Alain Chateau, fondateur d’ASUD Reims

Alain Chateau, fondateur d’ASUD Reims, combattant, militant, est parti depuis plus d’un an, sans bruit.

Ton empreinte dans la réduction des risques reste présente depuis la fin des années 1980, où tout était à faire dans la lutte contre le VIH auprès des UDVI face aux pouvoirs publics et à la majorité silencieuse. Peu, si peu de personnes pour lutter contre cette discrimination dans la lutte contre le VIH où la parole des usagers de drogues n’avait pas de place.

Alain faisait partie de ces personnes n’hésitant pas à donner de son temps, de son énergie, de sa vie dans, à prendre la parole, à avoir des « coups de gueule », avec ses mots pour mettre en place la réduction des risques. Chapeau l’ami d’avoir été là dans les instants, moments difficiles à l’instar de la plupart de « la famille »‘ de la réduction des risques. Tu manques…

Ce texte a été publié par Estelle Dolé sur son mur Facebook le 29 mai 2016 (voir ci-dessous).

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Pierre Ouin est mort. Comme Bloodi, ASUD est triste.

Triste nouvelle, un compagnon de route de plus s’en est allé. Avec Bloodi, Pierre OUIN a personnifié ASUD et a réussi l’exploit de faire rire toute une génération, sur des sujets pas toujours drôles.

Une cérémonie a eu lieu le mardi 17 novembre à 13H30 salle de la grande coupole au crématorium du Père Lachaise pour lui dire « à plus » :

Adieu Pierrot

Au clair de la lune, « Bloodi s’est payé un demi-gramme d’héroïne et s’est troué les veines avec une seringue »…

Au clair de la lune, prête moi ta plume. Bloodi transformé en Popeye par le DR Salface nous dit « shootez pas le Subutex les mecs, on a l’air con ».

Au clair de la lune, Bloodi nous promène dans le jeu de loi de 70…

J’avais écrit un texte en 2009 pour les dix ans d’ASUD :
« Avec sa crête, son perfecto et ses drôles de pompes rouges et blanches, Bloodi c’est un peu comme Tintin, sa houppette et ses pantalon de golf. » Avec une ratte faisant fonction de Milou.

Bloodi est devenu le Tintin d d’ASUD. On l’a mis à toutes les sauces. On l’a obligé à shooter propre, il a pris de la méthadone, il a fait une biopsie à l’hôpital pour soigner son hépatite, il a même planté du cannabis … thérapeutique. Le manuel du shoot à risques réduits ? Une véritable épreuve.

Ca ne l’empêchait évidemment pas de shooter de la coke, de fumer du crack, de niquer des keufs et de dégueuler sur les docteurs. Car même à ASUD, ce que Bloodi aimait le plus, c’était faire chier le monde des conventions. Des « oh non ! quand même on peut pas imprimer ça !!!! »

Combien de fois je me suis retrouvé devant mon écran d’ordinateur, après la lecture d’une nouvelle aventure de Bloody, à me dire « non non ! On ne peut pas imprimer ça »

Il adorait ça Pierre, me voir décrocher la mâchoire devant son + de sang,, + de dope + de caca pipi. Pierre, le Monsieur plus du gore toxico.

Et puis le journal paraissait et nous savions que pour les lecteurs, Bloodi était le moment préféré

« La bd, c’est le premier truc que je lis dans ASUD ….. »

Combien de fois ai-je entendu cette phrase ?

Bloodi, le sale punk dont personne ne veut plus car il s’est grillé partout. Les gens qui lisent ASUD adorent Bloodi. Bien sûr, c’est un peu le tox de caricature mais c’est aussi celui à qui on pardonne tout car il y a un petit Bloodi qui sommeille en chacun de nous.

S’il te plaît continue à faire chier le monde Bloodi, il le mérite.

Pour ASUD, Fabrice Olivet

 

Son profil facebook est devenu une page commémorative.

Voir également une bibliographie sur Phylactérium.

Lire la page hommage très complète elle aussi sur BDZ Mag.

[RIP Pierre OUIN]Triste nouvelle, un compagnon de route de plus s’en est allé. Avec Bloodi, Pierre OUIN a personnifié…

Posté par ASUD – Autosupport des usagers de drogues sur mardi 10 novembre 2015

Jimmy Kempfer (1955-2014)

Jimmy s’en est allé, il nous a quittés pour rejoindre Georges, Véronique, Esther, Momo, Mansour, Jean-Pierre, Gérald, Gilles, Olivier, presque tous emportés par le sida ou l’hépatite C.

Avec la mort de Jimmy, la famille Asud paye encore un nouveau tribut à la politique criminelle qui a privé toute une génération de l’usage de seringues stériles pour consommer des drogues.

Salut camarade, te voilà parti comme bien d’autres militants qui ont fait les beaux jours d’Asud, et c’est bien triste. Le souvenir de notre dernière rencontre me rappelle les bons moments que nous avons partagés quand nous étions (plus) jeunes et beaux.

La lutte continue, tchao mon pote.

Jeff, directeur d’Asud-Nîmes

La lutte perd un militant de longue date. Les militants d’Aides, dont beaucoup gardent de lui un souvenir vivace, se joignent à moi pour témoigner de son engagement.

Nos condoléances à sa famille, ses amis, à Asud.

Vincent, directeur général d’Aides

Jimmy_Kempfer_2006_Damien_RoudeauGraphiste pour Asud-Journal de 2006 à 2013, j’ai travaillé pendant ces sept années psychédéliques en étroite collaboration avec Jimmy, aka Iconomaster, le grand iconographe de toutes les substances psychoactives (même celles que vous ne connaissez pas encore). J’ai passé des journées entières à shooter (pardon, numériser) les trésors de flyers, gravures et zines ultrarares consacrés à la foncedé, qu’il avait chinés toute sa vie dans des lieux improbables. Je me souviendrai toujours de l’interview de Vincent Ravalec qu’on avait faite chez lui. Jimmy lui posait des questions pendant que je le dessinais. On lui avait promis que l’entretien durerait une heure maximum et trois heures plus tard, Jimmy rebondissait encore sur ses propres questions, exhumait des images, sans que Ravalec n’ait pu en placer une !

Sur sa carte de mariage, on pouvait admirer une jolie dame taper de grosses traces de diamants. Et sur sa carte de décès, sûr qu’il aurait demandé à Ouin de lui dessiner un Bloodi avec le majeur bien haut. Parce que Jimmy ne demandait ni pitié ni « respect » pour les tox. Il réclamait juste des droits. Repose en révolte, camarade, et sniffe-nous tous ces nuages là-haut.

Damien

Si j’étais croyant, je souhaiterais à Jimmy de découvrir toutes les substances de l’au-delà et surtout, de nous en tracer l’histoire ou l’usage comme il savait si bien le faire.

William, SOS-addiction

Jimmy_Kempfer_2005_Barbes1_Damien_RoudeauC’est tellement dur d’accepter que tu sois parti ! Tu étais tellement vivant, tellement occupé, tellement curieux, intelligent, passionné, insolent… Tu étais tellement doué pour tant de choses, tu ne suivais jamais la foule, tu avais le courage de te dresser pour nos valeurs… Tu as toujours veillé sur moi qui suis un peu « tête brûlée », comme un genre de frère aîné un peu spécial. Tu étais l’activiste-type, le journaliste-type, tu étais en train de devenir le collectionneur-type.

Comment te dire adieu ? Ce n’est pas possible, je ne peux pas. Je vais garder mes souvenirs de toi et ton nom dans le UK Museum of Drugs, où nous allons regrouper ton iconographie consacrée aux drogues dans une collection unique.

Au revoir Dearest Friend

Erin, London, Black Poppy

Jimmy était un ancien membre de Techno +, un soutien et un partenaire de longue date qui a marqué des générations de volontaires. Il incarnait la Drug Culture comme personne. Son côté iconoclaste et provocateur le rendait inoubliable. Que la Drug Culture vive, c’était ton souhait.

Techno +

FB_planche2_JimmyJimmy était passionné, curieux, souvent très drôle… Des traits de caractère qui le faisaient apprécier.

Passionné par le terrain, il y avait réalisé de nombreux travaux au plus près des usagers. Jimmy était une référence, comme en témoignent ses nombreuses collaborations avec Audvih, Asud, la clinique Liberté, le Crips, l’Ofdt, l’ORS-IdF, Techno+, Swaps, et j’en oublie.

Asud-Nîmes s’associe à la douleur de ses proches, avec une pensée particulière pour sa femme qui le soutenait.

Étienne

Jimmy Kempfer

Nouvelle donne !

En 1992 est fondée une association dont l’objectif est de fédérer les usagers de drogues dures (pour reprendre la terminologie de l’époque) autour d’un journal. Il s’agit bien entendu d’Asud, une association d’autosupport composée de tox, des vrais…
Si nous avions en commun de consommer des drogues classées au Tableau A des stupéfiants, il n’était pas question de mettre sur le même plan l’innocent cannabis et la méchante héroïne, une opinion partagée par la grande majorité des cannabinophiles pour qui cette drogue représentait le diable en personne.

Notre première rencontre avec les Asudiens date de 1993… Et il nous a fallu user beaucoup de salive pour que les militants de base du Circ admettent, qu’au regard de la loi, nous étions tantôt considérés comme des délinquants, tantôt comme des malades, jamais comme des citoyens à part entière. Pour sceller notre soutien aux acteurs de la réduction des risques, le Circ publie en 1994 un texte intitulé Haschich et héroïne vont en bateau, et participe au mois de juin aux États généraux Drogues et sida organisés par le collectif Limiter la casse au Palais des congrès.

Un seul et même ennemi : la prohibition

Entre le cannabis, une drogue populaire ne présentant pas de problèmes sanitaires majeurs, une drogue socialement acceptable, et les opiacés, qui sont d’autant plus dangereux pour la santé qu’ils sont consommés dans des conditions précaires, enjeux et stratégies différent. Et pendant que les politiques des gouvernements successifs, pressés par les acteurs de la réduction des risques, et uniquement à cause des dommages causés par le VIH et le VHC, évoluaient au fil des années, les activistes du cannabis présentés comme des clowns et suspectés de faire du prosélytisme pliaient sous les coups de boutoir de la brigade des stupéfiants.

En 1998, les croisés de la prohibition ne s’en prennent plus uniquement au Circ, mais aussi aux associations qui soutiennent ses actions provocatrices et néanmoins salutaires. Et puis voilà que le président d’Act Up se retrouve devant la 16e chambre du tribunal de Paris, accusé de « présenter les stupéfiants sous un jour favorable » suite à la diffusion d’un flyer sobrement intitulé « J’aime l’ecstasy. Je suis pédé aussi ».

Ce procès a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : militant dans leur coin et à leur manière pour limiter la casse ou pour imposer leurs arguments en faveur d’une légalisation du cannabis, les associations se rassemblent et fondent le Collectif pour l’abrogation de la loi de 1970 (Cal 70), un mouvement hétéroclite (Anit, Aides, Asud, Act Up, Circ, LDH, Limiter la casse, Médecins du monde, Syndicat de la magistrature, Techno +, MJS, Les Verts, les Jeunes Verts, les éditions du Lézard, l’Éléphant rose…) dont l’objectif était de dénoncer les multiples effets pervers de la prohibition et de proposer une alternative.

« Le sida est plus grave que la toxicomanie : il vaut mieux être vivant que mort, il vaut mieux inhaler et fumer de l’héroïne que se l’injecter, il vaut mieux prendre de la méthadone, travailler et avoir une famille, plutôt que se prostituer, attaquer les vieilles dames ou mourir dans un squat. Il vaut mieux enfin renoncer à l’usage de drogues. »

« Entre guerre à la drogue et légalisation : la réduction des risques », Anne Coppel, Libération (9 mars 1993)

En juin 1998, les organisations adhérentes du Cal 70 défilaient dans Paris pour demander l’abrogation de la loi de 1970 et réitéraient l’année suivante à Marseille. En 1999, après bien des tergiversations avec les militants du Circ, mais aussi avec les principaux acteurs de la réduction des risques, je suis candidat sur la liste des Verts pour les élections européennes et chargé de représenter l’antiprohibition. Une expérience enrichissante qui nous a convaincus de la primauté du débat si l’on veut persuader les sceptiques (et ils sont légion) des avantages que tirerait la société de la légalisation du cannabis, que ce soit sur le plan sanitaire ou économique.

De dangereux prosélytes

Nous étions sur la même longueur d’ondes et pensions que, tous réunis sous la bannière de l’antiprohibition, nous obligerions le pouvoir à nous écouter mais surtout, à entendre nos arguments. L’arrivée surprise de la droite au pouvoir a brisé notre élan et modifié les stratégies des uns et des autres. Si les associations de « réduction des risques » ont obtenu en 2004 que ce concept soit enfin reconnu par la loi de santé publique, cette politique a montré ses limites. Au XXIe siècle, le consommateur d’opiacés est toujours considéré comme un malade, jamais comme un citoyen à part entière. Au pays de la tolérance zéro, celles et ceux qui militaient pour la légalisation du cannabis (qu’il soit thérapeutique ou récréatif) ont juste réussi à passer aux yeux de l’opinion publique sous-informée pour des nostalgiques de mai 68, des irresponsables ou les complices des trafiquants… Bref, de dangereux prosélytes. Il n’a fallu que quelques années, un rapport du Sénat dont l’intitulé – Drogue, l’autre cancer – était pour le moins stigmatisant et une campagne de prévention caricaturale à l’usage des ados relayée dans tous les médias pour que l’opinion publique panique.

Le printemps du cannabis

La gauche est de retour et immédiatement l’ambiance se détend, même si nous savons qu’il ne faut pas attendre grand-chose de ce nouveau gouvernement. Et voilà que quelques militants aguerris qui avaient patiemment préparé leur coup sortent du bois et lancent le Cannabis Social Club (CSC). Frustrés sous l’ère Sarkozy, les médias relaient largement cette initiative. Mais nous ne sommes ni en Espagne ni en Belgique où l’usage du cannabis est dépénalisé, nous sommes en France où le débat est verrouillé pour cause de mauvaise foi (de mauvaise loi !) ou d’ignorance crasse des politiciens. Le peuple de l’herbe s’enthousiasme, les Cannabis Social Club fleurissent un peu partout, mais des dissensions apparaissent au sein du mouvement et lorsque Dominique Broc, l’instigateur du CSC en France, se retrouve en garde à vue, les structures censées se dénoncer ne jouent pas le jeu.

Aujourd’hui, d’anciens chefs d’État de pays dévastés par des conflits entre gangs pour le partage de territoires, d’anciens hauts responsables d’instances chargées de mener une guerre impitoyable contre la drogue, et même deux prix Nobel de littérature demandent en chœur à l’Onu de « cesser de criminaliser l’usage et la possession de drogues » et de « traiter de force des personnes dont la seule infraction est l’usage ou la possession de drogues ». Une Commission au-dessus de tout soupçon qui recommande aussi « de permettre et d’appuyer les essais dans des marchés légalement réglementés de drogues actuellement interdites, en commençant, sans s’y limiter, par le cannabis ».

Nouvelle donne et rebelote

Au moment où des expériences lointaines valident notre combat contre l’obscurantisme et l’hypocrisie, les activistes du cannabis se chamaillent et se dispersent. Quant aux structures de réduction des risques, dépendantes en partie de subventions, elles colmatent les brèches et gèrent au jour le jour. En octobre dernier, l’AFR qui, comme chacun sait, est « un collectif d’acteurs engagés rassemblant des militants, des professionnels, des bénévoles, des usagers, des structures » dont le Circ, organisait ses rencontres annuelles : « Drogues, la sale guerre ». Et qu’il s’agisse des participants aux tables rondes ou des intervenants (à l’exception de la présidente de la Mildeca), tous ont souligné que le moment était venu pour les associations de se serrer les coudes et d’organiser des débats afin de dénoncer les catastrophes sanitaires et sociales engendrées par la prohibition. Un travail pédagogique à mener auprès des Français(e)s et des élu(e)s, comme le soulignait Marie Debrus, la présidente de l’AFR.

Qui sommes nous ?

La publication récente des premiers numéros de notre journal sur asud.org renvoie à des interrogations identitaires sur le devenir de notre mouvement. En effet, qui somme-nous ? Des usager de drogues ? Des consommateurs de substances interdites ? Des toxico ? Les patients d’un système de soins. L‘avenir reste opaque et nous sommes inquiets du peu de progrès accomplis par l’auto-support sur le terrain de la citoyenneté.

Qui sommes-nous ?

Cette question était le titre d’une brochure que nous utilisions pour nous présenter aux yeux d’un public, le plus souvent incrédule. A l’époque la réponse paraissait simple, des toxicos qui ne veulent pas mourir du sida, ou plutôt, qui avaient décidé de ne pas disparaître dans le silence et la culpabilité. 20 ans après, non seulement nous ne sommes pas morts, mais le combat que nous avons mené a porté ses fruits au-delà de nos espérances. La méthadone et la buprénorphine sont des outils reconnus (peut-être même les seuls en matière d’héroïne) et les usagers de drogue sont sortis des statistiques du sida en France. Pour autant le nombre de consommateurs ne cesse d’augmenter, tout au moins si l’on se fie aux statistiques d’interpellations au point même que la « banalisation » de l’usage de drogues est une tarte à la crème de la presse à sensation. En effet, la consommation s’est faufilée dans tous les milieux, dans toutes les classes sociales, et touche un volant de génération de plus en plus étendu. Les « djeuns » sont bien plus habiles pour se procurer du matos que nous l’étions au même âge. La caricature raciste du méchant dealer à la sortie des collèges a la vie dure même si dans neuf cas sur dix les méchants dealers ce sont nos gamins. A l’autre bout du spectre, les toxicos ayant cessé de mourir jeunes, ils commencent à embouteiller les maisons de retraites. De nouvelles rubriques vont s’imposer dans ce journal : ménopause et cocaïne, l’opium et ma prostate…Oui , les cassandres anti-drogue voient juste,  prendre des drogues c’est…banal.

Asud basching

Au- delà de l’anecdote, si en 1992 la parution du n°1 d’ASUD fut une anomalie et tout laisse penser que son caractère scandaleux reste d’actualité. Le principe de voir des drogués groupés au sein d’une association agrée par l’État, représentée à la commission des stupéfiants et financée par des fonds publics, est contesté et combattue par des forces que nous avons vues à l’œuvre l’année dernière au cours d’un ASUD basching particulièrement offensif. A cette occasion Madame la Ministre de la Santé a su exprimer publiquement le soutien consenti par l’Etat à notre association depuis 20 ans (lire sa déclaration). Ce partenariat ancien mérite d’être examiné d’un point de vue politique, car si nous sommes plus que jamais sollicités comme représentants des patients – c’est à dire les malades en soins pour des problèmes d’addiction – notre audibilité dans le concert cacophonique de la réforme de la loi reste quelque peu incertaine.

La feuille de vigne du sidaasud-journal-54 Adam et Eve

L’épidémie de sida est heureusement derrière nous, et l’on peut espérer que grâce à la nouvelle génération de traitements combinés qui arrivent sur le marché, l’hépatite C ne représentera bientôt qu’une péripétie due aux mauvaises habitudes des années 80. Fondamentalement, la menace virale, qui sert aujourd’hui encore de justification théorique à la politique de réduction des risques est en passe de disparaître, nous devons nous poser la question de notre identité. La lutte contre le sida est un peu la feuille de vigne de la réduction des risques. Elle sert depuis longtemps à cacher ses parties honteuses mais elle a aussi accouché de principes citoyens venus irriguer toute la question du soin. Un jour viendra où l’on pourra mesurer toutes les avancées citoyennes consécutives de ce désastre sanitaire. Mais pour l’heure les usagers de drogues sont loin d’avoir obtenu leur mariage gay. Ils doivent absolument prolonger le souffle citoyen qui anime le secteur de la santé qui a pour nom démocratie sanitaire.

Vive la démocratie sanitaire

La démocratie sanitaire c’est tout et rien à la fois. Un concept foucaldien révolutionnaire et un attrape bobo pour médecin généraliste en formation continue. La démocratie sanitaire est une nécessité due au nouveau règne de la religion de la santé dirigée par des grands prêtres disposant du droit de vie et de mort. C’est aussi un gimmick qui sert de tartes à la crème dans toutes les conférences. On place l’usager au centre, on fait de la prise en charge globale, jamais on a autant parler des droits du patients et de l’éducation thérapeutique. Cet espace démocratique nouveau fait débat dans nos associations. Nous nous sommes déjà exprimé depuis longtemps sur les limites du report terme à terme des marques de l’addictologie à celles de l’usage de drogues illicites. Pour autant, nous devons investir cet espace pleinement, sans complexe et avec l’idée d’en repousser les limites jusqu’à faire coïncider démocratie sanitaire avec la démocratie tout court.

De grands changements vont être opéré dans le statut légal des drogues ces prochaines années. L’horizon de 2016, est un premier test avec la session extraordinaire sur les stupéfiants organisée à l’assemblée générale de l’ONU. De nouveaux rapports de forces opèrent au niveau international entre les réseaux du changement et les crispations réactionnaires. Dans cette gigantesque partie, la voix de usagers peut être entendue comme celles des véritables victimes de la drogue, les citoyens persécutés depuis 40 ans au nom d’une croisade morale que nous devons dépouiller de ses alibis sanitaires. Mais cette espérance repose sur une nécessaire évolution, pour ne pas dire révolution de la santé publique en matière de drogues. Au-delà de la feuille de vigne sida-hépatites, au delà même de la réduction des risques passe partout, au-delà du gimmick de la démocratie sanitaire, c’est bien de la place du citoyen dans la prise en charge de sa propre santé qu’il s’agit. Nous ne militons pas pour le droit des malades, nous militons pour le droit à rester bien portant. Notre révolution c’est celle de la santé qui suppose d’admettre enfin et sans restriction qu’en matière de drogues c’est la contrainte qui est une maladie. Notre révolution est bien celle du plaisir, mais pas celui de l’hédonisme des années 70, celui du plaisir contrôlé, adapté, informé. Plus que jamais nous savons que la solution de toutes les addictions, se trouvent entre l’abstinence et la dépendance, dans un graal mythique appelé consommation récréative. Cette révolution est en marche du côté du cannabis où le bon sens commence à s’imposer dans la zone pan américaine. Elle a peine à affleurer du côté du soin ou pourtant elle a toute sa place dès que l’on parle des drogues que l’on prend, que l’on ne prend plus, que l’on prend moins ou différemment. Cette révolution nous la ferons parce qu’elle sauve des vies, qu’elle plus juste, et qu’elle est beaucoup beaucoup plus agréable.

Circ’s story – épisode 5

Résumé des épisodes précédents en quelques dates

1994

Descente de police au local du Circ, Garde-à-vue musclé et procès en perspective.

Suivie de près par les caméras de l’agence Capa, la fine équipe du Circ participe à la première Cannabis Cup européenne.

1995

Le 3 février, jour de la Saint-Blaise, je suis condamné au nom du Circ à une amende et à une peine de prison avec sursis.

Le 1er  avril, la  « Société Nationale des Chemins de Fer » se transforme en « Soutien National aux Cannabinophiles Français ».

En 1995, le Circ n’est pas au mieux de sa forme. La brigade des stups a saisi une partie de son stock et poussé France Télécom à fermer les tuyaux du 36 15, sa principale source de revenus, mais il en faut plus pour entamer le moral des troupes et nous choisissons d’investir toute l’énergie qu’il nous reste dans un « Appel du 18 joint » furieusement festif et politique.

« Cannabistrot, mythe ou réalité ? »

Hasard du calendrier, le18 juin tombe un dimanche et nous décidons de consacrer le week-end entier au cannabis. D’abord, en mettant à l’épreuve de la réalité notre concept de Cannabistrot, ensuite en mettant l’accent sur les vertus du  chanvre agricole, enfin en mettant le feu le 18 juin sur la grande pelouse du parc de La Villette.

Pour mener à bien notre projet, nous soldons quasiment notre compte et louons pour deux jours l’Espace Voltaire, une salle sise dans le onzième arrondissement de la capitale.

Pas de problèmes pour trouver de la beuh. La culture indoor en étant à ses balbutiements, nous avons dans nos relations quelques jardiniers en herbe  généreux et prêts à céder une part de leur récolte pour alimenter un cannabistrot éphémère.

Après de longs et tumultueux débats, nous optons pour une soirée payante sur réservation. Nous voulons donner du Circ une autre image que celle de clowns passant le plus clair de leur temps à tirer sur de gros pétards et éviter que la soirée soit squattée par des zonards.

asud-journal-54 cannabistrotEn moins de temps qu’il ne faut pour le concevoir, Phix nous pond un carton d’invitation : « Cannabistrot, mythe ou réalité » que nous imprimons et envoyons à des artistes, à des journalistes, à des personnalités politiques…

Alors que l’un travaille sur la programmation musicale, qu’un autre se charge de la déco, voilà qu’un arrêté préfectoral du 9 juin interdit la soirée du 17 et dans l’élan le salon du chanvre prévu le lendemain.

On avait évidemment envisagé l’interdiction, mais sans trop y croire. Pour le Circ, c’est une douche froide. Ne nous reste plus qu’à contacter les médias et souhaiter qu’ils nous soutiennent.

Rassemblement maintenu

Nous sommes le 15 juin et il est environ 19 heures. Je suis encore au local lorsque deux personnes se présentent à mon domicile. Ma copine les reçoit, leur propose de m’attendre et les invite à partager un pétard qu’ils refusent poliment. Après avoir interdit nos manifestations du vendredi et du samedi, voilà que le préfet de police envoie ces sbires me signifier l’interdiction de l’Appel du 18 joint, manifestation qui selon lui « présente sous un jour favorable l’usage du cannabis ».

Je le prends mal. nous avons distribué des milliers de tracts, collé des centaines de stickers, certains médias ont relayé l’événement. Le Circ n’a pas l’intention d’obéir  aux ordres du préfet et maintient le rassemblement.

Nous voilà 16 juin, une rangée de CRS protège l’entrée du cannabistrot et quelques dizaines de militants protestent, des jeunes écolos et des jeunes socialos, des militants de Limiter la Casse et d’Asud, les activistes du Circ et en vedette américaine, Jean-François Hory le président de Radical, mais aussi des responsables d’associations européennes venus soutenir leurs camarades français dans la mouise.

Le lendemain, les militants du Circ et leurs amis européens se retrouvent aux Buttes-Chaumont, un lieu hautement symbolique puisque c’est là comme chacun sait que s’est déroulé l’Appel du 18 joint originel. On se détend échangeant des pétards et des idées.

C’est dimanche. Sous un beau soleil et sous la surveillance discrète de la brigade des stups nous sommes un bon millier à revendiquer une autre politique pour le cannabis.

Régulièrement, je rappelle par mégaphone que le rassemblement est interdit invitant sur un ton ironique celles et ceux qui sont là pour soutenir le Circ à quitter les lieux. Quant aux autres, que rien ne les empêche de s’informer sur notre stand et d’applaudir aux interventions dénonçant la politique de Jacques Chirac. notre nouveau Président de la république !

Bienvenue en Chiraquie

Le rassemblement de l’Appel du 18 joint (le premier à être interdit) s’étant déroulé en toute convivialité et en présence de médias plus ou moins acquis à notre cause, nous étions rassurés.

Par pour longtemps car nous attendait une épreuve douloureuse qui allait gâcher nos vacances.

asud-journal-54 chirac joint

À peine élu président, Jacques Chirac s’en prend violemment à la politique des Pays-Bas en matière de cannabis, rétablit les contrôles aux frontières et avertit ses partenaires européens qu’il signera les accords de Schengen sur la libre circulation des personnes le jour où la Hollande renoncera à ses Coffee-shops.

C’est le début d’un feuilleton sur lequel nous reviendrons plus longuement, un moment difficile pour les touristes Français à Amsterdam car à l’arrogance de Jacques Chirac sur la politique des drogues bataves, s’ajoutait  la reprise des essais nucléaires !

La première visite de Jacques Chirac en tant que chef d’État fut pour son ami Hassan II. Nous espérions qu’après ses vitupérations sur la tolérance batave en matière de cannabis, notre président interpellerait le roi du Maroc sur ce qu’il compte entreprendre pour ne plus être le plus gros producteur de haschich au monde dont une grande partie nourrit le marché français, un sujet qui  ne sera pas abordé officiellement.

A very bad trip

Enhardi par l’arrivée de la droite au pouvoir, fort des positions intransigeantes sur le cannabis du nouveau président, l’inspecteur chargé de liquider le Circ se frotte les mains. Le moment est venu d’oublier ce jour cuisant de novembre où, à deux doigts de nous écraser, la sortie inopinée du rapport du Comité national d’Éthique a ruiné son projet.

Tour à tour, il a convoqué Fabienne (présidente du Circ-Paris), Jean-René (président d’Asud) Stéphane (responsable d’Écolo-J) qui se fera accompagner par Dominique Voynet, Anne Coppel (présidente de Limiter la Casse) et moi-même.

l’inspecteur a tenu aux uns et aux autres des propos empreints de racisme, de bonnes grosses blagues fleurant mauvais l’extrême droite… Je ne citerais qu’une seule de ses saillies à propos des membres composant le Comité d’éthique : « Le docteur Mengele aussi était un scientifique ».

Ces propos et d’autres encore nous ont choqué. Nous sortions du cagibi exiguë où nous étions malmenés, incrédules et écœurés, ce qui nous a poussé, d’un commun accord, à tout déballer à un journaliste de Libération qui le 8 juillet publiait un article intitulé  « Interrogatoires rugueux aux stups » où il dénonçait les odieux propos de l’inspecteur. Quelques jours plus tard, punition ou promotion, il était affecté à un autre service.

Le Circ a un nouvel ami

1995, c’est aussi l’année où Roger Henrion, profession gynécologue, accouche dans la douleur d’un rapport qui fera date.

L’aventure mérite d’être brièvement conté. Après avoir lancé l’idée d’un grand débat sur la dépénalisation des drogues douces, Pasqua se défausse et renvoie la balle à Simone Veil, ministre de la santé, qui lance une commission composée de personnalités « d’origine très diverses », une commission qui devra rendre sa copie avant la fin de l’année et faire des propositions concrètes.

Le candidats ne se bousculent pas au portillon pour prendre la tête de la Commission. Puis fin décembre, le ministre de l’Intérieur nous sort de son chapeau un président : Roger Henrion, gynécologue encarté au RPR.

Le temps que soient nommés ses dix sept membres, dont Michel Bouchet, patron de la brigade des stups et Gilles Leclair, patron de l’Octris, nous sommes déjà en mars et le rapport doit être rendu en juin.

Il faudra attendre que les membres de la commission avalent et digèrent un amas de textes, la plupart indigestes,  pour que débutent le premier juillet les auditions.

L’automne passe, l’hiver arrive et toujours rien. Le bruit court que les débats sont houleux, que le professeur Henrion, un honnête homme, a viré de bord, et milite pour la dépénalisation, une solution que combat l’équipe adverse emmené par Michel Bouchet.

Le rapport qui devait être rendu le 20 janvier 1995 (jour du procès du CIRC) sur le bureau de Simone Veil, le sera finalement le 3 février (jour où le CIRC est condamné)… Et très vite oublié par les députés.

Par neuf voix contre huit, le rapport préconisait la dépénalisation du cannabis… et sa légalisation trois ans plus tard si tout se passait bien.

Dans le prochain épisode, nous suivrons le match qui oppose la France et les Pays-Bas et nous nous intéresserons aux Circ qui fleurissent un peu partout en France.

« Drogués heureux » le blog d’ASUD sur Rue89

Pour fêter ses 20 ans, le journal d’ASUD (Auto-support des usagers de drogues) est invité par Rue 89 pour discuter de dopes, de politique, de trafic, de réduction des risques, de plaisir et de dépendance. Drogues et Addictions, c’est « le blog des drogués heureux ».

Provocation ou profession de foi ? C’est aussi une référence au livre publié en 1977 par le Docteur Olievenstein « Il n’y a pas de drogués heureux ». Le pape du soin aux toxicomanes a traumatisé bien des usagers de drogues et leur entourage. La société française s’est ainsi façonné une image du drogué amoral, ordalique et lamentable.

Les membres d’ASUD (AutoSupport des Usagers de Drogues) ne partagent pas cette vision misérabiliste. Contre l’image du toxico assisté et criminel, nous plaidons pour un usager citoyen, intégré et responsable.

C’est en tout cas cette idée que nous défendrons par des témoignages et nos analyses sur ce blog qui nous l’espérons permettra de toucher et convaincre un public plus large sur l’efficacité de la réduction des risques liées aux drogues et la nécessité d’en finir avec leur prohibition.

ASUD.org fait peau neuve

Pour la nouvelle année, ASUD a relooké son site web. Le contenu reprend la totalité de celui du site précédant. Il s’enrichira prochainement de nouvelles informations et de nouveaux services.

N’hésitez à nous faire part de vos remarques et suggestions à ce sujet en laissant un commentaire au bas de cette page ou en écrivant à web@asud.org.

Les différents Asud

Si vous souhaiter des informations sur la création d’associations d’usagers de drogues ou de patients, nous pouvons vous renseigner et vous aider dans vos démarches.

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Historique de l’auto-support

Aux Origines d’Asud, le « self help » hollandais.

En 1992, l’un des concepteurs du projet ASUD est un sociologue d’origine égyptienne, Abdallah Toufik, soucieux de prolonger au pays des Droits de l’Homme une organisation européenne d’auto-support, le European Interest Group of Drugs Users (E.I.G.D.U.).

Cette filiation a fixé précocement les bases théoriques d’Asud. Le modèle « sociétal » , dont le Junky bond hollandais fut l’incarnation principale durant les année 80, est une version européenne, humaniste et sociale du self support. Ce modèle accorde une part prépondérante aux questions sociales et politiques dans la dynamique d’un groupe d’auto-support d’usagers de drogues. L’analyse de la consommation de substances illicites est entièrement organisée autour de la prohibition des drogues et de ses effets socio-économiques.

Ce modèle européen, basé sur la reconnaissance de la citoyenneté des consommateurs de stupéfiants est adopté par les usagers de drogues(u.d.) français, dans un pays où la question des droits de l’homme est un médiat fréquent des groupes opprimés (immigrés, taulards etc…). Logiquement la première mesure d’urgence réclamée par ASUD est la dépénalisation de l’usage de toutes les drogues .

ASUD se structure comme n’importe quel groupe antiprohibitionniste qui veut exercer une pression sur l’opinion pour changer la loi. Les non-usagers désirant se joindre au combat sont prévus par les statuts (40% des instances associatives). La création d’Asud en 1992 se fait autour d’un projet de journal de prévention, à la fois outil de propagande et organe de réduction des risques liés à l’usage de drogues, susceptible d’être toléré malgré le contexte répressif français. Les préoccupations sanitaires apparaissent naturelles, puisque visant à l’amélioration des conditions de vie des u.d., mais elles sont également articulées à une nécessaire modification du cadre légal régissant les stupéfiants.

Cette primauté du politique sur les objectifs de santé publique se double d’un certain ressentiment à l’égard d’un système de soins dont on conteste les postulats. L’équation drogué=malade, si elle satisfait la profession médicale qui y voit une possibilité d’arracher les u.d. au statut de délinquant, n’est en rien partagée par des militants d’Asud, pour lesquels l’argument majeur de la dépénalisation est à rechercher dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789.

Asud: quels militants ?

culpabiliteDans toute tentative d’analyse de la question de l’usage de drogues, il est essentiel d’intégrer l’importante question de la culpabilité morale générée par le caractère illicite de la consommation.
Ce problème structurel, dont les potentialités dévastatrices ne sont plus à démontrer depuis Freud, brouille toutes les données concernant les u.d. Il perturbe leur propre discours, il modifie le regard qu’ils portent sur eux-mêmes, il accentue tous les aspects négatifs consécutifs de la répression.

A l’intérieur d’un groupe de pairs comme N. A. (Narcotic anonymous), le self-help est principalement basé sur cette grande culpabilité inhérente à l’usage de drogues. Le projet individualiste et volontariste de N.A. est semblable à la machine « bull worker « des années 50. Il y a « avant », des loques mentales sous l’emprise de la drogue, incapables de différencier le bien du mal. Il y a « après », le « dépendant » sevré et abstinent puise sa force de conviction dans le dégout que lui inspire son double démoniaque d’avant: le toxico. Grâce aux puissants véhicules moraux qui s’appellent déculpabilisation et volonté d’expiation, les ex-drogués sont capables de nombreux sacrifices. Certains d’entre eux utilisent cette énergie pour enfin aimer, travailler s’insérer dans la société de leur semblables au prix de la négation d’une partie d’eux-mêmes.

Ce cheminement psychologique est parfaitement compréhensible. L’usage de drogues, particulièrement l’usage intraveineux, est un acte lourd, à la fois provocateur et initiatique. Très souvent il est l’aboutissement d’un processus antérieur de défi aux normes sociales. D’autre part, les consommateurs d’héroïne ou de cocaïne sont rapidement soumis à une dure pression financière. Cette impérialisme de la question monétaire dans l’organisation sociale des u.d. rapproche logiquement ce groupe humain de l’univers de la délinquance. Face à la nécessité de drainer chaque jour de fortes sommes, la plupart revendent, quelques-uns travaillent (parfois très dur), d’autres volent, bref beaucoup se retrouvent un jour ou l’autre à devoir gérer d’un point de vue éthique, la transgression de la loi.
Cette accumulation de transgressions ajoutée à la réprobation morale que l’ensemble de la société jette sur l’usage de drogues, peut devenir absolument intolérable. Plutôt que de continuer à préserver quelques principes, à l’intérieur de choix éthiques personnels, certains u.d. préfèrent abdiquer tout sens moral. Devant la difficulté de se concevoir à l’intérieur de la transgression, mieux vaut briser le miroir, et céder à une spirale de l’abandon et à son cortège de déchéances.

A l’inverse de ce schémas très proche des stéréotypes dominants, d’autres u.d. essayent vaille que vaille de maintenir un cap fragile entre le bien et le mal à l’intérieur de l’usage de drogue. Un certain nombre de questions têtues viennent relancer le libre arbitre des usagers, par delà le confortable refus des valeurs bourgeoises. Le problème du partage dans un contexte de pénurie de produit, l’attitude commerciale des revendeur(ses), l’attitude face à la police, le comportement adopté par rapport à la prostitution, autant de facteurs qui replacent l’individu face à ses propres choix.
Cette persistance du libre-arbitre en contradiction avec la prétendue aliénation provoquée par la drogue doit également se concevoir en fonction de degré de culpabilité engendré par l’acte lui-même. Certains u.d. n’ont pas vécu l’usage de drogues comme péché mortel. Leur expérience les conduit à mettre en doute la pertinence d’une condamnation morale sans appel de produits parfois consommé dans la joie et la convivialité. L’opposition artificielle établie par la société bourgeoise entre La drogue et La vie ne correspond pas à leur propres critères, où la vitalité est parfois synonyme de consommation et l’abstinence trop proche de la stérilité et du néant. Par ailleurs, ces réfractaires au« fléau de la drogue », ont su préserver des repères moraux, sans pour autant renoncer à la transgression, mais en conservant suffisamment d’espace narcissique pour pouvoir utiliser le succès professionnel ou mondain comme signe de reconnaissance sociale.

Le succès rapide du journal d’Asud est certainement lié à cet espace laissé en jachère par l’ensemble des « intervenants en toxicomanie ». Toute une catégorie d’usagers est restée longtemps désemparée, déroutée par des réponses thérapeutiques inadaptées et des stéréotypes moraux dans lesquels elle ne se reconnait pas. Souffrant d’un lourd déficit identitaire à l’extérieur de l’usage de drogues, ils se jugent néanmoins incapables de gérer à long terme les contraintes économiques et sociales qui pèsent sur le « toxicomane ». Souvent partiellement socialisés, ou tout au moins candidat à un mode de consommation ne mettant en péril ni leur santé ni leur vie sociale, ils sont les clients potentiels idéal de la substitution.. L’émergence d’Asud permet à ce type d’usager de ré-occuper un espace plus conforme aux catégories mentales qui sont les leurs, sans devoir pour autant rompre avec l’usage de drogues.

Il s’agit d’une démarche humaniste qui réintroduit l’individu au coeur de son destin. L’être humain est censé pouvoir gérer l’usage de nimporte quelle molécule chimique, créée par lui-même pour son confort et son plaisir, à condition que ne viennent pas s’intercaler la volonté de puissance d’autres hommes. Mieux, pour déterminer ce qui transforme le plaisir en aliénation, Asud propose d’utiliser l’héritage philosophique du XVIIIe siècle. La Raison, la science, le courage individuel, autant de ressources déniées jusqu’alors aux « toxicomanes », mises au service de la gestion des produits stupéfiants. Cet appareillage intellectuel et moral permet de dénoncer ce qui socialement et politiquement maintient les usagers dans une position délinquante. Contrairement aux propos de certains sur le « contrôle social » , le souci d’intégration des usagers est une victoire de la liberté. Cette revendication normative est avant tout citoyenne, mais pour comprendre cela il faut rompre avec l’exhibitionnisme et une forme de masochisme très judéo-chrétien qui caractérisent l’image des drogués dans la culture occidentale . Le milieu des intervenants en toxicomanie s’est fait une spécialité depuis vingt ans de parler au nom des pauvres « toxicos », lesquels sont de fait privés de toute parole intelligible, en dehors du rituel consacré (moi, toxico, prostitué etc…). Le Journal d’Asud, en se réapropriant cet outil symbolique qu’est le Verbe a commis un sacrilège. La question du sacrilège est bien le coeur des problématiques soulevées par l’auto-support. L’ensemble de nos propositions de travail sur la réduction des risques procède d’un postulat effrayant: l’usage d’héroïne ou de crack est un choix positif, opéré délibérément par un cerveau comptable des avantages et des inconvénients imputables à cette consommation. Ce qui devient aliénation, ce qui l’a toujours été et le sera toujours, ce sont les conditions infamantes et dégradantes dans lesquels la société maintient cet usage. L’aliénation, c’est la volonté de soumission et d’asservissement que font peser des hommes sur d’autres hommes, que le prétexte en soit la race les habitudes sexuelles ou la consommation de drogues.

Ce discours révolutionnaire scandalise non seulement les professionnels du secteur spécialisé, mais également, la plus grande partie des usagers eux-mêmes. En rupture avec plusieurs décennies d’auto-apitoiement et de misérabilisme, l’image de l’usager-de-drogues-responsable-de-ses-actes élimine toutes possibilités de recours au parachute social, sanitaire et juridique élaboré parallèlement au concept de « toxicomane ». Semblables aux « oncles Tom », libérés brutalement par la cavalerie nordiste et refusant de quitter leur bon « masta », les u.d. découvrent l’intérêt paradoxal du statut d’irresponsable. Le « toxicomane », catégorie singulière de sous-citoyen reconnu par la loi du 31 décembre 1970, n’est censé ni tenir une promesse, ni endurer les contraintes d’un emploi salarié, ni fonder une famille. Tout ce qui lui est demandé est de se soigner, ou au minimum d’en faire la demande formelle. Que ce soin dure ensuite 20 ans ou toute une vie, peu importe…

Les usagers d’Asud vont donc en peu d’années mesurer les ravages psychologiques que la culture du déni a entraîné, y compris au travers de leur propre mode de fonctionnement.

L’impossible communautarisme

identiteLa redéfinition de l’image des usagers de drogues recèle pour les militants d’Asud de fortes problématiques identitaires. Il s’agit certes de changer la loi, mais pour construire un nouveau modèle d’usager qui supplante le « tox » dans l’imaginaire des consommateurs. Enfin il s’agit surtout de préserver sa propre santé tout en utilisant des drogues, ce qui diffère d’une démarche purement abolitionniste se référant exclusivement aux Droits de l’Homme.

Les militants d’Asud se sont reconnus. Lors de l’essor du réseau entre 1993 et 1996, on a pu noter une certaine homogénéité des premiers militants.

Si leur origine sociale est extrêmement disparate, la majorité d’entre eux est constitué par des hommes, âgés de 30 à 40 ans, ex-injecteurs d’héroïne et sensibilisés à la rdr par le biais de la substitution. Pour ces victimes de la répression de l’usage , se retrouver et parler de drogues comme les vicomtes de la chanson (quand un vicomte etc…) possède une dimension réellement ludique. Un enthousiasme mêlé d’euphorie a présidé aux premières réunions nationales d’Asud . Les u.d. n’en revenaient pas de découvrir tant de semblables, animés par les mêmes idéaux de responsabilités et de citoyenneté. Très vite, le noyeau des militants historiques a pris conscience de sa spécificité, et l’optimisme de rigueur à l’époque a masqué les potentialités de dérives communautaires. Mais surtout, l’intérêt intellectuel que nous portons aux produits et leurs effets a permis d’ouvrir une question vierge en France, où le secteur spécialisé, nourri du bréviaire psychanalytique, considère les produits comme des symptômes, donc négligeables en termes de soins.

Sur cette base, le Journal d’Asud acquiert de l’audience. Les militants se sont découverts détenteurs de ce savoir jusqu’à présent dédaigné: « les drogues modes d’emploi » . Toute la cuisine interne du tox (techniques de shoot etc…) est mise à contribution pour nourrir l’information des professionnels de la rdr . Le succès d’un document comme « le manuel du shoot à risques réduits » renforce le sentiment de supériorité des drogués d’Asud sur une partie du secteur spécialisé, plutôt ignorants de l’appareillage technique des drogues.

Avec l’apparition de la substitution, les nouveaux militants sont moins préoccupés par les droits de l’Homme en général que par les mérites comparés de la méthadone et des sulfates de morphine. Or le postulat de départ était l’identité des u.d. avec les autres membres du corps social et la volonté de s’exprimer en citoyens libres, nantis de droits et de devoirs. Pour beaucoup de militants, ce postulat s’est transformé en conscience de besoins et de comportements spécifiques. Le Journal d’Asud devient un emblème pour des u.d., souvent très précarisés, humiliés, qui enfin se sentent valorisés par un média élaboré par leurs semblables. Ce nouveau contexte, que l’on peut qualifier de « tribal », hérite d’une partie des coutumes du monde de l’usage de drogues, par exemple, une forte consommation d’alcool (produit licite) pendant les réunions. Les non-usagers se sentent perdus dans une ambiance où l’on communique par codes. L’usage de drogues devient la seule légitimité au sein d’Asud, avec une préférence pour ses marques extérieures visibles. Le seul savoir reconnu est celui du consommateur, donc un savoir-être et non un savoir-faire. ASUD aspire à être un « syndicat de junkees. ». La question sociale est posée d’emblée du fait de l’appartenance au monde de la rue des nouveaux u.d. attirés par ASUD. Le groupe d’auto-support tente de servir d’institution-relais pour la réinsertion de marginaux ou d’anciens taulards. Une personne sdf est même embauchée à comme accueillant en 1996. Les contacts avec le monde associatif en lutte contre la précarité se sont multipliés entre 1994 et 1996.

Ce positionnement a permis de faire émerger au sein de l’association un certains nombre de débats essentiels. Tout d’abord la constatation évidente que contrairement aux discours « citoyens-comme-les-autres », l’usage de drogues est considéré par certains u.d., comme un mode de vie à part entière, les problèmes posés par la consommation de stupéfiants sont alors imbriqués avec la question sociale, y compris la contestation de valeurs bourgeoises liées au travail salarié. Dans le même ordre d’idée, le l’exercice de la vie associative, fait rapidement apparaître la nécessité pour un grand nombre d’usagers de faire l’apprentissage de la démocratie.

Paradoxalement, c’est leur volonté d’apparaître collectivement qui permet aux usagers d’évaluer tout le caractère réducteur de la fiction communautaire. C’est parce qu’ils sont enfin visibles qu’ils se découvrent tellement différents les uns des autres. La pseudo-culture des drogués est négative, directement issue de la répression. Les valeurs identitaires, traditionnellement prisées par les communautés, s’avèrent extrêmement complexes à manier dans le cadre des associations d’usagers.

Le communautarisme junk est une notion ambiguë et contestable souvent associée à des comportements délinquants (deal, violence, etc…). L’usage de drogues lui-même est relégué en-deçà de la démocratie par la police et la justice. Les rapports entre usagers sont réglés par l’intérêt financier ou affectif et la force brutale. Le fonctionnement tribal est difficile à conjuguer avec démocratie associative, car la tribu obéit à un chef auquel tous les membres s’identifient, l’unanimisme y est de rigueur. Le fonctionnement tribal suppose une confusion absolue entre vie privée et vie associative, d’où extrême acuité des conflits d’intérêt ou de pouvoirs qui prennent l’apparence de querelles familiales.

Le sucés d’une action »syndicale » d’Asud aurait supposé deux choses: un consensus sur le caractère « communautaire » et les signes d’appartenance à cette communauté, et une amélioration de la condition sociale des u.d. via l’auto-support. Or l’intégration sociale des u.d. accueillis se heurte aux réalités d’une société en crise depuis 25 ans, impitoyable pour tous les pauvres. Cette question renvoie le positionnement communautaire à ses vraies limites, c’est à dire bien au-delà de la question de l’usage de drogues. ASUD est incapable de combler les lacunes et les névroses engendrées par 10, 15 ou 20 ans d’exclusion sociale.

La réduction des risques : un succès pour l’auto-support.

Le principal volet de la rdr repose sur la possibilité pour les u.d. de prendre en charge une partie de leur traitement, démarche qui suppose le recours à la peers education . La gestion des produits de substitution par les patients eux-mêmes met en évidence le concept de responsabilité positive des usagers. Dans le même axe que les modifications de comportement induites par le décret Barzach, la diffusion des sulfates de morphine, de la méthadone, puis du Subutex, confirme le volontarisme des usagers pour préserver leur santé et s’insérer socialement. C’est bien parce qu’il sont au départ responsables de leur usage de substances illicites, que les patients substitués peuvent ensuite exercer un empire rationnel sur la consommation de ce qui, en l’état, demeure des stupéfiants. L’intérêt nouveau des laboratoires pour l’évaluation de l’effet des opiacés (euphorique ou non etc…) rejoint les préoccupations d’Asud. Un nouveau chapitre de la réduction des risques est ouvert par la nécessité non plus systématiquement « d’arrêter la drogue » mais plutôt de gérer sa consommation de stupéfiants. Tous ces nouveaux espaces de réflexion sont investis par des militants de l’auto-support de plus en plus professionnalisés.

Le contact permanent avec les institutions, la gestion des budgets, l’hostilité d’une partie du secteur spécialisé, autant de nouvelles données qui nécessitent un minimum de rationalité en interne. Le fonctionnement tribal d’Asud a donc été sérieusement mis en question. Conséquences, quatre ans après la création, on assiste dans tous les groupes au même recentrage: recul du bénévolat et des objectifs militants, démocratisation et rationalisation des rapports en interne.

L’auto-support français a trouvé un cadre légal, celui du soin. Usager des services sanitaires, plutôt qu’usager de drogues, voilà le nouvel espace qui nous est consenti . Nous l’utilisons en apprenant petit à petit à jouer le jeu consensuel qui fonde tous les groupes humains, le respect des règles.

Conclusion

La rigidité du cadre légal conditionne l’existence du volet militant de l’auto-support. Ce volet devrait plutôt être renforcé par un mouvement d’opinion non-ud, indigné par les atteintes aux droits de l’homme perpétrées au nom de la guerre à la drogue.

4 ans d’expérience au sein d’Asud montrent que
le travail des militants recouvre une réalité multiforme: problèmes légaux, problèmes sociaux, problèmes économiques. Sous couvert de Guerre à la drogue c’est souvent une guerre au pauvre ou au réfractaire social qui est menée.Cette confusion ne doit servir d’écran ni au citoyen, ni au législateur.

De nombreuses avancées dans la connaissance de l’effet des produits peuvent être réalisées grâce au travail d’usagers ou d’ex-ud lancés dans la rdr. Maintenue dans le champ sanitaire du fait de la loi, la substitution montre que nous sommes passé à une phase d’intégration des drogues dans la société. Notre travail porte également sur la construction d’une identité d’usager de drogues intégré socialement, question neuve et pratiquement vierge. Dans cette optique il est nécessaire de former de nouveaux professionnels, mi-oenologues mi-travailleurs sociaux, et surtout ne pas perdre de vue que si demain toutes les drogues étaient légalisées, le volet militant d’Asud disparaîtrait sans que cela résolve pour autant la crise sociale, économique, et encore moins le caractère impitoyable de la société de consommation.

Auto-Support des Usagers de Drogues, Késako ?

Depuis 1992, l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD) a développé une pratique quotidienne en direction des consommateurs de substances illicites. Les différentes associations qui composent le réseau ont accumulé un savoir pratique et théorique dans un champs d’application totalement nouveau : la gestion rationalisée de la consommation de stupéfiants.

Selon les régions,cette pratique se décline en simple groupe de parole, en programmes d’échange de seringues (p.e.s.), en interventions en milieux festifs, sans oublier la réalisation et la distribution du journal d’Asud. Ces expériences ont le mérite d’être diverses. Elles sont liées de façon formelle par une convention signée avec ASUD-national, dépositaire du nom. Le point commun des ces actions est donc leur identification par le sigle ASUD., dont le cadre éthique est définie par la Charte de l’Asudien et les Dix mesures d’urgence.

Sur le plan conceptuel toutes ces actions ont un point commun, elles procèdent de l’intérêt donné à la parole des usagers de drogues perçus comme acteurs essentiels d’une véritable réduction des risques. Or cette réduction des risques s’est trop souvent organisée sans intégrer l’apport décisif de l’auto support. Dans les colloques ou les communications scientifiques, la participation des usagers reste un objet confus car il mêle inextricablement deux niveaux de perception fondamentalement différents, le droit des malades d’un côté et la reconnaissance professionnelle de l’autre. Le droit à l’information et la nécessaire organisation des actions de réductions des risques autour des questions posées par les usagers eux mêmes, est une nécessité qu’il ne faut pas confondre avec la refonte des objectifs professionnels du  » soin aux toxicomanes « . Grâce à l’expertise de l’auto-support l’usage des drogues à risques réduits est intégré aux actions de prévention dites  » secondaires « . Ces deux niveaux, même s’il sont complémentaires, doivent être clarifiés, y compris dans notre réseau.

Les usagers de drogues : vecteurs essentiels de la RdR

Une véritable réduction des risques implique de placer les usagers au centre des actions. C’est le sens qu’il faut donner aux objectifs d’autodétermination, de revendication de l’usage, et d’identité d’usager. Autodétermination c’est le droit pour les usagers de consommer les substances de leur choix en réduisant les risques Ce droit inclut bien évidemment la possibilité de bénéficier de n’importe quel type de soin sans restriction de dosage qu’il s’agisse de réduire sa consommation à l’aide d’un produit de substitution, ou bien de bénéficier d’une cure de désintoxication dans des conditions décentes de prise en charge. Ce principe implique nécessairement de bénéficier d’une information fiable sur les différentes techniques d’usage et donc de garantir le droit à l’information sur les drogues mais aussi sur les traitements. Sur le terrain juridique et politique, la revendication de l’usage des drogues comme droit légitime et imprescriptible protégé par la déclaration des droits d l’homme et du citoyen de 1789 doit être envisagée pour des raisons morales mais aussi pour des impératifs de santé publique.
La visibilité de l’usage de stupéfiants dans la question du soin, comme par exemple lors des prises en charge hospitalière doit être une donnée habituelle comme peut l’être la consommation de drogues légales. Néanmoins, la définition d’une identité des usagers de drogues suppose d’être maniée avec précaution car cette revendication doit se concilier avec l’exigence de confidentialité de la vie privée des individus. Cette identité n’est concevable que comme objet de revendication dans un contexte politique de prohibition des drogues. En dehors de sa signification du point de vue légal le fait d’être consommateur de substances illicites n’a pas de lisibilité culturelle ou sociale. Bien loin de constituer une communauté, les usagers de drogues n’ont généralement pas d’autres points communs entre eux que ceux liés à l’échange de marchandises ou à la persécution policière.

L’usage à risques réduits : un nouvel espace professionnel

Depuis une décennie, l’irruption du sida parmi les usagers de drogues par voie intraveineuse a changé les perspectives du soin. L’abstinence de toutes consommations a cessé d’être la seule réponse admissible du point de vue éthique. L’une des conséquences de ce changement a été la constitution de groupes comme ASUD, explicitement constitués d’usagers et non plus d’ex-usagers comme il en existait au Patriarche ou à Narcotique Anonymes. Organisés dès l’origine comme un espace de réflexion sur les sur les effets et sur les méfaits de la consommation de psychotropes. Asud s’est assigné comme objectif de pouvoir fournir une information fiable en matière de drogues du point de vue des utilisateurs. Ce recours à l’éducation par les pairs doit être interrogée à l’aune de l’absence des professionnels du soins sur ce créneau. Un document comme le manuel du shoot à risques réduits a été conçu et réalisé par Asud, association d’usagers, en raison de l’absence de communication sanitaire émanant des autorités en direction des usagers de drogue.
Le caractère professionnel de l’action d’Asud a été renforcé par l’embauche systématique par l’association des militants les plus performants. Les champs de compétences se sont élargis passant progressivement de la rédaction d’articles ou de brochures à la communication orale lors des colloques scientifiques, sans oublier le travail de terrain et la gestions des équipes dans les groupes locaux. La technique de l’usage des drogues reste un objet professionnel neuf, encore nimbé de suspicion morale et politique. Il n’empêche que toutes les avancées de ces dernières années en matière de drogues ont été obtenues sur ce terrain. La reconnaissance et la proximité avec les pratiques d’usage sont donc autant des objectifs de l’auto support que des outils nécessaires à l’élaboration des politiques de santé publique en matière de drogues.

Conclusion

L’auto organisation signifie pour nous d’être en mesure de désigner clairement ce qui dans notre réseau se rapporte à l’un ou à l’autre des domaines d’intervention englobés sous le terme commode d’auto support. S’il s’agit de la place nécessaire accordée aux usagers de drogues en tant qu’usagers du système de soins notre légitimité s’appuie sur notre capacité à évaluer la qualité de la prise en charge dont bénéficient les  » toxicomanes « ,  » La notion de militantisme est au cœur de ce type d’action qu’il convient toutefois de différencier de la revendication de l’usage qui ressort plutôt de la politique de lutte contre la prohibition. La difficulté de ce travail de clarification réside dans les multiples correspondances entre ces deux dossiers militants lesquels matérialisent des aspects complémentaires de la défense de la citoyenneté des usagers de drogues.
Pour ne rien simplifier la professionnalisation croissante au sein d’Asud est également complémentaire des aspects militants de ce que l’on a coutume de nommer la santé communautaire. Un exemple, notre participation à la commission consultative des traitements de substitution appartient à quel registre ? Sommes nous les représentants des usagers ou des experts de l’usage de ces traitements ?
L’enchevêtrement de significations des termes auto-support, usagers de drogues, santé communautaire, actions de première ligne et réduction des risques nécessite un important travail de clarification. Ce travail possède une dimension citoyenne corellée à la question des droits de la personne et un volet professionnel lié à l’émergence de nouveaux champs conceptuels en réduction des risques. Il est de notre intérêt de prendre l’initiative de ce débat sous peine de voir d’autres que nous s’en emparer puis nous imposer ensuite leurs conclusions.

L’autosupport dans la réduction des risques

En 1993 la réduction des risques à la française est en pleine ascension. Le collectif Limiter La Casse et sa présidente Anne Coppel incarnent la volonté de certains acteurs du soin de s’adjoindre d’autres volontés pour jeter un pont entre la société et les usagers de drogues. Les États-généraux Drogues et Sida de 1994, clôturés par Simone Weil en personne, célèbrent une nouvelle alliance: professionnels du soin, militants de la lutte contre le sida et .groupes d’auto-support. Cette inclusion des usagers dans le champ thérapeutique de la toxicomanie est une marque de fabrique, celle de la réduction des risques réagissant à la « psychologisation » des questions de drogues. Symboliquement, la présence à parité d’Asud aux côtés de Aides et Médecin du Monde est une provocation vis à vis de l’orthodoxe « soin aux toxicomanes ».
L’année d’après, une nouvelle alliance est proclamée. Il s’agit du partenariat entre Aides, Médecin du Monde et la Mutualité française. Cherchez l’erreur. Qui donc s’est trouvé évincé de ce nouveau protocole, dénoncé à l’époque par le président d’Asud, Jean-René DARD? Cette évolution illustre bien le problème posé à la réduction des risques par le retard français en matière de drogues. Les solutions strictement médicales comme la dispensation de subutex ont rapidement progressé, les ambitions sociales et politiques sont restées lettres mortes. A cet égard, la courte histoire de l’auto-support français est révélatrice.

L’alliance

En 1992, lors de la création d’Asud, l’idée de constituer une association d’usagers de drogues est appuyée par les acteurs de la réduction des risques.

Abdallah TOUFIK, membre fondateur, est un sociologue du CRIPS, Anne COPPEL et Bertrand LEBEAU, animateurs de LIMITER LA CASSE, sont très proches des militants d’Asud. Parallèlement, d’autres groupes plus éphèmères voient le jour, comme ASB, le SAS ou Méthavih. En 1995, apogée du développement de l’auto-support, une vingtaine de groupes Asud existent en France, souvent en liaison étroite avec les pôles de Aides ou Médecins du Monde. La lutte contre le sida reste le le cadre de la collaboration entre usagers et acteurs de santé. L’épidémie a mis en évidence les carences sanitaires de la prise ne charge traditionnelle. Médecins pionniers de la substitution ou militants de Aides et d’Act-up, tous sont partisans d’une redéfinition de la place accordée aux usagers dans la perspective d’une meilleure prise en charge. Hélas, qu’il s’agisse de substitution ou d’accès aux seringues, la réduction des risques se heurte au carcan répressif de la loi de 70. L’accès aux soins des usagers de drogues s’effectue grâce à une succession de dérogations légales au principe de répression. Ce coin enfoncé dans la loi permet également le déblocage de la question du cannabis. En 1993, le CIRC, emmené par Jean-Pierre GALLAND, relance l’Appel du Dix-huit Joints, tombé dans l’oubli depuis 1976.Les droits de l’usager à consommer librement d’une part, et la catastrophe sanitaire du sida d’autre part servent d’argumentation au Mouvement de Légalisation Contrôlée de l’avocat Francis CABALLERO. Même la vieille garde des intervenants en toxicomanie, réunie au sein de l’A.N.I.T., se prononce publiquement pour la dépénalisation en 1994.Malheureusement, cette euphorie est de courte durée.

Médecins contre psy

Initiée par quelques médecins d’avant-garde comme Jean CARPENTIER, la substitution est l’arme des généralistes contre les « psy ». traditionnellement les praticiens de ville se méfiaient des toxs. Souvent fébriles, parfois menaçants, les usagers en manque d’héro ont constitué le cauchemar moyen du cabinet de consultation. A l’exception des amateurs de palfium, dolosal et autres ampoules injectables, champions pour se procurer une ordonnance (souvent contre une forte somme), la plupart des ud étaient automatiquement dirigés vers le « psy », psychiatres, psychanalystes, et autres psychologues. Cette chasse gardée, on ne le dira jamais assez, s’est pratiquée aux dépens de usagers. Expulsés du droit commun par la loi de 70, « le toxicomane », était aussi indésirable à l’hôpital que dans le reste de la société. Le succès immédiat des programmes méthadone et surtout celui du subutex, a mis en évidence la supériorité tangible d’une prescription de stupéfiants sur une hypothétique « guérison » psychanalytique après sevrage. Cette rationalisation de la prise en charge devint l’argument majeur de la médicalisation de la question des drogues.

Le complot des blouses blanches

Et les usagers dans tout ça? Telle est bien la question. La mise en service d’une molécule pouvant être prescrite par le généraliste du quartier, dans un cadre réglementaire normal, avec carte de sécu et secret médical, était une aubaine pour les médecins comme pour les usagers.

blouse_blancheFini l’anonymat et son caractère d’exception. En permettant aux usagers de quitter leur défroque de délinquants, la substitution leur offre une porte d’entrée dans la société. Hélas le pyjama du malade chronique allait se révéler autrement handicapant pour prétendre à la qualité de citoyen. Avec son « médicament-qui-soigne-le-manque », la substitution a médicalisé tout le secteur de la réduction des risques. Le deal du pouvoir était clair: O.K. pour les centres métha et le subutex (molécule favorite des prescripteurs), mais finis les enfantillages, la dépénalisation, la parole aux usagers et autres divertissements. Les pionniers de la rdr, devenus directeurs de centres étaient peu enclins à continuer le combat de l’anti-prohibition aux côtés de leurs nouveaux patients. Malgré l’évidente impuissance de la médecine à résoudre des problèmes sociaux de plus en plus omniprésents, la réduction des risques est devenue une affaire de blouses blanches.

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Le CIRC, rendu vulnérable par son désintérêt des questions sanitaires, subit dés 1995 une répression sans équivalent. Jean-Pierre Galland est depuis régulièrement condamné pour délit d’opinion. Parallèlement, l’image des usagers s’est encore dégradée aux yeux du public. Le toxico reste décidément un objet de mépris pour toutes les catégories sociales. Dans les cités, la « chasse aux toxs » s’est répandue au même rythme que les pit-bulls. Dans les médias, si… la presse semble pencher pour une relative indulgence envers le chichon, s’est pour mieux crier haro sur les autres drogues. A cet égard, le traitement réservé à Asud est exemplaire. Au temps de l’union sacrée, l’existence d’une association d’usagers n’avait pas laissé les médias insensibles. Invité à Savoir Plus Santé, à la Marche du Siècle, au Cercle de Minuit et chez Dechavanne, le président d’Asud s’est exprimé fréquemment au nom de l’auto-support en 94-95. Mais sa présence était clairement liée à sa qualité de méthadonien. Invité à témoigner sur les bienfaits du médicament qui soigne le manque sans donner de plaisir, Jean-René avait fort à faire pour sortir de sa position de représentant des malades. Pris dans les filets de la médicalisation, notre présence dans les médias n’a cessée depuis d’être cantonnée à la représentation du malade au détriment de celle du citoyen.

Cette situation n’est pas sans provoquer quelques débats internes. En effet, l’essoufflement des grandes associations de lutte contre le sida déséquilibre un peu plus le rapport des forces entre secteur militant et secteur médical au sein de la rdr. La tentation est grande pour Asud de jouer carrément la carte du soin en profitant des dispositions réglementaires qui garantissent une représentation obligatoire des associations de malades au sein des institutions. Cette option est en débat, elle se heurte au souci d’authenticité de certains militants qui veulent continuer « à représenter les toxs » sans compromis. Ce voeu pieu risque hélas de n’être qu’une déclaration d’intention dés lors qu’il s’agit de faire bouillir la marmite. Avons-nous intérêt à pratiquer la politique de la chaise vide quand bien même nous désapprouvons l’orientation générale du débat? La solution n’est-elle pas de trouver de nouveaux alliés du côté de l’anti-prohibition tout en maintenant des positions chèrement acquises au sein des institutions de soin. L’alliance des usagers et du secteur médical fut une étape nécessaire pour convaincre la société de l’echec sanitaire de la guerre à la drogue. Il nous faut maintenant d’autres compagnons pour mettre en évidence l’ échec moral de la guerre contre les drogués.

L’autosupport dans la réduction des risques en 2001

Aujourd’hui, l’autosupport est principalement incarné dans la réduction des risques par 3 structures : ASUD, Techno+ et les groupes rdr de Aides.
Le CIRC, toujours présent dans les médias, n’a pour l’instant pas pu ou pas voulu jouer la carte de la réduction des risques, il est vrai très aléatoire dés lors que l’on ne s’intéresse qu’au seul cannabis.

Asud décline ses activités au travers de 3 Programmes d’Echanges de Seringues (PES), 2 « boutiques », et une coordination nationale, également dépositaire du journal d’Asud. Ces actions sont financées à peu près à parité entre les fonds publics (DDASS/DGS) et Ensemble Contre le Sida. De plus quatre autres groupes Asud fonctionnent grâce au bénévolat et ne bénificient pas ou très peu de financement pour le fonctionnement de leur structure. Asud-national a initié une action de réduction des risques dans les milieux festifs (raves, concerts…) financée depuis 1999 par la MILDT. Le journal est édité à 20 000 exemplaires et paraît trois fois l’an. Toutes ses actions sont insérées dans le tissus associatif de la réduction des risques et occasionnent de nombreux partenariat avec Aides, MdM ou l’Association française de Réduction des risques (AFR). Cette dernière structure partage des locaux avec Asud-national depuis août 2000.

Holy Bloodi (depuis 1995)

Avec sa crête, son perfecto et ses converses rouges (ou santiags en option), c’est un peu comme Tintin avec ses pantalons de golf, son Milou changé en rate. Pierre Ouin nous a présenté son punk affamé de drogues en 1995 au n°7. Depuis, avec Asud, il a connu la réduction des risques, un truc un peu contre nature dans le no-future-land. Enfin, on n’est pas très sûr de ce que fait l’animal entre deux parutions, peut-être bien qu’il s’envoie des substances non prescrites par les hôpitaux de Paris. Une rumeur dit que ce farceur aurait fait deux moutards et serait parfaitement clean depuis. Bref, on ne sait pas grand-chose de lui, mais c’est pour ça qu’on l’aime. Steuplé, continue à faire chier le monde Bloodi, il le mérite !

Première apparition de l’homme à la crête et sa Riquette, dans Asud journal n°7… la revoici colorisée pour l’occasion !

Bloodi Rue Blanche couleur Asud journal 38

Bloodi Best of Asud journal 38_Page_1 Bloodi Best of Asud journal 38_Page_2

Une nouvelle équipe pour ASUD 72 !

L’association a été reprise en novembre 2007 et inscrite au journal officiel en avril 2008. Tout d’abord constituée de deux membres, elle s’est enrichie d’une bénévole depuis décembre.

Notre volonté était dès le départ de conserver cette philosophie très progressiste de réduction des risques (Programme d’Echange de Seringue, substitution, militantisme pour une reconsidération juridique de certains produits et usages), de réfléchir à une meilleure appréhension des consommations et pratiques, aussi bien à destination des pouvoirs publics que des usagers eux-mêmes, et de faire prévaloir, avant toutes choses, la parole et les intérêts de ces derniers. Cela nous a amené à travailler sur 3 axes assez différents les uns des autres.

La réduction des risques en milieu festif

Il nous semble toujours indispensable d’aller sur le terrain à la rencontre des premiers concernés, de se tenir au courant de l’évolution des usages comme des produits, et de pouvoir communiquer sur les pratiques « responsables » d’un point de vue sanitaire et social.

C’est pour cette raison que Anne, notre bénévole, s’est investit dans une structure regroupant la majorité des acteurs de prévention en Sarthe. Cela nous permet d’intervenir dans des évènements majeurs auxquels notre petite structure ne pourrait faire face seule. Mais cela nous laisse suffisamment de liberté de mouvement pour intervenir indépendamment sur d’autres évènements de moindre importance, où à la population beaucoup plus ciblée, comme les fêtes techno.

Aide et un accompagnement aux usagers qui en expriment le besoin

Que ce soit pour une mise en soin (substitution, dépistage Hiv, Vhc), un conseil pratique, un accompagnement pour une quelconque démarche administrative, Delphine, est toujours prête à se mobiliser. Nous cherchons également à développer un programme d’échange de seringues à destination des usagers ruraux qui se trouvent géographiquement et socialement isolés, en mettant en place des permanences dans les différentes petites villes du département.

Les ateliers

L’idée de départ était de proposer aux usagers différents ateliers artistiques afin de leur mettre a disposition des moyens d’expression aussi divers que variés (« création site web », graphisme, théatre, bande dessinée, peinture). Ce derniers axe devait se faire en partenariat avec le CARRUD local, mais n’a pas pu être encore finalisé, faute de temps de part et d’autre.

A l’heure actuelle, nous nous sommes surtout efforcés de restructurer l’association en redéfinissant les objectifs et les meilleures façons d’y arriver. C’est dans cette optique, mais à un niveau différent, qu’Asud72 a décidé d’intégrer un réseau sarthois des addictions, le « RESAAD72 », afin de pouvoir y défendre les intérêts des usagers notamment dans l’élaboration des nouvelles politiques territoriales de « luttes contre les toxicomanies », et de mise en soin. Delphine, toujours elle, siège même au bureau du RESAAD72, et je participe à une commission transversale du même réseau. Nous comptons les interpeller notamment sur l’idée de substitutions alternatives.
Nous sommes encore, et surtout, à la recherche de bénévoles pour développer nos différentes activités et les étendre à tout le département. Les domaines étant particulièrement hétéroclites, il y en a pour toutes les sensibilités et tous les intérêts. Alors, si les addictions vous interpellent, si vous souhaitez donner un peu de votre temps pour une lutte aux multiples facettes, contactez nous.

L'équipe d'Asud en 2009

Asud vous souhaite une bonne année 2009 !

Tout semble baigner pour la réduction des risques liés à l’usage de drogues ! Plus personne ne se contamine avec l’hépatite C, l’héroïne est médicalisée, les salles de consommation se fondent dans le paysage, l’usage de drogue est dépénalisé, et les usagers de drogues ne sont plus stigmatisés !
Quels progrès depuis 15 ans !

Vive 2009 !

*L’équipe d’Asud en 2009 (de gauche à droite sur la photo, Pierre, Anna, Greg, Fabienne, Helene, Fabrice)

Asud, une association de malades de la drogue ?

Une polémique a éclaté pendant les Egus IV et les journées de la RdR. Asud, à cause de son nouveau statut « d’association de patients », serait devenu une association de malades ?

En 2007, l’association Asud est « agréée au niveau national pour représenter les usagers dans les instances hospitalières ou de santé publique » (J.O n° 285 du 8 décembre 2007 page 19914 texte n° 44). Cet agrément vient de la loi du 4 mars 2002 relative à la représentation des personnes malades et des usagers du système de santé, destinée à améliorer la qualité du soin.

Cette loi nous permet de représenter les usagers du système de santé dans les instances et établissement de santé public. Cela comprend en particulier les différents groupes de travail du ministère de la santé, les hôpitaux, mais aussi les CSST/Csapa, les centres d’addictologie, les caarud… Il devient également possible de nous porter partie civile, quand ces établissements causent, par imprudence, maladresse, négligence ou inattention, la mort d’autrui ou une incapacité totale de travail.

Comme vous le voyez, ce n’est pas rien, et pour la première fois, nous pouvons comptez sur la loi pour faire valoir nos droits de citoyens.

Mais ce n’est pas tout. Ce statut d’association d’usagers du système de soin nous donne aussi un statut légal : nous n’ oublions pas les mots d’Étienne Apaire, le président de la Mildt lors de notre rencontre mi-2007 : « je ne comprend pas comment vous avez pu vous constituer en association. Au regard de la loi, vous êtes des criminels ». Ces paroles ne sont pas isolées. C’est la même rhétorique qu’ont utilisé les députés en 2004, accusant la MILDT de laxisme, parce qu’elle finançait des asso d’usagers de drogues (Asud et Techno +).

Depuis un an, nous essayons de digérer ce nouveau statut et d’expliquer ce changement. En effet, tout ces avantages ne vont pas sans poser un certains nombres de questions d’ailleurs soulevées avec pertinence aux Journées de la rdr. « Association de patients, est ce que ça veut dire que vous êtes des malades de la drogue ». « Et que deviennent vos revendications sur l’usage de drogue, sur la liberté de consommer, sur la dépénalisation, sur la citoyenneté de l’usager de drogues ?»

Est-on des malades de la drogue ? Cette loi du 4 janvier 2004 s’adresse aux malades ET aux usagers du système de soin. Ces derniers peuvent être des personnes en maison de retraite, des femmes enceintes… ou des usagers de drogues ! Rien à voir avec des malades. Cette loi ne nous enferme pas dans la maladie !
De plus, pour les personnes substituées la maladie n’est pas un bon modèle. La médicalisation actuelles des addictions , qui voudrait faire des personnes dépendantes des malades du cerveau se trompe lourdement en oubliant le contexte de notre société addictogène. En pointant le dysfonctionnement du cerveau, elle continue à nous stigmatiser comme malade mentale et voudrait nous enlever tout pouvoir sur nous même. Or, nous croyons, que même si l’addiction est sévère, il reste à l’usager un espace qui peut lui permettre de sortir ou de gérer autrement son addiction. Et si il reste un tel espace, le modèle de la maladie devient obsolète…

Et notre combat pour la citoyenneté des usagers de drogues ? Cette loi de 2002 la renforce et permet de défendre le droit des usagers de drogues dans le système de santé. C’est certes restreint et la citoyenneté des ud ne s’arrêtent pas au soin… Mais pour nous, c’est un début, la santé étant un fil que l’on tire pour enrichir notre combat pour la dépénalisation et contre la stigmatisation. De plus, si nous employons moins les termes « liberté de consommer », c’est parce que ces termes empêchent tout débat dans cette société hygiéniste. Mais au fond, qu’est ce que la dépénalisation si ce n’est la liberté de consommer !

Finalement, ce que l’on pourrait nous reprocher à raison, c’est de faire passer ce statut d’usagers du soins avant celui d’usagers de drogues. C’est vrai si on se réfère au nombre d’actions développées par Asud. Mais nous avons entendu votre message. Et pour 2009, nous reprenons l’offensive et nous vous préparons des actions de pur drogués !

De la défense du citoyen à celle de l’usager du système de soins

Après la défense de l’usager de drogues citoyen, Asud s’était, ces dernières années, attaquée à la défense des usagers au sein du système de soins. Un combat qui vient de connaître sa première victoire avec l’attribution par l’État du statut officiel d’association représentant les usagers de drogues du système de soins.
Retour sur les processus et les idéologies sous-jacentes qui ont mené à ce changement pour éviter tout malentendu.

Quand on regarde de plus près l’évolution d’Asud ces dernières années, 3 dynamiques sociopolitiques entre en jeu :

  •   La réconciliation avec le système de soin. Dans le cas des opiacés, la substitution nous met d’office à la place d’usager du système de soins : nous devons aller voir un médecin pour obtenir notre traitement. Mais l’avènement de la substitution nous permet également d’avoir tout simplement accès à tous les soins, sans avoir à être sevré d’office.
    Avec le développement de la réduction des risques, tous les usagers ont, par ailleurs, un accès facilité aux soins : les intervenants en RdR, médiateurs entre soignants et usagers, permettent à ces derniers d’intégrer le système de soins dont ils étaient auparavant « exclus ».
  •  L’addictologie et la pensée hygiéniste. Le médecin devient plus que jamais tout-puissant, et préserver son corps une obligation sacrée, qui prime sur tout, y compris parfois le bien-être. L’exemple du tabac, avec ses lois liberticides et la mise au ban de ses consommateurs, est un des avatars de cette pensée hygiéniste. Un sentiment renforcé par l’émergence d’un certain courant de l’addictologie, qui rend toute consommation suspecte, et tout consommateur (de drogues illicites ou pas) malade potentiel. L’hygiénisme rattrape les usagers de drogues pour les enfermer, non plus dans un statut de délinquants mais dans celui de malades.
  •  La loi de 2002. Suite aux abus constatés, notamment dans le système hospitalier, la loi du 2 janvier 2002 de rénovation sociale permet l’émergence d’associations destinées à représenter et défendre les droits des usagers du soin. C’est cette même loi qui vient de faire de nous des représentants officiels des usagers de drogue du système de soins. Un statut renforcé par le « Plan de prise en charge et de prévention des addictions 2007-2011 » qui parle, pour la première fois dans un document officiel, de « développer les associations d’autosupport : représentation, défense des droits et aide des usagers du système de soin ».

Trois dynamiques qui ont changé la relation des usagers de drogues avec le soin et naturellement rejailli sur Asud qui, à la défense des usagers de drogues citoyens-malfaiteurs ajoute désormais celle des usagers de drogue du système de soins.

Défense des usagers de drogue du système de soins : késako ?

Quand on parle des usagers de drogue du système de soin et de la défense de leurs droits, il faut d’abord définir de quoi il s’agit pour éviter les malentendus. L’usager de drogues peut entrer dans le système de soin de 2 manières : soit pour des raisons directement liées aux drogues (substitution), soit comme n’importe qui, pour se faire soigner. La défense des usagers de drogues du système de soins se fait donc à 2 niveaux : dans le premier cas, c’est non seulement défendre les droits liés au traitement de substitution, mais aussi une certaine éthique (non infantilisation, responsabilisation, traitement négocié entre l’usager et le médecin, sur la molécule, la dose…). Dans le deuxième cas, c’est s’assurer que la spécificité de consommateur ne constitue pas un obstacle aux soins (jugement, stigmatisation, médicament incompatible avec la consommation, adaptation des traitements…)
Mais attention, parler d’usager de drogues du système de soins n’est en aucun cas considérer l’usager comme un malade ! Si nous reconnaissons que l’usage de drogues – hors du contexte de leur illégalité – a un effet nocif sur la santé, cela ne veut absolument pas dire que l’usager de drogues, dépendant ou non, est un malade. Nous combattons d’ailleurs cette médicalisation à outrance de l’usage de drogue, qui fait aujourd’hui de tout usager de drogue un malade. En outre, à Asud, le débat est toujours ouvert sur la question de la dépendance et de la maladie. Peut-être, par exemple, pourrions-nous voir le traitement de substitution à la manière de la médecine chinoise : un traitement préventif pour justement ne pas tomber malade ?…
C’est pour toutes ses raisons que nous avons choisi le terme d’« usager de drogues du système de soins », plutôt que celui de « patient » ou même celui de « malade » pour les usagers dépendants. Toute personne peut en effet être usagère du soin sans être nécessairement malade (médecine préventive, grossesse, dentiste, check-up …).

Mais qu’en est-il de nos revendications premières, sur la loi de 70, la dépénalisation, le droit au choix de consommer, et quelles sont les nouvelles ?

  • Le droit au choix de consommer. Si le droit au choix de pouvoir consommer de manière éclairée (issu de la relative tolérance des années sida) est toujours une de nos revendications, elle n’est tout simplement plus supportable par la société hygiéniste des années 2000. Plus que cela, elle peut nous desservir : il est tellement facile de ne voir que ça en nous, et de s’en servir pour nous diaboliser et décrédibiliser notre discours. Bien que cette revendication soit sous-jacente à notre action, c’est donc une carte que nous abattons rarement, en attendant des jours meilleurs…
  •  L’abrogation de la loi de 70 et la dépénalisation. Si nous réclamons toujours que cette loi inique soit supprimée pour que les usagers de drogues puissent être des citoyens à part entière, notre position de représentant des usagers du soin nous permet d’envisager également cela sous l’angle de la santé. D’une part, parce que l’illégalité des drogues les rend plus dangereuses et plus nocives pour la santé (produits de coupe, problème de dosage et d’OD, liens avec le marché noir), d’autre part, parce que les UD se cachent pour consommer, ce qui n’aide en rien à ce qu’ils prennent soin d’eux et la mesure de leurs problèmes éventuels avec les produits…
  •  Des revendications citoyennes. La position de défenseur des usagers du système de soins n’est en fait pas antinomique de nos revendications initiales citoyennes. Mais surtout, ces 2 positions représentent finalement les 2 facettes du traitement socio-sanitaire de l’usage de drogues : soins et réduction des risques. En endossant ces 2 casquettes, nous affirmons haut et fort que le soin et la réduction des risques sont complémentaires, et que la vie d’un usager n’est pas linéaire : il peut naviguer entre les deux, selon les moments.

Ensuite, en défendant le droit des usagers du soin, nous défendons aussi le droit et la dignité des usagers de drogues. Ce qui nous donne un autre angle d’attaque et une légitimité complémentaire, qui nous permet, par exemple, de lier des partenariats inédits avec le soin, comme avec l’Association nationale des intervenants en toxicomanie (Anit). Sans pour autant nous renier, cela rend donc notre réseau beaucoup plus fort.
Ces 2 positions relèvent pour finir du même combat : que l’usager de drogues retrouve une place d’acteur de son soin, de sa consommation, et finalement de sa vie.

Merci de vos soutiens !

Vraiment, ça fait chaud au cœur ! Suite à l’annonce de la fin de la collaboration de la MILDT avec Asud, nous avons reçu beaucoup de messages de soutiens !

Que ce soit de particuliers, de travailleurs médico-sociaux, de médecins, ou d’associations ! Certaines associations, et non des moindres, comme l’ANIT et l’AFR, se sont même fendues d’un communiqué de presse !
Alors encore merci de vos soutiens, qui nous encourage à continuer de défendre les droits des usagers de drogues et à tout faire pour que les EGUS 4 aient lieu.

Nous avons un entretien avec le Président de la MILDT ce vendredi et nous vous tiendrons au courant de la suite des évènements.

La MILDT met fin à 8 ans
de collaboration avec ASUD

Aujourd’hui, lundi 08 octobre 2007, l’association ASUD vient d’être informée officiellement par courrier que la MILDT ne soutiendra pas financièrement nos projets pour l’année 2007.

Après huit années de collaboration ininterrompue entre la MILDT et ASUD quelle que soit la couleur politique du gouvernement en place, cette nouvelle est pour nous une surprise et une déception.
Cette dérobade handicape gravement la tenue des 4e Etat Généraux des Usagers de Substances licites ou illicites ( EGUS 4) et compromet le financement de la pré-enquête mis en place par ASUD en partenariat avec l’OFDT sur la demande des usagers en matière de traitements de substitution.
En espérant que cette absence de soutien « après un examen attentif de notre dossier » ne constitue pas le signal d’une hostilité de la MILDT à l’égard de la politique de réduction des risques en général, et en particulier du rôle que peuvent y jouer les usagers de drogues en tant qu’acteurs de leur propre santé.

ASUD, association de patients très militants… ou de militants très patients ?

Depuis 2002, Asud redéfinit son cadre de travail, une reflexion qui aboutit à redéfinir notre identité : sommes nous devenus des fonctionnaires de la défonce, les droguésofficiels de la République, les gentils patients alibis de la politique de réduction des risques ? Quid de l’espace militant ? Ou en est la lutte pour l’abrogation de la loi de 70 ?

Association d’êtres humains

1992, en pleine pandémie VIH se crée une nouvelle association, l’association d’Auto Support des Usagers de Drogues : ASUD. Des usagers de drogues qui se mobilisent, du jamais vu.Puis sort ASUD journal, pour et par les usagers. Mais que veulent ils donc ces usagers qui, normalement, cherchent plutôt à passer inaperçus. Une première revendication : l’abrogation de la loi 70 (législation des stupéfiants) et la dépénalisation de l’usage (dit) simple, là-dessus je reviendrai.
Et à part çà ? À part çà, ils ne veulent plus crever, dans l’ignorance et dans l’ombre, du SIDA. Ils ne sont plus d’accord pour mourir dans la honte et l’indifférence pour le crime d’usage simple. Ils refusent cette condamnation à mort implicite dans un pays où la peine de mort avait été, semble-t-il, abolie. Ils veulent un accès aux soins décent, digne de tout être humain. Ils demandent la possibilité de ne pas être condamnés à la contamination à VIH parce qu’ils sont usagers. Ils demandent des programmes de Réduction des Risques, le don de matériel
d’injection (en fait à l’époque on parle simplement de seringues). Pouvoir être soignés dans les hôpitaux sans avoir à subir un sevrage brutal, sans être immédiatement accusés d’être responsables de tout ce qui se passe mal dans les services. Marre d’être des bouc émissaires, marre d’être sous hommes (et femmes), ils demandent à être reconnus pour ce qu’ils sont : des êtres humains.

La rdr se met en place

1994 la RdR se met en place en France. Mais pour pouvoir appliquer cette mesure il faut être en contact avec les usagers, et, reconnaissons le, à l’époque le pourcentage d’usagers en lien avec les services n’était pas, disons, mirobolant. Alors les services font appel aux « anciens usagers ». Je ne développerai pas aujourd’hui le débat sur cette appellation, ce serait trop long. Mais je n’exclus pas d’y revenir dans un autre article, car ce processus et sa gestion, devrais-je dire non gestion, ont été très coûteux pour beaucoup de ces personnes concernées. Les ASUD se développent et participent activement à l’application de la RdR. Petit rappel historique pour lever toute ambiguïté, la mise en place de la RdR et le soutien à l’Auto Support n’ont jamais été à l’origine de gouvernements de gauche, mais bien de droite, malgré ce que certains aimeraient affirmer (particulièrement chez nos détracteurs).

1995, arrive la substitution

1995 voit arriver la substitution (méthadone). Outil de lutte contre le VIH (cf. : textes originaux), la méthadone est supposée être délivrée en priorité aux personnes les plus exclues, marginalisées et vulnérables, à haut risque de contamination à VIH. Mais le système de soins qui a tant décrié ce produit verra les choses autrement. Accès aux critères draconiens et quasi impossible à rencontrer pour les personnes censées en bénéficier (citées plus haut). Les textes seront d’ailleurs rapidement changés pour définir la méthadone comme outil de soin aux «toxicomanes» et s’assurer que sa maîtrise en est bien confinée aux centres de soins.

Association de patients

L’arrivée de la substitution marquera plus clairement l’entrée d’ASUD dans son rôle d’association de patients. L’association ne manque pas de tirer la sonnette d’alarme sur les conditions d’obtention de la méthadone et les laissés pour compte. En 1996 avec la mise sur le marché du Subutex ASUD sera parmi ceux qui très vite constateront et alerteront des dangers de l’injection de ce produit.
Notre association sera aussi à la pointe de l’information aux usagers sur les produits de substitution (articles, plaquettes, etc.).

Le temps passant, ASUD étant reconnu à part entière en tant qu’acteur de la RdR, cette position de représentation des patients prend un rôle de plus en plus prépondérant.
Un point clé sera la réalisation de la première rencontre des EGUS (Etats Généraux des Usagers de Substitution). Enfin, ASUD s’engage avec l’ANIT (Association Nationale des Intervenants en Toxicomanie) dans la mise en oeuvre de la loi 2002, sur la création des Conseils de la Vie Sociale (CVS) au sein des structures de soins spécialisés et CAARUD adhérents de l’ANIT.
Et le militantisme me direz-vous. ASUD reste une association militante. Nous avons toujours cette revendication première : la dépénalisation de l’usage «simple», le respect du droit fondamental de toute personne qui est : le droit au choix individuel et privé. Et nous sommes aussi clairs sur le fait que pour faire un choix, il faut en avoir la capacité. Tout autant d’ailleurs que si nous parlons de droit au choix, il s’agit aussi bien du droit au choix de l’usage, qu’à celui du non usage. Nous avons été parmi les premiers à demander pourquoi la mise en place de la substitution devait entraîner la disparition des lits et lieux de sevrage. Nous nous sommes insurgés quand des personnes se sont vues refusées la réduction de leur traitement de substitution alors qu’ils se sentaient prêts à faire cette démarche et que là encore la toute puissance médicale a primé.

Association Militante

Et nous maintenons notre engagement de nous battre pour qu’être usager de substances ne soit plus un obstacle à la citoyenneté. Nous maintenons notre engagement de soutenir et représenter les usagers qui nous en donnent la légitimité, qu’ils soient ou non adhérents de l’association, car il s’agit bien d’une association et non d’une secte d’incitation et d’initiation à l’usage comme certains aimeraient le faire penser.
Nous ne prônons pas l’usage pour tous et encore moins l’initiation à l’usage des jeunes. Nous n’allons pas dans les écoles droguer les enfants de la chère France des Messieurs Le Bigot et autres. Parmi les Asudiens et les usagers en général il y a aussi des parents. Je ne les ai jamais entendu souhaiter pour leurs enfants un avenir reposant sur l’usage de drogues, bien au contraire. Ce n’est pas ASUD qui a amené un contexte social où dans certains endroits les seuls qui semblent avoir des perspectives de réussite sont les vendeurs de cannabis et non ceux qui cherchent désespérément un emploi digne de ce nom accommodé de surcroît d’un salaire digne de ce nom. Aucun membre ou représentant de l’association n’a, à ce jour, dit qu’il était souhaitable que les adolescents soient des fumeurs de cannabis ; mais ce que nous disons est qu’il n’est probablement pas utile et aidant pour ces adolescents qui ont fumé de les stigmatiser, étiqueter, médicaliser (rappelons au passage que c’est encore ASUD qui a tiré le signal d’alarme lorsque de jeunes adultes, pour certains toujours mineurs ont reçu un traitement de Subutex pour un usage encore récréationel de cannabis. Fort heureusement, à notre connaissance ces cas ont été de rares exceptions).

Clarifier ce que nous sommes

Enfin nous n’oublions pas qu’au moins une association de citoyens respectables a concrétisé pendant un temps son « combat contre la drogue » par la traque et le passage à tabac de simples usagers. Il est vrai qu’il aurait peut-être été plus risqué de s’attaquer à des dealers en état non seulement de se défendre, mais de se montrer plus dangereux pour ces courageux justiciers. Je n’ai encore jamais rencontré d’asudiens qui, équipés de matraques et autres bats de base-ball, allaient injecter de force des personnes vulnérables.
Alors arrêtons les mensonges et l’hypocrisie, les malfrats ne sont pas toujours ceux qu’on pense.

Je conclurai en rappelant que depuis plus de dix ans ASUD a été très clairement engagé dans la responsabilisation des usagers dans leurs pratiques et que c’est bien par la solidarité des pairs qu’est passée cette responsabilisation.
Voilà, s’il y avait besoin, j’espère que ces quelques mots auront clarifié ce que nous sommes, ce que nous ne sommes pas et ce que nous ne tolèrerons plus d’être qualifiés (merci d’avance à nos détracteurs d’en prendre bonne note).

Arnaud Marty-Lavauzelle nous a quitté.

Cette phrase est lourde de sens quand on pense au lien qui unissait ASUD et le président de AIDES de 1993. Il n’est pas exagéré de dire que sans l’engagement d’Arnaud en faveur d’ASUD en particulier, et des usagers de drogues en général, la politique de réduction des risques n’aurait pas occupé cette place privilégiée qui est toujours la sienne au sein de AIDES. Souvenirs

Je me souviens, c’est la devise des Québécois, les Canadiens français comme on disait quand j’étais petit. Arnaud, c’est mon canadien français, un cousin qui parle la même langue, qui s’exprime dans la même gamme, le même langage, mais à partir d’une autre patrie, au-delà des océans mais tellement proche par le cœur.

La colère

Je me souviens de ce jour de 1993 où j’ai pris la parole pour la première fois au cours d’une réunion publique. Asud était de création toute récente, quelques mois, un an tout au plus, et la parole publique d’un « tox » en tant que « tox » était une chose vraiment nouvelle.
Je me souviens très vaguement du débat auquel je n’avais pas compris grand chose, je me souviens des orateurs, qui se dressaient l’un après l’autre, au gré des passages du micro. Je me souviens des visages, Bertrand, Anne et …Arnaud, Arnaud Marty Lavauzelle, le président de AIDES. A l’époque AIDES, Act-up, ou même ASUD, autant de sigles mystérieux vaguement suspects , et je me souviens de ma colère. Je les voyais dire : « les toxicomanes ceci… » « oui mais quand on prend de l’héroïne cela… » « et quand on est en manque ça fait ça…bla bla… ». À l’époque, les toxicos séropos, franchement, on était en plein merdier.
En1993 tes chances de franchir le cap des années 2000 étaient de 1 sur beaucoup beaucoup. Sérieusement, les « books » auraient raisonnablement pu prendre des paris sur nos vies à 1 contre 100. Nous, en tous cas, on se préparaient à mourir.
Et donc la colère…
La colère parce-que je me disais : « mais qu’est-ce qu’ils connaissent de la vie des toxs ? Qu’est-ce qu’ils connaissent de MA vie ! ».

J’avais repéré la tête d’un des mecs, carrée, un peu grosse, avec des lunettes, très sympa, Alors je m’adresse à lui. Je prend le micro et je lui dit un truc naze qui depuis me met en boule-« qu’est-ce que vous connaissez à tout ça ? Vous êtes des toubibs- on disait toubib, ça faisait « tox » de dire « toubib »- mais vous ne connaissez rien à la vraie vie des toxs. ! »

A la fin de la réunion, le gars à lunettes est venu me voir, j’ai cru qu’il venait prolonger l’engueulade. Il m’a dit « Fabrice –le mec avait retenu mon prénom- ta colère c’est de l’or- il a peut-être dit « du diamant » je sais plus vraiment, mais le sens général c’était : « ta colère il faut t’en servir , elle est là pour dire quelque chose à la société française qui trouve normal que les gens qui se font des injections meurent du sida. »

De cette réunion là, dans les locaux de Aides, au 247 rue de Belleville, date ma prise de conscience du fait séropositif et conséquemment du fait toxico. Un fait éclair, un fait exprès qui dit que le déni de justice donne à ta parole une force insoupçonnée.

Le citoyen

Je me souviens du CAL 70 , la Collectif pour l’Abrogation de la Loi de 70. Je me souviens de la promptitude avec laquelle Arnaud a répondu oui à ma demande de soutien. C’est bras dessus bras dessous que nous avons descendu les berges de la Seine, face aux tours de Notre Dame pour dire non à la criminalisation des gens qui prennent des drogues, une première en France.

Foucauld

Ce combat est sans doute le plus significatif du lien qui nous unissait. ASUD s’est constitué sur le modèle de AIDES, et non sur celui d’ACT-UP. Notre modèle est universel et républicain, c’est celui du citoyen comme les autres ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs . Jamais nous n’avons prétendu appartenir à la communauté des héroïnomanes par exemple, au contraire, nous avons toujours souligné la proximité qui existe entre toutes les ivresses , légales ou illicites, dure ou douces, mais surtout propres à caractériser l’humanité toute entière. Universalisme de l’usage des drogues comme il y a universalisme de la maladie. Droits imprescriptible à l’ivresse, comme il y a droit imprescriptible à la santé. Ces bases sont foucaldiennes mais je n’en eus conscience que plus tard. La théorie passait aussi par la pratique de l’amitié.

L’amitié

Je me souviens de cette tribune à Grenoble en 1996.

15 jours plus tôt, le secrétariat de AIDES nous appelle. Arnaud veut qu’ASUD soit présent aux Assises de AIDES, et sur la plus haute marche, face au Ministre….
En face de moi Hervé Gueymard, Secrétaire d’Etat à la Santé dans le gouvernement Juppé. Je lui dit pendant la table ronde : « .. ;Asud, association de malfaiteurs, payés par vos services… ». Hilarité générale. Moi, je me dis « merde, j’ai dit une connerie… ». Arnaud fait son discours de clôture : « ASUD, cette association de malfaiteurs payée par l’Etat etc..etc… » Ouf , sauvé !!! Depuis c’est resté dans les annales.

La douleur

Reste les page sombres, les moments où l’on pouvait voir sur son visage, les marques de la fatigue. Les AG de Aides fédération , si diffiçiles. Une nouvelle équipe qui prend les rènes du bateau …les inévitables froissements d’ego …
Et puis dans ces années là, AIDES a cessé d’être aussi la maison d’ASUD, et Arnaud a commencé d’être associé au souvenir des années de lutte, des années sida, celles dont on dit , il y a un avant et un après…
La colère, le citoyen , l’amitié et les pages sombres, ma foi, c’est un résumé que j’ai tenté de faire le plus fidèle possible. Les trois premiers mots vont comme un gant au militant de la lutte contre le sida que fut avant tout Arnaud. Le dernier n’est pas moins caractéristique de ce qu’il a du enduré tout dernièrement.

Ces dernières années , je n’ai plus revu Arnaud. Je le savais malade, je n’ai eu ni le courage ni l’envie de venir le déranger dans sa retraite, c’est comme si son rôle, également inspiré par la personnalité de Daniel Defer, autre ami d’ASUD, était confondu avec le temps où tout était possible, où l’on parlait de légalisation plutôt que d’addictologie et de droit au plaisir plutôt que d’alcoologie.
Cher Arnaud, repose en paix aux côtés d’Olivier, de Véronique et de mille autres, comme toi morts du sida, mort contre le sida, mort en ayant vaincu les alliés du sida, la discrimination et l’injustice.

La « salle de shoot » d’Asud Montpellier

En mai 1994,Asud-Montpellier mettait les autorités françaises dans l’embarras avec l’ouverture d’une salle d’injection… de médicaments prescrits par des médecins (Temgésic®, Orténal®, Monscontin®, etc.).
Officiellement inaugurée le 7 octobre 1994 en présence du maire de la ville et de nombreux médecins et pharmaciens
lors d’une réception offerte par Bernard Kouchner, la petite maison de la rue du Pont-des-Lattes aura permis à une vingtaine de personnes de s’injecter à moindre risque.

Située derrière la gare ferroviaire de Montpellier, en face d’une usine à gaz, la «maison d’accueil » affichait sur sa porte d’entrée la liste des pharmaciens de garde. La salle d’injection était une pièce de 10 mètres carrés avec une table, des chaises, un lavabo, des plantes vertes et un conteneur pour les seringues usagées. Aux murs, des affiches de prévention en plusieurs langues, des articles de presse, une affiche de Bob Marley et des étagères où étaient stockés seringues, cuillères, tampons alcoolisés, etc. Un règlement rappelait l’utilisation de la salle : «Casser les aiguilles de seringues après usage et les jeter dans la poubelle prévue à cet effet ; Garder le lieu propre et ne pas y pénétrer à plus de deux. » Pas de consommation d’héroïne ni de cocaïne, mais uniquement de traitements prescrits par des médecins. À l’étage, les bureaux d’Asud avec 5 salariés et des bénévoles.

Le 1er décembre 1994, le préfet de l’Hérault, Charles-Noël Hardy, déclarait que la salle d’injection « n’était pas illégale » car « si la substitution par injection est répréhensible aux yeux du code de la santé… elle ne l’est pas à ceux de la loi». Pour le commissaire de police Parat, «l’association ne troubl[ait] pas l’ordre public» et « nous n’av[i]ons pas constaté d’infraction, il n’y a[vait] donc pas de raison d’intervenir ».
Mais malgré le soutien des médecins, des pharmaciens, d’associations comme Aides, Médecins du monde, Ensemble contre le sida, et du maire, Georges Frêche, qui estimait que « […] cette salle [devait] continue[r] de fonctionner comme premier sas d’accueil de toxicomanes candidats à la substitution», la Direction générale de la santé (DGS) mis fin à la salle d’injection au courant de l’été 1995 (1).

L’auto-évaluation d’Asud-Montpellier chiffre à 594 le nombre de visites à la «maison d’accueil » durant les 3 derniers mois de 1994. 364 injections de Temgésic®, 32 d’Orténal® et 57 de Monscontin® ont été dénombrées pendant cette période dans la salle d’injection propre fréquentée par une vingtaine de personnes
par jour (2).


ERLI – Fabrice Olivet, ASUD – L’expérience de Montpellier par AFRdR

(1) Sources : Revue de presse ASUD National, 1994-1995.
(2) Montaucieux C., La « shootéria » de Montpellier s’impose sans convaincre, Le Journal du Sida, n° 70-71, p. 22, 1995 (février-mars).

Pierre Ouin et ASUD vous présentent : Courrier Toxique

H. conduit un bus à Londres où la drogue circule dans les 2 étages. Consommateur lui-même, il ferme les yeux, enfin pas trop…

F. est spécialisé dans le braquage de « particuliers bourrés de coco ». Le comble : ces messieurs/dames ont porté plainte et F. finit en taule.

D. fait la tournée des pharmacies du Var pour se procurer du Néo. Dans ses bons jours, il récolte quinze à vingt boites, consommées illico.

R. nous dit comment une cure d’Interféron® l’a conduit à placer le canon d’un 22 long rifle sur son cœur. Cinq petits cm de déviation d’impact lui permettent aujourd’hui de raconter son histoire.

D. adepte du « divin cannabis » et puis L. « dans son fameux taxi hollandais » qui l’a conduit directement à la douane.

J. lui va chercher de l’ibogaïne chez les sorciers Bwiti de la forêt congolaise.

F. encore, ce « retraité de l’arbalète » qui évoque le Golf Drouot des années 70, ces années de plomb qui changèrent l’or en poudre blanche.

S. qui demande, qui nous demande, combien de temps elle pourra tenir entre quatre murs.

Et puis d’autres encore, des lettres de taulards et de taulardes comme Y., jugé aux Assises pour avoir laissé sa copine se faire un shoot de curare…

ASUD 27 Ouin Bloodi Beuh outdoorVoilà un florilège de la nourriture de base du journal d’ASUD. Nous en publions des extraits dans le courrier des lecteurs. Mais, l’essentiel dort à l’abri d’un classeur poussiéreux au fond du local.

Un après-midi d’automne ou peut-être un matin d’hiver, Pierre Ouin, passe nous saluer comme souvent. Ce jour là, le papa de Bloodi me demande de potasser le fameux classeur. Un an plus tard, il en sort ce petit livre en forme d’hommage. Hommage aux oubliés de la guerre contre la drogue, les petits, les sans-grades, car comme je l’ai souvent répété la guerre à la drogue a, comme toutes les guerres, ses morts ses blessés et ses disparus.

Un siècle de guerre contre les drogués

ASUD 27 Ouin Royal tarpéEn 1916, Antonin Artaud écrivait dans sa célèbre lettre à Mr le législateur : « les toxicomanes ont sur la société un droit imprescriptible qui est celui qu’on leur foute la paix ».

Malheureusement, presque un siècle plus tard, le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas été entendu. L’enfer des bonnes intentions s’est abattu sur les consommateurs de substances illicites. Traqués par la police, exploités par les dealers, décimés par les différents virus que la prohibition des seringues a diffusés, les usagés de la drogue occupent par millions (oui par millions !) les prisons de notre planète. La guerre à la drogue n’est pas un vain mot. C’est bien une véritable guerre qui est livrée non pas contre La drogue, les molécules chimiques étant par nature difficiles à menotter, ni même contre les trafiquants, mais contre le petit peuple des drogués qui pourrissent dans tous les coins craignos de nos cités.

ASUD 27 Ouin CimetièreLes morts, les blessés et les disparus, donc. Les morts et les blessés, je viens de les évoquer. Les disparus sont par définition des oubliés. Arrêtons-nous quelques instants sur ceux dont on ignore absolument le devenir parce que brusquement, la prison, la désintoxication ou la fuite ont interrompu votre relation, qu’elle soit affective, amicale, sexuelle ou les trois à la fois. Ces ruptures sont fréquentes, presque banales dans l’univers que la répression nous impose. Un jour… Plus rien… Même pas de vagues rumeurs, non,…rien !…Il y a aussi ceux dont on décide sciemment de ne plus avoir de nouvelles, par peur d’être renseigné …Définitivement.

Voilà encore une raison pour le journal des drogués heureux de faire parler La Drogue à la première personne du singulier. Nous recevons des lettres écrites simplement, pour extérioriser un vécu inénarrable, pour poser un moment le fardeau d’un quotidien un peu encombrant. C’est peut être la fonction primordiale d’une association comme la nôtre, permettre à la grande majorité des consommateurs qui ne se vivent ni comme des aventuriers, ni des rebelles et encore moins des délinquants, de poser leur sac dans la banalité d’une causerie de comptoir.

L’humour est politesse du désespoir

ASUD 27 Ouin Bloodi shoote sur des seringuesPour naviguer dans l’étroit goulet qui sépare l’exhibitionnisme du pittoresque, une solution existe, c’est le rire.

C’est le rire qui nous fait adorer Bloodi, qui pourtant n’est qu’un punk vivant dans une poubelle avec un rat. Le rire est l’arme du pauvre. Il. nous sert de cache-sexe pour exposer notre quotidien de Martien. Le rire est une valeur commune du journal d’Asud et de l’univers de Pierre Ouin, parce que le rire est une forme de pudeur. Il permet d’échapper à l’œil du voyeur, effrayé par l’éclat insolent de la caricature.

Quelqu’un a dit : « l’humour est la politesse du désespoir ». Il avait compris que dans son énormité, le malheur est horriblement grossier. Il s’empare sans ménagement de nos petits égoïsmes sans se soucier de l’habituelle culpabilité qui accompagne l’énoncé de la misère d’autrui. Pour éviter ça, rien de mieux qu’une tarte à la crème !

Alors bonne lecture, le rire permet à votre cerveau de fabriquer des particules chimiques voisines de la structure moléculaire des produits opiacés et jusqu’à présent le rire est encore légal…Quoiqu’à bien y réfléchir, ne laissez pas traîner ce bouquin, on ne sait jamais.

ASUD 27 Oin Bloodi part hips

ASUD, 10 ans déjà

Pour ASUD, tout a vraiment commencé un beau soir de novembre 92. Mais laissez-moi vous raconter…

Depuis quelques mois -quelques années déjà- quelque chose qui fermentait du côté de «la drogue», se préparait. Une série de signes discrets, éparpillés, mais qui, assemblés, dessinaient les contours d’un changement de la politique ultra-répressive instaurée par la loi de 70.

Ainsi la loi Barzach, qui pour la première fois a su discerner dans les infections virales transmissibles par voie intraveineuse,un danger plus imminent que ces «paradis artificiels» , et en tirer la conséquence urgente: la mise en vente libre des seringues dans les pharmacies en 86.
Vers la fin de l’automne, des militants anti-VIH et des «intervenants en toxicomanie», des hurluberlus, dont votre serviteur et sa compagne, ont ainsi été invités à exposer leur conception d’un «junkiebond»à la française au cours d’une réunion de l’association EGO (Espoir Goutte-d’Or)

Cette réunion, je ne suis pas près de l’oublier. Au cours du dîner qui a suivi, un des membres d’EGO, un travailleur social nommé Abdalla Toufik, a tenu à s’asseoir près de moi. Et à m’expliquer gentiment que ma conception d’un groupe d’usagers de drogues comportait quelques points légèrement irréalistes… «Mais j’aimerais t’en parler plus longuement». Et le voici qui s’invite chez moi pour le surlendemain à 16 heures.
Le jour dit, à 16 heures précises, la sonnerie retentit et la porte s’ouvre sur Abdalla, flanqué d’un grand garçon pâle au sourire timide qu’il me présente sous le nom de Philippe Marchenay. Philippe qui sera avec Abdalla, Phuong et moi-même le quatrième fondateur d’Asud.
Abdalla, pour avoir rencontré les membres du «syndicat des junkies» nous initie peu à peu aux notions, encore quasi-inconnues en France, d’autosupport et de réduction des risques…
Nous parlons aussi des spécificités de la situation française: la loi de 70, la répression tous azimuts et la façon dont, elle entretient un lien de cause à effet avec les overdoses, la délinquance et la progression galopante du VIH et des hépatites chez les UD.
«Usagers de drogue»: une expression nouvelle, venue des Pays-Bas et d’Angleterre et que nous décidons d’utiliser systématiquement et même d’imposer dans toute discussion sur la question, par opposition aux termes de «camés», «drogués», «toxicomanes» ou «malades dépendants», tous très stigmatisants.
Une démarche militante, dans la mesure où changer le mot utilisé pour désigner telle ou telle catégorie d’individus contribue à changer le regard qui sera posé sur eux. Pas du «politiquement correct», de la politique. De la vraie, qui commence à délimiter l’espace où l’UD se définit comme citoyen, c’est-à-dire comme individu vivant dans la cité, et partie prenante des décisions qui le concernent. Waouh!

C’est ainsi qu’au bout de plusieurs semaines de discussions parfois houleuses, nous finissons par trouver le nom de la future association: Asud, pour Auto-support des usagers de drogues. Et, dans la foulée, par rédiger un manifeste qui reprend les principaux points dégagés au cours de nos discussions préliminaires: la reprise en main de leur vie par les UD confrontés à la maladie et à la «guerre à la drogue» ; le droit desdits UD à choisir librement entre l’abstinence, la continuation de leur mode de vie clandestin ou la prise de produits de substitution; la multiplication par 100, sinon par 1000 des programmes méthadone existants et la diversification maximale de la palette des molécules et des protocoles de substitution; l’organisation par les usagers eux-mêmes de la réduction des risques liés aux drogues qu’ils consomment grâce, entre autres, à une information non biaisée sur les produits et les techniques d’injection «propre» ;la nécessité, donc, d’une publication faite par et pour les UD et destinée à délivrer ce type d’information ainsi qu’à présenter (en évitant les attaques frontales contre les institutions) les revendications des usagers et des témoignages de leur quotidien.
En somme, faire ce qu’Asud-Journal n’a cessé de faire depuis dix ans. Mais ce journal, colonne vertébrale indispensable à notre mouvement, il fallait d’abord le créer -et le perpétuer. Donc trouver des militants prêts à y travailler, mais aussi, le nerf de la guerre, les thunes. Lesquelles ne pouvaient venir que des milieux antiprohibitionnistes et surtout des mouvements et institutions gouvernementales engagés dans la lutte contre l’explosion de la contamination VIH/hépatites chez les tox.
Pour cela, il importait de nous faire connaître. Si bien qu’un beau jour d’avril 93, nous nous pointons à la fac de Nanterre, au colloque «Drogues et droits de l’homme» organisé par Francis Caballero. Pour la première fois, se dressant dans l’amphithéâtre bondé, Philippe Marchenay prononce le nom d’Asud et expose nos objectifs tandis que 5 ou 6 autres compères parcourent les travées en distribuant des exemplaires du manifeste, fiévreusement tirés la nuit précédente sur la photocopieuse de nos hôtes d’Aparts. Applaudissements nourris, y compris à la tribune et, d’une façon générale, gros succès dans l’assemblée…

Le premier groupe d’autosupport d’UD «non repentis» en France! La nouvelle se répand comme une traînée de poudre (ah ah ah!) dans les milieux concernés et les coups de fil d’encouragement bloquent presque le standard tandis qu’affluent les adhérents.
Ah les premiers Asudiens! Les Hervé Michel et sa bande, les Georges Sintès (dont l’ultime pied de nez sera de décéder un 1er décembre, Journée mondiale du sida 95!), Yvon Moisan, Rodolphe Mas, Caroline et Alain Chateau, Jean-René Dard (qui sera plus tard le troisième président d’Asud), Fabrice Olivet (le quatrième)et tous les autres, ceux qui continuent aujourd’hui encore à faire marcher Asud et à écrire dans les pages du journal. Ceux aussi qui nous ont quittés depuis pour le paradis (bien réel hélas) des toxicos ou pour vivre leur vie, mais qui tous arrivaient avec leur rage et leur joie débordante de pouvoir enfin faire entendre leur voix.
Et puis, malheureusement, ceux que nous avons dû -gentiment- éconduire: les exaltés, prêts à dynamiter la Préfecture de police ou à se shooter à mort sur les marches du ministère de la Santé, les zonards en quête d’un toit ou d’un repas, ceux encore qui prenaient le local d’Asud pour une shooting room, une scène de deal, ou une ANPE pour tox…!
C’est pourquoi nous nous sommes d’abord recrutés par cooptation -en fait juste un entretien «de motivation» devant un café ou un demi, histoire d’être bien d’accord sur la nature, les objectifs et le fonctionnement d’Asud. Et hop, au boulot! Gratos, pour commencer évidemment…
Car c’était bien beau l’enthousiasme, les grandes idées, l’intérêt croissant des média et des professionnels, les perspectives de financement (et de salaires?), mais en attendant, restait à tenir nos promesses…
Et d’abord à sortir ce journal dont nous avions annoncé à grand bruit la naissance imminente lors de notre première apparition publique à Nanterre
Là encore, comme pour la rédaction du manifeste, les discussions sont parfois chaudes, sinon explosives. Tel article est jugé trop provocateur, tel autre trop timide. Et chacun de défendre bec et ongles sa contribution. D’autant que chacun tient à mettre son grain de sel dans ce premier numéro d’Asud-Journal, son titre décidé à la quasi unanimité.

Ce n°1, il nous faudra près de trois mois et demi pour le sortir. Pas facile, en effet, de choisir entre le véritable monceau d’articles (de poèmes, de dessins, etc.) qui nous sont soumis en ménageant les susceptibilités. Et d’abord celle des auteurs bien sûr, qui ne comprennent pas toujours qu’il ne s’agit pas de se faire plaisir et de se défouler en sortant un fanzine-brulôt tout fumant. A se vouloir trop chaud, on finit par se griller!
Il s’agissait donc à la fois de ménager la susceptibilité des auteurs-militants et surtout ne pas heurter celle des non-usagers, soignants, intervenants en toxicomanie et institutions de lutte contre le VIH, seules prêtes à nous financer et à nous protéger, au nom de notre travail de prévention du sida. C’est en tenant compte de ces divers impératifs que nous arriverons, vers la fin août 93, à sélectionner enfin les textes qui constitueront Asud-Journal n°1. Maquetté, imprimé à 5OO exemplaires et agrafé avec les moyens du bord, il comportera divers témoignages d’UD, dont bon nombre de séropositifs ou malades du sida, un texte «historique» sur Thomas de Quincey, le premier junkie conscient de son addiction au 18e siècle, et surtout à la une, un éditorial largement inspiré du manifeste d’Asud et l’annonce de notre article-vedette: l’interview d’un médecin sur les techniques du «shoot propre».
Un véritable coup de poker qui, en détaillant l’art de diluer sa came avec telle eau, tel produit acide, dans un cuiller nettoyée de telle et telle façon, puis de la pomper dans une shooteuse propre, à travers un coton à usage unique avant de piquer la veine bien garrottée à travers la peau nettoyée à l’alcool, pouvait aussi bien nous faire tous coffrer au titre de la loi punissant « l’incitation à l’usage de drogue » que nous valoir les subsides des organisations antisida.
Subsides que nous ne pouvions d’ailleurs recevoir qu’une fois constitués en association, avec un président, un trésorier, un secrétaire, etc. Ce qui fut fait rapidement avec, pour premier président, l’ami Philippe Marchenay.

Vers la mi- septembre, tout était à peu près au point. Nous n’en menions pourtant pas large, quand nous nous sommes retrouvés Phuong, Philippe, Abdalla et moi, en robe et costards-cravates, le journal sous le bras, grelottant sous la pluie fine qui détrempait le parvis de l’AFLS (Agence française de lutte contre le sida) où Sylvie Justin allait dans un quart d’heure décider de l’avenir d’Asud, en clair, de son soutien et de son financement par l’AFLS.
De ce qui s’est dit exactement pendant la petite heure qu’a duré cette mini-réunion, je ne garde étrangement aucun souvenir, tant j’étais possédé par le trac. Je me rappelle juste qu’au sortir de l’ascenseur, nous avions tous les quatre le sourire: c’était gagné! A commencer par le financement, donc la possibilité de continuer à sortir le journal, et celle pour l’association de salarier quelques emplois CES. Le tout sanctionné par une convention entre Asud et l’AFLS.
Une convention qui mettait, il est vrai, quelques bémols à notre projet de départ. Le financement promis ne porterait pas sur le journal lui-même, mais sur les actions de prévention anti-VIH de terrain (c.à.d. dans les pharmacies, les salles, les squats, «scènes» de rue, etc.). D’où l’obligation de centrer notre sommaire sur l’aspect sanitaire, et d’en rabattre un peu sur le côté revendicatif.
Bref, nous nous retrouvions un peu le cul entre deux chaises et il n’a pas toujours été facile de nous accommoder de cette ambiguïté fondatrice .Recrudescence des engueulades et des portes claquées. D’autant qu’avec l’afflux incessant des nouveaux Asudiens, nos réunions, désormais soumises aux règles de la « démocratie associative » se devaient d’aboutir non plus à un consensus informel entre quatre ou cinq personnes, mais à des décisions votées à main levée par plus d’une dizaine de participants forts en gueule (on les comprend!) et pas toujours très portés aux compromis…

Pourtant, en dépit de toutes ces difficultés, de la prise de distance d’Abdalla, de l’élection d’un véritable bureau dont Phuong était désormais présidente, et des inévitables querelles et jalousies suscitées par l’attribution des CES (donc des salaires!), Asud a continué son chemin, et plutôt bien: interviews et prises de parole dans les media, contacts avec les principales pointures de la «réduction des risques» et sortie, en un peu plus d‘un an, de trois autres numéros du journal, chacun plus fourni et plus «professionnel» que le précédent. La moindre de nos réussites n’étant pas d’être parvenus à faire fonctionner Asud comme une assoce «normale», bien que composée quasi-exclusivement d’individus à forte personnalité, au parcours chaotique, durement marqué par les galères et la maladie, et plus portés au coup de gueule (sinon au coup de poing dans ladite gueule) qu’à la recherche souriante du consensus.

Mais la véritable consécration n’allait survenir qu’au printemps 94. Au cours d’un dîner-pizza improvisé entre Anne Coppel, Valère Rogissart, responsable à l Aides de la prévention chez les UD, Arnaud Marty-Lavauzelle, président de ladite association, Bertrand Lebeau de MDM,… et Phuong, présidente d’Asud depuis quelques mois. C’est au cours de cette soirée historique que fut conclue l’alliance formelle entre les militants anti-VIH, les professionnels de la réduction des risques, les médecins et les UD. Le nom du futur collectif, décidé à l’unanimité: «Limiter la casse». Un intitulé qui définissait sans équivoque son objectif: constituer un lobby voué à soutenir toutes les initiatives de réduction des risques.
Pour ASUD, c’était un véritable triomphe. Non seulement parce que nos objectifs et nos revendications se voyaient ainsi entérinés, mais aussi parce qu’en nous voyant invités dans ce collectif dont, fait significatif, la première action fut d’élire un bureau dont le président était Fabrice Olivet, l’un des nôtres, Asud était enfin officiellement conviée à jouer dans la cour des grands, et les usagers pris en compte comme acteurs centraux de la RdR.
NOUS EXISTIONS ENFIN POUR DE VRAI!!!

La suite, avec les bouleversements, les dissensions et la part d’embrouilles, ce n’est pas à moi qui, peu de temps après la création de LLC, ai pris quelque distance vis-à-vis d’Asud, de vous la raconter. Pas plus que de parler des 23 numéros du journal qui, à hue et à dia, se sont succédés depuis. Ni des nouveaux financements ou de la galaxie des sections Asud , ont fait de nous un mouvement d’envergure nationale, et même internationale.
Tout ce que je puis dire aujourd’hui, dix ans après le tout début d’Asud, c’est que si je suis encore là pour vous raconter ses premiers pas, c’est qu’en dépit de tous ses changements, de ses quelques échecs et de son incroyable succès, Asud n’a pas dévié d’un poil par rapport à ce qui fut notre rêve, un soir d’hiver 92.
Et, nom d’une petite shooteuse, qu’il continue à en être ainsi dans les siècles des siècles, alléluia et Bom Shankar!

ASUD en deuil d’Hervé Michel

ASUD est en deuil. Notre ami Hervé Michel, membre fondateur d’ASUD dès avril 92, est mort voici quelques semaines, aux premier jours de novembre. Il avait 28 ans. Bien que séropositif depuis plus de deux ans, ce n’est pas la maladie qui l’a tué : non, il s’est éteint en faisant la sieste; après un déménagement qui l’avait fatigué. Arrêt du cœur, a déclaré le médecin …

Le cœur, tous ses amis de Vitry, où il vivait chez sa mère, et d’ailleurs, vous le diront, c’est vrai qu’il l’avait trop grand, trop gros, et qu’il y avait mal trop souvent… Mal de trop de tendresses et de révoltes étouffées, mal d’un présent rythmé par la répression et les galères quotidiennes, d’un avenir bouché comme l’horizon par les murs gris de la cité, mal de tous les copains décimés par le sida, les O.D., l’hépatite, la misère, la solitude, à commencer par son frère Francis, le poète, mort entre les mains des flics d’une « overdose » jamais élucidée…

Un cœur qui avait mal aussi de tous ces cachets qu’il se bouffait ; jour après jour, nuit après nuit, non par goût du suicide, il aimait trop la vie! Mais parce qu’en banlieue, quand on n’a pas le larfeuille bien rempli ni l’âme au bizness et qu’on veut malgré tout garder la tête dans les étoiles, il faut bien, faute de bonne came, faire avec ce qu’on trouve…

C’est comme ça qu’il est parti : entré dans la mort en rêvant, les yeux fermés, sourire aux lèvres… Comme il a vécu en douceur. C’est vrai que l’on ne l’entendait pas beaucoup Hervé : ce n’était pas un tonitruant, une grande gueule .. . Il préférait écouter en silence, et il lui suffisait d’un de ces sourires qui vous vont au fond de l’âme pour vous dire à sa façon l’émotion qui le soulevait comme une lame de fond … Un silencieux, un discret, presque timide – sauf bien sûr lorsqu’il s’agissait de prendre la parole et de gueuler au nom de tous ses frères d’exclusion -toxicos, malades, archanges archidéchus des banlieues bâillonnées.

Pour ça il avait choisi, dès le début, de militer à ASUD, collaborant à l’écriture de notre tout premier Manifeste, en mars 92 . Un choix pas si facile que ça à assumer à une époque où, souvenez-vous la réduction des risques était loin d’avoir pignon sur rue et où il fallait une sacrée dose de courage pour oser, à visage découvert, s’affirmer toxico et séropositif, non pas repenti mais prêt à se battre pour ses droits, POUR SA VIE !

ASUD au Forum des Associations

ASUD était au rendez-vous lors du Forum des Associations, qui se tenait au Jeu de Paume à Paris du 30 nov. au 2 déc. 92, et qui réunissait une quarantaine d’associations ayant pour but la prévention du V.I.H.

Accueilli sur le stand d’A.P.A.R.T.S., A.S.U.D. a étonné le public. Il y aurait beaucoup à dire sur les contacts que nous avons noués, les rencontres que nous avons faites, les dialogues que nous avons engagés… Mais dans un premier temps, voici d’abord un bref résumé de ces trois jours.

LUNDI

Mise en place de notre stand, affiche, manifeste, et distribution du N°2 de notre journal. En fin d’après-midi, visite de Bernard Kouchner, actuel ministre de la santé, qui s’est arrêté devant notre stand, et a dialogué quelques instants (protocole oblige) avec Yvon, membre d’ASUD, se déclarant notamment favorable à notre action de lutte contre le sida dans le milieu des usagers des drogues par voie intraveineuse.

MARDI

Ouverture publique de la “Journée Mondiale de Lutte Contre le SIDA”. Beaucoup de monde et une foule de questions posées aux membres d’ASUD ; Qui êtes-vous ? Que faites-vous ? Comment vous joindre ? Pouvez vous accueillir les usagers ? Autant de questions que nous ne pouvions laisser sans réponses. Jack Lang était l’invité de cette journée, mais son intervention auprès des lycéens a été perturbée par les coups de sifflet d’un groupe de lutte anti-sida connu pour le caractère radical de ses actions. Littéralement assailli, c’est dans la confusion générale qu’il dut s’échapper vers d’autres lieux où il était sans doute attendu…

MERCREDI

Ce fut une journée de détente, ce qui nous permit de rencontrer des membres d’associations travaillant déjà sur les problèmes du V.I.H. dans le milieu des U.D.V.I, tel “Pluralis” dont le but est l’accès au soin de l’UDVI séropositif. Nous avons aussi pu nous faire connaître d’associations qui jusqu’à ce jour ignoraient notre existence. Les échanges d’informations, d’idées, d’adresses et parfois les prises de rendez-vous étaient le mot d’ordre de cette journée… Qu’on se le dise !

En bref, ce furent trois jours où le public a découvert une autre image du “toxicomane” que celle qu’on lui décrit habituellement, et où il a pu discuter tant de la “toxicomanie” que des problèmes du SIDA chez les UDVI. Les journalistes eux aussi étaient présents et (sans vouloir nous passer de la pommade), ils se sont surtout focalisés (caméra oblige) sur le stand d’ASUD.

Étonnant : Asud a surpris par sa présence, mais aussi par la qualité du dialogue qui s’est ouvert entre les différentes associations. Elles se sentent désemparées et déconcertées, et nous demandent conseil sur le type d’information et de discours préventif à tenir auprès des usagers de drogues, ou encore sur la direction à prendre dans la lutte spécifique qu’elles mènent dans la lutte contre le SIDA dans ce milieu.

Notre action a donc été dans l’ensemble très bien accueillie. Nous avons cependant pu constater au fil des rencontres, des lacunes littéralement hallucinantes au niveau de la prévention en direction des jeunes : ces lycéens, par exemple, qui ont pris les seringues posées sur le stand pour des stylos ! Il nous a fallu leur expliquer ce que c’était : l’outil de base de l’UDVI – et son arme n°1 contre le risque de contamination VIH ! Ce qui amène à poser une question aux parents : Comment voulez-vous que vos enfants fassent attention aux seringues qui traînent dans les caniveaux ou dans une poubelle si vous ne leur expliquez pas à quoi cela ressemble ? Je fus surpris de voir que ces enfants à qui l’on décrit dans tous les sens l’usage du préservatif, on ne leur explique pas à quoi ressemble une seringue, pour que s’ils en voient une, ils ne la prennent pas dans la main et surtout qu’ils ne jouent pas avec au risque de se piquer et de contracter le VIH…

Voilà : très positif donc, ce forum, tant pour les associations qui ne nous connaissaient pas et qui maintenant savent que l’on existe, que pour nous, qui ne connaissions pas forcément certaines associations qui pourraient être à même de nous aider dans notre action. Un forum qui, il faut le dire n’aurait jamais existé sans la présence et le soutien de l’AFLS (Association Française de Lutte contre le Sida) et Dieu sait, si ici, au groupe ASUD, nous sommes bien placés, puisque c’est notre existence même que nous devons à l’AFLS et au soutien qu’elle nous apporté dès le départ, pour savoir le rôle essentiel que cette organisation joue dans la lutte anti-SIDA.

Colloque anniversaire d’APPARTS

Le 28 novembre 92, le colloque anniversaire d’A.P.A.R.T.S, Association fondée en 1987 et qui propose des services d’aide aux malades en Île-de-France et à Marseille (Appartements de Relais Thérapeutique et Social, service social, aide à domicile, soutien aux malades du SIDA), a réuni 200 professionnels des soins et de l’accompagnement des malades et séropositifs, parmi lesquels de nombreux responsables du secteur associatif, mobilisés autour de la journée mondiale du 1er décembre.

Les membres d’ASUD étaient également présents, et ce, tout d’abord pour des raisons évidentes d’amitié et de reconnaissance. Comment oublier en effet que sans nos amis d’APARTS, à commencer par son président Jean Javanni, qui voici un an n’ont pas hésité dans un formidable geste de solidarité militante, à nous prêter, dans leurs propres locaux, le bureau et la logistique qui nous permettent de fonctionner au quotidien – le Groupe ASUD ne pourrait peut-être pas publier aujourd’hui ce journal.

Mais nous avions une autre raison d’être là, toute aussi évidente : c’est que les Usagers de Drogue sont une des catégories de population les plus lourdement touchées par le SIDA.

C’est à ce titre qu’entre autres, notre responsable Philippe Marchenay a été convié à animer un atelier de travail au cours duquel il a ainsi pu débattre avec… le commissaire Boucher, de la Brigade des Stupéfiants, et sa collègue Mme Boulanger. Bien que les deux policiers, en dépit d’une ouverture d’esprit et d’une volonté de dialogue évidentes, ne se soient guère démarqués des positions et des arguments répressifs habituels, leur présence même à ce débat ne peut qu’apparaître comme l’indice d’un début de changement radical dans l’attitude des Pouvoirs Publics à l’égard des drogues et de ceux qui en font usage.

C’est en effet la première fois en France que des policiers – des policiers des stups ! – s’asseyent officiellement avec des usagers de drogues à une table qui n’est pas une table d’interrogatoire !

Tout aussi significatifs de ce changement nous sont apparus la présence et les propos de Mme Barzach, qui en 87, alors qu’elle était Ministre de la Santé du Gouvernement Chirac, a, pour la première fois en France pris le risque politique de libéraliser la vente des seringues en pharmacie.

Qu’on en juge

« Face à la tragédie que vit notre pays avec la propagation du SIDA, il est inacceptable de rester passif par simple peur de considérations politiques ou électorales » a en effet déclaré avec force Madame Michèle Barzach, invitée à prononcer l’allocution de clôture du colloque anniversaire d’A.P.A.R.T.S., samedi 28 novembre 1992, à la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette.

Sur ce point précis, à savoir la timidité de la politique officielle de prévention du SIDA, et en particulier chez les usagers des drogues, Madame Barzach s’est déclarée elle-même « révoltée et agressive » face à la passivité générale « des responsables qui parlent du SIDA sans même aller voir ce qui se passe dans la réalité. D’autant que les nombreuses évaluations conduites dans le monde permettent de savoir exactement où et comment agir ». Et reprenant certains points abordés lors de l’atelier consacré à la transmission du SIDA chez les usagers de drogues intraveineuses organisé avec le Groupe ASUD (Auto-Support-des Usagers de Drogues) elle a formulé le souhait qu’enfin un vrai débat soit engagé en France, y compris, en l’élargissant au cadre international, sur la question de la libéralisation des drogues.

Outre la partie cruciale de la prévention du SIDA chez les toxicomanes pour lesquels « on ne fait pas ce qu’il y aurait lieu de faire », Madame Barzach a évoqué l’incidence croissante des facteurs économiques dans les décisions en matière de santé. Elle a estimé que le scandale du sang contaminé avait produit un véritable électrochoc de l’opinion en posant de façon dramatique la confrontation de l’éthique morale et de l’argent. « On s’approche dangereusement de la ligne jaune » a-t-elle prévenu, et face à de nouvelles tragédies qui ne sont plus à exclure « la conscience des décideurs est aujourd’hui engagée ».

Enfin, après avoir qualifié d’« absurdes » les récentes propositions de dépistage obligatoire du SIDA, généralisé sur toute la population, Madame Barzach a conclu sur son inquiétude face à « une conscience médicale en danger et qu’il faut à tout prix préserver »… Non sans avoir auparavant évoqué l’exemple de la Suisse ou de Liverpool où l’urgence de la lutte contre le SIDA chez les UD a conduit à organiser la distribution contrôlée d’héroïne.

Comité de soutien des non-usagers

Pour nous aider dans notre lutte pour la prévention du SIDA et le respect des Droits de l’Homme, notre ami Abdalla TOUFIK a pris l’initiative de former un Comité de Soutien des non-usagers.

Nous nous joignons à lui pour appeler tous ceux – médecins, juristes, intervenants en toxicomanie, parents ou amis d’Usager des drogues, personnes privées ou associations – qui partagent nos objectifs et nos convictions, à rejoindre ce Comité de Soutien destiné à travailler en liaison avec le Groupe ASUD et en fonction des aspirations et des impératifs qui orientent notre action.

Les coordonnées sont les mêmes que celles du groupe ASUD.

Remerciements

A l’occasion du premier numéro de notre journal, c’est tout le groupe ASUD qui se joint à notre équipe pour remercier de leur écoute attentive à nos préoccupations MM Fromiont et Dorléans, de la Ville de Paris, ainsi que Mme Christine Ortmans de l’AFLS, Maitre Charles-Henri De Choiseul-Praslin, notre conseiller juridique, le Dr Annie Mino, médecin-chef de la division pour toxico-dépendants de Genève, Mme Colette Aubourg, ainsi que tous ceux qui nous ont aidé à constituer le Groupe et à sortir le journal ASUD.

Parmi eux, nous tenons à remercier tout particulièrement les laboratoires Delagrange pour leur aide financière sans laquelle ce premier numéro n’aurait jamais vu le jour.

Un grand merci également à tout les membres de l’équipe de l’association APARTS. C’est en effet grâce à leur confiance et à leur généreuse hospitalité que le groupe ASUD peut aujourd’hui sortir ce numéro 1 de son journal.

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