NPS & RDR

Modes de consommation 

Dernière mise à jour : 30-10-2018

Un mode de consommation est une technique permettant de faire pénétrer une substance dans le corps pour qu’elle agisse. En ce qui concerne les drogues il s’agit donc généralement d’atteindre dans un premier temps la circulation sanguine afin d’arriver ensuite au cerveau où le(s) principe(s) actif(s) pourra développer son effet.

La plupart des NPS peuvent être consommés de plusieurs façons avec à chaque fois des effets et des risques légèrement différents :

 Sniffer :

Pour simplifier, lorsqu’il est sniffé, le produit se dépose sur les parois des cloisons nasales qui relient les narines au palais et à la trachée artère (dans la gorge). Il s’infiltre assez facilement dans les muqueuses qui tapissent les cloisons nasales et rejoint la circulation sanguine via les nombreux vaisseaux qui irriguent la muqueuse. Contrairement à une idée répandue, en aucun cas le produit n’atteint les poumons, sniffer n’a donc rien à voir avec l’inhalation (voir plus bas). En revanche, le « point d’entrée » étant une muqueuse, le sniff peut être rapproché du sublingual (sous la langue, surtout utilisé pour les médicaments comme la buprénorphine) et du plug (voir plus bas), les deux autres principaux modes de consommation transmuqueux. Le sniff partage un autre point commun avec le sublingual puisqu’avec ces deux modes de consommation, une partie du produit consommée est aussi ingérée (c’est la « coulée » qui est généralement avalée).

Le sniff est un mode de consommation répandu qui permet une montée relativement rapide du produit (quelques minutes) tout en faisant durer un reste de ses effets assez longtemps en raison notamment de sa combinaison avec l’ingestion. L’inconvénient majeur du sniff c’est d’abord que la surface d’absorption est réduite (à titre de comparaison pensez à l’immense surface de l’intestin pour l’ingestion ou des poumons pour l’inhalation ! ), ensuite qu’elle est extrêmement fragile. Les techniques de RDR portant sur le nettoyage des cloisons nasales ou l’emploi de matériaux doux pour faire des pailles sont donc essentielles si vous ne voulez pas avoir des problèmes dont la gravité va parfois jusqu’à imposer le remplacement des cloisons nasales par des cloisons artificielles.

Risques :

C’est principalement la paille qui, pénétrant plus ou moins profondément dans le nez, peut poser des problèmes : bactéries diverses (notamment des rhumes…), virus (hépatite C bien sûr mais pas que) ou simplement des saletés qui vont déclencher des réactions locales (sécrétion de mucus, nez bouché, saignements…)

Attention à ne pas partager les pailles et les supports (sur lesquels retombent fréquemment des particules potentiellement contaminantes).

Attention à bien écraser le produit (en plus d’être moins agressive pour les muqueuses une poudre fine sera mieux absorbée et maximisera donc l’effet du produit)

Utiliser de préférence des pailles souples ne risquant pas de blesser les cloisons nasales (éviter les pailles en plastique). Toujours pour éviter de blesser les cloisons nasales mieux vaut ne pas enfoncer trop profondément la paille.

Rincer les cloisons nasales régulièrement au cours d’une séquence de consommation et SURTOUT à la fin de la séquence de consommation pour éviter qu’une croûte de produit et de mucus ne continue d’endommager les cloisons nasales inutilement. Pour cela le mieux est d’utiliser du sérum physiologique (en dosette à usage unique ou sous forme de spray, attention : dans les deux cas il ne faut évidemment pas partager ce matériel qui est lui aussi contaminant) en prenant garde de bien rincer les cloisons nasales et non les narines.

Attention le sniff ne protège pas des overdoses !!

Shooter, l’injection :

Sous cette appellation on regroupe trois modes de consommation qui ont pour point commun de nécessiter l’emploi d’une seringue pour percer le point d’entrée qu’empruntera le produit pour rejoindre le cerveau. Cette petite blessure induit une série de risques spécifiques : infections, transmission de bactéries, de virus, pénétration de spores dans la circulation sanguine, abcès etc. L’injection est clairement le mode de consommation le plus risqué et mérite plus qu’un texte synthétique aussi nous renvoyons le lecteur vers l’excellent court métrage « 17’10 pour une injection à moindres risques » facilement accessible sur les sites de partage de vidéos.

Toutefois, pour résumer le principal est de retenir que, comme les seringues, le petit matériel (cup, filtres tampons…) peut aussi être contaminant et ne doit pas être partagé, que l’injection doit se faire dans un environnement le plus stérile possible (mains, plan de travail, point d’injection etc désinfectés), qu’il faut éviter de multiplier les tirettes et faire attention à ce qu’on injecte (la quantité, mais aussi les éventuels excipients, les produits de transformation comme l’acide citrique qui devrait être remplacé par de l’ascorbique etc).

Malgré la difficulté technique et ses nombreux risques, l’injection continue d’être utilisée par un certain nombre de consommateurs. En effet, ce mode de consommation demeure le plus économique, l’injection c’est le maximum d’effet pour le minimum de quantité, dimension qui prend d’autant plus d’importance qu’on est précaire et accroc, lorsque la consommation impacte fortement sur le budget. Toutefois attention, quand on commence l’injection il est souvent difficile de faire marche arrière pour revenir au sniff par exemple.

L’injection intra veineuse (IV) : la plus courante, consiste à injecter dans les veines. Le produit est directement envoyé dans la circulation sanguine, plus précisément dans le retour veineux c’est-à-dire qu’il va d’abord remonter vers le cœur puis passer par les poumons se charger en oxygène avant d’être renvoyé vers les extrémités (dont le cerveau où il pourra agir). Afin d’éviter que le sang ne puisse aller à contre sens, les veines contiennent des espèces clapets particulièrement fragiles. Pour les protéger il faut toujours injecter avec l’aiguille dans le sens du cœur et éviter les trop nombreuses tirettes qui font aller le sang à contresens.

L’injection intra artérielle (IA) : beaucoup plus rare car beaucoup plus dangereuse et difficile à réaliser, elle consiste à injecter dans une artère, le produit est alors directement envoyé dans l’extrémité qu’irrigue l’artère (le cerveau s’il s’agit de la carotide).

L’injection intra musculaire (IM) : Très rare aussi, elle consiste à injecter dans un muscle, le produit passant ensuite dans les vaisseaux sanguins irriguant le muscle. En apparence beaucoup plus facile à réaliser que les deux autres elle a aussi ses inconvénients et n’est plébiscitée que par certains injecteurs de dissociatifs comme la kétamine qui y voient un moyen de ralentir un peu la montée du produit et d’éviter de tomber en hole avant même d’avoir pu retirer la seringue de leur bras.

Fumer, aspirer : l’inhalation :

Dans ce mode de consommation, le produit est sous forme gazeuse ou de micro-particules suffisamment fines pour pouvoir atteindre les poumons (ce qui n’est jamais le cas des poudres, d’où la différence avec le sniff). Généralement ces micro-particules sont issues de la combustion du produit, c’est ce que l’on appelle fumer. Une fois dans les poumons il se fixe dans la circulation sanguine qui repart du cœur vers les extrémités et atteint ainsi le cerveau extrêmement rapidement (on dit que l’inhalation est le mode de consommation le plus rapide à l’exception de l’injection artérielle dans la carotide). Attention, cette rapidité d’effet peut amener des comportements compulsifs (cf dépendances). On le voit par exemple avec le crack qui rend beaucoup plus compulsif que la cocaïne sniffée alors qu’il s’agit du même produit. Comme pour l’injection il faut faire attention avec l’inhalation dans le sens où quand on y est passé il est toujours difficile de rétrograder vers un mode de consommation plus lent (comme le sniff ou l’ingestion par exemple).

Comme il n’y a pas pour l’instant de NPS sous forme gazeuse, l’inhalation de NPS concerne en réalité uniquement le fait de les fumer. C’est une pratique courante pour les cannabinoïdes qui, en raison de leur proximité avec le cannabis et l’imagerie qui l’entoure, semblent être le plus souvent fumés alors qu’ils pourraient très bien être sniffés ou ingérés.

Pour fumer un produit différentes techniques peuvent être utilisées :

Chasser le dragon consiste à disposer la quantité de produit sur une feuille de papier aluminium (non traité de préférence) puis à le chauffer par en dessous à l’aide d’un briquet et d’aspirer la fumée qui s’en dégage. La difficulté consiste à faire couler la goutte : généralement le produit fond et passe sous forme liquide, il faut alors faire couler la goutte ni trop vite (pour éviter qu’une part du produit reste sur l’aluminium), ni trop lentement (pour éviter de bruler le produit), tout en continuant à chauffer par en dessous…

Kit cracks : ce sont de petits tubes mis au point spécialement pour fumer le crack en réduisant les risques de plaies à la bouche et de transmission d’infections qui sont aussi utilisés pour fumer certains NPS. Le produit doit être posé sur la grille puis légèrement chauffé afin de fondre légèrement pour rentrer dans la grille. Ensuite le consommateur aspire via l’embout tandis qu’il chauffe le produit avec une flamme. Attention, les embouts amovibles sont à usage personnel !

Pipes artisanales : Les consommateurs de drogues en général et de NPS en particulier font preuve d’une grande inventivité en ce qui concerne l’artisanat de petits objets servant à fumer. Les plus courants sont des pipes fabriquées à l’aide d’ampoules lumineuses ou de doseurs à alcool. Dans tous les cas le principe est le même : chauffer le produit sans trop le bruler et aspirer la fumée. Cependant les kits cracks (parfois appelés doseurs justement) sont en train de supplanter ces bricolages.

Cigarettes, joints : c’est la façon la plus courante de fumer un produit. Elle consiste à mélanger le produit avec du tabac puis à rouler une cigarette qui sera ensuite fumée normalement.

Pipes à eau, bang, narguilés etc : Le principe est le même que pour une pipe normale mais avec un passage de la fumée dans de l’eau afin de la refroidir.

Vaporisation : La vaporisation est un procédé légèrement différent : ici pas de combustion, le produit est monté à une température suffisante pour que son principe actif se vaporise (c’est-à-dire se transforme en gaz) mais sans qu’il ne brûle (ce qui permet d’éviter d’inhaler goudrons et autres molécules cancérigènes).

Vapotage : Le vapotage nécessite l’emploi d’une cigarette électronique. Cette technique se rapproche de la vaporisation puisqu’il n’y a pas de combustion. D’un point de vue RDR, elle est donc bien plus performante que les techniques reposant sur la combustion.

Risques

Les risques principaux spécifiques à l’inhalation sont d’abord liés à la nature de ce qui est inhalé : la combustion produit des substances particulièrement nocives, notamment les goudrons, qui encrassent les poumons et se révèlent cancérigènes à long terme. Ce qui est bien connu sur la cigarette s’applique de la même manière aux autres produits fumés. C’est pour cette raison qu’il vaut toujours mieux favoriser l’inhalation sans combustion (cf vapotage et vaporisation ci-dessus). Ces deux modes de consommation encore peu connus en France devraient remplacer toute technique fumée.

Gober, l’ingestion consiste à avaler le produit.

C’est à priori le mode de consommation le plus safe pour la bonne raison que le corps humain a évolué avec le risque d’avaler de la nourriture avariée ou des poisons divers (plantes vénéneuses…) et qu’il a donc développé un mécanisme de protection particulièrement efficace : la régurgitation ! Ainsi dès que votre corps sent qu’il a avalé quelque chose d’anormal il le rejette. Une explication du mal de mer serait même que, face à des mouvements qui ne lui semblent pas naturels, le corps suppose qu’il s’agit d’une illusion causée par une substance ingérée et déclenche donc des nausées puis la régurgitation.

De plus, la membrane d’absorption (les intestins) est particulièrement grande et peu fragile (c’est encore plus vrai pour l’estomac qui contient des acides puissants).

La particularité de l’ingestion est d’être un mode de consommation particulièrement lent. Selon les produits consommés, la façon dont ils sont pris (dilués dans de l’eau chaude ou dans une gélule épaisse…) et en fonction de la disponibilité de l’appareil digestif du consommateur (a t’il le ventre vide, plein ?), les effets pourront arriver entre 15 minutes et 3 heures après la prise ! Cette incertitude comporte en revanche un risque majeur : ne voyant pas d’effets pointer le bout de leur nez, les consommateurs pensent parfois être tombé sur un produit de mauvaise qualité ou s’être trompé dans les doses. Ils peuvent alors décider de re-consommer, prenant alors le double de la dose normale. C’est l’effet double montée qui est responsable d’un nombre important de surdose d’ecstasy, de LSD et des autres produits qui s’ingèrent. An ingestion il faut donc toujours laisser au produit le temps d’agir avant de reconsommer.

Le plug, « l’injection anale » :

Le principe est celui du suppositoire : le produit, préalablement dilué est introduit (généralement avec une seringue sans aiguille) dans l’ampoule rectale où il passera dans les petits vaisseaux qui irriguent la muqueuse anale et rejoindra la circulation sanguine générale qui le conduira au cerveau. Le plug est facile à réaliser mais nécessite des conditions particulières qui le rendent inadapté à beaucoup de situations : il faut pouvoir se déshabiller et s’allonger pendant quelques minutes.

Le plug est très proche du sniff (tous deux sont des modes de consommation transmuqueux) à ceci près qu’avec le plug, rien n’est ingéré. Ce mode de consommation a beaucoup été rapproché de l’injection (au point d’être surnommé injection anale) car il possède aussi quelques points communs avec ce dernier mode de consommation : comme l’injection, le plug n’occasionne que peu de pertes (pas de gâchis) et offre une montée rapide. En dépit de ses inconvénients et de son image particulière, il apparaît donc comme une solution alternative pertinente pour des injecteurs au capital veineux abîmé.

En revanche il semble pouvoir y avoir des risques locaux liés à la corrosion de l’ampoule rectale aussi il est recommandé de bien diluer les produits. Evidemment le matériel ne doit pas être partagé pour éviter toute transmission d’infection ou autres

NPS, RC, Legal highs