Dissociatifs : MXE, 3MEO PCP ...

Dissociatifs

Dernière mise à jour : 30-10-2018

Par dissociatifs on fait référence à l’effet de dissociation entre le corps et l’esprit qui caractérise ces produits.Toutefois les dissociatifs induisent différents effets en fonction de la dose consommée :

  • Généralement les doses les plus faibles provoquent une simple euphorie avec une légère détente musculaire.
  • Avec des doses plus importantes apparaissent une ivresse et les premiers symptômes de dissociation : vision saccadée, difficulté à conserver son équilibre…
  • Si la dose est encore plus forte, la dissociation deviendra totale. Recherché par certains mais craint par beaucoup, cet état est souvent appelé le « hole » : extérieurement la personne est inconsciente, on ne peut pas communiquer avec elle, elle semble amorphe, cependant à l’intérieur sa conscience n’est pas éteinte et, bien que dissocié du corps, l’esprit peut avoir conscience de ce qui l’entoure… Cette sensation étrange d’être présent sans être dans son corps peut produire l’illusion d’une décorporation, un phénomène régulièrement décrit avec les dissociatifs.
  • En cas de dose encore plus forte, la personne sombre dans l’inconscience, un état qui n’est a pas recherché par les consommateurs de dissociatifs.

Ces effets dissociatifs provoquent logiquement une anesthésie qui peut être utilisée en médecine. La kétamine – certainement le plus consommé des dissociatifs – est ainsi un médicament d’emploi fréquent en médecine humaine autant que vétérinaire. Sur le plan médical, les dissociatifs possèdent un autre avantage : n’étant pas des dépresseurs (cf dépresseurs), ils ne ralentissent pas réellement le rythme cardiaque et la fréquence respiratoire (attention tout de même : en cas de mélange les dissociatifs semblent pouvoir augmenter les effets des dépresseurs). Le risque de décès par overdose est donc bien moins important qu’avec les opiacés (la principale autre famille d’anesthésiants). Cela rend les dissociatifs et particulièrement la kétamine intéressante en médecine d’urgence, sur des champs de bataille ou sur des catastrophes naturelles par exemple puisqu’avec ces produits il n’y pas besoin de longs calculs d’anesthésistes, on peut facilement envoyer une dose suffisamment forte pour anesthésier tout en étant certain de ne prendre aucun risque de tuer le blessé !

Cela ne signifie évidemment pas que les dissociatifs n’ont pas de dose létale, elle est juste plus importante que pour les opioïdes. En revanche les expériences de dissociation demeurent des moments de grande vulnérabilité. En effet, qu’il s’agisse d’actes malintentionnés (vols, violences…), ou bien d’accidents (attention à ne pas faire un hole derrière une voiture à l’arrêt, sur une voie ferrée ou dans des herbes hautes qui vous cacheraient d’éventuelles voitures voulant passer), pendant la dissociation la personne ne peut pas se protéger ni même se déplacer ou bouger. Le risque majeur étant d’être pris de vomissements pendant un hole : si la personne est dans une mauvaise position, par exemple assise dans une voiture la tête en arrière et que personne n’est à ses côtés pour y veiller, elle risque de s’étouffer dans ses régurgitations, ce qui demeure une cause majeure de décès. C’est pour cette raison qu’une personne en hole doit absolument être mise en PLS.

Par ailleurs, les effets anesthésiants des dissociatifs entraînent des risques spécifiques puisqu’ils diminuent voir suppriment la douleur alors que cette dernière est un signal d’alarme du corps pour signifier une détresse. Ainsi par exemple la douleur résultant d’une cheville foulée poussera la personne à boiter et donc à moins solliciter la cheville foulée ce qui lui permettra de guérir plus rapidement. Avec des dissociatifs il est possible de ne plus sentir la douleur d’une cheville foulée et de continuer à marcher normalement. On a ainsi déjà vu des personnes avec des blessures allant jusqu’à une fracture ouverte de la mâchoire persuadées de ne rien avoir de grave. Attention donc à rester attentif aux signaux d’alerte de votre corps malgré l’effet des dissociatifs.

L’autre risque majeur avec les dissociatifs est que certains consommateurs y prennent goût et que si l’on n’y fait pas attention il est assez facile de glisser dans un usage régulier. Les effets euphorisants des petites doses peuvent conduire les consommateurs à ritualiser des consommations quotidiennes (le soir en rentrant du travail une petite ligne pour se détendre). La forte tolérance qui caractérise certains dissociatifs (notamment les arylcyclohéxamines) va ensuite pousser le consommateur à augmenter les doses et, bien qu’il n’y ait pas de dépendance physique (cf dépendance) avec les dissociatifs, il risque d’être difficile d’arrêter…

Enfin, certains consommateurs décrivent des effets résiduels désagréables qui peuvent persister plusieurs jours voir semaines après la consommation. Il s’agit généralement d’impression d’étrangeté, par exemple la sensation de ne pas être vraiment dans son corps, de ne pas être soi même ou qu’au contraire c’est l’environnement qui n’est pas normal, comme si la réalité était voilée ou que la personne était dans une sorte de rêve. La survenue de ce type de sensations doit être prise au sérieux en tant qu’indicateurs de fragilité psychique et toute consommation de dissociatifs et de perturbateurs (y compris le cannabis) doit être stoppée. Attention aussi aux stimulants qui peuvent favoriser les pétages de plombs).

Sur le plan chimique les dissociatifs se décomposent en trois catégories

  • Les arylcyclohexamines : C’est la famille de la kétamine et du PCP (phencyclidine, surnommé poussière d’ange dans les années 70 pendant lesquelles il a été accusé d’avoir rendu beaucoup de gens fou. Actuellement quasiment introuvable).

On y trouve aussi la méthoxétamine (qui semble avoir été inventée par un chimiste amputé d’une main qui cherchait un produit pour soulager ses douleurs fantômes). Surnommé MXE, la méthoxétamine est l’un des NPS qui a été le plus largement consommée. En effet, dans les années 2010, en plein boom de la kétamine, elle est apparue comme une alternative moins chère, non classée stupéfiant et avec des effets jugés intéressants par les amateurs de kétamine, d’autant qu’ils duraient 2 à 3 fois plus longtemps ! En raison de son bas prix, la MXE a aussi été vendue en arnaque à la kétamine, occasionnant un certain nombre de bad trips (les gens s’attendant à redescendre au bout de 2 heures ne comprenaient pas pourquoi ils étaient toujours perchés 4 heures après et commencaient à flipper…). Cependant la MXE a été assez rapidement classée stupéfiant en France. Comme elle était toujours disponible sur les sites de RC on continuait d’en voir mais il y a quelques années la Chine (certainement le principal producteur) a classé la MXE stupéfiant et elle a totalement disparue du marché ouvrant la porte à un certain nombre d’arylcyclohexamines encore peu connues comme la 2-fluorodeschlorokétamine, les 3 et 4 MEO PCP etc.

Les effets des arylcyclohéxamines sont relativement similaires (il semble toutefois y avoir des différences, certaines apparaissant plus stimulantes que les autres) bien que les dosages puissent largement différer (à titre d’exemple, le 3-MEO-PCP est actif à partir de 4mg !).

Au niveau des risques, en plus des surdoses et des accidents liés à la dissociation on trouve une toxicité spécifique sur l’appareil urinaire qui se traduit par des douleurs, des difficultés à uriner, des envies pressantes etc, qui peuvent conduire à des hospitalisations.

  • Le dextrometorphane : c’est un médicament anti-tussif qui se rapproche chimiquement des morphiniques mais qui, à hautes doses, produit des effets dissociatifs. Sa consommation récréative a été popularisée par la série Skins il y a une dizaine d’années mais alors qu’il était en vente libre jusqu’alors, en juillet 2017 il est devenu disponible uniquement sur ordonnance (en même temps que la codéïne). Ce n’est pas réeelement un NPS aussi nous ne détaillerons pas plus.
  • Les diarylethylamines : Ce sont des molécules peu connues qui sont apparues après le ban chinois de la MXE. Les plus connues sont la diphénidine et la méthoxphenidine. N’ayant que très peu de recul sur les effets à long terme et les risques divers liés à ces produits, il est recommandé aux consommateurs de suivre particulièrement scrupuleusement les techniques de RDR (test allergique, bien se renseigner sur les dosages etc, cf RDR).
  • La salvia divinorum : est une plante aux effets dissociatifs utilisée dans des rituels divinatoires traditionnels en Amérique Centrale. Généralement fumée la sauge divinatoire est disponible sous forme de feuilles séchées ou d’extraits plus ou moins concentrées (on parle alors d’extrait 10x,20x ou plus pour signifier qu’ils sont 10 fois ou 20 fois plus puissants que des feuilles séchées). Les risques de la consommation de sauge divinatoire sont peu connus aussi il convient de respecter scrupuleusement les recommandations de RDR.

Si vous comptez consommer un NPS dissociatif, renseignez-vous toujours sur la molécule que vous comptez acheter (dosage, durée des effets, interactions dangereuses etc) en croisant les informations recueillies sur des forums de consommateurs (Psychonaut, Psychoactif) avec des données trouvées sur les sites de référence anglophones (Erowid et Psychonaut.wiki).

Ensuite commencez toujours par une quantité infime et laissez-lui le temps d’agir afin de vérifier qu’il n’y a pas erreur sur la marchandise.

Soyez extrêmement vigilant sur le dosage (balance de précision ou dilution volumétrique, cf RDR).

Enfin, les effets des dissociatifs étant particulièrement influencés par l’environnement et l’état d’esprit du consommateur, limitez vos consommations à des moments où vous êtes heureux et dans un contexte agréable, avec des gens de confiance.

NPS, RC, Legal highs