des impératifs de rentabilité, comme toute entreprise privée. Le caractère monopolistique de cette « industrie » balbutiante est un problème loin d’être résolu.

Les pouvoirs publics ont à charge d’élaborer un cadre juridique qui permette aux industriels de se mettre au travail pour proposer de nouveaux matériels pour shooter, sniffer ou fumer des drogues à moindres risques. Cette nouvelle industrie ne peut être totalement étatisée au risque de se retrouver coincée dans un appareillage soviétique peu susceptible de répondre à la dynamique de la demande de drogues qui marque notre époque. « Et en même temps », comme on dit aujourd’hui, le soutien que l’administration accorde à tel ou tel matériel suppose que les liens d’intérêts des laboratoires soient clairement identifiés. Les drogues, surtout légalisées, sont promises à une évaluation sanitaire stricte dans un futur où la science-fiction règne encore en maître. En ce qui concerne les outils qui servent à se droguer, il s’agit cependant d’un futur proche, quand ce n’est pas un passé simple. Pour ce qui est des trousses de prévention, nous sommes déjà dans le temps des conventions, des brevets déposés à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI), des débats au couteau sur l’utilité sanitaire de tel ou tel matériel. En général, l’argument habituel de l’intérêt général, du sacrifice fait au profit de la cause, est certes admirable, mais souvent propice à masquer d’autres intérêts moins avouables. L’humain étant humain et les financements publics étant publics, un processus inspiré du dispositif d’Autorisation de mise sur le
marché (AMM) des médicaments aurait sans doute sa place pour commencer à réglementer de manière transparente ce marché caché des contenants. En attendant d’avoir à réglementer le marché des contenus.

Fabrice Olivet

 

Injection piège à…SALLE DE CON… SOMMATION

Injection piège à cons. Voilà la chanson fredonnée par tous les repentis, les retraités de l’arbalète que l’on accueille d’autant plus volontiers dans les médias que les sniffeurs, gobeurs, fumeurs et autres avaleurs de pilules se taillent ainsi à bon compte une réputation de drogués respectables. Dans le même temps, de plus en plus de programmes de réduction des risques se penchent complaisamment sur le phénomène, qu’il s’agisse des « salles de shoot » – pardon, « de consommation à moindres risques » – ou des programmes d’accompagnement à l’injection. En fait, l’injection de drogues n’a jamais quitté le paradigme discriminant qui lui sert de carte d’identité. Pour inverser cette tendance, il faudrait prendre au sérieux les injecteurs. Comment explorer à la fois la recherche de sensations spécifiques et une aspiration légitime à réduire les risques ?

Pourquoi je m’injecte : les explications venues de l’extérieur

Tout d’abord, les explications classiques de type exogène, c’est-à-dire la plupart du temps émises en dehors de la communauté. Il y a évidemment la théorie de la fatalité de l’injection. C’est une variante de la « théorie de l’escalade ». L’hypothèse porte sur le caractère néluctable d’une recherche croissante de sensations dans le cursus toxico qui aboutit nécessairement à du « toujours plus, toujours plus fort » et déboucherait logiquement sur la shooteuse comme ultime porte du Nirvana. Une théorie sérieusement mise en porte-à- faux par le recul historique de l’injection d’héroïne, par exemple, mais qui demanderait à être documentée par des études, encore une fois un peu ciblées sur la culture de l’usage plutôt que sur la prévention.

Le shoot, geste éponyme de la culture toxico, est l’autre élément d’explication traditionnel. La culture « junkie » des années 70 aurait laissé des traces indélébiles sur l’imaginaire de certains adolescents particulièrement fragiles qui utiliseraient ce mode de conso en dehors de toute explication rationnelle ou résultat de l’expérience. L’apparition de pratiques d’injection intensive chez des personnes a priori hermétiques à toute fascination pour la culture « junkie », comme les milieux du « slam », invalide ce lieu commun (voir article Le slam, une érotique de l’injection, Asud journal N°61).

Il y a enfin le shoot vu comme produit de la « guerre à la drogue ». C’est l’explication antiprohibitionniste : dans un contexte de pénurie de drogues de bonne qualité, le recours à la seringue maximise les sensations. Mais là aussi, de nombreux contre-exemples existent, comme l’usage fréquent de seringues à Kaboul sur les lieux mêmes de production de la meilleure héroïne du monde, comme c’était aussi le cas à Bangkok à l’époque du Triangle d’Or.

L’injection comme mode d’accès à un type de sensations

Il existe aussi tout un faisceau d’explications de type endogène, qui s’appuie plus directement sur l’expérience de la communauté. La comparaison injecter/inhaler/fumer est à envisager en fonction du « high » et du type de drogues consommées. Il faudrait alors comprendre pourquoi certaines drogues sont plus fréquemment injectées (coke, héro, amphet’, kéta, méphédrone). Ces facteurs sont quelquefois mentionnés à titre d’explication mais rarement repris dans les propositions de régulation des techniques d’injection. D’autres questions se posent qui mériteraient de recevoir des réponses un peu nourries à l’aune de la sociologie ou des travaux neuroscientifiques. Pourquoi le « speedball » est-il si souvent présenté comme la sensation ultime, le flash souverain qui couronne toutes les expériences de drogué?

VIH et VHC deux virus qui se contredisent

C’est la lutte contre le VIH qui a favorisé historiquement la réduction des risques et plus précisément l’intérêt pour les techniques d’accompagnement de l’injection. Avec la lutte contre le VHC, plus difficilement combattu par la simple fourniture de seringues stériles, c’est le grand retour du paradigme discriminant sur l’injection, si tant est qu’il n’ait jamais disparu. La modélisation d’une figure d’injecteur récréatif, en capacité de réduire les risques afférents à son mode de conso, serait considérée comme peu réaliste dans une perspective de travail des pouvoirs publics sur un changement de pratiques. C’est dommage. Dans le même ordre d’idée, attention au danger de dévalorisation des techniques de « shoot à moindre risques » si l’on propose « la chasse au dragon » comme un modèle nécessairement supérieur.

En conclusion, il manque un appareil crucial dans la panoplie des outils RdR. Un étalon de mesure du facteur « sensations » qui soit mis au service du véritable but de l’usager de drogues: la défonce. C’est le sens qu’il faudrait donner à une vraie réduction des risques faite pour se diffuser entre pairs. Un tel outil permettrait peut-être de sortir de l’éternel quiproquo qui fait que telle cocaïne fortement dosée, considérée comme « de la bombe » par les consommateurs, n’apparaisse que sous le label « substance très toxique » dans les messages d’alerte. Il ne manque pas d’usagers prêts à dialoguer avec les neuro‐ biologistes et les pharmacologues pour trouver un langage commun qui concilie plaisir des drogues et réduction des risques. Cette dichotomie est au cœur d’un cursus d’injecteur.

Les pratiques d’injection ont-elles évolué depuis les années 80?

Elliot Imbert (voir p. 25): Les contextes sont variés. Le grand problème est que les gestes de base pour se protéger des risques pris en s’injectant sont aujourd’hui de moins en moins connus. L’usager qui commence à injecter aujourd’hui n’a aucune raison de connaître par lui-même la façon adéquate d’injecter. Il n’a pas fait d’études d’infirmière. Ces gestes sont techniques et s’apprennent. Une simple « faute d’asepsie », comme nous disons dans notre jargon, et ce peut être l’abcès ou l’endocardite. Un partage accidentel de cuillère, quand on est à plusieurs, et ce peut être l’hépatite. L’usager ne peut apprendre les précautions à prendre pour le geste de l’injection sans que l’on les lui fasse connaître. Au cours des années 1990, les messages de réduction des risques étaient transmis et véhiculés par les usagers. La peur du sida avait opéré. Au tournant du siècle, on a pu observer que les acquis de la réduction des risques ne se transmettaient pas. La peur du sida n’opère plus, la RdR s’institutionnalise, une dynamique de mobilisation collective serait nécessaire. Les indicateurs les plus récents montrent que cette rupture dans la transmission des savoirs s’aggrave: le partage de seringues vient d’augmenter considérablement les trois dernières années – surtout chez les plus jeunes. Abcès, poussières et endocardites ne diminuent pas. De plus en plus d’injecteurs ignorent le bon protocole, pourtant tout simple, permettant une désinfection efficace avant d’injecter : en savoir plus sur les « bonnes pratiques » leur permettrait de risquer beaucoup moins. L’éducation à l’injection et sa transmission par les pairs, ça devient urgent !

Fabrice Olivet

Le slam, une érotique de l’injection

« Au-delà du récréatif », nous dit Tim Madesclaire. C’est bien de cela qu’il s’agit quand on entend parler du slam et des slameurs, de la radicalité du slam,mais aussi de son érotisme. En l’espace de quelques années, cette pratique déviante à la fois du mainstream gay et tox est venue réinterroger les deux mondes, au point d’être peut-être parfois assourdissante.

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Injections le poids du social

NOUVEAUX PROFILS D’INJECTEURS, PROBLÉMATIQUES SOCIALES ET POLITIQUES QUI SOUS-TENDENT L’INJECTION

Marie Jauffret-Roustide est sociologue, chargée de recherche à l’Inserm et co-coordinatrice du programme D3S « Sciences sociales, Drogues et Sociétés » à l’École des hautes études en sciences sociale (EHESS). Elle est également une compagne de route d’Asud, qui s’est penchée sur l’usage des drogues appréhendé comme objet social normatif, plutôt que sous l’angle de la sociologie de la déviance. Auteure d’une comparaison pertinente entre Asud et Narcotiques anonymes en 2002(1), nous l’avons sollicitée dans ce numéro sur l’injection pour son regard de professionnelle qui interroge les stéréotypes… Et pas toujours dans le sens de la pente.

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Same player shoots again DOSSIER UNE HISTOIRE DE L’INJECTION LES GENS ET LES OUTILS

L’injection de drogues reste dans la représentation collective le geste éponyme, celui qui marque la vérité du drogué. Nous avons déjà consacré plusieurs articles* au caractère symbolique de la shooteuse et à l’odeur de soufre qui imprègne son évocation. Il faut également rappeler tout ce que la politique de réduction des risques (RdR) doit aux seringues contaminées dans un tango législatif rappelé dans ce dossier (voir p. 20).

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ASUD MARS SAY YEAH à la rue !

Pour la deuxième fois en trois ans, le Caarud Asud Mars Say Yeah se retrouve, par décision
de justice, expulsé de ses locaux, situés 57-59, rue du Coq dans le 1er arrondissement de Marseille. L’histoire résume bien la difficulté, voire l’impossibilité, pour une association d’usagers,
de fonctionner dans le tissu urbain le plus approprié, c’est-à-dire en centre-ville, près des lieux de regroupement et de consommation de nos clients.

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NICE : « CACHEZ CES TOXICOS QUE NOUS NE SAURIONS VOIR »

Asud-Nice : le retour. Il y a vingt ans, une première association Asud-Côte-d’Azur voyait le jour dans le sillage de la « Mission rave » de Médecin du monde. Après quelques années d’existence psycho stimulée, l’association a fini par rendre son tablier. Aujourd’hui, de nouveaux militants ont relevé le défi de faire revivre une association d’autosupport à l’ombre des palmiers de la Promenade des Anglais pour rompre avec une certaine image de la ville qui cache souvent une grande pauvreté. À Nice, comme ailleurs, précarité et usage de drogues, c’est la double peine.

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Opioïdes et paniques morales

C’est l’histoire de la revanche des opiacés. Voués aux gémonies par la guerre livrée à l’héroïne et l’épidémie de sida, ils sont revenus en grâce dans les fourgons de l’industrie du médicament. Mais au-delà d’une lecture complotiste de la consommation de psychotropes llicites – celle qui a toujours besoin de trouver un coupable –, c’est toute notre conception de l’histoire des drogues que la crise américaine des opioïdes nous oblige à revoir.

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Vins et drogues illicites, quels plaisirs, quelles ivresses ?

« Enivrez –vous sans cesse ! » intimait le poète, mais Baudelaire opposait le vin qui rend « bon et sociable » au haschich, qui « annihile la volonté », parce qu’il ouvrirait « la porte du paradis ».  Le plaisir incommensurable des drogues illicites ?  L’argument a été invoqué pour justifier leur prohibition. Entre temps, l’opposition binaire ivresses licites/ivresses illicites a volé en éclat avec l’expérience des poly usages. Qu’est-ce qui se fabrique, s’invente ou se reproduit avec la modification des états de conscience ? De la mise en scène des ivresses socialisées aux « hérétiques de la sensation » qui annonçaient selon Henri Michaud « un érotisme devenu éclectique », on s’efforcera ici d’appréhender comment les états modifiés de conscience travaillent le corps social, les mondes alternatifs éphémères ou encore les lignes de fuite qui ouvrent à un autre espace-temps, à une autre relation à soi et aux autres- sans oublier les reterritorialisations au risque de se perdre.

  • Michał Herer
    L’alcool et les (autres) drogues. Une approche philosophico-politique
  • Anne Coppel
    Ivresse et lignes de fuite
  • Véronique Nahum-Grappe
    L’ivresse comme norme ou écart aux normes ? Les états psychotropes dus aux substances licites sont-ils différents pour l’ethnologue ?

Discutante : Carmen Bernand, anthropologue

 

Michał Herer
Michal Herer enseigne la philosophie contemporaine à l’Université de Varsovie. Ouvrages parus : Gilles Deleuze. Struktury – Maszyny – Kreacje [Gilles Deleuze. Structures – Machines – Créations, 2006], Filozofia aktualności. Za Nietzschem i Marksem [Philosophie de l’actualité. Apres Nietzsche et Marx, 2012] etPochwała przyjaźni [Éloge de l’amitié, 2017] ; traducteur de Foucault, Deleuze, Althusser et Theweleit.

Anne Coppel
Sociologue, spécialiste de la politique des drogues, entre recherche, expérimentation et engagement associatif ; lutte contre le sida et  réduction des risques. Ouvrages publiés : Le Dragon domestique, avec C. Bachmann, Albin Michel, 1989 ;  Peut-on civiliser les drogues ?,  La Découverte 2002 ;  avec Olivier Doublre,Sortir de l’impasse. De la guerre à la drogue à la réduction des risques, la Découverte 2012 ; avec Michel Kokoreff et Michel Péraldi (Dir.), La Catastrophe invisible. Histoire sociale de l’héroïne, Ed. Amsterdam, 2018.

Véronique Nahum-Grappe
Anthropologue à l’EHESS, (Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain). L’un de ses domaines de recherches concerne les onduites d’excès et de dépendance. La dimension anthropologique plus que psychologique est retenue : normativité sociale, seuils, tolérances et interdits implicites ou explicites. Elle consacrera deux de ses ouvrages à l’ivresse, Vertige de l’ivresse. Alcool et lien social (2010), et La Culture de l’ivresse – Essai de phénoménologie historique (1991).

Lieu

EHESS (Amphithéâtre François Furet)
105, boulevard Raspail
75006 Paris

Mémoire / Banlieu(e)s / Addiction: Centre culturel d’Orly jeudi 15 mars 2018

Cette journée a pour objectif de contribuer à une démarche de prévention et à favoriser le dialogue et la mobilisation entre familles, personnes ressources et acteurs sociaux de la prévention.

A partir du documentaire « Ces Jeunes Qui Tombent » de Cécile Favier et Azzedine Zoghbi, il s’agit de :

Retracer l’histoire méconnue de l’usage des drogues dans les quartiers populaires depuis la fin des années 70.

Reconnaître cette histoire comme mémoire à part entière des quartiers populaires.

Prendre  conscience de cette histoire oubliée.

Alimenter la  réflexion sur les usages actuels des toxiques

auprès de la communauté éducative (collèges, lycées), des familles, des centres sociaux.

Programme de la journée :

Journée DIALOGUES #01

ANIMÉE PAR Evelyne Bouzzine ex-directrice du Centre de ressources Politique de la Ville en Essonne (CRPVE)

9h30-10h

ACCUEIL CONVIVIAL AUTOUR D’UN CAFÉ

10h-10h15

MOT D’OUVERTURE

10h15-11h

DIALOGUES TEMPS #01

REGARDS CROISÉS SUR L’HISTOIRE ET LA MÉMOIRE DE L’USAGE DES DROGUES DANS LES QUARTIERS POPULAIRES DES ANNÉES 70 À LA FIN DES ANNÉES 90

avec Albert Herzkowicz, médecin addictologue spécialiste des politiques publiques de santé –

 Alexandre Marchant, docteur en Histoire – auteur de L’évolution des politiques publiques face à l’échec de la lutte contre la drogue : L’impossible prohibition ? (2016) – 

Fabrice Olivet, directeur de l’Association ASUD

11h-12h30

PROJECTION DU DOCUMENTAIRE CES JEUNES QUI TOMBENT de Cécile Favier et Azzedine Zoghbi

Produit par les films du hasard et france télévisions avec le soutien du CNC, de la Mildeca et de la Dicom

SUIVI D’UN TEMPS D’ÉCHANGE AVEC LA SALLE

14h-16h30

DIALOGUES TEMPS #02

QUELLES ONT ÉTÉ LES RÉPONSES DES POLITIQUES PUBLIQUES EN MATIÈRE DE PRÉVENTION ET DE SANTÉ (addiction, MST, HIV)

DEPUIS LES ANNÉES 70 JUSQU’À AUJOURD’HUI ?

avec

Anne Coppel, sociologue et militante de la politique de réduction des risques – 

Albert Herzkowicz, médecin addictologue spécialiste des politiques publiques de santé – 

Didier Touzeau, médecin addictologue

DIALOGUES TEMPS #03

COMMENT DÉVELOPPER UNE POLITIQUE DE PRÉVENTION GLOBALE DE LA SANTÉ ET DES TOXICOMANIES ?

COMMENT MOBILISER LA COMMUNAUTÉ ÉDUCATIVE D’UN TERRITOIRE ?

Albert Herzkowicz, médecin addictologue spécialiste des politiques publiques de santé –

 Malika Mansouri,  Psychologue clinicienne en protection de l’enfance – 

Azzedine Zoghbi, Président de l’association Passerelle-Orly Sud

 

Conférence iCAAD Paris 13 Mars 2018

‘EN AVANT… VERS UNE SYNERGIE ENTRE LA THEORIE ET LA PRATIQUE DANS LE TRAITEMENT DES CONDUITES ADDICTIVES : LA GLOBALISATION DES SOINS DE SANTE MENTALE, COMPORTEMENTALE ET EMOTIONELLE

Ce cycle de conférence est organisé dans la continuité des Thèmes des Conférences Européennes iCAAD 2016/17 :

‘UNITE: LA NOUVELLE GENERATION DE METHODES DE RESOLUTION COLLABORATIVES DES TROUBLES DE L’ADDICTION.’

Cette conférence se veut une plateforme où conférenciers, partenaires et professionnels échangeront sur les modèles cliniques, les ressources et les avancées sur les paradigmes touchant aux traitements des addictions, aux désordres comportementaux complexes, aux modèles préventifs, à l’intégration de la santé mentale globale, de la prévention des rechutes et des stratégies de prévention.Collaborons ensemble et partageons les meilleures pratiques, au plan national et international.

POINTS FORTS:
• Abstinence et Réduction des Risques
• Traitement résidentiel: enjeux et attentes
• Evolution de la formation: la thérapie de groupe
• Patients-experts: leur rôle croissant
• Soins, prévention et société: les 5 prochaines années – objectifs et challenges?

10h00 – 10h45 | ABSTINENCE VS. REDUCTION DES RISQUES: DECONSTRUCTION D’UN FAUX DEBAT –

JEAN-MAXENCE GRANIER ET FABRICE OLIVET
Historiquement le mouvement de réduction des risques s’est construit en opposition avec une doctrine de soins basée sur le sevrage et l’abstinence comme unique proposition. Inversement aujourd’hui certains addictologues proposent comme seule prise en charge une prescription de TSO à vie. Ces deux options ignorent la notion primordiale de responsabilité des personnes concernées. Comment dépasser ces deux extrêmes en remettant l’individu au centre des décisions qui le concernent. « Nothing about us without us » (Slogan de l’association INPUD)

Fabrice Olivet est un militant historique de la réforme des politiques de drogues. Depuis 1996, il anime l’association ASUD (Auto Support des Usagers de Drogues), agréée par l’Etat pour représenter les personnes prises en charge dans le système de soins pour des questions relatives à une addiction. Historien de formation, c’est également un polémiste engagé dans les débats relatifs à l’« identité française ». Depuis 2013, Fabrice Olivet est membre de la commission nationale des stupéfiants et des psychotropes de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM).

Jean-Maxence Granier est chef d’entreprise et travaille dans le domaine du marketing, de la communication et des médias. Il s’intéresse depuis 25 ans aux usages des psychotropes comme aux questions posées aux individus et à la société par l’addiction. Il a codirigé récemment un numéro de la revue Esprit consacré à la « Politique des drogues » et intervient à titre personnel sur ces questions dans l’espace public.

Programme et inscription ici

Lieu, date et horaire :

Mardi 13 Mars 2018
9h00 – 18h30
Espace CEDIAS, Musée Social,
5 rue Las Cases, 75007 Paris

SÉMINAIRE EHESS 2017-2018 : Les drogues sur prescription médicale

Dès l’origine, les conventions internationales ont introduit une distinction essentielle entre les substances ayant des propriétés thérapeutiques et celles qui n’en ont pas et ce, indépendamment de leur dangerosité. Et il a été convenu que les drogues dangereuses ayant des applications médicales, la morphine par exemple, seraient prescrites par des médecins et délivrées par des pharmaciens. Sur cette base, chaque pays a mené sa propre politique. Des exemples français (Zoé Dubus) anglais et américains (Bertrand Lebeau) illustreront ce propos. Aujourd’hui de nombreuses substances classées comme drogues sont utilisées en médecine (Daniel Annequin) ou prescrites hors AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) (Philippe Grunberg).

Tandis qu’en 1926, la commission Rolleston jette les bases du « british system », des milliers de médecins américains sont incarcérés pour avoir prescrit des opiacés à des héroïnomanes. Quelques décennies plus tard, les programmes suisses de prescription d’héroïne et l’épidémie américaine d’overdoses aux opiacés sur prescription médicales ces dernières années, illustrent cette forme paradoxale de légalisation des « drogues » : la prescription.

LIEU

Amphithéâtre de l’EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

DATE

jeudi 8 mars 2018

LES INTERVENANTS

Bertrand LEBEAU, médecin, s’occupe de drogues et de toxicomanies depuis plus de 25 ans. Dans les années 90, il a été un activiste de la « réduction des risques ». Aujourd’hui, il milite pour une réforme des politiques de drogues.

Philippe GRUNBERG s’est installé comme généraliste il y a 33 ans. Et les problèmes psychiatriques et addictologiques ont occupé une grande partie de son activité. Conjuguer les demandes des patients, les données de la science et son expérience de praticien, les trois piliers de la décision partagée, a souvent relevé de la quadrature du cercle. A partir de quelques vignettes cliniques, il proposera une réflexion sur les prescriptions « hors AMM ». Du Temgesic au Baclofène, en passant par le Médiator, le Palfium et le Dinintel (aujourd’hui disparus), l’oxycodone et les fentanyls (responsables de nombreux décès aux USA) il tentera d’évaluer le rapport bénéfice/risque de ces prescriptions.

Le Pr Daniel ANNEQUIN a créé et dirigé pendant 25 ans le Centre de la douleur et de la migraine de l’hôpital d’enfants Trousseau. Il possède une triple compétence de psychiatre, d’anesthésiste réanimateur et de médecin de la douleur. Il a été le responsable du second Programme national de lutte contre la douleur 2002-2005 au ministère de la Santé. A partir d’exemples portant sur les morphiniques, la kétamine, le protoxyde d’azote, la prégabaline, Daniel Annequin étudiera les potentialités addictives des médicaments de la douleur.

Zoé Dubus, doctorante en histoire à l’Université d’Aix-Marseille, auteure du mémoire de master : « La morphinée : représentations de la femme morphinomane dans le discours médical, 1870-1916 ».
Sa recherche traite des transformations des pratiques médicales ainsi que des politiques de santé en lien avec l’utilisation de psychotropes en France, du XIXe siècle à nos jours. Elle s’attache à comprendre les relations qu’entretiennent la médecine et les médecins avec les produits modifiant la conscience et la sensibilité, conçus alternativement comme des médicaments innovants ou comme des toxiques.

ORGANISATEURS

  • Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
  • Anne Coppel, sociologue
  • Bertrand Lebeau, médecin, membre de SOS Addictions
  • Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
  • Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

Codéine

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LA CATASTROPHE INVISIBLE

HISTOIRE SOCIALE DE L’HÉROÏNE (FRANCE, ANNÉES 1950-2000)

Sous la direction de Michel Kokoreff, Anne Coppel, Michel Peraldi.

Avec les contributions de Vincent Benso, Anne Coppel, Jean-Michel Costes, Claire Duport, Emmanuelle Hoareau, Michel Kokoreff, Aude Lalande, Alexandre Marchant, Fabrice Olivet, Michel Peraldi, Liza Terrazzoni.

L’ambition de ce livre est de donner de la profondeur historique à la catastrophe sanitaire et sociale que fut l’héroïne, à sa répression, aux dynamiques et cycles de sa consommation et de son trafic. Il raconte cette histoire dans ses multiples dimensions, sociale et économique, culturelle et urbaine, politique et géopolitique, en privilégiant le point de vue de ceux qui ont été ses acteurs ou témoins. Plus généralement, il prend l’héroïne comme analyseur, pour saisir ce que les drogues font à la société.
Le marché de l’héroïne se structure au cours des années 1950, mais c’est avec Mai 68 que s’amorce un premier tournant : dans ce bouillonnement politique, sociétal et culturel, les produits se diffusent au sein d’une jeunesse en quête de liberté et d’expériences. La fin des Trente Glorieuses marque un durcissement. La consommation d’héroïne s’étend et les sources d’approvisionnement se multiplient, bien au-delà du mythe de la « French Connection ». Les années 1980 sont un tournant majeur : on voit apparaître des « scènes » où les drogues sont vendues et consommées ouvertement dans les squats, quartiers délabrés, « banlieues » et autres « cités maudites ». Les ravages de l’héroïne deviennent de plus en plus visibles et sa diffusion joue un rôle central dans la construction du problème des banlieues dans sa version sécuritaire et racialisée. Les quartiers dits défavorisés vont être au cœur de sa diffusion mortifère, frappées par l’épidémie de sida, d’une part, et par les politiques répressives, d’autre part. Une bascule s’opère dans les années 1990 lorsque Simone Veil, ministre de la Santé, s’engage dans la mise en place d’un dispositif expérimental de réduction des risques.
L’histoire de l’héroïne est celle de la répression, de la guerre à la drogue et, en corollaire, de l’absence de culture de santé publique en France, mais c’est aussi celle d’un processus de transformation des appartenances collectives et des identités culturelles qui interroge le rôle des produits psychotropes dans le changement social.

Retrouver ci joint les différentes critiques :

Médiapart :

Héroïne, «la catastrophe invisible»

17 FÉVRIER 2018 PAR 

 

Le Monde: 

L’héroïne, ce « monstre épidémique »

LE MONDE | 12.02.2018 à 04h30 • Mis à jour le 12.02.2018 à 16h33 | Par François Béguin

SÉMINAIRE EHESS 2017-2018 : Parler des drogues sous un jour favorable , contraintes légales et politiques

L’article L3421-4 du Code de la santé publique dispose que la présentation sous un jour favorable de l’usage illicite de stupéfiants est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.  Conçue pour décourager le prosélytisme du consommateur de drogues, cette  incrimination a un spectre d’action qui s’étend bien au-delà de ce simple cas de figure. C’est en effet l’ensemble des propos, publics et privés, de tout un chacun qui se trouve contraint par cette disposition législative. La loi pénale étant d’interprétation stricte, on peut se demander dans quelle mesure l’article L3421-4 du Code de la santé  publique s’oppose à la description objective de tous les effets, y compris hédoniques et  thérapeutiques des drogues classées illicites. En l’absence de réponse  jurisprudentielle précise, l’interdit symbolique demeure. Quels en sont aujourd’hui les effets dans l’ordre des discours scientifique, politique  et médical ?

LIEU

Amphithéâtre de l’EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

DATE

8 février 2018

LES INTERVENANTS

Renaud Colson est maître de conférences à la faculté de droit et des sciences politiques de l’université de Nantes et honorary lecturer à l’université de Cardiff. Il a été accueilli en qualité de British Academy visiting fellow à l’université de Cardiff en 2008, de Marie Curie fellow à l’Institut universitaire européen (Florence) de 2011 à 2013, et de visiting scholar à l’Institut d’étude avancée de l’université Jawaharlal Nehru (New Delhi) en 2016. Renaud Colson a travaillé sur des sujets variés (droit processuel, droit pénal européen, criminologie…). Il a récemment dirigé deux ouvrages collectifs consacrés aux politiques des drogues : Les drogues face au droit (PUF, 2015) et European Drug Policies: The Ways of Reform (Routledge, 2017).

Ivana Obradovic est sociologue, spécialisée dans l’analyse des politiques publiques liées aux drogues, en particulier dans le champ pénal. Elle est directrice adjointe de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) et chercheure associée au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (CESDIP). Elle a enseigné à l’Université de Picardie Jules-Verne et à Sciences Po Paris. Ses travaux les plus récents portent sur la comparaison internationale des politiques menées à l’égard du cannabis, avec un intérêt particulier pour les initiatives de régulation menées aux Etats-Unis, en Uruguay et au Canada.

Didier Jayle. Ancien président (2002-2007) de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), Didier Jayle est professeur d’addictologie au Conservatoire National des Arts et Métiers (Cnam) et médecin dans le service d’immunologie de l’Hôpital Européen Georges-Pompidou. Il est aussi directeur de la publication de vih.org et de la revue Swaps.

William Lowenstein est spécialiste en Médecine interne et addictologue. Auteur de nombreux livres sur les drogues et les dépendances, il a écrit plus de 60 publications médicales à impact factor. Il est président de SOS Addictions depuis janvier 2002. Président du Groupe T2R -Addictologie à la DGS / Ministère de la Santé. Co-Auteur avec le Dr L. Karila de Tous addicts. Et après ?,Paris, Flammarion, 2017.

ORGANISATEURS

  • Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
  • Anne Coppel, sociologue
  • Bertrand Lebeau, médecin, membre de SOS Addictions
  • Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
  • Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

 

NOUVELLE BROCHURE DISPONIBLE : OVERDOSES TOME 2 Stimulants

Quand on pense overdose, on pense généralement opiacés. Pourtant, chaque année en France, plusieurs dizaines de personnes décèdent d’overdoses de stimulants. La cocaïne est ainsi responsable d’environ 10 % des décès par overdose (en consommation unique) et impliquée dans environ 30 % des décès liés à des poly-consommations. Elle est aussi le premier facteur de décès par accident vasculaire cérébral chez les moins de 35 ans et, selon l’ANSM, le nombre d’intoxications liées à son usage a doublé entre 2015 et 2016 et continue d’augmenter. Par ailleurs, avec le retour d’ecstasys très fortement dosés et le développement de la consommation de cathinones, on observe aussi une hausse du nombre d’accidents et de décès liés à des surconsommations de ces produits sérotoninergiques. Les effets et les risques des produits stimulants sont variés et complexes. Mal compris, ils sont souvent sous-estimés par les consommateurs qui se trouvent d’autant plus dépourvus lorsqu’ils en sont témoins ou victimes qu’ils ne connaissent pas toujours les signes avant-coureurs ni les réactions à avoir.

Le but de cette brochure est donc d’expliquer aussi clairement que possible ces risques, de donner des « trucs » pour les réduire et réagir  en cas de problème.

asud brochure OD-stimulants-08

SÉMINAIRE EHESS/ASUD en vidéos

Depuis maintenant 3 ans Asud organise en partenariat avec L’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales des séminaires.Cette année nous avons choisi pour thème: consommation et prohibition des drogues, approches transversale. Bien conscient que tout le monde ne peut se rendre sur paris pour participer, nous filmons et diffusons les vidéos de chaque séminaires. C’est à consommer sans modération.

Retrouver ici les vidéos des séminaires, à consommer sans modération.

SÉMINAIRE EHESS 2017-2018 : Les états modifiés de conscience

 

Depuis la nuit des temps, les humains (et peut-être bien aussi nos amies les bêtes) semblent chercher à s’évader des limites des sens, du raisonnement « normal », d’une conscience limitée.

Que ce soit par la méditation, l’hypnose, le yoga, la transe chamanique, mystique ou musicale, l’envie de dépasser la conscience ordinaire peut emprunter différentes voies. Le recours aux plantes et aux substances psychédéliques en est une, pratiquée traditionnellement par des tribus « indiennes » et depuis la génération de 68 par des « tribus d’indiens métropolitains ».

Expérimentées en psychiatrie dans les années 1940-60, remplacées par les neuroleptiques à la faveur du prohibitionnisme, les substances psychédéliques ont fait ces dernières années leur retour dans les psychothérapies. Par « micro doses » ou « justes doses », les facultés des psychédéliques à agir sur des circuits normalement inhibés du cerveau suscitent l’intérêt tant des professionnels de la santé que des usagers de psychotropes. Paradoxalement, une des utilisations expérimentales des substances psychédéliques qui est de plus en plus en vogue aujourd’hui est celle des plantes psychédéliques comme aide au sevrage des opiacés. Avec les psychédéliques, on assiste à la rencontre des savoirs médicaux traditionnels, modernes et expérientiels.

LIEU

Amphithéâtre de l’EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

DATE

11 Janvier 2018

HORAIRES

17h à 20h

LES INTERVENANTS

Christian Sueur « Le renouveau des utilisations thérapeutiques des substances psychédéliques »

Psychiatre, praticien hospitalier, spécialisé en addictologie. Il a travaillé depuis le début des années 1980 dans diverses institutions d’accueil et de soins pour toxicomanes, puis au sein de Médecins du Monde. Il a été cofondateur et responsables des « Missions Rave », où il a œuvré à mettre en place des actions de « Réductions des risques » chez les jeunes consommateurs de substances psychédéliques et entheogenes fréquentant les évènements festif techno. Il a publié de nombreux articles sur les drogues de synthèse et leur consommation à la fin du siècle dernier, en croisant différentes approches, cliniques, anthropologiques, sociologiques, pharmacologiques, et en visitant leurs diverses utilisations thérapeutiques telles qu’elles ont été pratiquées de par le monde.

David Dupuis « L’ayahuasca parle aux Français. Pèlerinages psychotropiques en Amazonie péruvienne »

Docteur en Ethnologie – Anthropologie Sociale (EHESS, Paris), chercheur post-doctorant à l’Université de Durham (Fondation Fyssen). Sa recherche doctorale, appuyée sur dix-huit mois d’enquête en haute-Amazonie péruvienne, s’est concentrée sur les innovations rituelles, les modes de transmission des savoirs religieux et la question de l’efficacité thérapeutique dans le contexte des reconfigurations contemporaines du curanderismo péruvien impliquées par l’émergence du « tourisme chamanique » et l’internationalisation de l’ayahusasca.

Vittorio Biancardi est doctorant au CRH/EHESS. Son travail de recherche, qui relève d’une méthodologie à la fois historique et anthropologique, est axé sur l’usage à faible dose des drogues dites psychédéliques dans une période comprise entre 1943 (année de la découverte de la LSD-25) et aujourd’hui.

ORGANISATEURS

  • Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
  • Anne Coppel, sociologue
  • Bertrand Lebeau, médecin, membre de SOS Addictions
  • Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
  • Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
  • Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS

 

Irresponsable Saison 1

Après la série de genre made in Canal+, la série d’auteur arrive en France. Imaginé par Fréderic Rosset, le pilote de la série a vu le jour au sein du tout jeune département séries de la FEMIS, l’éminente école de cinéma français. Repéré par OCS qui lui donne un budget restreint avec une carte blanche pour une première saison, Irresponsable est , au moment de sa sortie, la création originale de la chaîne qui a eu le meilleur démarrage. Et si elle parle de drogues… ce n’est pas pour faire la morale.

Contrairement à la démesure des (bonnes) séries américaines similaires (Weeds, Breaking Bad…), Irresponsable ausculte la vie ordinaire des gens. La série raconte comment, dans une petite ville banale, Jaques, 15 ans, se lie avec Julien, son père immature de 31 ans, dont il vient d’apprendre l’existence, autour de deux passions communes : les joints et les jeux vidéo. La saison 1 compte 10 épisodes de 26 minutes, un format idéal pour les comédies efficaces qui ne se contentent pas d’être des usines à gags. Histoire et personnages nous sont familiers autour de Julien, éternel adolescent, que l’on rêve de rester. On se régale à suivre les aventures du duo père-fils complice face au reste du monde. Une microsociété qui comprend l’ami d’enfance devenu flic style gendre idéal, le dealer cinglé du lycée, la meilleure pote homo délurée, les grands-parents cathos réacs… et la mère de Jacques qui ne sait plus comment se positionner face à ce père (ir)responsable, entre le respect des conventions sociales, le bonheur de son fils… et ses propres sentiments. Quant à la mère de Julien, devenue tout à coup grandmère d’un ado, perdue au milieu de ces trentenaires émancipés, elle délègue toutes les décisions de sa vie à son psy idolâtré, Jean-Pierre, représentant d’une autorité médicale omniprésente, invisible, dépassée mais terriblement influente.

Sous ses allures inoffensives et son style passe-partout, la série vient remuer le tabou dans le tabou, en mettant en scène le rôle positif, social et convivial des drogues y compris dans la sphère familiale.

3 questions à Julia Monge, doctorante en socioanthropologie à l’EHESS-Paris

Pour tes recherches, tu as observé l’intimité de nombreux foyers qui consomment ou parlent ouvertement des drogues en famille. As-tu rencontré des parents comme le personnage central de la série ?

J’ai effectivement rencontré des parents qui n’ont pas une thune, s’habillant à l’arrache, ne voulant pas travailler et fumant des pétards avec leurs enfants. Mais j’en ai rencontré autant qui consomment et ressemblent davantage au personnage inséré de Marie, la mère, avec des emplois à haute responsabilité, jouissant d’un certain prestige social et portant des fringues en adéquation avec ce prestige.

Julien dédramatise la consommation de son fils face au discours ambiant. Le discours parental sur les drogues diffère-t-il entre les parents qui n’en ont jamais consommé et les autres ?

Oui et non. Oui, parce que certains parents qui n’ont jamais consommé de cannabis arrivent dans les Consultations jeunes consommateurs chargés de tous les stéréotypes liés aux drogues. Ils pensent que leur ado va nécessairement mal. C’est probablement l’idée reçue la plus forte quand on parle d’usage de drogues.

Ensuite, on retrouve l’idée qu’inéluctablement, l’ado va passer du pétard à la seringue avec l’image du type qui tape la manche et qui parle à sa canette de 8.6. Ça traduit tout le poids qu’on fait porter aux parents. Ils arrivent en pensant qu’ils ont raté quelque chose en matière d’autorité ou d’amour, ce qui, là encore, est un stéréotype.

Donc oui, cela diffère parce que les parents qui consomment du cannabis comme leurs enfants n’ont pas certains de ces a priori. Et non, parce qu’on s’aperçoit que quand un enfant de fumeur de pétard se met à consommer une drogue que le parent ne connaît pas, c’est grosso-modo la même panique !

Un bon éducateur est-il aussi un bon complice ?

Comme pour les drogues, c’est une question de dose ! Si on est à 100 % complice, on est dans la fusion. Difficile dans ces cas-là d’être suivi quand on donne une consigne. Par contre, il y a une notion intermédiaire entre l’autorité et la complicité, qui est la confiance. Si on te fait confiance, c’est
qu’on est assez proche de toi pour suivre ta consigne, même si on ne la comprend pas bien. Les personnes que j’ai rencontrées m’ont beaucoup parlé de cette confiance.

FABRICE PEREZ

Tweed une usine de cannabis florissante

Le Canada compte actuellement une quarantaine de producteurs de cannabis thérapeutique homologués par le gouvernement, fournissant plus de 50 000 clients. Des fournisseurs qui attendent impatiemment la légalisation complète du cannabis récréatif, qui pourrait faire grimper le marché à 7 G$ par an (4,95 millions d’euros). Visite chez le plus gros producteur canadien, une entreprise (presque) comme les autres.

Les deux usines de production de Tweed en Ontario ont une superficie équivalant à celle de 10 terrains de foot. Elles sont supervisées par Kevin Furet, le master grower, l’équivalent du sommelier sur un vignoble. Fort de ses nombreux prix en Cannabis Cup, ce dernier conçoit de nouveaux hybrides de marijuana. Cela permet à Tweed d’offrir une douzaine de variétés de plantes aux teneurs variées en THC (source de l’effet psychédélique) ou en CBD (pour les douleurs ou l’humeur), qui marche paraît-il assez bien chez les enfants épileptiques.

Une impressionnante zone de production

Ce qui frappe en pénétrant dans la zone de production, c’est qu’il faut doublement montrer patte blanche : carte magnétique nominative et reconnaissance des empreintes digitales sont nécessaires pour entrer. La voûte, où sont stockées des centaines de kilos de cocotes séchées, est même restreinte à une dizaine de personnes qui doivent avoir un casier judiciaire vierge pour pouvoir pousser la lourde porte blindée.                                                                                                              Au rez-de-chaussée de l’ancienne usine de chocolats Hershey, 120 employés du coin s’attachent à tailler des plantes, faire des boutures, simuler le printemps, simuler l’été pour la floraison, sécher les cocotes, mener les analyses pharmacologiques exigées par Santé Canada, fabriquer différentes huiles de cannabis, peser et emballer.                                                                                                    Le Montréalais Adam Greenblatt, qui a longtemps dirigé un dispensaire communautaire de cannabis médicinal avant de faire le saut chez Tweed, est impressionné par la chaîne de production. « Comme j’ai déjà fait pousser du cannabis thérapeutique pour des patients, je sais le défi que c’est. Alors, voir tout ça réglé au quart de tour, ça m’impressionne », dit-il en faisant référence à l’atmosphère quasi chirurgicale qui règne dans l’usine.                                                                          « Dans une production artisanale, on peut se retrouver avec des résidus de pesticides qui dépassent les normes ou des moisissures qui peuvent altérer les poumons des cancéreux en traitement », précise-t-il avant de souligner aussi l’importance d’obtenir des produits dont les caractéristiques resteront uniformes dans le temps, afin de ne pas mettre en péril le traitement. Pas étonnant qu’Adam ait été impressionné par toute cette infrastructure, le système de production a été conçu par un Français sorti de Harvard qui a fait ses preuves en dirigeant une équipe du fabricant de pneus Michelin… en Chine !

Une marque « conviviale »    

Le service est en effervescence. La gamme de produits Tweed à l’effigie du rappeur Snoop Dog doit être lancée dans moins de deux semaines. « On veut positionner Tweed comme une marque conviviale », explique Adam Greenblatt. S’il convient que le personnage a un côté sulfureux, « c’est une icône de la culture du cannabis et il a su traverser les épreuves », rétorque-t-il. La marque offre aussi des rabais compassion à ses clients qui gagnent un salaire inférieur à 29 000 $ par an (20 500 €).

L’équipe marketing se charge en outre de promouvoir les différents produits Tweed sur son site web et a récemment eu l’autorisation d’offrir des huiles (extraits de cannabis ajoutés à de l’huile de tournesol), qui peuvent aussi bien traiter les problèmes de peau ou les inflammations sous-cutanées qu’agrémenter des recettes pour les patients qui n’aiment pas fumer.

Quelques mètres plus loin, on aboutit au service clientèle. Une cinquantaine de personnes prennent les commandes de 60 000 clients (800 courriels et 600 coups de téléphone par jour), en répondant également aux questions des médecins. Quelques unes de leurs interrogations les plus fréquentes : Quelles sont les raisons de prescrire du cannabis ? Combien de grammes prescrire pour telle pathologie ? Quelles sont les implications légales ? « Selon nos estimations, environ 6 000 médecins ont déjà prescrit du cannabis au Canada, soit 10 % de la profession », avance Marie- Josée Pinel, coordonnatrice des projets médicaux.

Une société cotée en bourse

Parmi les 67 fabricants autorisés de pot médical au Canada, Tweed est la première à avoir tenté sa chance en bourse. Elle vaut aujourd’hui 2 milliards de dollars (1,3 milliard d’euros), ce qui lui permet d’envisager sereinement les travaux d’expansion de son siège social à Smith Falls, juste avant la légalisation complète, en juillet 2018.

« Les grandes banques canadiennes nous snobent encore, mais la valeur de l’action a presque doublé en deux ans. On a aussi triplé notre nombre d’employés dans la dernière année », plaisante Phil Shaer, avocat général et vie-président des ressources humaines. De son côté, le président Mark Zekulin, tout en attendant les orientations gouvernementales, a néanmoins déjà une vision du
marché, qu’il estime à 7 G$ par an si le gouvernement est plutôt large sur les produits autorisés.

Afin de s’assurer que son opinion soit entendue, le patron de Tweed a embauché un lobbyiste et espère que le gouvernement permettra aux marques commerciales « de communiquer directement avec les Canadiens (par la pub notamment) pour leur expliquer toutes les chemins possibles avec le cannabis et ainsi vaincre les peurs et les préjugés »

Big Cannabis ?

Hugô St-Onge, chef du parti politique Bloc Pot depuis treize ans, craint entre autres que la légalisation fédérale de la marijuana ne mène à la création d’un oligopole, le Big Cannabis, comme il existe déjà un Big Pharma : un marché mené par quelques entreprises préoccupées par la recherche du gain. Cela nuirait, selon lui, à l’éradication du marché noir, car des règles fédérales de production trop strictes maintiendraient des prix élevés et laisseraient une grande marge de profit pour le commerce illicite. « De l’herbe séchée, c’est presque gratuit ! », claironne-t-il. Hugô St-Onge souhaite donc « que le gouvernement québécois agisse selon ses compétences constitutionnelles et mette en place un marché plus libre où la production artisanale serait préservée afin de damer le pion au Premier ministre canadien, Justin Trudeau ». Si la légalisation a été enclenchée à l’échelon fédéral canadien, les provinces (dont le Québec) ont une certaine latitude dans l’exécution, notamment pour établir le mode de distribution. Du côté de Tweed, on se veut rassurant. « Le marché se libéralise lentement depuis plus de dix ans. On espère établir un marché inclusif qui encourage les amateurs de cannabis à se tourner vers des sources légales », répond Adam Greenblatt. Encore faut-il que les producteurs de cannabis médicinal n’adoptent pas certaines pratiques controversées de l’industrie pharmaceutique, comme les pots de vin déguisés en subventions. Dernièrement, des producteurs se sont d’ailleurs fait prendre la main dans le sac à financer certaines activités dans les cliniques prescrivant du cannabis afin que leur marque le soit davantage que celle du concurrent.

M. M.

Touche pas à mon « pot » : Les recettes du succès du cannabis médical au Canada

Au Canada, le cannabis thérapeutique est légal depuis 2001. Mais au Québec, trouver un médecin acceptant d’en prescrire et qui en plus connaît bien les différents produits sur le marché relève encore de la gageure. C’est ce double défi que tente de relever la clinique Santé Cannabis qui a pignon sur rue, aux portes du centre-ville de Montréal.

À part l’enseigne qui arbore une large feuille de cannabis, la clinique privée de la rue Amherst ressemble à n’importe quelle autre. Sur place, une dizaine de médecins se relaient tous les jours de la semaine. Les clients doivent avoir en main une demande de leur médecin traitant et s’acquitter de frais d’inscription de 250 $ (177 €). « Les 2 000 patients qu’on a reçus depuis deux ans viennent donc nous voir quand ils ont essayé toutes les autres options », indique Nadia Kvakic, la gérante.

Indications multiples

La liste des maladies pour lesquelles le cannabis thérapeutique peut être conseillé est large. Cela va de la dépression à la sclérose en plaques, en passant par les problèmes inflammatoires, les migraines, l’épilepsie, la maladie de Parkinson… Il vise aussi, plus globalement, à diminuer la douleur ou à stimuler l’appétit chez les malades traités pour des pathologies lourdes (sida, cancer). Le plus jeune patient est un bambin de 2 ans, le plus âgé a 94 ans. Pour Stéphanie Dubois, « la découverte du cannabis médicinal a été une révélation ». Elle souffre d’endométriose depuis sept ans et malgré trois opérations, dont l’ablation de l’utérus, saignements et douleurs sont toujours au rendez-vous. « Ça ressemble à des douleurs liées à l’accouchement avec parfois aussi des chocs électriques, c’est très pénible. Mais depuis cet été, je prends du cannabis médical, et c’est le jour et la nuit. Je ne suis quasiment plus absente du travail et j’ai pu recommencer à avoir une vie sociale et familiale », confie la jeune femme de 37 ans.

Cette mère de deux ados avait déjà fumé plus jeune, mais n’avait pas beaucoup apprécié l’expérience qui la rendait « un peu paranoïaque ». Après plusieurs essais, le médecin de la clinique et le conseiller en cannabinoïdes ont finalement trouvé les bons dosages. Le matin, elle prend un comprimé de nabilone, du cannabis synthétique issu de l’industrie. Après sa journée de travail, elle remplit son vaporisateur d’un mélange de Honstoot (14 % de THC) et de Boaty (13 % de CBD) qui calme ses douleurs sans la rendre stoned. Avant de dormir par contre, Stéphanie prend un cannabis dosé à 23 % de THC et avale une bouchée de muffin qu’elle a préparé avec ses restants de vapo non brûlés. Ingéré ainsi, les effets durent plus longtemps et elle peut passer une nuit sans douleur.

Pas un produit magique

Pour le système de santé canadien, le cannabis médicinal est source d’économies. Dans le cas de Stéphanie, ses anciennes prescriptions d’opioïdes, d’antidouleurs et d’antidépresseurs représentaient un total de 3 000,00 $ par an (2 120 €), remboursé par les contribuables. Depuis qu’elle utilise du cannabis médicinal, la facture de pharmacie a diminué de moitié, sans compter qu’elle perd désormais moins de journées de travail. Le nabilone coûte 180 $ par mois (127 €), mais l’achat de marijuana reste aux frais du patient et coûte 5 $ à 15 $ le gramme (3,55 € à 10,60 €). Les défenseurs du cannabis thérapeutique demandent d’ailleurs que la substance soit remboursée, au même titre que bien des médicaments.

Pour le Dr Antonio Vigano qui travaille à la clinique Santé Cannabis depuis mars 2015, l’efficacité du cannabis médical est indéniable. Chacun de ses patients doit venir avec une liste détaillant ses prescriptions de médicaments des cinq dernières années. Cela permet d’éviter les faux patients, trop nombreux, ainsi que ceux qui ont connu des épisodes psychotiques.

« Sur les 700 patients que j’ai rencontrés depuis que je suis ici, j’estime que pour près de 50 %, le cannabis est un succès et élimine leurs symptômes. Pour 40 %, le succès est partiel », et pour les 10 % restants, l’échec du traitement est plus souvent lié à l’âge ou à l’impossibilité d’utiliser un vaporisateur. En cas de crise, l’huile de cannabis sera inefficace car elle nécessite environ deux heures avant d’agir. Le Dr Vigano travaille comme anesthésiste dans un grand hôpital de Montréal tout en s’impliquant auprès des patients en fin de vie. « Le cannabis n’est pas un produit magique. C’est une substance complexe qui doit être abordée avec une approche holistique : on ne doit pas juste répondre aux symptômes, mais travailler en partenariat avec le patient. Malheureusement, le personnel médical manque de formation et de connaissances sur le sujet, c’est pourquoi je compte ouvrir bientôt une clinique similaire dans un hôpital universitaire », ajoute-t-il.

Conseillers en cannabinoïdes

En attendant, à la clinique de la rue Amherst, il peut compter sur l’aide de Mathieu Paquin, conseiller en cannabinoïdes. Ce dernier connaît bien les produits sur le marché et compte aussi sur une expérience de quinze ans dans le domaine de la réhabilitation des toxicomanes et plutôt de la réduction des méfaits. Lors de séances d’une durée de trente minutes, Matthieu évalue les besoins du patient en fonction de son historique de consommation. « Il y a des gens qui arrivent à la clinique avec l’autorisation gouvernementale pour faire pousser leur propre cannabis, mais qui ne savent pas comment consommer de façon sécurisée », raconte-t-il en citant l’exemple de jeunes qui se fabriquent des concentrés de cannabis à des taux de 80 % de THC, ou d’autres s’approvisionnant dans la rue. « Ceux-là, il faut leur rappeler les risques de dépendance psychologique et éviter qu’ils tombent dans un modèle de surconsommation qui s’éloigne des objectifs du cannabis thérapeutique. Avec d’autres, il s’agira plutôt de trouver les produits aux bons dosage de THC et de CBD, ou de leur apprendre à utiliser les huiles ou les vaporisateurs de façon optimale », ajoute-t-il. Face à cette manne, toutes les cliniques ne sont pas aussi sérieuses. Une enquête du Journal de Montréal comment il avait été facile de se faire prescrire 4 g de cannabis thérapeutique par jour pendant 12 mois, après seulement 4 minutes d’entrevue sur Skype avec un médecin de l’ouest du Canada, et en invoquant uniquement le stress.

Épilogue

Présenté au printemps dernier, le projet de loi sur la légalisation du cannabis récréatif devrait entrer en vigueur en juillet prochain. Si l’expérience du Colorado se confirme au Canada, le pays comptera 15 % de fumeurs de cannabis et le marché du cannabis récréatif représentera plus de 60 % du chiffre d’affaires de l’industrie.

MATHIAS MARCHAL

Légalise émois

Pays-Bas, République tchèque, Croatie, Allemagne, Suisse, Tchèquie, Finlande, Italie… On ne compte plus les pays européens ayant légalisé l’usage du cannabis pour se soigner. De l’Australie au Canada, de la Jamaïque au Brésil, du Chili à l’Argentine, de la Nouvelle-Zélande à la Colombie, ou du Mexique à Porto Rico, en passant par Israël ou 23 États américains, tous ont compris que le cannabis pouvait améliorer la santé. Dans le microcosme franco-français, aucun candidat à la dernière présidentielle ne s’est pourtant penché sur le potentiel médical des cannabinoïdes. Retour sur ce débat en herbe…

Droite : l’exception qui confirme la règle

Est-ce l’enquête d’octobre 2016 rapportant qu’une majorité de Français (52 %) souhaite que la question du cannabis soit abordée lors de la présidentielle qui décide Nathalie Kosciusko-Morizet, seule femme à se présenter à la primaire de droite, à se prononcer pour sa dépénalisation ? Elle se distingue en tout cas de ses collègues, toujours prompts à dégainer des inepties. À titre d’exemple, Jean-François Copé en avril 2016 : « On a bien en tête les ravages du cannabis sur la santé physique psychologique psychique de nos jeunes. » Chez LR, ça balance dur dès qu’on évoque « les ravages de la drogue ». Accusé de suivre NKM, Bruno Lemaire période ante-macronienne se dépêche de préciser que lui est pour le maintien de l’interdit d’un « cannabis de plus en plus addictif ». Nicolas Sarkozy, à qui l’on demande s’il est « plutôt Ricard ou plutôt pétard », répond de manière fort énigmatique : « Je n’ai jamais fumé un pétard de ma vie, ce n’est pas du tout que je suis contre. » Jean- Frédéric Poisson, lui, pense que le cannabis est « beaucoup plus dangereux pour l’activité cérébrale » que naguère. Aussi est-il partisan de renforcer la loi, contre « les promoteurs de sa consommation »… Asud, si tu nous entends !!!

Le vainqueur de la primaire, François Fillon, escroc malgré lui et fervent catholique, est évidemment contre toute évolution législative déclarant que face « à un fléau comme celui-là, il n’y a pas de bonne solution ». Et il prend en exemple les Pays-Bas où la tolérance envers le cannabis n’a pas permis de diminuer sa consommation, ce qui, les chiffres en attestent, est un mensonge éhonté… Mais en plein Penelopegate, who cares ?

À droite de la droite, Marine Le Pen s’est exprimée par l’intermédiaire de son directeur de campagne, David Rachline, sur l’éventualité d’une dépénalisation : « C’est complètement délirant, Il faut au contraire lutter de toutes nos forces contre les trafiquants et la drogue »… Marine Le Pen qui, et il est bon de le rappeler, qualifiait de « dramatique sur le plan moral, politique et sanitaire » l’implantation de salles de consommation à moindres risques. Quant à son vassal Dupont-Aignan, il fustige Kosciusko- Morizet et Hamon sur leur prise de position respective : « C’est une hérésie, il y a un mal, eh bien couchons-nous devant, ce sont des collabos. » Il y a parfois un vocabulaire que certains mouvements politiques devraient éviter d’utiliser.

Écologistes : carton plein

Autre primaire et autre ton, celle d’un parti aujourd’hui marginal : Europe Écologie les Verts qui fait carton plein. Une fois n’est pas coutume, les candidats, au nombre de quatre, sont favorables à une légalisation contrôlée du cannabis. Une position qu’ils défendent depuis la création du Collectif pour l’abrogation de la loi de 1970 (CAL 1970) il y a vingt ans et, il faut le souligner, qu’ils ont toujours maintenue malgré de forts remous internes.

Gauche : on est pour parce qu’on est contre

Quand la question vient à être posée aux sept candidats à la primaire de la gauche, un seul parmi les socialistes « pur jus » estime comme 84 % des Français que la loi de 1970 est bancale. Même chez les partisans d’un changement légal, on sent toujours le poids d’une condamnation morale de la consommation vue comme un préalable nécessaire à toute remise en cause du dogme prohibitionniste.

Le plus à l’aise sur la question est Benoît Hamon, le gagnant de la primaire. Mais même lui prend bien soin de préciser qu’il n’a jamais tiré sur un pétard parce que « ça peut être dangereux » (sic). S’il veut légaliser (et non de dépénaliser), c’est pour en finir avec le marché noir, une « vraie gangrène ». Et avec les 535 millions d’euros aujourd’hui consacrés à la répression, il mènera « une vraie politique de prévention sur les risques du cannabis ». Autre argument : légaliser garantirait la qualité des produits et éviterait aux consommateurs de fréquenter des dealers toujours rapides à vous fourguer des drogues beaucoup plus addictives que le cannabis, car en plus des dangers de la drogue, il y a les méchants dealers.

À l’opposé, Manuel Valls, qui n’a jamais caché son aversion pour les partisans de la légalisation, tient des propos confus : « Si vous légalisez le cannabis, vous aurez de toute façon un cannabis plus dur, coupé autrement, qui alimentera d’autres trafics. » Vincent Peillon, quant à lui, ne se mouille pas, même s’il reconnaît « que le débat mérite d’être ouvert », et Montebourg y est franchement hostile.

Constatant que le trafic génère de l’insécurité, Sylvia Pinel, du Parti radical de gauche, veut confier aux pharmaciens le soin de délivrer « une telle substance » et dans le même temps de « dispenser des conseils », une aberration. Élevé chez les Verts, François de Rugy penche, lui, pour la vente « sur le modèle des débits de tabac ». Quant au trublion de la primaire Jean-Luc Bennahmias, longtemps secrétaire national des Verts (1997-2001) et soutien du Circ lorsque la justice lui cherchait des noises, il souligne l’échec de la répression et s’en est prend aux « discours hypocrites et à une diabolisation simpliste » de la majorité de la classe politique. Merci Jean-Luc !

Insoumis : bienvenue au Cannabistrot

Autre candidat à la présidence : Jean- Luc Mélenchon. De retour d’un voyage au Canada, le candidat de la France insoumise rapporte dans ses bagages une déclaration de la ministre canadienne de la Santé : « Nous allons introduire une législation pour empêcher la marijuana de tomber entre les mains des enfants, et les profits de tomber entre les mains des criminels. » Le cannabis, ce n’est pas sa culture et dans le clip publié sur son blog, elle répète qu’il faut légaliser pour que l’on puisse faire campagne contre le cannabis. Toujours cet argument contre intuitif, qui semble plaire à tant de politiques tenaillés par la crainte d’apparaître « partisan de la drogue », voire drogué eux-mêmes. Il reconnaît être mal à l’aise sur le sujet et s’en remet à la sagacité des militants de la France insoumise qui, dans L’Avenir en commun, propose « de légaliser et encadrer la consommation, la production et la vente de cannabis, accompagné d’un contrôle de la qualité des produits ».

En marche ! : contravention + prison ?

Dans son livre-programme, notre nouveau président écrit : « Je plaide pour une dépénalisation de la détention en petite quantité du cannabis afin de désengorger les tribunaux. » Ça, c’était avant ! Aujourd’hui, il propose par la bouche du ministre de l’Intérieur de « contraventionaliser » la possession de cannabis. Au-delà de la validité du néologisme, le tout est de savoir s’il s’agit de véritablement décriminaliser en remettant tout à plat dans une nouvelle loi ou de racketter les consommateurs en généralisant les amendes (100 € ?) sans réformer la loi de 1970. Tout tourne en fait autour du fameux article L. 3421-1 du code de la santé publique (l’ancien L. 627), qui rend passible de 1 350 € d’amende et d’un an de prison quiconque consomme la substance incriminée, en l’occurrence le cannabis. Tant que cet article ne sera pas abrogé, le reste ne sera que littérature. Pour notre président, la punition doit s’appliquer à tous les délits, « du vol à l’étalage à l’usage de stupéfiants ». Ça ne vous rappelle rien ? Mais oui, la politique de « tolérance zéro » chère à tous les prohibitionnistes patentés qui, de Ronald Reagan à Nicolas Sarkozy, ont tellement oeuvré pour transformer la lutte contre la drogue en outil de contrôle des minorités ethniques. Un compagnonnage qui ne semble pas très République en marche… et en même temps ??!!!

JEAN-PIERRE GALLAND

L’ordre des pharmaciens d’ Île-de-France se bouge…

En 2007, l’Ordre national des pharmaciens avait obligeamment relayé auprès de ses adhérents un appel à respecter l’obligation de délivrance des traitements de substitution aux opiacés (TSO) grossièrement bafouée par plus de 3 pharmacies sur 41. Depuis, plus rien, malgré une situation qui n’a cessé de se dégrader, au point que certains Csapa se sont vus contraints de faire appel à Asud pour trouver des officines « usagers de drogues compatibles ». Grâce à une campagne de presse et quelques démarches auprès de la mairie d’arrondissement, Asud et le groupe SOS ont réussi à convaincre l’ordre des pharmaciens d’Île-de-France de renouveler une démarche pédagogique en direction de ses ouailles, parfois un peu oublieuses des devoirs qui incombent au statut de professionnels de la santé. Nous publions ici ce courrier in extenso, dans l’espoir qu’il serve de modèle à d’autres organisations ordinales régionales.

Mes chers confrères,

Le Conseil régional de l’Ordre a été informé par le Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) 110, Les Halles et l’association de patients de l’addictologie ASUD (Auto-Support des Usagers de Drogues) que certaines officines de notre région refuseraient de dispenser des médicaments de substitutions aux opiacés aux personnes utilisatrices de TSO.

Cette situation n’est pas satisfaisante et ne saurait perdurer, et ce, d’autant moins que les risques sanitaires liés à leur addiction sont aggravés par le refus de délivrance surtout lorsqu’il s’agit de personnes en situation de précarité. S’il est concevable que ce type de traitement peut parfois poser des problèmes tant pratiques (ordonnances mal rédigées, non sécurisées, falsifiées…) que de gestion humaine (nombre trop important de patients dirigés vers la même officine, individus agressifs…), ceux-ci ne peuvent justifier de refuser cette patientèle.

Est-il besoin de rappeler qu’en tant qu’acteurs de santé publique, nous, pharmaciens, avons, non seulement le devoir de faire preuve du même dévouement envers toutes les personnes qui ont recours à notre art mais aussi de contribuer à la lutte contre la toxicomanie, notamment en participant aux actions de soin et de prévention visant à limiter les dangers liés à l’usage de psychotropes ?

Il convient de souligner que le Code de la Santé publique, en ses articles R. 4235-2 et 61 n’ouvre le refus de dispenser un médicament qu’aux seuls cas où « l’intérêt de la santé du patient lui paraît l’exiger » ou de soupçon de « trafic », à condition d’avertir le prescripteur et d’inscrire le refus sur l’ordonnance. Ainsi, lorsqu’ils présentent des ordonnances en bonne et due forme, respectant les règles et bonnes pratiques, ces patients inclus dans un parcours de soins doivent être accueillis et traités comme tous les autres patients. De même, ils bénéficient d’une dispense de frais, s’ils présentent les pièces justificatives.

Sachez que les refus injustifiés alimentent chez ces patients un sentiment de profonde injustice en même temps qu’ils portent atteinte à l’image de notre profession. Fort heureusement, au quotidien, une large majorité de confrères font honneur à notre serment. Les autres doivent savoir que nos instances, sont particulièrement attentives au respect de nos règles déontologiques et n’hésitent pas à les faire appliquer, le cas échéant.

Afin de vous épauler, vous trouverez ci-joint des liens vers des informations utiles :

– Meddispar : Substances vénéneuses – Médicaments stupéfiants et assimilés – Conditions de prescription et Conditions de délivrance ;
– Précis de réglementation applicable à l’officine – eQo 2016, publié par l’ARS (pp. 57 à 62) ;

– Bonnes pratiques de dispensation : Arrêté du 28 novembre 2016 relatif aux bonnes pratiques de dispensation des médicaments dans les pharmacies d’officine.

Les CSAPA et les médecins généralistes se sont engagés être attentifs à la qualité de leurs ordonnances et à informer davantage leurs usagers des modalités de dispensation. De plus, l’association ASUD s’est engagée à répondre à vos demandes d’informations. En cas de besoin, n’hésitez pas à contacter :

– le CSAPA : 110leshalles@groupe-sos.org
– l’association de patients ASUD : contact@asud.org
– le CROP : cr_paris@ordre.pharmacien.fr

Recevez, mes chers Confrères, mes meilleures salutations.

Le Président Martial FRAYSSE

1. Voir Asud-Journal n°34.

Comme une pierre qui roule ( like in a Rolling Stone)

Depuis plus de dix ans, Asud dénonce le scandale de la non-délivrance de traitement de substitution dans les pharmacies en faisant des enquêtes, en multipliant les tribunes (Libération du 27 décembre 2015) (1) et en émettant des protestations auprès de l’ordre des pharmaciens et des pouvoirs publics. D’aucuns prétendent que nous avons une perception à la fois paranoïaque et parisiano centrée du problème… Justement, Marc Dufaud, habituellement connu de nos lecteurs par son « A-Kroniks », est parti à Bordeaux, capitale du bon vin, sans avoir renouvelé sa provision de buprénorphine… Qui a dit que la délivrance de TSO ne posait pas de problèmes ?

Une phrase de Dylan m’est revenue : non, ce n’est pas Everybody must get stoned, mais « comment ça fait d’être là seul comme le plus parfait inconnu comme une pierre qui roule ? » (Like a Rolling Stone !!!!). Oh, n’allez pas pour autant vous imaginer que je me sois perdu en terre lointaine et hostile – Cette sentence-là m’est venue à… Bordeaux, Gironde.

Mais reprenons depuis le début… Quelques jours plus tôt, j’embarquais à bord d’un TGV gare Montparnasse pour un séjour improvisé d’une semaine. Si bien improvisé qu’à la descente (c’est de circonstance), je constatais dépité avoir, dans ma précipitation, oublié de renouveler mon ordonnance de médicament de substitution aux opiacés (MSO)… Autrement dit, mon « Sub » délivré pour 28 jours.

J’ai beau compter et recompter mes tablettes de Subutex® : rien à faire, même en restreignant ma consommation, ce sera trop juste. De prime abord, ça ne m’inquiète pas plus que ça. J’ai sur moi une ou deux ordonnances récentes – les contrôles de police m’ont appris ce genre de prévoyance qui épargne de déplaisants séjours au dépôt. Il suffira de passer dans une pharmacie me faire avancer une boîte ou même quelques comprimés afin de ne pas être malade. Au pire des cas, je pourrais proposer un appel ou un mail de mon toubib confirmant que je suis bien sous traitement et on conviendra ensuite d’une régularisation en bonne et due forme (2).

J’allais vite comprendre que ce plan relevait du chemin de croix… vertes clignotantes !

Cour de la Marne, Bordeaux : je pénètre dans la première officine venue. La pharmacienne, baguenaudant, non dans les pâturages mais dans les rayonnages pour une mise en place de produits de parapharmacie très rémunérateurs, a un mouvement de recul dès mon entrée. Retour vers le futur 10-15 ans en arrière ! « Ah, mais ça n’est pas possible sans ordonnance, me débite sans reprendre son souffle la quadragénaire, aussi saure qu’un hareng, d’une voix presque robotique, nous fermons pour l’heure du déjeuner je vous prierais donc de bien vouloir sortir, merci monsieur, au revoir. » J’échoue blanc !

Pas découragé, je file place Saint-Michel et là, je propose d’emblée un mail de mon médecin : « Désolé, nous n’avons pas d’Internet en ce moment… Je vous assure depuis deux jours on n’a pas de connexion. »… Ça interloque un peu, mais partant du principe que les gens n’ont pas de raison de mentir sans bonne raison justement, je veux bien les croire… les gens.

La pharmacie suivante me ressert le « Sans ordonnance, ce n’est pas possible. »
« Comment je fais ? », me rebelle-je mollement.
« Vous n’avez qu’à aller aux Capucins », me suggère le pharmacien, l’air de rien. Les
Capucins, c’est le coin « mal famé » de la ville, celui des tox et de la vente de rue. Cocasse ! Tenace, des bords de Gironde à l’avenue Victor Hugo en passant par les abords de la gare, j’étrenne à peu près toutes les officines locales, asiatiques, bourgeoises et même la pharmacie « pionnière » de la ville en termes de substitution. « On a été la première à Bordeaux à délivrer du subutex® », me renseigne la laborantine pas peu fière. Un court instant, je me sens sinon compris du moins entendu, mais même les pionniers… :

Sans ordonnance, non vraiment, blah blah

De guerre lasse, j’appelle mon toubib. Le répondeur m’informe que le cabinet est fermé exceptionnellement pour 10 jours. Il n’y a plus à tergiverser, autant consulter un médecin dans ma ville « d’accueil » et établir une prescription en bonne et due forme.

Je plonge donc chez le généraliste que m’a indiqué à rebrousse-poil la pharmacienne d’un centre commercial : situé au rez-de-chaussée, le cabinet donne sur la
rue. La porte ouverte à cause de la chaleur laisse voir la salle d’attente où patientent une dizaine de patients. Je m’apprête à me joindre à eux quand mon regard est attiré par une série de consignes placardées en A4 sur la porte à l’extérieur : les deux premières représentent l’une un chien, l’autre une cigarette, toutes deux barrées d’un panneau d’interdiction, la troisième liste les produits qui ne sont pas délivrés ici « Rohypnol®, Ritaline®, Subutex® ».

Récapitulons : l’endroit est interdit aux chiens, aux fumeurs et aux tox ! Ça a le mérite d’être clair et ça ne date pas d’hier quand on sait que le Rohypnol® est interdit depuis des années.

Il est 19 heures, j’en ai ma claque… Demain est un autre jour.

Le lendemain, je finis par décrocher – si, si ! – une consultation dans un cabinet du côté des Capucins. La femme médecin, d’abord suspicieuse, pour ne pas dire rétive, se déride à la lecture de mon historique qu’elle décrypte en introduisant ma carte Vitale dans son lecteur directement branché sur la Sécu. Elle me délivre ma prescription et joint par téléphone la pharmacienne du centre commercial pour lui indiquer ma venue imminente. Se souvenant de mon passage la veille, la patronne n’est pas très encline à délivrer sur 28 jours. « Il est de Paris, je préférerais sur 10 jours », assène-t-elle. Là, je refuse tout net. Mon médecin absent, j’exige une prescription mensuelle. Ce que j’obtiens en dépit de quelques grincements de dents.

Finalement, après trois journées de déambulations dans cette charmante et typique bourgade d’Aquitaine dont on nous vante le réveil, la percée culturelle et même l’avant-gardisme, tout rentre dans l’ordre.

Découvrir Bordeaux en pérégrinant de pharmacies en pharmacies, c’est une façon originale, voire avant-gardiste, de faire du tourisme, non ?

MARC DUFAUD

1. http://www.liberation.fr/france/2015/12/27/substitution-aux-opiaces-vingt-ans-dhypocrisie_1423123

2. Voir le Manuel des droits des usages de TSO sur asud.org

L’ayahuasca : La plante qui nous parle

L’ayahuasca (appelée aussi natem ou yagé), la plante des morts en langue quechua, a la réputation de « parler » à ceux qui la consomment, de s’adresser à eux, ou de faire parler en eux quelque chose qu’ils ignorent. Elle nous ramène aux expériences psychédéliques des années 60 et 70, à l’idée que les drogues, avant d’être des addictions, sont des voyages intérieurs puissants, capables de nous transformer et de nous faire « triper ».

L’ayahuasca doit son succès à l’intérêt qu’elle suscite dans la sphère new-age pour ses perspectives de développement personnel. Elle renoue ainsi avec une définition expérimentale et initiatique des psychotropes, une définition des drogues datée, mais moins dysphorique que celle placée sous le signe de la dépendance. Cette promesse, qui fondait naguère toute une part de l’intérêt pour ces voyages intérieurs, portée par les Baudelaire, les de Quincey, les Timothy Leary et autres Aldous Huxley, a été largement remplacée par l’enjeu du plaisir, de la performance, de la fête ou par les différentes figures plus sombres de la « conso » et de l’addiction.

La plante des chamans

Et voilà que du fond de la forêt vierge, et d’un monde historique précolombien, resurgit une expérience psychédélique et presque sacrée qui nous ramène à une forme de pureté originelle, quasi rousseauiste. L’ayahuasca, la plante des chamans du bassin amazonien, nous offre une plongée imaginaire aux racines de l’humanité, avec une promesse d’accord écologique avec la création (1). Elle nous connecte avec ces peuples premiers, amérindiens, qui représentent encore
une sorte d’état de nature pour l’Occident. Cette plante de la forêt, utilisée par les Indiens Shipibos ou Jivaros par exemple, ne porte pas un nom savant et compliqué de chimiste (N,N-diméthyltryptamine), mais renvoie à un sacré magique qui nous fascine. Elle peut se concevoir comme une pratique aux racines de l’humanité d’autant qu’elle témoigne d’un rapport à la nature non-cartésien et loin des formes occidentales de la pensée, fondées comme on le sait sur une stricte distinction entre nature et culture. La plante sacrée est réputée créer un lien avec les entités naturelles, les animaux, considérés comme des personnes, mais aussi les esprits et les morts, la plante elle-même étant douée d’une identité propre et donc capable d’« enseigner » celui qui la consomme. Elle renoue donc avec l’animisme (les hommes ne sont plus les seuls à avoir une âme ou un esprit) comme avec une vocation thérapeutique liée à une dimension enthéogène spécifique, de par sa dimension divinatoire et sa capacité à établir des liens à avec d’autres mondes, ceux des esprits et des morts (2). Elle renvoie aussi aux racines phylogénétiques de l’humanité comme à ces premières expériences psychotropes vieilles comme les hommes et leurs croyances (3). Il est notable d’ailleurs de constater que cet imaginaire animalier est bien présent dans les récits qui sont faits, y compris par les psychonautes occidentaux, de ces expériences, peuplés qu’ils sont de jaguars, de serpents, d’oiseaux de proie et d’insectes, mais aussi de vierges de la forêt et de vieux sages comme de nos morts ordinaires, comme si des invariants anthropologiques perduraient au-delà de la variété des expériences et du poids évident des formes d’auto-influence.

Une expérience occidentale

Ces usages anciens existent aujourd’hui sous plusieurs formes. Sous une forme explicitement religieuse avec des cultes syncrétiques, qui associent autour de la plante (en réalité une décoction de plusieurs plantes différentes qui se potentialisent et permettent la fixation du principe actif sur les neurotransmetteurs) un culte chrétien et une relecture du chamanisme, à travers des cérémonies qui mêlent chants, danses et consommation eucharistique du Saint Don (Santo Daime). Ces cultes, qui associent la culture religieuse issue du monde hispanique sud-américain, celle des tribus amazoniennes et celles des esclaves marrons, fleurissent en Amérique du Sud, au Brésil en particulier. Exportés en Europe ou aux USA, ils renouent avec un usage collectif, sacralisé, ritualisé d’une drogue et se définissent comme des religions, ce qui juridiquement autorise au demeurant ces pratiques dans certains endroits comme en Hollande. La drogue n’est plus au service du plaisir, de la performance ou de l’expérience des limites, mais considérée comme une voie d’accès à soi, au spirituel et comme ciment, communion au sein d’un groupe. Par ailleurs, la très forte attractivité imaginaire de cette expérience a conduit au développement d’un néo-chamanisme local (bassin amazonien péruvien) et exportable qui voit des Américains ou des Européens tenter de revivre les expériences extatiques sous la gouverne, ou l’influence de chamans et de guérisseurs sud-américains d’origine hispanique, ayant eux-mêmes un rapport second avec ces pratiques, orientées vers la guérison. Cette mode conduit bien sûr à travestir ce qui la fonde et à bafouer, ici ou là, la quête d’authenticité qui la motive, dès lors que pouvoir et argent s’en mêlent.

Lutter contre les addictions ?

Depuis Lévi-Strauss, nous savons que les tropiques sont tristes, et qu’il nous faut savoir dire adieu aux voyages comme aux sauvages. Mais la tentation de se ressourcer ne faiblit pas, surtout quand elle prend la forme d’une expérience psychique bercée par les Icaros, ces chants anciens qui l’accompagnent toute la nuit. Cette rencontre entre civilisations, à travers l’usage d’un pharmakon, salvateur et sans doute à risques, est néanmoins passionnante, tant on voit comme chaque culture va tirer à elle l’usage du psychotrope : le chamanisme originel, guérisseur et guerrier (4), la tradition des guérisseurs d’origine hispanique qui en font une forme de purge, accessible que sous une forme revisitée et marchandisée, la religion syncrétique du Santo Daime, la quête de soi et de spiritualité individuelle, voire, paradoxe suprême, la lutte contre ses propres addictions, toutes occidentales (5),
sont les différentes formes que prend aujourd’hui ce que William Burroughs à la fin de Junky appelle le yagé. Les livres de Carlos Castaneda sur les Indiens Yaquis (6) et leur chamanisme avaient déjà suscité la même fascination, tout comme le même cortège de doutes, d’inquiétudes et de remises en cause. Mais ce qui paraît notable dans ces pratiques, c’est qu’elles déplacent nos conceptions et nos rapports avec les psychotropes en (re)mettant en avant un usage collectif et ritualisé en contradiction avec la dimension très individualiste qu’a prise l’usage des drogues.

Une fois bien comprises les précautions élémentaires relatives aux compétences réelles des chamans à accompagner ces voyages, aux risques psychiques qu’il y a à les effectuer, voire aux dérives sectaires éventuelles auxquelles ils peuvent donner lieu, il faut comprendre le caractère révolutionnaire de ces pratiques. Elles n’opposent pas l’usage et le non-usage ni le sujet au monde, mais les articulent explicitement. Les Indiens de la forêt ne construisent pas l’expérience de la liane comme l’envers de leur vie, mais la lient au contraire étroitement à son cours ordinaire, puisque pour eux ces deux mondes n’en font qu’un, rompant avec la conception occidentale de distinction absolue entre les choses et l’esprit, pour renouer les fils du matériel et de l’immatériel.

JEAN-MAXENCE GRANIER

1.Voir le film Avatar (James Cameron, 2009) qui s’inspire de cet imaginaire en mettant en scène des tribus extra-terrestres, les Na’vis, proches des formes de vie amazoniennes, toutes reliées à leur planète (Pandora) et à l’ensemble des animaux qui la peuplent via un « arbre des âmes » qui rappelle fortement la liane des morts.
2.Voir le documentaire de Yan Kounen D’autres mondes, 2004, qui enquête sur les Indiens Shipibos et la plante sacrée.
3. Voir dans cette veine le controversé (Le) serpent cosmique : L’ADN et les origines du savoir, Georg Editeur, 1997.

4. Voir le livre de Philippe Descola sur les Achuars, Les lances du crépuscule Relations Jivaros Haute Amazonie, Paris Plon,
1994, collection Terre Humaine.
5. Il existe ainsi un centre au Pérou, le centre Takiwasi, qui s’appuie sur l’ayahuasca pour lutter contre l’addiction.
6. Voir par exemple L’Herbe du diable et la Petite Fumée, 1968 ou Le Voyage à Ixtlan,
1972.

 

 

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