Protoxyde d’azote (N2O) et réduction des risques

A doses élevées et répétées (des dizaines de prises sur plusieurs jours), le protoxyde d’azote détruit l’acide folique et la vitamine B12 et peut endommager la moelle épinière. Il est donc recommandé aux aficionados de compléter leur alimentation par des suppléments de cette vitamine notamment en cas de régime végétarien.

De plus, le gaz très froid « gèle » les muqueuses et les poumons s’il n ‘est pas mélangé avec un peu d’air chaud expiré. Il est déconseillé d’en consommer après avoir mangé : il peut provoquer des nausées. Il peut s’avérer réellement dangereux pour les personnes souffrant d’anémie ou d’hypertension. Il semblerait qu’il puisse y avoir un risque pour le fœtus, en cas d’abus chez les femmes enceintes.

A éviter également en descente de speed. Il peut susciter angoisse et palpitations. Il semblerait qu’une hyperventilation préventive durant une minute soit une mesure de réduction des risques qui permet, en plus, de mieux profiter des effets.

Si vous en consommez, adoptez de préférence une position couchée ou assise. Ensuite, aspirez un peu d’air avant de respirer les trois-quarts du ballon. Ressouffler et aspirer le gaz dans le ballon. Garder le tout. Ressouffler et aspirer à nouveau avec le haut des poumons.
Attention : se brancher avec un masque sur une bonbonne peut occasionner des dommages cérébraux irréversibles. Laissez se vider une grosse bonbonne dans un lieu clos (tente, pièce fermée) en a déjà mené quelques-uns au cimetière pour cause d’asphyxie.

Histoire et usage médical de la kétamine

Découverte en 1962, la kétamine est un des anesthésiants les plus largement étudiés (1)… Expérimentée la première fois sur l’être humain en 1965 comme anesthésique général, elle suscita un intérêt particulier pour son action brève et sûre. Elle fut largement utilisée lors de la guerre du Vietnam par des GI’s blessés qui en usèrent et en abusèrent et racontèrent comment ils voyaient leur corps inanimé depuis une conscience flottant quelque part au plafond…
Dans les années 70, des chercheurs, tel Stanislas Grof, inventeur de la psychologie transpersonnelle, l’expérimentèrent comme outil d’exploration d’états de conscience modifiée. En Russie, on soignait le lancinant syndrome du « membre fantôme » des amputés (la sensation d’avoir mal à la main d’un bras coupé) grâce, en partie, à ses effets analgésiques et « dissociatifs ». La drogue pourrait permettre de vivre plusieurs états de conscience à la fois. Dans ce pays, on s’en servit également pour les sevrages d’alcool et d’héroïne, mais sur le mode aversif (en suscitant un réflexe de dégoût). Les succès furent mitigés mais pas inintéressants (2).
Karl Janssen, un psychiatre anglais spécialiste de la kétamine suggère que la drogue, administrée sous contrôle médical, pourrait être utilisée au même titre que les électrochocs pour traiter certaines maladies mentales. Actuellement, la kétamine est utilisée, associée à d’autres produits, l’anesthésie des enfants, personnes âgées ou fragiles. On l’emploie également en médecine d’urgence, sur les champs de bataille ou lors d’accidents… pour les amputations, soulager les fortes douleurs, notamment chez les grands brûlés… Dans certains Etats US, elle sert à exécuter « humainement » les condamnés à mort par injection létale. Dans ce même pays, des gays pratiquant une sexualité particulièrement hard, utilisent kétamine et cocaïne pour anesthésier celui qui subira le head fucking.
Son autre usage est vétérinaire. On s’en sert pour anesthésier les animaux avant une opération ou pour les neutraliser. L’appellation d' »anesthésiant pour bestiaux » n’est peut-être pas pour rien dans son effet attractif.

(1) Plus de 6500 études sur le produit (Medline) dont une bonne partie sur l’être humain contre 800 publications sur la MDMA, dont très peu, par contre, concernent une expérimentation humaine.
(2) Gardons à l’esprit que dans l’ex-URSS, beaucoup de produits furent utilisés davantage pour leur prix de revient extrêmement faible et leur facilité de fabrication que pour leurs réelles qualités thérapeutiques.

Kétamine et réduction des risques

Celui qui, ne pouvant s’empêcher de goûter, n’aura pas préalablement « apprivoisé  » la kétamine avec de  » toutes petites traces  » risque de faire un  » gros bad trip « .

En cas d’injection intraveineuse, l’effet est instantané et très violent. Perte totale de contrôle du corps et chute garantie.

En général la consommation de kétamine se termine allongée, avec une impossibilité totale d’agir. Quel que soit le mode de consommation, l’environnement doit toujours être suffisamment sécurisé et confortable pour s’allonger. Attention aux chutes de tension (moins de 8-10 pulsations en 15 secondes). Si celle-ci est anormalement basse, surélever les jambes.

L’association avec des benzodiazépines et/ou de l’alcool peut provoquer une dépression respiratoire.
Une consommation régulière contribue à encombrer les voies respiratoires. Se moucher et expurger les glaires le plus souvent possible.

La kétamine est absolument déconseillée aux personnes souffrant d’épilepsie. Elle augmente sérieusement le risque de crise et la violence de celle-ci.

Ne jamais consommer en cas de problèmes de tension artérielle, cardiaques, hépatiques, de troubles psychologiques… et juste après avoir mangé.

La kétamine cause de sérieux problèmes à ceux qui en ont perdu le contrôle et consomment à longueur de journée. Quand le produit est épuisé ou inaccessible, la dépendance disparaît, en général sans conséquences majeures. La majorité des amateurs de kéta en font un usage récréatif qui, vu de l’extérieur, peut réellement impressionner. Les problèmes résident bien plus dans l’abus, les mélanges, les représentations caricaturales ou erronées des effets, le manque d’informations fiables et ciblées. Le mot d’ordre inspiré du de celui de la Mildt, « Savoir mieux et plus pour risquer moins », est plus que jamais d’actualité.

Bad trips et mélanges

L’effet de la kétamine peut être très dur et insupportable, voire traumatisant, pour certains. Des personnes en ayant pris sans le savoir ont vécu un bad trip terrible avec hallucinations dantesques, sensation de mort imminente, de non-réintégration de l’esprit dans le corps, impression de devenir fou…

Le mélange kétamine/hallucinogènes/alcool est le plus redoutable. Il peut entraîner convulsions, crises de fureur paroxystiques contre soi-même, révélatrices de l’extrême mal-être dans lequel se trouve le sujet qui, généralement, ne se rappellera pas grand chose à son réveil. Mais quels souvenirs, avec parfois des ecchymoses, pour ceux qui ont été obligés de gérer sa démence. Et quel choc pour le médecin qui constate chutes et montées de tension de 4 à 18, en accord avec la musique, chez des personnes donnant l’apparence d’un état de coma total.

Kétamine humaine ou vétérinaire

En général les consommateurs trouvent la kéta vétérinaire plus  » physique  » que la kéta humaine, plus  » spirituelle « . Peut être est-ce du au conservateur contenu dans cette dernière : le benzthonium chloride, un agent anticholinergique (1), qui pourrait moduler les effets comme le ferait un très léger hallucinogène.

A savoir

Il est quasi impossible de se lever après un gros rail. Mieux vaut donc aller pisser d’abord. La kéta altère les perceptions sensorielles et musicales. Impossible ou nul de mixer sous kétamine. Ce n’est pas une drogue de communication. Rien n’est plus solitaire qu’une défonce à la kéta.

(1) Durieux, M.E, Nietgen, G.W. (1997) « Synergistic inhibition of muscarinic signaling by kétamine stereoisomers and the preservative benzethonium chloride » µ Anesthesiology 86

L’iboga, miracle ou imposture ?

L’iboga est une plante psychotrope très puissante, traditionnellement utilisée dans certaines régions d’Afrique Noire par des sorciers et guérisseurs locaux. Au Gabon, elle est associée à la religion Bwiti et ses impressionnantes cérémonies liées au culte des ancêtres. L’ingestion d’une mixture à base d’iboga permettrait d’entrer en contact avec leur esprit. Selon certains chercheurs et d’anciens pharmacodépendants, elle aurait, par ailleurs, la particularité de guérir les addictions aux drogues telles que l’héroïne, la cocaïne, mais aussi l’alcool et les anxiolytiques. Dans un cadre rituel approprié, elle permettrait également une forme de psychothérapie intensive et radicale. Voyons un peu ce qu’il en est.

Une expérience bouleversante

En cette période d’hyper-médicalisation, l’iboga est une démarche visant à trouver d’autres voies que celle de la psychiatrie ou des médicaments. Une alternative à l’opposé du statut de patient assisté, soumis et docile, qui accepte de faire pipi dans une bouteille sous l’œil d’un psychiatre soupçonneux pour avoir sa méthadone.

L’iboga classée stupéfiant

Comme Asud le craignait, l’iboga a été classée stupéfiant et son usage est désormais interdit. Plusieurs accidents et 2 décès ont accéléré ce classement. À terme, cela risque de rendre plus problématique encore son usage traditionnel dans la forêt africaine où les autorités finiront par interdire son usage, sous la pression des Occidentaux.

Paradoxalement tous ceux qui ont tenté l’iboga déconseillent très vivement de tenter cette expérience sans un médecin. L’iboga est un redoutable hallucinogène. Alors attention chers petits drogués, il y a eu 2 morts en quelques mois en France ! Il s’agit d’une philosophie basée sur une expérience ponctuelle bouleversante, parfois d’une violence inouïe… Après avoir consommé la plante, le postulant se retrouve peu à peu plongé dans des dimensions inconnues de sa conscience. Selon des spécialistes du Bwiti, « l’iboga proposerait une voie de responsabilisation » pouvant permettre à certains de retrouver une « dignité originelle » en plongeant dans l’inconscient et les méandres de la psyché avant de renaître. Une expérience spirituelle intense qui pourrait, dans certains cas, permettre à l’individu d’en finir avec ses démons et d’affronter la vie en se forgeant de nouvelles armes.

L’iboga pour décrocher

L’un des principes actifs de l’iboga, l’ibogaïne, fut le principal constituant du Lambarene®, un médicament (retiré du marché en 1966) dont Albert Schweitzer et Haroun Tazieff se servaient à faible dose pour combattre la fatigue.

Un rituel bien précis

L’iboga qu’on trouve au Congo, au Cameroun et au Gabon se prend toujours dans le cadre de cérémonies bien précises. Soit lors de la cérémonie d’initiation où le « Banzi » (Nouvel initié qui s’apprête à suivre la voie de l’iboga) en prend durant 3 jours, soit à l’occasion d’événement précis tel un deuil. La consommation d’iboga a toujours lieu après une préparation soigneuse et une mise en condition appropriée qui implique une purification rituelle, un nettoyage total, des purges. et une période de jeûne et de recueillement. La cérémonie se déroule sur 3 jours avec des feux, des chants, des danses et de la musique durant tout le rituel. Le premier jour symbolise la la naissance, le second le voyage vers la mort, le troisième la renaissance et la connaissance. Une période de récupération est ensuite indispensable. La cérémonie laisse toujours les participants exténués.

Dès les années 50, des chercheurs s’intéressent à cet alcaloïde qui potentialise les effets analgésiques de la morphine. En 1962, un groupe de jeunes héroïnomanes teste l’iboga, sur la suggestion de collaborateurs de Timothy Leary qui cherchent des remèdes contre la dépendance à l’héroïne. Cinq ne retouchent pas à l’héroïne durant plusieurs jours. L’un d’entre eux, Howard Lotsof, s’enthousiasme et veut développer l’usage d’ibogaïne. La suite est un scénario digne d’un roman d’espionnage avec ses rebondissements, ses secrets, les intérêts de l’industrie pharmaceutique, les pressions du gouvernement et de nombreuses magouilles. En 1968, en pleine période hippie, les USA interdisent l’ibogaïne, censée provoquer des visions. Durant les années 80, Lotsoft, qui a replongé entretemps, redécroche avec l’ibogaïne et, à force d’activisme, réussit à mobiliser des laboratoires, des mécènes… et Act Up. Des programmes expérimentaux ouvrent aux Caraïbes et aux Pays-Bas. Le succès est mitigé. Les évaluations rigoureuses manquent. Mais de plus en plus de voix s’élèvent pour témoigner. Parfois instrumentalisées par les professionnels de la « décroche alternative », qui présentent l’iboga comme la panacée pouvant permettre de surmonter toutes les dépendances. Alors que de nombreux sites Internet se consacrent à cette plante, à ses usages traditionnels, médicaux et expérimentaux, avec ses partisans et ses détracteurs, un consensus informel semble pourtant se profiler. L’iboga ou l’ibogaïne auraient effectivement aidé quelques personnes à décrocher de certaines drogues, mais il ne s’agit en aucun cas du produit miracle ou du médicament que certains décrivent.

En cas de dépendance opiacée, l’iboga ne soulage absolument pas le manque. Prise dans un cadre rituel, la plante peut parfois provoquer une forte secousse psychique, une prise de conscience, parfois d’une redoutable violence, qui peut permettre de trouver les ressources internes pour surmonter l’envie de drogue. Puis, peu à peu, aider à résoudre les problèmes de dépendance, dans le cadre d’un processus de maturation. Selon les promoteurs de la bande à Lotsoft, tel Dana Beal (auteur de « The Ibogaine Story »), l’ibogaïne serait en fait plus adaptée pour résoudre les problèmes de comportements addictifs comme les dépendances au jeu, au sexe, voire aux stimulants comme la cocaïne.

Attention Bad trip

Mais attention. Si les techniques chamaniques fonctionnent dans les sociétés traditionnelles, dans des contextes religieux et culturels particuliers et avec des personnes familiarisées avec ces usages depuis des temps immémoriaux, il en va rarement de même avec les « touristes » occidentaux que nous sommes. Asud a rencontré de nombreux apprentis chamanes qui sont restés chéper sur leur branche.
Voici en résumé comment Vincent Ravalec explique l’expérience dans l’ouvrage « Bois sacré, Initiation à l’iboga » : « L’initié devenu visionnaire serait capable de communiquer avec ce que les Africains appellent l’esprit des ancêtres. Il s’agirait d’une immersion dans une espèce de bibliothèque vivante, une mémoire généalogique où lui serait projeté le film de sa vie et celle de sa lignée, mais sous un angle totalement inédit avec en bonus les coulisses du film, le tournage, l’intelligence du scénario. Tout ça avec la compréhension claire qu’il ne tient qu’à lui d’écrire la fin qu’il veut. » Ravalec insiste nettement sur le fait que l’iboga ne peut en aucun cas se prendre comme une drogue récréative. L’expérience comporte toujours une dimension pénible. La confrontation avec ses peurs, ses refoulements n’est jamais une partie de plaisir. Au Gabon, le Bwiti, ou religion de l’iboga, est une philosophie de vie, une voie vers la connaissance comme le yoga ou la voie de l’ayahuasca (autre plante psychotrope hallucinogène) d’Amazonie, qui nécessite une très forte motivation. Un travail permanent et dur. Si les témoignages et descriptions concernant l’iboga sont souvent spectaculaires et fascinants, tous mettent sérieusement en garde contre les expériences hasardeuses et dissuadent fortement d’en consommer en dehors des contextes rituels traditionnels. Certains expérimentateurs qui ont essayé d’autres plantes traditionnelles reconnaissent qu’avec l’iboga, ils ont eu très peur et que sans la présence d’un bon guide, ils auraient fait un sacré bad trip.
La teneur en principe actif de la plante peut, par ailleurs, varier sensiblement. Trouver le dosage optimum est donc plus qu’aléatoire.
On peut aussi décrocher tout seul, comme un grand, à la rigueur avec un peu de Subu ou de métha en doses dégressives en quelques jours. Le challenge c’est de ne pas recommencer.

Le témoignage d’un lecteur d’Asud

Depuis 28 ans je me droguais à l’héroïne, l’alcool, le tabac. Je passe sur une vingtaine de cures, autant à l’hôpital que sauvages. Je prenais du Skenan® à des doses dépassant le gramme. Il y a 4 ans que je cherchai à trouver une plante du nom de Tabernanthe Iboga…

J’ai essayé de voir des psys qui ne m’ont été absolument d’aucune aide, ils ne connaissent rien à cette plante et ne voulaient pas faire d’essai clinique. J’ai donc dû partir au cœur du Gabon où l’ on m’a donné l’iboga… et suis rentré chez moi à Angers… J’ai absorbé cette plante à 1h00 le 10 octobre 2002.

Au bout de 36 heures, je revenais à moi (pas de syndrome de manque, peut-être 10%) et 12 heures après ces 36 heures, j’étais sur pieds. Je passe les visions paradisiaques, la joie, les amis décédés que j’ai eu la très grande chance de rencontrer! Voilà, j’ai arrêté de fumer, de boire, de me camer. Cela fait 6 jours, et pour l’instant je n’ai plus aucun symptôme de manque. J’espère que ce témoignage en aidera d’autres à s’en sortir…

Un Brève histoire de l’iboga

« J’ai marché ou volé sur une voie longue et multicolore, ou sur de nombreuses rivières, qui m’ont conduit à mes ancêtres qui, à leur tour, m’ont conduit aux grands dieux. »
C’est par ces quelques mots que le nouvel initié à l’un des différent cultes Bwiti tente de communiquer son expérience mystique, résultat d’heures de chants et de danses rituelles, associé à la prise d’une préparation à base de racine d’iboga. L’utilisation rituelle de l’iboga est principalement connue des tribus Fang et Mitsogho du Sud-Gabon. D’après la tradition orale, cette connaissance et son utilisation, ainsi que celles d’autres plantes médicinales ou psychotropes, dont sont issus les mythes fondateurs de la religion Bwiti leur aurait été enseignée par les pygmées de la forêt équatoriale.

Les européens découvrent la plante en 1819, à travers la description du Gabon d’Edward Bowdich. Dans leurs rapports, les officiers de district du Cameroun évoque cette « plante qui stimule le système nerveux, qu’on emploie pour effectuer de longues marches, de grands voyages en canoë ou pour rester éveiller la nuit. » C’est en 1939 qu’apparaît sur le marché pharmaceutique le Lambarène, des comprimés dosés à 0,20g. d’extrait d’iboga correspondant à 8 mg d’ibogaïne, dont la composition aurait été inspirée par le docteur Schweitzer, grand marcheur et explorateur infatigable. Haroun Tazieff, vulcanologue, raconte dans son livre: « Le gouffre de la pierre saint Martin » son expérience du lambarène, classé comme stimulant neuromusculaire, effaçant la fatigue, indiqué en cas de dépression, de convalescence, de maladies infectieuses, d’effort physique et intellectuel anormal. Devenu par la suite l’un des dopants préféré des sportifs d’après-guerre, le Lambarène fut retiré du marché en 1966, et l’ibogaïne interdite à la vente avant d’être classé comme produit dopant par le C.I.O. en 1989. C’est en testant ses vertus psychédéliques que Timothy Leary, et d’autres avec lui constate son pouvoir anti-addictif. Parmi eux, le futur docteur Lotsof, l’un des pionniers du traitement à l’ibogaïne qui lancera les premiers protocoles d’études cliniques. Ce n’est que plus tard que l’on apprendra que la C.I.A. menait déjà dans les années 50 un programme d’étude sur une population de morphinomanes afro-américains, étude dont les résultats sont toujours classés top-secret.

Les différentes phases de l’overdose d’héroïne

En général, une overdose se passe souvent en 4 phases plus ou moins rapides:

  1.   Somnolence irrésistible ou «défonce comateuse» mais réaction aux stimuli ;
  2.   Inconscience avec respiration et pouls faible ;
  3.   Respiration nulle ou très faible ;
  4.   Arrêt cardiaque.

Il existe cependant de nombreux cas de figure. La personne peut rester au stade 1, passer progressivement d’un stade à l’autre, revenir à elle et retomber dans le coma. Alternativement. Ou se retrouver en arrêt respiratoire en quelques secondes (en cas de gros shoot après une consommation d’alcool par exemple) et décéder.

Phase 1

La personne pique du nez de façon grave. Elle se sent irrésistiblement partir. Elle a beaucoup de mal à garder les yeux ouverts, ne marche qu’avec peine, s’endort en parlant. Ses propos sont incohérents…
Dès qu’on la laisse, elle a tendance à s’écrouler et à sombrer dans l’inconscience. Elle est pâle. Sa respiration est lente et faible, mais se maintient à un rythme régulier (3 à 5 fois en 15 secondes).

Que faire : Stimuler intensément la personne en lui parlant vivement.-«-Reste avec nous-!…-», certaines stimulations comme «-Attention, y a les flics-» sont parfois étonnamment efficaces. La secouer, la faire marcher et respirer profondément. Passer un tissu imbibé d’eau froide sur sa nuque. Si elle glisse vers la phase 2, appeler immédiatement le Samu (le 15 depuis un poste fixe ou le 112 depuis un portable). Dans tous les cas, maintenir la surveillance et la stimulation. Si la personne est allongée, surélever ses jambes. Veiller à dégager sa bouche (appareils dentaires, aliments).

Phase 2

La personne est écroulée comme une masse.

Appeler le 15 ou le 112 : quels risques?

En principe, si vous expliquez qu’une personne est inconsciente, la police ne vient pas. Par contre, elle viendra s’il y a décès, avec tous les problèmes que cela peut représenter pour celui qui a fourni la came

On a beau la secouer, elle réagit juste par une vague plainte, lorsqu’on la gifle par exemple. Elle paraît totalement inconsciente, respire très faiblement (moins de 3 fois en 15 secondes) ou irrégulièrement. Ses yeux se révulsent. Le visage est très pâle, les lèvres bleues et les oreilles ont tendance à blanchir. Les extrémités peuvent être froides. Son pouls est très faible.

Que faire : Avant tout, veiller à ce qu’elle soit totalement à l’aise pour respirer. Dégrafer sa ceinture et tout ce qui pourrait la gêner. Veiller à dégager sa bouche (appareils dentaires, aliments). Appeler le Samu, mettre la personne en position latérale de sécurité et rester avec elle. Ne pas cesser de la solliciter, la stimuler…

Phase 3

La personne ne réagit plus et sombre peu à peu dans l’inconscience totale. La respiration est très faible. Les yeux ont tendance à se révulser. Le visage est très pâle. Les lèvres peuvent être bleuâtres. Les extrémités peuvent être froides…

Que faire : Appeler immédiatement le Samu, pratiquer la respiration artificielle.

Phase 4

La personne ne respire plus. Son coeur ne bat plus.

Que faire : Appeler immédiatement le Samu. Pratiquer la respiration artificielle, voire un massage cardiaque mais uniquement si vous êtes expérimenté sous peine d’aggraver la situation. Rester avec la personne jusqu’à l’arrivée des secours. Donner un maximum de renseignements sur les produits consommés. Collectez les boîtes, médicaments et produits que la personne est susceptible d’avoir consommés.

Histoire de l’héroïne

De l’opium dans les habitats néolithique

Le pavot à opium est connu depuis des milliers d’années. On a retrouvé des capsules et des graines dans des habitats néolithiques européens datant de 5000 ans avant JC. Les sumériens (région de l’actuel Irak) le connaissaient 4000 an avant JC. Un de leurs idéogrammes désignait le pavot, traduit par hul, ce qui signfie joie ou réjouissance. Ils faisaient le commerce de ses graines ainsi que de l’opium à travers tout le bassin méditerranéen et ce jusqu’en Inde…

Il était aussi connu des Égyptiens et notamment des pharaons qui le consommaient certes pour ces vertus thérapeutiques mais aussi pour ces effets psychotropes…

Dans la Grêce Antique, Homère, dans l’Odysée, parle d’un étrange breuvage probablement à base d’opium, le Nepenthes, boisson procurant l’oubli des chagrins… Ce serait donc le lait du pavot à opium qu’Hélène utilisa pour soulager son angoisse. Ce breuvage était tellement répandu à cette époque que les Grecs de l’Antiquité représentaient sur des camées la déesse de la nuit, Nyx, distribuant des capsules de pavot. On a également retrouvé des figurines en terre cuite provenant de Knossos, surmontées d’une couronne faite de graines de pavot incisées, et une des cités de la Grèce Antique portait le doux nom de Opion, la cité du pavot à opium.

Selon la légende, le médecin de Néron, empereur romain ( 37/68 après JC) aurait concocté une boisson composé d’une cinquantaine de substances mais où domine l’opium afin de vaincre les maux les plus divers, le Thériaque…

C’est à Rome que sa première description scientifique est faite par Dioscoride au premier siècle de notre ère. Dans la Rome impériale en 312 il existe plus de 800 boutiques vendant de l’opium, dont le prix, modique, était fixé par décret de l’empereur…

L’empire arabe (7 siècle après JC) développa le commerce et la culture du pavot et participa à son essor dans tout l’ancien monde jusqu’aux Indes durant les conquêtes musulmanes…

En Europe, on voit apparaître l’opium plutôt vers le 15 è siècle avec le développement du breuvage de Philippe Théophraste Bombast de Hohenheim, resté célèbre sous le nom du Docteur Paracelse . Boisson ressemblant étrangement au Thériaque. Il qualifia cette potion de « supérieure à toute substance héroïque. Il la nomma le Laudanum , celui qu’on loue, raison pour laquelle on le soupçonna d’être lui-même opiomane…Il mourut et sa potion se répandit dans toute l’Europe…

Le Laudanum fut repris et étudié par Sydenham, médecin anglais et la consommation d’opium se développa. On le retrouve sous la forme du laudanum utilisé comme apéritif en Angleterre puis sous forme de pilules d’opium vendues brutes en pharmacies…

Au 19 è siècle en Grande-Bretagne, il est consommé sous forme de boulettes tandis que l’habitude de le fumer arrive en France sous la forme de Chandou, opium raffiné…

C’est au début du 19è siècle que l’allemand Sertürner, isole la morphine, premier alcaloïde chimiquement obtenu…Il l’appela ainsi en raison du Dieu romain du sommeil Morphée… Lorsqu’en 1850, la seringue hypodermique fut inventée, l’utilisation de la morphine se développa car elle permettait de soulager quasi immédiatement la douleur… Mais le corps médical s’inquiéta rapidement de la forte dépendance que causait la morphine et des études furent entreprise pour éliminer ses propriétés addictives…

Bayer commercialise l’heroïne

pub_hero2C’est dans ce contexte que Wright, synthétisa l’héroïne en 1874. Il en transmit un échantillon a un de ses collègues pour le tester sur des animaux et la réponse fut : « prostration profonde, de la peur, un assoupissement profond , les yeux deviennent sensibles, les pupilles se dilatent, et chez les chiens on observe une salivation considérable avec dans certains cas, une légère tendance au vomissement. La respiration s’accélère dans un premier temps pour ralentir ensuite nettement, le rythme cardiaque diminue et devient irrégulier. Un manque de coordination musculaire marquée et une perte de tonus dans le pelvis et les membres postérieurs… sont les effets les plus notables »..

Wright en arrêta l’exploitation et de nombreux chercheurs ne lui vit aucun avenir… Sauf Dreiser, en 1897, testeur pour les laboratoires Bayer. Après l’avoir tester sur des animaux et des humains (dont lui même), il lui trouva une utilité pour les traitements de différents troubles respiratoires, grands maux de l’époque, tuberculose, bronchite et asthme.
L’héroïne semblait efficace et mieux encore d’après Dreiser, elle ne créait pas de dépendance. Il était même question de l’utiliser en produit de substitution de la morphine !!! Bayer enregistra se nouveau médicament sous le nom de Héroïne de l’allemand, « heroisch », héroïque.
Bayer lança une grande campagne marketing en envoyant des échantillons aux médecins, et avant la fin de l’année , Bayer exporta de l’héroïne dans pas moins de 23 pays. En 1911, le British Pharmaceucical Codex nota que l’héroïne était aussi addictive que la morphine et en 1913, Bayer en arrêta complément la production.

L’Etats-Unis et la prohibition

Au début du XXè siècle, les Etats-Unis en mêlant, Tempérance et racisme envers les populations asiatiques et dans un premier temps envers les philippins, stigmatisèrent l’usage d’opium. En découla la première de nombreuses lois anti-drogues, l’interdiction de l’importation d’opium sur le territoire sous occupation américaine sous quelques formes que ce soit et prohiber tout usage non médical.
Cette jeune nation, la plus forte économiquement, n’avait que peu de poids dans les pour-parler mondiaux, face aux puissances du vieux continent. Les Etats-Unis virent l’occasion de s’affirmer et de s’afficher comme une nation superpuissante. Ils devaient même porter un coup sévère aux Britanniques, importateurs d’opium en Chine. Les européens et les Britanniques en particulier, gagnaient beaucoup d’argent sur le dos des fumeries d’opium. Ils avaient créer, en Chine, suite à deux guerres qui permit la légalisation les importations d’opium, une population de toxicomanes, estimée à environ 27% de la population adulte et masculine en 1900.
Par la suite, l’héroïne, supplanta l’opium et la morphine et devint la plus importante des drogues addictives.
De ce fait, les Etats-Unis déplacèrent leur combat anti-drogues de l’opium à l’héroïne et celle-ci devint la cause de tout les maux ( une fois que les lois anti-prohibitionnistes furent votées !!!)… « La plupart des cambriolages, hold-up audacieux, des meurtres cruels et autres crimes violents sont, on le sait maintenant, principalement commis par des toxicomanes, qui sont, pour l’essentiel, à l’origine de l’alarmante vagues des crimes que nous subissons. La toxicomanie est plus contagieuse encore que la lèpre, et bien moins curable. Les toxicomanes sont les principaux vecteurs de maladies abominables (….). Combinées aux vieilles méthodes du trafic d’opium, la puissance sans précèdent des stupéfiants, dérivés de la chimie moderne, menace actuellement l’avenir même de la race humaine. A son insu, l’humanité est engagée dans une lutte à mort contre le plus dangereux ennemi qui ait jamais menacé son avenir. De l’issue de ce conflit dépendent la survie de la civilisation, la destinée du monde et le futur de la race humaine » Hobson, 1928, créateur de l’Association mondiale contre les stupéfiants.

French connection

La lutte contre la drogue fut repris par Anslinger aux Etats-Unis. Il détestait en bloc les communistes, la Mafia et les revendeurs de drogues, à un point qui frisait la paranoïa. Dans son autobiographie, The murderers, il écrit : « Je crois que nous devons tout particulièrement prendre garde à l’utilisation de la drogue comme une arme par les forces communistes, en chine, et n’importe où ailleurs en orient, en Europe et en Afrique. Il y a toutes les chances pour qu’un certain nombre de cocos et de leurs compagnons de route tendent la main à l’internationale du crime organisé. ». Il crée en 1930 le FBN ( Bureau Fédéral des Narcotiques) dont il devint directeur jusqu’à sa retraite en …. 1961.
Il parut évident pour lui que pour faire baisser la consommation sur le territoire américaine il fallait couper les voies d’approvisionnements. C’est pourquoi fut organisé à son initiative, une conférence internationale à Genève. Des lois nationales et non obligatoires firent remplacer par des lois internationales à caractère obligatoire. La production légale d’opium passa de 42.000 en 1906 à 16.000 en 1934. Soit une baisse de 82 % qui fut vite compensée par la production illégale !!!

C’est à partir de là que c’est développé un marché mondial illégal autour de l’héroïne. Tenu par les italiens aux Etats-Unis avec le règne de Lucky Luciano qui su surfer avec la fin des lois prohibitionnistes, par les corses de Marseille en France avec la fameuse French Connection qui assura apparemment 80% des importations américaines ou encore par les Européens en Asie où se fut la naissance du triangle d’or.

Be-Bop, rock et grunge

Depuis les années 30, on repère l’héroïne dans nombres des groupes minoritaires. On dit que le Be-Bop tire sa force de l’héroïne, qu’elle permet aux musiciens de s’isoler, de se ressentir envelopper par la musique. Le Be-bop légua à la nouvelle génération sa consommation de drogues et les écrivains de la Beat Generation comme Jack Kerouac, Allen Ginsberg ou Williams Burroughs vouaient un véritable culte aux grands junkies du jazz comme Charlie Parker. « Le jazz était la référence ultime des Beatniks, pourtant et peut être a cause de çà, peu d’entre eux étaient des musiciens. C’est du jazz qu’ils tirent le mythe de l’artiste solitaire, dépressif et torturé, qui joue en compagnie des autres mais demeure toujours seul. Ils parlaient la langue du jazz, vénéraient avec ferveur les musiciens décédés, et construisaient des rites communautaires autour des drogues chères aux jazzmen. Pour eux, le comble de la liberté, c’était le musicien dont l’art avait causé sa perte », Maynard, 1991, dans Venice West.

L’héroïne fut essentiellement associée à deux périodes musicales : le rock des années 70 et le grunge de la fin des années 80. Nombres d’artistes rock furent associées à l’héroïne, non pas pour leur consommation mais pour leur mort. Jimi Hendrix mourut d’une overdose de barbituriques, Janis Joplin succomba à un mélange fatal de tequila et d’héroïne et Jim Morrison mourut dans des circonstances étranges, on dit qu’il serait mort d’une overdose d’héroïne et qu’on l’aurait plongé dans un bain pour le réanimer. Sa femme mourut d’une overdose en 1975.
Le mouvement grunge se fit aussi remarquer, Andrew Wood, chanteur des Mother Love Bone, mourut d’une overdose, en 1990, Stéfanie Sargeant des 7 Years Bitch, succomba en 1993 et Kurt Cobain une semaine avant de se suicider fit une overdose.

« La presse tout comme le public adore les scandales liées à la drogue. Ils montrent le monde tel qu’il devrait être : les gens ont ce qu’ils méritent, leur fierté est mise au pas et la morale retrouve sa place. Mais il y a autre chose dans la satisfaction que le public éprouve à voir les stars et les aristocrates humiliés, et c’est tout à fait ignoble.(…) Nous jugeons l’héroïnomane comme une personne qui a volontairement choisi de vivre à l’encontre de la norme et des attentes de la société, et l’on ne s’étonne guère qu’il finisse mal. Les journaux aiment publier les récits édifiants et moralisateurs et le public adore les lire. Derrière tout cela se dissimule le sentiment confortable mais illusoire que nous détenons la vérité. » Julian Durlacher, dans Héroïne.

Pour conclure

« Certains estiment que maintenir un climat permanent de peur autour de l’héroïne ne peut avoir que des conséquences positives ; on est cependant en droit de penser qu’au contraire cela empêche tout progrès réel dans le traitement de ceux qui sont le plus affectés par l’héroïne : les toxicomanes. L’Occident ne peut pas non plus s’attendre a ce qu’à travers le monde les régimes dictatoriaux se transforment en gouvernements dociles et respectueux des libertés civiles alors que leur existence repose sur un commerce illégal. Cependant, de plus en plus de gens – dont beaucoup de convertis inattendus – remettent en question la pertinence du traitement actuel de l’héroïne dans le monde. Et il y a une chose sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est que la politique actuelle ne marche pas. Pourtant, personne n’a le courage de faire le premier pas en suggérant une politique différente. Car telle est la puissance que dégage ce simple mot : Héroïne. » Julian Durlacher, dans Héroïne.

Overdoses : quand la cocaïne tue plus que l’héroïne

Dans la plupart des pays d’Europe le nombre d’hospitalisations aux urgences pour des accidents liés à la consommation de cocaïne ne cesse d’augmenter. Dans certaines villes d’ Espagne, de Suisse, d’Italie …le nombre d’overdoses liés la cocaïne dépasse souvent les overdoses liés à l’héroïne.

La chaleur augmente les risques d’accidents

Lester sniffait de la coke depuis 7 ans. 90kgs, un bon job, en pleine forme, il maîtrisait le truc.Il était capable de garder un képa pendant des jours sans y toucher. En boîte, un vendredi soir, après deux petits rails, tout a coup un insoutenable mal de tête lui vrille la tête. Quelques secondes plus tard il s’écroule sur le sol. Grâce à la réactivité de son entourage il a pu être sauvé mais depuis il souffre de sérieux maux de tête et de troubles de la concentration et n’a plus jamais repris un milligramme de coke.
Que s’est-il passé ? La cocaïne est un vasoconstricteur. Une prise suffit à rétrécir les veines d’environ 20%, ce qui augmente sensiblement la pression sanguine. Cette action combinée à la chaleur de l’environnement a considérablement augmentée la pression artérielle et a littéralement fait exploser une veine du cerveau.

Hyper ventilation et sac en papier

Il y a quelques temps, en reportage à Francfort, dans une des salles d’injection que la ville met à disposition des usagers, devant moi, un type en train de préparer son Xième shoot tout à coup se met à trembloter. De plus en plus fort. Sa main qui tenait une seringue a envoyée cette dernière valdinguer contre le mur. Le mec me regarde avec des yeux écarquillés et se débat comme s’il se noyait. On dirait qu’il suffoque. Il s’agite de plus en plus et tombe, agité de soubresauts convulsifs, les yeux à moitiés révulsés. Vraiment impressionnant. Comme une crise de tétanie consciente. Le personnel et les autres usagers ne s’affolent pas. Ils l’emmènent dans une pièce attenante et l’assoient sur un canapé.. En sueur, les yeux comme en proie à une insondable terreur, il halète. Il me semble entendre les palpitations de son cœur affolé à plusieurs mètres. On éteint la lumière et une infirmière lui parle doucement. Elle l’apaise et lui éponge son front en nage. Elle lui demande s’il l’entend, s’il la comprend. L’autre acquièce en essayant de maîtriser ses tremblements. L’infirmière lui demande de fermer les yeux et lui explique qu’on va lui mettre un sac en papier par dessus la tête et lui recommande d’essayer de respirer profondément . Le fait de respirer son propre gaz carbonique va atténuer l’état d’hyperventilation dans lequel il se trouve et va très vite l’aider à se sentir mieux. J’en crois pas mes yeux. Tout en lui recommandant, d’une voix douce, de garder les yeux fermés, elle lui met le sac par dessus sa tête et lui demande de respirer…. Au bout d’une minute environ les tremblements diminuent. Un soignant lui caresse l’avant bras…. Dix minutes après, le mec pâle, exténué s’entretient avec le médecin qui est arrivé entre-temps. Celui-ci avait ramené une espèce de ballon et en forme de ballon de rugby au cas où le patient aurait du être ventilé.

Dans le salles d’injection allemandes ce genre d’incident est monnaie courante. Les junkies locaux alternent ou mélangent souvent Rohypnol écrasé ou Valium injectable avec la cocaïne. La combinaison d’un stimulant et d’une benzodiazépine ( surtout en cas de consommation répétée) déplaît souverainement au système nerveux et se termine fréquemment par le genre de crise décrite ci-dessus.

De nombreux fumeurs de crack et injecteurs de cocaïne ont déjà vécu ou assisté à ce genre d’accident.

Que faire en cas d’accident ?

La cocaïne accélère la fréquence respiratoire et les battements du cœur et augmente la température du corps. Ces effets couplés à un abus, à la chaleur ambiante, à des mélanges divers

Que faire ne cas de crise: l’entourage doit sécuriser l’environnement pour éviter les blessures à cause des convulsions (objets coupants, seringues….). Gare si le mec a une seringue à la main en pleine crise de convulsion. Si l’on est tout seul, la seule chose à faire est d’essayer de se calmer en respirant profondément et lentement. Le truc qui consiste à respirer son propre gaz carbonique dans un sac en papier qu’on aura mis par dessus sa tête sans serrer (si l’on réussit à ne pas angoisser) est souvent très efficace. C’est ce même principe qui s’applique en cas de crise d’épilepsie.

De toute façon il est impératif d’appeler un médecin. (15 SAMU ou 112 depuis un portable) Il faut à tout prix lui indiquer s’il y a eu consommation d’opiacés (héroïne, Skénan, subutex, méthadone…). Car il peut injecter ou prescrire un calmant comme le Valium qui peut alors entraîner une dépression respiratoire (donc une overdose d’opiacés).

3 niveaux d’alerte

On peut distinguer 3 niveaux dans l’overdose de coke : Dans chaque cas, les pupilles sont en général énormes (même s’il y a consommation simultanée d’héroïne ou morphine).

Niveau 1 : psychose cocaïnique angoisse, accélération cardiaque, regard fixe, gestes fébriles, hallucinations, paranoia …
Que faire : Ne pas rester seul. Dans la mesure du possible (mais c’est plus facile à dire qu’à faire) GARDER SON CALME ET RESPIRER PROFONDEMENT LE PLUS CALMEMENT POSSIBLE. En général ça marche. (Si l’etat s’agrave ou dure il faut appeler des secours)
Attention : si à ce stade vous consommez un calmant de type benzo (Lexomil, Valium, Xanax….) ne jamais reprendre de cocaïne par dessus. Cela augmente considérablement le risque de crise de tétanie.

Les niveaux suivants peuvent être de réels accidents cardiaques, respiratoires, cardiovasculaires, ruptures d’anévrisme… qui nécessitent immédiatement le SAMU et les urgences

Niveau 2 : mal de tête, frisson, petit mouvement incontrôlé, transpiration, impression de sueur froide, tremblements, angoisse, accélération cardiaque, spasmes, difficultés à respirer ou respiration haletante… impression d’oppression cardiaque …. convulsions, chute… tout en étant généralement conscient. Ce stade nécessite une surveillance médicale. Appeler un médecin ou se rendre à l’hopital. Il s’agit souvent d’une crise apparentée à une crise de spamsmophilie/tétanie. En attendant, la technique du sac par dessus la tete peut etre trés efficace.

Niveau 3 (le plus dangereux) : hallucinations auditives (sifflements dans les oreilles) changements brusques du rythme cardiaque, vomissements, confusion, délire, douleurs cardiaques, douleurs dans la poitrine douleurs dans la tête, tétanies…
Cela peut se terminer par un infractus, un oedeme pulmonaire et la mort.

Autres dangers

En dehors des overdoses mortelles, la littérature spécialisée est pleine de cas de personnes qui se sont retrouvé handicapées ou définitivement diminuées après une overdose : paralysie partielle, déficit neurologique, troubles psychologiques et nerveux graves et durable, notamment suite à un accident vasculaire cerébral ou à un coma, mais également suite à une crise de convulsion.

Il est fort probable que nombre de décès liés à la cocaïne n’aient pas été identifiés en tant que tels car on les a assimilé à des accidents vasculaires cérébraux, des ruptures d’anévrisme ou a des arrets cardiaque. Le coeur est l’organe le plus affecté par la cocaïne, notamment en cas d’abus.

Dans la plupart des overdoses liés à la cocaïne, cette dernière était le principal produit en cause. Ensuite viennent les mélanges cocaïne et alcool puis cocaïne et opiacés (héroïne).

Attention aux traitements anti-dépresseurs : Le Prozac, Déroxat et autres médicaments de la classe des ISRS. Ils peuvent avoir tendance à accroître les états paniques en cas de conso de coke. Et surtout en cas de traitement VHC (Interferon et Ribavirine). A ASUD nous connaissons des cas de pétages de plombs avec des conséquences dramatiques (prison, hôpital, tentatives de suicide, violences…..). Les effets secondaires de ce traitement de l’hépatite C peuvent être considérablement amplifiés par le coke.

Il faut également considérer que la coke, surtout si on en abuse, épuise l’organisme. Elle est la cause de manque de sommeil, mauvaise ou sous alimentation donc diverses carences en vitamines et minéraux, stress perpétuel… ce qui augmente les risque d’accident.

Il faut également considérer les autres décès liés directement ou indirectement à la coke :
Accidents de la route, malformations des nouveaux nés et bébés qui meurent prématurément car leur mère prenait de la coke durant la grossesse…Sans oublier tous les accidents liés à la parano induite par la coke. Dans les années 20, en russie des centaines de milliers de gens sniffaient de la cocaïne (moins chère que le pain ). Il en a résulté des milliers d’incendies, meurtres, suicides…. dus à la « folie cocaïnique »

La cocaïne, c’est quoi ?

Nom chimique : méthyl-8-azabicyclo[3.2.1]octane-2-carboxylate de méthyle Surnom : coke, poudre, C, cc, caroline, neige, Statut légal : illicite, classée comme stupéfiant Histoire brève : Le conquistador Pizarro découvre l’usage de la feuille de coca par les indiens en 1533.En 1862, A. Nieman, scientifique autrichien découvre l’alcaloïde cocaïne.(voir Petite anthologie de la coca et de la cocaïne) Aspect : poudre de couleur blanche scintillante Catégorie psychotrope : Stimulant du système nerveux central Mode de consommation : injection intraveineuse, sniff, inhalation sous forme de crack Effet recherchés (variables selon les individus, le contexte et la qualité du produit): euphorie, désinhibition, sentiments de puissance, speed, coupe la fatigue.
La cocaïne provoque un flash puissant quand elle est injectée ou inhalée. Ce flash ne dure pas longtemps (10mn), et entraine une dépression. Pour contrer la dépression, l’usager est tenté d’en reprendre (c’est ce qu’on appelle le craving).Effets secondaires (variables selon les individus) : contraction des vaisseaux sanguins, une irrégularité du rythme cardiaque et de l’hypertension artérielle, crise de parano. Les facteurs de dangerosité selon le rapport Roques (1998) :

Dépendance physique Dépendance psychique Neurotoxicité Toxicité générale Dangerosité sociale
faible forte, mais intermittente forte forte très forte

Accoutumance/Dépendance : Forte accoutumance. Entraine une dépendance psychologique forte. Il n’existe pas de produits de substitution bien que des traitements soient à l’essai avec plus ou moins de chance.

Idées reçues sur le crack et les crackers

Crack, base ou caillou, peut importe, dans tous les cas l’objectif c’est le « kiff ». Le kiff c’est l’alpha et l’omega de la vie, ou plutôt de la survie, des « crakers », un sous-genre de l’espèce toxicomane, situé tout en bas de l’échelle sociale et tout en haut de l’échelle du stigmate.

Il est fascinant de constater avec quelle constance, chaque époque a fabriqué son propre épouvantail toxico. Dans les années 70 c’était le « drogué en manque », éventuellement en manque de marijuana, dans les années 80-90, le stéréotype s’est affiné pour cibler les junkees, c’est à dire les injecteurs d’héroïne, et pour inaugurer le XXI e siècle nous avons les « crackers ». Le point commun de ces populations est qu’elle se sont constituées en marge de la marge, elles représentent le pire de ce que la société condamne sous l’appellation « drogue ». Bref, les crackers ne sont pas des victimes de la drogues, tout au moins aux yeux des riverains plus ou moins « boboïsés » qui revendiquent le titre pour eux-mêmes. Non, les crakers sont tout en bas, là où l’on est sûr de ne trouver personne en -dessous.

Du reste, cette réputation de toxique très toxique n’est pas forcément usurpée. D’aucuns se souviennent avoir croisé, y compris dans les couloirs de la rédaction d’ASUD, nombre de vieux briscards, anciens héroïnomanes, rescapés des années 80, rescapés du sida et des overdoses, ayant gouté à quasiment tout ce qui s’avale, se fume,se sniffe ou se shoote, et qui sur le tard, découvrent le frisson très particulier d’une bouffée de cocaïne-base. Et là , bang! le grand saut.

En deux coups les gros, nos vétérans sont renvoyés à la case départ, de retour sur le bitume à la recherche d’un petit « caillou » blanc. Adieu, apparts, boulot, copains, copines bref, la totale, comme si vingt ans de patiente réinsertion n’avait servi à rien. Pire, il semblerait même que dans certains cas, l’illusion naisse du souvenir des speed-ball et des fix de coke, des réminiscences qui ont tôt fait de se transformer en alibi genre : « moi la coke, je connais!! » et ben non coco!! La C et le caillou c’est un peu comme le cidre et l’absinthe, pas vraiment la même concentration.

Autre piège, le caillou ça se fume, donc c’est moins dangereux qu’une came qui se fixe. Seconde illusion regrettable. Le « craving » de la cocaïne basée n’a rien à envier à celui de la cocaïne injectée. De plus, il n’existe aucun médicament de substitution, le contexte phantasmagorique dans le quel baigne toute évocation du crack, le surcroit de diabolisation amené par l’épidémie de crack cocaïn qui sévit sur une échelle autrement préocuppante dans les gettho noirs et latinos des métropoles américaines, autant de facteurs qui font de nos quelques centaines de crackers parisiens des oubliés de la réduction des risques.

Qu’en est -il réellement ? Peut-on envisager des solutions de court ou moyen terme pour ces populations ? L’expérience du » kit base », menée par l’association EGO est elle un début de réponse? Une chose est sûre, cette population appartient au monde de la précarité sociale, en cela leurs problèmes ne sont pas forcément différents de ceux des autres SDF, jetés sur le pavé par la crise, alcoolisés, bourrés de médocs détournés et trimballant avec eux l’attirail du clochard de l’an 2000, fini le litron de rouge, bonjour les cachetons. Certes les crackers cumulent les handicaps, mais leur principal mérite aux yeux du public est de coller aux stéréotypes les plus éculés sur les « ravages de la drogue ». Avant d’être des victimes de la drogue, les crackers sont des victimes de la pluie, de la faim et du froid et en tant que tel ils se foutent éperdument d’être stigmatisés par les produits qu’ils consomment, ils sont donc des cocaïnomanes visibles à la différence de tous ceux qui basent de la coke en « teufs » où qui deviennent dépendants après une prise en charge méthadone ou encore- le cas le plus fréquent- qui sniffent des rails de plus en plus longs avant de sortir en boite le samedi soir.

Le tapage médiatique mené autour des « crackers de Stalingrad » possède donc au moins un mérite, celui de mettre le doigt sur la pointe émergée de l’épidémie de cocaïne qui sévit en France depuis quelques années sur une échelle qui n’est pas sans rappeler la précédente, l’héroïne dans les années 80.

Petite anthologie de la coca et de la cocaïne

2000 avant Jésus-Christ : premières traces de culture et de consommation de coca au Pérou. XII siècle : Dans la civilisation Inca, la coca, divin présent du dieu Soleil, joue un r(tm)le fondamental. Elle est utilisée pour ses vertus euphorisantes et stimulantes. Son usage est strictement codifié et ritualisé

1533 : A la faveur d’une sanglante invasion, le conquistador Pizarro découvre l’usage de la coca par les indiens. Après en avoir interdit l’usage pour des raisons religieuses, les Espagnols prennent le contrôle de sa production et de son commerce. La consommation est encouragée auprès des indiens dont ils ont fait leurs esclaves ; afin d’augmenter leur productivité

1862 : découverte de l’alcaloïde cocaïne par un scientifique autrichien A.Nieman.

1871 : Angelo Mariani, un chimiste d’origine corse, passionné de coca, commercialise le fameux  » Vin Mariani  » à base de feuilles de coca qu’il cultive lui-même dans sa serre de Neuilly. Succès international phénoménal pour le « vin des athlètes ». Des papes aux plus grands écrivains, tout le monde en consomme. Mariani est déclaré bienfaiteur de l’humanité.

1880 : Freud s’initie avec enthousiasme à la cocaïne. Il s’en sert pour soigner sa dépression et préconise son emploi pour soigner les morphinomanes et certains malades mentaux. Premier cas de morphino-cocaïnomanies.

1884 : les Dr Koller et Jellinek expérimentent avec succès la cocaïne comme anesthésiant pour la chirurgie des yeux. On découvre ses propriétés d’anesthésiant local, notamment sur les muqueuses. Le chloroforme est alors peu à peu délaissé au profit de la cocaïne.

1885 : Pemberton, un pharmacien américain met au point une nouvelle boisson à base de cocaïne: le Coca-Cola.

1887 : Freud reconnait s’être trompé et met en garde contre les dangers de la cocaïne, ce qui ne l’empêche pas de continuer à en consommer…

1893 : Chambard publie  » Les morphinomanes  » et décrit les nombreux cas de morphino-cocaïnomanie. Certains prennent plus de 10 grammes de cocaïne par jour.

1902 : 1ere fabrication de cocaïne entièrement synthétique.

1906 : suppression de la feuille de coca dans le Coca-Cola

1908 : sous l’influence de la cocaïne, Stevenson écrit en 6 semaines « Dr Jekyll and Mr Hyde ». Une allégorie sur les méfaits de l’abus de cocaïne. A la même époque, sous la plume de Conan doyle, Sherlock-Homes résout ses énigmes en se badigeonnant les narines avec sa fameuse  » solution à 7% « .

1910 : début d’une grande vague de cocaïnomanie en occident. Jusqu’à 80 000 cocaïnomanes à Paris ! Certains perdent le contr(tm)le de leur vie et meurent complètement fous. Souvent associée à la morphine, l’abus de cocaïne commence à être considéré comme un problème social, ce qui permet de passer sous silence les ravages de l’alcool . On parle de  » pire fléau de l’humanité « .d’autant plus que ce sont les Allemands qui fabriquent la cocaïne et que l’ombre de la guerre se profile à l’horizon.

1915 : pour détourner les français des scandales liés à la guerre, les parlementaires  » répondent aux invitations de l’émotion publique  » en déposant un projet de loi réglementant l’usage et le commerce de la cocaïne.

1916 : en France une loi est votée pour tenter d’enrayer le déferlement de cocaïne allemande sur le territoire.

1925 : Le petit Journal mène une campagne hystérique contre la cocaïne :  » reine de l’épouvante , de la mort…. »

Années 20, 30 : on assiste à un foisonnement de livres, textes et chansons sur la  » captivante coco  » ou  » l’universelle idole « . Toutes les putes de Montmartre et de Montparnasse en consomment. Les femmes consomment plus que les hommes. Aux USA, le Jazzman Cole Porter chante  » Some get their kick from Cocaïne « . En Russie, la coke est moins chère que le pain. Les plus pauvres s’en servent pour tromper leur faim. Au Pérou et en bolivie, la production est de 15 000 tonnes alors que les besoins pharmaceutiques mondiaux se contentent de 500 tonnes.

1935- 40 : l’usage de la cocaïne passe de mode, la prohibition montre ses dents, le nombre de cocaïnomanes chute

1970- 1980 : début d’une nouvelle vague de cocaïnomanie aux USA, puis en Europe. En 1980 on estime à 25 millions le nombre d’américains ayant déjà consommé de la cocaïne. L’héroïne est détr(tm)née.

1974 : on parle de « free-base » en Californie.

1983 : apparition du « crack » aux Bahamas.

1984 : à Paris la coke sort des appartements de la jet-set et descend dans la rue. A l’Ilot Ch‰lon, qualifié de « supermarché de la drogue » , les dealers proposent héroïne et cocaïne.

1986 : année du crack aux USA. L’Amérique découvre avec effroi les ravages de cette drogue. La CIA finance l’armement des fascistes Nicaraguayens en faisant du trafic de Coke.

1989 : après les USA, Londres le crack débarque à Paris. L’Ilot Ch‰lon fermé, la ligne 9 du métro parisien est investie par les dealers, les médias s’affolent. Aux Antilles et en Guyane, le crack envahit les quartiers populaires.

1992 : un marché ouvert du crack ou  » caillou  » s’installe place Stalingrad à Paris. Chaque nuit plusieurs centaines d’usagers se rassemblent. La répression déplace le problème dans les ruelles du XVIIIe.

1993 : ouverture à Paris de « La Boutique », première structure qui accueille – sans condition- les crackers parisiens. Débuts timides de la « réduction des risques » en France.

1996 : une étude de l’Observatoire fra,nçais des drogues estime que 300 000 à 600 000 français consomment de la cocaïne.

1997 : La consommation d’héroïne est en baisse mais l’usage de la cocaïne explose.

De la cocaïne et du soin

Nous y sommes : aux États-Unis comme en France, en passant par d’autres pays, les experts sont à la recherche du médicament miracle qui « guérira de la cocaïne ». Dans cette course à la pilule magique, le travail qui s’est fait avant est, bien évidemment, laissé de côté, et les expériences passées sont oubliées. Pourtant, les exemples de soin ou de réduction des risques liés à la cocaïne sont allés bien au-delà de l’administration de traitements médicamenteux ou de dons massifs de seringues.

Alors que le sevrage de cocaïne, comme sa prise en charge en générale, ne se faisaient que dans le cadre défini d’une « dépendance uniquement psychologique », plusieurs options de réponses sont mises en place en Angleterre dès le début des années 1990. Comme pour les usagers d’héroïne, c’est l’épidémie VIH qui va radicalement changer le cours des choses. Car c’est bien la nécessité d’enrayer la pandémie qui a amené la mise en place d’approches différentes dans la prise en charge des usagers de drogue par voie intraveineuse (UDVI). RdR et substitution s’inscrivent donc à l’ordre du jour pour les usagers d’opiacés. Puis, la RdR s’élargit à la réalité de l’usage de cocaïne (injections multiples et prises de risques qu’elles entraînent). Le besoin de prévention de la délinquance prend également une ampleur différente avec la « démocratisation » d’un produit jusqu‘alors considéré comme une « drogue de luxe ». Situation qui s’aggrave avec l’arrivée du crack.

Psychose et syndrome de sevrage

C’est dans cette même période (début des années 1990) que vont être reconnus et définis 2 aspects essentiels de l’usage de cocaïne, et plus largement de stimulants :
Tout d’abord, la « psychose liée à l’usage de stimulants » est identifiée comme telle par les experts psychiatriques, qui reconnaissent qu’elle se résout généralement avec l’arrêt des stimulants. Les cas de non résolution restent liés à la présence d’autres pathologies psychiatriques, sous-jacentes ou effectives.
Ensuite, le syndrome de sevrage est aussi reconnu, à travers 2 manifestations majeures :

  • Fébrilité intense, apathie, généralement en alternance pendant les 8 à 10 premiers jours ;
  • Entrée en dépression clinique dans une période variant de 4 à 8 semaines.

Deux aspects qui ne seront pris en compte qu’en second lieu, après les mesures de réduction des risques et de prévention de la délinquance.
Dans l’ordre chronologique, les premières interventions se résument à des dons accrus de seringues et de matériel d’injection afin de limiter au maximum le partage et la réutilisation de matériel. Un dernier phénomène beaucoup plus alarmant et notable chez les usagers de cocaïne, auquel s’ajoute le risque de confusion d’appartenance des seringues.
Puis en 1991, le Warrington Project met en place un programme de délivrance de cocaïne sous forme de reefers, des cigarettes injectées d’une solution fumable à base de cocaïne (il ne s’agit pas là du programme du Dr Marx qui délivrait, lui, de l’héroïne). Deux éléments principaux en ressortent :

  • L’utilisation des reefers permet une stabilisation de l’usage dans la plupart des cas, et réduit considérablement la délinquance et les prises de risques liées à cet usage ;
  • La prescription de stimulants reste très difficile à gérer du fait du risque d’installation de la psychose suscitée.

Un deuxième aspect déterminant lors de tentatives de substitution de la cocaïne aux amphétamines : les prescriptions sont, en effet, aussi « compliquées » à gérer, car il faut ajouter aux amphétamines des anxiolytiques et/ou hypnotiques pour la gestion du soir et de la nuit.
Autre réalité vite flagrante : les amphétamines ne correspondent pas aux usagers de cocaïne. Bien que de la même famille (stimulants), ces deux produits ont des actions radicalement différentes, et même si l’origine de la consommation est la recherche de « pêche » (et du flash pour les injecteurs), cette « pêche » va être différente pour chacun d’entre eux. Avec les amphétamines, il s’agit d’une augmentation de la performance physique ; avec la cocaïne, d’une surproduction intellectuelle et émotionnelle (le mot spirituel pourrait parfois être adapté). Ces éléments entraîneront vite l’abandon de l’utilisation d’amphétamines et d’autres médicaments à propriétés stimulantes dans un but de substitution à la cocaïne.

Deux options

Le constat est simple, la seule substitution à la cocaïne est la cocaïne. Deux options vont alors se dégager.
L’option médicamenteuse : 8 à 10 jours d’anxiolytiques (de préférence ayant un effet euphorisant), puis 3 à 4 mois de traitement préventif aux antidépresseurs. Sachant que pour cette option, il est indispensable que la personne reste absolument abstinente. En effet, pour certaines familles d’antidépresseurs l’usage concomitant de cocaïne neutralise le médicament, rendant le traitement inopérant. Pour d’autres, particulièrement à effet stimulant, l’usage concomitant de cocaïne pourrait entraîner l’overdose.
La seconde option repose sur des réponses, qui provoquent trop souvent chez les professionnels français un sourire sardonique synonyme de « ça ne marche pas » : acupuncture, aromathérapie, écoute intense (le counselling, de par son approche, s’est avéré être un excellent outil), et phytothérapie. Cette approche, qui repose sur des médecines naturelles (également appelées médecines douces, parallèles, etc.) a largement fait ses preuves.

  • L’acupuncture : basée sur le flux des énergies, elle aide au rétablissement d’un équilibre émotionnel, mais aussi dans le fonctionnement physique. La diminution de l’état de fébrilité est réelle, comme une considérable amélioration de la capacité à se poser et à potentialiser les entretiens individuels.
  • L’aromathérapie : l’utilisation des huiles essentielles, particulièrement dans le cadre de massages, accompagne les personnes dans une réconciliation avec leur corps, et les aide donc à se détacher de comportement type automutilation. Mais qui dit réconciliation et relation saine au corps, dit aussi amélioration de l’hygiène, meilleur rapport à la nutrition, redécouverte de l’esthétique et de la possibilité d’aimer son corps. Être en capacité d’aimer son corps signifie également le respecter et, plus important, le faire respecter. Cela rend aussi possible une relation avec le « toucher thérapeutique », en opposition au toucher abusif (qu’ont souvent connu les usagers).
    L’aromathérapie, et peut apaiser certaines anxiétés, douleurs, et autres symptômes du mal-être.
  • Enfin l’écoute intense (jusqu’à trois à quatre fois par semaine) est fondamentale avec les usagers de cocaïne. Sujets au « craving » (appétence en français), qui est un besoin immédiat et quasi irrésistible d’aller vers le produit, les consommateurs doivent pouvoir trouver un dérivatif lorsqu’il se déclenche. Parler, avoir quelqu’un de présent qui écoute, permet d’évacuer cette sensation (pour un temps au moins) et, dans la foulée, de formuler un grand nombre d’autres choses.

Bien sûr, certaines personnes nécessiteront, quoiqu’il en soit, un traitement médicamenteux. Bien sûr, tout le monde ne répond pas à ces médecines, comme tout le monde ne répond pas aux traitements médicamenteux. Bien sûr, il faut rester vigilant sur l’amorce de dépression clinique, mais tout counsellor ou psychologue qui se respecte saura en reconnaître les signes et orienter en conséquence. Par ailleurs, la rechute de cocaïne n’aurait pour conséquence directe que de retarder le processus de traitement, et ne présenterait pas de risques de contre-indications dont certaines pourraient être fatales.
Mais dans cette course à la pilule miracle, n’oublions pas que nous avons affaire à des êtres humains qui ont déjà subi bien des expérimentations destinées à satisfaire les ego des scientifiques et à faire marcher l’industrie du médoc. Le prix Nobel du soin aux toxicos n’existe pas encore, alors essayons de rester humble et d’œuvrer, dans le respect et la dignité des personnes, à leur bien être.

Cannabis et Réduction des risques

Si aujourd’hui nombre de scientifiques reconnaissent enfin la relative innocuité du cannabis « L’herbe qui rend nigaud « n’en reste pas moins une drogue dont l’usage peut poser certains problèmes pour la santé.

Au sein de la planète antiprohibitionniste, il n’est pas toujours facile d’aborder ce sujet très politique-ment incorrect. Dans cette respectable mouvance, on a bien souvent tendance – en réaction aux discours alarmistes et mensongers – à «oublier» ces petites mais bien réelles nuisances.
Evidemment, le danger numéro 1 du cannabis est dû à son statut de drogue illicite. Alors, même si, de plus en plus fréquemment, des flics blasés se contentent de confisquer les simples boulettes, gardez toujours à l’esprit que le cannabis reste prohibé. Selon le code pénal, le cultiver rend passible de la cour d’assises. « Dépanner » ses petits copains peut coûter dix ans à l’ombre et une simple consommation une année de taule assortie de 25 000 F d’amende.

Le système respiratoire

La plupart des amateurs de cannabis fument le produit.
C’est le moyen le plus simple, le plus rapide pour être stone et pour beaucoup le plus agréable. Mais aussi le moins sain surtout en cas d’usage intensif. Eh oui, inhaler une fumée est toujours nocif pour le système respiratoire et celle du cannabis ne fait pas exception. D’autant qu’on ne mélange généralement à cette drogue dure qu’est le tabac.
Un joint d’herbe pure dégage trois fois plus de goudron qu’une cigarette et cinq fois plus de monoxyde de carbone.
De plus, la fumée du joint est de température plus élevée et souvent inhalée plus intensément et plus longtemps, ce qui est inutile, un simple passage dans les poumons étant tout aussi efficace. Comme celle du tabac, la fumée de cannabis serait cancérigène. Bon on ne va pas rentrer dans la polémique : laquelle des deux fumées est la plus nocive ? Elles le sont toutes deux. Donc évitez de les additionner. Fumez pur dès que vous en avez la possibilité.
Vous avez éliminé le tabac mais est-il possible d’atténuer les dégâts que provoque la fumée de cannabis ? Sans doute oui, grâce à certaines pipes à eau, aux vaporisateurs et autres Aromizer. Bien qu’une étude du Norml, une association américaine pro cannabis, l’ait mis en doute, on peut raisonnablement penser que fumer dans une pipe à eau est moins nocif pour les poumons. La fumée est refroidie par l’eau avant d’envahir vos malheureux poumons – c’est déjà ça de pris. Certaines vapeurs toxiques de la fumée de cannabis sont solubles dans l’eau et donc susceptibles d’y être détruites. Evitez les pipes en matière plastique qui risquent de dégager de méchantes vapeurs.
Avec le développement de l’usage médical du cannabis est apparu tout un tas de nouvelles machines destinées à fumer tout en préservant ses poumons. Le premier de la série est le vaporisateur. Une sorte de décapeur thermique chauffe le cannabis sans combustion et en dégage la substantifique mœlle. Ça marche mais c’est assez frustrant car on ne sent pas la fumée. La drôle de sensation d’aspirer du vide est vite contredite par une bonne montée. C’est un appareil très utile pour les personnes malades ou celles qui ne supportent pas la fumée. En version de poche, ça donne le « bubble », un tube en verre au bout duquel on fixe une boule de verre. Placez dans la boule un bout de shit ou un peu d’herbe et promenez une flamme sur le verre, des vapeurs se dégagent alors sans aucune combustion.
L’aromizer présenté lors de la dernière édition du salon consacré au chanvre, le Cannabizness présente l’avantage d’ex­traire toujours sans combustion les principes actifs de la plante.

La qualité du produit

canna4Autre problème qui se pose lorsque l’on fume, c’est la qualité du produit. Le shit de contrebande, en général, un Marocain de seconde zone, est susceptible d’être coupé à diverses substances (henné, caoutchouc, crotte de chameau, etc.) dont la combustion n’est pas franchement bonne pour vos poumons. Il est préférable de connaître la provenance de votre cannabis et pour cela le meilleur moyen est encore de cultiver sa propre herbe. Le cannabis pousse facilement en intérieur comme en extérieur. Découvrez les joies du jardinage et le plaisir de consommer le produit propre d’une plante que vous avez choyée et vu grandir. Ne vous laissez pas bluffer par les termes techniques et les discours rébarbatifs de quelques « spécialistes » prétentieux, la culture de l’herbe n’est pas si compliquée, il suffit d’être patient et attentionné. L’autoproduction, outre les joies qu’elle vous procure, vous permet d’éviter de fréquenter les réseaux criminels et aussi de faire de très, très grosses économies.
Disposer d’un produit puissant peut permettre de tirer moins de taffes, donc de moins se polluer les poumons. Un joint de Skunk peut être plus puissant que cinq de maroco.
Pour les personnes malades, aux défenses immunitaires affaiblies, il est conseillé de stériliser son cannabis qui peut être infecté par des pesticides ou des moisissures. Un court passage au four – de préférence micro-ondes – à une température maxi de 160° devrait suffire d’après le Manuel du Cannabis à usage médical.

A vos fourneaux !

Et si vous êtes prêts à vous priver de l’arôme ainsi que du rituel du joint qui tourne et bien mangez maintenant ! Comme toute drogue, le cannabis peut aussi se bouffer. Et là c’est garanti à 100 % et en plus c’est discret. Passez les contrôles de flics, votre boîte de gâteaux blindés au THC sous le bras tout en affichant un sourire niais tendance cannabinophile confirmé. Mais là, attention aux dosages. Car s’il est facile de bien régler son niveau de défonce en fumant, c’est plus ardu lorsqu’on ingère.
Si l’effet est plus long à monter (entre 1/2 h et 1 h), quand il arrive c’est du costaud et plus question de faire marche arrière. C’est parti pour plusieurs heures de ballade cosmique.
Manger le cannabis produit des effets pharmacologiques différents qu’en le fumant car il est transformé par le foie en 11-hydroxy-THC, un métabolite quatre à cinq fois plus puissant que le THC. Il est donc très important de bien calculer la dose, sinon vous risquez une overdose, certes jamais fatale mais sacrément désagréable quand même. Le cannabis se dissout à merveille dans l’alcool (+ de 40°) les graisses.

Dépendance et syndrome amotivationnel

Contrairement à la nicotine, aux opiacés ou à l’alcool, le cannabis ne provoque pas de dépendance physique. Les gros consommateurs seront juste un peu plus irritables et auront une moins bonne qualité de sommeil mais rien de grave.
Certains développent une dépendance psychologique, tout comme d’autres sont accros à Internet ou aux jeux vidéo. Question de caractère.
Le cannabis peut poser problème à quelques consommateurs qui ne maîtrisent pas leur consommation. Bien entendu, sur les centaines de milliers d’amateurs de cannabis, seul un petit pourcentage est concerné, mais il faut le savoir. Aujourd’hui, les nouvelles variétés d’herbe sont extrêmement puissantes, les taux de THC ont explosé, un simple pétard peut vous emmener assez loin et pas toujours là où vous le vouliez. Certaines herbes sont carrément psyché-déliques alors si vous vous envoyez une dizaine de pétards par jour, vous serez dans le cosmos, déconnecté.
canna3Il y a des furieux du tarpé qui sont complètement à la ramasse. Traduisez, oui, il existe des « toxicos » du chichon. Bien souvent, ces personnes consomment également d’autres drogues, principalement de l’alcool, ce qui n’arrange rien. Il existe aussi des intégristes du cannabis qui ne jurent que par l’herbe et sont incapables de se bouger sans avoir fumé. Vous savez ce fameux « syndrome amotivationnel » si cher aux psychiatres et autres experts en cervelle, il existe ! En fait, le cannabis ne fait qu’amplifier l’état dans lequel vous êtes. Si vous êtes un dégoûté de la vie, démotivé de tout, fumer du cannabis vous confortera dans cette position. Sinon, vous n’aurez pas à dealer avec ce fameux syndrome amotivationnel.
Bien sûr, les conséquences d’une « toxicomanie » au cannabis ne sont pas catastrophiques comme celles des opiacés, de la coke ou de l’alcool. Le problème n’est « que » psychologique.
Tendance inquiétante, de plus en plus de très jeunes ados idéalisent le cannabis au risque de se détourner de toute autre activité. Et cela peut être dangereux.
Le cannabis n’est qu’une plante – certes charmante – mais pas un mode de vie, ni une finalité. Faites gaffe aux jeunes apprentis cannabinophiles.
Certains détracteurs du cannabis accusent cette drogue d’altérer nos cellules reproductrices, d’entraîner des troubles mentaux, l’impuissance, la baisse de la libido et j’en passe et des meilleures.
De nombreux travaux scientifiques ont contredit ces sornettes. Plus sérieusement, certains soupçonnent le cannabis de légèrement déprimer le système immu­nitaire. D’autres prétendent l’inverse. On attend la confirmation ou l’infirmation de cette accusation.
Un risque qui peut être lourd de conséquence est celui de conduire un véhicule sous l’influence du cannabis. Car si, contrairement à l’alcool, le cannabis ne vous donne pas cette sensation d’invin-cibilité, il entraîne tout de même une baisse des réflexes et de l’attention

Cannabis et conduite

cannabis-volantMême si, effectivement, les personnes au volant sous l’influence du cannabis diminuent souvent leur vitesse. Leur capacité à rouler droit, à évaluer les distances et à analyser rapidement une situation altérée. Là encore tout dépend de la quantité que vous avez pris. Conduire après avoir bouffé un space cake bien chargé relève de l’inconscience. La conduite sous cannabis est bien moins dangereuse que la conduite sous alcool mais il y a un risque potentiel qu’il est préférable d’éviter.
Et n’oubliez pas : fumer un joint peut aussi vous faire paumer vos clefs, commander une pizza à 4 h du matin et partir dans de furieux fous rires. On dit que le cannabis est une drogue douce, alors n’en faites pas un usage dur.
Et maintenant, roulez !

* J’attends une récolte aux Editions du Lézard, ouvrage complet et très fun sur la culture de l’herbe.

Le vaporisateur, simple gadget ou véritable outil de réduction

En matière d’accessoires de défonce, l’imagination des fabricants est sans limite s’il on en juge par le pléthore de produits régulièrement mis sur le marché. Évidement, tous vous diront que c’est leur marque qui permet de se défoncer plus et mieux invoquant au passage une improbable utilité
médicale (le cannabis thérapeutique a bon dos…). Mais parmi cette quincaillerie, on a vu apparaître depuis quelques années des drôles de machines qui auraient la propriété de fumer… sans dégager de fumées toxiques.
Chers lecteurs je vous présente la famille des vaporisers ou vaporisateurs.

Le principe

Sacré vaporisateur qui tombe à pic au moment où le seul réel reproche que l’on peut faire au cannabis est, tout comme pour le tabac, de dégager lors de sa combustion un tas de saloperies extrêmement nuisible. Et ce d’autant plus quand on aspire (oups) à en faire un usage thérapeutique.
Le principe du vaporiser est simple: l’engin chauffe le cannabis (ou autre chose…) entre 180 et 200°, donc avant d’atteindre le point de combustion. Il se dégage alors des vapeurs gorgées des produits actifs, des vapeurs libérées d’une grande partie des habituelles substances cancérigènes et d’une teneur en monoxyde de carbone et en goudrons bien moindres. Car le cannabis et ses principes actifs ne sont en rien cancérigènes, ce sont les fumées provoquées par sa combustion qui le sont. Toute combustion d’une plante ou d’un produit dégage des substances toxiques, principe de base.

L’histoire

En fait les premiers vaporisateurs ont vu le jour à la fin des années 70. En général il s’agissait d’une sorte de pipe à eau équipée d’un décapeur thermique, à l’efficacité parfois douteuse. Mais en 1981, une société commercialise le « Tilt ». Testé, cet appareil se révèlera diaboliquement efficace pour réduire les risques et -last but not least- plutôt économique en matières premières (+ 80% de THC et – 79% de goudrons) malheureusement il sera interdit.

L’intérêt

L’avantage du vapo serait donc en plus de ses vertus médicales de mieux »exploiter » le produit. Par exemple, lorsque que vous fumez un joint1, près de 60% des cannabinoïdes sont perdus, avec un vaporisateur vous ne perdez rien, enfin parait-il… Certains modèles seraient plus gourmands en herbe de 30%, par contre ils réduisent toujours – plus ou moins- les substances toxiques.
L’objectif est donc de réduire à son minimum les substances toxiques tout en conservant au maximum les substances actives.

Les prix

Évidement avant d’investir entre 60 et 500 euros dans un engin de ce genre,vous aimeriez connaître les performances de la bête, mais là en dehors de ce qu’en disent les fabricants et les vendeurs, difficile de trouver des infos, aucune étude comparative sérieuse n’ayant encore été faite à ce sujet, alors nous ne vous présentons que sommairement quelques modèles.(liste non exhaustive) Le Volcano fabriqué en Allemagne avec le soutien de la communauté européenne semble, techniquement, surpasser largement ses concurrents, c’est aussi le plus cher avec un tarif frôlant les 500 euros, mais la santé ça n’a pas de prix, n’est-ce pas…
Le Vapir était considéré comme le top, mais c’était avant le Volcano… De plus certains lui reprochaient de donner un mauvais goût (à cause du plastique!) et d’être compliqué d’utilisation, trop gadget. Depuis le modèle aurait été remanié…à suivre L’ Aromed, également de fabrication allemande, affiche de belles performances si l’on en croit le magazine High-Times. Et puis il y’ a les modèles qui fonctionnent avec un filtrage par l’eau, qui esthétiquement sont quand même mieux que ces drôles de bidules que sont les Volcanos et autres Vapirs. Parmi ceux la, l’ Herborizer fabriqué artisanalement dans l’Aveyron, tire bien son épingle du jeu avec un rapport qualité prix au-dessus de la moyenne. C’est en plus un bel objet proposé en version “sphère” ou “tube”, il est même possible de s’en faire fabriquer sur mesure. Le Volatilizer a également obtenu de bons résultats à l’occasion d’un test.

19 conseils pour réduire les risques liés à la consommation de cannabis

  1. Éviter de consommer régulièrement, la nocivité provient de l’usage régulier, comme la baisse de sensibilité ou le « processus de blocage » sur le produit. 5 à 15 % des consommateurs sont considérés comme abusifs.
  2. Le cannabis ne fait rien oublier et ne peut pas constituer un refuge. Ne pas se réfugier derrière l’excuse du cannabis pour justifier une flemme existentielle ou une angoisse profonde.
  3. L’usager peut subir des dommages réversibles sur ses facultés de concentration, de mémorisation et de réflexion. Cesser l’usage et/ou demander de l’aide en cas de troubles répétés.
  4. Dans les cas rarissimes (de 0,1 à 0,9 % selon les études) où le consommateur présenterait des troubles schizophréniques ou des crises délirantes, consulter un spécialiste.
  5. Certains consommateurs abusifs, sociologiquement et/ou psychologiquement affaiblis, peuvent se désocialiser ou perdre toute motivation. Ne pas hésiter à demander de l’aide.
  6. Par souci de sécurité, l’usager s’abstiendra durant son travail ou son apprentissage.
  7. Ne pas conduire de véhicule ni effectuer toute autre activité dangereuse pendant au moins 3 heures après une consommation inhalée, 6 heures après ingestion.
  8. Les principaux risques pour la santé sont liés au joint et à l’absorption de fumées. Fumer peut provoquer de nombreuses maladies graves : bronchite chronique, asthme, cancers, accidents cardio-vasculaires…
  9. Le tabac mélangé dans le joint entraîne une dépendance à la nicotine et expose à la combustion d’agents de saveurs et de conservateurs chimiques. Pour éviter cette toxicomanie, il est préférable de fumer pur.
  10. L’utilisation de dispositifs destinés à rafraîchir la fumée comme un long filtre, une pipe, un bang… diminue les brûlures des tissus de la bouche et de la gorge, mais ne prévient pas de l’assimilation de la plupart des substances toxiques.
  11. Pour limiter les risques liés à l’inhalation, utiliser un vaporiser qui chauffe suffisamment la plante pour libérer les principes actifs sans carbonisation, chaleur, goudrons et autres agents nocifs.
  12. Mieux vaut manger du cannabis qu’en fumer. Renseignez–vous bien sur les modes de préparation et les quantités de substance à utiliser pour éviter des désagréments gastronomiques et le surdosage.
  13. En cas d’ivresse cannabique incontrôlée, de crise d’angoisse, d’accélération cardiaque, ne pas céder à la panique : la surdose de cannabis n’est jamais mortelle et le consommateur retrouvera ses capacités plus ou moins vite selon l’excès.
  14. Un lieu de relaxation calme et aéré, un entourage rassurant, l’absorption d’un sucre rapide et d’un verre d’eau favorisent la redescente de l’usager incommodé.
  15. Des risques supplémentaires proviennent des engrais, des pesticides et des produits de coupage utilisés par des producteurs et des dealers peu scrupuleux. Éviter de consommer les produits douteux. Consulter un médecin en cas de trouble inconnu.
  16. Bien qu’il n’existe aucun système d’approvisionnement contrôlé, le consommateur doit être exigeant sur la pureté du cannabis et boycotter les produits suspects.
  17. La polyconsommation de stupéfiants multiplie les risques liés aux autres substances psychotropes et peut entraîner des interactions dangereuses, notamment avec l’alcool.
  18. L’automédication au cannabis ne doit se pratiquer qu’après la consultation d’une solide documentation, de préférence en concertation avec le personnel soignant.
  19. Toujours se souvenir que le cannabis est classé sur la liste des stupéfiants prohibés et que son simple usage peut conduire devant les institutions policières, judiciaires et pénitentiaires

Foie et cannabis

Oui, il y a bien écrit : “ foie et cannabis ”, j’insiste : “ Foie ” avec un E, s’il vous plait ! Et non pas “ Foi & Cannabis ”, comme Bob Marley invoquant ses louanges raggaephiles à Jah Rastafary. Non nous ne parlerons pas non plus de la controverse concernant le cannabis et les accidents de la route, qui finalement sont plus spécifiques des excès d’alcool, n’est-ce pas mon petit Nicolas ?

Les fautes d’orthographes peuvent mener à des sérieux malentendus, d’où l’avantage de régler ces problèmes à l’oral. C’est ce que nous avons fait au sujet d’un malentendu avec le Dr Hézode, un hépatologue de l’Hôpital Henri Mondor, à Créteil qui avait déjà publié une brillante étude sur les risques d’aggravation de fibrose chez les gros fumeurs de tabac.

Le différent porte sur son étude sur l’impact du cannabis sur le foie, intitulée “Consommation quotidienne de cannabis fumé comme facteur de risques de progression de fibrose dans l’hépatite C chronique”[1], qu’il a présenté à l’occasion du congrès européen d’hépatologie de l’E.A.S.L., à Berlin en 2004. J’y étais et je peux rapporter que la salle était restée assez sceptique ou du moins partagée, sur certaines zones d’ombres méthodologiques, surtout quand il conclut : “ La consommation quotidienne de cannabis chez les patients ayant une hépatite C est à proscrire ”. Le problème c’est que cette étude a depuis été largement reprise par bon nombre de médecins et notamment des hépatologues, et d’ailleurs peut-être le votre vous a t-il déjà fait des remarques à ce sujet ?

Elle vient d’être publié dans le numéro trimestriel de la revue Réseaux Hépatites, de septembre 2005. Nous nous sommes immédiatement ébahis d’admiration devant la couverture de cette revue médicale de vulgarisation scientifique (voir photo), qui est éditée grâce aux larges financements de certains laboratoires pharmaceutiques bien connus des usagers de drogues substitués.

Nous pensions qu’ils allaient contrecarrer cette étude puisqu’en couverture, il y a un magnifique “ pétard de chez Mr Pétard ”. Mais alors, la salive nous monte encore aux oreilles rien que d’en parler tellement il est bien roulé.

Nous ne saurons résister à l’envie de quelques précisions prudentes de RdR, à l’attention des lecteurs et plus particulièrement ceux du Ministère de l’Intérieur, il s’agit d’admiration devant la technique de roulage de cette cigarette multi-feuilles, œuvre d’un artiste, il va sans dire, vous nous l’accorderez ? Nous voudrions éviter une condamnation d’incitation à l’usage à quelques heures de “ tige ” (Travail d’Intérêt Général) pour quelques feuilles !
Nous ne conseillerons jamais à personne d’utiliser des drogues, et encore moins tous les jours, car ça serait bien inutile, voir même dangereux, surtout sans conseils avisés de réduction des risques (RdR), récents et adaptés ! D’ailleurs au sujet du cannabis vous pourrez vous reporter au numéro d’ASUD, pour les conseils avisés de RdR, puisque ça, c’est notre domaine de compétence.

Mais en fait il faut à ce stade détailler cette étude avant de prendre pour argent comptant cette conclusion, et voir ce qu’elle vaut à la lumière d’une contre-analyse comme seul G-Laën en a le secret !

Il faut d’abord rappeler le contexte et l’état des connaissances qui ont justifié l’intérêt de cette étude. Depuis vingt ans, la plupart de grands laboratoires pharmaceutiques ont tous fait des recherches sur les cannabinoïdes, c’est-à-dire les 60 composants du cannabis. Mais plus récemment quelques découvertes étonnantes nous ont appris que dans le corps humain, nous avons à l’état naturel deux types de récepteurs spécifiques aux cannabinoïdes qui ont été baptisé CB1 et CB2. Des généticiens bien intentionnés ont cherché à savoir quand est-ce que dans l histoire de l’humanité, l’être humain a commencé a avoir ces récepteurs au cannabis. La réponse est assez étonnante, sauf pour des usagers, puisque ces récepteurs seraient apparus environ il y a cent mille ans, c’est-à-dire juste avant que l’humain commence à utiliser la parole !

De plus, les chercheurs nous ont même appris que nous sécrétons naturellement, sans avoir jamais consommé de cannabis, des cannabinoïdes naturels, dont les rôles sont toujours assez mystérieux.

Très récemment, des chercheurs s’étaient intéressés à chercher des récepteurs dans le foie. Ils ont été surpris de constater que ces récepteurs ne sont pas présents dans le foie d’une personne en bonne santé. Mais par contre, ils sont activés par les fybroblastes. Ce sont les éléments qui provoquent la fibrose et donc les principales lésions chroniques du foie. Donc il faut comprendre que dès qu’on est atteint par une maladie chronique du foie comme une hépatite virale, et que le foie commence à fibroser, on développe des récepteurs au cannabis dans le foie, aussi bien les CB1 que les CB2.

Des études sur la cirrhose ont confirmé qu’il y avait une sorte de sur-activation des récepteurs CB1. L’équipe de recherche de l’INSERM d’Henri Mondor, travaillant avec le Dr Hézode, venait de démontrer que l’activation des récepteurs CB2 dans le foie pouvait minimiser la production de fibrose. C’est donc ce qui les a poussés au départ à organiser cette étude afin de pouvoir évaluer quel était l’impact réel de cet effet antifibrosant des CB2 dans le foie.

Seulement très rapidement, la même équipe de l’INSERM a aussi démontré que l’activation des récepteurs CB1 avait le rôle inverse c’est-à-dire de favoriser la fibrose du foie. Nous voyons bien qu’il devenait alors crucial de pouvoir étudier de plus près ce qu’il en était dans la vraie vie et non plus sur des éprouvettes de laboratoire, afin de départager l’incidence des CB1 et CB2 dans un contexte d’épidémie d’hépatite C.

Certes si la volonté du Dr Hézode et de son équipe semble tout à fait compréhensible, il fallait par contre mettre au point un protocole d’étude assez complexe afin de pouvoir isoler réellement l’impact du cannabis uniquement. C’est bien là que se situaient nos désaccords.

Ils ont donc recruté 270 malades porteurs chroniques d’hépatite C dans leur service, en ayant défini trois groupes. C’est-à-dire :

– un groupe de 143 personnes déclarant n’avoir jamais fumé de cannabis (53%), et c’est bien vrai ce mensonge ? hein et pourquoi t’as les yeux rouges ?

– un groupe de 41 fumeurs occasionnels (15%) n’ayant jamais consommé quotidiennement de cannabis, avec une consommation moyenne d’environ huit pétard par mois, tiens ça me rappelle quelqu’un !

– un groupe de 89 fumeurs quotidiens (33%) avec une consommation moyenne d’environ 60 pétards par mois,

– et que le dernier ferme la porte, s’il tient encore debout et qu’il voit quelque chose au milieu du nuage ! Ouvrez la fenêtre, les oiseaux vous ferons un joli sourire bête !

Foie et cannabis Non Fumeur Fumeurs occasionels Quotidiens
Tous patients confondus 53% 15% 33%
143 41 89
Contamination VHC par injection de drogue 16% 86% 93%
23 35 83

Les malades avaient été sélectionnés car ils avaient fait plusieurs biopsie du foie qui permettaient de déterminer l’évolution de leur fibrose dans le temps et donc d’examiner une possible accélération de cette fibrose potentiellement due au cannabis. Il a donc fallu étudier aussi d’autres causes possibles d’accélération de la fibrose afin de ne pas fausser cette étude. Donc bien sûr, les facteurs étudiés sont la consommation d’alcool supérieure à trois verre par jour, la consommation de plus d’un paquet de cigarettes par jour, l’âge à la contamination, le fait d’avoir plus de 40 ans, une stéatose (graisse dans le foie), etc…

Donc le mercredi 11 janvier 2006, je fait cette interview téléphonique. Je lui demande : “ Avez-vous détaillez dans votre étude, les consommations antérieures et régulières des 54% d’usagers participants et déclarant avoir été contaminés par injection ? En effet, il nous semble évident que si ces usagers ont eu recours pendant de nombreuses années à des injections de cocaïne, de sniff d’amphétamines, avec en prime des surdosages de benzodiazépines, il y aurait de quoi avoir un foie particulièrement fibrosé non ? ”

Le Dr Hézode me répond que : “ Il faut rappeler tout d’abord quels sont les types de lésions sur le foie que provoque ces produits. À savoir, la cocaïne ne provoque que des hépatites aiguës. Il n’y a jamais eu de forme d’hépatotoxicité chronique de décrite chez des usagers de cocaïne. Il m’est déjà arrivé de faire prendre en charge un usager ayant fait une hépatite aiguë à la cocaïne particulièrement sévère puisqu’il a dû être greffé du foie.
Sinon, concernant les benzodiazépines, il en est de même pour ainsi dire, il s’agit d’hépatite médicamenteuse de type aiguë et d’évènements plutôt rares qui surviennent surtout chez des personnes ayant déjà un foie fragilisé par une hépatite virale ou alcoolique, le plus souvent. Il me semble évident que plutôt que les produits eux-mêmes, il faudrait aussi améliorer nos connaissances sur les produits de coupes.
Aussi nous n’écartons absolument pas que toutes ces autres consommations aient pu biaiser nos conclusions, toutefois nous ne pensons pas qu’elles aient pu avoir une incidence importante ”.

Face à autant d’humilité, ce qui est toujours appréciable chez un médecin, mais aussi afin de faciliter la lecture de cette retranscription, je ne saurais résister d’avantage à l’envie de baptiser le Dr Hézode, le Dr H.

G-Laën : “ Nous avons un problème avec vos conclusions puisqu’elles ont été reprises par bon nombre de vos collègues hépatologues qui les appliquent sans forcément les comprendre. Aussi nous craignons que cet argument concernant le cannabis ne serve de contrainte supplémentaire qui vienne compliquer encore l’accès aux soins des hépatites pour les usagers de drogues. Aujourd’hui nous savons que bon nombre d’hépatologues ne sont pas motivés pour prendre en charge les usagers et donc il ne faudrait pas qu’ils interprètent à tort cette étude. Qu’en dites-vous ? ”

En effet, dans le numéro 24, de la revue THS de décembre 2004, le Pr Couziguou, hépatologue de “ débordé ” dans la région Bordelaise propose un suivi hépato pour le cannabis.

Dr H. “ Nous devons rappeler très clairement, que notre conclusion est qu’un malade atteint d’hépatite C chronique doit s’abstenir, s’il le peut, de fumer tous les jours du cannabis. Et ce message s’adresse surtout à des patients non-répondeurs aux traitements par interféron, chez qui on voudrait minimiser toutes les causes d’aggravation de la fibrose en attendant la possibilité de pouvoir retraiter et guérir son hépatite C.
À mes patients qui viennent me consulter pour initier un traitement et qui me demandent est-ce que le cannabis pose un problème, vu que ça les aide ? Je leur dis très clairement qu’il y a des malades pour qui le cannabis semble être une aide face aux nombreux effets secondaires d’un traitement à base d’interféron. Aussi je leur dit qu’il n’y a pas de contre-indications majeures puisque ce qu’il faut absolument favoriser à ce moment là, c’est l’observance à ce traitement et arriver à ce que la malade tienne jusqu’au bout. ”

En effet, dans leur première étude nationale sur les hépatites virales en 2002, SOS-hépatites avait déjà rapporté que sur les 2 226 personnes ayant participé dont la moyenne d’âge était plutôt de 55 ans (36 % 18-44 ans, 48 % 45-64 ans et 16 % plus de 65 ans), il y avait 20 % de contamination par la seringue. De plus, 13% des malades ont reconnu utiliser régulièrement du cannabis pour faire face aux effets secondaires des hépatites et de leurs traitements.

Dr H.“ Donc même si notre étude démontre une possible toxicité hépatique du cannabis, il faut rappeler que nous ne pouvons toujours pas en expliquer les mécanismes et de plus, que cette étude est une première qui doit être complété par d’autres travaux.
Nous avons remarqué dans notre groupe de malades consommant quotidiennement du cannabis qu’il y en a qui n’ont pas du tout de fibrose. Et puis notre étude concerne uniquement des malades d’hépatite C chronique. Il ne faut donc pas faire l’erreur de penser qu’on aurait démontré que le cannabis est hépatotoxique chez une personne en bonne santé. C’est faux ! On a clairement démontré qu’on ne voyait pas de différence entre le groupe de non-fumeurs et celui des fumeurs occasionnels (8 pétards par mois en moyenne), ce qui fait que dans l’analyse finale de notre étude, on a groupé ces deux sous-groupes pour les comparer aux fumeurs quotidiens. En usage occasionnel, le cannabis fumé ne semble avoir aucune incidence sur la progression de fibrose dans l’hépatite C ”.

Et bien, voilà des conclusions qui me semblent très clair non. Et vous ?

[1] Hézode C. et al. “ Daily cannabis smoking as a risk factor for progression of fibrosis in chronic hepatitis C ”. Hepatology 2005 ; 42 : 63-71.

Cannabis storique

Au Hit Parade depuis 10 000 ans

Pour nombre d’historiens, d’archéologues, d’anthropologues et de botanistes le cannabis est sans doute la plante la plus cultivée. Initialement récolté pour ses fibres textiles et pour ses graines nourricières, il est probable que le cannabis fut secondairement utilisé pour ses propriétés médicinales et psychotropes. Au hit parade des sept substances les plus employées pour modifier le champs de la conscience, altérer l’humeur ou diminuer la douleur il est en tête dans la plupart des religions.
Les premières traces de chanvre datent de quelques 10 000 ans et sont retrouvées dans des débris de tissage, dans l’ancienne Mésopotamie (province de la Turquie actuelle). Les recherches semblent montrer que le cannabis est originaire d’Asie Centrale. Il s’est par la suite répandu au fil des migrations des conquêtes vers l’Est (la Chine et le sub-continent indien) et vers l’ouest (le Moyen-Orient, la vallée du Nil puis les pays du Maghreb lors des conquêtes arabes). Dans un second temps, son usage atteint l’ensemble du monde occidental et, à l’heure actuelle, l’Organisation Mondiale de la Santé considère que c’est la substance psychotrope illicite la plus utilisée à travers le monde .

De la Chine aux Indes…

Vers 2700 avant J.C., le légendaire empereur Shen Nung -« Père de la médecine chinoise »- recommandait l’utilisation du cannabis contre la malaria, la constipation, les douleurs rhumatismales, les « absences » et les règles douloureuses …
Il était d’usage chez les anciens chinois de graver la tige principale d’un plant de chanvre à l’image d’un serpent enroulé autour d’un bâton, ce qui ressemble au caducée, symbole traditionnel des médecins. Lors de rituels thérapeutiques, un parent du patient frappait sur le lit du malade avec ce bâton-serpent pour chasser les mauvais esprits. Aux Indes le chanvre est une plante sacrée. Le cannabis serait issus de la transformation des poils du dos du dieu Vishnu échoué sur le rivage des terres habitées.
Autre bienfaiteur, le dieu Shiva, qui passe pour « avoir ramené le cannabis de l’Himalaya pour la joie et l’illumination des humains ». On honorait traditionnellement Shiva en versant du Bhanga (avant d’être la star d’un groupe industriel de boissons sucrées des années 70 c’est aussi le nom indien du chanvre-) sur le lingam, une colonne phallique qui symbolise la force masculine. Aujourd’hui encore, les Sadhus ou « hommes saints » vouent leur vie au dieu Shiva. Ils portent les cheveux longs, vivent de l’air du temps, pratiquent le yoga et la méditation, et fument souvent de grandes quantité de Charas (haschisch) et de ganja (herbe). Au delà des rites religieux, la consommation de Bhanga s’est rapidement répandue dans tout le sous-continent, et le cannabis est passé du statut d’élixir et de plante médicinale à celui de drogue psychoactive peu coûteuse et facile à obtenir. En Inde, le cannabis est utilisé pour stimuler l’esprit, faire baisser la fièvre, faire dormir, guérir la dysentrie, stimuler l’appétit améliorer la digestion, soulager les maux de tête, traiter les maladies vénériennes, employé lors des accouchements comme analgésique et pour augmenter les contractions utérines….

Les Scythes archéologiques

Ce sont les Scythes qui répandent l’usage religieux du cannabis des confins de la Sibérie en Europe, lors de leurs conquêtes. Grâce aux recherches archéologiques, on sait que ce peuple a parcouru des distances considérables. Leur présence sur les bords de la mer Noire est attestée par l’historien grec Hérodote (484-425 av. J.C.) qui témoigne de l’utilisation du cannabis lors des cérémonie funéraires.. L’historien grec Hérodote (484-425 av. J.C.) témoigne de l’utilisation du cannabis chez les Scythes lors des cérémonies funéraires. L’ivresse observée résulte de l’inhalation des fumées produite par les graines et sommités fleuries du chanvre, jetées sur des charbons ardents.

Grecs rieurs

Au cours de leurs migrations vers l’ouest, ils transportèrent le chanvre textile et le transmettent aux Thraces, habitants orientaux de la Grèce qui en firent des vêtements.
Les Grecs et les Romains connaissaient également le chanvre et l’utilisaient pour fabriquer près de 90% des voiles, cordages et tissus vestimentaires. En 460 av. J.C le philosophe Démocrite raconte que bu avec du vin et de la myrrhe,le chanvre produit des délires et des états visionnaires. Il observe aussi des « rires irrépressibles ». Démocrite lui-même est du reste appelé le « philosophe rieur » par ses compagnons.

Cocorico

Mais c’est en Gaulle, plus précisément dans la vallée du Rhône, que l’on trouve la première preuve historique d’une culture de chanvre en Europe occidentale, en 270 av. J.C.
Dioscride, médecin et botaniste romain du 1er siècle, l’utilise comme analgésique et mentionne ses vertus aphrodisiaques et apéritives ainsi que son pouvoir psychotrope en précisant que le cannabis « fait venir devant des yeux des fantômes et illusions plaisantes et agréables ». Galien, un siècle plus tard indique que « l’on en donnait habituellement aux convives des banquets pour les mettre à l’aise et les rendre joyeux », et souligne aussi les dangers de son abus, redoutant qu’ « elle ne blesse le cerveau quand on en prend trop ».
Le déclin de l’empire romain est associé à une mise en sommeil du savoir concernant le cannabis qui ne réapparait qu’avec l’épanouissement de la civilisation arabe.

Dans le monde musulman

canna-fakir Le développement de l’usage du cannabis dans le monde musulman est marqué par le rôle de la religion. En effet, l’Islam interdit l’usage de boissons alcoolisées mais incorpore le chanvre, associé au prophète Elie, saint patron de l’eau. Le cannabis est ainsi rapidement reconnu comme pouvant provoquer des effets psychotropes du même ordre que l’alcool, sans que son usage ne constitue un péché. Il s’intégre donc dans la vie religieuse, sociale et culturelle du Moyen-Orient, comme en témoignent les fameuses Milles et une nuits du Calife Haroun al Rashid.
Avec les invasions arabes des VIIe et VIIIe siècles,le cannabis passe De la péninsule arabique en Afrique du Nord, puis en Espagne, en France et dans le pourtour méditerranéen.

Du Moyen Age à la Renaissance : l’interdiction posée par l’église

Au cours du Moyen-Age, le chanvre s’est répandu dans l’Europe entière. Du XIe au XIIIe siècle, les croisés découvrent en Terre Sainte les préparations à base de résine de cannabis, sous forme de haschich. L’Inquisition voit dans le cannabis une herbe diabolique et ordonne son interdiction en Espagne au XIIe siècle, et en France au XIIIe siècle, en proclamant que l’ingestion de cannabis était hérétique et satanique. La connaissance des propriétés médicinales et psychoactives du cannabis a quasiment disparu et on ne le retrouve mentionné que comme ingrédient de philtres ou potions de sorcières et guérisseurs.

Le cannabis à l’âge classique et au Siècle des Lumières

En 1546, Rabelais donna au chanvre le nom de Pantagruélon, en écho à son héros Pantagruel. Il précisa que le chanvre permettait aux hommes « non seulement de se joindre par-delà mes mers, mais aussi de tenter l’escalade des cieux », faisant ainsi allusion et aux cordages en chanvre et aux propriétés psychotropes. Médecin, Rabelais en recommandait l’usage pour divers maux (plaies, brûlures, crampes, rhumatismes et douleurs spastiques).

Du XIVe au XVIIIe siècle, le chanvre est essentiel pour le commerce maritime puisqu’il sert à fabriquer les voiles, gréements, cordages et vêtements. Durant cette période la production est de plusieurs milliers de tonnes par an et le chanvre est considéré comme une production agricole de premier ordre, source de nombreux conflits majeurs.
Pour l’anecdote, George Washington en cultivait en 1765 dans son domaine de Mount Vermont, comme en atteste son journal.

AU XIXe siècle, la redécouverte coloniale et le modèle orientaliste de consommation

Le XIXe siècle apparaît comme l’époque faste du cannabis. En partant à la conquête de l’Orient, les Français et les Anglais redécouvrent les propriétés psychotropes du cannabis et son potentiel thérapeutique.

C’est à l’occasion de la campagne d’Egypte, en 1799, que les médecins qui accompagnent le général Bonaparte redécouvrent les propriétés psychotropes et médicinales du cannabis. Vers les années 1840, Jacques-Joseph Moreau de Tours, aliéniste à la Salpêtrière ramène du chanvre du Caire. Il ingére du haschisch pour en décrire précisément les effets psychotropes dans son traité Du haschich et de l’aliénation mentale (1845).. Malgré qu’il soit assimilable à celui de la folie le procédé de l’intoxication au haschich est pour lui un moyen unique d’exploration du psychisme humain. Il encourage son entourage à l’imiter et se fait l’initiateur de l’usage du cannabis auprès des intellectuels et artistiques parisiens de l’époque très marqués par le romantisme et l’orientalisme.

Les hachichins

Avec Théophile Gautier, il fonde le Club des Hachichins en 1844. Ce cercle se réunit tous les mois à l’hôtel Pimodan, à Paris, pour ingérer du dawamesc. C’était une sorte de « confiture verte », mélange à base d’extrait gras de résine de cannabis et de divers ingrédients (girofle, cannelle, musc, essence de rose ou de jasmin et amandes) absorbée sous la forme d’une « noix » d’une trentaine de grammes. Ce club étonnant comptait parmi ses membres Charles Baudelaire, Gérard de Nerval, Alexandre Dumas. On y croisait aussi Daumier, Balzac et Delacroix .
La consommation de cannabis selon le modèle orientaliste en vogue en France se répand en Europe et aux Etats-Unis. A partir des années 1860 jusqu’en 1900, les foires mondiales et autres expositions universelles comprennent généralement un « salon fumoir à la turque ». Jusque dans les années 1920, il en existe plus de 500 à New York.

L’âge d’or du cannabis thérapeutique

Dr-chichonAu milieu du XIXe siècle, un médecin irlandais, William O’Shaughnessey, remit en vogue les propriétés thérapeutique du cannabis. Après avoir observé ses collègues indiens prescrire avec succès, différents extrait de chanvre pour traiter toutes sortes de maladies, alors considérées comme incurables par la médecine occidentale, il remit un rapport à l’Académie des Sciences d’Angleterre concernant les applications médicales du cannabis, en affirmant que outre ses propriétés analgésiques puissantes, il constituait « le remède antispasmodique le plus précieux qui soit ». Il fut alors prescrit comme remède des douleurs et notamment des douleurs menstruelles (indication qui gagne les faveurs de la reine Victoria). Ses découvertes suscitent un grand intérêt dans le monde médical occidental et, en moins de trois ans, le cannabis devient le médicament à la mode, en Europe comme au Etats-Unis. De 1842 à 1900, plus d’une centaine d’articles médicaux sont publiés qui recommandent son utilisation dans le traitement de diverses maladies et malaises.

Cannabis contre morphine

A la génération suivante les médecins se désintéréssent peu à peu du cannabis et de ses effets analgésiques, au profit de l’usage des opiacés (morphine). En effet, l’invention de la seringue hypodermique, dans les années 1850, révolutionne les pratiques médicales en permettant un soulagement rapide de la douleur par l’injection de médicaments solubles. Les dérivés du cannabis n’étant pas soluble dans l’eau, ils ne peuvent être injectés (et ne le sont toujours pas aujourd’hui). Ainsi, à partir de 1863, le cannabis est progressivement remplacé par la morphine.

Les temps modernes : de la « diabolisation » à la prohibition mondiale

Parallèlement à ce déclin, les premières années du XXe siècle furent les années de « diabolisation » du cannabis.
Aux Etats-Unis, une vaste campagne prohibitionniste prend naissance sur fond de racisme. Au début des années 1910, l’herbe fumée se répand parmi les travailleurs saisonniers mexicains du Texas ou les musiciens jazz de la Nouvelle-Orléans afro américains. Les blancs attribuèrent au cannabis une influence insidieuse qui pousserait les noirs à penser qu’ils valent bien les blancs. Quant aux mexicains, sous l’influence du cannabis ils osaient regarder les Blanches. La presse à sensations mena une campagne de terreur pour mettre le cannabis hors la loi.
Le bon vieux cannabis connu par près de quatre générations d’américains est alors remplacé par le vocable marijuana la terrible « herbe tueuse ». Ce terme, d’origine mexicaine, fut systématiquement utilisé dans les articles et le terme de « chanvre » fut bientôt gommé du langage populaire. Unee propagande calomnieuse encouragée par Harry J. Anslinger, directeur du bureau des stupéfiants de 1931 à 1962. Il alimente la presse nationale en histoires sadiques et sanglantes, truffées de connotations racistes, démontrant l’extrême danger du cannabis.
Cette campagne de terreur aboutit en 1937 à l’adoption d’une loi draconienne : le marihuana Act.. A titre d’exemple, les médecins Appelés comme experts n’apprirent que deux jours avant leur audition que « l’herbe tueuse du Mexique » était en fait le cannabis,utilisé depuis presque cent ans en thérapeutique. La prohibition du cannabis venait de remplacer celle de l’alcool(1919-1933).
En France, l’écho de cette mise en œuvre d’une politique prohibitionniste aboutit à une décision législative : le cannabis est supprimé de la pharmacopée française

La renaissance du cannabis dans les contre-cultures d’après guerre

Dans les années 1950, Henri Michaux fit l’expérience des voyages intérieurs et il apparut, en France comme à l’étranger comme l’un des premiers penseurs des drogues et du psychédélisme (terme qu’il utilise dès 1955).
Dès le début des année 1960, cet intérêt psychédélique se développa également aux Etats-Unis. A cette époque, la psilocybine et le LSD font l’objet de recherches expérimentales à Harvard comme à Cambridge.
Dans les années 1960 et 1970, la consommation de cannabis devient un phénomène de masse qui concerne presque exclusivement les adolescents et les jeunes adultes. Cependant l’utilisation du cannabis se distingue des autres drogues (héroïne, cocaïne, amphétamines..) par son association avec le mouvement culturel hippie,. Le mouvement hippie.
La route vers l’orient, la musique pop, consacreront le cannabis comme « drogue douce ». La consommation est alors synonyme de fraternité et de liberté, mais surtout de lutte contre les valeurs établies et la société de consommation. En France, l’époque est marquée de manière symbolique par la publication en 1976 dans le journal Libération de « l’appel du 18 joint », signé par nombre de personnalités du monde de la culture et de la politique qui reconnurent avoir consommé du cannabis. (voir Asud n° 14 l’article de J.P. Géné)

Le mouvement Rastafari jamaïcain

A la même époque, le mouvement rasta, né en Jamaïque, s’étend dans les îles anglophones des caraïbes puis dans le monde entier. Les rastafariens ou ratsas se considèrent comme une tribu perdue d’Israël, vendue comme esclave. Ils prêchent le retour en Afrique comme étant la rédemption du peuple noir. Pour les Rastas, le cannabis est un sacrement et ils l’utilisent pour rendre grâce à Jah (dieu). Partout dans l’île, le thé de ganja est prescrit pour soigner les rhumatismes, l’insomnie et l’impuissance. De ce mouvement est né une musique propre aux rastas qui chantent l’amour, la paix, l’harmonie et la lutte contre l’oppresseur : le reggae. Pendant les années 1980, ce mouvement revendique également la légalisation du cannabis.

Le renouveau du cannabis thérapeutique

C’est également dans les année 1970 que la valeur thérapeutique du cannabis fut redécouverte. Certains jeunes cancéreux l’utilisent pour soulager les violentes nausées causées par la chimiothérapie, d’autres découvrent son intérêt dans le traitement du glaucome, les douleurs chroniques et la sclérose en plaque ;
Entre 1976 et 1991, malgré l’interdiction pesant sur l’expérimentation du cannabis naturel, dix états américains obtiennent la permission de mettre en place des programmes de recherche. Dans le sillage de l’épidémie de SIDA, les demandes de nouveaux patients affluent. En 1991, le gouvernement fédéral décide de fermer ces programmes à tout nouveau candidat en prétextant les difficultés à faire coexister ces expérimentations et la politique de lutte contre la drogue.
En France, la loi interdit tout usage, qu’il soit récréatif ou thérapeutique. Les rapports officiels sur l’intérêt de l’utilisation thérapeutique du cannabis se multiplient sans que les recommandations ne soient suivies d’effets législatifs. Tandis que nos voisins européens dépénalisent tour à tour l’usage de cannabis, les législateurs français continuent de refuser toute expérimentations.

J’ai testé la Méthoxétamine

J’ai testé à deux reprises la méthoxétamine à l’insu de mon plein gré.

La première fois, c’était il y a deux ans en teknival et j’étais à sec de kétamine. Vers un dancefloor anglais, je rencontre un gars qui m’en propose au prix imbattable de 20 € le gramme finalement obtenu à 10 € ! J’aurais dû me méfier mais l’envie était plus forte. Avec mon pote, on tape sans hésiter chacun une poutre de 0,2 g. D’habitude, la montée de kétamine est assez rapide mais là, rien : juste une grosse patate, envie de parler et de bouger comme le speed et des picotements. Pas très agréable. Peu à peu, je commence à avoir des sensations proches de la kéta mais avec des hallus façon LSD. Cinq heures plus tard, une fois le trip terminé, j’apprends par des amis que de la méthoxétamine tournait vers les camions des anglais.

De la métho… quoi ? Kézako ?

Rares sont les produits vendus en teuf qui peuvent se targuer d’être des nouvelles drogues. La plupart ont toutes déjà été synthétisées du temps de mon arrière-grand-papi. La méthoxétamine est tellement nouvelle qu’elle n’a aucun statut juridique, ni médoc ni stupéfiant. Plusieurs mois plus tard, à jeun de tout autre produit, moi et un ami tapons une grosse trace de ce qui m’avait été vendu pour de la kétamine. Eh bien non, me voilà à nouveau avec la pâteuse et la parlotte (pensez à boire de l’eau) et des picotements partout dans le corps. Les hallus s’installent, le spectacle commence et là surprise, plus possible de parler, je plonge hors de mon corps dans un K-hole ou plutôt M-hole psychédélique et éprouvant. Après coup, le vendeur me confirme qu’il s’agissait de méthoxétamine mais comme personne ne connaît ce produit, il préfère parler de kéta, le bouffon.

Dans ces deux expériences, ce qui m’a rassuré est qu’à chaque fois la personne avec qui je consommais était dans le même état. Ça aide à surmonter l’angoisse des effets inattendus.

[note du 28 avril 2013 : classement stupéfiant en cours]

L’héroïne et les mélanges de produits

Quels sont les risques liés aux mélanges d’héroïne avec d’autres produits psychoactifs ?

Héroïne + Cocaïne = Le Speed ball

C’est la prise simultanée de ces deux produits. L’effet stimulant de la cocaïne diminue le risque d’arrêt respiratoire. Mais la durée d’action de la cocaïne étant plus brève que celle de l’héroïne, l’arrêt respiratoire peut survenir quand l’effet de la cocaïne prend fin.

Héroïne + Kétamine

Ces deux substances sont des dépresseurs respiratoires, donc gare a l’arrêt respiratoire. De plus, en terme d’effet l’un potentialise l’autre….

Héroïne + méthadone

Ces deux substances se potentialisent alors soyez vigilants au risque d’overdose…. La méthadone pouvant diminuée les effets de l’héroïne, certains ont tendance a augmenter les doses…

Héroïne + buprénorphine (Subutex® et générique)

Le Subutex® est incompatible avec les autres opiacés (héroïne, rachacha, opium, morphine, codéine, méthadone…). il est conseillé d’attendre au moins 6 à 8 heures après la dernière prise d’héroïne pour reprendre du Subutex®, sinon gare à la crise de manque…

Héroïne + benzodiazépines

De manière générale, ce mélange augmente les risques de coma et de difficultés respiratoires

Héroïne + amphétamines

L’effet stimulant des amphétamines diminue les risques d’arrêt respiratoire.

Héroïne + alcool

A petite dose, l’alcool peut diminuer les effets de l’héroïne, d’où le risque d’augmenter les doses. A fortes doses, l’alcool aurait tendance à accentuer l’effet endormant de l’héroïne. Il y a un risque accru de surdose sans les deux cas.

Héroïne + cannabis ( dérivés)

Chez le uns, il atténue le stress de la descente, chez les autres, il accentue les réactions paranoïdes

Chasser le dragon, une alternative de consommation ?

Contrairement à plusieurs pays européens où cette pratique est assez populaire, chasser le dragon n’est pas très répandu en France. Même s’il n’est pas anodin, ce mode de consommation peut pourtant représenter une alternative intéressante, surtout par rapport à l’injection. Trucs et conseils, avantages et risques… Speedy revient sur son expérience espagnole.

D’abord, une définition de la chasse au dragon à l’occidentale, pour éviter tout malentendu sur ce procédé qui devrait son nom aux volutes de fumée qui le caractérisent et à leur ressemblance avec cet animal mythologique très prisé des Asiatiques. Né en Asie, ce mode de consommation est l’héritier moderne, pour l’héroïne, de la traditionnelle pipe à opium. Il s’agit donc d’inhaler, avec un tube, de l’héroïne brune sur une feuille de papier d’aluminium doucement chauffée par en dessous à l’aide d’un briquet. (On peut fumer de la blanche mais le plaisir est de courte durée car, comme il est impossible de former une goutte que l’on pourra balader, le produit brûlant sur place se consume très vite et cela revient donc cher.) La goutte de produit ainsi obtenue est ensuite baladée de long en large sur la feuille jusqu’à sa disparition complète. Un procédé qui s’est étendu en Europe, au cours des années 90, à la cc basée/caillou ou au mélange d’héro et de cc basée (speed-ball). Suivant la drogue choisie, la manière de procéder diffère un peu au départ, mais la suite reste identique. Avant de présenter ces préparations plus en détail, voyons quels sont les avantages et les inconvénients ainsi que les risques liés à ce mode de consommation.

Une montée aussi fulgurante…

Popularisé en Espagne dans les années 80 (au moment de la vague de sida), chasser le dragon n’a cessé de se renforcer depuis car cela permet d’avoir en quelques secondes une montée fulgurante. Des effets se rapprochant un peu de ceux du fix, mais en atténuant les dangers liés à l’injection (OD, adultération, transmission du VIH…). Concernant le VHC (hépatite C) ou la tuberculose, les risques sont infimes si chacun utilise son propre tube ! Dans le cas contraire (n’en déplaise aux économes qui mettent en avant la quantité de dope récupérée dans un tube partagé pour justifier de l’utiliser), les dangers de transmission sont, comme pour la paille du sniff, très importants. Autre atout et non des moindres : inhaler permet de mieux doser ou du moins de faire des paliers dans sa prise. Les effets étant pratiquement immédiats, on peut tout de suite juger en fonction de son état s’il est souhaitable de continuer… Si cette conso graduelle – qui tient au procédé lui-même – n’écarte pas totalement les risques d’OD et autres problèmes d’adultération dangereuse, elle aide à les diminuer notablement. La préparation en goutte permet également de vérifier un peu la qualité de la dope (voir ci-dessous la partie consacrée à la préparation et ses clefs pour distinguer les degrés de qualité.)…

Toujours dans les avantages, il faut aussi citer la grande convivialité de ce procédé car, tout comme un joint (mais là s’arrête la ressemblance), la feuille peut tourner de main en main, bien à l’opposé des modes de conso très perso du sniff et du fix… Il offre également la possibilité de partager une petite quantité à plusieurs et d’en ressentir autant les effets, même s’ils sont bien plus brefs. Contrairement à ce que l’on croit souvent, ce procédé est en outre tout à fait économique, du moins avec les 3 produits déjà cités. Sauf, bien sûr, si le brown, bien que de bonne qualité, a été coupé avec un produit qui ne permet pas sa formation en goutte, ce qui m’est déjà arrivé en France. Enfin, les raisonnables peuvent interrompre leur consommation et la remettre à plus tard (surtout valable pour l’héro car le désir effréné qui accompagne la base de cc rend difficile cette interruption avant la fin), permettant ainsi d’espacer les prises…

ASUD44 Chasser le dragon 2… que les risques encourus

Chasser le dragon n’est cependant pas un geste anodin, une simple fumette ! D’abord, parce que les produits – héro, base de cc ou speed-ball (toujours très répandu en Espagne) – ne le sont évidemment pas. On peut même dire pour l’héro qu’avec ce procédé, il est plus rapide de s’accrocher qu’en sniff et qu’une fois dedans, la difficulté de la décroche ressemble à celle du fix. Car tout comme pour cette dernière où la seringue prend une place énorme, pour la chasse au dragon, les gestes liés à la préparation du produit et à celle du matériel, ceux de la consommation, les odeurs, etc., pèsent beaucoup… La simple vue (même au supermarché !) d’un peu d’alu me donnait envie de me défoncer et je jugeais en un clin d’œil sa capacité à me convenir pour cet usage ! Concernant la cc basée ou le speed-ball, est-il encore besoin de souligner qu’en chassant le dragon, s’accrocher est super rapide et que même des UD chevronnés sont partis en live avec ce procédé ? Bien que les effets de la base de cc fumée sur l’alu soient un peu moins violents, on s’accroche presqu’aussi vite qu’avec un doseur…

Autre évidence : fumer sur de l’alu n’est pas du tout bon pour les poumons ! Ceux qui ont pratiqué ce mode de conso pendant longtemps présentent fréquemment des problèmes respiratoires qui, selon la durée et la personne, peuvent aller de la bronchite chronique à l’emphysème – dilatation des alvéoles pulmonaires avec destruction de leur paroi élastique. La personne a donc de plus en plus de mal à respirer… Surtout associé à l’héro, chasser le dragon tend à provoquer l’emphysème et les poumons ne se régénèrent pas ! – et même finir par un cancer du poumon, surtout si s’ajoute à cela une consommation de tabac.

ASUD44 Chasser le dragon 3Conseils et matériel

On peut néanmoins observer les précautions suivantes pour réduire un peu la nocivité de cette pratique. Passer les 2 côtés de la feuille d’alu, mais surtout la partie brillante, à la chaleur d’une flamme sans insister et sans laisser de traces noires. Si c’est le cas, essuyez-les avec un mouchoir en papier avant de commencer la consommation. Bien lisser l’alu, placer la dope sur sa partie mate, et réserver le côté plus brillant pour y passer la flamme. Au cours des déplacements de la goutte (voir ci-dessous), essayer de ne pas passer sur les endroits où l’alu aurait pu brûler. Une fois la goutte terminée, ne pas faire le radin en repassant sur les endroits brûlés où il pourrait rester quelque chose ! Prendre un tube assez long (10 cm) pour inhaler et ne jamais utiliser une feuille qui a déjà servi…

Un mot sur le matériel : l’alu doit être présent sur les 2 côtés de la feuille, pas de papier donc sur l’une des faces ! Il est d’autre part préférable d’en prendre un épais qui résistera mieux à l’exposition à la chaleur. Mieux vaut donc préférer une grande marque à celles des supermarchés car l’alu y est trop fin et de mauvaise qualité. Il semble que certains Caarud commencent à distribuer des feuilles d’alu non traitées, donc un peu plus saines !

Découper un rectangle d’une vingtaine de centimètres sur une dizaine, surtout sans froisser la feuille. En effet, plus elle sera lisse, plus la goutte pourra se déplacer facilement. Cette façon de faire devra être conservée durant toute la consommation. Quant au tube, également en alu – Certains utilisent de petits tubes en métal pour pouvoir ensuite mieux récupérer la dope présente, en l’inclinant et en commençant à chauffer par un bout pour finir par celui d’où sortira la fameuse goutte… Pour les pressés, attention à ne pas se brûler les lèvres avec ce tube et le laisser refroidir avant de s’en resservir ! –, le plier en 2 dans le sens la longueur mais sans que les 2 côtés correspondent. Refaire ensuite 2 plis à chaque bout pour renforcer la rigidité, et le rouler en s’aidant d’un crayon par exemple. Une fois la goutte finie, il restera au centre du tube remis à plat une traînée de dope (héro et/ou base) qui, selon les quantités fumées avec le même tube, peut constituer un bon dépannage pour le lendemain matin !

ASUD44 Chasser le dragon 4Préparation

Passons enfin à la préparation. Pour l’héro, placer la flamme du briquet – qui ne doit pas être trop forte – sous le papier, mais pas juste en dessous. Quelques centimètres suffisent pour que le produit ne brûle pas mais puisse fondre et former une goutte brune, voire noire, pouvant facilement se décoller une fois refroidie (plus elle sera orange et poisseuse rendant impossible de la décoller, plus l’héro sera coupée…), et dont la grosseur dépendra de la quantité déposée.

La bonne dose varie de 1/10e à 2/10es de gramme. En effet, surtout au début, une goutte plus importante est difficile à manier (arriver à la conserver unie est un coup à prendre), et une quantité inférieure a tendance à brûler plus vite, surtout si on place mal la flamme du briquet ! Une fois la goutte formée, incliner légèrement la feuille et faire descendre la goutte en chauffant doucement par en dessous, sans coller la flamme au papier et en maintenant toujours le briquet un peu en retrait par rapport à la goutte. Pour jouer sur la vitesse de descente de la goutte, on peut soit incliner davantage le papier, soit rapprocher un peu la flamme, soit jouer sur la position du briquet par rapport à la goutte. Faites attention, surtout si vous fumez à plusieurs et pour des raisons évidentes, de ne pas trop coller votre tube à la goutte car vous risqueriez de l’aspirer dans le tube ! Au départ, mieux vaut donc faire des essais. Il peut aussi être utile de tracer un chemin avec le doigt sur la feuille d’alu avant d’y faire passer la goutte pour mieux la diriger.

Pour la cc basée, il convient avant tout de la placer dans une cuillère d’eau pour la laver et l’essuyer afin d’enlever les restes d’ammoniac ou autre, toujours nocifs à respirer. Puis chauffer le caillou par dessus jusqu’à ce qu’il devienne une goutte. Si vous le faites par en dessous comme pour l’héro, vous risquez en effet d’en perdre car les projections rendront difficile la constitution d’une seule goutte, et gare aux yeux ! Une goutte formée de bonne qualité doit être la plus transparente possible. – Si, une fois refroidie, elle a l’aspect d’une cire blanchâtre (opaque), cela indique une coupe excessive en Xylocaïne® qui insensibilise mais ne défonce pas ! – Procédez de la même façon que pour l’héro, mais en sachant que la goutte de cc basée va plus vite. Il faut donc faire attention au bout de la feuille et s’arrêter un peu avant la fin. Par contre, on ne pourra pas la décoller comme celle d’héro pour changer de feuille…

Pour le speed-ball, mon conseil est de préparer d’abord la base, la goûter, et si elle convient, faire de même avec l’héro à l’autre bout de la feuille. Si le résultat est aussi bon pour cette dernière, faites alors le mélange en joignant les deux gouttes. Vous éviterez ainsi d’abîmer un produit si l’autre ne passe pas votre contrôle de qualité !

Pour conclure, il peut s’agir d’une alternative de consommation, notamment pour ceux qui veulent abandonner l’injection. Mais sans pour autant renoncer totalement aux sensations fortes, et tout en sachant que sa nocivité pulmonaire est importante, surtout dans la durée… Pour les autres UD, savoir que la prudence est de mise car on s’accroche plus vite qu’avec le sniff et, jouant sur davantage de registres qu’avec ce dernier, l’accroche sera plus tenace ! À ne pratiquer donc que dans une optique expérimentale ou très espacée dans le temps. Pour user sans abuser, bien plus facile à dire qu’à faire !

Le cannabis thérapeutique

Les Cannabinoïdes

Il existe deux catégories de Cannabinoïdes. Les Cannabinoïdes “endogènes’, synthétisés naturellement par le corps humain pour son fonctionnement (Anandamide,2-AG) et les cannabinoïdes  »’exogènes »’. Ces derniers peuvent être naturels (phytocannabinoïdes), s’ils sont extraits de la plante, ou de synthèse s’ils sont fabriqués en laboratoires.

Les exocannabinoïdes, plus communément connus sous le nom de Cannabis Medical, existent sous plusieurs produits pharmaceutiques.

Il y a plus de soixante cannabinoïdes végétaux connus. Le tétrahydrocannabinol (THC), le cannabidiol (CBD) et le cannabinol (CBN) sont les plus répandus et ont été les plus étudiés. Par hybridation, on a pu isoler des espèces produisant en plus grande quantité l’un ou l’autre de ces cannabinoïdes. Par exemple, le chanvre industriel, principalement destiné à la production de fibres, contient de faibles quantités de THC mais plus de CBD et d’autres cannabinoïdes non psychoactifs. Ainsi le chanvre industriel peut aussi être considéré comme potentiellement thérapeutique.

Parmi les autres moins connus, on peut citer :

– CBC ou Cannabichromene ;
– CBL ou Cannabicyclol ;
– CBV ou Cannabivarol ;
– THCV ou Tétrahydrocannabivarine ;
– CBDV ou Cannabidivarine ;
– CBCV ou Cannabichromevarine ;
– CBGV ou Cannabigerovarine ;
– CBGM ou Cannabigerol.

Le CBD n’est pas psychoactif. Il atténue les effets secondaires du THC (fatique,ivresse,anxiété,maux de ventre). Médicalement, il soulage les convulsions, l’inflammation, l’anxiété et les nausées. Il a aussi des propriétés anti-psychotiques (particulièrement importantes dans le cadre du traitement de la Schizophrénie Ref).

Le CBD a une plus grande affinité pour le récepteur CB2 que pour le récepteur CB1. Les CB2 étant notamment situés sur les cellules immnitaires T, le CBD agit au coeur du système immunitaire.
Il se forme par oxydation du CNB qui lui se forme par oxydation du THC.
Le CBD est particulièrement anti-oxydant.

Le CBD a été démontré efficace contre le prion ( Ref).

La recherche sur les cannabinoïdes, endogènes et exogènes, est en plein essor . Le nombre de publications a plus que doublé en 10 ans. Jamais dans l’histoire de la médecine une plante n’avait suscité autant d’intérêt de la part des scientifiques.

A ce jour, l’un des ouvrages scientifiques le plus détaillé dans la chimie du cannabis et des cannabinoïdes a été réalisé aux Pays-Bas par Dr Arnaud Hazekamp en 2007 . Ce travail a permis de décrire et de caractériser une soixantaine de phytocannabinoïdes présents dans le cannabis.

Produits Synthétiques ou Naturels disponibles sur le marché Européen

Bediol
Cannabis Médical
Bedrocan BV
distribué depuis 2003 en pharmacie aux Pays-bas.

La disponibilité des cannabis médical et des médicaments à base de cannabinoïdes (naturels ou de synthèse) dépend de la législation des pays et des autorisations de mise sur le marché (AMM) attribuées par les Autorités:

* Bedrocan (18% dronabinol) Bediol (11%) et Bedrobinol (6% + 7,5% CBD): formes naturelles titrée en THC et CBD. Depuis 2003, les pharmacies hollandaises distribuent ces produits pharmaceutiques sous forme végétale sur ordonnance . Le Bureau du Cannabis Médicinal (BMC), qui dépend directement du Ministère de la Santé et des Sports Hollandais, est en charge d’assurer le contrôle de la distribution de ces nouveaux médicaments. En 2008, 120 000 g de cannabis médical ont ainsi été vendus au travers du réseau des pharmacies ;

* Marinol (dronabinol) : Il s’agit de THC de synthèse disponible sur prescription dans la plupart des pays. Il se présente sous forme de gouttes, ce qui le rend dispendieux. Des développements sont en cours (Namisol) pour le mettre au point sous forme de cachets ;

* Cesamet (nabilone): Il s’agit du nom commercial du Marinol au Royaume-Uni, au Canada et en Espagne où il est prescrit pour le soulagement de douleurs chroniques ou comme hypnotique ;

* Sativex : spray sublingual à base d’extraits de plantes et contenant une quantité équivalente de THC et de Cannabidiol CBD. Ce dernier permet de contrebalancer les effets secondaires du THC, rendant ainsi possible l’administration de plus hautes doses. Le Sativex est essentiellement prescrit pour les malades atteints de Sclérose en Plaques.

Applications Thérapeutiques du Cannabis et du THC

Nausées et vomissements / VIH-sida et Chimiothérapie anticancéreuse

Perte d’appétit

* Anorexie mentale,
* Cachexie (extrême maigreur),

Antalgique

Troubles Psychiatriques

* Dépression
* Anxiété / Crises d’angoisse
* Troubles Post-Traumatiques
* Autisme / Autistic Spectrum Disorder (ASD)
* Troubles liés à la maladie d’Alzheimer
* Troubles du sommeil / insomnies
* Dépendances (alcool, opiacés, benzodiazépines)

Maladies Neurologiques et Neuropsychiatriques

* Syndrome de Gilles de la Tourette (Troubles Obsessionels Compulsifs et Coprolalie)
* Maladie de Parkinson
* Trouble Deficit de l’Attention / Hyperactivité
* Schizophrénie
* Troubles Bipolaires (schizophrénie)/ Syndrôme Maniaco-Depressif
* Troubles Spastiques, Sclérose en plaques et Paraplégie
* Hyperkinésie
* Epilepsie
* Anti-migraineux.

Troubles Intestinaux

* Maladie de Crohn
* Syndrôme de l’intestin irritable
* Diarrhées
* Irritation des intestins dûe au stress

L’efficacité est principalement attribuée au Cannabidiol CBD, qui vise les récepteurs CB2 impliqués dans la modulation du système immunitaire. Les intestins sont connus pour contenir une très grande densité de récepteurs CB2.

Inflammations et Allergies

* Allergies aux pollens (Rhume des foins)

Troubles Respiratoires

* Asthme
* Emphyséme pulmonaire
* Bronchite chronique (trés bon expectorant et muco-fluidifiant)

Effets Secondaires et Indésirables

Le cannabis et le THC sont généralement bien tolérés comme le montre le classement des drogues du Rapport Roques . Aucun cas de décès n’a jamais été rapporté dans la littérature scientifique et médicale.
Chez le rat, la dose médiane mortelle est comprise entre 800 et 1900 mg de THC/kg par voie orale (selon la variété). Dans des études sur des singes, aucun décès n’a été enregistré, même après l’administration de doses plus élevées de l’ordre de 9000 mg/kg de THC par voie orale.

Tous les effets secondaires observés dépendent de la dose administrée et de l’individu. Pour les patients qui n’ont jamais pris de cannabis médical, il est conseillé de commencer avec des petites doses, en augmentant progressivement, de façon à déterminer la dose individuelle et pour éviter les effets indésirables.

Veuillez consulter la page IACM suivante : pour d’information sur les effets secondaires observés.

Les Modes d’Administration du Cannabis Médicinal

L’inhalation par vaporisation

Volcano2
Vaporisateur Volcano

Plusieurs équipements sont commercialisés permettant de vaporiser (élévation de température au delà de la temprature de vaporisation) les cannabinoïdes (Ex : THC : 160/170°C), permettant ainsi de les inhaler sans les risques liés à la combustion (http://www.aromed.com/en/aromed.html).
Grâce à ces vaporisateurs performants, l’usage de cannabis par vaporisation tend à se développer. Il se développe également dans le domaine de la Phytothérapie.

L’ingestion par voie orale

Différentes possibilités s’offrent aux patients; gélules décarboxylées ou non, huiles culinaires (obtenues par macération de chanvre dans de l’huile de chanvre ou d’olive), beurre, gateaux, biscuits, cookies, …), …

Pour une efficacité optimale du traitement, il faut garder en tête que les cannabinoïdes ne sont solubles que dans le gras et l’alcool. De ce fait, les préparations d’infusions (100°C) restent le moyen le moins efficace pour extraire les composés actifs de la plante. Néanmoins ce mode de consommation peu convenir à certains besoins. Les cannabinoïdes ‘acides’ doivent, pour être assimilés par le corps humain, passés par une étape de décarboxylation qui peut être réalisée thermiquement (élévation de température au delà de la températures de vaporisation , THC : 170-180°C) ou par des enzymes (cinétique plus lente).

L’inhalation par combustion

C’est le moyen le moins recommandé par les médecins à cause des risques liés à l’inhalation de goudron et de monoxyde de carbone CO.
Néanmoins, de nombreux patients rapportent que le cannabis fumé avec du tabac est d’une meilleure efficacité.

Situation Légale en France

Les lois concernant les drogues interdisent le cannabis depuis 1925 (Convention de Genève / Convention de l’ONU 1961). Celui-ci a été retiré de la pharmacopée française depuis 1953. Sa prohibition n’a pas évoluée depuis. Son usage, importation, vente, transport et production sont strictement interdits par la loi. Ainsi, le Cannabis, ainsi que ses dérivés à base de cannabinoïdes (naturels ou de synthèse), ne sont pas autorisés pour usage médical en France.

Néanmoins depuis 1999, l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSPS) a autorité pour délivrer des autorisations nominatives ou de cohorte ATU pour tous produits de santé. Les ATU concernent les produits de santé qui ne sont pas autorisés sur le marché français. En 2008, les ATU concernant les cannabinoïdes n’ont été délivrées que pour le Marinol® (dronabinol ou THC).

* Jugements de cours:
En mai 1991, la cour administrative de Paris a rejeté la demande du MLC (Mouvement pour la Légalisation Contrôlée) concernant l’importation de 10 kg de cannabis pour le soulagement des douleurs de 10 patients souffrants de maladies incurables. Les arguments du refus étaient l’incompatibilité avec la convention de l’ONU de 1961 et l’impossibilité du MLC de contrôler scientifiquement et administrativement l’usage médical du cannabis.

En septembre 2002, un patient de 50 ans, atteint du SIDA depuis 17 ans, a été condamné à 10 mois de prison avec sursis pour avoir fait pousser 34 plants de cannabis.

En 2002, la cour de Papeete (Tahiti) a acquitté un patient paraplégique de 55 ans. Il avait été inculpé auparavant pour avoir fait pousser 350 plants de cannabis. La cour a basé sont jugement sur l’article 122-7 du code pénal qui spécifie : ‘ n’est pas coupable une personne qui, face à un danger réel, accompli un acte dans le but se protéger lui-même ‘.

* Situation au regard des ATU (Source: Cannabis Médical: du Chanvre Indien au THC de Synthèse, Michka (2009), MamaEditions):
Depuis 2001 74 ATU nominatives pour le Dronabinol ont été délivrées. Le nombre de ces ATU a doublé de 2001 à 2002. Depuis 2003, il diminue chaque année.

Les ATU pour le Dronabinol ont été délivrées pour les conditions suivantes :
– Douleurs résistantes aux traitements standards (41)
– Affections inflammatoires du système nerveux (12)
– Maladie d’Unverricht-lundborg (8)
– Appétit / nausées (7)
– Syndrome de Tourette (3)
– Dystorie résistante aux traitements standards (8)
– Douleurs Paroxystiques (1)
– Total (74)

20 ATU ont été refusées pour les conditions suivantes :
– Douleurs résistantes aux traitements standards (12)
– Spasticité secondaire due à sclérose multiple (3)
– Para parésie spastique douloureuse (3)
– Appetit / Nausées (1)
– Douleurs chroniques (1)

Depuis 2001, toutes les ATU demandées pour le Sativex® (8) ont été refusées. Dans les pays où il est autorisé, le Sativex est principalement prescrit pour le traitement de la Sclérose en Plaques.

Situations Légales dans le Monde

L’IACM tient à jour un résumé de la situation légale du Cannabis Médical dans les différents pays Européens et Etats-Unis (Canada non encore inclus).

Articles de presse, reportages et vidéos

Cannabis Thérapeutique : Le retard français – Alexandre J. – Rue89 – mai 2009
2009 : Le Magazine de la Santé – France 5 – inclus témoignage d’un patient
Reportage ‘L’Europe et la Drogue’, France 3, 14 Fev. 2009
Le Cannabis : Une Plante entre le Bien et le Mal (documentaire PLANETE / La Sept)
Cannabis : Un Défi pour la Science (Documentaire Arte)
Reportage Arte
Centre Compassion de Montreal
Reportage Cannabis Medical 1
Reportage Cannabis Medical 2
ECSN Vidéo (USA)
Lester Grinspoon – Harvard(USA)

Liens vers Témoignages de Patients

Consultez ou contribuez sur Chanvre Info Médecine (Suisse)
Témoignages sur RX Marijuana (Dr Grinspoon – Ecole de Médecine de Harvard – USA)
UKCIA (Angleterre)
Medicinal Cannabis for ADHD (Europe)

Livres et Publications de référence en français

Livre_Cannabis_en_medecine_Cannabis_medical

CANNABIS EN MEDECINE : Un guide pratique des applications médicales du Cannabis et du THC par le Docteur en Médecine F. Grotenhermen (copyright 2009 Editions Indica).

F. Grotenhermen, Les cannabinoides et le systeme des endocannabinoides, Cannabinoids 2006;1(1):10-15

Rosenthal Gieringer Mikuriya, Du Cannabis pour se Soigner (Edition L’Esprit Frappeur)

Quelle est la dangerosité du cannabis ? Dr. Nicole Krumdiek, Collaboratrice scientifique à l’université de Brême et membre de l’institut de Brême pour la politique criminelle (BRIK) (Traduction Chanvre-info)

Voir aussi

Association Internationale pour le Cannabis Médical (IACM)
ABONNEMENT GRATUIT AU BULLETIN MENSUEL DE L’IACM
Article ‘Cannabis Médical’ sur Wikipedia
‘Cannabinoides’ sur Wikipedia
Article ‘Chanvre/Cannabis’ sur Wikipedia
Site du CENTRE Compassion de Montréal
Site du CLUB Compassion de Montréal

L’héroïne, c’est quoi ?

Nom chimique : diamorphine ou diacétylmorphine.

Surnom : brown sugar, brown, cheval, héro, rabla, drepou, smack, hélène, meumeu, blanche, poudre

Statut légal : illicite, classée comme stupéfiant

Histoire brève : Elle est synthétisée à partir la morphine par Heinrich Dreser, en 1898, pour les laboratoire Bayer qui en font un médicaments contre la tuberculose, puis un traitement de la dépendance à la morphine (car on croyait que l’héroïne n’induisait pas de dépendance). Au début du siècle, elle est en vente libre en pharmacie en France, comme pilule anti-tussive. (voir Histoire de l’héroïne)

Aspect : poudre de couleur brune ou blanche la plupart du temps (voir galerie photos)

Catégorie psychotrope : Dépresseur du système central

Mode de consommation : injection intraveineuse (voir L’injection d’héroïne en photos), sniff, inhalation (fumer le dragon)

Effet recherchés (variables selon les individus, le contexte et la qualité du produit): euphorie, anxiolytique, relaxation, désinhibition, rêve éveillé, flash, aide à la descente (pour les consommateurs de cocaïne, MDMA, LSD ou speed) (voir Héroïne, effets, risques)
Si la durée de la montée est très courte (quelques minutes), les effets durent entre 4h et 8h.

Effets secondaires (variables selon les individus) : constipation, vomissement, contractions importantes de la pupille , interruption des menstruations, démangeaisons , difficultés à uriner

Les facteurs de dangerosité selon le rapport Roques (1998) :

Dépendance physique Dépendance psychique Neurotoxicité Toxicité générale Dangerosité sociale
très forte très forte faible forte très forte

Accoutumance / Dépendance :
Forte accoutumance. Entraine une dépendance physique et psychologique forte qui s’accompagne d’un symptôme de sevrage lors de l’arrêt.(voir ) Il existe des produits de substitution (méthadone et buprénorphine en France, voir rubrique substitution) qui permettent aux usagers de pouvoir gérer leur consommation ou leur arrêt de l’héroïne.

L’injection d’héroïne brune en photos

Voici, dans une optique de réduction des risques, les différentes étapes de l’injection d’héroïne brune en photos.

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Le matériel nécessaire pour une injection à moindre risques : seringue, eau injectable, cuillère et coton et tampon sec (Stericup), filtre (Sterifilt), tampon d’alcool, acide ascorbique.

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Après avoir mis l’héroïne brune dans la cup, verser une petite quantité d’acide ascorbique (ou citrique) sur une petite feuille de papier, de manière à pouvoir en mettre juste un petit peut dans la cup.

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Mettre de l’eau stérile dans le mélange.

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Chauffer jusqu’à ébullition. Si jamais il reste des particules non dissoutes, c’est peut être que vous n’avez pas mis assez d’acide ascorbique (ou citrique). Renouveler alors l’opération.

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Mettre un Stericup à la seringue.

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Pomper le liquide.

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Désinfecter le point d’injection avec un tampon d’alcool (un seul passage suffit)

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Mettre un garrot (ceinture, garrot en plastique) pour faire apparaitre la veine et pour eviter qu’elle roule.

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Planter la seringue, le biseau de l’aiguille vers le haut.

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Faire une tirette (tirer légèrement le piston de la seringue) pour voir si vous êtes dans la veine.

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Déserrer le garrot.

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Injecter doucement.

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Appliquer un tampon sec (et non un tampon d’alcool) pendant une dizaine de seconde.

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Jeter tout le matériel après usage, de préférence dans un container ou une bouteille en plastique, et rapporter dans le PES ou le CAARUD le plus proche.

Pour d’autres informations :

L’héroïne, effets, risques

Qu’est ce que c’est ?

L’héroïne ou diacétylmorphine est un opiacé synthétisé à partir de la morphine naturellement présente dans l’opium ( suc du pavot). L’héroïne est proche de substances produites naturellement par le corps, les endorphines. Le cerveau les produit en plusieurs occasions. L’héroïne, comme les endorphines, est un dépresseur du système nerveux centrale. Elle agit en « endormant » certaines fonctions du système nerveux. Elle ralentit, par exemple, la respiration. L’héroïne est surtout recherchée pour le bien être psychique et physique qu’elle procure.

A quoi ça ressemble ?

Elle se présente actuellement sous la forme de poudre allant du beige clair au brun foncé. On la nomme héroïne, héro, rabla, dré, poudre, came, meumeu, brun sugar… Elle est vendue en petit paquet, caps ou emballée dans un plastique, boulette. En France, sa concentration varie de 0 à 5 %. Cela dépend de la région d’origine, des fournisseurs, des arrivages…

Les effets recherchés

Les effets des produits dépendent non seulement de la dose, de la fréquence d’usage et du mode de consommation mais également des caractéristiques de chaque individu, de son état psychique, de sa personnalité, de son humeur, son accoutumance et de ses attentes vis a vis du produit.

L’héroïne peut apaiser la douleur morale (tristesse, angoisse), calmer la douleur physique ( c’est un antalgique), en cas de dépendance, elle supprime les désagréments du manque, elle peut procurer une sensation de bien-être physique et psychique, euphoriser tout en restant lucide, donner un sentiment de confiance en soi, de calme, d’apaisement, désinhiber, créer une sensation de chaleur agréable.

L’héroïne, en remplaçant l’endorphine, génère un sentiment de bien-être et atténue douleur et anxiété lorsqu’elle est consommée avec modération. De plus grandes quantités entraînent le sommeil. De très fortes doses peuvent provoquer l’arrêt de fonctions vitales de l’organisme (circulation sanguine, respiration, …).

La consommation d’héroïne peut s’accompagner outre les effets recherchés de nausées, de vomissements, de chatouillement et gratouillement, elle peut perturber les cycles du sommeil, modifier la sensation de faim, relaxer musculairement, modifier le désir sexuel soit en le diminuant, soit en l’augmentant, rétrécir les pupilles ( en tète d’épingle), être antitussif c’est a dire calmer la toux, ralentir pendant quelques heures la production de sécrétions ( absence de larmes, constipation…), retarder, voire empêcher l’orgasme.Chez l’homme, elle peut retarder ou empêcher l’éjaculation et chez la femme perturber ou arrêter les cycles menstruelles ( mais pas la fertilité !!!) et causer une sécheresse vaginale.

Les différentes phases

L’effet du produit est rapide:

  • en injection: +/- 20 secondes;
  • en sniff: +/- 5 minutes;
  • en fumette: 1 à 2 minutes.

Les étapes

La durée des effets est la même (4 à 6h), quel que soit le mode de consommation mais la perception diffère selon le mode de prise et l’individu.

  1. le Flash
    Lors de l’injection intraveineuse ou de « chasse du dragon » le « flash est une sensation soudaine et irradiante de chaleur, un changement d’état très rapide et bref (5 à 10 secondes), qui se produit au moment où l’héroïne irrigue le cerveau. Le flash est une montée rapide des effets tant physiques que psychiques.
  2. le Plateau
    Période de bien-être intense, sensation de chaleur et de relaxation profonde qui peut durer 3-4 heures. Selon le témoignage d’usagers, on perçoit différemment ses problèmes, l’angoisse est calmée et l’on ressent un sentiment de paix.
  3. La Descente
    Au cours de la descente, les effets de l’héroïne s’estompent progressivement et le besoin de dormir se fait sentir (somnolence). Le retour à l’état « sans produit » peut être pénible pour certains usagers : fatigue et déprime, sorte de « gueule de bois ». En cas de dépendance physique, les premiers signes de manque apparaissent.

NB: l’héroïne peut être détectée dans les urines jusqu’à 12 jours après la prise

Tolérance, accoutumance

En ce qui concerne l’héroïne, la tolérance est très rapide : après quelques jours de consommation (plusieurs fois/jour), l’usager ressent la nécessité d’augmenter les doses, d’abord en quantité, puis en fréquence pour retrouver les effets du produit.

Dépendance

La dépendance psychologique

Une consommation, même occasionnelle, peut entraîner une forte dépendance psychologique. Cette dépendance se manifeste par le besoin de consommer à nouveau le produit pour retrouver ses effets plaisants et apaisants.

La dépendance physique

À l’arrêt d’une consommation quotidienne, le corps manque d’héroïne et d’endorphines naturelles. En effet, l’héroïne ayant remplacé la production naturelle d’endorphines, le corps est en manque de celles-ci. À ce moment, l’usager est confronté à des manifestations physiques liées au manque. C’est ce qu’on appelle la dépendance physique. Les signes du manque sont de fortes douleurs dans les reins, une sensation de froid intense, un pouls élevé, éternuements, nez qui coule, yeux qui pleurent, maux de ventres, dérangements intestinales, nausées, vomissements, angoisse, irritabilité, hypersensibilité a la douleur…

Depuis 1996 en France, il existe des « produits de substitution », Méthadone et Subutex®, qui sont accessibles soient en CSST, soit en médecine de ville.

Les enjeux sociaux

L’interdit légal génère des risques spécifiques. En effet, bien que l’héroïne ne coûte pas cher en termes de fabrication, son prix, fixé par les trafiquants, est élevé. Certains usagers parviennent à gérer leur consommation ; d’autres, pour faire face au coût élevé de cette consommation, commettent des délits.

D’autre part, par le seul fait que la consommation soit illégale, le consommateur qui souhaiterait avoir accès aux soins de santé (autres que le sevrage ou la substitution) peut rencontrer des difficultés.
Enfin, les réactions de rejet de l’entourage (famille, conjoints, amis, collègues, employeur, …) peuvent provoquer l’isolement social du consommateur.
De plus cet aspect empêche un contrôle de la qualité de l’héroïne et des produits de coupes qui peuvent représente de réels dangers.

Danger du produit

L’héroïne pure, nous l’avons vu, est similaire aux endorphines : elle n’entraîne donc pas de dommages physiques directs tels que lésions d’organes, cirrhose, destruction cellulaire. Cependant les modalités de consommation de l’héroïne, la détérioration du style de vie (alimentation, hygiène..) liées à l’illégalité peuvent entraîner des risques particuliers.
La composition des produits de coupe est incertaine, parfois dangereuse (ex.: caféine, barbituriques, talc, voire, dans de très rares cas, strychnine).

La surdose/ l’overdose

La surdose est la dose excessive et dangereuse, voire mortelle. Elle se traduit par une dépression respiratoire allant d’une faible diminution de la respiration à l’arrêt respiratoire, entraînant l’arrêt cardiaque et ensuite la mort.

La dose mortelle varie considérablement en fonction de chaque individu : une personne peut augmenter progressivement sa consommation jusqu’à des doses qui seraient mortelles pour un non-consommateur. En certaines circonstances, le risque de surdose augmente :

  • une première prise ;
  • une reprise après un arrêt (cure, séjour en prison) ;
  • la prise d’une nouvelle héroïne (plus concentrée, par exemple) ;
  • en cas de changement de dealer ;
  • la prise d’une trop grosse quantité .

Le risque de surdose est donc difficile à mesurer pour chacun. L’héroïne étant coupée avec des produits dont la composition n’est pas connue, le risque de surdose n’est jamais absent. Enfin, la surdose survient plus fréquemment à la suite d’une injection intraveineuse (l’effet du produit survient brusquement d’un seul coup).
Une partie des accidents mortels n’est cependant pas directement due à une surdose mais plutôt à l’absorption simultanée d’un autre psychotrope qui accentue les effets de l’héroïne.

En cas d’overdose

Les signe d’une overdose sont :

  • une respiration de plus en plus lente et moins profonde
  • les muscles sont complètement relâches
  • la personne dort profondément et ne se réveille pas. Et si elle se réveille, elle se rendort aussitôt.
  • sa peau blanchit, pâlit tandis que ses lèvres et les extrémités de son corps bleuissent.

Que faire en cas d’overdose ?

Mettre la personne en Position Latéral de Sécurité ( PLS) pour qu’elle n’avale pas sa langue et ne s’étouffe pas dans son vomi. Appelle les secours 15 ou 18 ( appels gratuits même avec un téléphone sans crédit et sans puce). L’état de la personne et le lieu précis sont les seules informations nécessaires. Une fois le personnel médical sur place, signalez-lui les produits consommés, il est tenu au secret professionnel.

Pour en savoir plus sur l’overdose d’héroïne, phase par phase, cliquez ici.

Le laudanum

Laudanum, appelé aussi teinture d’opium safranée, existe dans notre pharmacopée depuis le 17e siècle. Il est officiellement présenté comme un “breuvage calmant opiacé ”, donc n’importe quel médecin peut tout à fait le prescrire

Équivalence

Le dosage est précis et facile s’adapte tout à fait à une posologie dégressive. Il contient 10% d’opium à 10% de morphine. Donc 100g de Laudanum contiennent 1 g de morphine. 43 gouttes de laudanum pèsent 1 gramme. Le calcul est simple. Donc 40 gouttes contiennent 10 mg de morphine. 400 gouttes conteinnent l’équivalent d’un Skénan 100mg.
10 mg de morphine correspondent environ à 1 gramme de Laudanum. Donc il est donc assez facile de trouver le dosage équivalent. La durée d’action du Laudanum (8h) est plus courte généralement que celle du Moscontin ou du Skenan (12h). L’opium étant une somme de 40 alcaloïdes qui agissent en synergie, les réactions individuelles peuvent varier quelques tâtonnements peut s’avérer judicieux pour déterminer le dosage optimum.
Concernant la méthadone, les dosages sont un peu plus empiriques. Un médecin parle de 4 cuillères à café en 3 fois pour remplacer 20mg de méthadone alors qu’une amie ayant tenté l’expérience pencherait plutôt pour 80 gouttes trois fois par jour.

Le Laudanum un challenge pour la substitution

Grâce à la méthadone de nombreux usagers de drogues ont amélioré leur qualité de vie et voudraient maintenant se défaire de ce fil à la patte. Mais descendre en dessous des derniers 20 mg n’est pas toujours facile. Le Laudanum peut être une alternative réellement intéressante.
A Bayonne, Bordeaux, en région parisienne, des médecins ont prescrit du Laudanum à des usagers de drogues.
La clinique Liberté à Bagneux en association avec l’hôpital Paul Guiraud à Villejuif a également une certaine expérience du Laudanum. Un vieux mangeur d’opium Iranien dépendant depuis des décennies fit un sevrage au Laudanum avec succès et tout en douceur. “ Le vieillard fut même très content de retrouver les effets d’un opium de qualité comme il n’en avait plus goûté depuis longtemps ! ” explique Patrick Beauverie, pharmacien à Paul Guiraud. La même équipe a également deux autres sevrages lents au Laudanum à son actif. L’un est abondamment documenté dans “ Les Cahiers de l’Addiction N°3 ” Héroïnomane, accro depuis 25 ans, mais déterminé à décrocher définitivement, X n’arrivait pas à arrêter le sulfate du morphine (Moscontin). Il décrocha doucement en 45 jours, avec du Laudanum dont il adaptait les prises en fonction de sa sensibilité, jusqu’à l’arrêt complet. Plus d’un an après il n’a pas recommencé.

N’importe quel médecin peut théoriquement prescrire du laudanum pour 7 jours. Il lui faudra juste se documenter un peu, calculer le dosage et trouver une pharmacie qui veuille bien faire cette préparation magistrale, plus guère utilisée. Ce sera sans doute le plus difficile. Le Laudanum n’est pas cher (250 ml (380g) de Laudanum valent environ 5 euros), donc peu rentable et sa préparation nécessite un peu de temps mais les « vrais » pharmaciens adorent préparer les recettes de leurs anciens maîtres.

Rappellons tout de même que l’on peut également salement s’accrocher au Laudanum. Thomas de Quincey auteur du fameux “ Confessions d’un mangeur d’opium ” en consommait des litres et crevait de culpabilité.
ATTENTION : Le poète Roger Gilbert Lecomte est mort d’une septicémie en essayant d’en injecter. Il n’a jamais recommencé.

Les origines de l’opium en Chine

De nombreux lecteurs pensent que les Chinois fumaient traditionnellement de l’opium récréatif depuis des temps immémoriaux, sans que cela ne pose de problème jusqu’à l’arrivée des Occidentaux et des guerres de l’opium, suivis d’une opiomanie importante puis de la prohibition. Un phénomène souvent restitué de manière tronquée, selon que les sources soient orientales ou occidentales, les intérêts commerciaux, politiques, religieux… Qu’en fut-il réellement ? Petite synthèse chronologique.

L’opium était connu et recherché en Asie comme en Occident depuis l’Antiquité pour ses qualités thérapeutiques. Aucun produit n’était aussi efficace pour soulager la douleur et traiter nombre de maladies et d’épidémies. Ses propriétés addictives étaient connues. Mais l’opium était très rare et cher en Chine. Seuls quelques privilégiés pouvaient se le payer. Les pauvres avaient recours à la décoction de têtes de pavots pour soulager leurs maux.

L’art alchimique du sexe »

Dès le VIIe siècle, les Chinois cultivaient le pavot pour faire des aliments avec les graines et des décoctions à usage médical avec les têtes. À la même époque, des marchands arabes et chinois font connaître l’opium sans dévoiler le secret de sa production. En Chine comme ailleurs, l’opium était avalé, bu ou mâché, parfois mélangé à divers produits végétaux, animaux ou minéraux.
Vers le XVe siècle, à la cour impériale de Chine constamment à la recherche de raffinements nouveaux, l’opium acquit peu à peu une réputation d’aphrodisiaque grâce à sa capacité à retarder la jouissance. « L’opium médicament » devint alors « l’art alchimique du sexe et des courtisans ». Des rapports sexuels soutenus avec un maximum de partenaires, mais sans émission de semence, avaient la réputation de prolonger la vitalité amoureuse jusqu’à des âges canoniques, de « nourrir le cerveau », de prémunir contre les maladies… Posséder de l’opium pouvait alors conférer un prestige inouï. Célèbre pour ses collections érotiques, l’empereur Chenghua (1464-1487) envoya des émissaires à travers tout le continent pour ramener « la noire et odorante médecine du printemps triomphant », payée un prix fabuleux.

Le « madak » ou tabac à l’opium

Au XVIe siècle, des navigateurs ramenèrent du tabac en Chine depuis les Philippines où les Espagnols venaient d’introduire la plante découverte en Amérique. Hollandais et Portugais propagèrent ce produit au fort potentiel commercial et en quelques décennies, un peu partout en Extrême-Orient, on se mit à fumer, priser et cultiver du tabac. Ce tabac n’avait rien à voir avec celui de nos cigarettes. Beaucoup plus rustique et contenant un fort taux d’alcaloïdes, il pouvait être puissamment psychoactif. Il avait la réputation « d’affûter l’œil » et d’éloigner la malaria, mais son usage pouvait entraîner « ivresse » et « perte des sens ». La plupart des consommateurs en faisaient un usage utilitaire (détente, stimulation, convivialité…) et/ou médicinal. On trouvait toutes sortes de variétés de tabacs que l’on prisait depuis des flacons finement ouvragés ou fumait dans de petites pipes en terre, métal, bambou, corne, calebasse… Une coutume qui ne plaisait pas à la très conservatrice cour de la Chine impériale. Dans les années 1630, l’empereur Taïzong promulgua des lois de plus en plus sévères pour interdire sa consommation. Les contrevenants pouvaient être exécutés, ce qui ne freina pas la consommation.
Portugais et Hollandais développèrent des plantations de tabac en Indonésie, où l’opium était déjà connu et cultivé et parfois consommé de manière récréative, « gobé » en pilules ou mâché sous forme de « chiques » aromatisées. On y trouvait aussi du « kandu » un breuvage alcoolisé à base d’opium, parfois mélangé à des têtes de cannabis et autres plantes, dans lequel on eut l’idée de faire tremper un certain temps du tabac haché. Cela devint le « madak »(1), auquel on attribua moult vertus thérapeutiques et préventives. Certains madaks contenant de l’ambre, du safran, du camphre, des clous de girofle, etc., coûtaient des fortunes, ce qui renforça son attrait et sa réputation. Son usage correspondait tout à fait à la philosophie médicale chinoise : prévenir pour éviter d’avoir à guérir.

Kiefs gratuits….

Au XVIIe siècle, la consommation se démocratisa. Le madak, souvent fumé rapidement en quelques bouffées dans un tube de bambou ou une petite pipe, devint peu à peu un complément naturel de la chique de bétel et du thé traditionnels. Des « maisons de fumée » accueillirent des clients venant fumer, parfois en famille. Le prix baissant, le petit peuple put enfin goûter la drogue de l’élite. Des shops proposèrent des « kiefs » gratuits pour attirer et fidéliser la clientèle.
L’usage quotidien aboutissait généralement à une dépendance, sans doute modérée, mais réelle. L’empereur y voyait une pernicieuse influence des Occidentaux. L’opium, toujours importé et payé en lingots d’argent désavantageait la balance commerciale chinoise. Le tabac fut interdit, puis le madak. Son prix augmenta sensiblement au marché noir et les marchands chinois comprirent rapidement combien ce marché était lucratif, ce qui généra trafic et corruption

« Yan qiang » et « chandoo »

Au XVIIIe siècle, des empereurs, parfois eux-mêmes fumeurs, interdirent vente et consommation d’opium pour usage non médical mais sans grand succès(2). Les Chinois, industrieux et subtils adoraient « manger la fumée », et cherchèrent des alternatives au tabac et à l’odorant madak, détectable de loin.
Des princes goûtèrent la « fragrance noire » de Java, exclusivité de l’empereur qui la consommait à l’aide d’un nouveau procédé : le « Yan qiang » (littéralement : « fusil à fumer »). opium3Les mandarins imitèrent les princes. Lettrés et eunuques imitèrent les mandarins… Au fur et à mesure, le « Yan qiang » se perfectionna, et le peuple voulut lui aussi imiter les élites. On assista alors à l’élaboration d’un mode de consommation très sophistiqué : la méthode thébaïque, avec la fameuse pipe à opium, la lampe et les autres instruments(3). Le procédé modifia le rapport à l’opium en lui associant une dimension technique très élaborée et un aspect rituel avec son cérémonial, ses instruments et ses officiants. L’opium brut ne pouvant se fumer pur car il carbonisait, il fallait que la drogue ait une texture suffisamment malléable pour être manipulée facilement et donner le maximum d’effets en un minimum de volume. Les Chinois devinrent très habiles pour fabriquer le « chandoo », un opium purifié semi liquide, exclusivement destiné à être fumé. On vit apparaître des « tavernes à opium » ou « Opium Den », avec des « Boypipe » virtuoses dans la préparation des pipes. L’opium se fumait entre personnes d’une même classe sociale, dans un cadre convivial et luxueux. Les riches avaient leur « fumerie » particulière, une alcôve où ils pratiquaient un rituel raffiné et sensuel qui pouvait durer des heures, plusieurs fois par jour, si possible en agréable compagnie.

Le trafic, premier avatar du capitalisme

Vers 1820, l’usage du chandoo se développa, créant une clientèle captive et dépendante, prête à payer des prix élevés lorsque la drogue se faisait rare.

La consommation chinoise

Les Anglais importèrent 2 400 tonnes en 1839, 5 000 tonnes en 1884, sans parler de la production locale et de la contrebande. Ces chiffres semblent importants mais les Chinois étaient déjà 400 millions. 15 à 20 000 tonnes d’opium (soit à 8 à 10 000 tonnes de chandoo) consommées par an dans les années 1880 semble une évaluation rationnelle. Un gramme de chandoo fait en moyenne 4 à 5 pipes. Si des riches pouvaient fumer 10 ou 20 grammes quotidiennement, voire plus (certains fumaient plus de 300 pipes par jour), la majorité des fumeurs du peuple consommait entre 1et 2 grammes par jour, soit une dizaine de pipes au maximum. Beaucoup de gens fumaient aussi très occasionnellement, l’offre d’une pipe d’opium étant un geste de bienvenue, de convivialité. À la fin du XIXe siècle, le nombre de fumeurs réguliers dépendants se situait probablement entre 3 et 5 millions.

Dans certaines régions, 80% des hommes et 25% des femmes seraient opiomanes, mais ces chiffres sont invérifiables. Dans certaines villes néanmoins, les fumeries, souvent d’infâmes bouges, étaient nombreuses L’offre importante de « remèdes contre l’opium » témoigne d’une forte demande pour se libérer de la dépendance. Nombre de fumeurs passaient des heures dans les fumeries, aux dépens de leur vie professionnelle et familiale, fonctionnaires, soldats et officiers fumaient de plus en plus… L’opium, théoriquement interdit jusqu’au milieu du XIXe siècle, fut une aubaine pour de nombreux Chinois qui se mirent à trafiquer, contribuant au développement de la consommation, au grand désespoir du gouvernement. Affirmant que sa consommation « n’était pas un dommage mais un réconfort », Anglais, Français et Américains exigèrent alors son libre commerce. Ce qui déboucha sur les guerres de l’opium et la légalisation forcée de la consommation et du commerce de la drogue dans toute la Chine.

Mythes et bénéfices

Dès 1870, diverses personnalités dénoncèrent les thèses alarmistes et l’instrumentalisation des chiffres qui servaient les intérêts des uns et des autres(4). Des lobbies politico-religieux anglo-saxons trouvaient que l’usage de l’opium défavorisait les projets de colonisation par la religion. L’hygiénisme naissant voulait assurer la mainmise médicale sur la moralisation et, grâce au développement de la chimie, l’industrie pharmaceutique avait compris les immenses profits que pouvait rapporter le contrôle des psychotropes et antalgiques. Les journaux se plaisaient à relater les récits de voyageurs décrivant des enfants de 8 ans mendiant quelques résidus de dross(5), des mères endormant leurs enfants en leur soufflant la fumée de la pipe dans les narines, des bébés dépendants car nés de mères opiomanes… D’autres évoquaient des populations d’êtres squelettiques et affaiblis à cause de l’opium, alors que les maladies, les épidémies, le manque d’hygiène et la sous-alimentation en étaient généralement l’explication. Une pipe de dross était le seul remède à leur portée pour soulager leurs maux. L’immense majorité des pauvres n’avait pas les moyens de s’adonner à un usage susceptible d’entraîner une réelle accoutumance.

Fin de l’histoire

Au XXe siècle, les Japonais exploitèrent le désordre politique du pays et l’appétence des Chinois pour les drogues, en organisant l’intoxication massive du pays à l’opium, la morphine, l’héroïne, la cocaïne… et en créant l’État fantoche du Mandchoukouo, le premier narco-État de l’histoire pour financer leur main mise sur la Chine. Après la prise du pouvoir de Mao, l’opiomanie baissa rapidement pour disparaître presque totalement. Aujourd’hui, les Chinois considèrent avec amertume cette longue partie de leur histoire.


Note
(1) Qu’on trouve encore en Inde en cherchant bien (mais Asud ne vous dira pas où ;-) ).
(2) Jusqu’en 1805, les différents édits impériaux interdisaient la vente et la consommation mais pas l’importation. La corruption était quasi généralisée. D’innombrables marchands chinois, malais, puis anglais, américains… importèrent ouvertement des tonnes d’opium en soudoyant les fonctionnaires.
(3) On situe l’apparition de la pipe à opium telle qu’on la connaît vers 1750
(4) Voir The other side of the opium question, W. J. Moore, J. A. Churchill, London 1882 ; L’opium, histoire d’une fascination, Paul Butel, Perrin, Paris 1995.
(5) Cendre provenant de l’opium fumé. Beaucoup moins cher que l’opium, le dross est plus toxique car fortement concentré en morphine.

Biblio non exhaustive
– Opium Culture – The art & ritual of the chinese tradition, Peter Lee, Parkstreet Press, USA 2006
– The social life of Opium in China, Yangwen Zheng, Cambridge University Press 2005
– Narcotic culture – A History of Drugs in China, Dikötter & Laamann& Zhou Xun, The University of Chicago Press 2004
– L’opium, Histoire d’une fascination, Paul Butel, Perrin, Paris 1995
– The other side of the opium question, W. J. Moore, J. A. Churchill, London 1882
– All about opium, Henri Hartmann, Wertheimer, London 1884
(http://www.gallica.fr & http://www.books.google.com)

L’absinthe, miroir de la société

À Asia Argento, auteure de la chanson et du clip « L’Assenzio »

Il faut remonter aux Égyptiens pour comprendre la fascination qu’exerce encore, de nos jours, l’absinthe apéritive. Un papyrus désigne la plante qui a donné son nom à cette liqueur comme tonique, fébrifuge (faisant tomber la fièvre), vermifuge (chassant les vers), diurétique (facilitant la sécrétion urinaire), cholagogue (accélérant l’évacuation de la bile) et emménagogue (lissant les règles).

Complice des femmes et des artistes

D’où la réputation de l’absinthe complice des femmes. C’est donc tout naturellement que les Grecs la placent sous la protection de la déesse Artémis en lui donnant le nom d’Artemisia apsinthion. Apsinthion devient Absinthium chez les Romains qui prisent l’absinthe pour aromatiser leurs vins et les empêcher de tourner au vinaigre mais la mêlent au… vinaigre dans la posca, boisson les prémunissant des parasites des eaux saumâtres.

La Bible dénonce, à mots couverts, ce que tout un chacun sait alors des rapports des femmes et de l’absinthe. Certes, elle combat en infime proportion, avec l’ortie, les « mois immodérés », mais comme la rue, la sabine et la graine de fougère, elle est abortive en forte concentration. Pis (ou mieux) elle passe, vu ses vertus cicatrisantes, pour permettre aux gourmandes de se refaire une virginité.

La Bible fige l’absinthe entre « miel » et « fiel ». Le miel de la douceur des feuilles de l’Artemisia conforme à la caresse des lèvres de la dévergondée, et le fiel ou bile animale amère, comparable à l’amertume infernale de l’absinthe bue. C’est pourquoi l’absinthe, de nature paradoxale à l’image de la vie, symbolise ses petits bonheurs et désenchantements, volupté et inassouvissement de l’érotisme, joie et souffrance de l’amour, la meilleure des addictions, au demeurant. Et ainsi la lune de miel cède à la lune d’absinthe vaincue par la lune de fiel !

Une seconde propriété médicinale va suffire à consacrer l’Artemisia complice des artistes. Avec les grains d’hellébore vantés par François Rabelais comme Jean de La Fontaine, elle est le seul remède à la mélancolie chronique qui affecte tout particulièrement les peintres. De fait, le vin d’absinthe allongé de miel, menthe ou cannelle, soulage le saturnisme et rétablit le « levain de l’estomac » des peintres exposés au blanc de plomb ou pire, au blanc de céruse. Aussi, l’absinthe a la réputation de combattre la folie qui semble guetter les peintres meurtris par la maladie du plomb mais de sauvegarder le génie…

Un nouvel apéritif anisé

Comme l’ail ou la sauge, l’absinthe est donc une simple des prés de premier ordre et elle entre, au fil du temps, dans la composition de toutes sortes de panacées, vulnéraires et apéritifs (Eau de Mélisse des Carmes tonique roboratif, Vinaigre des Quatre Voleurs censé combattre la peste, Chartreuse ou vermouths Cinzano et Carpano) jusqu’à ce qu’en 1797, une herboriste suisse, Suzanne-Marguerite Henriod imagine un nouvel apéritif anisé, à la finale amère.

Paradoxalement la recette classique de l’apéritif absinthe préconise 4 fois plus d’anis et de fenouil que d’Artemisia absinthium. Selon le Traité complet de la fabrication des liqueurs et des vins liquoreux dits d’imitation (A. Bedel, Garnier Frères, Paris, 1899), la base des absinthes respectables est composée d’un trio de trois plantes : l’anis vert pilé du Tarn, andalou ou d’Alicante (5 kg) ; le fenouil pilé de Florence ou du Gard, dit aussi « anis de Paris » (5 kg) ; et les sommités fleuries avec les feuilles sèches et mondées de la grande absinthe (2,5 kg). Après une macération de ces simples dans de l’alcool de vin, on procède à une distillation au bain-marie chauffé à la vapeur et à une coloration exclusivement naturelle par trois nouvelles plantes : la petite absinthe (Artemisia Pontica ou Armoise de Pont) (1 kg) ; l’hysope (1 kg) ; et la mélisse citronnée (500 grammes), toutes trois sèches et mondées. L’eau utilisée est de source et l’alcool neutre, dépourvu de goût et d’odeur. Les absinthes ainsi élaborées sont dites « suisses » ou « de Pontarlier », 2 labels de qualité, équivalents à une A.O.C. avant la lettre.

Hélas, il n’en allait pas de même des ersatz vendus à vil prix à des consommateurs indigents, et véritables « casse-poitrine » contre lesquels Émile Zola s’éleva à raison. Ces absinthes étaient obtenues par addition à froid d’essences avec des alcools de patates, de betteraves, souvent mal rectifiés, et colorées chimiquement avec profusion de sulfates de zinc, de cuivre ou de chlorures d’antimoine incompatibles avec les tanins de l’Artemisia. Mais la société à 2 vitesses ou la France d’en haut et d’en bas ne datent pas d’hier et ces « purées de poix à 5 centimes le verre », nocives pour le cerveau, méritaient amplement leur surnom de « Vert-de-gris ».

Bouc émissaire de l’alcoolisme rampant

Carte postale humoristique 1900Suite à cet examen de la véritable nature de la Mère des Apaches, il convient donc de préciser le contexte historique qui vit le succès fulgurant de l’absinthe, distillée artisanalement en Suisse (Val-de-Travers) dès 1797 et produite industriellement en France (Pernod – Pontarlier) à compter de 1805 pour éviter d’exorbitants frais de douane. En effet, si Alfred de Musset lança vers 1830 la mode du Lichen vert dans les cénacles bohèmes des cafés jouxtant le Palais-Royal, il allongeait ces absinthes avec de la bière et non « 5 fois leur volume d’eau » ; Gustave Courbet avec du vin blanc ; Alphonse Daudet avec du laudanum pour soulager son tabès (dégénérescence nerveuse provoquée par la syphilis) ; et Henri de Toulouse-Lautrec avec du cognac. Par ailleurs, Paul Verlaine comme Arthur Rimbaud buvaient trop et le premier alcool qui leur tombait sous la main ; Charles Baudelaire, Oscar Wilde ou Ernest Dowson étaient également opiomanes, et Édouard Dubus, Stanislas de Guaita, ou Roger Gilbert-Lecomte, morphinomanes (« Fée Grise »). Il ne s’agit donc pas de crier haro sur la seule absinthe, facile bouc-émissaire d’un alcoolisme rampant. Rappelons ensuite que ce sont les cercles des officiers des bataillons du bat’d’Af – envers exacts des poètes bohèmes – qui ont relayé la mode des Perroquets, vers 1850, en les mettant, sur les grands boulevards parisiens, au goût du bourgeois. Ils avaient compris que l’absinthe, comme les boissons à la quinine (Amer Picon, Saint-Raphaël Quinquina, Dubonnet, Byrrh…), combattait les microbes des eaux souillées et, pour une part, le paludisme.

En 1863, survint l’ignoble phylloxera vastatrix qui, suivi du mildiou (1878), ravagea les vignobles français. Les distillateurs franc-comtois profitèrent de l’aubaine pour conquérir d’immenses parts de marché, cause d’une inexpugnable rancœur des lobbies du vin. Dès 1872, l’État, trop heureux de ce ressentiment, l’exploita sans vergogne et imposa lourdement l’absinthe sans reverser la part indispensable de cette manne à la lutte contre l’alcoolisme. Miroir de l’âme, l’absinthe fut aussi ce sismographe de la société, et plus d’un capitaine d’industrie se félicitait qu’un ouvrier absinthé ne trouve plus la force de se syndiquer.

Prohibé en plaine boucherie

Affiche d'AudinoSur ce, flairant un nouveau conflit avec l’Allemagne, les va-t-en guerre revanchards firent croire que la Morgane des beuglants était la cause d’un nombre croissant d’aliénés dans les asiles ou de réformés à la conscription et hurlèrent à « l’érosion de la défense nationale ». Et les ultranationalistes, antidreyfusards (thèse d’un complot ourdi contre l’armée) jouèrent, à ses dépens, un nouvel acte de la lutte éternelle de Bacchus (dieu du vin, maître en Gaule) contre Gambrinus (divinité de la bière moitié allemande, moitié flamande).

Raymond Poincaré prohiba l’absinthe, le 16 mars 1915, en pleine boucherie de celle que l’on nomme, bizarrement, la « Grande Guerre ». C’était un gage gratuit donné aux hygiénistes et aux versatiles militaires, auteurs des premiers décrets d’interdiction, dans l’espoir de détourner momentanément les regards de l’enfer des tranchées. La supercherie fit long feu, et l’on s’aperçut vite que la suppression du Poison empoisonné n’avait en rien diminué l’alcoolisme. Madelon servait à profusion la gnôle, le Byrrh, le rhum de l’Argonne ou l’anis Foch dans les infâmes boyaux du Chemin des Dames pour maintenir l’ardeur des hommes au combat avant de leur glisser subrepticement du bromure dans la soupe. Et les troufions se passaient ce bon mot : « L’absinthe perd nos fils mais la mère Picon les sauve ! » avant d’aller fumer des feuilles d’absinthe, histoire de faire la nique aux artificiers de ces massacres annoncés. Au surplus, l’intoxication, la cabale et l’interdiction n’avaient fait que renforcer le mythe de la Fée défunte.

À consommer avec délectation

Enveloppe publicitaire absinthe CusenierDepuis 1988, la communauté scientifique ne juge plus l’absinthe « épileptisante », et les ministères du Commerce et de la Santé autorisent des « similaires aux extraits de plantes d’absinthe », une locution alambiquée pour éviter de réviser une aberration historique. Une centaine de produits sont proposés à la vente sur le Net, mais une poignée sont fidèles aux recettes historiques : La Muse Verte (Artez), les absinthes Devoille ou Lemercier (Fougerolles), François Guy ou Émile Pernod (Pontarlier) et Nouvelle-Orléans (Saumur)…

Vasodilatatrice, la « Fée des feintes » élargit votre champ de vision, détend votre appareil digestif, gonfle vos poumons, libère les cristaux de votre oreille interne, stimule votre imaginaire, vous allège et vos pieds quittent le sol. Vous lévitez en apesanteur et prenant de la hauteur, vous acquérez un nouveau point de vue sur vous-même puis sur le monde. Loin de vous mener à la déraison, l’absinthe mène donc à la raison. À condition de ne pas en abuser, car cocktail de plantes et d’épices complexe, elle doit être consommée avec distinction, dilection et délectation. Ne recherchons donc pas ses plus hauts titres alcooliques et ses concentrations en thuyone les plus élevées puisqu’ils s’annulent, l’alcool prenant le pas sur les effets de la thuyone amère. N’allons surtout pas tenter de nous « casser la tête » avec l’absinthe car nous risquerions de nous abîmer beaucoup plus. Admettons plutôt que son mode de consommation ritualisé, via la cuillère ajourée, et l’adjonction d’eau ou de sucre engage à la savourer lentement, en connaisseur appréciant sur la langue la nuance particulière de chacune des plantes la composant.

Goutte de rosée, infusion chamanique, potion magique, boisson alchimique, élixir, ambroisie, gingembre vert, lait de tigre, herbe aux prouesses, l’absinthe véritable macérée dans l’alcool de vin et lentement distillée ouvre, repousse et perfore l’horizon. C’est un talisman à partager en galante compagnie.

Gare aux idées reçues !

Si l’absinthe ne mène pas directement à la folie, elle n’est pas non plus la martingale imparable menant au génie. Seul le travail peut y conduire et à proportion du talent, de la personnalité et de la force de caractère. En revanche, il est exact que la structure moléculaire de la thuyone, le principe actif de la plante absinthe est similaire à celui du tétrahydrocannabinol, le principe actif du cannabis. Néanmoins, des travaux sont en cours pour déterminer comment les récepteurs chimiques du cerveau captent et assimilent ces deux principes actifs, et à ce stade, tout semble se dérouler différemment.

Historien d’art, Benoît Noël est l’auteur de plusieurs livres sur l’absinthe dont Absinthe, un mythe toujours vert, L’Esprit Frappeur, Paris, 2000 et La Rebuveuse d’Absinthe, Éditions BVR, Sainte-Marguerite des Loges, 2005 (http://herbaut.de/bnoel).

60 ans du LSD, happy birthday

En 1938, Albert Hoffmann synthétise un alcaloïde baptisé «Lyser Saür Diäthylamid». Enregistré 25e sur le cahier du laboratoire, il porte le nom de LSD 25. Quelques années plus tard, sa découverte,devenue «son enfant terrible», donne naissance au plus puissant des psychédéliques du XXe siècle.

Le plus fameux trip de l’histoire.

Le LSD 25 est un dérivé synthétique du claviceps purpurea, parasite de l’ergot du seigle. D’autres dérivés sont encore utilisés en médecine pour leur activité sur l’utérus ou l’appareil respiratoire, mais les propriétés psychoactives du LSD restèrent dans l’ombre des archives du Pr Hoffmann. Ce n’est qu’en avril 1943 qu’il décide de reprendre la synthèse du LSD afin d’en approfondir la connaissance. Et c’est alors qu’il terminait la cristallisation finale du tartrate de LSD qu’il fut pris de vertiges et d’ivresse. Il prit son vélo pour rentrer chez lui, et partit pour le plus fameux trip de l’histoire. Il consigna ensuite soigneusement ses perceptions dans ses notes de laboratoire-: «-Je devins soudainement ivre, le monde extérieur changea comme dans un rêve. Les objets semblèrent gagner en relief, affichant des dimensions inhabituelles, et les couleurs devinrent plus chaleureuses, la conscience de soi et la notion du temps furent également modifiées. Quand j’eus fermé les yeux, des images colorées étincelaient en un kaléidoscope rapide et changeant. Après quelques heures, la plaisante ébriété qui avait été expérimentée lorsque j’étais pleinement conscient disparut. Quelle est la raison de cet état-?-» Il dut chercher un moment parmi les substances qu’il avait manipulées avant de comprendre que l’acide, dont il ignorait encore toutes les propriétés, était responsable de ce voyage imprévu.

Le lendemain, pour être sûr, il reprit une dose de 250 microgrammes (les trips que l’on trouve actuellement dépassent rarement les120 microgrammes), une dose qu’il pensait infime puisque par comparaison la mescaline, le plus puissant hallucinogène connu jusqu’alors, agit à des doses de 280 milligrammes, soit plus de mille fois plus. Tout ne fut qu’hallucinations colorées et modification de la conscience de soi. L’expérience, de l’aveu même du professeur, fut beaucoup plus intense que celle de la veille et par certains aspects terrifiante avec, par moments, une impression de dépersonnalisation, et à d’autres, une impression d’agonie.
Le professeur Werner A. Stoll, psychiatre et fils du patron des laboratoires Sandoz, fut le premier à tester le LSD sur des patients. Chercher à traiter des troubles mentaux avec des produits psychoactifs n’était pas nouveau. Freud, par exemple, enthousiasmé par son expérience de la cocaïne, la testa, d’abord sur lui-même puis sur des patients atteints de divers troubles, avec peu de succès d’ailleurs. De nombreux produits psychoactifs
sont encore utilisés pour traiter le moindre trouble de l’humeur, en tête les benzos. Il n’est donc pas étonnant que les puissants effets du LSD aient fait naître l’espoir de pouvoir guérir psychoses et névroses à travers une sorte de super analyse expresse favorisée par la prise de LSD. Stoll conseillait aux psys qui souhaitaient l’utiliser en thérapie d’en faire l’essai sur eux-mêmes afin de vivre une sorte de psychose artificielle leur permettant de mieux comprendre leurs patients. C’est peut-être ici que le mythe du psy borderline prend sa source.

Des milliers de doses distribuées gratuitement

Approvisionnés gratuitement en acides par Sandoz qui cherchait une utilisation médicale à son nouveau produit pour lui assurer un débouché commercial, de nombreux psychiatres, en Europe et aux États-Unis, s’intéressèrent à leur tour à la «-LSD therapy-». C’est ainsi qu’entre 1950 et 1960 la firme Sandoz distribua en toute légalité des milliers de doses de LSD 25. Plus de mille articles parurent dans les revues scientifiques sur l’utilisation du LSD en thérapeutique
psychiatrique. Ces études portèrent sur plus de 40-000 cas. L’armée américaine, toujours en quête de nouveautés, y vit une arme incapacitante ou un potentiel sérum de vérité. Diverses expériences désastreuses furent menées. Un film existe encore, où l’on peut voir une unité de soldats anglais morts de rire et incapables d’exécuter les ordres de leur commandement. On apprit en 1976 que la CIA, intéressée par les drogues, mena dans les années 50 et 60 des expériences avec l’acide sur des soldats américains et des prisonniers de la Guerre froide. Ces prisonniers, shootés au LSD, au lieu de révéler tous leurs secrets, passèrent leur temps à halluciner et à se foutre de la gueule de leurs tortionnaires. La prise du produit étant souvent faite à l’insu de leur plein gré, on peut imaginer le cauchemar vécu par certains des «-cobayes-» après l’administration de doses de cheval. Ces tristes expériences provoquèrent des épisodes dépressifs majeurs. Il est, en effet, très dangereux de consommer de l’acide sans le savoir. Un des cas les plus connus est celui du docteur Olson qui se suicida en sautant par la fenêtre, après qu’on lui ait fait ingérer en douce du LSD au cours d’une de ces expériences. Pour sa famille, cet acte resta longtemps un mystère, Olson n’étant pas connu comme quelqu’un de dépressif, et encore moins suicidaire.
Dès 1960, au grand dam du professeur Hoffmann, la diffusion et l’expérimentation récréative du LSD se développent en parallèle des expérimentations médicalement contrôlées. D’abord aux USA où son usage se répandit comme une traînée de poudre dans les cercles artistiques et universitaires de la côte Est et de la Californie. Avant 1962, la vente, la détention et la consommation de LSD est tout à fait libre. C’est à cette époque que nombre d’étudiants et d’artistes en font la découverte dans des programmes
expérimentaux en tant que volontaires rémunérés. Parmi eux, de nombreux chanteurs, acteurs et écrivains comme Aldous Huxley qui raconte ses perceptions dans ses livres (Les Portes de la perception, Le Ciel et l’Enfer). La Beat generation et ses apôtres (Allen Ginsberg, William Burroughs, Jack Kerouac) ne sont pas en reste. Les futurs romanciers Ken Kesey (Vol au-dessus d’un nid de coucou) et Tom Wolf (L’Étoffe des héros, Acid test) seront à l’origine d’une nouvelle forme de journalisme, le «-gonzo-», où l’observateur devient partie prenante de l’événement qu’il raconte.
En 1962, les États-Unis instaurent une restriction sur la vente de LSD qui devra faire l’objet d’une demande d’autorisation spéciale auprès de la Food & Drug Administration. En 1965, la firme Sandoz, dépassée par l’usage récréatif de son produit, n’a pas réussi à en faire reconnaître l’utilisation médicale. Elle jette l’éponge, ou plutôt le buvard, et arrête la fabrication et la distribution du LSD en même temps que celle de la psilocybine.

L’«-enfant terrible-» du Pr Hoffmann

Dès 1962, quelques psychonautes sentent le vent tourner et tentent de populariser l’expérience lysergique. Un certain Stanley Owsley produit en Californie des millions de trips vendus entre 1 et 2 dollars pièce dans les concerts pops. Arrêté en 1967 par la police, on saisira chez lui 200 grammes
de LSD, soit l’équivalent de 2 millions de doses à 100 microgrammes. Michael Hollingshead, autre figure marquante du mouvement psychédélique, distribue, quant à lui, du LSD gratuitement aux stars d’Hollywood et de la musique pop. Il rencontre en 1962 Timothy Leary et Richard Alpert, tous deux jeunes docteurs en psychologie de l’université d’Harvard. Nos deux compères considèrent les hallucinogènes comme des outils d’exploration de la conscience. Ils fondent, la même année et très officiellement,
le centre de recherche sur la personnalité. Devenus fervents prosélytes du LSD, dépassés eux aussi par l’effet de mode et par une expérimentation qui n’avait plus grand-chose de scientifique, ils sont discrètement congédiés d’Harvard en 1963. Leary fut à la fois le pape et le martyr du mouvement psychédélique. Son influence sur les sixties sera considérable. Les Moody Blues chantèrent ses exploits dans un hymne planant. Il participa à un nombre incroyable de performances, happenings, concerts et festivals. Sa devise, qui deviendra le slogan de tous les Freaks-: «-Turn on, tune in, drop out-» (branche-toi, accorde-toi, laisse tout tomber). Elle résume à elle seule toute une époque que nous raconte Michael Hollingshead dans son livre The man who turned on the world (L’homme qui brancha le monde).
Le mouvement psychédélique connut son apogée en même temps que la consommation
d’acide, au cours du Summer of love en 1969. Pas un concert des Grateful Dead ou un festival folk où l’acide ne soit distribué quasi gratuitement. Tout le monde a en tête l’épisode de Woodstock où, au micro, on entend l’avertissement du speaker qui fait déjà de la réduction des risques en conseillant de ne pas prendre les «-mauvais acides-» bleus et de préférer les roses. «-Pas de panique, y en aura pour tout le monde-»-! Ceux qui auraient pris des bleus et se sentiraient mal peuvent se diriger vers la tente. Ce que redoutait Hoffmann arrivait-: après l’espoir et l’enthousiasme qu’il avait suscités, le LSD devint la drogue à la mode qu’il fallait absolument avoir testée si l’on voulait être «-in-». On se mit à en prendre comme ça, sans savoir, sans réfléchir, pour faire comme les autres, ignorant souvent tout des risques et des effets secondaires.
Des dosages de 250 a 400 microgrammes étaient monnaie courante à l’époque, des doses énormes pour un premier test. On commença à compter les gens restés scotchés, les dépressions, les suicides. Les accidents auxquels on assista achevèrent de diaboliser le LSD dans une Amérique profonde et puritaine, effarée par l’émergence de la contre-culture. Ces accidents sont pourtant dus à la méconnaissance des risques
associés au produit ou à sa mauvaise qualité de fabrication par des apprentis chimistes. Hoffmann ajoute-: «-Plus son utilisation comme stupéfiant se généralisait, c’est-à-dire plus le nombre des incidents provoqués par une utilisation inadéquate en dehors de toute surveillance médicale augmentait, et plus le LSD devenait pour moi et pour la firme Sandoz l’enfant terrible.-»

Mystery of Eleusis, la fête du LSD.

La consommation restera importante pendant les années 70, mais connaîtra un déclin dans les années 80. Il faudra attendre la décennie suivante, les cyberpunks, l’acid music et le mouvement rave pour assister à une véritable redécouverte des psychédéliques. C’est aussi en Inde, du côté de Goa, qu’anciens hippies et nouveaux adeptes de la trance se donnent rendez-vous dans des endroits paradisiaques pour des fêtes en plein air. La trance a remplacé le blues halluciné et déjà électronique d’Hendrix. Ils sont à nouveau rassemblés pour célébrer la nature et ses mystères, à la manière des tribus nomades.

Réduire les risques liés à la consommation de LSD

Pour triper un maximum en réduisant les risques au minimum, il faut observer quelques précautions.

D’abord le contexte

  • Préférez un lieu retiré et en pleine nature ou un intérieur chaleureux, et évitez les endroits laids, lugubres ou mal famés. Le monde moderne avec ses appareils et ses machines, offre toutes sortes de décors et de bruits qui peuvent provoquer la panique chez des personnes à la sensibilité exacerbée.
  • Évitez aussi les ambiances glauques ou les personnes avec qui vous ne vous sentez pas en confiance ou en sécurité.
  • L’environnement acoustique a aussi son importance, une musique que l’on apprécie sera toujours plus favorable et épanouissante que le bruit d’un marteau-piqueur.
  • L’état psychique de celui qui le prend est tout aussi important, sinon plus encore, que le cadre extérieur. Son humeur du moment, la fatigue physique ou psychique, sa disposition vis-à-visde l’expérience qu’il s’apprête à vivre, ce qu’il en attend en fonction de ce qu’il en sait, sont des facteurs importants. Le LSD ayant tendance à intensifier l’état psychique où l’on se trouve au moment où on le prend, un sentiment de bonheur peut atteindre la félicité, une dépression atteindre au désespoir.
  • Ne prenez jamais de LSD pour fuir vos problèmes ou pour sortir d’un épisode dépressif. Il est aussi déconseillé aux personnes qui présentent une personnalité instable, le choc du LSD pouvant révéler une psychose latente.
  • Il est fortement déconseillé aux adolescents de se livrer à l’expérimentation du LSD. Le choc provoqué par un afflux de sensations de la puissance de celles que produit le LSD peut mettre en danger l’équilibre et la structuration d’un psychisme en cours de développement.

Lors de la prise de LSD

  • Pendant le début de la montée, une légère angoisse peut survenir : évitez
    de chercher à contrôler ou à trop analyser les effets du trip.
  • Pour éviter un bad trip dû à un surdosage, surtout lors d’une première expérience, fractionnez la prise en en prenant d’abord un quart ou une moitié.
  • Les effets se font sentir une demi-heure à une heure après la prise, mais cela peut parfois prendre plusieurs heures. Ne reprenez pas une double dose en pensant que la première n’agit pas.
  • Évitez autant que possible les mélanges de produits : les tazs ou le speed modifient les effets du trip et peuvent aussi les bloquer.

Bad Trip

Dans le cas où quelqu’un ferait un bad trip, emmenez-le dans un endroit calme et aéré, une tente où on pourra l’isoler de la foule, par exemple. Rassurez-le en lui expliquant qu’il a juste pris un acide, et que les effets vont bientôt se dissiper. Continuez à lui parler doucement sans le harceler. Un visage familier, une présence rassurante, une épaule chaleureuse suffisent à faire redescendre la plupart des bad tripers. Malgré cela, si la personne reste scotchée, il faudra faire appel à un médecin. Si cela est nécessaire, il lui donnera un calmant (benzodiazépine style Xanax ou Lexomil) pour la faire redescendre.

La descente

La descente est un moment plus ou moins délicat à gérer selon les individus. Au moment où les effets commencent à s’estomper, l’euphorie laisse place à une fatigue intense. Prévoyez au moins 24 heures sans activités contraignantes ni prises de tête, dormez, et essayez de manger sucré et vitaminé. Un moral fluctuant et une grande fatigue sont courants. Néanmoins, ces effets secondaires disparaissent en général après un ou deux jours.

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