Irresponsable Saison 1

Après la série de genre made in Canal+, la série d’auteur arrive en France. Imaginé par Fréderic Rosset, le pilote de la série a vu le jour au sein du tout jeune département séries de la FEMIS, l’éminente école de cinéma français. Repéré par OCS qui lui donne un budget restreint avec une carte blanche pour une première saison, Irresponsable est , au moment de sa sortie, la création originale de la chaîne qui a eu le meilleur démarrage. Et si elle parle de drogues… ce n’est pas pour faire la morale.

Contrairement à la démesure des (bonnes) séries américaines similaires (Weeds, Breaking Bad…), Irresponsable ausculte la vie ordinaire des gens. La série raconte comment, dans une petite ville banale, Jaques, 15 ans, se lie avec Julien, son père immature de 31 ans, dont il vient d’apprendre l’existence, autour de deux passions communes : les joints et les jeux vidéo. La saison 1 compte 10 épisodes de 26 minutes, un format idéal pour les comédies efficaces qui ne se contentent pas d’être des usines à gags. Histoire et personnages nous sont familiers autour de Julien, éternel adolescent, que l’on rêve de rester. On se régale à suivre les aventures du duo père-fils complice face au reste du monde. Une microsociété qui comprend l’ami d’enfance devenu flic style gendre idéal, le dealer cinglé du lycée, la meilleure pote homo délurée, les grands-parents cathos réacs… et la mère de Jacques qui ne sait plus comment se positionner face à ce père (ir)responsable, entre le respect des conventions sociales, le bonheur de son fils… et ses propres sentiments. Quant à la mère de Julien, devenue tout à coup grandmère d’un ado, perdue au milieu de ces trentenaires émancipés, elle délègue toutes les décisions de sa vie à son psy idolâtré, Jean-Pierre, représentant d’une autorité médicale omniprésente, invisible, dépassée mais terriblement influente.

Sous ses allures inoffensives et son style passe-partout, la série vient remuer le tabou dans le tabou, en mettant en scène le rôle positif, social et convivial des drogues y compris dans la sphère familiale.

3 questions à Julia Monge, doctorante en socioanthropologie à l’EHESS-Paris

Pour tes recherches, tu as observé l’intimité de nombreux foyers qui consomment ou parlent ouvertement des drogues en famille. As-tu rencontré des parents comme le personnage central de la série ?

J’ai effectivement rencontré des parents qui n’ont pas une thune, s’habillant à l’arrache, ne voulant pas travailler et fumant des pétards avec leurs enfants. Mais j’en ai rencontré autant qui consomment et ressemblent davantage au personnage inséré de Marie, la mère, avec des emplois à haute responsabilité, jouissant d’un certain prestige social et portant des fringues en adéquation avec ce prestige.

Julien dédramatise la consommation de son fils face au discours ambiant. Le discours parental sur les drogues diffère-t-il entre les parents qui n’en ont jamais consommé et les autres ?

Oui et non. Oui, parce que certains parents qui n’ont jamais consommé de cannabis arrivent dans les Consultations jeunes consommateurs chargés de tous les stéréotypes liés aux drogues. Ils pensent que leur ado va nécessairement mal. C’est probablement l’idée reçue la plus forte quand on parle d’usage de drogues.

Ensuite, on retrouve l’idée qu’inéluctablement, l’ado va passer du pétard à la seringue avec l’image du type qui tape la manche et qui parle à sa canette de 8.6. Ça traduit tout le poids qu’on fait porter aux parents. Ils arrivent en pensant qu’ils ont raté quelque chose en matière d’autorité ou d’amour, ce qui, là encore, est un stéréotype.

Donc oui, cela diffère parce que les parents qui consomment du cannabis comme leurs enfants n’ont pas certains de ces a priori. Et non, parce qu’on s’aperçoit que quand un enfant de fumeur de pétard se met à consommer une drogue que le parent ne connaît pas, c’est grosso-modo la même panique !

Un bon éducateur est-il aussi un bon complice ?

Comme pour les drogues, c’est une question de dose ! Si on est à 100 % complice, on est dans la fusion. Difficile dans ces cas-là d’être suivi quand on donne une consigne. Par contre, il y a une notion intermédiaire entre l’autorité et la complicité, qui est la confiance. Si on te fait confiance, c’est
qu’on est assez proche de toi pour suivre ta consigne, même si on ne la comprend pas bien. Les personnes que j’ai rencontrées m’ont beaucoup parlé de cette confiance.

FABRICE PEREZ

La Brimade des Stups

Disons-le tout net, ce bouquin répond de manière claire, honnête et sans omettre les sujets qui fâchent, tout en démontrant une empathie touchante pour toutes les victimes de ce conflit planétaire, à une question qui devient primordiale pour nos sociétés d’aujourd’hui : la prohibition favorise-t-elle la consommation de stupéfiants ? La réponse est : oui. Malgré une féroce répression, pratiquement toutes les sociétés ont en effet vu exploser non seulement leur consommation (1) mais aussi les effets collatéraux de violences et de corruption des institutions.

Même si le titre français (2) est rigolo, il reste faible, car il s’agit malheureusement de bien plus qu’une « brimade » que les stups, bras armé de la prohibition, infligent généralement aux usagers de drogues, surtout s’ils sont noirs, latinos ou arabes, et à tous ceux qui ont voulu les aider dans le passé. Tout au long de ce livre, Johann Hari, journaliste anglais aux multiples collaborations (3), réalise un véritable plaidoyer assorti d’exemples aux quatre coins du monde, pour la fin des hostilités de cette guerre à la drogue et pour que les droits de l’homme reviennent avec la santé publique dans le débat. L’auteur veut enterrer à jamais cette idéologie antidrogue qui n’a pas hésité à se nourrir des pires relents sexistes avec sa parano pour la protection des femmes blanches, racistes (« c’est difficile de buter un nègre cocaïné ! » (4) et antipauvres (« des classes sociales instables, émotives, hystériques, dégénérées mentalement, arriérées et vicieuses » (5), mais qui n’a fait que broyer des milliers de vies de par le monde. Johann nous met tout de suite dans le bain avec la présentation d’un cas emblématique : Billie Holiday. Cette sublime chanteuse noire mais écorchée vive qui, malgré son immense succès, fut pourchassée pour son addiction à l’héroïne jusqu’à sa mort (à l’hosto), provoquée par un système vindicatif qui la privera même de méthadone. Car l’un des grands mérites de ce livre est de faire remonter cette guerre aux drogues aux années 1930 et de nous faire (re)découvrir son général en chef : Harry Anslinger ! Un drôle de zèbre qui incarne toute l’horreur et les contradictions de ce conflit, pourchassant sans relâche ceux qui veulent aider les UD, mais très tolérant avec certains Blancs qu’il admire bien qu’ils soient… héroïnomanes ! Comme l’actrice Judy Garland, qu’il conseille paternellement pour prendre moins de came et surtout, le sénateur Joseph McCarthy ! Oui, le grand pourfendeur de communistes était junkie et n’avait aucune envie d’arrêter ! Quand Anslinger le découvre, il tombe des nues mais va continuer à le protéger, lui qui avait fermé les lieux où l’on pouvait avoir de l’héroïne sous contrôle médical, jetant les UD dans les bras des dealers, va procurer cette drogue à son héros jusqu’à la fin de sa vie. Car comme le dit fort bien Johann, « personne n’est d’accord pour mener la guerre contre la drogue à quelqu’un que l’on aime ».

Si tous les partisans de la répression devraient changer d’avis à la lecture de ce livre, les antiprohibitionnistes pourront aussi mieux expliquer la sortie de ce système, retrouvant au passage pour la France une trilogie asudienne : Fabrice Olivet, Olivier Maguet (notre trésorier préféré) et surtout, Anne Coppel, notre présidente d’honneur, présentée ici en addict du thé de chine. Pour les drogues et leurs effets, une mention spéciale à notre ami Carl Hart, de l’université Columbia (N.Y.) également cité… Espérons, avec Johann, que nous assistons bien aux « derniers jours » de cette guerre même si les résultats de l’Ungass 2016 sont bien décevants !

 

La Brimade des Stups
Johann Hari
Éd. Slatkine & Cie
(414 pages, 23 €, préface du Pr Bertrand Dautzenberg)

 

Références

1) Même la France, championne de la répression, a le taux de conso de cannabis le plus élevé chez les ados de l’UE, contrairement à nos voisins portugais où la conso a été dépénalisée et où un jeune de 15 ans a 50% moins de risque d’en consommer qu’un jeune français.
2) Je lui préfère son titre anglais bien plus profond, Chasing the Scream, un nom qui joue sur la proximité avec « chasing the dragon », c’est-à-dire fumer de l’héroïne.
3) The Independent, New York Times, Los Angeles Times, The Guardian et Le Monde diplomatique.
Il a aussi été nommé « Journaliste de l’année » à deux reprises par Amnesty International.
4) Dixit un médecin légiste US dans les années 1930 !
5) Harry Anslinger, créateur des stups US à propos des consommateurs de drogues.

Bloodi, le premier droguézeureux

Asud vous parle de dope depuis vingt-quatre ans sur un mode particulier qui peine à trouver une définition mais qui explique peut-être notre longévité. Pour caractériser ce ton, on pourrait inventer un néologisme : le « bloodisme ». Et on dirait d’une situation qu’elle est « bloodiesque », comme on écrit « dantesque », un adjectif qui ne se comprend que si l’on connaît l’univers particulier de l’auteur qui l’inspire. Le bloodisme, c’est une façon de parler des drogues qui n’est ni du pathos, ni du ricanement, ni du scientisme. C’est un mix de gore et d’humour au second degré. L‘élégance de parler de la dureté de la vie de tox avec infiniment de légèreté. C’est une recette difficile, un chemin étroit qui sert de marquage de nuit. Grâce à Bloodi, nous suivons… une ligne… de crête…

Il existe plusieurs façons de parler des drogues. Le mélodrame reste la plus facile, mais la petite déconne sur le pétard gagne aussi des parts de marché. Depuis quelques années, nous subissons également la montée du discours addicto « scientifique et objectif », ayant le mérite de prétendre se baser sur des statistiques, ce qui ne l’empêche pas d’être aussi faux-cul que les deux autres.

Dis-moi comment tu parles des drogues…

Commençons par le plus classique, et il faut bien le reconnaître, le mieux partagé : la dramatisation avec une pointe de pathos… Ce ton est d’autant plus surprenant que, soyons honnêtes, pour la grande majorité d’entre nous, les drogues et l’alcool ne riment pas avec tristesse et désespoir. Mais il est admis une fois pour toutes que le mode geignard, voire l’imprécation vertueuse doivent demeurer les véhicules standard dès lors qu’il s’agit de donner des informations sur les drogues, la manière de les consommer, sur qui les vend et qui les achète. C’est le royaume des fameuses paniques morales (lire Flakka : la panique morale à 5 dollars) qui empruntent les faux-nez du moment, les « drogues du viol », les « drogues qui rendent accro à la première prise », les drogues qui font semblant d’être douces mais qui rendent schizophrène… Bref, au même titre qu’il n’y a pas de drogués heureux, il n’y aurait pas de drogues innocentes. Le pire est que les consommateurs eux-mêmes utilisent volontiers ce véhicule confortable pour narrer leurs propres expériences. Le cinéma et la littérature nous régalent de biopics plus ou moins authentiques où Christiane F. se donne la More sur les Chemins de Katmandou. À titre d’exemple, il faut visionner Requiem for a Dream, le film inventé pour casser le moral au fêtard le plus endurci.

À l’autre bout du spectre, vous avez le genre « rigolade de potache ». « Il a fumé la moquette ! » Et voilà un vilain petit sourire qui pointe sur le visage des animateurs de plateaux télé dès que l’on parle de fumette ou même de lignes de coke. Dans la foulée des Frères Pétards ou de la série Weeds, un minuscule coin de tolérance s’est glissé dans la solennité officielle avec la popularisation du cannabis, mais un tout petit coin strictement réservé aux divertissements façon amateur de « l’esprit Canal ». Un clin d’œil entre initiés, certes, mais un espace sans doute appelé à prospérer à l’ombre d’une censure officielle qui reste la norme pour les discussions sérieuses entre adultes responsables.

Ouin Bloodi prend de la drepouÀ propos de sérieux, la troisième langue utilisée par les médias Main Stream est celle des articles à connotation scientifique, ceux qui référencent l’OFDT toutes les quatre lignes en citant abondamment psychiatres et neurobiologistes. Cette communication, qui se veut moderne et non moralisatrice, a tout de même pour objet essentiel de ne parler que des dangers liés à la consommation de substances. Elle reste en cela profondément influencée par cette loi de 1970, qui prescrit de ne jamais présenter une substance interdite « sous un jour favorable ». Les addictologues tentent bien de se dédouaner en disant beaucoup de mal de l’alcool et du tabac mais au final, on reste dans une communication calibrée pour stigmatiser l’ivresse. Seule différence : les prescriptions sanitaires se substituent aux anathèmes moralisateurs. Que faire pour passer les mailles d’un filet solidement tressé par des lustres d’hypocrisie ?

Bloodi et le bloodisme

Depuis un peu plus de vingt ans, nous essayons de tracer notre route entre ces trois chemins. Le pathos et les ricanements de potaches restent bien en cours dans les médias, le discours addicto, passablement ennuyeux, étant plutôt réservé à la presse écrite. Soyons juste, notre journal est lui-même souvent marqué par ces trois courants qui se succèdent parfois dans nos colonnes sans forcément se juxtaposer. C’est pourquoi nous sommes débiteurs vis-à-vis du petit bonhomme à crête. Lorsque Pierre Ouin débarque à la rédaction d’Asud journal avec sa BD sous le bras (lire Et Pierre est arrivé…), nous ignorions que son personnage fétiche allait devenir notre meilleur porte-parole pour pratiquer une novlangue sur les drogues.

Ça commence comme une voix off de commentaire animalier : « Bloodi s’est payé un demi-gramme d’héroïne et s’est troué les veines avec une seringue. » Douze cases se suivent, identiques, nonobstant la taille grandissante de la cendre qui refuse de tomber avant que le mégot incandescent n’entre en contact avec le doigt du fumeur. Puis il reprend la pose, les paupières se baissent comme le rideau du IIIe acte… et la vie continue, indéfiniment, identique elle aussi. Bloodi prend de l’héro est un chef d’œuvre d’Understatement. Le temps est suspendu par cette stupeur indéfinissable de l’héroïne qui offre pour une somme modique le même confort aux princes et aux mendiants.

Popeye SubuDans le n°27, sorti en 2005, un Bloodi transformé en Popeye nous dit « Shootez pas le Subutex les mecs, on a l’air con ». Là aussi, tout est dit…

Nous tentions déjà de décrire cette convergence entre Asud et Pierre Ouin en présentant le Courrier toxique : « Pour naviguer dans l’étroit goulet qui sépare l’exhibitionnisme du pittoresque, une solution existe : c’est le rire. » (lire Pierre Ouin et ASUD vous présentent Courrier Toxique).

Le bloodisme, c’est cette faculté de choper le détail qui tue, au sens propre, le truc craignos que l’on évite de placer dans les dîners en ville. Puis de faire de cette marque, considérée comme horrible par l’extérieur, un gag, une phénoménale rigolade qui dit les choses en restant à la hauteur du sujet, de l’intérieur, en se regardant face au miroir, d’aucuns diraient du point de vue de la communauté.

Le Tintin au pays des junkies ?

Bloodi, c’est le Tintin des junkies, un punk à la crête indémodable qui incarne à la fois un style de vie bohème, une obsession assumée de la défonce et une absence de sens moral revendiquée. Malgré cette accumulation de stéréotypes désobligeants, une vraie tendresse imprègne la narration des aventures du petit punk perfecto noir. Bloodi restera pour Asud le vrai, le seul symbole ouvertement communautaire.

Olive & Ouin BloodiExiste-t-il un sentiment communautaire parmi les tox ? Vieux débat. Nous avons souvent répondu par la négative, mais quand on prend de la dope, tout le monde se retrouve sur un point : comment se procurer des substances le plus rapidement possible, à moindre coût et dans la plus grande discrétion ? Bloodi a tout de suite incarné quelque chose qui est aux antipodes de la solidarité : l’appât effréné du gain, le goût des arnaques, le mépris pour les faibles qui ne savent pas flotter dans ce monde de brutes. Une caricature insupportable quand elle est énoncée de l’extérieur, par des soignants ou des journalistes en mal de sensations, mais qui devient un signe de reconnaissance quand elle est un clin d’œil complice lancé par un keupon qui fait partie de la famille.

Bloodi est bien le premier des droguézeureux. Celui qui sait nous parler de nos plaies avec tendresse. Il incarne l’antithèse du pathos, des ricanements ou du scientisme qui sévissent quand on parle des dopes car il aime avant tout se moquer de lui-même. Bloodi, c’est nous, sans concessions, sans pudeur mais avec tellement d’humanité qu’il nous oblige à nous rappeler que si le rire est le propre de l’homme, l’usage des drogues n’arrive pas très loin derrière.

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À Bloodi, les usagers reconnaissants

En 1995, la figure de Bloodi apparaît pour la première fois dans le journal d’Asud. Le petit keupon avec des chaussures rouges restera à nos côtés pendant dix-sept ans, toujours en quête de prods mais visiblement intrigué par une nouvelle arnaque : la réduction des risques. Ji-Air, président d’Asud et rédac’ chef du journal de 1993 à 1997, nous raconte l’histoire d’un apprentissage mutuel.

Quand je suis arrivé à Asud en 1992, voir, toucher, palper, humer le premier numéro du journal fait par les usagers pour les usagers, et surtout des usagers non-repentis, fut pour moi une véritable révélation et une aventure dans laquelle je me suis jeté à corps perdu. Mais rapidement, après le 4e numéro, on s’est senti coincé dans le format bichrome un peu austère des débuts. Ce journal, on le voulait plus « fun », plus visuel, plus coloré et là, une petite lumière s’est allumée dans ma tête : Bloodi. Je m’étais déjà régalé en lisant ses très toxiques aventures dans le magazine Viper, puis dans Métal Hurlant. Une nouvelle génération de dessinateurs punkies bousculait les convenances et les papys de la BD. Parmi eux, Pierre Ouin, un sacré coup de crayon, un humour trash et féroce teinté d’anarchie. Oui, il nous fallait Bloodi, c’était une évidence.

Le dessinateur attitré de la RdR

Mais comme tout vilain toxico qui se respecte, on a commencé par lui pirater un de ses dessins (Bloodi aurait fait pareil après tout). Mais pris de remords, j’envoie au lascar un exemplaire du journal et une invite à nous rencontrer rapido… accompagnée de quelques vagues excuses. Et le père Ouin est venu pointer sa truffe dans notre luxueux nouveau local (un petit deux pièces à Belleville, un palace après Barbès et les cités craignos). Le contact fut tout de suite excellent, Pierre était ravi qu’on lui ait taxé son dessin et était partant pour se lancer dans l’aventure Asud. Le problème, c’est qu’à l’époque, le pognon était rare et un dessinateur, ça a besoin de manger, accessoirement de se faire un shoot de temps en temps et de pouvoir offrir des bijoux à sa souris d’amour. Mais ça ne l’a pas bloqué : il avait kiffé notre journal et il se voyait bien initier Bloodi à la Réduction des risques qui débutait.

1995 [ASUD] Petit manuel du shoot à risques réduits 1995 [ASUD] Petit manuel du shoot à risques réduits-01Pour nous faire pardonner, on lui a quand même dégoté un job dans ses cordes : le Petit Manuel du shoot à risques réduits. Une première en France, tirée à 500 000 exemplaires grâce au ministère de la Santé. Le premier document consacré aux techniques de réduction des risques liés à l’usage de drogues par voie intraveineuse est une brochure réalisée par Aides en 1988, restée très confidentielle. Conçu en 1994, le Petit Manuel du shoot à risques réduits d’Asud va longtemps demeurer la seule brochure disponible à destination du public injecteur. Un super carton, devenu un classique, repris par les Portugais et les Argentins. Un succès qui vaut à Pierre d’être reconnu comme le dessinateur attitré de la RdR et d’être sollicité (et payé) pour de nombreuses brochures.

À partir du n°7, on a commencé à publier à chaque parution 1 page de comix de Bloodi, pour le plus grand plaisir de nos lecteurs qui se reconnaissaient parfaitement dans ses aventures. Il faut dire qu’il a été le seul à décrire de façon aussi juste les tribulations d’un tox et tous les usagers de drogues devraient lui en être reconnaissants. Car à l’époque, parler de défonce, de défonce dure de chez dure, ben ça se faisait pas. C’était risqué au niveau de la loi et au niveau de l’emploi, Pierre m’ayant confié que les histoires de dope et de seringues, les éditeurs n’en voulaient plus trop. Ça peut se comprendre quand Pierre bossait pour Perlimpinpin Magazine mais pour les autres, genre Psykopat, c’est relou.

Grâce à Asud journal, on a donc vu Bloodi s’initier aux joies de la méthadone et du Subutex, se battre pour soigner son hépatite C, et pour combattre son sida, hanter les cabinets médicaux, terroriser les blouses blanches… Parfois, des membres de l’association lui racontaient des histoires de tox croustillantes que Pierre s’empressait de traduire en dessin.

Pierre était un mec entier, marrant, qui n’avait pas sa langue dans sa poche et qui avait un cœur gros comme ÇA. Maya, sa femme, a mis au monde leurs deux charmants loupiots.

Pierre était mon ami. Un vrai. Là où il est désormais, je suis sûr qu’il fait marrer tous les Asudiens décédés avec ses formidables petites histoires.

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Un héros junky à l’héroïne

J’ai découvert Bloodi par hasard, un jour où je traînais dans une librairie parallèle. C’était en 1984, et Bloodi faisait la couverture de Viper, un journal de BD, avec en titre « 1984, année de gerbe ! ». C’était tout à fait ce que je ressentais.

Coup de foudre !

Cette année-là, on ne pouvait plus se raconter d’histoires, plus question de lendemains qui chantent. Les années 80, c’était les années-fric pour les Golden boys, mais pour les milieux populaires, « les exclus de la croissance » comme on avait commencé à les appeler, c’était les années-galère, des cités en pleine déglingue comme sur la couverture du journal, avec une voiture en feu et un rat sortant de l’égout. J’ai demandé au libraire « C’est quoi, ce journal ? », « Viper, c’est fini, m’a-t-il répondu, le gouvernement l’a interdit ». J’ai appris bien plus tard que ce n’était qu’une rumeur, le journal, menacé d’un procès pour incitation à l’usage de drogues, avait renoncé à paraître. J’ai acheté tous les numéros de la librairie, et une fois chez moi, j’ai découvert qui était Bloodi – coup de foudre ! C’était la première fois que je voyais dans une BD un junky tel que je les avais connus dix ans auparavant. En 1984, je croyais que j’en avais fini pour toujours avec les drogues et les drogués, et la fin de cette histoire n’avait rien de drôle, mais Bloodi a réussi le tour de force de me faire rire. Pliée en quatre, lol, comme on dit aujourd’hui… Pas de doute, c’était bien ce que vivaient les junks que j’avais connus, c’était même d’une précision hallucinante, mais à l’époque, pas de BD pour illustrer cette vie de rat. Pourtant, l’humour noir et l’autodérision faisaient déjà florès. Au début des années 70, une presse alternative s’était emparée de Freaks Brothers de Crumb, avec le journal Actuel, le plus connu, mais aussi avec les dizaines de fanzines qui circulaient de la main à la main. Psychopathes et pornographes, les Freaks Brothers n’avaient pas grand-chose à voir avec les hippies Peace and Love, que les punks baptisaient « babas cool ». Pas toujours si cool, les babas, il y avait aussi des Freaks qui faisaient tout ce qui leur passait par la tête, des anars qui n’obéissaient qu’à eux-mêmes… Mais quoi qu’il en soit, les drogués de Crumb étaient des fumeurs de joints. Il aura fallu une dizaine d’années pour qu’une BD française atteigne la même verve, la même authenticité, la même sûreté dans le trait mais entre-temps, le héros était devenu un junky à l’héroïne.

Drogues « dures » vs « douces »

Ouin Tagada bang blamLa presse alternative post-68 avait pourtant tenté de limiter la diffusion des drogues dites « dures », en les opposant aux drogues dites « douces ». Les premières, héroïne et speed, étaient vivement déconseillées, parce que, pour citer Actuel, elles aboutissent à « une vie invivable, angoisse terrible de la descente pour le speed, crise de manque pour l’héroïne » (Actuel n°20, mai 1972). Les secondes, en revanche, pouvaient être consommées parce qu’elles n’avaient pas d’effets néfastes pour le cannabis, et pouvaient ouvrir l’esprit comme les hallucinogènes, à condition, précisait-on, d’être prises avec prudence, avec des personnes de confiance. L’opposition drogues douces/drogues dures n’avait rien d’arbitraire, elle reposait sur une expérience acquise très vite dans les milieux alternatifs, rockers ou hippies. Dès 1969 aux États-Unis, après le festival du « Summer of Love », le quartier de Haight-Ashbury de San Francisco avait été envahi par une zone violente, où l’on arnaquait les passants et consommait toutes sortes de drogues, héroïne et speed, alcool et médicaments. « Ces polytoxicomanes, disait-on déjà à l’époque, consomment n’importe quoi, n’importe comment », et ces dérives avaient mis à mal le mouvement qui réunissait contestataires de toutes sorte, hippies ou rockers. Dès le début des années 70, et surtout à partir de 1973-74, le même scénario menaçait de se répéter en France avec l’introduction de l’héroïne dans les initiatives communautaires, les squats, les groupes de rock, comme dans les relations entre amis. L’opposition drogues douces/drogues dures a-t-elle été utile ? A-t-elle limité la diffusion de l’héroïne ? Peut-être en partie, puisque entre le milieu des années 70 et le milieu des années 80, la grande majorité des nouveaux consommateurs s’était contentée du cannabis ou du LSD. Mais ces mêmes années ont aussi été celles de la diffusion de l’héroïne dans une génération plus ou moins influencée par le mouvement punk. Bloodi incarne cette génération qui a vu s’effondrer l’utopie communautaire post-68. « Salut les miséreux, les crève-la faim. Z’en avez marre de votre taudis, de vos nouilles froides, des trous dans vos pompes et la Valstar éventée… Bref, vous voulez de la tune ? Voici quelques conseils de Bloodi pour 1984… », écrit Pierre Ouin dans le numéro qui fête la nouvelle année. L’arnaque aux chéquiers ne fonctionne plus, on ne peut plus non plus casser les cabines téléphoniques, mais on peut toujours « repérer des morveux qui ont de la tune » et s’efforcer de les arnaquer… Plus que jamais actuelle, la rage des punks « No Future » !

Une figure emblématique de la RdR

Ouin Bloodi Sexe, Drogues & No Rock extrait 1Ouin Bloodi Sexe, Drogues & No Rock extrait 2 Marc Valeur

« Sexe & drogues, Ah, ouais merde, y a pas trop de rock-and-roll », râlait Bloodi sur la planche annoncée en couverture avec un titre plein de suspens « Bloodi va-t-il décrocher ? ». Pas de doute, Bloodi avait bien fait le tour de tous les traitements en vogue à l’époque, du bon docteur Cohen prescripteur de Palfium® à « Morvivan », le centre de soin où il est reçu par un docteur mal rasé qui ressemble à Marc Valeur et qui l’interroge « Tu la touches à combien ? ». Inutile de vous dire que Bloodi n’a pas décroché cette année-là. Il s’est fait oublier quelques années, avant de resurgir dans ma tête à un moment où Asud journal cherchait ses marques. Ce camé interdisait l’apitoiement sur soi : ni justification ni complaisance, il était juste lui-même, comme tous ses frères de galère. Jean René était alors président d’Asud, le branchement avec Pierre Ouin a été immédiat. Bloodi est devenu une figure emblématique de la RdR – un paradoxe, parce que Bloodi, lui, n’était pas du genre à « réduire les risques », la santé publique n’était pas dans son univers. Mais c’est précisément parce qu’il est juste lui-même, sans concession, qu’il a pu incarner pour cette génération les changements que devaient adopter ceux qui voulaient continuer de vivre leur vie, tout drogués qu’ils étaient. Disjoncté, squelettique, avec une seule idée en tête : trouver de la tune pour un plan dope, mais tenant sur ses guiboles. Un être en pleine dérive, mais un être humain, comme ses semblables…

Sexe & drogues & Ah, ouais merde, y’a pas trop d’rock’ n’ roll 1/6
Sexe & drogues & Ah, ouais merde, y’a pas trop d’rock’ n’ roll 2/6
Sexe & drogues & Ah, ouais merde, y’a pas trop d’rock’ n’ roll 3/6
Sexe & drogues & Ah, ouais merde, y’a pas trop d’rock’ n’ roll 4/6
Sexe & drogues & Ah, ouais merde, y’a pas trop d’rock’ n’ roll 5/6
Sexe & drogues & Ah, ouais merde, y’a pas trop d’rock’ n’ roll 6/6

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« Monsieur le législateur tu es un con… » *

Michel Sitbon est l’éditeur des Éditions du Lézard, celles qui ont publié des années durant notre ami Jean-Pierre Galland. C’est aussi et d’abord un militant acharné de l’antiprohibition, aujourd’hui engagé dans Cannabis sans Frontières, un parti politique clairement voué à la légalisation du cannabis. Michel est aussi un ami de Pierre Ouin et de Bloodi. C’est lui qui a pris le risque d’éditer Courrier toxique, ce recueil de récits de vie qui nous raconte la violence des hommes, la violence de la loi et la violence des hommes de loi.

J’ai l’honneur d’avoir édité deux livres de Pierre Ouin, l’un considéré comme son dernier Bloodi, un Bloodi que j’avais voulu tout en couleur, et l’autre, Courrier toxique, signé d’Asud, mais en fait non seulement illustré mais édité par Pierre – une sélection de lettres, bien souvent désespérées ou désespérantes – qu’il avait été chercher dans les archives d’Asud.

Si je prétends au titre d’éditeur antiprohibitionniste, je dois avouer ici que ces deux livres n’entrent pas forcément, ni l’un ni l’autre, dans la catégorie. J’avais proposé à Pierre de faire un Bloodi « aussi joli qu’un Tintin », lui disais-je, en quadri et avec sa couverture en dur, respectant les canons de cet art de l’enfance.

Cela aura été l’objet d’un grand malentendu puisque les observateurs attentifs auront remarqué que ce Bloodi-là – La Ratte qui s’délatte – ne fréquente ni drogues ni seringues – un Bloodi sans shooteuse…

Pierre m’aurait pardonné de le dénoncer ici. Quelques temps avant, son précédent éditeur lui avait fait part des pressions policières : le ministre de l’Intérieur ne voulait plus en voir, de shooteuses… Pierre arrivait chez moi comme un réfugié au pays de la liberté d’expression. Je lui proposai alors de faire un Bloodi pas comme les autres, pas un Bloodi de fanzine en noir et blanc. Un Bloodi digne comme un Astérix. Manque de pot, Pierre intégrera alors les critères de l’autocensure, ne voulant pas me faire peser les foudres dont sont précédent éditeur avait été menacé. Et puis je ferai aussi l’hypothèse ici qu’il aura aspiré à faire un Bloodi enfin « respectable » …

Ouin Bloodi No shoot à ASUD WC

Mon pauvre Pierrot… Le porte-parole de la junkitude la connaissait bien cette histoire du mépris. Car lui comme tous ses camarades auront plongé au plus profond du plus abyssal des puits, là où la société vous nie intégralement, sans vous laisser la moindre once de ce qu’on appellerait respect pour d’autres et qui n’a même pas lieu d’être là. Car le junky ne revendique rien – sauf qu’on lui foute la paix, comme disait Antonin Artaud, le premier de cette longue lignée, apparu dès le premier jour de la prohibition, dont ce grand poète avait deviné par avance l’imbécilité sans limites (lire ci-dessous).

L’autre livre que j’ai publié de Pierre, ce fameux Courrier toxique, on l’aura voulu tous les deux aussi. On savait l’un comme l’autre qu’Asud recevait tous les jours des témoignages incroyables sur cette barbarie à visage inhumain qu’à institué la prohibition des drogues. Il fallait en faire quelque chose. « Rendre la honte plus honteuse en la livrant à la publicité. » En faisant ce livre, et en le publiant, on rigolait : jamais aura-t-on vu pamphlet plus violent contre les drogues… Et c’était nous, militants inconditionnels de l’abolition du carcan prohibitionniste, qui nous retrouvions là à rassembler les pires témoignages qui montrent l’enfer des drogues comme il est, sans détour, le plus véridiquement possible. Pour ceux qui ne comprendraient pas, Pierre s’appliquait à faire un dessin.

Olivia Clavel Hommage à Ouin et Bloodi

On peut toujours faire semblant de l’écrire cette « nécro » de Pierre, comme Pierre pouvait toujours faire semblant de faire des dessins. C’est parce que nous avons la force de ne pas nous laisser étouffer par nos larmes. Car, comprenez-bien ami lecteur : tous les personnages qui ont inspiré Bloodi sont morts, comme Pierre, bien avant la limite de ce qu’on appelle « l’espérance de vie ». Exterminés par la volonté sadique du législateur.

Il peut toujours en subventionner quelques-uns aujourd’hui pour « réduire les risques », ce salopard de législateur qui nous a forcés à partager des seringues sales, et à traîner jusqu’au fond des caniveaux pour chercher des ersatz de « doses ». Son crime est certes punissable, il est surtout impardonnable.

Car ce ne sont pas n’importe lesquels d’entre nous qui sont ainsi partis prématurément, mais bien « les meilleurs » – ceux dont la sensibilité était telle qu’ils ne pouvaient supporter flics ou parents, profs ou psy, tous ces emmerdeurs qui s’acharnent à nous empêcher de vivre nos désirs.

Pour supporter tant de bêtise – je veux bien qu’on me condamne pour apologie des opiacés –, que ceux qui ne le savent s’en avisent : il n’y a que ça, l’opium et ses dérivés auxquels Pierre et toute une génération héroïque auront consacré l’essentiel de leurs passions – et sacrifié leurs vies.

ASUD 58 Ouin enveloppe Anna

*

« Monsieur le législateur, Monsieur le législateur de la loi de 1916, agrémentée du décret de juillet 1917 sur les stupéfiants, tu es un con. Ta loi ne sert qu’à embêter la pharmacie mondiale sans profit pour l’étiage toxicomanique de la nation parce que :

  1. Le nombre des toxicomanes qui s’approvisionnent chez le pharmacien est infime ;
  2. Les vrais toxicomanes ne s’approvisionnent pas chez le pharmacien ;
  3. Les toxicomanes qui s’approvisionnent chez le pharmacien sont tous des malades ;
  4. Le nombre des toxicomanes malades est infime par rapport à celui des toxicomanes voluptueux ;
  5. Les restrictions pharmaceutiques de la drogue ne gêneront jamais les toxicomanes voluptueux et organisés ;
  6. Il y aura toujours des fraudeurs ;
  7. Il y aura toujours des toxicomanes par vice de forme, par passion ;
  8. Les toxicomanes malades ont sur la société un droit imprescriptible, qui est celui qu’on leur foute la paix. C’est avant tout une question de conscience.

La loi sur les stupéfiants met entre les mains de l’inspecteur-usurpateur de la santé publique le droit de disposer de la douleur des hommes : c’est une prétention singulière de la médecine moderne que de vouloir dicter ses devoirs à la conscience de chacun. Tous les bêlements de la charte officielle sont sans pouvoir d’action contre ce fait de conscience : à savoir, que, plus encore que la mort, je suis le maître de ma douleur.

Tout homme est juge, et juge exclusif, de la quantité de douleur physique, ou encore de la vacuité mentale qu’il peut honnêtement supporter. Lucidité ou non lucidité, il y a une lucidité que nulle maladie ne m’enlèvera jamais, c’est celle qui me dicte le sentiment de ma vie physique. Et si j’ai perdu ma lucidité, la médecine n’a qu’une chose à faire, c’est de me donner les substances qui me permettent de recouvrer l’usage de cette lucidité.

Messieurs les dictateurs de l’école pharmaceutique de France, vous êtes des cuistres rognés : il y a une chose que vous devriez mieux mesurer ; c’est que l’opium est cette imprescriptible et impérieuse substance qui permet de rentrer dans la vie de leur âme à ceux qui ont eu le malheur de l’avoir perdue. Il y a un mal contre lequel l’opium est souverain et ce mal s’appelle l’Angoisse, dans sa forme mentale, médicale, physiologique, logique ou pharmaceutique, comme vous voudrez. L’Angoisse qui fait les fous. L’Angoisse qui fait les suicidés. L’Angoisse qui fait les damnés. L’Angoisse que la médecine ne connaît pas. L’Angoisse que votre docteur n’entend pas. L’Angoisse qui lèse la vie. L’Angoisse qui pince la corde ombilicale de la vie. Par votre loi inique vous mettez entre les mains de gens en qui je n’ai aucune espèce de confiance, cons en médecine, pharmaciens en fumier, juges en malfaçon, docteurs, sages-femmes, inspecteurs-doctoraux, le droit le disposer de mon angoisse, d’une angoisse en moi aussi fine que les aiguilles de toutes les boussoles de l’enfer.

Tremblements du corps ou de l’âme, il n’existe pas de sismographe humain qui permette à qui me regarde d’arriver à une évaluation de ma douleur précise, de celle, foudroyante, de mon esprit ! Toute la science hasardeuse des hommes n’est pas supérieure à la connaissance immédiate que je puis avoir de mon être. Je suis seul juge de ce qui est en moi. Rentrez dans vos greniers, médicales punaises, et toi aussi, Monsieur le Législateur Moutonnier, ce n’est pas par amour des hommes que tu délires, c’est par tradition d’imbécillité. Ton ignorance de ce que c’est qu’un homme n’a d’égale que ta sottise à la limiter. Je te souhaite que ta loi retombe sur ton père, ta mère, ta femme, tes enfants, et toute ta postérité. Et maintenant avale ta loi. »

Antonin Artaud

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Génération H, Têtes chercheuses d’existence

Deux ans après la sortie du premier tome, Génération H revient dans les librairies avec Génération H, Têtes chercheuses d’existence, le deuxième épisode de cette trilogie sociale. Rencontre avec l’auteur, Alexandre Grondeau.

Asud : Peut-on dire que le succès du premier tome marque la victoire du réseau social contre l’autocensure et la censure dans les médias Old School ?

On peut le voir ainsi, mais de manière plus large, je crois que c’est surtout la revanche d’une génération qui se reconnaît pour la première fois dans des romans qui parlent d’elle, de ses expériences, de son quotidien, de ses excès, de ses aspirations à une autre société… C’est peut-être cela qui a dérangé ces messieurs du CSA quand ils ont rappelé à l’ordre le 13h de France Info après mon interview chez eux, et gêné les quelques libraires qui refusent encore de vendre mes romans !

Le pitch du tome 2 ?

Intitulé Têtes chercheuses d’existence, le tome 2 est la suite de aventures festives et cannabiques de Sacha et sa bande. Cinq ans après leur road trip initiatique, on les retrouve plus motivés que jamais, écumant les soirées sound system, les teufs et les capitales de la bringue que sont Barcelone et Amsterdam. Ils essaient de rester fidèles à leurs aspirations de liberté mais se heurtent à une société qui ne veut pas les entendre ni les reconnaître.

La génération H a-t-elle sombré dans l’héroïne, la coke ou la MDMA ?

Évidemment non. Il y a bien des parcours plus ou moins agités et dramatiques mais, que les parents de mes lecteurs se rassurent, la très grande majorité des héros de mes romans sont aujourd’hui bien insérés dans la société. Ils sont chefs d’entreprises, infirmiers, professeurs, avocats, intermittents, ouvriers, artisans… et sont confrontés à la même vie que tous les citoyens français. La prohibition et la répression en plus.

Est-elle sous-diplômée et abonnée à Pôle Emploi/boulots galères ?

Quand on parle de millions de fumeurs, on parle d’une diversité de cas particuliers qui impose de ne pas généraliser. Il y a donc des chômeurs et des galériens dans la Génération H, autant que des surdiplômés, des hyperactifs, des tire-au-flanc, des doux rêveurs et de grands pragmatiques… Il faut arrêter les caricatures même si on voit bien les intérêts qu’elles servent.

A-t-elle des enfants ? Comment gère-t-elle le passage sexe/drogues/musique à boulot/biberon/barbecue ?

Bien sûr, le cannabis n’a pas rendu stérile les héros de mes romans ! Ils ont plein de marmots aujourd’hui et si les bringues se finissent plus tôt, elles sont remplies de petits bouts de chou qui courent dans tous les sens. Si mon travail de romancier permet de lutter contre les poncifs qui tournent autour des fumeurs, tant mieux !

Comment la BO de la génération H a-t-elle évolué ? Doit-on impérativement kiffer le reggae pour en être ?

Ah ah, certainement pas ! ! ! La BO de la Génération H a évolué mais se caractérise toujours par son éclectisme. Dans le tome 1, je parlais de l’explosion du mouvement techno au début des années 90, du phénomène hip-hop, du déclin du rock alternatif et du punk, de l’arrivée du grunge, de groupes décalés à l’époque comme les Têtes Raides et aussi du renouveau du reggae roots avec des artistes comme Garnett Silk et Buju Banton, par exemple.

Le tome 2 s’inscrit dans sa continuité et, à la fin du livre, il est conseillé d’écouter une playlist sélective pour lire le roman où l’on retrouve autant Jimi Hendrix que NTM, Snoop Dog, Nina Simone, UK Apache, Tricky, les Pistols, Lou Reed, Rage Against the Machine… Dur de faire plus large comme sélection, non ? La Génération H n’est pas sectaire. Elle aime toutes les musiques tant qu’elles sont de qualité et qu’elles véhiculent un message contestataire.

Prépares-tu un festival, chansons clips, événements pour soutenir le marketing viral autour du tome 2 ? As-tu une large communauté de followers ?

Je suis déjà en tournée pour présenter le livre un peu partout en France où des organisateurs de festivals et de sound systems m’invitent. Je suis en train de finaliser la compilation qui sera offerte à tous les lecteurs du livre et il y aura du Big Tune, crois-moi ;) Pour les clips, je devrais en réaliser un ou eux effectivement. Pour le plaisir bien sûr, et pour remercier tous ces artistes de se mobiliser pour mes romans ! ! ! Quand je vois que le clip de Yaniss Odua a dépassé les 5 millions de vues, je me dis que je ne suis pas seul et que mes romans touchent les gens. C’est déjà beaucoup pour un écrivain. Facebook me permet de rester proche d’eux. C’est la base, ma base, et c’est un kiff d’avoir autant de gens cools qui apprécient mes romans.

Quelque chose à rajouter pour nous donner encore plus envie de lire ton ouvrage ?

Rien à ajouter, si ce n’est que vous aimerez les aventures de la Génération H, pour peu que le sexe, la musique et la ganja vous intéressent. La littérature underground n’a pas d’autres ambitions que de distraire les lecteurs en parlant d’histoires qui les touchent.

Génération H, Têtes chercheuses d’existence,
Alexandre Grondeau,
Éditions La Lune sur le toit

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Mémento de prise en charge des urgences en contexte addictologique

Bon nombre d’intervenants de santé non spécialisés sur les drogues (secouristes, urgentistes, infirmerie scolaire ou universitaire…), se trouvent désemparés, dès qu’ils doivent prendre en charge une personne sous l’effet de substances psychoactives. Voici un guide clair et concis pour face à bon nombre de situations.

Qu’entend-on quand nous parlons d’urgences ? Quelles sont les situations qui requièrent une réponse immédiate ? Comment agir et réagir ? Quelles sont les ressources existantes ? Qu’il s’agisse d’urgences physiques, psychologiques, comportementales ou sociales associées à la consommation de substances psychoactives ou d’un arrêt brutal de ces consommations, ce guide collaboratif publié par le RESPADD, élaboré par un groupe de travail interdisciplinaire auquel ASUD a participé, rappelle les bonnes pratiques et conduites à tenir à travers des conseils simples et des pratiques validées.

Un guide pratique en format “poche” qui s’adresse à tous les professionnels et intervenants en contact avec des usagers de produits psychoactifs.

Télécharger le PDF
« Prise en charge des urgences en contexte addictologique »

Bloodi – intégrale tome 1 à 5 + bonus

En hommage à Pierre Ouin, décédé le 10 novembre 2015, BDZ, un webzine consacré à la BD, propose en téléchargement (avec accord de la famille) l’intégrale des 5 tomes de Bloodi agrémenté d’un paquet de bonus dont de nombreux dessins faits pour ASUD.

Cette intégrale numérique reprend les planches BD de Bloodi publiés par Pierre Ouin dans ses 5 tomes :

  • Tome 1 : Trouve pas l’égout
  • Tome 2 : Bloodi et les rongeurs
  • Tome 3 : C’est les rats !
  • Tome 4 : Les rats passent !
  • Tome 5 : La rate qui s’délatte
  • Des bonus surprises BD, photos, illustrations etc…

Vous pouvez télécharger tout ça (350 Mo) soit au format PDF, soit au format CBR (pour liseuses) en respectant la licence suivante : creative common by-nc-nd.

source : https://bdzmag.actualitte.com/Bloodi-integrale-tome-1-a-5-bonus-en-hommage-a


Chroniques de la Toxicomanie Ordinaire

Sur sa chaîne Youtube, intitulée Chroniques de la Toxicomanie Ordinaire, Clem se sert de son expérience de consommateur pour informer de façon claire tous ceux qui s’intéressent aux drogues. C’est simple, rapide et efficace ! Il y a aussi un compte twitter associé @CTO-clem.

Vous pouvez ici visionner les premières chroniques pour vous faire une idée. Pensez à aller directement sur la chaîne youtube ou sur twitter pour envoyer vos remarques, questions, ou soutiens à l’auteur.

Chroniques de la Toxicomanie Ordinaire Logo


https://www.youtube.com/watch?v=mojbZZU17n4https://www.youtube.com/watch?v=0vTlAhpt0LA

A écouter : Contraventionnalisation, Cannabis thérapeutique et UNGASS 2016

Animée par Max sur la plus rebelle des radios, Radio Libertaire, 89.4FM

Avec ce jour Fabienne de Principes Actifs, Gaël et Nathaniel du CIRC Paris, Jejor d’Asud (l’Observatoire du Droit des Usagers de drogues) et KShoo, porte-parole de la Fédération des CIRCs.

Au menu, la contraventionalisation ; où en est le thérapeutique ; l’UNGASS 2016, ça se mange ?

Crève Cœur, Daniel Darc – Édition Deluxe 2015

  • 2 CD : Crève Cœur (album original) + Inédits & raretés (16 titres)
  • 1 DVD : Rêve Cœur (de Marc Dufaud) + clips dont un inédit, Désolé
  • Livret texte et photos

Une parenthèse essentielle

Fin janvier, Frédéric Lo m’a appelé pour me faire entendre les nouvelles chansons de l’album Inédits & raretés accompagnant la ressortie de Crève Cœur. Je travaillais à une rue de son studio au dérushage des images de mon film. La coïncidence était surprenante : à deux pas l’un de l’autre, Frédéric avec des chansons inédites, moi, avec un long métrage à venir, nous portions tous deux un projet autour de Daniel. Ça suffit à dire le vide qu’il laisse.

Plutôt que de réunir outtakes, chutes de studio et rebuts, ce qui eût été légitime et même cohérent s’agissant d’un album périphérique, Frédéric a méticuleusement sélectionné ses bandes, ne gardant que les titres aboutis qu’il a ensuite agencés avec le soin et l’élégance qui caractérisent ses compositions et ses arrangements.

Seize chansons, donc, et si certaines ne sont pas tout à fait inédites, toutes sont rares. Oui, rares ! On peut les voir comme 16 satellites tournant autour de l’astre Crève Cœur, ou comme 16 instantanés, 16 vignettes parfois accouchées sans douleur, parfois nées ou sauvées du chaos, arrachées de haute lutte à tout ce « qui pèse et écartèle ». Les jalons posés sur une sorte de route secondaire, faussement parallèle, en amont et en aval d’un Crève Cœur traçant sa route sur une voie royale.

Plus qu’un simple éclairage projeté sur Crève Cœur, ces compositions trouvent ensemble une forme d’équilibre qui fait de ce disque bien autre chose qu’un simple amalgame de chutes, mais bien un album à part entière. L’histoire qu’il raconte en filigrane est celle d’une collaboration artistique absolument marquante de la chanson française. Une histoire débutée au coin de la rue Trousseau au début des années 2000, lorsque Frédéric-Bowie proposa à Daniel-Iggy de travailler ensemble, et qui s’étend jusqu’aux abords d’Amour Suprême. Entre ces deux points, une période de créativité intense illustrée par ce disque où on retrouve une dizaine d’inédits, des duos et des titres composés pour d’autres artistes, et autres raretés comme le très tendre Nathanael écarté à la dernière seconde de l’album de 2004 ou encore La parenthèse enchantée, un des moments forts et clés du disque, une profession de foi et d’amour désormais aux allures de testament déchirant. Le talk over hypnotique d’Angoisse permanente basé sur un passage du Feu Follet, s’aventurant dans un territoire musical plus complexe, témoigne du désir commun de Daniel et Frédéric d’explorer de nouvelles directions.

Outre la qualité intrinsèque de ces gemmes, ce qui saute aux oreilles, c’est la voix de Daniel mise en valeur par l’écrin musical que lui offre la musique de Frédéric : sa tessiture, la fêlure fitzgéraldienne qu’elle porte, rendent instantanément identifiable cette voix traversée par une sensibilité peu commune. Hank Williams – préfigurant le L.U.V. d’Amour Suprême – à lui seul en atteste : le texte se résume à un simple name dropping des héros musicaux de Daniel. Et c’est la voix, la façon de jeter comme ça ces noms glorieux, qui transcende l’ensemble, le tire bien au-delà d’une énumération d’un simple jeu de références.

On n’a sans doute ni assez remarqué ni assez souligné à quel point – et ce depuis Taxi Girl – le phrasé unique de Daniel a influencé, et même décomplexé, plusieurs générations d’artistes français (mais il faudra bien un jour s’y pencher sérieusement – quitte à choir). Et si, ce faisant, il a jeté un pont entre rock et variété, n’ayez aucun doute, lui se situe bien sur la rive rock. Les Cœurs verts ne se rédiment pas !

Alors, voilà, il n’y a qu’une façon d’aborder ce disque, c’est d’oublier qu’il s’agit d’un album « posthume » et de le prendre pour lui-même ou pour ce qu’il aurait pu être, à savoir le 3e album des années Darc/Lo, période d’une créativité fulgurante couronnée par une re-CO-naissance médiatique due. Un disque dont Daniel aurait pu dire que c’est ce qu’il a fait de mieux… avant de le renier ensuite. Parce que Qu’est ce que ça peut faire ? ! Ça s’appelle brûler ses vaisseaux et Daniel savait faire ça mieux que quiconque – Don’t look back ! Missyou Bro.

films-reve-coeur-001Rêve Cœur – le film

Notes du réalisateur :

« Des 3-4 films que j’ai réalisés avec Daniel, Rêve Cœur a été sans aucun doute le plus fluide à faire. Ce qui ne signifie pas le plus facile mais il y avait là comme une forme d’évidence, dix ans après Le Garçon sauvage. En fait, nous reprenions les choses là où nous les avions laissées, à ceci près qu’en dix ans nous étions devenus très proches l’un de l’autre.

Tout film de commande qu’il soit, Rêve Cœur a été réalisé et monté avec une liberté totale. Son tournage s’est étalé sur quelques semaines. Armé d’une petite caméra numérique semi-pro, je rejoignais Daniel chaque jour à son appartement. On y a d’abord tourné les quelques plans que j’avais en tête et puis, pendant plusieurs jours, j’ai filmé à la volée, caméra épaule, nos balades à travers la ville. Très souvent ensuite nous allions chez moi passer la soirée et faire quelques séquences additionnelles. Mon fils Nathanael avait 4 ans, il adorait Daniel lequel prenait son rôle de parrain avec un sérieux qui m’amusait et me touchait, corrigeant avec une patience infinie les katas du karatéka débutant que Nathanael était alors.

L’autre partie du tournage s’est faite chez Frédéric et en studio avec un matériel adéquat et une équipe réduite. Je retrouvais pour l’occasion Florence Levasseur, la « chef op » de mes premiers films et sans laquelle aucun d’eux n’aurait été aussi fort. Il n’était pas question pour moi de « mettre en scène » des images tournées en studio a posteriori. Nous avons donc suivi les derniers jours de mixage du disque pour en saisir l’atmosphère sans savoir une seconde que cet album allait devenir l’une des pierres de touche de la chanson française. »

Daniel Darc – Brother Under the Bridge

Il y a quatre ans, en rejoignant la rédaction d’Asud, j’avais évoqué avec Daniel l’idée d’une interview pour le magazine. L’idée lui plaisait forcément. Nous n’avons pas eu le temps… la vie est dégueulasse…
Oui, souvent, quand même !

Taxi Girl, Cherchez le garçon / Viviane Vog tranche ses veines sur scène / l’aura noire du groupe / Paris 1984 Belle Année… / La came, les excès, les années 90 et puis en 2004, le retour en grâce avec l’album « Révélation de l’année » : Crève Cœur et puis Amour Suprême. Jusqu’à ce jeudi 28 février 2015…

L’histoire est connue, je n’y reviens pas, il y aura des bio bien définitives pour raconter ça mieux que moi. Moi, je ne peux pas, tout simplement. Derrière cette histoire-ci, il y en a tant d’autres qui ont fait de Daniel un personnage de roman urbain, une sorte de légende souterraine. Et le plus beau, c’est que toutes sont vraies bien sûr !

La gorge nouée, je relis le dernier paragraphe du chapitre que je lui consacrais en 2010 dans mon Rebelles du rock :

« Alors bien sûr, on peut insister sur la fragilité, sur le désespoir, sur les ombres qui “pèsent et écartèlent” Daniel. Pour ma part, je préfère retenir quelque chose qui a à voir avec le refus de céder, avec la force. On ne sur-vit pas ainsi à frôler toutes sortes de misères et de précipices sans être dur comme de l’acier. Quitte à vous foutre les jetons, je crains que Daniel ne soit pas rédimé. Pas comme certains aimeraient le croire. À 50 ans, c’est encore et plus que jamais un insoumis. Même s’il semble plus en paix avec lui-même ou plutôt justement parce qu’il est plus en paix avec lui-même. Ce qui donne souvent l’envie d’être en guerre avec les saloperies que ce monde génère. Le Don des larmes semble-t-il lui a été accordé. Mais pour le reste, ni regret, ni remords. Dans cette époque cynique ça fait du bien de savoir que Daniel is alive well et livin’ in Paris. »

Inflexible, Daniel ne s’est jamais plaint. Il a toujours consenti à payer le prix de cette vie qu’il s’était choisie d’une certaine façon. Tout ça, et bien plus, faisait de lui un être rare, hors norme, un passager comme on en croise peu. Alors au diable le « suicidé », le « clodo céleste » à la Bukowski, « l’effondré », « le dévasté », Daniel tenait droit dans ses bottes le regard dur et lointain. Un détachement frappant. Tout le reste est lit-thé-ratures.

Rien ne sert à rien… Il l’avait compris : la vie est irrémédiable, elle nous tue un à un. S’il flirta avec la mort, c’est parce qu’il aimait intensément la vie, qu’elle n’allait sans doute pas assez vite et fort pour lui… Alors il l’accélérait, la redressait. Oui, il défia la mort, avec ce mélange d’intelligence suprême et de stupidité consentie, parce qu’il connaissait l’issue. Il la défia droit dans les yeux. Il la défiait autant qu’il s’en défiait et qu’il s’en méfiait. Finalement débarrassé de toute fascination. Serein ? Presque !

On le trouvait insaisissable. Moi, je le trouvais, et je le trouve toujours, saisissant. Saisissant tout au passage. Saisissant aussi par sa force, par son charme, par sa façon d’en jouer et d’enjouer, par son attention aiguë et son regard sur les autres, sur la vie, par ses contradictions, par une infidélité paradoxale, par ses conneries, des plus fameuses aux moins glorieuses, par cette nécessité de se saborder, par son ironie et puis par son rire, ah son rire ! …

Être à la fois infiniment plus profond, complexe qu’il n’y semble, aux contradictions parfois trompeuses, il était doté surtout d’une vie intérieure intense. Le cheminement spirituel qu’il a accompli, après de nombreux détours, l’a amené à se convertir au protestantisme. Il s’y est engagé comme toujours radicalement, avec une soif de comprendre et de connaître inextinguible. Daniel vivait tout comme une Quête. La dope incluse. Une quête d’amour au sens humain et christique. Daniel me disait un jour « Il faut ménager le truc sinon tu ne tiens pas longtemps » … Il a tenu la Foi chevillée au corps et à l’âme. Bien au-delà de nombreuses prédictions. Pas autant que je l’espérais…

Sizzurp : Le sirop de la rue (part2)

Après s’être propagé via le rap sudiste américain, le Sizzurp fait aujourd’hui les frais de témoignages dénonçant son abus et les risques associés. Le fabricant de cet antitussif a décidé d’en arrêter la production, exposant du même coup les consommateurs à d’autres risques pour la santé.

Cliquez ici pour lire l’article précédent paru dans ASUD journal n°51 :
HiP-HoP : Le sirop de la rue (part1)

Après des années de tabous, on assiste à une explosion des consommations depuis le début des années 2000. Coke, MDMA (« Molly »), médocs, tout y passe et les consommations s’affichent ouvertement. Le phénomène le plus notable est celui du Sizzurp, un antitussif à base de codéine et de prométhazine consommé de manière récréative en cocktail (soda+bonbons fruités)*. Cette pratique née à Houston au début des années 90 est restée pendant longtemps confinée à la scène locale. Mais l’explosion du rap sudiste au début des années 2000 a propagé cette tendance à travers les USA. On ne compte plus les références au cocktail dans les rimes et la mode a depuis dépassé les frontières du hip-hop, touchant même l’égérie teenage Justin Bieber et lui valant sa première « rehab ».

Arrêter la production

tumblr_lt1f5s1Ltf1qcww7eo1_500Certains commencent à évoquer le revers de la médaille. Mac Miller, Gucci Mane et Lil Boosie ont publiquement abordé leur addiction et leur difficulté à décrocher. August Alsina, Rick Ross et le plus célèbre, Lil Wayne, ont séjourné à l’hôpital suite à un abus de « Purple Drank ». Ils ont tous eu des crises de convulsions qui auraient pu leur être fatales. August Alsina et Lil Wayne ont passé chacun 3 jours dans le coma suite à la violence des crises. Des produits, des abus, rien de bien nouveau sauf la réaction d’Actavis, le fabricant du sirop, qui a décidé d’en arrêter la production déclarant que l’image du produit dans les médias a « rendu glamour l’usage illicite et dangereux du produit, qui est contraire à son indication initiale ». Assez rare pour être notée, une telle réaction est-elle pertinente ?

Pour ceux pour qui le produit est le seul et unique responsable du problème, tout rentrera dans l’ordre s’il disparaît de l’équation. Une vision prohibitionniste et manichéenne de la question, où l’on retrouve d’anciens consommateurs repentis comme Lil Keke, Lil Boosie ou 2 Chainz. Et puis il y a ceux qui voient d’un très mauvais œil qu’on les prive de leur produit de prédilection, comme Soulja Boy, qui commence déjà à faire des stocks en prévision d’une pénurie et qui a même lancé une pétition pour tenter de faire revenir le fabricant sur sa décision

L’interdit et ses conséquences

Quarante ans de prohibition nous ont appris qu’interdire un produit n’est pas la solution. Même s’il n’est pas ici question d’interdit, le retrait du marché de l’antitussif aura les mêmes conséquences. Une décision d’autant plus regrettable qu’elle est davantage motivée par un souci d’image de marque que par une réelle préoccupation de santé publique. Elle pénalisera des malades, marginalisera et criminalisera les consommateurs, et favorisera le trafic et la contrefaçon. Avant même l’arrêt de la production, les prix dans la rue atteignent déjà 200 à 1 200 $ les 50 cl !! La première conséquence est que les consommateurs vont se tourner vers d’autres produits dont la consommation peut s’avérer encore plus risquée. Cette tendance est déjà observable avec des cocktails dans lesquels sont écrasés divers cachetons comme l’Ambien®, le Vicodin® et l’OxyContin®, dont certains sont des opiacés majeurs. Sachant que les overdoses de médicaments sur prescription sont la première cause de décès accidentel aux USA, ce glissement n’aura rien d’anodin.

purple-and-drank1En France aussi, on sirote

Et c’est précisément à cette problématique qu’il faudra faire face en France, car le sirop d’Actavis n’existant pas chez nous (et n’étant plus fabriqué de toute façon), les recettes pour se rapprocher du cocktail US diffèrent. Elles nécessitent des associations médicamenteuses pour mélanger prométhazine et codéine, entraînant d’autres risques (dosages, présence d’autres molécules dans ces médicaments comme le paracétamol, etc.). Il est nécessaire de pouvoir rappeler que la consommation de ces produits peut provoquer des malaises, notamment des dépressions respiratoires, surtout quand elle est associée à d’autres produits comme l’alcool et le cannabis qui potentialisent ces risques. Des recettes circulent déjà sur des forums francophones et le réseau des CEIP fait état de plusieurs cas d’intoxications au cocktail depuis le début 2014. Il est donc nécessaire de prendre connaissance du phénomène afin de pouvoir se renseigner, informer et faire de la prévention.

Illegal! magazine

Illegal!

Le magazine danois sur les drogues lance une édition anglaise.

« Le journal qui aide les toxicomanes à acheter leur dose », « Un magazine vendu par des drogués pour financer leur addiction », etc. Il y a dix-huit mois à Copenhague au Danemark, la sortie du premier numéro d’Illegal! n’est pas passée complètement inaperçue… La presse locale a voulu accrocher ses lecteurs avec des titres à sensation. Et lorsque fin 2014 est arrivée l’édition britannique, les journaux anglais ont à nouveau titré sur cela.

Faire baisser la délinquance

Certes, le fondateur du journal, Michael Lodberg Olsen, ne cachait pas que la diffusion par des usagers de drogues pouvait faire baisser la délinquance puisqu‘ils ne seront plus obligés de commettre des délits pour pouvoir acheter leur came. Ce fut même l’un des sujets abordés dès le départ dans le journal : cela va permettre de « décriminaliser les toxicomanes et de faire baisser prostitution et crimes ». En septembre 2013, il estimait dans son numéro de lancement que la vente de 15 à 30 numéros d’Illegal! permettait de subvenir aux besoins financiers d’un héroïnomane – vendu 40 couronnes danoises, 25 reviennent au vendeur, soit environ 3,50 euros par journal. Mais il semble avoir depuis peu changé son argumentation. Dans une interview récente à Télérama, il insiste sur le fait qu’Illegal! a été créé « pour éduquer et susciter la discussion, et non pour provoquer ni fournir de la drogue aux toxicomanes comme certains le disent ». Il souhaite également que la dépendance aux stupéfiants devienne une priorité pour les responsables de la santé plutôt que pour le système judiciaire, regrettant « que la guerre contre les stupéfiants se résume beaucoup trop à une guerre contre les consommateurs ».

Collection illegal! magazine

Susciter le débat et changer les mentalités

C’est donc en septembre 2013 à Copenhague que débute l’histoire du magazine Illegal!. Dès le départ, l’ambition de Michael Lodberg Olsen est de susciter le débat et de changer les mentalités sur un sujet aussi sensible que les drogues. N’y sont donc abordées, six fois par an, que les questions tournant autour de ce sujet. Au départ diffusé à 5 000 exemplaires, le tirage a rapidement doublé, puis triplé pour atteindre les 15 000. Il y a quelques mois à Londres, ce sont, dans un premier temps, 2 000 exemplaires qui ont été vendus par les toxicos du quartier de Hoxton dans l’est de la capitale britannique. Et, d’après la presse anglaise, toujours avec la volonté de faire baisser les chiffres de la délinquance en permettant aux usagers de drogues, principalement héroïnomanes, de pouvoir se payer leur came avec les bénéfices de la vente du magazine. Une démarche qui ne plaît pas à tout le monde. Un porte-parole de la police déclarait récemment que « cette initiative qui justifie la collecte de fonds pour l’achat de drogue n’est pas la réponse ». Mais cet argument mettant en avant les répercussions de la vente du magazine sur les chiffres de la criminalité ne semble plus être d’actualité au sein du journal. Peut-être le doit-on à Louis Jensen, qui dirige l’édition londonienne. Ayant rencontré Olsen alors qu’il filmait un documentaire, il a souhaité ramener le concept en Grande-Bretagne. Il explique alors au Daly Mail que ce journal veut surtout « contester les idées fausses et les stéréotypes. Il n’est pas nécessairement là pour créer un revenu pour acheter de la drogue ». Pour lui, il y a une réelle méconnaissance sur les drogues au Royaume-Uni : « pas seulement sur les produits mais également sur leurs usagers ou sur la façon de les prendre ». Une « philosophie » qui se rapproche beaucoup, en France, de celle d’Asud-Journal. Qui, peut-être aux regrets de certains lecteurs, n’est de toute façon (toujours) pas en vente dans les rues…

Bernard Rappaz… Pionnier !

Pêle-mêle, Bernard, le premier de l’école et champion d’athlétisme, crée dans les années 70 le Mouvement Valaisan d’actions non-violentes et écrit dans Combat non-violent. Il devient le promoteur de l’objection de conscience et participe à la création du WWF. Il contribue grandement à l’essor de l’agriculture biologique qu’il pratique dans sa ferme (l’Oasis) achetée en 1975 et il créé un syndicat agricole, l’Union des producteurs suisses. Il organise avec quelques amis un festival façon Woodstock et manage un groupe de rock helvétique.

Mais sa renommée, la partie la plus développée de cette autobiographie qui débute par « la chronologie de ses différentes incarcérations et grèves de la faim », Bernard Rappaz la doit à sa passion pour le chanvre et à son acharnement pour défendre sa légalisation dans cet étrange pays où on a le droit d’en cultiver, à condition de ne pas le transformer en stupéfiant.

De la prison au chanvre

La première fois qu’il se retrouve en prison, ce n’est pas à cause du chanvre, mais pour un casse de banque, pas une petite banque à la noix, mais une vraie banque à la Suisse. Il sera condamné à quarante mois de prison et entamera sa première grève de la faim, une méthode héritée du jeûne que Bernard, disciple de Gandhi, pratique… « Le jeûne, c’est la santé et une automédication efficace », écrit-il dans son livre.

Grâce (ou à cause) de la prison, il ose se lancer dans la culture à risques du chanvre. En 1992, les policiers découvrent (suite à une dénonciation) 250 pieds de chanvre dans une tomatière, ce qui l’amène à s’intéresser de près à la loi suisse, puis à militer pour la légalisation du chanvre. Ponctuée de grèves de la faim, cette première peine sera suivie de nombreuses autres. Bernard Rappaz enchaîne avec la tisane de chanvre qu’il paie de quelques jours de prison, puis avec l’huile de chanvre riche en oméga 3. Il fonde la société Valchanvre et participe à la création des Amis suisses du chanvre (ASAC), qui deviendra célèbre en 1999 lorsque Bernard ouvre les portes de sa petite entreprise aux caméras de M6.

Bernard Rappaz et le WWF

Du chanvre à la prison

En 1996, il est rattrapé par la justice pour ses activités chanvrières, et plus particulièrement la commercialisation de coussins thérapeutiques. Il sera condamné et entamera immédiatement une grève de la faim qui durera quarante-deux jours.

C’est bien sûr dans la solitude de sa cellule que Bernard a écrit ses mémoires. Le livre raconte ses démêlés avec la justice valaisanne, un combat singulier entre de féroces magistrats soutenus par Le Nouvelliste, feuille de chou valaisanne, et une forte tête sûre de son bon droit qui se considère comme un prisonnier politique et qui jamais n’abandonne, comme le prouvent ses interminables grèves de la faim.

Si voulez en savoir plus sur la politique suisse des drogues et sur le combat de Bernard Rappaz, lisez Pionnier ! Un cahier central, avec des photos du Jack Herer valaisan et des extraits de presse sur ses aventures, complète la lecture.

Pionnier !
Bernard Rappaz
Éditions Favre
(18 euros)

Bernard Rappaz est aussi l’un des principaux protagonistes du documentaire Le chanvre en Suisse que vous pouvez voir ici.

The Ramones – Too much junkie business

Too Young Too Fast, les Ramones auront été le premier groupe punk US signé par une major à l’été 1975, quelques jours avant Patti Smith. Au milieu de la flopée de combos arty punk new-yorkais, les Ramones détonent. Pire, ils semblent suspects : trop purs pour être honnêtes et pourtant… Ces Hillbilly Cats urbains jouent un rock’n’roll résolument, furieusement, blanc. White Trash. No Beatnik Black. No Soul, No Rhythm & Blues.

Début des seventies, au cœur du New York de Taxi Driver et de Maniac : quatre merdeux, enfants du baby boom de l’après-guerre, bourrés de speed et d’héro (celle de la French Connection) glandent dans le Queens du côté de Forest Hills, une aire bétonnée suintant d’ennui, conquise par la dope, le speed et l’acide. Ils ont 22 ou 23 ans et, nés avec ou non, ils ont maintenant la Haine chevillée au corps. Loosers parmi les loosers, drop-out, ces authentikkk voyous jouent au Ringolevio version Orange Mécanique sous quaaludes. Braquages, agressions, bastons, prostitution constituent leur quotidien. Finalement, en dehors de la dope, le rock’n’roll est la seule chose qui les accrochent.

Les Ramones, Toronto, 1976
Les Ramones, Toronto, 1976

Frères de rue, frères de rock, ils sont tous des Ramones, même si entre eux les coups pleuvent : Dee Dee, qui carbure à l’héro depuis qu’il a 15 ans tient la basse, Joey est au chant (et à la batterie), Johnny à la guitare et Tommy, ex-manager, assure rapidement la succession de Joey aux drums. Jeans, perfectos, coupe au bol, baskets. Voilà pour l’uniforme. Et en vingt ans d’existence, ils n’en changeront plus.

Au moment où les Led Zeppelin, Clapton, Deep Purple et autres se perdent en virtuosité, les Ramones portent l’estocade. Le Pub rock est enfoncé. Bye bye les Flamin’ Groovies ! Coup de grâce. De génie. Avec les Ramones, le rock ne retourne pas simplement à la rue, il retourne au caniveau. L’innocence rock’n’roll parfaite revisited seventies. Traqueurs de mirages en pleine Blitzkrieg Bop, ils balancent leurs morceaux minimalistes ultra speed. Lyrics idoines, acidulés et pervers, du Leiber/Stoller amphétaminé. Le turn-over des musiciens n’altère ni l’identité ni la musique du groupe. Posées une fois pour toutes en 1975, ces bases sont immuables.

Ramones - Hey ho let's goPunks rockers, chassant le dragon rock’n’roll, animal légendaire qui a toutes les chances de n’être qu’un fantasme insaisissable, mais qui les obsède, ils inciteront Spector, aux neurones déjà bien grillés, à sortir de sa torpeur psychotique le temps d’un album arraché au chaos. Après avoir offert Because The Night à Patti Smith, l’outsider qu’est Bruce Springsteen avant 1980 leur composera un Hungry Heart sur mesure et il faudra l’intervention de son très avisé manager, Jon Landau, pour que le futur Boss se résolve à garder cette pépite pour lui : grand bien lui en fera puisque ce sera là son premier hit single !

En Europe, notamment en Angleterre et en France, les Ramones sont adulés. Ils joueront avec les Sex Pistols, sillonneront pendant deux décennies le vieux continent, suivis par leurs légions indéfectibles de fans purs et durs. De la vague punk hardcore californienne aux grunge nineties qu’ils adouberont, les Ramones auront exercé pendant vingt-cinq ans une influence majeure sur toute l’avant-garde underground punk !

Une tournée d’adieu, peu avant le nouveau millénaire, scelle la fin des Ramones. L’épilogue est déprimant à souhait, crucifiant, en forme de réaction en chaîne maudite : en moins de trois ans, les trois ex-teenages losers de Forrest Hill passent de vie à trépas. Et comme pour boucler la boucle, Joey viendra enregistrer avant de mourir un titre en duo avec Lisa Marie Presley. Preuve que le King lives ! TCB !

Le cannabis fait peur aux libraires

Adoptée en 1970, la loi « relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et à la répression du trafic et de l’usage illicite de substances vénéneuses » se singularise en punissant tant la « présentation sous un jour favorable » que « l’incitation ou la provocation à l’usage » de stupéfiants. Et marche allègrement sur les droits de l’Homme en mettant en péril la liberté d’expression.

Cachez ces livres que je ne saurais voir

Dans les années 1990, de nombreuses associations voient le jour pour remédier au manque de courage politique du gouvernement Mitterrand sur les problèmes de société. C’est ainsi que, dans la foulée d’un livre, Fumée clandestine, sera créé le Circ (Collectif d’information et de recherche cannabique), association dont l’objectif est de collecter et de diffuser toute information liée à l’usage du cannabis.

Cet ouvrage à vocation encyclopédique qui a fait les beaux jours des libraires est vite devenu le porte-drapeau des partisans du changement jusqu’à ce jour de 1997 où, sous le titre « Cannabis, savez-vous planter des joints ? », une journaliste de France Soir s’en prenait à la Fnac qui exposait, au su et au vu de tous, un livre (en l’occurrence, le second tome de Fumée clandestine) dans lequel étaient transmises des informations sur l’art de cultiver du cannabis chez soi.

Comme on s’y attendait, une quinzaine de jours plus tard les fonctionnaires de la brigade des stups débarquaient à la Fnac Forum suite à une plainte déposée pour « présentation du cannabis sous un jour favorable », plainte qui n’eut jamais de suite. Mais le ver était dans le fruit et les livres qui présentaient la prohibition sous un jour défavorable passèrent des tables d’exposition aux étagères.

La droite est de retour et les censeurs avec…

Une coalition composée d’associations, de mouvements et de partis politiques fondent en 1998 le Collectif pour l’abrogation de la loi de 1970 (Cal 70). Leur première revendication : supprimer l’article L630 du code de la Santé publique, qui punit de cinq ans de prison et de 75 000 € d’amende le fait de présenter le cannabis sous un jour favorable. La nomination à la tête de la Mildt (Mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie) de Nicole Maestracci est une bouffée d’air frais. Par hasard, deux éditeurs, le Lézard et Trouble-Fête, découvrent en septembre 2002 que des livres sur la cannabiculture ont disparu du site de Virgin, dont le PDG est par ailleurs un ardent défenseur de la légalisation.

Ils s’en émeuvent. Le responsable du magasin de Toulon, apprennent-ils, a été mis en garde à vue. Pourquoi ? Parce que les policiers ont découvert, lors d’une perquisition chez un jardinier en herbe, des livres sur l’art de cultiver du chanvre achetés en toute légalité chez Virgin… Il faudra un article dans Libération pour que les livres incriminés soient remis en vente.

En 2004, effet collatéral d’un retour en force de la morale à deux sous, la direction de la Fnac (encore elle) demande de « surseoir temporairement à la vente » de quatre livres sur le cannabis « suite à une enquête de la brigade des stupéfiants » dans l’un de ses magasins, sans pour autant en informer les éditeurs concernés… Des livres qui, à l’exception de Fumée clandestine, sont tous consacrés à la cannabiculture.

Une censure qui n’a jamais ose dire son nom !

Ne pouvant interdire des livres, les ennemis de la liberté d’expression portent plainte, et si les grandes enseignes (Fnac, Virgin, Cultura) sont les premières visées, les libraires indépendants ne sont pas à l’abri d’une descente de police dissuasive. Les livres incriminés ne font pas de prosélytisme pour le cannabis comme voudraient nous le faire croire les associations (familiales et catholiques) qui usent et abusent de l’article L3421-4 pour intimider, voire menacer, les libraires. Une manœuvre qui a fonctionné au-delà de toute espérance. J’en veux pour preuve la dernière production de Trouble-Fête, Cannabis, 40 ans de malentendus, un livre sur la petite et la grande histoire du cannabis boudé par les grandes enseignes et les libraires indépendants, de peur qu’une simple feuille de cannabis leur attire des ennuis.

Nous ne sommes plus au temps de l’inquisition

En 2011, la Global Commission on Drug Policy, qui réunit des personnalités au-dessus de tout soupçon comme l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, ou encore trois anciens présidents de la République et deux prix Nobel de littérature, publiait un rapport dénonçant une « guerre à la drogue » inutile et criminogène.

En 2013, l’Uruguay, talonné de près par le Colorado, légalisait le cannabis. En France, entre une timide avancée sur le front du cannabis thérapeutique et une proposition de loi déposée au Sénat par une élue d’Europe Écologie-Les Verts, le débat est relancé… Et le triste temps où les fonctionnaires de la brigade des stups triaient les bons des mauvais livres sur les drogues dans les librairies est révolu.

24h Chrono de la vie d’un tox au boulot

Pas facile d’être accro et de n’éveiller aucun soupçon à ce sujet sur son lieu de travail. Surtout quand on s’appelle Jack Bauer et que le boulot consiste tous les ans pendant une journée à sauver le monde de la menace terroriste. La drogue au travail est l’une des intrigues secondaire de la saison 3 de la série 24 Heures Chrono.

Après un an passé à avoir infiltré un cartel de narcos mexicain, Jack Bauer a mis leur chef sous des verrous made in USA. L’infiltration de Jack est finie, il va retourner au bureau avec ses collègues. Seul hic, il est entretemps devenu accro à l’héro. L’occasion pour la morale américaine de nous montrer à grands coups de clichés le combat d’un (sur)homme contre son addiction. Il est 13h.

13h20
Jack montre des signes de manque, son coéquipier s’en rend compte. Lourds regards accusateurs et compassionnels à la fois.

13h26
Jack fait une crise de manque seul dans son bureau.

13h50
Son coéquipier lui annonce qu’il sait. Il ne dira rien à la hiérarchie mais désapprouve sa faiblesse.

13h51
Jack se prépare un shoot au bureau.

13h54
Sa fille l’appelle. Elle ne sait rien. Jack pense à elle, se sent coupable et renonce à son shoot.

14h01
Jack jette sa seringue pleine dans la corbeille à papier.

14h05
Son coéquipier lui propose d’essayer la méthadone plutôt que de shooter au bureau.

14h38
Pour son enquête, Jack fait une descente dans un squat de tox et tombe sur un injecteur. Jack marque une pause. Est-il dégouté ou aimerait-il être à sa place ?

15h00
Nouvelle crise de manque pour Jack qui attend quelqu’un dans sa voiture. Il décide de se shooter mais son rencard arrive juste avant qu’il n’ait pu s’injecter. Il planque son matos mais sa préparation glisse côté passager.

15h23
Jack vomit et ce n’est pas le mal de mer !

asud55 p32 24H Chrono15h40
Une docteure liée à l’enquête monte dans sa voiture et voit sa préparation. Elle comprend qu’il est en manque et le questionne. Jack avoue sa dépendance. Soulagement de pouvoir le dire à quelqu’un qui ne le juge pas.

16h40
Son coéquipier refuse d’exécuter un ordre au prétexte que c’est un camé. Il le prévient qu’il ne le couvrira plus à ce sujet.

17h43
Une collègue de Jack trouve la seringue qu’il a jetée à la poubelle. Elle fait analyser le contenu. C’est bien de LA Drogue. Toute l’équipe perd confiance en Jack et décide de dire à sa fille que son père est un drogué.

18h42
Jack est à nouveau en manque alors qu’il est prisonnier du cartel qu’il avait infiltré. On lui fait remarquer qu’il n’était pas obligé de se shooter pour s’intégrer parmi eux. S’il l’a fait, c’est pour soulager son mal-être.

19h25
Jack se réveille en manque dans un avion après avoir été assommé, ce qui ne l’empêche pas de tuer son gardien rien qu’avec les jambes.

20h15
Jack est en manque dans la villa du cartel.

21h10
Le chef du cartel propose à Jack de la méthadone. Il la prend pour enfin calmer son manque (les scénaristes ont dû se lasser des crises de manque qui ralentissaient l’histoire).

02h07
Jack revient au bureau. Tout le monde est au courant de sa dépendance. Son boss lui demande de se faire soigner sinon ils ne travailleront plus avec lui. Il accepte sur le champ et l’annonce à sa fille avant de se rendre à l’infirmerie pour une prise de sang.

02h30
Jack est envoyé chez un psy à qui il raconte son parcours dans la drogue. Il affirme s’être drogué pour des raisons uniquement professionnelles pour les besoins de l’infiltration. Ses supérieurs en doutent et pensent qu’il y a aussi pris du plaisir. Si c’est le cas, c’est une faute qui peut lui faire perdre sa place.

11h15
Jack explique à son boss qu’il s’est drogué par devoir patriotique et comme il vient de sauver le monde une nouvelle fois, on ne lui annonce pas tout de suite qu’il est viré pour s’être drogué. Il l’apprendra au début de la saison 4.

Bravo Jack, comme beaucoup d’entre nous, tu as dû te cacher, risquer ton job, galérer pour trouver une dose ou un coin tranquille pour shooter. Mais surtout, tu as senti le regard de tes proches, famille et collègues, changer sur toi pour la seule et unique raison que tu avais besoin de remplir ton corps de quelques molécules légalement prohibées et moralement répudiées. Mais en huit heures à peine dans la peau d’un tox, tu as trouvé le meilleur moyen, bien connu par chez nous quand l’ardeur militante n’est pas là, de contourner ces désagréments : le profil bas, le mensonge, le pipotage… Bref, tu leur as servi le discours que la société veut entendre pour qu’on nous fiche la paix. Mais y croyais-tu Jack ?

Les Bolchéviks Anonymes – Les Débuts 2006-2013

Non, ce n’est pas un groupe de parole pour léninistes addicts basé sur un programme en 12 étapes. Cette galette numérique est le fruit de l’atelier musique d’EGO (Espoir Goutte-d’Or). Certes, ce n’est pas la limpidité sonore du dernier Daft Punk, ni la profusion de singles de Pharrell, mais ce n’est pas le but.

Ce onze titres est avant tout l’accomplissement des acteurs qui s’y sont impliqués et de l’initiative d’EGO. Et l’on y retrouve de tout. De l’hommage à la chanson française avec des clins d’oeil à Dutronc, Piaf et Gainsbourg. Des influences allant des Doors à Kravitz, en passant par FFF et Keny Arkana. Musicalement, on trouve un mix de guitares wah-wah et folks, de kazoo, de nappes électros et de beats de TR-808. Chacun peut y trouver son compte. Et c’est sûrement l’attrait majeur de ce disque.

Les textes sont poétiques, touchants, engagés, parfois drôles et pleins de second degré, mais sans aucun pathos ni misérabilisme. Ils sont l’expression de ceux qui vivent l’usage de drogues dans ce qu’il a parfois de plus précarisant et ils le traduisent sous forme brute, instantanée, parfois brouillonne et inachevée, mais sincère.

Cet album a une valeur de témoignage. C’est la voix des sans-voix. Ils ont la parole et, pour une fois, on leur laisse le micro. Ce qu’il en ressort n’est pas de l’apitoiement, de la colère ou de la revendication, mais de l’intime. Ce qu’un consommateur s’interdit d’exprimer telle- ment il est pris par ce sentiment de n’avoir aucun droit. C’est le regard qu’il porte sur lui-même à travers la perception que la société a de lui qui transpire ici. On y ressent le rejet et l’incompréhension de notre société. Si c’était un film, ce serait Un UD dans la ville. Et tout ça s’exprime dans la bonne humeur. Ce disque est le reflet de son quartier, la Goutte d’Or. On y ressent ce brassage culturel, ses coups durs mixés de solidarité, sa richesse dans sa pauvreté. Et cet amour de Paris, pour ce que cette ville a de meilleur comme de pire.

Ce disque n’aura pas les faveurs des Inrocks et ce n’est pas le but. Mais il a le mérite d’exister. Tout d’abord, pour ceux qui l’ont fait. Ils peuvent s’en féliciter car peu de projets de ce type se concrétisent par un CD. Et puis il peut servir à inciter d’autres structures à s’investir dans des projets similaires et à créer des envies chez d’autres usagers. Belle initiative qui n’a pas dû être un long fleuve tranquille à concrétiser.

Dallas Buyers Club

D’emblée, je pourrais dire que Dallas Buyers Club est un film asudien. Et cela devrait te suffire, cher lecteur, pour aller illico le mater par tout moyen légal ou illégal. Ah, je vois que tu continues à lire quand même cette critique, il va donc falloir que j’en dise plus.

Disons que ce film traite à la fois de l’épidémie du sida, de l’autosupport, de l’usage de drogues, du pouvoir médical et de la prohibition, et de comment ce cocktail amène à une révolution de l’âme humaine sans précédent. C’est plus clair à présent ? Non ? Bon, je dois donc développer. OK.

C’est l’histoire d’un chaud lapin texan fan de rodéo, c’est-à-dire un cul-terreux alcoolique et homophobe aussi porté sur la défonce, tour à tour escroc ou électricien, selon les opportunités de jobs du jour. Un expert en survie, quoi.

Le film commence le jour où ce héros (car oui, c’en est un, vous verrez) se réveille à l’hôpital suite à un malaise en apprenant qu’il a le sida et que, vu son taux de T4, c’est un miracle qu’il soit encore en vie. J’ai oublié de vous préciser que nous sommes en 1985 et par conséquent, le médecin affirme qu’il lui reste environ 30 jours à vivre. On lui propose cependant d’entrer dans un protocole de test d’un nouveau médicament : le très controversé AZT.

Le délinquant comme réformateur social

Cela aurait pu être un film sur la mort mais contre toute attente, notre cow-boy, violemment rejeté par ses proches, n’est pas trop con. Seul, il va se renseigner à fond sur cette nouvelle maladie et les traitements en cours de tests partout dans le monde. Rapidement, il se rend compte que l’AZT, c’est bullshit et qu’il existe mieux ailleurs.

N’ayant pas pour habitude de respecter la loi ou de se résigner, notre tête brûlée texane, flanquée d’une folle pédale, entreprend alors d’importer illégalement les médicaments qu’il lui faut et se rend vite compte qu’il peut se faire du blé grâce à tous les autres malades qui en veulent aussi. Il commence alors une entreprise d’import et de distribution : le Dallas Buyers Club, qui réunit des malades condamnés comme lui par l’establishment politico-médical. Ce dernier n’aura de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues alors que les faits sont de son côté : allongement de l’espérance de vie, espoir et dignité retrouvés. Il devient alors le symbole du malade militant qui transforme ses proches et la société par ses actes pour survivre.

Cinématographiquement, le film est brillant avec un style simili documentaire. Les deux acteurs principaux, Matthew McConaughey (goldenglobisé en séropo nerveux) et Jarred Leto (oscarisé en homo sexy), démontrent à ceux qui en doutaient encore l’étendue de leur immense talent.

Et pour les derniers sceptiques qui pensent qu’il s’agit d’un conte de fées hollywoodien : le film est bien sûr tiré d’une histoire vraie. Une réelle leçon de militantisme asudien, on vous dit.

 

Faut-il dépénaliser le Cannabis ?

Posez une question sujette à débat. Au hasard « Faut-il dépénaliser le cannabis ? ». Invitez une personnalité au-dessus de tout soupçon pour présenter l’état des lieux, mettez face à face des experts dont les idées sont diamétralement opposées et vous obtiendrez un livre polémique, un livre qui devrait, précise la quatrième de couverture, permettre de vous «  forger votre propre opinion » sur la question posée.

Saviez-vous que « les interpellations d’usagers de cannabis ont été multipliées par six entre 1990 et 2010 » ou qu’avec la loi de la prévention de la délinquance de mars 2005 et les fameux « stages de sensibilisation aux dangers des produits stupéfiants » qui s’ensuivirent, on a assisté à une « repénalisation de l’usage simple » ? C’est que nous rappelle opportunément Ivana Obradovic, chargée d’études à l’Ofdt et médiatrice de cet ouvrage.

Si vous suivez un tant soit peu l’actualité cannabique, vous connaissez forcément Jean Costentin, ses métaphores à deux balles et son mépris pour celles et ceux qui ne partagent pas ses idées spécieuses. Et si vous lisez régulièrement Asud-Journal, vous connaissez forcément Laurent Appel, militant de la réduction des risques et auteur de nombreuses et passionnantes contributions. Ce sont les deux principaux débatteurs de ce duel où s’immisce aussi Alain Rigaud, président de Fédération française d’addictologie.

Jean Costentin, membre de l’Académie de médecine, nous présente le cannabis comme « la drogue de la résignation, de l’indifférence, du rire bête, de la bêtise assumée, de la perte de l’estime de soi, de la sédation, du rêve éveillé (autant dire du délire) et de la faillite assurée ». Pêle-mêle, il nous assène « qu’un joint, c’est pour une semaine dans la tête » et déroule à l’envi les dangers du cannabis, de l’infarctus du myocarde au cancer des testicules. Il croit à la dépendance physique au cannabis et affirme qu’en abuser expose ses consommateurs à des crises de schizophrénie ou encore, que pour cause de récepteurs sensibles, le cannabis est l’antichambre de l’héroïne et qu’il tue. Évidemment, le chanvre n’a aucune valeur thérapeutique et « déguiser le cannabis en un médicament procède de la stratégie du cheval de Troie pour le faire entrer dans la cité sous les acclamations ». Le professeur Jean Costentin qui voudrait qu’on « invalide une performance artistique qui porterait la marque des drogues » méprise tous les scientifiques, et ils sont nombreux, qui ne partagent pas ses délires.

Dans le chapitre intitulé « Pour une régulation du cannabis », Alain Rigaud et Laurent Appel font preuve de plus de discernement et démontrent que le problème n’est pas le cannabis, mais sa prohibition et ses multiples effets pervers.

Alain Rigaud préconise une dépénalisation de l’usage simple, une mesurette déjà adoptée par une majorité de pays européens qui, non seulement « soulagerait le travail de la police et de la justice », mais aussi permettrait de mener une politique de prévention plus réaliste.

Quant à Laurent Appel, il estime que la « dépénalisation ne suffirait pas à réguler le marché ni à financer une politique efficace de prévention ». Aussi milite-t-il pour la légalisation du cannabis avec un pari : « intégrer les populations vivant du deal dans un nouveau modèle de régulation ».

Il appelle de ses vœux la création d’une Agence du cannabis chargée d’organiser tant sa production que sa distribution à travers les Cannabistrots créés sur le modèle de Sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC)… Une mesure qui, en prime, rapporterait (soyons réalistes) beaucoup d’argent au gouvernement sous forme de taxes.

En fin du livre et en quelques lignes, un droit de réponse est accordé aux contradicteurs. Jean Costentin, en mal d’arguments plausibles, s’en prend à Laurent Appel « chantre des drogues et des addictions », mais la bave du crapaud n’atteignant pas la blanche colombe, Laurent répond point par point aux élucubrations du docteur Folamour du cannabis.

Entre le premier qui défend une application stricte de la loi de 1970, le second qui propose de dépénaliser l’usage, donc de maintenir un interdit social, et le troisième qui présente un « bon hybride de libéralisme et de cogestion, ni trop capitaliste, ni trop étatique, avec un contrôle direct des pouvoirs publics et des consommateurs », à vous de choisir !

Vous pouvez même participer au débat en ligne organisé par l’éditeur.

Faut-il dépénaliser le cannabis ? Jean Costentin, Alain Rigaud,Laurent Appel. Le Muscadier, 2014.

Les Chérubins électriques (Guillaume Serp)

Cette autofiction est aussi contrastée que sa couverture. L’écriture est belle et quelques passages restent en tête mais le récit des tribulations de ce post-adolescent dans la jet set underground des années 80 (tendance electro punk/new wave) n’est pas à la hauteur du mythe qui auréole le bouquin. En effet, sa promotion n’a cessé de rappeler qu’il s’agit de la réédition d’un texte introuvable, initialement paru en 1987, dont l’auteur – suicidé à 27 ans – fût, entre autres, le chanteur d’un groupe de new wave. Difficile dès lors de ne pas être déçu par un livre dont l’intrigue mal ficelée s’axe autour des déboires amoureux et des états d’âme d’un alter ego de l’auteur qui – rappelons-le – avait 23 ans à la parution du bouquin…

Les chérubins électriques. Guillaume Serp, L’Éditeur singulier, 2014.

SQUAT (de Yannick Bouquard)

D’un coup de pied de biche, Yannick Bouquard – qui vit depuis huit ans dans les squats d’Île-de France – vous ouvre les portes de son microcosme de glandeurs, de paumés, de toxicos, de punks, de rebelles… Pardon, d’artistes – qui ont comme principal point commun d’être à peu près tout le temps bourrés à la cheap beer et de consommer tous les produits psychoactifs existant en ce bas monde.

Malgré une légère tendance à la misanthropie et une partie franchement cafardeuse, les personnages sont attachants et le bouquin est plein d’un humour contagieux. Impossible par exemple de ne pas se bidonner devant la lettre au Maire ou les pitreries du capitaine Cheval et de son alter ego, le candide M. Pain d’Épice.

À la fois témoignage précis de la vie dans les squats dits « d’artistes », roman hautement divertissant et excellente autofiction, Squat tape très fort pour un premier roman. Chapeau l’artiste !

Yannick Bouquard, éditions du Rouergue, 2014.

Robert Francis

Un quatrième album « Heaven » paru en avril 2014, une tournée passée par Paris. Un charisme fou, Robert Francis est bien – et je pèse mes mots – le dernier espoir du rock’n’roll !

Cela fait bien longtemps que j’ai renoncé à m’intéresser à ce qui se passe de nouveau dans le monde pop rock. D’abord, parce que quelque chose de la mythique rock’n’roll semble s’être perdue en cours de route, à moins que ça ne soit moi ! Et puis, difficile de suivre le rythme. Des artistes et groupes, il en surgit de nouveaux toutes les semaines et leur durée de vie est volatile. Un petit tour sous les projos et puis patatras… dans les limbes !

Alibi

Bref, j’en étais là. C’est-à-dire à me contenter tous les deux-trois ans du nouveau Dylan en écoutant de la country années 20 et 30. Et puis Robert Francis a déboulé. Plus exactement, il m’est tombé dessus via la radio il y a deux ans. En entendant Junebug, son seul hit à ce jour, j’ai décelé là un truc indéfinissable qui vous prend à l’âme. Ni une ni deux, j’ai foncé derechef acheter ses deux albums, j’ai plongé sur YouTube voir à quoi ça (il) ressemblait live… C’était convaincant ! À mort ! Quelques semaines plus tard, le troisième album me renversait pour de bon !

Comment dire l’effet que ça m’a fait… ? Ce qui s’en approche le plus, c’est encore la phrase de Laurent Tailhade à propos de Rimbaud lorsque Verlaine publia ses poèmes en 1883 : « l’effet d’une aurore boréale ». C’est ça : Robert Francis a été une aurore boréale en pleine nuit musicale.

Je n’irai pas jusqu’à prétendre, comme Landau en 1975 à propos de Bruce Springsteen, avoir « vu le futur du rock’n’roll » parce que je ne sais vraiment pas si le rock a un avenir. En revanche, je peux dire sans craindre de me tromper que Robert Francis en est le présent. Il fait d’ores et déjà partie de cette Histoire du rock !

heaven Robert Francis

Somethings never change

Robert Francis, c’est d’abord un musicien surdoué et inspiré, un fantastique songwriter ! Laissez tomber la filiation avec les Ryan Adams ou Elliott Smith, quels que soient leurs talents respectifs, ce mec a un truc en plus… Rock star ! Je sais bien qu’en ce moment, il y en a pléthore des Wannabe, les Kurt Vile and co courent les rues, mais Robert Francis est au-dessus du lot. Je veux dire, il a ça dans le sang, il est de cette trempe-là, point. Matez sa dégaine, jetez un œil sur une vidéo live, ça saute aux yeux ! Il a tout ce qu’il faut, le talent, la pose, l’arrogance et aussi cette « fêlure » chère à Fitzgerald, ce « crack up » et un tas de démons rôdant autour de lui qu’il chasse à coups de riffs.

Accouché dans la douleur, son quatrième album s’appelle Heaven parce que Robert Francis a plongé aux enfers. Il en revient avec ce disque abouti, complexe, plein de méandres, un album douloureux traversé de fulgurance et d’espérance qu’il a produit entièrement.

D’où viens-tu Robert ?

Comme Gram Parsons ou Townes Van Zandt, Robert Francis n’est pas né dans la rue. Il a grandi dans un environnement privilégié : son père est un compositeur de comédies musicales reconnu et son parrain s’appelle Ry Cooder, lequel lui aura transmis quelques-uns de ses riffs secrets.

Multi-instrumentiste, Robert enregistre son premier album, One By One, à l’âge de 18 ans, un album très personnel qui lui vaut l’oreille de la rock critic, pas du grand public… Rock and roll my little girl !

Les paroles – comme la voix – ont ce mélange d’orgueil et de fragilité, quelque chose déjà qui vous prend aux tripes et sonne différent (Good Hearted Man)

La culture musicale de cet insensé collectionneur de partitions est exceptionnelle mais digérée. Parmi ses influences, il cite volontiers Doug Sahm, Van Morrison, Dylan, Springsteen et surtout, Townes Van Zandt.

Le second album, Before Nightfall, porte l’hymne Junebug, gros succès en France. Passé chez Vanguard, un label indie, Francis publie Strangers In The First Place, son troisième album : chef d’œuvre à la manière du Born to Run du jeune Springsteen. Le disque s’écoute d’un bout à l’autre et chaque nouveau titre dépasse le précédent en intensité.

Baby was the devil – Mescaline

Mais voilà, en pleine promo, le Californien disjoncte. Il annule pléthore de dates, plaque tout et part – en vrille – avec une fille rencontrée sur la tournée. La relation est destructrice : alcool, dope, dépression. Accro, il tourne le dos à la musique et empile les médocs… Il a l’âge pour ça ! Je veux dire l’âge d’en revenir. Ce qu’il fera avec son nouvel album sorti en avril, Heaven, signé Robert Francis & Night Tide, son nouveau groupe dont le nom figure désormais aux côtés du sien comme le E Street Band de Springsteen. Histoire de bien marquer l’alchimie qui unit ces musiciens et leur leader (David Kitz, drums/Ben Messelbeck, bass/Jim Keltner et Joachim, beau-frère de Robert, à la guitare).

Avec Heaven, Robert Francis poursuit sa Quête. Et c’est ça qui définit un artiste. La nécessité et la Quête ! En un mot comme en mille, Robert Francis est la meilleure chose qui soit arrivée au rock depuis longtemps ou le truc le plus excitant que le rock nous ait donné depuis un long moment… au choix !

Drugo : le conte de fée de la guerre aux drogues

En attendant encore quelques semaines le prochain ASUD Journal consacré aux enfants, voici le conte de fée en film d’animation de la Global Commission on Drug Policy : la terrible histoire de Drugo, un dragon banni du royaume par le Roi qui mettait au donjon tous ceux qui continuaient à lui rendre visite. La guerre entre Drugo et les soldats du Roi ravagea le royaume et l’appauvrit lorsqu’un jour les anciens Rois revinrent avec une idée…

Serial Dealers

A l’occasion de la diffusion du final de la série Breaking bad en France le 4 janvier dernier (sur OCS), ASUD vous propose avec ce dossier Serial Dealers de revenir sur nos séries préférées en matière de trafic de stupéfiant : Weeds et Breaking bad.

Serial dealers : Weeds (saisons 1 à 6) vs Breaking bad (saisons 1 à 3)

Weeds vs breaking bad
On a beau militer pour la légalisation des drogues, il faut bien reconnaître que sans leur prohibition, de nombreuses créations culturelles ou divertissements – tous domaines confondus – avec lesquels nous nous délectons n’auraient jamais vu le jour.

Weeds saison 7 vs Breaking Bad saison 4

Weeds 7 vs Breaking bad 4
Hasard du calendrier ? Concurrence entre chaînes ? Stratégie de consolidation réciproque de l’audience ? Cette année, les deux séries américaines suivies de près par Asud-Journal depuis le numéro 44 ont été […]

Weeds saison 8 finale

Weeds cible
La chaîne de télé américaine Showtime a allumé son splif en 2005. Carton immédiat. Weeds, avec sa mère de famille dealeuse de beuh, est devenue le fer de lance de la chaîne. […]

Breaking Bad Saison 5, 1ère partie

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Walter a gagné. Il s’est débarrassé de son patron, Gus Fring, l’ennemi juré de la saison 4. Que va-t-il faire maintenant qu’il est libre ? Arrêter la production de méthamphétamines et reprendre […]

Breaking Bad, le final

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Qu’il doit être difficile de choisir l’issue finale d’une série dont le personnage principal est un antihéros immoral. Quelle valeur faire triompher ? Le bien ou le mal ? Punition ou rédemption […]

Breaking Bad, le final

Qu’il doit être difficile de choisir l’issue finale d’une série dont le personnage principal est un antihéros immoral. Quelle valeur faire triompher ? Le bien ou le mal ? Punition ou rédemption ? La conclusion de Breaking bad est-elle aussi bien que celle de Weeds, l’autre série stupéfiante suivie par ASUD ?

A ce jeu d’équilibriste les séries Dexter (le gentil serial Killer) et Dr House (le méchant médecin génial) ont pondu des épisodes finaux mi-figue mi-raisin pour contenter tout le monde : la morale (rédemption pour tous), les fans (les héros ne meurent pas) et le bizness (on pourra faire une suite). C’est à peu près ainsi que se terminait la 1ère partie de la 5ème et dernière saison de Breaking bad en juillet 2012. Ce pseudo happy end ne collant pas avec le titre de la série, les choses se devaient de mal tourner dans les 8 ultimes épisodes diffusés plus d’un an plus tard en août 2013.

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Cet article fait partie du dossier Serial Dealers.

Previously on Breaking Bad

Les vrais Walter White derrière les barreaux

C’est un nom prédestiné ! Aux Etats-Unis au moins 2 homonymes ont déjà été condamnés en Alabama et dans le Montana pour fabrication et trafic de méthamphétamine.

Walter White est un homme au milieu du gué. Cet américain de la middle class dans le middle age, prof de chimie de 50 ans, apprend qu’il est atteint d’un cancer du poumon et qu’il lui reste 3 mois à vivre. Pour payer ses exorbitants frais médicaux, il va tenter de gagner rapidement beaucoup d’argent en utilisant ses compétences de chimie pour fabriquer de la méthamphétamine. Pour entrer dans ce milieu inconnu, il s’associe avec Jesse, un ancien élève consommateur de meth et dealer. Tous deux, au fil des saisons gravissent en quelque mois, l’échelle du trafic de stupéfiants local puis international grâce à l’exceptionnelle pureté du produit et l’écrasante intelligence de Walter. Cette réussite va faire de Walter un riche et puissant parrain du milieu, sous le nom d’emprunt Heisenberg,  auquel rien ne résiste pas même le cancer. Le prix de cette ascension est une descente aux enfers, morale et psychologique. Les personnages doivent repousser sans cesse leurs limites pour ne pas y laisser leur peau : mensonge, manipulation, trahison, violence, chantage, corruption, mort… deviennent nécessaires pour évoluer dans ce milieu hostile, clandestin et criminel. L’humour n’est pourtant pas oubliée dans cette série à la réalisation de qualité. La saison 5 est d’ailleurs entrée au Guinness Book pour avoir obtenue la meilleure note critique (99%) sur le site Metacritic.com.

Échapper à la police est l’un des principaux enjeux de la série. Il s’incarne dans la relation entre Walter et son beau-frère Hank qui est un enquêteur de la DEA (les stups américains). Hank gravit lui aussi les échelons et devient directeur par son excellent travail sans savoir qu’il est manipulé par Walter qui s’en sert pour éliminer sa concurrence. Au milieu de la 5ème saison lors d’un diner familial chez Walter, plusieurs mois après que celui-ci se soit définitivement retiré des affaires, Hank découvre une preuve que Walter et Heisenberg sont la même personne.

Quant au fragile Jesse, il est rongé par les morts que lui et Walter ont causé au cours de leur aventure notamment celle d’un enfant, témoin innocent abattu de sang froid. Il décide de renoncer à l’argent acquis par le sang et nourrit une haine grandissante envers Walter.

Breaking Bad (Season 5)

Drogue, l’autre cancer

La fin de la série met en scène l’affrontement de Walter contre Hank et Jesse, personnages pour qui il a une vraie affection et qu’il a tenté de protéger à plusieurs reprises. Tous deux veulent lui faire payer le mal qu’il a causé autour de lui. Walter doit aussi s’affronter lui-même puisque le cancer est revenu. Cancer que Walter n’a jamais cessé d’avoir en réalité et qui était passé du stade biologique au stade psychologique. L’égocentrisme et la mégalomanie durant sa période Heisenberg avaient dévoré sa personnalité.

L’image du cancer qui se multiplie jusqu’à une issue fatale est finalement au centre de la série de son ouverture à son dénouement. Le remake mexicain s’appelle d’ailleurs « Metastasis« . Au delà de la maladie, il y a bien sûr le cancer de l’argent que Walter accumule jusqu’à ne plus savoir combien il possède. Il va de paire avec celui du pouvoir qui ne s’arrêtera que lorsque Walter aura atteint le sommet, seul, sans amis ni famille. Ces deux quêtes, argent et pouvoir, vont engendrer deux autres cancers. Côté pile, la violence appelle la violence et ce qui était de la légitime défense au début de la série va devenir l’élimination systématique de tous ceux qui se mettent en travers de la route de Walter. L’apogée sera l’organisation d’un nonuple homicide simultané dans différentes prisons pour protéger son identité. Côté face, le secret mène aux mensonges, en premier lieu à sa femme puis avec elle, ils ne cessent de grossir. Leur place est telle que Walter devient paranoïaque et n’arrive plus à faire confiance à qui que se soit. La dissimulation de la vérité devient vite une préoccupation aussi vitale que le besoin d’argent, elle le supplante même durant la dernière saison.

Prohibition, l’autre chimio

Pour vaincre le cancer Walter doit d’abord se battre contre son traitement : une chimiothérapie qui affaiblit son organisme et un endettement causé par ses frais médicaux. Difficile de ne pas y voir une analogie avec « la guerre à la drogue », cette politique sécuritaire qui affaiblit la société en s’attaquant plus aux drogués qu’aux produits tout en favorisant les réseaux criminels. Et dont le coût est de plusieurs dizaines de milliards d’euros depuis plus de 40 ans. Le cancer a aussi la particularité que l’on parle rarement de guérison mais plutôt de rémission plus ou moins complète à cause du risque de récidive toujours présent. Un traitement lourd et coûteux, aux résultats plus qu’imparfaits, qui détruit des cellules saines, si la Drogue est un cancer (c’était le titre d’un rapport sénatorial en 2003) alors la Prohibition est une chimiothérapie que l’on continuerait coûte que coûte.

Malheureusement pour Walter, il n’existe pas d’alternative politique à court terme qui pourrait le sauver. Contrairement à la fin de la série Weeds qui anticipait en 2012 avec un an d’avance la légalisation de l’usage récréatif de cannabis, la méthamphétamine n’est pas près d’être légalisée. Cela ne pouvait que finir bad pour Walter et Hank. Trafiquants et policiers, la chair à canon de cette guerre, n’ont d’existence que par la prohibition qui ironiquement les rend interdépendants.

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La vraie fin de la série…

Bryan Cranston n’est pas seulement le meilleur acteur (et c’est Anthony Hopkins qui le dit) pour son rôle dans la série Breaking Bad. Il officiait avant dans la série comique Malcom en tant que Hal, le père (cette fois-ci) immature d’un enfant (cette fois-ci) surdoué. A l’occasion de la fin de Breaking Bad, il reprend le rôle de Hal dans une scène en clin d’œil à son autre série. C’est bon tout le monde à suivi ?

Les seuls à s’en sortir malgré tous les dommages collatéraux qu’ils subissent sont les civils ainsi que Jesse, le consommateur de la série. Le message est clair, il y aura toujours des gens qui auront envie de se droguer, même après l’extinction du dernier prohibitionniste et du dernier dealer. Comme si son appétit pour la drogue, qui n’engage que lui, l’avait protégé de la soif d’argent et de pouvoir qui détruisent les autres personnages. Lui seul garde une sensibilité humaniste tout au long de la série, là où les autres personnages se comportent en machines rationnellement conformistes selon le camp dans lequel elles opèrent. Et si la drogue était le dernier refuge de ceux qui n’acceptent pas le cynisme du ce système et qui préfère le voir s’effondrer pour repartir à zéro.

Série de Vince Gilligan, 5 Saisons, 2008-2013. Disponible en DVD, Blu-Ray et VOD.

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Cet article partie du dossier Serial Dealers.

Métal, speed, et addicto….

Lemmy Kilmister, le bassiste virtuose de Motörhead, fait mentir tous les prêches addictologiques. Ce type n’a qu’une devise: « Trouve la drogue qui te convient et prend-en le plus possible ». Pour enfoncer le clou, Lemmy a choisi le speed, la drogue neurotoxique qui rend fou et te fait perdre toutes tes dents. A 69 ans et cinquante ans de consommation intensive, Lemmy se porte comme un chêne. Alors ? On nous aurait menti ? La drogue est-elle aussi un élixir de jouvence ? La parole est à la défense, et, comble de perversité, nous sommes allé interroger Laurent Karila,  à la fois addictologue et métalleux.
Docteur, comment est-ce-possible ?

Moi, Psychiatre Addictologue, je suis fan de Metal

Moi, Psychiatre Addictologue, j’écris des textes pour Satan Jokers et peut être d’autres groupes…Qui sait ?

Moi, Psychiatre Addictologue, je fais des chroniques d’albums de Metal sur le site Hard Force.

Moi, Psychiatre Addictologue, j’aime Lemmy et Motörhead.

Ian Faser Kilmister a.k.a Lemmy est une icône du rock, du hard rock, du métal. Né la veille de Noël en 1945, il a probablement été touché par quelque chose de mystique… Sa vie est bercée par une enfance et une adolescence sans problème particulier. Très vite, il tombe dans la marmite du rock. En 1965, il rejoint un groupe appelé les Rocking Vicars, puis devient roadie de Jimmy Hendrix. Il a ses premières expériences avec les acides et les amphétamines… Au début des années 1970, il rejoint le groupe Hawkind dans lequel il joue de la basse, comme un guitariste rythmique, et chante. Le groupe baigne dans les acides. Lemmy apprécie. Il n’a jamais été attiré par l’héroïne ni par l’injection intraveineuse, très en vogue à l’époque. Lemmy, ce qu’il aime, lui, c’est le speed ! Il s’intéresse d’ailleurs, avec Mik Dik, un des techniciens son d’Hawkind, à la théorie du « combien de temps tu peux faire sauter un corps humain sans s’arrêter » avec cette substance. L’alcool est bien sûr présent. Lemmy finit par se faire virer du groupe, après avoir été arrêté en possession de cocaïne à la frontière canadienne. En fait, il s’avère que ce sont des amphétamines qu’il avait. Quelques jours de prison, aucune poursuite, Lemmy change de cap. Il fonde « Bastard » sous la forme d’un trio en 1975. Leur manager de l’époque lui conseille de changer le nom de son groupe si il veut accéder à des émissions grand public type « top of the pops ». Motörhead (un titre qu’il avait écrit pour Hawkind), groupe de rock un peu speed, nait. Vingt et un albums studios, dont « Aftershock » (label UDR, oct 2013) le petit dernier sorti, et de nombreux albums live sont la matrice discographique du groupe de Lemmy.

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L’antithèse du patient que je vois en consultation

Questions substances, notre héros à l’as de pique a de nombreux principes :

« dans la vie, une fois que tu as trouvé la drogue qui te conviens, il faut s’y tenir et ne plus en changer ».

Lemmy déclare avoir toujours contrôlé sa consommation d’amphétamines. Cela toujours été un dopant pour lui lorsqu’il était roadie puis musicien en tournée. A partir de ses 30 ans, il se met à boire du Jack Daniels. Sa consommation déclarée d’alcool est de l’ordre d’une bouteille/jour.  Lemmy a une vision de sa double consommation comme étant quelque chose de rationalisé comme l’alcool de contrebande consommé par les grands pères dans de lointaines contrées soviétiques. Comme Ozzy Osbourne, Keith Richards, ces guerriers de la route et de la scène sont des extra-terrestres de la came ayant survécu à des années d’abus et d’excès. Lemmy n’a jamais été en desintox’. Il en a une vision un peu cynique. On a même l’impression qu’il ne s’est jamais senti touché par l’addiction. Cette résistance aux drogues est probablement génétique, comportementale, tempéramentale. Médicalement parlant, Lemmy aurait dû mourir plusieurs fois. Dans son autobiographie « White Line Fever », il est écrit que

« son sang ne devait pas être transfusé en raison de ses nombreux excès car il pourrait tuer un être humain tellement il est toxique ! ».

Lemmy s’est adapté à son environnement en modulant ses consommations de speed, d’alcool mais aussi de tabac. Lemmy vit à Los Angeles depuis de nombreuses années et adore jouer aux jeux vidéos… Un véritable plaisir selon lui avec le rituel obsessionnel du joueur. C’est aussi une légende rock du sexe (2000 femmes, que du plaisir !). Lemmy est l’antithèse du patient que je vois en consultation.

Question santé, Lemmy a un diabète de type 2 pour lequel il prend des médicaments. Il se traite mais n’a en rien modifié son style de vie rock n roll ! Il aurait arrêté de consommer de l’alcool. Le speed, personne ne le sait…Sa santé s’est malheureusement dégradée avec pose d’un pacemaker l’année dernière, et un accident vasculaire. La tournée qui devait suivre la sortie d’Aftershock fin 2013 a été annulée à 2 reprises. Lemmy, je te souhaite un speed rétablissement. Vivre Vite, Mourir le plus tard possible !

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