Remerciements

A l’occasion du premier numéro de notre journal, c’est tout le groupe ASUD qui se joint à notre équipe pour remercier de leur écoute attentive à nos préoccupations MM Fromiont et Dorléans, de la Ville de Paris, ainsi que Mme Christine Ortmans de l’AFLS, Maitre Charles-Henri De Choiseul-Praslin, notre conseiller juridique, le Dr Annie Mino, médecin-chef de la division pour toxico-dépendants de Genève, Mme Colette Aubourg, ainsi que tous ceux qui nous ont aidé à constituer le Groupe et à sortir le journal ASUD.

Parmi eux, nous tenons à remercier tout particulièrement les laboratoires Delagrange pour leur aide financière sans laquelle ce premier numéro n’aurait jamais vu le jour.

Un grand merci également à tout les membres de l’équipe de l’association APARTS. C’est en effet grâce à leur confiance et à leur généreuse hospitalité que le groupe ASUD peut aujourd’hui sortir ce numéro 1 de son journal.

Le Rohypnol, c’est quoi ?

Vous connaissez l’expression « être en roche » ? Non ? Eh bien observez la salle d’attente d’un centre de soins pour toxicomanes ou les alentours d’une gare, vous aurez de nombreux exemples de personnes en proie à la « rochitude ». Les symptômes sont les suivants: piquage du nez grave, propos incohérents mais prononcés avec une certaine véhémence, esprit de contradiction systématique pouvant déboucher sur le projet d’imposer physiquement son point de vue…Bref si vous avez quitté le gentil Dr Jekill le matin et que vous retrouvez cette crapule de Hyde le soir, il peut s’agir du double effet « Rohipnol », une molécule appartenant à la famille des benzodiazépines, prescrite comme tranquillisant et commercialisée par le laboratoire Roche.

L’histoire, on la connaît, elle est maintenant classique. Les tranquilisants et autres antidépresseurs ont été massivement prescrits aux usagers comme « médicaments de sevrage » dans les années 70, 80. Depuis longtemps, ils sont également consommés par certains en vue de potentialiser les effets de la sustitution et de l’alcool ou tout simplement pour la « défonce » qu’ils procurent. Cette quête a débouché sur l’organisation d’un marché noir ayant toutes les apparences du deal de rue. Accusé par les anglosaxons d’être une « rape drug », une drogue utilisé par les violeurs, le Rohipnol avait déjà été condamné à devenir bleu. L’idée était de prévenir les victimes en utilisant un colorant susceptible de teinter nimporte quelle boisson servie dans de noirs desseins. Comme le nombre de viols n’a pas chuté de manière drastique on s’est plutôt inquiété de la proléfération de langues bleues appartenant à des consommateurs on ne peut plus consentants. Face à de tels phénomènes les autorités réagissent d’habitude par la répression (souvenez-vous de l’ Iménoctal, les bon vieux « counous » supprimés en 1996), mais il semble que cette logique ait trouvé enfin ses limites. Le 19 octobre 2000, le Rohypnol est passé en jugement à la commission des stupéfiants, et l’interdiction n’a pas été prononcée.

Les benzodiazépines sont une famille nombreuse comprenant également le Tranxène ou le Lexomil. L’hypothèse d’un report sur l’un ou/et l’autre en cas de retrait est donc vraisemblable. Par ailleurs il a semblé abusif de croire qu’une molécule, même détournée, puisse être considérée comme responsable de son « mésusage ». L’explication est simple, consommer du rohypnol, ça aide. Ca aide à traverser un quotidien pas très rose sans trop remarquer le décors.
Là où il faut être vigilant c’est plutôt sur l’information destinée à ce type de consommation. Inutile d’indiquer la perte de conscience comme effet indésirable c’est justement celui qui est apprécié. Mais attention, « tirer le rideau » d’accord, mais pas trop car il y a risque de mort. D’abord le rohypnol potentialise l’effet des opiacés. Un petit shoot lorsque vous êtes déjà « cassé »peut vous conduire direct à l’hôpital . Ensuite, passer un certain seuil, la défonce aux « benzos » est un danger permanent. Vous pouvez passez sous un train, voler une voiture, tomber du 4e, et si vous êtes toujours vivant ne plus vous souvenir de quoi que ce soit. Nombre d’imprudents, maudissent le jour où ils ont « dépassé la dose prescrite », pour se réveiller au dépôt, puis en zonzon, le corps tuméfiés ou baignant dans leurs propres excréments. Eh oui ! La défonce aux benzos c’est pas vraiment fleur bleue. Ajoutons que ces substances sont fortement addictives et que la décroche s’accompagne fréquemment de crises épileptiques.

Toutes ces mises en garde ne signifient pas grand chose pour la plupart des consommateurs qui apprécient quotidiennement les effets du Rohypnol. Ce que nous tentons de faire passer comme message c’est surtout qu’il faut prendre en compte la réalité du « mésusage », non pas en le stigmatisant mais en donnant des infos objectives pour éviter de se retrouver aux urgences. La campagne anti-Rohypnol a tout de même débouché sur une restriction des conditions de prescription (14 jours) et de délivrance (7 jours) ainsi que le passage à l’ordonnance sécurisée (comme pour le subutex). Selon nous, ce type de mesure ne sert qu’à rassurer une partie du secteur médical désemparé face aux « pétages de plombs » de leurs patients substitués. Réduire les risques : la logique de cette proposition a toujours du mal à s’imposer face aux vieux réflexes répressifs.

La salvia divinorum, c’est quoi ?

Depuis les années 70 une nouvelle discipline scientifique fait beaucoup parler d’elle: il s’agit de « l’ethnobotanique ». Ne cherchez pas dans votre dictionnaire, ce mot n’y figure même pas! Grossièrement on peut dire que l’ethnobotanique est l’ étude de l’homme par rapport aux plantes psychotropes. Les pionniers les plus célèbres en sont les Pr Roger Heim et Wasson pour leurs études sur les champignons, le Pr Albert Hoffman (le LSD et la psilocybine c’était déjà lui) et le Prof Shultès qui ont écrit ensemble ce que certains considèrent comme l’ouvrage fondateur de l’ethnobotanique, Les Plantes des Dieux (Ed du Lezard). Ajoutons pour être complet le Dr Heffter réputé pour ses études sur le peyotl et plus récemment Christian Rätsch auteur d’une formidable encyclopédie des plantes psychoactives (disponible en langue allemande ou anglaise seulement).

Parmi ces nouvelles vieilles “plantes à drogue” , il y’en a une qui s’est imposée particulièrement dans le petit monde des fumeurs de cannabis et autres psychonautes : la Salvia Divinorum ou Sauge des Devins . Légale et relativement facile à acquérir (parfois vendu comme encens), la Salvia a fait son trou dans la gamme des drogues psychédéliques.

A l’origine cette plante ne pousse que dans la région de l’Oaxacan au sud du Mexique. Selon les botanistes elle est devenue mystérieusement stérile il y’ a plus d’un millier d’années. Elle ne survit (survivait) donc que du fait de l’homme, par bouturage. Mais, tout aussi mystérieusement, certains spécimens cultivés sur Hawaï se remettent aujourd’hui à produire des graines….

Il y a déjà bien longtemps son usage faisait partie des rites religieux des shamans mazatèques leur offrant des visions donnant le pouvoir de guérir. En 1962 les Prof Albert Hoffman et Wasson découvrirent à l’occasion d’une expédition au Mexique la salvia divinorum et assistèrent à des rituels de guérisons avec la salvia. Ils en ramèneront quelques boutures dont sont encore issus la plupart des plantes cultivées dans le monde occidental.

La Salvia divinorum est une plante vivace qui peut mesurer jusqu’à 1.5 m, ses feuilles sont ovales et légèrement dentelées. Elle est la seule variété de sauge à avoir des propriétés psychoactives. Quand la plante atteint à peu près 50 cm, des fleurs blanches apparaissent, qui deviennent bleues quand la plante prend de l’âge. Aujourd’hui, grâce au bouturage la plante s’est diffusée bien au delà du Mexique. Il est possible de la cultiver sous nos latitudes, mais en pot pour leur faire passer l’hiver au chaud. La plante est parait-il très facile à entretenir et décorera bien votre intérieur (en attendant de s’occuper de vos neurones). Une courte recherche sur le net vous fera trouver sans aucun doute soit des boutures soit des plants déjà enracinés pour une vingtaine d’euros.

La salvia peut se consommer de différentes façons: on peut en fumer les feuilles séchées ou fraîches (pour un trip plus progressif), on peut également mâcher aussi des feuilles fraîches mais il en faut bien plus (entre 15 et 20 feuilles contre 2 feuilles séchées en fumant). Et puis il y’a les fameux extraits (x5, x10, x15 et même x20). Cela signifie qu’ un gramme de x20 est égal à 20 grammes de saliva normale”. Mieux vaut ne pas se tromper dans les dosages…. Certains aiment à combiner les différents modes de conso: on commence par chiquer des feuilles fraîches, puis des séchées et les plus avertis (ou inconscients?) se finissent aux extraits. Un site propose désormais de l’extrait de salvia liquide à usagesublingual, redoutable parait-il… La vaporisation (technique différent des vaporiseurs pour cannabis) est peut-être la méthode la plus violente pour user de la salvia. et reste réservée aux utilisateurs expérimentés. La méthode la plus simple reste de fumer les feuilles ou de l’extrait en joint, cela permet aussi d’ajuster progressivement le niveau de défonce qui vous convient. Pour fumer la salvia il est préférable d’utiliser un briquet de type “chalumeau”, la salvia ayant besoin de fortes températures pour se consumer. Les personnes psychologiquement fragiles ne devraient jamais tenter cette expérience, les sensations de dissociations (entre autres) pouvant rapidement leur devenir insupportables Et puis surtout ne jamais conduire sous influence de la Salvia, c’est la gamelle quasi garantie.

Les effets

Bizarres, étrange sont souvent les premiers sentiments qu’une personne exprime après avoir fait une expérience à la salvia.
Mettons les choses au point tout de suite, la salvia n’est pas une drogue pour faire la teuf et n’est pas non plus une drogue “sociable” .Bien que cette plante ne soit ni toxique ni addictive et relativement sûre d’utilisation (pas d’overdose mortelle connue à ce jour) un trip à la salvia est un étrange et puissant voyage introspectif et comme avec n’importe quel hallucinogène il peut également se révéler très pénible (attention aux bad trips!). L’expérience se fait de préférence dans l’obscurité, voir le noir total (certains usagers se bandent les yeux) et assis car vous risquez de tomber durant le trip. Evitez de laisser traîner des objet pouvant blesser et assurez vous qu’une personne reste claire, ça peut servir ! Les effets ne durent guère plus d’une demi-heure, ce qui déjà est rassurant en cas de mauvais trip. L’idéal serait de faire cette expérience accompagné d’un usager expérimenté. Daniel Sielbert, grand spécialiste de la salvia (et du “kratom” une plante au potentiel étonnant – sorte de speedball végétal- dont on vous causera plus tard) définit lui la salvia comme étant un “enchantogène” plutôt qu’entheogène. Mais attention, cette description des effets fait l’impasse sur ce qui peut être ressenti en cas de mauvais trip… Dans l’entourage d’Asud certains on fait l’ expérience , morceaux choisis: une copine a carrément vu” Dieu en face” et a adoré cette initiation faite dans de parfaites conditions, lieu choisi, produits de qualité, avec des amis et un “guide” pour encadrer l’affaire. Un autre nous a raconté comment il s’est retrouvé “entre le mur et le papier peint”… Il y’a beaucoup de témoignage de dissociation genre je ne suis pas assis sur un lit je suis le lit ou “je vois un tableau vivant, c’est celui de ma vie , elle ne m’appartenait plus, j’en étais le spectateur”. Un autre nous explique qu’il a vu sa table en bois se liquéfier ainsi que son bang posé dessus: de la table coulait du bois liquide et du bang du verre liquide. Il peut arriver de plus pouvoir parler, impossible de sortir un son de sa bouche mais ça c’est moins rigolo. Personnellement j’ai fais l’expérience une fois, seul chez moi avec une dose assez faible. Ca n’a pas été agréable du tout: je me sentais écrasé sur mon lit sans pouvoir bouger, tout me semblait étrange, puis menaçant. Les arbres que je voyais de ma fenêtre semblaient se rapprocher, s’épaissir, formant une masse mouvante pas sympathique du tout. Heureusement l’effet est court mais je suis resté avec un sentiment de malaise les deux heures qui ont suivi.

La salvia est encore légale en France mais déjà prohibée en Australie et les USA cherchent un prétexte pour suivre, on peut donc facilement imaginer que la France suivra, la seule question, c’est quand? A savoir aussi que la salvinorine A est un agoniste des opiacés, ce qui par ailleurs intéresse beaucoup les chercheurs.

Il semble donc que cette plante n’a pas fini de nous surprendre… si vous décidez de tenter un trip à la Salvia, je vous recommande très vivement de lire “ le guide d’utilisation de la salvia divinorum” disponible gratuitement et en français sur www.sagewisdom.org un site extrêmement complet (usages, histoire, effets, témoignages, FAQ, culture, etc..) dédié à cette plante magique et si mystérieuse.

Ecstasy et réduction des risques

L’un des revers de la consommation d’ecstasy, c’est la dépression qui suit. Voici quelques trucs qu’Asud a testé pour vous afin d’atterrir en douceur.

L’ecstasy (MDMA, MDA….) perturbe, dans le système nerveux central, le mécanisme d’un neurotransmetteur :la sérotonine, qui joue un rôle important dans l’humeur, l’équilibre, le bien-être.
Après un «Taz» le cerveau manque de sérotonine, d’où la « sale descente », qui correspond à une réelle dépression. Si certains s’en accommodent, considérant que c’est le prix à payer, d’autres vivent des moments d’angoisse, avec parfois une décompensation psychique, une déprime, la panick attack. Des chercheurs ayant publié une étude sur l’ecstasy (1) prétendent que la fluoxetine, un principe actif du Prozac, qui influe d’une façon très sélective sur le système sérotoninergique, aurait un pouvoir protecteur pendant quelques heures si elle est consommée en même temps que le MDMA.
Dans une autre étude, Nicolas Saunders (2) affirme que le Prozac limite la dépression chez un tiers des gobeurs. Mais, en général, les consommateurs répugnent à en consommer.

A éviter

  • La consommation d’un acide en descente d’X perturbera encore plus la régénération cérébrale.
  • L’alcool : qui n’a pas connu une gueule de bois en descente d’acide ne connaît pas l’Enfer.
  • Les stimulants naturels comme l’éphedra ou ceux contenant de la caféine comme le guarana augmentent le malaise de la descente.
  • Les mélanges de dépresseurs du système nerveuxcentral (tranquillisants, alcool, opiacés…)entraînent une potentialisation croisée – produit multipliant les effets de l’autre – avec risque d’accident, d’overdose et de dépendance

Des trucs à savoir…

Les Anglais l’appellent la « Marmite ». C’est une variante du pot-au-feu.

Un grand bol après le trip et deux fois par jour ensuite. C’est naturel, pas cher et drôlement efficace. Ne riez pas ! La viande fibreuse contient quantité de précurseurs naturels de la sérotonine qu’une longue cuisson libère. Le bon vieux pot-au-feu permet de récupérer sensiblement plus vite. Les végétariens peuvent toujours se rabattre sur l’Ovomaltine, une boisson maltée, avec chocolat, banane, autant d’aliments qui contiennent également des précurseurs naturels de la sérotonine.
Une consommation quotidienne d’au moins deux litres d’eau aidera le foie à jouer son rôle détoxiquant.
Une méthode irremplaçable pour bien récupérer, c’est le sommeil naturel. Dormir est encore ce qu’il y a de mieux pour retaper ses neurones.
Un bon chill out et des massages (amoureux ou non) qui décontractent le corps aideront à soulager les crampes et douleurs musculaires, apporteront la relaxation rêvée. Sucreries, fruits secs, agrumes…. pourront compenser la dépense énergétique.

D’autres plus douteux…

Les Smartshops aux Pays-Bas, Allemagne, Suisse… proposent à des prix élevés des packs de After E, (un comprimé de vitamine E, C et B6 et de tyrosine). Leur efficacité est-elle à la hauteur de leur prix ?
On y trouve aussi les boissons isotoniques dont le taux élevé d’acides aminés peut nuire en descente d’X. Là encore, à essayer avec circonspection
Le cannabis a ses adeptes, mais d’autres usagers considèrent qu’il amplifie la dépression. Rien n’a été prouvé, mais des usagers qu’un joint fumé en descente d’acide a entraîné au 36e dessous peuvent témoigner de l’ambivalence de l’herbe magique.
Le millepertuis, plante médicinale, est controversé quant à ses effets d’antidépresseur homéopathique. A vérifier.
Attention, il existe un risque très sérieux de neurotoxicité aggravée en cas de mélange ecstasy-amphétamine (d’où la pertinence du contrôle des produits).
Chez certains animaux, une consommation importante et répétée d’ecstasy peut entraîner la destruction de certaines cellules, celles justement qui sont liées au mécanisme de la sérotonine. Certaines d’entre elles se régénèrent, d’autres non. Et chez l’homme ? L’avenir nous le dira, mais on observe une baisse des facultés d’apprentissage chez certains sujets pour cause d’abus de ces produits. En cas d’antécédents psychiatriques, il y a un danger d’aggravation des symptômes.

(1) Ecstasy : des données biologiques et cliniques aux contextes d’usage (Inserm 1998).
Ce rapport révèle les séquelles inquiétantes observées chez certains singes après injection d’importantes quantités de MDMA.
(2) Ecstasy, dance, trance & transformation (Quick American Archives).
(3) Disponibles sur Internet et dans les drugstores américains et hollandais.

Le GHB, c’est quoi ?

Le Gamma OH (GHB, appellation anglo-saxonne) ou acide gamma-hydroxybutirique, qualifié de « rêve de biologiste » fut découvert en 1961, par le professeur Laborit (1).Utilisé au départ comme adjuvant en anesthésie générale, c’est une copie conforme d’une substance présente à l’état naturel dans le cerveau : l’acide GABA.

Le GHB, calmant et hypnotique puissant, agit sur le système nerveux central, ce qui permit d’étendre son utilisation au traitement de la narcolepsie (2), de certains troubles du sommeil et de l’alcoolisme.
Il fut aussi expérimenté dans le cadre de psychothérapies pour son action relaxante et desinhibante. On lui attribue également des propriétés aphrodisiaques. En France, actuellement, il n’est plus réservé qu’à l’usage hospitalier et vétérinaire.
Le GHB se présente sous deux formes : une poudre floconneuse très légère et d’une grande solubilité ou en liquide incolore légèrement salé. Il est difficile de savoir quel est le dosage précis de la substance vendue sur le marché noir, dans le monde international de la fête. Abus et mélanges divers ont entraîné des incidents et même des morts (3).
Au milieu des années 90, la prescription du GHB fut sévèrement réglementée mais son usage se propagea rapidement dans les pays anglo-saxons. De nombreux sites Internet diffusent le processus de sa fabrication ou le proposent à la vente. Notons qu’il y avait bien moins d’accidents dus au GHB lorsque le produit était en vente libre dans les drugstores américains… ce qui montre, une fois de plus, comment le problème posé par un produit peut-être considérablement amplifié par la prohibition et la presse.
Associé à de l’alcool, le GHB accroît l’ébriété et provoque un coma profond avec amnésie. Il y eut ainsi quelques cas de viols aux Etats-Unis. La presse à sensation s’empara du sujet et contribua à créer une phobie de la Rape Date Drug (traduisez la drogue du rendez-vous du viol), à l’instar du Rohypnol qui lui fait bien plus de dégâts.

Un sentiment d’empathie intense

Deux grammes suffisent à provoquer en 15 minutes un sentiment d’empathie intense, proche d’une montée d’ecstasy, qui dure entre une et deux heures.
La communication est grandement facilitée. Si le contexte s’y prête, le GHB peut contribuer à créer une ambiance de forte sensualité. Il peut augmenter les capacités érectiles chez l’homme, amplifier les sensations chez les femmes et intensifier l’orgasme. Mais, au-delà des 4 ou 5 g. le GHB provoquera une somnolence puis un profond sommeil de plusieurs heures avec une intense relaxation musculaire. Mais en cas de résistance à l’endormissement ou de tension nerveuse, le produit peut agir de façon paradoxale, comme un excitant et un euphorisant puissant. Une dose supérieure à 5 g. peut provoquer une perte de conscience et parfois une dépression respiratoire ainsi que des crises d’épilepsie. Un usage quotidien et répété peut entraîner une déprime à l’arrêt ainsi que des problèmes de mémoire réversibles.

Danger et accidents potentiels

L’association avec l’alcool et autres dépresseurs, tels que les opiacés et les benzodiazépines est absolument déconseillée. Le mélange est dangereux. A propos de mélanges, signalons que le café agit comme un antagoniste du GHB ; c’est-à-dire qu’il en annule les effets.
Le GHB n’est pas très commun dans les fêtes françaises mais la publicité faite autour du produit a créé un intérêt certain pour le Liquid E (5) et, parfois, une poudre quelconque est vendue comme tel. Pour l’instant, le GHB en France reste la drogue dont on parle beaucoup mais que l’on trouve rarement.

(1) Henri Laborit consomma du GHB deux fois par semaine jusqu’à sa mort.
(2) Narcolepsie, tendance irrépressible au sommeil.
(3) L’acteur américain River Phoenix est décédé d’un mélange d’alcool + opiacés + GHB + calmants.
(4) Empathie, capacité à se mettre à la place de l’autre.
(5) Nom donné au GHB en Angleterre (ecstasy liquide).

Qu’est ce qu’on nous fait gober ?

Ces comprimés ne sont pas de l’ecstasy. Ces médicaments ne provoquent pas les effets attendus de l’ecstasy

 

gober1 Anxiolytique
gober2 Anti-histaminique Allergies
gober3 Antidépresseur
gober4 Anti-inflammatoire,
Antalgique
gober5 Vasodilatateur Circulation
sanguine
gober6 Antidépresseur
gober7 Antipsychotique
gober8 Sédatif
Barbiturique
gober9 Anxiolytique
gober10 Barbiturique
gober11 Bêtabloquant Ralentisseur
cardiaque
gober12 Antiarythmique
Coeur
gober13 Vasodilatateur Circulation
gober14 Anti-histaminique Allergies
gober15 Vasodilatateur Circulation
gober16 Antalgique
Douleurs
gober18 Anti-épileptique
gober19 Antipaludique
Malaria
gober20 Antibiotique
gober21 Anti-inflammatoire-Douleurs-
Fièvre (Aspirine)
gober22 Anxiolytique
gober23 Anti-inflammatoire
Antalgique
Douleur
gober24 Neuroleptique
• Parmi les ecstasy testés, beaucoup sont en réalité des médicaments.


• Ces photos permettent de reconnaître quelques médicaments.


• Il en existe d’autres, avec d’autres formes, d’autres couleurs et d’autres présentations (gélules), que l’on peut rencontrer aussi.


• Rester prudent, car de nombreuses personnes se font arnaquer.


• Des escrocs vendent ces comprimés en faisant croire qu’il s’agit d’ecstasy, ou d’autres drogues de synthèse(amphétamines, kétamine…)


• Certains effacent le dessin sur le médicament,le grattent pour lui donner un look plus artisanal, ou recouvrent le logo avec de l’encre…


• Même avec beaucoup d’expérience, il est impossible de reconnaître un véritable ecstasy sans le faire analyser en laboratoire.
• Les médicaments ont des effets

thérapeutiques. Ils sont prévus pour être prescrits par des médecins en cas de maladie,dans le cadre d’un traitement, avec des doses, précautions et un suivi particulier.


• Les médicaments entraînent parfois des effets secondaires, variables selon la personne, la dose et le contexte.


• Certains de ces médicaments modifient l’activité psychique, le niveau de vigilance ou de conscience. Leurs effets, parfois puissants, seront inattendus. Attention au bad trip (mauvais délire).


• Certains médicaments peuvent pertuber la couverture contraceptive (risque de se retrouver enceinte).


• Attention, les femmes enceinte ou qui allaitent, ça passe chez l’enfant.


• Tout comme l’usage d’ecstasy, la consommation de ces comprimés peut contrarier un traitement en cours, même simple.

Synthèse des EGUS 2

Après ces deux jours et pour avoir assisté à cette même rencontre l’an passé, il est clair à mes yeux que les EGUS sont véritablement un espace de parole propre des usagers où se construit un discours spécifique. Un discours et une volonté d’améliorer la situation des usagers qui ont d’abord aboutis, en 2004, aux « 12 travaux d’EGUS », un ensemble de positions et de revendications qui ont pu être versées à la conférence de consensus sur les traitements de substitution.

Cette année, vous avez ouvert un questionnement centré sur le vécu des usagers dans deux domaines où l’on ne leur demande que rarement leur « expertise » :

  • La citoyenneté – donc la responsabilité pleine et entière – de ceux que l’on appelle usagers d’un côté (le vôtre), ou toxicomanes de l’autre (celui des institutions juridiques et médicales).
  • Le plaisir qui, même attaché à la consommation de drogues interdites, ne devrait plus être considéré comme une question inavouable ou une recherche honteuse dès lors qu’il s’agit de l’utilisation des médicaments de substitution.

Ce discours d’usager lorsqu’il s’exprime collectivement – et non plus dans le seul « colloque singulier » avec le médecin où, par définition, le rapport est déséquilibré puisque le médecin prescrit ou pas un produit dont l’usager (le patient) a besoin –crée inévitablement des tensions avec le regard et les conceptions médicales. Nous n’avons pas, en effet, les mêmes points de vue a priori sur les questions de la dépendance et de ce qui s’y joue. Cela n’est ni surprenant ni forcément problématique, ce sera même un facteur de mouvement et d’évolution si nous sommes capables d’inscrire ces tensions dans un dialogue et de définir des objectifs communs.

Pour ce faire aujourd’hui, je vous propose de commencer par identifier ces tensions qui sont à l’origine de nos malentendus, et d’en parler de façon aussi directe que vous savez le faire.

Vous aviez énoncé « les 12 travaux d’EGUS 1», j’ai repéré cette année « les 10 malentendus d’EGUS 2 »… Ce qui, s’il faut le préciser, ne remet évidemment pas en question vos 12 travaux-revendications avec lesquels nous sommes très fortement convergents, comme l’ont montré les conclusions de la conférence de consensus.

Avant d’en faire la liste et de m’arrêter sur quelques uns de ces malentendus, il me semble utile de noter que la ligne de partage entre usagers d’une part et médecins d’autre part n’est pas la seule et peut-être pas la plus forte des contradictions qui traversent le champ des drogues, de leurs usages et de l’intervention sociale qui les visent.

Pas plus que le monde médical et soignant n’est homogène dans son approche et ses représentations de la question, les usagers ne le sont dans leurs attentes et leurs manières de faire avec ou de se défaire des drogues. Je perçois ici, dans cette assemblée, que vous constituez un groupe d’usagers particulièrement initiés et ayant accès à des réseaux peu visibles (par exemple pour la prescription de médicaments opiacés « atypiques » ou l’expérimentation de protocoles non officiels). Ma situation n’est pas davantage représentative et je n’ai aucunement prétention à parler ici au nom de la médecine ni même des « intervenants en toxicomanie ». Je réagis à vos propos en tant que personne que je vous demande de ne pas réduire à une fonction de représentation, d’un groupe ou d’une corporation…

Ceci dit, venons-en à nos 10 malentendus.

1. La définition improbable ou (parfois) affirmée de la toxicomanie comme maladie chronique

L’enjeu de cette définition est évidemment capital pour savoir à qui, de l’individu concerné, du médecin ou de la société, est attribué le rôle clé dans cette affaire.

Je crois qu’entre la désignation d’une maladie chronique ou d’une conduite individuelle et assumée, il ne s’agit pas de faire un choix binaire, mais de savoir différencier le niveau ou la part du phénomène que l’on considère.

L’approche addictologique sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, est une aide précieuse. Je vous invite à l’adopter davantage et à y apporter votre contribution.

La distinction des problématiques de l’usage, de l’abus et de la dépendance est ici fondamentale. Nos collègues alcoologues n’ont d’ailleurs plus aucun problème pour parler de l’alcoolo-dépendance comme maladie (tout en différenciant différents types de dépendance) et pour ne pas amalgamer tous les usagers et tous les usages problématiques dans le registre de « l’alcoolisme », alors que pour ce qui nous concerne cet amalgame est encore très fréquent sous le vocable de « toxicomanie ». La définition de la part pathologique du phénomène de consommation est particulièrement imprécise dans le domaine des substances illicites.

Cette question est cruciale, car s’il faut sans doute se garder d’une vision strictement bio-médicale, il faut accepter également que la dépendance – en particulier la plus « totale », celle aux opiacés – a une base neuro-biologique qui rend compte de son évolution autonome, et de la perte de contrôle qu’elle détermine, sapant jusqu’à la liberté même du sujet. Cela ne rend pas compte de tout, y compris de toute la dépendance, mais cela est une réalité peu contestable aujourd’hui.

Ce que le sujet fait de sa dépendance lui appartient, mais il ne peut pas toujours la contenir ou s’en extraire sans intervention extérieure, et, dans ce domaine, l’intervention médicale (au sens global, bien sûr) n’est sûrement pas la plus mauvaise.

C’est aussi cette vison médicale qui peut permettre de sortir d’une représentation par trop morale de la consommation de drogues et des problèmes qu’elle peut susciter, à condition qu’on lui accorde la légitimité d’énoncer des règles techniques, des règles de bonnes pratiques. J’y reviendrai.

2. La confusion entre traitements de substitution et Réduction des Risques

D’emblée en effet, les deux notions de substitution et de Réduction des Risques ont été associées, mêlées et amalgamées par les différents orateurs, (à commencer par le Président de la MILDT lui-même dans son introduction de ces États Généraux).

Je n’adhère pas à cette confusion.

Car si TSO et RdR ont des intersections et si les traitements de substitution ont obtenu leur légitimité dans l’opinion publique en tant que moyen de lutte contre le Sida, ils ne se superposent pas pour autant. Les TSO ne servent pas qu’à la RdR.

Des traitements peuvent effectivement ne viser que la diminution des risques, sans autre ambition qu’un accès à des droits, à une vie sociale plus satisfaisante et à des soins, mais d’autres substitutions peuvent avoir une visée d’aide au sevrage ou d’abstinence médicalement assistée selon des modalités variables (durée, cadre, etc.). Il est possible et nécessaire de faire cohabiter dans un même dispositif « des substitutions » avec cette diversité d’objectifs. À condition d’être clair sur cette diversité d’objectifs qui doit être explicitée et rendue visible par des différenciations de programmes, comme cela est le cas dans de nombreux pays anglo-saxons.

« La » substitution n’a guère de sens, il existe différentes formes et objectifs des traitements de substitution, et ne réduisons pas leur intérêt à la seule diminution des dommages.

3. La question sociale mise au premier rang des causalités

Elle est probablement, comme cela a été souvent répété ici, un déterminant essentiel des difficultés et des souffrances des usagers. Elle est, par exemple, à la source de nombreux comportements considérés comme des mésusages, voire des détournements.

Certes, cela est indéniablement vrai, mais jusqu’où et pour qui ? Car si tel était le cas toujours et pour tous, le « traitement social » (un logement, un revenu minimum, un accès simplifié aux produits) devrait suffire à changer suffisamment la situation et le devenir des usagers.

La toxicomanie est-elle un artefact de la prohibition ? Probablement pour une part, mais une part seulement.

De plus, la question sociale est plus complexe que ses aspects factuels posés en termes de moyens donnés à des individus ou à des catégories de population. C’est aussi de lien au monde dont il s’agit.

Faire contre-poids à une conception médico-biologique de la toxicomanie-maladie est nécessaire, j’en suis convaincu aussi. Mais sans doute faut-il se méfier qu’un réductionnisme n’en remplace pas un autre.

4. La citoyenneté des usagers doit être reconnue

La reconnaissance de cette citoyenneté passe d’abord par l’abolition de cette désignation légale des usagers comme délinquants ou comme malade sous contrainte. Nous militons aussi pour cela. Mais si la fin de toute pénalisation de l’usage est une condition nécessaire, elle n’est pas suffisante.

Car cette citoyenneté passe par l’exercice concret d’un droit d’expression et d’implication dans des lieux où il en est question, en particulier les lieux où il est question de leur traitement. J’avais déjà essayé d’insister sur ce point aux EGUS de 2004 : la loi du 2 janvier 2002 vous ouvre des droits dans les instituions médico-sociales, il faut vous en saisir et nous devons travailler avec vous pour leur mise en place.

Valère Rogissart disait hier : « Le droit des usagers et l’application de la loi du 2/01/02, c’est compliqué. » Ce n’est pas si compliqué si on fait l’effort d’y travailler ensemble.

Il y a quelques mois, l’ANIT Ile de France avait organisé en collaboration avec ASUD un séminaire régional sur les droits des usagers dans les institutions médico-sociales : cette réunion a réuni les deux orateurs (le président de l’ANIT et celui d’ASUD) et… trois personnes

Alors oui, dans ces conditions, c’est compliqué.

C’est un point de mobilisation sur lequel nous devons impérativement nous rencontrer pour travailler ensemble. Par exemple à l’occasion de formations me suggérait Madame Catherine Bernard de la DGS.

Le personnage joué par Clint Eastwood à la fin d’un western spaghetti très connu disait à son ennemi : « dans ce monde, il y a deux catégories de gens, ceux qui tiennent le revolver et ceux qui creusent, toi tu creuses ». Cela me semble s’appliquer assez bien à la répartition du pouvoir entre médecins et toxicomanes : il y a ceux qui tiennent le stylo et qui peuvent donner ou refuser une substance et il y a ceux dont une grande partie de leur état et de leur vie va dépendre de cette ordonnance. Nous, nous avons le stylo et le « produit »…

C’est un pouvoir immense. Et comme tout pouvoir sur autrui, il nécessite, en démocratie, des systèmes de contrôle et de rééquilibrage du pouvoir. Nous avons à inventer et à accepter ces systèmes qui nous contrôlent.

5. La question du sevrage, de l’abstinence ou du traitement à vie

Cette question a été soulevée pour réaffirmer une revendication à pouvoir choisir son traitement, comme à pouvoir l’arrêter ou le poursuivre à vie. Je partage entièrement cette revendication qui est une traduction directe de l’exercice de la citoyenneté.

C’est d’ailleurs l’une des conclusions saillantes de la conférence de consensus qui affirme, en substance : c’est le patient qui est le mieux placé pour savoir s’il veut arrêter le traitement et quand.

Faut-il améliorer des protocoles de fin de traitement ? Certainement. Et là, la balle est dans le camp de la médecine. La qualité du traitement, c’est aussi la qualité de son suivi et de son éventuel arrêt.

Mais j’ai été frappé que vous ne vous montriez pas plus critiques envers l’opposition qui est faite, en particulier dans le plan de la MILDT, entre substitution et abstinence. Une opposition qui légitime le projet de créer 20 Communautés Thérapeutiques (soit 600 places !) dévolues uniquement aux toxicomanes ayant choisi l’abstinence, et qui excluent le recours aux traitements de substitution. Comme s’il fallait faire contre poids à « trop de substitution » et revenir à l’abstinence « pure et dure » comme le réclame un quarteron de députés réactionnaires. Quarteron qui attaque férocement en même temps les médicaments de substitution, la RdR et les associations d’usagers, bien sûr.

L’abstinence voilà encore un mot à définir.

Pour avancer dans cette question, je crois que nous devons admettre que l’abstinence nécessite pour bon nombre de personnes dépendantes une aide extérieure et que cette aide peut être (et doit généralement être) de diverses sortes. L’abstinence sans assistance médicale et médicamenteuse, mais avec une assistance communautaire n’a aucune supériorité que ce soit sur une abstinence avec traitement de substitution par exemple. C’est une option parmi d’autres, avec des avantages et des inconvénients.

Ne soyons pas dupe de l’emprise morale sur cette notion d’abstinence.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que la « critique de gauche » (selon les propos de François Nicolas) de la RdR rejoint parfaitement celle « de droite » pour promouvoir la même « alternative » : la mise à l’écart résidentielle pour ne pas dire la réclusion des toxicomanes avec injonction à l’abstinence.

6. Les patients chaotiques

C’est une question qui a été juste effleurée lors de ces États Généraux, pourtant nous ne devons ni l’occulter ni la minimiser : la continuité et la participation du patient à son traitement sont des conditions de son utilité. Au-delà des motifs divers de mésusages, l’existence de ces patients « chaotiques » – même s’ils sont une petite minorité – posent des problèmes cliniques et institutionnels réels, parfois graves. Problèmes d’instabilité, de ruptures, de transgressions, de violences (des éducateurs ont été sérieusement blessés, des équipes ont été menacées), de risques accrus, et un sentiment d’impuissance, tout cela n’est pas seulement le produit d’un manque de moyens ou d’une méconnaissance des intervenants sur les réalités vécues et les besoins de ces patients.

Il n’est sans doute guère possible ici de pousser plus loin cette question, mais les soignants s’interrogent forcément sur la nécessité de répondre à ces situations par un renforcement (et donc un durcissement) du cadre institutionnel. Et ces usagers, de fait fort mal pris en charge, rejetés de partout, aboutissent en prison et dans la rue avec de moins en moins d’issue. Ce n’est évidemment pas glorieux, pour personne. Mais quelles solutions ?

7. L’histoire, les positionnements des uns et des autres et leurs évolutions

Les « années Sida », qui ont vu arriver la Réduction des Risques et les traitements de substitution en France, ont modifié de nombreux équilibres, ébranlé de grandes certitudes et profondément changé la vision de nombre d’intervenants. Qui y a échappé ? Peu ou prou, personne.

Les pratiques ont aussi considérablement évolué, même s’il reste encore des rigidités inacceptables. La poursuite d’un dialogue étroit entre usagers et professionnels est l’une des conditions de la nécessaire capacité à évoluer des uns et des autres. Il nous faut préserver cette capacité à évoluer.

Nous avons aussi appris de cette période de remises en question qu’il nous fallait regarder plus loin que nos « histoires de chasse » et aller chercher les données validées, y compris celles que produisent « les autres », notamment les chercheurs et nos collègues à l’étranger, afin de ne pas se laisser aller à des discours d’expert qui ne reposent en réalité que sur la seule expérience personnelle de leur auteur et sa vision subjective du monde.

8. La substitution est un médicament mais c’est aussi une drogue

Drogue ou médicament, cela dépend de l’usage que l’on en fait. Cela a été dit par plusieurs intervenants et c’est une évidence. Tout médicament psychoactif, surtout s’il est opiacé, est susceptible d’être l’un et l’autre, l’un ou l’autre

Mais je veux attirer votre attention sur le risque qu’il y aurait à ne pas être clair sur le respect d’une distinction entre le produit-drogue et le médicament-traitement.

Rien n’est pire que les jeux de dupes entre usagers et soignants.

Selon moi ce qui fait qu’une molécule est un médicament tient :

  • aux propriétés de la molécule qui minimisent ses effets collatéraux ; c’est, par exemple, l’intérêt de la durée d’action qui diminue le nombre de prise et la tolérance.
  • l’intervention d’un prescripteur-soignant qui ouvre une triangulation et, de ce fait, un dialogue de nature à apporter une régulation et une maîtrise de l’utilisation de la molécule.

Dans ce sens, il me paraît contre productif de continuer d’utiliser le terme de « produits » pour désigner les médicaments de substitution. Cette confusion entretient dans l’opinion l’idée que ce ne sont pas de « vrais » traitements, et renforce la position de leurs adversaires qui n’ont aucune espèce de considération envers les usagers, bien au contraire.

9. La substitution, ça sert à quoi finalement ?

Quelqu’un a dit ici même, que ce qui fait soin dans la substitution c’est « la vie pacifiée », et que, je cite, « la fonction sociale de la substitution est plus importante que sa fonction médicale ». Je crois comprendre ce point de vue car je l’entends de la bouche de patients (comme disent les docteurs), et je crois que je partage cette vision.

Finalement, cet apaisement, cette pacification des relations avec autrui (et avec soi-même, parce que le manque ça crée des souffrances et des crises, et ça met la guerre un peu partout), n’est-ce pas ce que demandent les usagers ? Mais faut-il alors opposer un projet médical qui serait autre ou plus que cet apaisement, qui serait l’abstinence et l’arrêt de tout produit par exemple, et faudrait-il que le projet de l’usager soit forcément limité à celui d’être en paix avec les autres ? Le plus important n’est-il pas que le médecin et le patient (ou l’usager) déterminent un objectif commun et s’allient pour y parvenir, le traitement en étant l’un des moyens ? Certes, il est vrai que de nombreux Docteurs n’ont pas fait le deuil d’une représentation de « la guérison » qui serait définie par des standards médicaux et sociaux et auxquels le patient n’aurait plus qu’à se conformer. À nous de mieux faire comprendre ce que veut dire la participation au (et l’appropriation du) traitement et la notion d’alliance thérapeutique.

Cette alliance thérapeutique qui nous est si chère m’amène au dernier malentendu, et peut-être le plus significatif du conflit de logique qui existe entre nous…le malentendu du plaisir.

10. Et le plaisir dans tout ça ?

Faut-il s’offusquer que des patients veuillent retrouver par la prise de médicament de substitution le plaisir que leur a apporté l’opiacé pris en dehors de la médecine ? Sincèrement, je pense que tout soignant qui connaît ces questions et qui travaille auprès d’usagers ne peut répondre que par la négative : cette recherche du plaisir est partie intégrante de la consommation de la drogue et elle ne s’éteint pas magiquement avec les affres de la dépendance.

Pour autant, faut-il demander à la médecine de prescrire du plaisir ? Il y a à mes yeux beaucoup de risques à poser la question sous cet angle, le premier étant de créer une réticence supplémentaire du corps médical à aller sur le terrain du soin en toxicomanie. Car les médecins ne sont ni formés pour ni chargés de donner ou refuser du plaisir. Et bien heureusement : imaginez vous un instant de devoir aller réclamer une consultation à son médecin pour qu’il vous prescrive du plaisir ? Dans quel type de société cela nous engagerait-il ?

Mais cette réponse à la revendication du « droit au plaisir », bien que juste selon moi, n’est pas suffisante. Sans doute est-il possible de trouver un compromis acceptable, c’est-à-dire pour le médecin qui reste dans le cadre du soin, autour de la notion de « confort ». Confort à la fois en termes de molécule, de posologie et de relation aux soignants (au sens large). C’est sur ce type d’objectif commun que peut se fonder une réelle alliance, que le médecin appellera alliance thérapeutique et l’usager confiance.

Je suis en tout cas très heureux d’avoir été avec vous pendant ces deux jours, précisément parce que ce dialogue entre nous est non seulement passionnant, mais qu’il donne aussi les clés pour un confort et, allez, disons-le, un plaisir partagé. Du moins tel est mon espoir…

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