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- Rappelons que sous prétexte d’empêcher les
drogués de se droguer, on a condamné des milliers
d’héroïnomanes des années 70
à utiliser
un matériel souillé par le VIH et les
hépatites.
- Rappelons que cette philosophie de la violence, qui a tué
et qui tue encore par le truchement des hépatites, est celle
avec laquelle les 78 députés signataires veulent
renouer.
- Rappelons que grâce à la RDR, un certain nombre
de
personnes toxicomanes à l’époque sont
maintenant en
vie
- Rappelons, pour finir, que de nombreuses personnes,
concernées
directement dans leur chair, leurs amitiés, ou leurs amours,
travaillent actuellement dans nos associations ou y ont
travaillé longtemps. Ce débat est donc
pavé de
vies humaines, brisées, estropiées, et ces vies,
ce sont
les nôtres, pas celles des députés.
Leur stratégie est de disqualifier la RDR, et leur tactique est de concentrer leurs attaques sur ceux qu’ils estiment être les plus vulnérables parmi les acteurs de la RDR. ASUD est une association, animée, dirigée, encadrée principalement par des consommateurs ou ex-consommateurs de substances illicites, autrement dit des drogués ou des anciens drogués dans le langage de ces messieurs! En 2006 il existe encore des élus pour penser et écrire que lorsque l’on a pris des drogues c’est « mal ». Non pas dangereux, ou signe d’autre chose, non, c’est moralement condamnable. Nous sommes donc à priori suspects pour ce que nous sommes et non pas pour ce que nous faisons.
Le langage méprisant utilisé par la « lettre des 78» visent à séparer les « honnêtes gens » de la racaille que nous sommes supposés être. Pour preuve, l’incroyable mépris qui accueille régulièrement toutes nos demandes de débat, de rencontres, de dialogue. Le procès qui nous est fait est l’un des rares où il est encore possible de calomnier et de condamner à priori, sans qu’il n’y ait possibilité ne serait-ce que de répondre ( voir chronologie des actions menées contre ASUD et T+ jointe au dossier de presse).
La référence constante faite par ce courrier « à la famille », et à la protection des « adolescents » nous indigne. Elle montre une méconnaissance dangereuse du dossier des drogues. Nous ne sommes plus au XIXe siècle, où les « gens comme il faut » pouvaient éviter d’avoir à polémiquer avec les « classes dangereuses ». Les drogues et tout particulièrement l’héroïne posent des questions aux adultes, la moyenne d’âge des consommateurs tournant plutôt autour de 35-40ans. Les 100 000 personnes substituées au Subutex ou à la méthadone sont plutôt des parents que des enfants. D’ailleurs, parmi eux, nombreux sont ceux qui doivent aux traitements de substitution le bonheur d’avoir pu fonder une famille. Ce sont ces gens que nous représentons à ASUD.
Nous calomnier en écrivant n’importe quoi au Premier Ministre de la République Française est un peu court pour disqualifier l’existence légale de l’association de patients que nous sommes. En tant que telle nous avons droit à un financement public probablement bien supérieur à ce que les morts du sida nous ont finalement permis d’avoir. Attention à ce que l’opprobre que vous agitez au-dessus de nos têtes ne se retourne pas pour souligner la modicité des moyens mis à la disposition des deux des rares associations représentant explicitement les millions de personnes concernées par le traitement des addictions.
Mesdames, Messieurs, les députés, nous l’avons déjà écrit ailleurs, le mépris n’est pas la meilleure des armes politiques, en tout cas, elle n’honore pas ceux qui l’utilisent. Nous vous invitons à lire nos articles chaussés d’autres lunettes que celles de la haine et à mieux vous renseigner sur les opinions que nous professons en matière de politique des drogues.
En guise de réponse à votre courrier nous demandons publiquement à l’ensemble des associations et groupement divers, syndicats, partis politiques et simples citoyens qui souhaitent soutenir l’action d’ASUD, association d’usagers et d’ex-usagers de drogues, et de techno+ association de santé communautaire, de le manifester publiquement par écrit en signant cet appel.
Pour ASUD Fabrice Olivet, directeur - Eric Schneider, président