Slam, Chemsex

Slam, chemsex …

Dernière mise à jour : 30-10-2018

Qu’est-ce que c’est ?

Pris au sens littéral, le chemsex (pour chemical sex) désigne le fait de prendre des drogues avant ou pendant un rapport sexuel pour en maximiser les sensations. Le concept recouvre donc un large éventail de pratiques (beaucoup de produits peuvent être utilisés au cours de beaucoup de pratiques sexuelles différentes). Cependant lorsqu’on parle de chemsex (Article n°59 Asud Journal Slam & chemsex) actuellement on désigne généralement quelque chose de beaucoup plus précis. En effet, le terme chemsex s’est diffusé au cours des années 2010 via des applications et sites de rencontres gays où il était (et est toujours) utilisé pour signifier le fait qu’une personne cherchait un partenaire pour un plan sexe et drogue.

Aujourd’hui, quand on parle de chemsex c’est donc la plupart de temps pour désigner des pratiques sexuelles entre hommes, à deux ou en groupe qui s’accompagnent d’une consommation de stimulants et plus particulièrement de cathinones ou de pyrovalérones (dans une moindre mesure il peut aussi s’agir de méthamphétamine souvent surnommé « Tina »). Ces stimulants sont soit sniffés soit injectés, on parle alors de « slam » (vous pouvez lire notre article sur l’esthétique de l’injection dans le slam ici). Voilà pour la version courte qui, bien qu’un peu simpliste, possède l’avantage d’être assez précise.

La version longue tient compte de la diversité des pratiques : la méthamphétamine peut aussi être fumée et d’autres produits peuvent aussi être consommés, notamment du GBL, un dépresseur (attention aux surdoses ou aux mélanges avec d’autres dépresseurs, cf overdose tome 1 les dépresseurs), de l’alcool, du poppers, de la cocaïne (il semble d’ailleurs que le terme slam existait dans le milieu gay avant l’apparition des cathinones pour désigner l’injection de coke), de la kétamine etc. De même, la consommation de cathinones ou d’autres stimulants en contexte sexuel n’est pas uniquement le fait d’hommes gays et on peut trouver des pratiques relevant du chemsex dans d’autres populations (notamment chez des hétérosexuels). Enfin la consommation de tous ces produits pouvant finir par casser l’érection, on y associe bien souvent du Viagra® ou un autre médicament favorisant l’érection et éventuellement des calmants et notamment des benzodiazépines en fin de session pour casser la descente (souvent difficile avec les cathinones), des associations qui induisent des risques supplémentaires (cf interactions).

Il est difficile de savoir exactement combien de personnes pratiquent le chemsex et le slam mais ce qui apparaissait en 2010 comme un épiphénomène semble aujourd’hui concerner un nombre relativement important de personnes. En témoignent les études sur les produits injectés via l’analyse des fonds de seringues usées de l’association Safe (qui gère un certain nombre d’échangeurs de seringues) qui – malgré certains biais en raison desquels les résultats ne peuvent être considérés comme réellement représentatifs – montre de manière récurrente que l’injection de cathinones n’est ni anecdotique ni limitée aux quartiers réputés gays comme le Marais à Paris.

La consommation de cathinones et de stimulants en général n’étant pas sans risques (à plus forte raison quand elles sont shootées), depuis environ 2015, les centres de soins et d’aide aux usagers de drogues voient arriver de plus en plus de chemsexers et de slammeurs n’arrivant plus à maîtriser leur consommation. De même, les services d’urgence des hôpitaux ont remarqué une hausse des admissions de chemsexers pour des problèmes somatiques ou psychiques divers (les longues sessions de consommation où la personne ne dort pas pendant longtemps sont particulièrement propices aux pétages de plombs).

En plus de tous les risques habituels liés à la consommation de stimulants (compulsion, dépendance psychique, épuisement physique et moral voir désocialisation et problèmes physiques pour les cas les plus graves), les chemsexers relatent parfois des problèmes d’ordre sexuel directement liés à leur pratique : baisse de la libido, impossibilité de prendre du plaisir sexuel sans drogue voir même impossibilité d’avoir une sexualité, y compris la masturbation, sans drogue.

De plus, en ce qui concerne les slammeurs, de nombreux témoignages font état de fréquents manque de connaissance sur les techniques d’injection et la RDR spécifique à ce mode de consommation ainsi que de pratiques particulièrement à risques comme le bloody slam, une injection réalisée avec le sang du partenaire. En cas de demande de matériel par des slammeurs il faut se rappeler que l’injection de produits stimulants entraîne des comportements compulsifs et qu’au cours d’une session il est fréquent qu’une personne se fasse plusieurs dizaines d’injection. Lorsque les sessions de slam se font en groupe, le nombre total d’injections peut être énorme. Des seringues usagées peuvent donc traîner partout ce qui majore les risques de se tromper et d’utiliser une seringue utilisée par quelqu’un d’autre. Il faut donc proposer aux slammeurs de prendre de grandes quantités de matériel (plusieurs dizaines de seringues).

Sans vouloir noircir le tableau car il existe évidemment une grande diversité de pratiques – certaines restant maîtrisées et à risques réduits – ni introduire de condamnation morale (chacun restant libre de faire ce qu’il veut tant qu’il est informé), les chemsexers et les slammeurs constituent une population à risques sur de nombreux plans (addictions, transmissions d’infections, troubles de la libido…).

Plusieurs associations spécialisées comme AIDES ou le Kiosque Info Sida et des structures d’aide aux usagers de drogues ont donc lancé des projets spécifiques sur ces thématiques, afin d’informer, de prévenir, de dépister etc, bref de réduire les risques auxquels s’exposent chemsexers et slammeurs.

Vous pouvez ainsi consulter les deux brochures sur le chemsex réalisées par le Kiosque info Sida en partenariat avec Aides.

Pour encore plus d’informations vous pouvez consulte ce livret du Respadd à destination des professionnels susceptibles de travailler avec des chemsexers et des slammeurs.

Si vous êtes à Paris ou Marseille l’association Aides a ouvert le Spot, un « centre communautaire de santé sexuelle » lieu dédié à la parole sur le chemsex et le slam.

Enfin, où que vous soyez, si vous avez besoin d’aide vous pouvez appeler 24/7 (si ils sont indisponibles laissez un message ils vous rappelleront dans les 6 heures) une équipe de militants communautaires connaissant bien ces questions qui pourront répondre à vos interrogations, vous aider et vous orienter via un numéro vert mis en place par l’association AIDES : 01 77 93 97 77 ainsi qu’un profil Facebook® (Info Chemsex) et une ligne What’s app® (07 62 93 22 29).

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