Auteur/autrice : ASUD

ASUD en deuil d’Hervé Michel

ASUD est en deuil. Notre ami Hervé Michel, membre fondateur d’ASUD dès avril 92, est mort voici quelques semaines, aux premier jours de novembre. Il avait 28 ans. Bien que séropositif depuis plus de deux ans, ce n’est pas la maladie qui l’a tué : non, il s’est éteint en faisant la sieste; après un déménagement qui l’avait fatigué. Arrêt du cœur, a déclaré le médecin …

Le cœur, tous ses amis de Vitry, où il vivait chez sa mère, et d’ailleurs, vous le diront, c’est vrai qu’il l’avait trop grand, trop gros, et qu’il y avait mal trop souvent… Mal de trop de tendresses et de révoltes étouffées, mal d’un présent rythmé par la répression et les galères quotidiennes, d’un avenir bouché comme l’horizon par les murs gris de la cité, mal de tous les copains décimés par le sida, les O.D., l’hépatite, la misère, la solitude, à commencer par son frère Francis, le poète, mort entre les mains des flics d’une « overdose » jamais élucidée…

Un cœur qui avait mal aussi de tous ces cachets qu’il se bouffait ; jour après jour, nuit après nuit, non par goût du suicide, il aimait trop la vie! Mais parce qu’en banlieue, quand on n’a pas le larfeuille bien rempli ni l’âme au bizness et qu’on veut malgré tout garder la tête dans les étoiles, il faut bien, faute de bonne came, faire avec ce qu’on trouve…

C’est comme ça qu’il est parti : entré dans la mort en rêvant, les yeux fermés, sourire aux lèvres… Comme il a vécu en douceur. C’est vrai que l’on ne l’entendait pas beaucoup Hervé : ce n’était pas un tonitruant, une grande gueule .. . Il préférait écouter en silence, et il lui suffisait d’un de ces sourires qui vous vont au fond de l’âme pour vous dire à sa façon l’émotion qui le soulevait comme une lame de fond … Un silencieux, un discret, presque timide – sauf bien sûr lorsqu’il s’agissait de prendre la parole et de gueuler au nom de tous ses frères d’exclusion -toxicos, malades, archanges archidéchus des banlieues bâillonnées.

Pour ça il avait choisi, dès le début, de militer à ASUD, collaborant à l’écriture de notre tout premier Manifeste, en mars 92 . Un choix pas si facile que ça à assumer à une époque où, souvenez-vous la réduction des risques était loin d’avoir pignon sur rue et où il fallait une sacrée dose de courage pour oser, à visage découvert, s’affirmer toxico et séropositif, non pas repenti mais prêt à se battre pour ses droits, POUR SA VIE !

Éditorial n°4 : 1er anniversaire

Avec ce quatrième numéro, ASUD fête son premier anniversaire ! Et nous comptons bien en fêter beaucoup d’autres avec vous. Et nous n’abandonnerons à aucun prix l’espace d’expression dont nous disposons enfin. Il représente pour nous un fantastique ballon d’oxygène et nous redonne un peu d’espoir.

Nous sommes désormais constitués en association loi 1901. Nous avons prouvé aux sceptiques (et à tout le monde) que des “toxicos” étaient capables de s’organiser, d’agir, d’être simplement responsables.

ASUD est devenu pour beaucoup d’intervenants en toxicomanie, un interlocuteur incontournable (et valable !). Bien sûr, nos interventions dérangent parfois certains prétendus “spécialistes”, guère habitués à ce que des vulgaires toxicos leur portent la contradiction et expriment leur avis. Que chacun reste à sa place, semblent-ils penser, et la nôtre est dans la rue, en prison ou à l’hôpital (psychiatrique, bien entendu).

ASUD04_shoot poubelle. wolinskiMalheureusement, cette saloperie de sida progresse toujours plus dramatiquement chez les usagers de drogues, et nous sommes impatients que les changements annoncés par M. Kouchner se réalisent. Notre situation, si précaire, s’accommode mal de la patience qu’on attend de nous. Eh oui ! L’urgence est là, pressante, pesante ; c’est dans ce contexte catastrophique qu’ASUD a dressé une liste (non exhaustive…) de dix mesures d’urgence contre la marginalisation et l’extension du sida chez les U.D (voir p.14).

Simone Veil a succédé à Bernard Kouchner au ministère de la santé. Saura-t-elle nous entendre ? Saura-t-elle prendre les mesures qui s’imposent ? Essayons d’être un peu optimistes, Mme Veil a déjà fait preuve dans le passé d’un courage politique certain (et si rare…).

Alors, comme le clame si bien le groupe rap Assassin : “Le futur, que nous réserve-t-il ?” Il est temps de réagir, de ne plus subir, et ensemble nous pouvons devenir forts.

Un livre blanc sur la mortalité des toxicomanes

Actuellement, il n’existe en France aucune évaluation concernant la mortalité des toxicomanes.

En effet, l’overdose et toutes les formes de décès qui s’y rattachent, ne sont pas déclarées en tant que telles.

D’où l’urgence de vos témoignages afin de participer à l’élaboration de ce livre blanc, en nous écrivant.

Un premier pas vers notre dignité.

Qui sont les toxicomanes? Un ami, un frère, un fils, un proche, l’autre !

La toxicomanie en france en 1993 c’est :

200 000 USAGERS DE DROGUES DÉPENDANTS
600 PLACES DISPONIBLES EN POST-CURE
50 PLACES EN PROGRAMME MÉTHADONE
20 TONNES D’HÉROÏNE CONSOMMÉES PAR AN
5 TONNES DE COCAÏNE
120 TONNES DE CANNABIS
UN CHIFFRE D’AFFAIRE DE 25 MILLIARDS DE FRANCS

40 000 TOXICOS ATTEINTS PAR LE V.I.H.
(la France détient le “record” d’Europe !)

30 000 INTERPELLATIONS POUR ILS PAR AN
(infraction à la législation sûr les stupéfiants)

400 MORTS PAR OVERDOSE
(ce chiffre fourni par la police, ne recense que les décès sur la voie publique)

PARIS, CAPITALE DU SIDA !
25 583
cas de sida déclaré en France dont la moitié en Ile de France
25 5830
séropositifs en France

50 nouveaux cas diagnostiqués chaque semaine en Ile de France
A Paris , 5 000 personnes sont déjà décédées à cause du sida

En 1984 les toxicos représentaient 4% des cas, en 1992 : 28% !

ATTENTION : CES CHIFFRES SONT SOUS ÉVALUÉS

Éditorial N°3

Par les temps qui courent, les usagers de drogue ne savent plus que penser. D’un côté, on nous souffle le chaud et de l’autre, le froid. Entre Kouchner – La Tendresse qui promet Méthadone et échange de seringues à gogo et Broussard – Père fouettard qui fulmine contre les toxicos de base et nous menace de répression tous azimuts, qui croirons-nous ?

Et, ce ne sont pas ces Messieurs du Gouvernement, Ministre de la Santé et Ministre de l’Intérieur, déclarant à l’unisson – et contre toute évidence ! qu’il n’y a pas de contradiction entre leurs politiques qui risquent d’éclairer notre lanterne : D’un côté, on déclare vouloir privilégier la prévention du SIDA et de l’autre, l’empêcher – car c’est carrément à cela que revient en fin de compte la politique de “guerre totale à la drogue” Essayez d’y comprendre quelque chose !

Mais malheureusement, les UD ont autre chose à faire de leur temps que le gaspiller à analyser les subtilités de ce casse-tête chinois version franchouillarde. Ils ont à vivre, à survivre. Face au SIDA, face à la répression, face à la misère physique et morale – c’est une question d’urgence…

Il ne s’agit plus, face aux discours contradictoires des uns et des autres, de se livrer à des décryptages byzantins des déclarations gouvernementales pour faire la part des intentions sincères et des concessions électoralistes, l’heure est à l’action.

Et l’action, pour le groupe ASUD, cela veut dire lutter pied à pied, au jour le jour, contre l’extension galopante de la contamination VIH dans nos rangs.

Cela veut dire aussi être ouvert à tous les partenariats, à toutes les initiatives – associatives, professionnelles, politiques (et peu importe qu’elles viennent de la gauche, de la droite ou du centre… N’est-ce pas Madame Barzach ?) – à toutes les expérimentations, en France et dans le monde, partout où il s’agit de nous empêcher de crever !

Pour cela, nous avons un instrument : le journal. Un journal où les UD trouveront bien sûr, comme dans nos deux premiers numéros, le maximum d’infos techniques, pratiques, de bonnes adresses et de nouvelles du front de notre lutte quotidienne contre le SIDA. Et aussi contre tout ce qui menace la vie, l’intégrité et la dignité humaine des UD. Informer, témoigner, mais aussi prendre position dans tous les débats de société qui nous concernent…

Comme aujourd’hui, sur la question (par exemple) des produits de substitution. Un terrain où, en réaction à la lamentable affaire du Temgésic.

Une remise en question que les progrès de l’épidémie du VIH rend chaque jour plus inéluctable. Aussi, nous ne l’éluderons pas, et tant pis pour l’hypocrisie d’État, tant pis pour ceux qui préfèrent se voiler la face et réaffirmer les grands principes de la Prohibition en feignant d’ignorer l’hécatombe quotidienne de ces parias qui sont pourtant leurs fils, leurs frères, leurs concitoyens…

C’est dans cet esprit de refus des tabous, d’ouverture à tous les questionnements, à toutes les possibilités de mieux-vivre pour les usagers de drogues que certains d’entre-nous se sont rendus à Montpellier pour participer à une semaine de réflexion sur la légalisation des drogues. Un débat juridique, politique et qui, en tant que tel, n’est pas à proprement parler le nôtre dans la mesure où ce qui nous préoccupe, c’est avant tout le vécu, la réalité quotidienne de la lutte contre le SIDA, contre le désespoir, en un mot contre tout ce qui, au jour le jour, ici et maintenant, nous pourrit l’existence. Mais un débat pourtant, dont nous ne devions, dont nous ne pouvions pas être absents. Nous en retranscrivons ici les points forts – à chacun de juger et, à défaut de trancher et de prendre position, de s’offrir au moins le luxe de la réflexion…

Mais s’agit-il vraiment d’un luxe ? Oui, si, comme le prétendent certains, nous ne sommes qu’un troupeau irresponsable de victimes et de délinquants, trop heureux de se voir octroyer le droit de survivre. Non, si nous arrivons enfin, malgré la répression, malgré les menaces de M. Quilès et les anathèmes de Papy Broussard, à nous considérer enfin comme une communauté, comme une minorité consciente, responsable et agissante au sein de la grande communauté des citoyens, prenant en main ses droits et son identité.

Son identité, c’est à dire aussi sa culture, qui, pas plus que la réflexion, ne constitue un luxe à nos yeux, ni n’entre en contradiction avec la priorité absolue que la situation nous oblige à donner à la prévention du SIDA. Car si la prévention du VIH, c’est d’abord, c’est avant tout, une question de seringues propres, ce n’est pas seulement cela, c’est également un état d’esprit, un mode de vie, c’est une volonté de sortir de la marginalité et d’assumer sa liberté…

C’est ce que nous, membres du Groupe ASUD, pouvons vous souhaiter de mieux pour cette année 1993…

Avec tous nos vœux

Prévention dans la rue : des infos et du matos

De plus en plus, toutes professions mêlées (médecins, travailleurs sociaux et… UD, bien sûr Auto-Support oblige !), les militants de la Prévention VIH chez les UD passent à l’action directe. C’est à dire descendent dans la rue, sur “la scène”, à la rencontre des toxicos. Pour leur parler prévention, bien sûr, pour les informer, aussi bien grâce au dialogue direct, engagé dans la rue, aux abords immédiats des différents “souks à la défonce” qu’en leur distribuant les différentes brochures des organisations anti-SIDA et, évidemment, des numéros d’ASUD journal.

Mais, depuis quelque temps, à côté de ces actions “informations”, on voit, aux quatre coins de Paris et de la banlieue, on voit se développer des opérations visant à passer à la vitesse supérieure : c’est à dire à la distribution, sur le terrain, là où sont les toxicos, de matériel de prévention : désinfectant pour seringues, seringues stériles (échange contre des seringues usagées), préservatifs, et – c’est la nouvelle tendance qui semble se développer depuis peu – Kits prévention complets, avec seringues, capotes, tampons d’alcool etc…

Pour les lecteurs d’ASUD journal, nous avons voulu essayer de faire le point de ces différentes initiatives.

1°) Les flacons désinfectants

Une initiative originale, et en tout cas, nouvelle dans notre pays, où elle ne se développe – avec succès – que depuis quelques semaines ? À la base, une idée typiquement empreinte de ce réalisme et de ce pragmatisme qui caractérisent la philosophie de la “réduction des risques” ! Une idée née d’une simple constatation faite sur le terrain, au cours des contacts établis avec les toxicos à l’occasion, par exemple, d’opérations d’échanges de seringues.

À savoir que, même informés et convaincus de la nécessité absolue d’utiliser une pompe neuve et stérile par personne et par shoot, il peut arriver – et il n’arrive que trop souvent – à des usagers (et surtout aux plus démunis d’entre-eux, à ces “galériens” de la rue et des squatts auxquels ce genre d’action s’adresse en priorité) de se trouver avec de la dope, mais pas de pompe stérile – en tout cas pas une par usager – et aucun moyen de s’en procurer rapidement (pharmacies fermées, ou trop éloignées, plus de fric, etc.). Dans ce cas, surtout pour peu que le manque se fasse sentir, le choix est malheureusement vite fait entre la perspective “lointaine” d’une contamination VIH et l’urgence immmédiate du manque et du képa de came qui vous brûle la poche : on partage sa pompe avec les copains de galère, séropo ou pas (mieux vaut pas le savoir !) ou, pire encore, on se sert de la première vieille shooteuse ramassée dans une cage d’escalier… La suite, on la connaît bonjour le SIDA.

C’est pour remédier à ce réflexe trop souvent constaté auprès des usagers de la rue, partagés entre l’urgence du shoot et le danger de contamination, que des médecins et des travailleurs sociaux, notamment ceux du “Préser-Bus du 93”, et de l’Association EGO, dans le 18ème arrondissement de Paris ont eu l’idée de distribuer massivement dans leurs secteurs (des points hyper chauds de Paris et sa banlieue) de petits flacons contenant de l’eau de javel. Celle-ci, aspirée puis gardée quelques secondes dans la seringue souillée, qu’on nettoie ensuite soigneusement à l’eau, suffit à la stériliser de toute façon avant chaque shoot… Un moyen de prévention empirique, mais efficace.

Fait prisé en tout cas des usagers, puisqu’en quelques jours, des centaines de petits flacons de javel, distribués dans la rue, mais aussi dans certaines pharmacies et même dans des squats chauds, se sont littéralement arrachés parmi les toxicos du coin… Ce qui prouve au passage que ces plus démunis parmi les usagers, véritables parias parmi les parias, sont tout aussi sensibles que les autres à la nécessaire prévention du VIH : il suffit de leur en donner les moyens. C’est chose faite avec ces petits flacons de javel. Espérons seulement que cette initiative donnera des idées à tous les usagers en panne de seringue neuve : si la pharmacie du coin ferme à 20h, ce n’est pas le cas des épiceries de quartier qui auront toujours une bouteille de javel “de derrière les fagots”.

2°) Les Kits

Conscients que la prévention du VIH ne s’arrêtait pas au seul problème seringue neuve stérile ou non, de plus en plus d’intervenants, professionnels, usagers ou associations de quartiers, ont compris que celle-ci, pour être efficace, devait porter sur l’ensemble du matériel utilisé par l’usager pour préparer son shoot – sans oublier l’aspect sexuel : à quoi sert en effet de “fixer propre”, si, une fois cassé, c’est pour se contaminer en négligeant de protéger ses rapports sexuels ?

D’où l’idée, qui sera bientôt mise en œuvre, de distribuer (dans les pharmacies, dans la rue, sur les lieux où se pratiquent déjà les échanges de seringues) aux usagers des kits-prévention comportant, outre une ou 2 seringues neuves, l’ensemble (coton, eau distillée, acide citrique) du matériel nécessaire à la préparation du shoot, plus des tampons alcoolisés (pour nettoyer la peau avant et après l’injection) et… des préservatifs – le tout dans un emballage jetable, de préférence d’un aspect attrayants.

Plusieurs de ces kits sont actuellement à l’étude, et seront bientôt distribués dans les rues de nos villes.

Nous vous les présenterons dans le N°4 de ce journal, avec nos appréciations pratiques d’usagers et nos suggestions pour d’éventuelles améliorations. Un véritable banc d’essai, en somme… Rendez-vous le mois prochain dans ASUD journal.

Brésil : les UD de Sao Paulo interdits de prévention sida

Lorsque, pour tenter de parer à l’inquiétante progression du SIDA chez les UD locaux, les autorités sanitaires municipales de Sao Paulo, au Brésil, ont dès 1988 commencé à monter des programmer d’échange de seringues, ceux-ci ont été autoritairement interrompus par la justice fédérale.

Pourtant, et avec la bénédiction d’une municipalité consciente du danger de l’épidémie, les opérateurs de ces programmes ont passé outre. En riposte à quoi, la justice a engagé des poursuites contre la ville.

Et aujourd’hui, elle lui présente l’addition-exorbitante : 100.000 dollars environ par journée d’activité des programmes d’échanges en contravention avec la décision judiciaire.

Il est clair que cette peine d’amende fait délibérément obstacle à la prévention du SIDA chez une population d’UD au mode de vie naturellement marginal et précaire.

En somme, une version soft, légale, des exactions de ces groupes armés spécialisés dans l’extermination des gosses des rues, délinquants juvéniles et autres marginaux. Rien de bien étonnant malheureusement : n’oublions pas que le pays de la samba est aussi celui de ces fameux “Escadrons de la mort”.

Ibogaïne aux USA

La dépendance aux opiacés et à la cocaïne soignée grâce à l’ibogaïne, un produit tiré de l’iboga, drogue traditionnelle des sorciers camerounais.

C’est la solution que proposent, à l’initiative des groupes d’autosupport d’usagers de drogues, certains thérapeutes américains. Bien que l’ibogaïne soit actuellement très difficile à trouver aux USA, de nombreux spécialistes US se font les avocats d’une extension de son usage thérapeutique.

Dans la mesure où ce produit, malgré son actuel statut de semi-clandestinité ni légal ni illégal, ne figure pas non plus sur la liste américaine des stupéfiants, il semble que le NIDA (National Institute on Drug Abuse), qui est le plus important organisme spécialisé aux USA, ait donné son feu vert a des programmes prioritaires de recherche et d’expérimentation sur l’ibogaïne. La raison de cet empressement ? C’est que les pontes du NIDA se sont aperçus que cette drogue africaine peut jouer un rôle important dans la prévention du Sida en détournant les UD, à la fois de la pratique du shoot et de la consommation de la came frelatée des rues américaines, dont on pense par ailleurs qu’elle contribue à déprimer le système immunitaire.

Par ailleurs, l’Université de Miami a annoncé qu’elle commencerait dès le début 93 une série d’expérimentations cliniques de l’ibogaïne sur les personnes dépendantes de la coke…

Coke et héro : Une ambivalence qui pourrait surprendre au premier abord, la coke ayant un effet stimulant alors que celui des opiacés est sédatif…

Elle s’explique par le fait que ces deux types de produits, chacun à sa façon, partagent la caractéristique d’activer la production de dopamine dans le cerveau, la dopamine étant la substance chimique qui produit la sensation d’euphorie caractéristique des stupéfiants. C’est précisément à ce niveau qu’agit l’ibogaïne. Affaire à suivre.

Boom de la toxicomanie en Inde

Toxicomanie de masse, explosion de la contamination intraveineuse du SIDA, et de la criminalité liée au trafic clandestin de l’héroïne : l’Inde se découvre un sérieux problème de drogue. Et commence à s’en inquiéter au plus haut niveau.

Dans un pays dont la traditionnelle tolérance en matière d’usage de stups faisait une sorte de paradis pour les défoncés du monde entier, on comprend mal au premier abord pourquoi cette pratique est soudain perçue et dénoncée comme un problème. Et tous les vieux de la vieille des années 70, qui se sont enfumés les poumons à Manali, bronzé les fesses à Goa, troué les veines à Bénarès et explosé la tête un peu partout de l’Himalaya au Cap Comorin, s’en étonneront sans doute.

Mais ce que nos routards ne saisissent peut-être pas, c’est qu’un fait nouveau a bouleversé toutes les données en la matière. À savoir, le développement sous l’influence conjointe des lois répressives de la fin des années 70 d’une part, et de la guerre dans l’Afghanistan voisin d’autre part, d’un trafic et d’une toxicomanie locales. Une toxicomanie dure, au brown sugar fumé ou shooté dans des conditions apocalyptiques par une population d’UD urbaine, juvénile et prolétarisée. Plus rien à voir avec la consommation traditionnelle de shit et d’opium. Ni avec l’héro ou la morphine qui, jusque là, ne faisaient que transiter par le pays et dont la consommation, objet d’une tolérance de fait, était l’apanage presque exclusif des touristes étrangers pourvoyeurs de devises.

Aujourd’hui, le brown sugar (et même la blanche) importé du Pakistan ou produit sur place comme à Bénarès, envahit les bidonvilles des grandes cités indiennes. Et, sans même parler des problèmes sanitaires (dont évidemment le SIDA), y provoque une explosion de criminalité tout naturellement liée au trafic, lui-même stimulé par l’attitude d’une police souvent corrompue et dont la répression à outrance fait payer les complaisances à prix d’or.

Résultat : « Eh bien par exemple », déclare au magazine “Interdépendances”, M. Gabriel Britto, directeur du NARC, un organisme semi-officiel de recherche sur la toxicomanie, « Nous avons pu observer environ 100.000 toxicomanes rien qu’à Bombay… Une situation d’autant plus grave que nombre d’entre eux sont contaminés par le VIH. Ainsi, une étude réalisée dans l’Etat du Manipur à l’Est du pays, sur 900 toxicomanes, a révélé que 50 % d’entre eux étaient séropositifs…» On imagine aisément le désastre à l’échelle d’un pays de plus de 700 millions d’habitants dont l’immense majorité vit au dessous du seuil de pauvreté…

Les raisons de ce relativement brusque essor de la “toxicomanie” sont en grande partie d’ordre international. La guerre en Afghanistan tout d’abord qui depuis 1979, a poussé les différentes factions de guérilleros en quête de financement à multiplier les centres de production de brown dans tout le pays. Une production jusque là modeste et cantonnée dans les zones tribales de la frontière pakistano-afghane et qui, en s’intensifiant jusqu’à un niveau quasi industriel, a dû se trouver des débouchés autres que les pays occidentaux ou l’Iran et le Pakistan voisin. L’Inde était d’autant plus indiquée pour tenir ce rôle que l’afflux massif de réfugiés a permis à nombre de caïds afghans de la dope de s’y infiltrer pour venir sur place y faire leur business, en collaboration – ou en concurrence – avec les mafias locales.

À l’autre extrémité du pays, tout à l’Est, le Myanmar (ex-Birmanie) – un des trois côtés du fameux “Triangle d’or” – a joué un rôle à peu près similaire, bien qu’à une échelle plus réduite et seulement pour l’héroïne blanche.

Troisième facteur, enfin, le développement du commerce avec l’Australie. Celle-ci produit, exporte et vend au gouvernement indien une production d’opium capable, tant au point de vue prix qu’au point de vue qualité, de concurrencer celle que les cultivateurs indiens de pavot écoulaient pour les besoins des industries pharmaceutiques nationales. Lesdits cultivateurs se trouvant dès lors en difficulté pour écouler un volume par ailleurs croissant de production, ont donc cherché d’autres débouchés, même illégaux, pour leur opium. Et les ont facilement trouvés – sur place, dans un trafic clandestin en pleine expansion.

Cette expansion du trafic, et donc de la consommation locale, est bien sûr également liée au développement de conditions sociales particulières… Et peut-être pourrait-on se demander si le brusque durcissement des lois et de la répression à la fin des années 70 n’y a pas tenu une certaine place. Hypothèse corroborée par l’explosion spectaculaire de la consommation d’héroïne entre 1977 et 1979. C’est à dire avant et après la vague de répression en question… Quoiqu’il en soit une chose est désormais certaine : ce n’est pas en réprimant que l’Inde conjurera la caractère angoissant de l’actuelle vague de toxicomanie…

Et peut-être une part de la solution réside-t-elle en germe dans un travail de recherche, d’information et de prévention en vue d’un traitement non plus policier mais sanitaire et social du problème.

C’est ce à quoi se consacrent Gabriel Britto et sa petite équipe du NARC. Et il serait intéressant de savoir quelles conclusions ils tireront de leurs recherches quand celles-ci les amèneront à constater la simultanéité de phénomènes comme le durcissement de la répression, la fermeture des traditionnelles boutiques d’opium et de cannabis ainsi que des fumeries, avec la progression soudaine et galopante de la consommation – notamment intraveineuse d’héroïne…

À l’échelle d’un pays comme l’Inde, il y aura certainement de quoi s’interroger sur l’incidence de la prohibition et de la répression – le malheur c’est que d’ici là, ils seront des dizaines, des centaines peut-être des milliers d’indiens à se retrouver contaminés par le virus du SIDA…

Thomas De Quincey : le premier junky moderne

C’est l’anglais Thomas de Quincey qui, en tant qu’Individu, peut être considéré comme “l’inventeur” de la conception actuelle du “junky”, de l’usager d’opiacés dépendant. De Quincey a lui-même été dépendant du Laudanum (élixir à base d’opium) durant 52 ans ! C’est pourquoi du fait de la conception problématique de l’usage des drogues qu’il a développée, de Quincey peut être considéré comme le premier Junky.

Il était écrivain, et à travers ses œuvres, en particulier les “Confessions d’un opiomane anglais” (Collection 10/18), il s’est attaché à tracer les contours d’un modèle de dépendance et d’usage des opiacés qui demeure très actuel. De plus, c’est lui qui, pour la première fois, a attiré l’attention du corps médical sur le problème de la dépendance aux opiacés. Et c’est lui, en particulier, qui a fourni les informations directes sur le syndrome de manque. Grâce à des description très précises et détaillées de sa relation physique et mentale au Laudanum, il est devenu le principal cas de référence en la matière pour les savants du XIXème siècle.

Pour nous, toxicos des années 90, c’est un peu comme si la dépendance aux opiacés était quelque chose qui a toujours existé. Un peu comme si l’idée que nous nous faisons des opiacés et de leur usage était une réalité unique et universelle. Mais au fond, l’origine de ce concept de “dépendance aux opiacés” n’a été que peu étudiée au point de vue historique. Pour la médecine, en particulier, étant donné le fait que sa conception même de la dépendance a toujours été liée à la politique officielle de prohibition des drogues, la question de cette origine peut receler certains problèmes. Car s’il y a d’autres conceptions possibles de l’usage et des usagers des drogues, cela signifie que ce qui constitue la base de la politique actuelle de prohibition peut être remis en cause, et du même coup, toutes les instances qui la servent, y compris la justice et la bureaucratie répressive.

De ce point de vue, on trouve en ce début du XIXème siècle une approche critique de l’examen de ce qui fonde notre conception actuelle de la dépendance aux opiacés. Du fait que nous considérons celle-ci comme une question à la fois d’ordre médical et légal, il est assez surprenant que les individus qui eurent la plus grande influence sur son origine furent des écrivains, dont un poète. De Quincey a subi, à la fois dans sa vie personnelle et dans son œuvre littéraire l’influence du poète Samuel Taylor Coleridge. Ce dernier est considéré comme l’un des plus grands poètes du XIXème siècle. Parmi ses œuvres, le poème “Kublai Khan” s’est acquis une renommée mondiale. Dans la préface, qu’il lui est adjointe, il déclare avoir pris une forte dose de laudanum et être tombé dans un état de semi-somnolence au cours duquel il a écrit le poème en rêve. À son réveil, il avait gardé un souvenir très exact de celui-ci et s’était mis à le transcrire. Malheureusement interrompu par l’apparition d’un visiteur, il devait s’apercevoir par la suite qu’il avait “perdu” la fin du poème dont il ne subsiste que les 57 premiers vers transcrits avant l’arrivée du visiteur inopportun.

Coleridge était “accro” au Laudanum, et l’est resté depuis environ 1797 jusqu’à sa mort en 1833, ce qui fait 36 ans. Et ce qui est curieux, c’est que pendant tout ce temps, il n’a jamais pris conscience de sa dépendance. Il est vrai qu’à l’époque l’opium et ses dérivés étaient en vente libre sans aucun contrôle. Il n’y a d’ailleurs jamais eu en Angleterre de restriction à sa vente ou à son usage avant le milieu du XIXème siècle. On pouvait se le procurer chez l’épicier du coin, le pharmacien ou l’apothicaire aussi bien que par les camelots et les marchands ambulants. On l’utilisait couramment comme analgésique, comme calmant ou comme somnifère. On en prenait aussi simplement pour le plaisir et dans beaucoup de quartiers ouvriers, les épiciers et les pharmaciens préparaient des paquets d’opium spécialement destinés à la vente pour le samedi soir, où il était très prisé du petit peuple, étant même moins cher que le gin ! Dans certaines régions urbaines, son usage était très répandu et régulier. SI bien qu’un grand nombre d’individus qui, comme Coleridge, étaient dépendants de l’opium et de ses dérivés mais ne s’en sont jamais aperçus, n’ayant jamais connu le manque du fait de problème d’approvisionnement…

Cela dit, l’idée que se faisait Coleridge de son usage de l’opium ne manque pas d’intérêt. À savoir qu’il était bien conscient d’avoir cette habitude, mais que pour lui, ce n’était qu’une habitude parmi tant d’autres, jamais considérée comme une dépendance. Il déclarait avoir commencé à en prendre à cause d’une maladie, et en avoir gardé ensuite l’habitude. Il en concevait cependant un certain remords, à cause de sa morale chrétienne qui le poussait à se reprocher de succomber à ce qu’il concevait comme un luxe et un plaisir. Lorsque par la suite, la dépendance s’est installée à son insu, et qu’il a essayé d’arrêter, il s’est bien sûr aperçu que cet arrêt était accompagné d’un malaise physique. Mais il n’a considéré celui-ci que comme la résurgence de la maladie qu’il avait jugulée grâce à l’opium. Pour lui, les choses étaient limpides : il était malade, il prenait de l’opium et sa maladie s’arrêtait. Il arrêtait l’opium et elle revenait. Coleridge n’a jamais pensé à associer ses symptômes à ce que nous connaissons aujourd’hui comme le “manque”. Il n’est pas indifférent de noter que le poète avait exigé qu’après sa mort, on procède à l’autopsie de son cadavre afin de découvrir la nature de cette “mystérieuse” maladie.

Coleridge était très célèbre à cette époque en Angleterre, à la fois pour ses écrits et sa personnalité. Pour nous, il semble évident que les descriptions qui ont été faites alors de son expression radieuse et de son regard brûlant sont caractéristiques de l’usage d’opiacés, de même que les interminables monologues qu’il se plaisait à tenir. Il était très respecté des jeunes écrivains et des intellectuels de son époque. Au premier rang desquels Thomas De Quincey, fils d’un négociant et né en 1785 à Manchester. Le jeune homme, qui avait des ambitions littéraires, tenta à plusieurs reprises de rencontrer Coleridge. Pourtant, son intérêt à son égard ne venait pas seulement de leur goût commun pour l’écriture, la poésie et la philosophie, car déjà au moment de leur première rencontre en 1807, De Quincey avait commencé sa carrière d’usager d’opiacés.

Les aspects que revêtait à l’époque l’usage d’opium, avant l’institution des lois restrictives, ne sont pas sans intérêt pour nous. Pour Coleridge comme pour de Quincey il n’y avait en effet ni restriction, ni barrières légales à l’usage d’opium – pas plus d’ailleurs que de restriction d’ordre social ou médical. De Quincey parle des années 1804 à 1812 comme des années de “simple pratique” des opiacés. C’est en 1813 qu’une “irritation stomacale” fut selon-lui responsable de l’augmentation de ses doses quotidiennes de 340 grains d’opium à 8000 gouttes de Laudanum (« une formidable quantité », écrit A.H.Japp, le premier biographe de l’écrivain, bien que, ajoute-t-il, « nous savons que c’est à peine plus de la moitié que ce que prenait Coleridge à la même époque »). C’est durant toutes ces années, pendant lesquelles de Quincey a tenté de réduire sa tolérance croissante au produit, qu’il a mis en lumière en analysant les effets de l’Opium sur son corps, un syndrome de dépendance qui, à peu de chose près, correspond à ce que nous connaissons actuellement.

C’est au cours des années 1818-1819 que De Quincey s’est mis à utiliser couramment des doses croissantes de Laudanum. Une période féconde au cours de laquelle il commença de concevoir ses “Confessions” ; Sa capacité “onirique” était puissante et chaque fois qu’il “piquait du nez”, c’était pour tomber dans un état fertile de visions, de rêves et de fantasmes. : “Lorsque je suis étendu au lit”, écrit-il, “j’ai souvent l’impression d’avoir vécu un siècle en une seule nuit… la splendeur d’architectures de rêve… j’ai contemplé dans mes rêves les merveilles de cités et de palais que l’œil éveillé n’a jamais vues… çe furent des années embrumées dans la mélancolie de l’opium”.

C’est en retrouvant par la suite le contrôle de ses doses et de sa vie qu’il a pu connaître le succès littéraire. De Quincey a été le premier d’une longue lignée d’écrivains qui ont utilisé leurs expériences avec les drogues pour en faire le sujet de leur livre. Les “Confessions d’un opiomane anglais” ont été publiées en deux parties dans les “London Magazine” de septembre et Octobre 1821. À l’époque, ce genre de périodique connaissait une grande popularité chez les lecteurs qui y trouvaient des commentaires sophistiqués sur les événements contemporains, le débat intellectuel, ainsi que de la fiction et des articles d’opinion. C’est ainsi que les “Confessions” ont connu un vif succès et d’excellentes critiques. Ce qui permit à De Quincey de continuer à écrire pour ce genre de magazines et de devenir un personnage célèbre du Londres littéraire de l’époque. Les “Confessions” furent rééditées sous forme de livre en 1822.

Cette œuvre est fascinante, surtout du point de vue contemporain. De Quincey y décrit en effet son usage de l’opium dans un luxe de détails sensationnels, mais n’oublie pas de le replacer dans le contexte de sa vie, dans la mesure où il considère celle-ci comme la clé et l’explication de sa carrière d’opiomane. Pour la première fois, l’usage d’opiacés est ici considéré, non pas comme une simple habitude, mais comme le résultat du processus de toute une vie. C’est cette approche qui a conduit à la conception actuelle, psychologique, selon laquelle l’opiomanie est le résultat à la fois d’une éducation et d’un caractère individuel.

L’histoire de De Quincey, telle qu’il la raconte dans la première version des “confessions” nous narre comment il s’est enfui de l’école en 1802. Il a ensuite vagabondé à travers l’Angleterre et le Pays de Galles pour se retrouver à Londres. C’est là qu’avec de très maigres ressources financières et souvent en proie à la faim, il a végété, trouvant refuge où il pouvait. Et, comme de juste pour quelqu’un qui est obligé de vivre dans la rue, a naturellement rencontré de nombreuses prostituées de l’époque victorienne, dont une jeune femme de 18 ans nommée Ann. Il en tomba amoureux lorsqu’elle prit soin de lui alors qu’il s’évanouissait de faim. Puis, comme un ami de sa famille avait fini par le reconnaître et lui accorder son aide, il essaya de la retrouver mais dans les labyrinthe des rues de Londres, en vain… Dans les rêves qu’il devait faire plus tard, sous l’influence de l’Opium, De Quincey se revoyait souvent en train de chercher désespérément une jeune femme dans l’immense cité fantomatique aux rues interminables.

La deuxième partie du livre relate sa découverte de l’Opium. Après une maladie consistant en “d’insupportables douleurs rhumatismales” à la tête et au visage, un ami lui avait recommandé de l’opium. C’était par un triste et pluvieux dimanche après-midi de 1804, et le changement soudain opéré en lui par le produit fut une expérience extraordinaire. Pour le jeune homme de 19 ans qu’il était alors, le plaisir procuré par la drogue fut tout de suite fabuleux, tout comme le nouvel univers qui semblait s’ouvrir en lui. Un plaisir qu’il commença à répéter de plus en plus souvent au cours des mois qui suivirent. Il en prenait toutes les trois semaines, généralement le mardi ou le samedi soir, où il aimait à se rendre à l’opéra ou à vagabonder dans les rues illuminées grouillante d’un spectacle permanent.

Le titre du chapitre suivant des “Confessions” s’intitule : “Introduction aux souffrances de l’Opium”. Tout au long de la période allant de 1804 à 1812, Thomas de Quincey avait continué à user du produit, mais pas de façon continue. Une maladie survenue en 1813 le força à en prendre en plus grandes quantités, et de plus en plus fréquemment jusqu’à ce qu’à force de consommer quotidiennement, il se retrouve “accroché” pour la première fois. C’est alors qu’il expérimenta les effets d’un usage constant et à fortes doses. Il fit notamment l’expérience d’une sorte de continuité entre l’état de veille et le rêve – ce que nous appelons plus prosaïquement “planer” ou “piquer du nez”. En partie du fait des propriétés de l’opium et en partie à cause de sa nature de “rêveur”, il fit toute une série de longs rêves compliqués et effrayants. Ces rêves étaient accompagné de distorsion dans sa perception de l’espace-temps qui lui donnait l’impression d’avoir vécu un siècle en une seule nuit – sensation analysée plus tard par de nombreux auteurs contemporains comme l’américain W. Burroughs.

De notre point de vue moderne, on constate que ce que ce De Quincey était en train de découvrir, et ce sans idée culturelle préconçue sur la drogue, c’est l’expérience des opiacés telle que nous la connaissons actuellement. Il y a une comparaison intéressante à faire avec nos concepts et nos expériences de toxicos modernes. Pourtant, ce n’est que dans l’appendice ajouté à la version des “Confessions” de 1822 que De Quincey nous communique sa découverte la plus importante, car il y décrit un syndrome, c’est à dire une série de symptômes que nous appelons aujourd’hui “le manque”.

Pour qui ne sait pas à quoi s’attendre, l’expérience dite “normale” du monde est incapable de renseigner sur la dépendance physique causée par les opiacés et sur le malaise résultant de la cessation de leur usage. La dépendance aux opiacés est en effet un phénomène unique. Et le fait de dire, comme le fait De Quincey, que l’arrêt des opiacés est la cause du malaise physique aigu qui s’ensuit, est en soi une découverte qu’on ne trouve nulle part dans la littérature médicale du début du XIXème siècle. En fait, à cette époque, la médecine ignorait à peu près tout des opiacés, excepté qu’ils étaient (et qu’ils sont encore) les analgésiques les plus puissants. Aucun écrit médical des années 1820 ne fait en effet allusion à la dépendance ni au manque bien qu’un grand nombre d’individus aient eu alors l’habitude impérieuse d’en consommer quotidiennement.

Dans cet appendice à son livre, De Quincey montre avec des chiffres comment il a essayé entre le 24 juin et le 27 juillet de réduire ses doses, avec les rechutes, les descriptions détaillées des symptômes du manque : irritation, fringales, insomnie, éternuements, transpiration, agitations, douleurs articulaires, etc. C’est la première fois que les symptômes se trouvent ainsi énumérés et désignés en tant que tels.

C’est aussi la première fois, notamment lorsque De Quincey se désigne comme un “opiomane anglais”, qu’une auteur assume une identité d’usager, de “junky”, et situe sa pratique dans un contexte culturel et social donné. C’est bien en ce sens qu’on peut dire que De Quincey est le premier Junky des temps modernes.

À lire absolument.

  • Lire un extrait des “Confessions d’un mangeur d’opium anglais”

Extrait des “Confessions d’un mangeur d’opium anglais”

C’était un samedi après-midi, humide et sans joie ; et notre terre n’offre pas de spectacle plus triste que celui d’un dimanche de pluie dans Londres. Ma route de retour passait par Oxford Street et, près de “l’imposant panthéon” (comme M. Wordsworth l’a obligeamment appelé), je vis une boutique de pharmacien. Le pharmacien – inconscient ministre des plaisirs divins ! – comme en harmonie avec le pluvieux dimanche, avait l’air morne et stupide exactement comme on pouvait s’attendre que n’importe quel pharmacien d’ici-bas eût l’air un dimanche ; et, quand je lui demandai de la teinture d’opium, il m’en donna comme n’importe quel autre homme eût pu le faire ; bien plus, il me rendit sur mon shilling ce qui me parut être de réelles pièces de bronze, sorties d’un réel tiroir de bois. Néanmoins, en dépit de ces indices d’humanité, il est resté toujours dans mon esprit depuis lors comme la vision béatifique d’un pharmacien immortel envoyé ici-bas avec une mission particulière à mon adresse. Et ce qui me confirme dans cette manière de voir, c’est que, la première fois que je revins à Londres, je le cherchai aux abords de l’imposant Panthéon et ne le trouvai point : à moi qui ne connaissais pas son nom (si vraiment il en avait un) il semblait qu’il eût disparu d’Oxford Street plutôt que l’avoir quitté d’aucune façon corporelle. Le lecteur peut voir en lui, s’il y est enclin, un simple pharmacien sublunaire : il se peut ; mais ma foi à moi est plus grande : je crois qu’il s’est évanoui ou évaporé. Tant je répugne à associer aucun souvenir terrestre avec l’heure, le lieu et cette créature qui m’ont fait connaître pour la première fois la céleste drogue.

Extrait du livre « Les confessions d’un mangeur d’opium anglais » Thomas De Quincey – Coll “L’Imaginaire” C/° Gallimard.

  • A lire aussi sur ce site l’article Thomas De Quincey : le premier junky moderne.

Colloque anniversaire d’APPARTS

Le 28 novembre 92, le colloque anniversaire d’A.P.A.R.T.S, Association fondée en 1987 et qui propose des services d’aide aux malades en Île-de-France et à Marseille (Appartements de Relais Thérapeutique et Social, service social, aide à domicile, soutien aux malades du SIDA), a réuni 200 professionnels des soins et de l’accompagnement des malades et séropositifs, parmi lesquels de nombreux responsables du secteur associatif, mobilisés autour de la journée mondiale du 1er décembre.

Les membres d’ASUD étaient également présents, et ce, tout d’abord pour des raisons évidentes d’amitié et de reconnaissance. Comment oublier en effet que sans nos amis d’APARTS, à commencer par son président Jean Javanni, qui voici un an n’ont pas hésité dans un formidable geste de solidarité militante, à nous prêter, dans leurs propres locaux, le bureau et la logistique qui nous permettent de fonctionner au quotidien – le Groupe ASUD ne pourrait peut-être pas publier aujourd’hui ce journal.

Mais nous avions une autre raison d’être là, toute aussi évidente : c’est que les Usagers de Drogue sont une des catégories de population les plus lourdement touchées par le SIDA.

C’est à ce titre qu’entre autres, notre responsable Philippe Marchenay a été convié à animer un atelier de travail au cours duquel il a ainsi pu débattre avec… le commissaire Boucher, de la Brigade des Stupéfiants, et sa collègue Mme Boulanger. Bien que les deux policiers, en dépit d’une ouverture d’esprit et d’une volonté de dialogue évidentes, ne se soient guère démarqués des positions et des arguments répressifs habituels, leur présence même à ce débat ne peut qu’apparaître comme l’indice d’un début de changement radical dans l’attitude des Pouvoirs Publics à l’égard des drogues et de ceux qui en font usage.

C’est en effet la première fois en France que des policiers – des policiers des stups ! – s’asseyent officiellement avec des usagers de drogues à une table qui n’est pas une table d’interrogatoire !

Tout aussi significatifs de ce changement nous sont apparus la présence et les propos de Mme Barzach, qui en 87, alors qu’elle était Ministre de la Santé du Gouvernement Chirac, a, pour la première fois en France pris le risque politique de libéraliser la vente des seringues en pharmacie.

Qu’on en juge

« Face à la tragédie que vit notre pays avec la propagation du SIDA, il est inacceptable de rester passif par simple peur de considérations politiques ou électorales » a en effet déclaré avec force Madame Michèle Barzach, invitée à prononcer l’allocution de clôture du colloque anniversaire d’A.P.A.R.T.S., samedi 28 novembre 1992, à la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette.

Sur ce point précis, à savoir la timidité de la politique officielle de prévention du SIDA, et en particulier chez les usagers des drogues, Madame Barzach s’est déclarée elle-même « révoltée et agressive » face à la passivité générale « des responsables qui parlent du SIDA sans même aller voir ce qui se passe dans la réalité. D’autant que les nombreuses évaluations conduites dans le monde permettent de savoir exactement où et comment agir ». Et reprenant certains points abordés lors de l’atelier consacré à la transmission du SIDA chez les usagers de drogues intraveineuses organisé avec le Groupe ASUD (Auto-Support-des Usagers de Drogues) elle a formulé le souhait qu’enfin un vrai débat soit engagé en France, y compris, en l’élargissant au cadre international, sur la question de la libéralisation des drogues.

Outre la partie cruciale de la prévention du SIDA chez les toxicomanes pour lesquels « on ne fait pas ce qu’il y aurait lieu de faire », Madame Barzach a évoqué l’incidence croissante des facteurs économiques dans les décisions en matière de santé. Elle a estimé que le scandale du sang contaminé avait produit un véritable électrochoc de l’opinion en posant de façon dramatique la confrontation de l’éthique morale et de l’argent. « On s’approche dangereusement de la ligne jaune » a-t-elle prévenu, et face à de nouvelles tragédies qui ne sont plus à exclure « la conscience des décideurs est aujourd’hui engagée ».

Enfin, après avoir qualifié d’« absurdes » les récentes propositions de dépistage obligatoire du SIDA, généralisé sur toute la population, Madame Barzach a conclu sur son inquiétude face à « une conscience médicale en danger et qu’il faut à tout prix préserver »… Non sans avoir auparavant évoqué l’exemple de la Suisse ou de Liverpool où l’urgence de la lutte contre le SIDA chez les UD a conduit à organiser la distribution contrôlée d’héroïne.

Éditorial ASUD N°2

Salut ! Eh oui c’est nous, nous revoilà. Avec la sortie du second numéro de son journal, le groupe ASUD s’apprête à fêter ses cinq mois d’existence officielle. Cinq mois déjà ! Ou peut-être, cinq mois seulement, à considérer le chemin parcouru depuis notre première réunion, à l’occasion de la sortie de notre manifeste, le 9 avril dernier.

Peu importe, en fait. Ce qui compte c’est que le groupe ait réussi sa percée. Que le dialogue que nous avions appelé de nos vœux ait commencé à s’instaurer. Avec les usagers d’abord, dont beaucoup, après avoir lu le premier numéro de ce journal – qui, faut-il le rappeler, est le leur avant tout – nous ont contacté, certains décidant même de rejoindre le groupe et de travailler avec nous. Dialogue avec les professionnels, et nous ne dirons jamais assez, l’écoute et la volonté d’agir ensemble, rencontrées chez bon nombre de ceux qui hier encore-quand ils ne se mêlaient pas de notre vie – ne savaient que nous parler réhabilitation, sevrage, abstinence et encore abstinence, tandis que nous nous épuisions à leur crier notre volonté de vivre nos choix et nos désirs face à la répression et à la maladie, fût une divine surprise. Une attitude que d’ailleurs nous n’avons pas trouvée dans le seul monde des intervenants en toxicomanie, mais un peu partout chez tout ceux, médecins, juristes, magistrats, pharmaciens, travailleurs sociaux, journalistes, enseignants, parents et amis de «toxicos» – confrontés aux problèmes.

Mieux encore : à cette percée dans les esprits a répondu un début de reconnaissance officielle. Celle de l’AGENCE FRANCAISE de LUTTE CONTRE le SIDA (AFLS). En nous accordant, comme nous l’avions demandé il y a deux mois dans ces même colonnes, son soutien officiel, sans lequel ce numéro deux n’aurait jamais pu voir le jour. L’AFLS (qui est une émanation du Ministère de la Santé) nous reconnaît ainsi de facto comme partenaire pour l’élaboration d’une politique nationale de prévention du Sida chez les Usagers de Drogues. Bien sûr, cette reconnaissance par un organisme d’État ne nous concerne qu’en tant qu’agents de prévention du SIDA , et non en tant qu’usagers de drogues. Mais en France, dans un pays où la loi de Décembre 1970 ne nous laissait le choix qu’entre le statut de malade irresponsable ou celui de délinquant C’est déjà une première. Et pour nous, un premier pas vers la citoyenneté retrouvée.

Ainsi donc, la brèche est ouverte. A nous de prendre les choses en main et de nous y engouffrer. De redoubler aussi de prudence et de détermination, puisque la balle est désormais dans notre camp. Et que ceux qui nous ont accordé leur confiance – et, plus encore, ceux qui nous l’ont refusée ! – nous attendent au tournant: pas question de nous endormir sur nos lauriers.

Et quels lauriers, d’ailleurs ? Nous ne nous faisons pas d’illusions. Nous savons bien que ce début de reconnaissance, nous ne le devons pas à notre bonne mine, mais à la sale gueule du SIDA. A cette épidémie qui, en créant une situation d’urgence sans précédent, à ouvert les yeux d’une partie de l’opinion et des pouvoirs publics. Personne n’a été frappé par la grâce personne n’a eu de soudain coup de foudre pour les camés. Mais Il se trouve seulement que le Sida fait plus peur que la «toxicomanie» et que tout le monde prend conscience que, pour juguler l’épidémie, il faut «faire avec ce qu’on a» – le groupe ASUD, en l’occurrence, et le faire vite.

De même , nous n’ignorons pas qu’au moment où nous écrivons ces lignes pour nous féliciter de cette volonté nouvelle de dialogue,où nous prenons la parole sous les applaudissements des spécialistes et échangeons des poignées de mains avec les officiels, il y a au même moment des camés qui perdent leur emploi, leur maison, leur famille, qui tremblent de manque sur le béton nu, qu’on enferme à l’hôpital psychiatrique, ou bien qu’on fout en taule pour un joint de shit ou pour un képa de poudre – des camés qui continuent chaque jour à crever du Sida ou de l’hépatite, de came trafiquée, de misère, de solitude … Nous savons bien qu’il n’y a pas de miracle, là non plus.

Pas de triomphalisme donc. Mais nous persistons à dire que ce qui s’est passé ces dernières semaines, ce frémissement que nous avons senti au fil des rencontres et des contacts tous azimuts, a un sens. Et pas seulement parce que cela nous fait plaisir – même s’il est vrai qu’après tant de mépris, il suffise parfois d’un peu de respect, «rien qu’une pointe», pour nous flasher la tête et le cœur. Non, si nous nous réjouissons de la percée du groupe – et de son journal – c’est parce qu’elle correspond à un revirement historique, déterminé en grande partie par la catastrophe sanitaire du Sida, dans la conception même du traitement du problème des drogues. Un revirement voué, à plus ou moins long terme, à se répercuter sur la politique officielle des pouvoirs publics en la matière.

Nous voulons parler du remplacement progressif mais inéluctable de la «Guerre à la drogue» par la «Réduction des Risques» comme objectif prioritaire de toute intervention thérapeutique, sociale ou judiciaire dans le champ de la «toxicomanie».

En fait, ce qu’on appelle «la réduction des risques» n’est rien d’autre que le simple bon sens appliqué au traitement de la question des drogues, et de leur usage dans la société actuelle. Une approche basée sur l’acceptation de la réalité : à savoir que l’usage des drogues, et particulièrement des drogues injectables, est un fait de société, une donnée dont personne n’a jamais réussi à gommer l’existence, ni par des discours et des jugements moraux, ni à l’aide d’un arsenal thérapeutique ou pénal, aussi sophistiqué soit-il. Une réalité qu’il convient une fois pour toute d’accepter en tant que telle. La seule intervention possible face à elle, consiste à réduire les risques qu’elle comporte pour les individus concernés et pour leur entourage. L’émergence du Sida au début des années 80, ainsi que son extension catastrophique ont accru ces risques de façon exponentielle. Ce qui, historiquement, explique l’approche différente d’un nombre croissant de spécialistes et le succès actuel du groupe ASUD dont l’activité se définit précisément en fonction de réduction de risques.

Du point de vue pratique, cela signifie, de donner, d’abord, une information objective sur les implications sanitaires de l’usage de tel ou tel produit, et ensuite, les moyens de rendre cet usage le moins dangereux possible – et ce de façon à justement éliminer au maximum les risques.

Des risques qui, malheureusement, ne se résument pas au Sida, même si celui-ci est l’un des plus graves : que dire de l’hépatite, de la syphilis, de la septicémie en règle générale – sans parler de tous les accidents, parfois mortels, causés par les divers produits de coupe qui transforment le moindre achat de came dans la rue en une partie de roulette russe ? Que dire aussi des problèmes dentaires, de la malnutrition, de toutes ces petites affections dont la convergence finit par dessiner un véritable syndrome de la marginalité ?

La marginalité : nous touchons ici du doigt l’interface des dimensions sanitaires et sociales de la réduction des risques. Tout comme il est impossible de parler de prévention du Sida chez les Usagers des drogues sans parler de la prévention des autres risques sanitaires qui les menacent, il est impossible .de parler de ceux-ci sans parler des conditions d’utilisation des drogues. Des conditions qui, sont elles-mêmes déterminées par la clandestinité liée à la répression et donc à la prohibition Ce qui nous amène à poser le problème en termes de Droits de l’Homme.

De la prévention du Sida aux Droits de l’Homme, de la lutte contre l’épidémie à la remise en question de la prohibition : c’est là que se situe le champ de ce que l’on appelle «La réduction des Risques». C’est à dire le champ d’action du Groupe ASUD.

Méthadone à Barcelone

Il semble que le «tir à l’arbalète» (intraveineuse) n’ait décidément pas droit de cité aux Jeux Olympiques de Barcelone. Pas de toxicos dans les rues pendant les Jeux, ont en effet décidé les autorités de la capitale catalane.

Les pauvres faisaient déjà des cauchemars à l’idée de hordes de camés surgis des ruelles sordides du Barrio­Chino pour aller se shooter en direct devant les caméras du monde entier ou taper une crise de manque au pied des tours High-tech du Village Olympique, avant d’aller harceler pour quelques pesetas les malheureux touristes venus prendre l’air sur les ramblas. C’est vrai que ça aurait- fait désordre – pas bon du tout pour l’image de la future super métropole méditerranéenne du XXlème siècle.

Mais comment s’en débarrasser ? Les emprisonner ? difficile : 40 ans de franquisme ont rendu le pays plutôt chatouilleux sur la question des Droits de l’Homme, fût-il toxico ! Les déporter en masse dans un quartier périphérique comme pour les prostituées et les travelos ? Dangereux ! pas question de créer un ghetto qui tournerait vite au souk à la défonce.

Que faire ? C’est là que les édiles catalans ont eu une idée lumineuse : pour éviter que la vision des camés en manque ne ternisse l’image de leur belle cité sportive moderne et dynamique, il n’y avait guère que 2 solutions. Ou bien supprimer les camés – ce qui était, on l’a vu plus haut, impossible – ou bien supprimer le manque … ce qu’ils se sont évertués à faire en faisant discrètement avertir les intéresses que des programmes méthadone d’urgence étaient mis à leur disposition dans les centres spécialisés – et voilà !

Même si l’on peut déplorer qu’il ait fallu attendre les Jeux Olympiques pour qu’on se préoccupe enfin de donner libre accès au produit à une population lourdement frappée par le Sida, il y aurait lieu de se réjouir de voir les autorités catalanes faire ce pas décisif dans la direction d’une vraie politique de réduction des risques. Mais il y a un «mais» – et de taille : c’est que les programmes méthadone en question étaient strictement limités à la durée des Jeux. Ce qui signifie que ceux-ci terminés, les toxicos ont été gentiment renvoyés, à la rue, à la marginalité et au Sida.

Décidément, même si les Jeux Olympiques on fait, l’espace d’un été, monter les toxicos catalans au podium de la réduction des risques, la médaille était, une fois de plus, en chocolat.

Sida prévention VIH informations pratiques

Sur proposition du ministre de la Santé monsieur claude Evin il y a actuellement sur l’ensemble du territoire français 136 centres de dépistage et de contrôle entièrement gratuits garantissant le droit a l’anonymat : pas de ticket modérateur à payer comme dans les dispensaires, aucune démarche de prise en charge donc pas de trace administrative, et il ne vous sera demandé aucun justificatif de votre identité. UTILISEZ donc un pseudonyme.

La multiplication des centres de dépistage gratuit est souhaitable pour les usagers de drogue sans couverture sociale.Il est indispensable qu’ils puissent avoir accès aux soins et au test de dépistage car il est évident que la priorité pour l’usager est d’assurer son shoot plutôt que de payer 400frs pour faire une recherche du VIH.

Si vous exercez une activité professionnelle ne vous permettant pas de vous rendre à une consultation pendant la journée, sachez qu’il a été mis en place une structure d’accueil pour avoir des consultations à partir de 22 heures notamment à l’Hôpital NECKER, 149 rue de Sèvres, 75015 PARIS

Recommandations aux injecteurs

  1. Je ne prête jamais ma seringue, même à un ami
  2. Je refuse la seringue d’autrui, même d’un ami
  3. Je stérilise toujours ma seringue avant chaque utilisation
  4. Je rince bien ma seringue (au moins 3 fois)
  5. Je remets toujours le capuchon sur ma seringue
  6. Je casse l’aiguille et et je l’enlève avant de la jeter
  7. Dans la rue, je la jette dans une vieille boite de Coca que j’écrase avec le pied
  8. Je garde chez moi une ampoule de NARCAN (en cas d’Overdose)
  9. Je reste près de la personne en overdose pour conduire les secours
  10. Je ne touche pas au sang ou à une plaie de quelqu’un d’autre
  11. Je n’envoie jamais tout le produit d’un seul coup (j’attends 30 secondes pour tester)
  12. Je ne prends jamais de tranquillisants ou de somnifères avant un shoot (mortel !)
  13. Je fais mon dépistage du SIDA tous les 6 mois
  14. Je ne donne jamais mon sang
  15. Je mets toujours des préservatifs
  16. Je ne laisse jamais mes outils à la portée d’un enfant
  17. Je prend toujours de l’eau stérile ou courante
  18. Je ne touche jamais aux artères, à la langue, au cou et aux yeux
  19. Je n’envoie pas le produit s’il y a du sang coagulé ou un dépôt dans la seringue
  20. J’essaye de garder un rythme vieille-sommeil, de manger à des heures régulières, et autant que faire se peut, de respecter mon corps.

Interview de Mme le Docteur Annie Serfaty de la Division Sida de la Délégation Générale de la Santé (DGS) du Ministère de la Santé

Nous remercions Madame le Docteur A.SERFATY d’avoir bien voulu répondre à nos questions, au nom du Groupe ASUD constitué d’Usagers de Drogue, d’Usagers sous substitution et d’ex-Usagers de Drogue, dans leur publication. Le Groupe ASUD.

ASUD : Quelle est actuellement la situation en France en matière de Sida chez les Usages de Drogues ?

A. SERFATY : Les données de surveillance des cas de SIDA en France sont répertoriées et analysées par la Division Sida. Tous les Trimestres, un rapport est publié dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire. (La déclaration anonyme des cas de SIDA est obligatoire en France depuis le décret du 10 juin 1986).

La situation épidémiologique de l’infection par le virus de l’immunodéficience Humaine (VIH) liée à l’usage des drogues par voie injectable est encore préoccupante en France.

La France reste un des pays d’Europe les plus touchés par le SIDA (un taux d’accroissement de 30% est observé en 1 an) – avec 341,9 cas de SIDA (cumulés depuis 1978) par million d’habitants au 30 juin 1992 (au 31 mars 1992, ce taux est de 363,64 cas par million d’habitants en Suisse, contre 337 en France). En France, la proportion des cas liés à l’usage de drogues par voie injectable croit plus rapidement que celle des autres groupes de transmission. Au 30 juin 1992, le Ministère de la Santé a répertorie 20 250 cas de SIDA. Les Usagers de Drogues utilisant la voie injectable (UDVI) sont la deuxième population exposée au risque de la contamination par le VIH, après les homosexuels/bisexuels représentant 50,5 % des cas cumulés, soit 10 236/20 250. Les cas de sida chez les UDVI représentent 21,7 % des cas, soit 4 387/20 250. A ces cas, il faut ajouter, 347 homosexuels/bisexuels usagers de drogues, 330 hétérosexuels ayant eu des partenaires usagers de drogues, 119 enfants nés de mères consommatrices de drogues et 22 enfants nés de mères ayant eu des relations avec des usagers de drogues. L’ensemble représente 5 205 cas liés directement ou indirectement à l’Usage des Drogues (UD), soit 25,7% des cas cumulés.

C’est depuis fin 1985 – début 1986, qu’une augmentation significative de la proportion des UDVI parmi les cas de SIDA diagnostiqués dans une année commence à être observée : 3,9% en 1984, 7,4% en 1985, 12% en 1986, 15,1 % en 1987, 20,8% en 1988, 23,4% en 1989, 24,6% en 1990 et 26,5% en 1991. Comparativement, un pourcentage de 65,7% d’UDVI est observé en Italie, 64,2% en Espagne, 37,1% en Suisse, 36,9% en Pologne, 21,5% en France, 8,1% aux Pays Bas et 4,5% au Royaume Uni (Centre Européen pour la surveillance épidémiologique du SIDA).

Concernant la proportion des homosexuels/bisexuels utilisateurs de drogues, elle a plutôt diminué : 2,1% en 1984, 3,2% en 1985, 2,5% en 1987, 1,4% en 1988 et 1,1% en 1990 et 1991. Par contre, sur l’ensemble des cas de SIDA liés à l’usage des drogues, la proportion d’hétérosexuels ayant eu des relations sexuelles avec des partenaires UDVI a augmenté : 4,1% en 1985, 8% en 1987, 16,1% en 1990 et 20,5% en 1991.

Il faut noter par ailleurs les fortes disparités géographiques de l’épidémie : d’après les données de la surveillance, la région PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur) est la plus touchée, avec une prévalence des cas de SIDA liés à l’usage des drogues de 330,9 cas par million d’habitants. La proportion des UDVI parmi les cas de SIDA dans la région est de 43,9% contre 34,2% homosexuels/bisexuels. Cette tendance dans la répartition des «groupes à risque» rejoint celle des cas de SIDA en Corse avec 50% d’UDVI.

Paris-Île-de-France est la deuxième région à être la plus touchée, avec 190,7 cas de SIDA liés à l’usage des drogues par million d’habitants. Les UDVI représentant 17,1% contre 60,1% homosexuels/bisexuels. L’incidence des cas de SIDA chez les usagers de drogues est en nette progression depuis 1985 : elle est de 0,034% en 1985, de 0,12% en 1986, et de 0,82% en 1990. L’incidence des cas de SIDA chez les UDVI, représentant le risque pour un usager de drogues d’avoir un SIDA, celui-ci est 2,5 fois supérieure à celui d’un homo-bisexuel en 1990.

La surveillance des cas de SIDA nous informe sur une partie de l’épidémie chez les Usagers de Drogues. Le Rapport ANRS/DGS sur la prévalence de l’infection par le VIH en France, en 1989, a estimé que 21 000 à 42 000 usagers de drogues utilisant la voie injectable étaient séropositifs. L’enquête du SESI (Service Statistique des Études et des Systèmes d’Information du Ministère des Affaires Sociales et de l’Intégration) sur la prise en charge sanitaire et sociale des toxicomanes trouve un taux d’usagers de drogues atteints d’infection par le VIH s’élevant à 18,1% en Novembre 1990.

ASUD : D’après votre expérience, quels sont les problèmes spécifiques liés à la prévention du Sida chez les Usagers de Drogues ?

A. SERFATY : J’aurais tendance à classer les problèmes liés à la prévention de l’infection par le VIH chez les Usagers de Drogues (UD), selon deux rubriques. 1) celle concernant l’adoption de comportement de prévention 2) celle concernant les difficultés rencontrées dans la mise en place des programmes d’accès au matériel d’injection stérile.

1) Les comportements relatifs au partage des seringues entre UD ont tendance à évoluer de plus en plus vers des comportements de prévention. L’étude menée par l’IREP (Institut de Recherche en Épidémiologie de la pharmacodépendance) en 1990­ 91, sur les attitudes et les pratiques des UD par rapport à la transmission de l’infection par le VIH, constate que 95,5% des UD interrogés achètent leur seringue en pharmacie, 41% déclarent avoir cessé tout partage et 67,3% ne prêtent pas leur seringue, et cela plus souvent en 1990/91 qu’en 1987/88 (Ingold). De même, une étude en Alsace-Lorraine (1991) a montré que 51% des 180 UD enquêtés déclarent ne jamais emprunter de seringue (Jacob). Par ailleurs, plusieurs études ont montré que l’achat et l’usage des préservatifs chez les UD sont plus fréquents mais l’utilisation des préservatifs n’est pas la règle.

Si les UD semblent plutôt bien informés, et concernés par le SIDA, 85% à 90% ont fait un test de dépistage, le maintien des comportements de prévention reste une utopie en regard des conditions de vie du toxicomane.

Comme le souligne le Dr INGOLD, la question qui se pose actuellement est de savoir si l’adoption des comportements de prévention chez les UD a atteint son maximum. Aux Pays-Bas, le Ministère du Bien-Être, de la Santé et de la Culture fait le constat que la dissémination de l’infection chez les UD continue à s’étendre, malgré une politique de réduction des risques bien développée. Cet état de fait questionne le choix des interventions de prévention actuellement en place dans ce domaine.

2) L’accès aux moyens de prévention : le matériel d’injection stérile, les tampons alcoolisés, l’eau stérile, les préservatifs, l’eau de Javel …, restent insuffisants. Certaines pharmacies refusent encore trop souvent la vente de seringues ou les vendent à plus de cinq francs l’une. La présence de pharmacies ouvertes après 20 heures ou le week-end est rare et ceci est encore plus vrai en dehors de Paris. Par ailleurs, le dispositif de prise en charge des toxicomanes s’est impliqué dans la mise en place d’actions spécifiques de prévention de l’infection par le VIH, mais les projets restent encore limités. Les conseils de prévention concernant les risques sexuels semblent peu intégrés dans la pratique des professionnels (Lert). Les réponses des pouvoirs publics face à l’épidémie du SIDA ont été fondées sur la solidarité avec les personnes vivant avec le VIH. Cependant, à ce jour aucune campagne sur la promotion de la seringue pour usage personnel, ainsi que la récupération du matériel usagé n’a été menée, et cela probablement par crainte de stigmatisation du groupe.

Les programmes de prévention qui ont intégré l’échange de seringues sont encore trop peu nombreux en France. Depuis l’année 1992, le ministère chargé de la santé a pour objectif d’étendre les programmes de prévention du VIH chez les Usagers de Drogues comportant un volet échange de seringues.

ASUD: Quels sont, d’après-vous, les retombés de l’illégalité, et de la répression qui en découle, sur la prévention du SIDA et sur les soins chez les usagers de drogues ?

A. SERFATY : Si on prends l’exemple des programmes d’accès à l’échange de seringues auprès des UD, il a été rapporté à plusieurs reprises par les utilisateurs des programmes, la crainte de garder sur soi des seringues de peur d’être interpellé. Ici, une des conséquences de la répression de l’usage de drogues illicites qui est observée, est la présomption de délit en cas de port de seringue. Cette situation peut, en effet, créer un climat de méfiance et rendre difficile l’accès à l’échange de seringues, ainsi que l’approvisionnement de seringues en pharmacies.

ASUD : Y- a-t-il contradiction entre «lutte contre la consommation de drogues» et « lutte contre l’infection par le V.I.H chez les usagers de drogues» ?

A. SERFATY : Je suis tenté de répondre, pas forcément. Il faut commencer par préciser les niveaux de gravité des deux problèmes à traiter. Dans un cas, il s’agit d’une maladie mortelle, une infection irréversible, dont le moyen d’action prioritaire est de prévenir la transmission du virus, dans l’autre cas,il s’agit de comportements toxicomaniaques dus à la consommation de produits illicites dont les conséquences sur l’individu sont plus ou moins graves selon le (les) produits et la manière de le (les) consommer.

Le premier problème relève de l’urgence de santé publique, le deuxième est un travail thérapeutique et social pouvant s’inscrire sur du moyen ou long terme La dimension préventive du VIH est donc à prioriser par rapport à celle de l’arrêt de la drogue : c’est là où se situe à mon avis cette contradiction, cependant, il ne faut pas négliger non plus le fait que la réduction des risques d’infection chez les usagers passe aussi par la gestion de la consommation des produits.

Je conclurai en disant qu’à ce jour l’extension de l’épidémie liée à l’usage de drogues par voie injectable reste un problème prioritaire de santé publique et les réponses à apporter sont urgentes à mettre en place .

ASUD : Que pensez-vous de l’auto-support comme approche en matière de réduction des risques de prévention du SIDA chez les usagers de drogues?Que pensez-vous de la création du groupe ASUD. Est-ce un partenaire souhaitable,crédible?
Par ailleurs; Quel type de concertation pourrait être envisageable entre le Ministère de la Santé et les usagers de drogues? Par le groupe ASUD? plus concrètement, existe-t-il des possibilités de partenariat entre ASUD et le Ministère de la Santé?

A. SERFATY : Je regrouperai ma réponse à toutes ces questions : je pense tout d’abord que la création d’un groupe d’auto-support des usagers de drogues, dans le cadre de la prévention de l’infection par le V I H chez les usagers de drogues, est un événement important en France. Plusieurs actions de prévention du SIDA chez les U-D avaient déjà intégré et fait participer des ex-usagers de drogues (AFLS).

L’organisation d’un groupe d’usagers ou d’ex-usagers de drogues est nécessaire pour servir de relais de prévention de l’infection par le VIH auprès des usagers.

Il est encore trop tôt pour définir la manière dont le ministère chargé de la santé et ASUD vont travailler ensemble, néanmoins, un champ commun de travail pourrait être envisageable à plusieurs niveaux: consultatif sur la faisabilité de certaines actions de prévention, d’observation sur des situations extrêmes qui échappent à toute approche de prévention, de conseil sur de nouveaux modèles d’actions. De toute façon ,l’existence d’ASUD sera pris en compte. Si en considérant qu’ un des objectifs de la prévention est d’accompagner les usagers pour qu’il deviennent promoteurs de leur propre santé : responsabilité individuelle et envers autrui, implication des intéressés (pairs) et accès aux moyens de prévention sont des approches à prendre en compte.

Par ailleurs,il faut préciser qu’ASUD sera d’autant plus légitimé dans le domaine de la prévention, que ses membres iront se documenter sur le SIDA. S’inscriront dans un réseau de partenaires français, bénéficieront des acquis des expériences françaises et étrangères et pourront repérer les limites de leur champ d’intervention.

ASUD : Nous pensons que l’échange des seringues par les usagers de drogues serait plus efficace. La législation semble bloquer une telle expérience. Faut-il développer l’échange de seringues ? par qui? L’évolution vers l’échange de seringues par les usagers et ex-usagers est-elle envisageable? Si oui, que pensez-vous faire dans ce domaine?

A. SERPATY : Les programmes de prévention de l’infection par le VIH avec échange de seringues apparaissent nécessaires pour accompagner les usagers de drogues à accéder à une information-conseil personnalisée autour des risques de contamination par le VIH ainsi qu’aux moyens de prévention, en particulier les seringues propres, les tampons alcoolisés,les préservatifs de plus, ces programmes interviennent aussi à un niveau plus large sur la maîtrise des risques : ceux des accidents de piqûres accidentelles avec des aiguilles usagers abandonnées sur la voie publique.

Il n’est pas souhaitable de dire que la législation bloque de telles expériences. Actuellement en France des projets sont en court de réalisation : un travail préalable avec les forces de police localement, avec les élus a permis le plus souvent l’obtention d’une neutralité bienveillante autour de ces programmes.

Ces programmes méritent d’être développés dans les zones les plus à risque de toxicomanie Depuis la remise du rapport d’évaluation des trois programmes expérimentaux, la division SIDA de la direction générale de la santé, en collaboration avec le bureau toxicomanie/alcoolisme/tabagisme de la DGS, la direction de l’action sociale et l’AFLS, a mis en place un groupe de travail relatif à l’extension des programmes de prévention avec échange de seringues. En avril 1992, un courrier a été adressée à toute les directions départementales des affaires sanitaires et sociales pour développer ces actions dans les départements…

Remerciements Asud N°2

A l’occasion du deuxième numéro de notre journal, c’est tout le groupe ASUD qui se joint à notre équipe pour remercier de leur aimable soutien l’Association AIDES et son service «toxicomanie», Maître Charles-Henri De Choiseul-Praslin, notre conseiller juridique, l’hôpital Marmottan, le Docteur Annie Serfaty de la Division Sida de la Délégation Générale de la Santé (DGS), Médecins du Monde, l’Association La Terrasse, Associations 93, l’association EGO, ainsi que tous ceux qui nous ont aidé à constituer le Groupe et à sortir le journal ASUD. Nous tenons aussi à remercier Radio Paris, France-Culture ainsi que Fréquence Gaie (98.2) pour nous avoir accueilli dans leurs émissions.

Parmi eux, nous tenons à remercier tout particulièrement l’Agence Française de Lutte contre le Sida (AFLS) pour leur aide financière sans laquelle ce deuxième numéro n’aurait jamais vu le jour. Nous remercions également les laboratoires Delagrange (SYNTHELABO) pour leur aide financière sans laquelle le N°1 n’aurait pu être sorti. Remerciement aux médecins et aux pharmacies qui mettent à disposition gratuitement notre journal aux personnes concernées, merci également à toute l’équipe de l’association APARTS. C’est en effet grâce à leur confiance et à leur généreuse hospitalité que le groupe ASUD peut aujourd’hui sortir ce numéro 2 du journal.

Le shoot à risque réduit

Le shoot sans risque, ça n’existe pas. D’abord, parce qu’il n’est jamais anodin de s’injecter un produit dans les veines, quel qu’il soit. (savez-vous qu’en milieu hospitalier, seuls les infirmiers sont habilités à faire des injections intraveineuses « IV » ?). Ensuite, parce que les drogues ne sont pas des produits comme les autres. Mais il existe des moyens de réduire les risques : il suffit quelquefois de quelques informations techniques élémentaires d’ordre médical, hygiénique. Ces informations, nous n’osons pas les demander à notre praticien, de peur de nous voir répondre que « ce n’est pas à lui de nous aider à nous défoncer », et de nous faire expédier illico vers le premier centre de sevrage venu.

Entre nous, usagers des drogues, de telles pudeurs n’ont pas leur place : malades ou en bonne santé, abstinents ou « pratiquants », nous partageons tous le même objectif : vivre – quel que soit notre pratique ou notre état de santé. Nous n’allons pas nous faire la morale les uns aux autres : ceux d’entre nous qui se shootent savent ce qu’ils font. Ils ne sont que trop conscients des risques auxquels ils s’exposent. Ces risques, notre objectif commun est de les réduire, notamment en matière de SIDA. C’est pourquoi le groupe ASUD a tenu, dés le premier numéro de son journal, conformément à sa politique, à collaborer activement à la réduction de ces risques. Et ce, en levant les tabous et présentant sous la forme de questions/réponses, les principales informations sanitaires pratiques que nous n’osons pas demander à notre médecin traitant.

C’est grâce à la collaboration et aux renseignements fournis par notre ami le Dr Patrick BROSSAIS, médecin psychiatre, intervenant en toxicomanie, que nous pouvons aujourd’hui vous présenter les précautions à prendre pour un Shoot à Risques Réduits.

QUESTION : Nous connaissons à présent (voir encadré) les précautions indispensables à prendre pour éliminer tout risque de contamination (à commencer par le virus HIV ) par la seringue, mais y-a-t-il d’autres précautions à prendre pour éliminer les risques de contamination, d’infections, par les virus, germes, et autres bactéries ?

RÉPONSE : Bien-sûr, et ce à trois niveaux : la cuillère, l’eau et le point de piqûre.

Pour la cuillère, il faut soigneusement la désinfecter (Eau-de-Javel, Alcool à 90° ou à 70°, comme la seringue), puis la laver à l’eau courante et la laisser sécher, ce afin d’éviter la contamination par les germes véhiculés par l’air ambiant. Pour la sécher, ne pas utiliser de torchon ou de serviette qui pourraient contenir des germes.

L’Eau : si elle n’est pas parfaitement pure ou désinfectée elle peut receler de nombreux germes et bactéries. L’idéal serait d’utiliser de l’eau pour préparation injectable, vendue en ampoule auto-cassable dans toutes les pharmacies sans ordonnance et pour un prix modique. Également recommandé, le sérum physiologique (eau stérile légèrement salée), lui aussi disponible en pharmacie. A défaut, on pourra prendre de l’eau minérale encapsulée; qui contient peu de germes – à condition toutefois de l’utiliser sitôt décapsulée, avant que les germes et impuretés de l’air ambiant ne se déposent pas dans la bouteille ouverte. On peut enfin utiliser sans danger l’eau courante de la ville, qui est chimiquement désinfectée.

N’utiliser en aucun cas d’autre liquide que l’eau : alcool, eau des toilettes, huiles, sodas (ils contiennent du sucre !), solvants ou même urine (!!!Eh oui, il y a des kamikazes pour le faire. Paix à leur âme).- les eaux non désinfectées (cours d’eau, citernes, eau courante dans certains pays, etc …) et les eaux usées ou stagnantes (en contact avec l’air ambiant) ou recueillies dans les récipients douteux ou contaminés (verres souillées, seaux, lavabos, piscines, caniveaux, cuvettes des WC, etc ….)

Le point de piqûre : Il importe aussi de le désinfecter soigneusement pour couper court à tout risque d’infection. Pour cela, on nettoiera la peau à l’endroit choisi avec un tampon imbibé d’alcool à 900 ou à 700 ou d’éther. A défaut, utiliser un autre désinfectant disponible en pharmacie tel que : BETADINE, MERCRYL, DAKIN, SYNTHOL, etc …Sinon on pourra recourir à des moyens de fortune : alcool de consommation ou autre type d’alcool ou, (en dernier recours), eau de toilette – titrant au moins 40°. En l’absence de ces moyens, on frottera énergiquement l’endroit choisi avec du savon de Marseille avant de laver à grande eau.

Q : A propos des veines, y-a-t-il des précautions particulières à prendre ?

R: Certainement : d’une part, il faut veiller à maintenir les veines en bon état, et d’autre part, il y a des endroits où il est dangereux de se piquer. Il faut en effet prévenir (par la désinfection du matériel et de la peau) et aussi savoir déceler tout début de veinite, c’est à dire d’infection/inflammation de la paroi veineuse. On décèle la veinite à la formation de cordons veineux enflés, accompagnés d’irritations et de douleurs sur la portion du trajet veineux concerné. En ce cas, utiliser en application locale une pommade anti-inflammatoire de type “NIFLURIL” (vendu en pharmacie sur ordonnance), et cesser toute injection à l’endroit concerné. Faute de quoi, une veinite relativement bénigne risque de dégénérer en phlébite, avec thrombose (formation de caillot obstruant la veine).

Il importe également de bien choisir le point de piqûre : éviter les veines trop fines qui pourraient éclater, causant hématomes et abcès. Éviter également les parties du corps trop exposées aux germes : main, pied ou entre-jambe (qui macère toute la journée dans les chaussures ou les sous-vêtements fermés) ou … l’intérieur de la bouche.

A éviter absolument – les injections intra-artérielles aussi bien radiales (intérieur poignet) que carotides (gorge) – ce type d’injections en profondeur est extrêmement délicat et dangereux (en milieu hospitalier, seuls les médecins sont habilités à le pratiquer).

 

 

Points-injection

 

 

Q : Parlant de caillot, il arrive souvent qu’à force de galérer à la recherche d’une veine sitôt perdue, on finisse par obtenir dans la seringue une sorte de pâte noirâtre, mélange de sang à demi coagulé et de came dissoute. Peut-on l’injecter sans danger – au besoin en l’allongeant d’eau ?

R : Non ! Ce genre de “soupe” peut facilement occasionner des caillots, responsables de thromboses et de phlébites graves, sans parler des risques d’infections et d’abcès. Si c’est tout ce qu’il vous reste et que vous répugnez à le jeter, mieux vaut vider la seringue dans les narines et “sniffer” la mixture. Les muqueuses du nez recueillent au moins une partie du principe actif et vous n’avez pas tout perdu !

Q: La pratique de la “tirette” est-elle dangereuse ?

R : Non, tant qu’elle ne se prolonge pas au point de coaguler le sang dans la pompe.

Q : Certaines variétés d’héroïne – le brown – nécessitent pour se dissoudre, la présence d’un agent acide dans la cuillère. Lequel utiliser: vinaigre ou Citron ?

R : L’idéal serait d’utiliser un peu d’acide citrique en poudre (disponible en pharmacie) mélangé à la dope et à l’eau de “cuisson”. En son absence, on utilisera:

  1. Le jus de citron (à condition de le filtrer soigneusement au préalable et qu’il provienne d’un fruit frais en bon état)
  2. L’acide ascorbique au vitamine C, à filtrer également avec soin car elle fait des dépôts.
  3. Le vinaigre, blanc ou rouge, à n’utiliser qu’en tout dernier recours, à cause d’une part des adjuvants chimiques, ainsi que des dépôts qu’il forme, occasionnant abcès, veinites et infections diverses.

Q : Une fois répertoriés les risques “marginaux” ou “secondaires” liés aux conditions sanitaires, à l’injection elle-même, au surdosage ou l’adultération de la dope, y-a-t-il un risque lié au produit lui-même ?

R : Bien entendu, tout produit toxique engendre un risque chez la personne qui l’utilise: avec la cocaïne ou les amphés, qui induisent une tendance à la multiplication des prises, en créant chez l’usager le besoin de se shooter sans arrêt pour renouveler le flash (phénomène de tolérance), il y a en particulier un risque de crise d’épilepsie ou d’accident cardiaque

Q : Et l’héroïne ?

R: Concernant l’héroïne , le Dr Brossais explique

“L’héroïne disponible sous forme pure, sans coupage, si elle n’est pas dans un dosage contrôlable, peut certes entraîner un risque d’accident aigu mortel : l’overdose, mais ne lèse pas d’organe particulier en dehors de ce risque. Le seul autre risque est celui de dépendance physique et psychique, parfois provoqué dès les premières prises du produit. Celui-ci cause à la longue un épuisement général de l’organisme.” En somme, l’héroïne en “pompant” les ressources de l’organisme, joue le rôle d’un “accélérateur de vieillissement”, et ce jusqu’à la “cachexie”, épuisement total, marqué par une maigreur extrême, une asthénie physique et psychique extrême, l’anorexie (abandon de la nutrition) et enfin un état grabataire … jusqu’à ce que l’usager finisse par s’éteindre comme une chandelle “usée” jusqu’au bout.

Il faut en général une longue période d’usage massif et régulier pour en arriver à ce stade ultime. Mais il convient d’être attentif aux premiers symptômes de cet affaiblissement général (faiblesse physiologique et mentale, aboulie, perte d’appétit, indifférence sexuelle, aménorrhée, amaigrissement, détérioration progressive de l’état général -les dents, le foie, les reins, le transit intestinal- et dès leur apparition, d’envisager d’interrompre, au moins momentanément, l’usage du produit. Mais cela est vrai pour beaucoup d’autres drogues légales, comme l’alcool ou certains médicaments.

Q : Y-a-t-il un moyen de pallier cet affaiblissement général ?

R: Hélas non. Il n’existe aucun moyen d’éviter la fatigue générale engendrée par l’usage intensif des opiacés, cependant pour les usagers, il faut s’efforcer à continuer d’avoir une alimentation riche et diversifiée, en prenant si possible, des doses quotidiennes de vitamines et d’oligo-éléments type “Vivamine” au “Quotivit”. Du fait des conditions sociales résultant de la marginalisation imposée à l’usager par la clandestinité, cela reste hélas le plus souvent un vœu pieux.

Q : Est-ce que cela signifie que les opiacés en particulier auraient un effet immunodépresseur ? Notamment chez les séropositifs et les malades du SIDA chez qui l’usage d’opiacés risquerait de déclencher ou d’accélérer la progression de la maladie ?

R: NON! Le Dr BROSSAIS, cité en toutes lettres, déclare :

“Je réponds catégoriquement non. Par rapport à l’atteinte VIH, plusieurs études internationales (en particulier, concernant la méthadone, le Congrès de Florence en juin 1991) ont clairement montré que les UDVI d’opiacés en général n’avait pas une survie moindre que les autres personnes dites “à risque”. C’est pourquoi” ,il ajoute : “il me semble particulièrement important de développer en France des programmes – méthadone, notamment, chez les usagers des. drogues séropositifs ou atteints du SIDA … Pour le moment, nous sommes, avec la Suède, le pays le plus retardataire d’Europe, sans parler de la CEE, dans ce type de programme de substitution”.

Accidents

La Poussière

C’est ce qui se produit, lorsque vous vous injectez une impureté ( fibre, dépôt de dope mal dissout, ou provenant de l’agent acide, cendres ou poussières ramassées sur du matériel mal nettoyé). Le meilleur moyen de l’éviter, est de veiller d’abord à bien dissoudre la dope et ensuite à filtrer soigneusement le mélange à travers un coton neuf ( les vieux ayant tendance à s’effilocher sans parler de toutes les saletés qui s’agglomèrent dessus)

Malgré son côté spectaculaire et extrêmement désagréable ( tétanie, tremblements convulsifs, fièvre soudaine, migraines violentes, angoisses aiguës, refroidissements), il s’agit généralement d’une complication bénigne qui cède au bout de quelques heures.

Que faire?

Envelopper la personne dans des couvertures pour lutter contre le refroidissement. La faire boire abondamment pour éviter un blocage rénal en cas de déshydratation,. Administrer un analgésique léger genre aspirine pour combattre la douleur et faire baisser la fièvre, ainsi qu’un anxiolytique (Lexomil, Lysanxia par exemple) et, éventuellement un antihistaminique (Polaramine)pour lutter contre la réaction allergique. Au bout de quelques heures, la personne cédera au sommeil, et, au réveil, ne gardera de ce pénible accident qu’une fatigue pouvant durer plusieurs jours.

O.D (over-dose)

Ou plutôt, en termes médicaux, accident de surdosage . Il se produit généralement dans deux cas : soit lors d’une première expérience sur un individu qui ne consomme pas d’opiacés, ou encore lors du premier shoot après une période d’abstinence volontaire ou forcée ( cure de sevrage, prison etc…), alors que le corps s’est désaccoutumé du produit, il ne supportera pas une dose considérée comme légère avant le sevrage; soit encore lorsqu’on injecte une dope inhabituellement puissante, c’est à dire à la teneur plus forte en produit actif, soit quand la personne est malade ou épuisée.

Comment l’éviter?

Il n’y a qu’une seule parade: la prudence. C’est à dire, face à un produit provenant d’un nouveau “plan”, ou pour une première prise après un sevrage, tester la came, soit en n’en sniffant un peu avant de se l’injecter, soit en n’en injectant d’abord une quantité minime.

Un accident de surdosage se reconnaît , à ce que le sujet, de quelques secondes à quelques minutes après l’injection “pique du nez”, et perd connaissance; parfois avec convulsions et arrêt de la respiration. Quoiqu’il en soit, il s’agit là d’un risque vital qui nécessite une intervention en urgence.

Que faire ?

D’abord, appeler le SAMU ou se mettre en relation avec l’hôpital le plus proche.

En attendant, le mieux serait d’administrer un antagoniste spécifique agissant sur les récepteurs d’opiacés du cerveau. Ce produit existe : la Naloxone, vendu en pharmacie sur ordonnance, sous le nom de NARCAN. La prudence la plus élémentaire voudrait que chaque usager de drogue par voie intraveineuse (UDVI) en possède toujours une ampoule chez lui ou à portée de main ; En tout cas, si on en possède, en administrer immédiatement, une ampoule à la victime, soit en intramusculaire , soit en intraveineuse lente.

Pendant ce temps : s’assurer de la ventilation des poumons de la victime par le bouche à bouche (il suffit d’un arrêt respiratoire et circulatoire de quelques minutes pour détruire irrémédiablement le cerveau), et surveiller son pouls. Si vous avez des notions de secourisme, faire un massage cardiaque et ventiler le sujet par le bouche à bouche.

Tout en administrant les soins d’urgence énumérés ci-dessus: essayer de réveiller la victime, soit, en lui administrant des claques, soit en la plongeant dans un bain d’eau froide. Ne pas tenter de la relever, laisser au contraire le sujet allongé, de préférence sur le côté pour lui éviter de s’étouffer avec d’éventuels vomissements. Le bouche à bouche et le massage cardiaque, s’ils ont été commencés, doivent être continués jusqu’à l’arrivée des secours.

Une seringue propre

Pour éviter toute contamination, et d’abord, celle du Sida, une règle d’or : une seringue neuve par shoot et par personne. Même si vous êtes déjà séropositif, une seringue usagée non stérilisée risque de vous recontaminer, ce qui hâte le déclenchement de la phase active de la maladie – même s’il s’agit de votre propre seringue : outre le fait que beaucoup de germes ou d’impuretés ont pu s’y déposer entre deux utilisations, vous pouvez vous réinfecter avec votre propre sang.

Si vous ne disposez pas de matériel neuf, vous pouvez, en dernier recours, stériliser la seringue après usage. Cette opération, qui n’est qu’un pis aller doit impérativement être renouvelé après chaque shoot.

Il existe deux méthodes :

  1. L’eau bouillante
    Bien RINCER la seringue en la remplissant et en la vidant plusieurs fois. La démonter (corps, piston, aiguille) la laisser bouillir 5 à 10 mn dans une casserole d’eau puis vider l’eau de là casserole retirer les pièces, laisser sécher et remonter la seringue.
  2. A l’eau-de-Javel ou à l’alcool (70° minimum)
    Bien rincer la seringue remplir un verre de Javel ou d’alcool à 90°, remplir complètement la seringue et vider dans l’évier, recommencer l’opération 3 à 5 fois. Remplir un verre d’eau (courante ou minérale) et rincer à nouveau. Recommencer 3 à 5 fois pour éliminer toute trace de Javel (très toxique).

Après usage : jeter la seringue qui ne doit être réutilisée qu’exceptionnellement, avec les précautions décrites ci-dessus. Avant de la jeter, casser l’aiguille et empaqueter le tout dans un sac bien fermé, ou encore la mettre dans une canette vide que vous écraserez ensuite; C’est la meilleure façon , si vous êtes séropositif, d’éviter de contaminer un éboueur, ou un enfant qui la trouverait et s’égratignerait par accident.

Le SIDA

Le SIDA est une maladie qui détruit le système immunitaire (défense du corps contre les maladies). Résultat : des maladies de toutes sortes peuvent alors se développer. On parle à ce moment là de “maladies opportunistes”, puisqu’elles profitent de l’absence de défense du système immunitaire (ou de sa faiblesse).

Être séropositif, ce n’est pas être malade. Seulement, le virus du SIDA a été rencontré par la personne séropositive. L’Usager séropositif doit alors faire plus attention que les autres personnes pour ne pas subir une surcontamination par une autre souche du virus du SIDA.

Le virus en lui-même est très fragile. Il ne supporte ni l’air, ni l’eau-de-Javel, ni l’alcool 90°. Cependant, laisser sécher une seringue n’est pas efficace : des gouttes de buées suffisent à transmettre le virus par l’aiguille. La solution la plus façile, la plus rapide, la plus efficace, c’est naturellement de changer de seringue, pour en acheter une stérile !

Ne jette pas tes vieilles seringues n’importe où le chapeau de l’aiguille peut se retirer, et des enfants curieux pourraient se piquer au travers d’un sac-poubelle. Par précaution, nous devons donc casser l’aiguille de l’ancienne seringue pour que personne d’autre ne puisse l’utiliser. Attention toutefois à ne pas laisser traîner l’aiguille ainsi cassée.

Être un usager responsable, ce n’est pas seulement se préoccuper d’avoir des seringues neuves. C’est aussi utiliser les préservatifs, quelles que soient les circonstances. La confiance ne suffit pas. Avoir fait le test de dépistage non plus. (un très grand délai étant nécessaire (3 mois) entre le contact avec le virus et son dépistage). Le préservatif est un jeu qui n’exclu pas l’amour. Porter des préservatif sur soi est une marque d’espoir (d’une rencontre).

La moitié d’entre-nous sommes déjà séropositifs. Ne cherche pas de qui cela vient ! Mais cherche à prévenir tous ceux avec qui tu as “tourné” ces derniers temps. Le geste de prévention n’est pas facile ! Dire à quelqu’un “fais le test !”, c’est dur. Mais personne ne sait qui de toi ou de la personne a été le premier en contact avec le virus, et le problème n’est pas là. Il s’agit de faire jouer la solidarité, et le premier geste est de rester vigilant lors de “fêtes” où drogues et sexualités peuvent se mêler.

Le SIDA n’est pas une maladie honteuse. Si tu es séropositif ou malade du SIDA, ne cherche pas à le nier, à t’isoler. Tu dois être plus prudent, mais tu continues à vivre. La vigilance n’est pas la privation des plaisirs. Il s’agit de faire rentrer de nouveaux réflexes dans nos us et coutumes. Mieux vaut parfois attendre l’ouverture d’une pharmacie plutôt que de gagner une heure en perdant un mois à l’hôpital, voire pire. Une seringue propre ne dispense pas du préservatif. Le sexe-sans-risque (SSR) s’accompagne d’un usage à risque réduit (URR). L’usage propre, ça s’apprend, et c’est une carte de visite pour instaurer la confiance avec tous les partenaires.

Appel pour la mise à disposition de seringues

Dans l’état actuel de la législation de nôtre pays, la loi interdit, sauf dérogation exceptionnelle, l’échange et la distribution gratuite de seringues. Mais aujourd’hui, face à la gravité de l’épidémie du SIDA, qui à travers les catégories de personnes dites “à risque”, menace l’ensemble de la population, il devient urgent de promouvoir et de mettre en œuvre des opérations d’échange des seringues.

Nous, usagers des drogues, sommes prêts à apporter notre concours actif à de telles opérations. Et avec nous beaucoup de particuliers, d’associations, publiques comme privées.

Nous les appelons, eux qui partagent notre volonté de prévention active du SIDA par la multiplication des opérations d’échange de seringues, à se joindre à nous pour demander aux autorités un changement de la législation.

Et à nous exprimer leur soutien en envoyant par courrier le texte ci-dessous :

Je soutiens votre démarche pour la multiplication de lieux d’échanges de seringues :

– Nom :
– Prénom :
– Adresse :
– Organisme ou Association :

Signature :

Recherche Toxicomanie‑Sida

Un rapport de l’IREP1, en date de mars 92, et consacré à “LA TRASMISSION DU VIRUS VIH CHEZ LES TOXICOMANES”, enregistre “un net changement de comportement chez les toxicomanes, visant à la réduction des risques de contamination”.

Le rapport souligne qu’un faible pourcentage des usagers de drogues ayant commencé à se piquer après 1987 (année de la libéralisation des seringues) sont contaminés par le virus.

Cependant, poursuivent les chercheurs :

”Il reste néanmoins difficile de penser que les toxicomanes par voie intraveineuse pourraient réduire encore, et de façon significative, les risques de transmission du VIH par l’acquisition d’attitudes nouvelles plus sûres, tout du moins pour ce qui concerne la seringue: en réalité, les risques de transmission sont maintenant dominés par les conditions de vie et l’hygiène général des usagers. L’information est passée, le non partage de la seringue s’est installé comme une routine, l’emploi du préservatif est devenu un peu plus fréquent. Mais il manque au maintien ou au renforcement de ces nouvelles habitudes l’environnement sanitaire adéquat. Les états de crise, la misère économique, les conditions de vie dans la rue, la difficulté de l’accès aux soins, le caractère discontinu des prises en charge sanitaires sont autant d’éléments qui fragilisent ou relativisent les attitudes de réduction de risque; Le faible emploi du préservatif est à cet égard significatif, il vient largement en second dans l’ordre des priorités.”

1IREP : Institut de recherche épidémiologique de la pharmaco-dépendance, du DR Ingold.

Lettre ouverte à Mme Georgina Dufoix

Madame le Ministre,

Comme vous avez pu lire dans notre manifeste, l’une des principales raisons d’être du groupe Asud est d’apporter la preuve vivante que les usagers des drogues sont prêts à engager un dialogue constructif avec les décideurs en matière de toxicomanie afin de devenir des partenaires actifs de la lutte contre tous les dangers qui les menacent, à commencer par celui du sida.

Sachant l’intérêt éclairé que vous portez aux problèmes de toxicomanie, nous vous serions infiniment reconnaissants de bien vouloir accepter de nous recevoir pour un entretien qui, publié dans le prochain numéro du journal ASUD, jetterait les bases de ce dialogue que tout comme vous -même nous appelons de nos vœux.

Interview de Mme Christine Ortmans

Mme Christine ORTMANS est chargée de mission, responsable des actions de prévention en direction des toxicomanes et des prostitués à l’Agence Française de Lutte contre le Sida (AFLS).

ASUD : Depuis sa création l’AFLS déploie des efforts considérables pour la prévention du sida – quelle est sa politique actuelle, en mai 92, dans le domaine spécifique de la prévention du sida chez les usagers de drogues ?

C.ORTMANS : En ce qui concerne les usagers de drogues l’agence s’est fixé deux objectifs : d’une part la facilitation de l’accès aux seringues stériles et aux préservatifs; d’autre part, la circulation d’une information faite par et pour les usagers. A cet égard, nous ne pouvons que nous féliciter de l’existence et de l’action d’un groupe comme le vôtre . Quant aux seringues et aux préservatifs la tâche est loin d’être simple. Il y a en effet, en ce qui concerne les seringues une sorte de blocage, qui fait que la population n’est pas encore prête à accepter des campagnes d’information préconisant l’usage de seringues stériles et où certaines personnes estiment encore que la vente libre des seringues favorise la prise de drogues illicites. Une enquête menée dans 5 villes de France, après la libéralisation de la vente des seringues en pharmacie, n’a pas mis en évidence une augmentation du nombre des toxicomanes. Dans une société où le seul mot de drogue suffit à effrayer le public, il nous faut aller progressivement.dans nos actions sur le terrain.

“Mais quelles que soient les difficultés que nous rencontrons, c’est une seule et même idée qui sous-tend le double objectif de notre action. A savoir que pour que l’usager de drogues prenne soin de sa santé, à la fois pour lui-même mais aussi pour ses partenaires – en un mot, pour qu’il se respecte , il faut que la société lui offre le respect dû à tout citoyen . Ce qui signifie que pour qu’il accorde du prix à la sauvegarde de sa vie, il faut lui offrir la possibilité d’une vie qui vaille la peine d’être vécue. Que signifient en effet le risque du sida, la prévention pour un être démuni de tout, dans un état de précarité absolue, seul, sans travail, sans ressources, sans refuge , que la rue ou la prison, et voué à l’opprobre général ?

ASUD : A titre d’exemple, la libéralisation de la vente des seringues, en 87, a-t-elle provoqué un tassement de la hausse du taux de contamination chez les usagers de drogues?

C ORTMANS : “Il est impossible de donner des chiffres précis D’abord parce que la clandestinité de l’usage des drogues empêche toutes statistiques. Ensuite, parce que les délais d’apparition de la maladie – plus ou moins l0 ans après la contamination – et l’absence de déclaration de la séropositivité font qu’il est encore trop tôt pour juger des résultats de cette mesure.

La seule certitude que l’on ait c’est que, indéniablement, les comportements ont changé. Ce qui prouve que, si on informe les toxicomanes et qu’on leur donne les moyens d’accès aux soins, aux seringues, aux préservatifs – les usagers de drogues peuvent se montrer responsables et soucieux de leur santé. Les études ont montré que les compor­tements ont changé.”

ASUD : Le tabou qui pèse dans notre pays sur toute information sur la drogue constitue-t-il une gêne, une pierre d’achoppement pour votre action ?

C ORTMANS : “Malheureusement oui. En France, la drogue reste un sujet qui suscite autant la réflexion que la passion. Pourtant, en ce qui concerne la prévention du VIH chez les usagers des drogues, il y a une urgence dont il faut tenir compte en matière de Santé Publique. Mais il faut composer avec la réalité.”

ASUD : Le discours officiel sur les drogues peut-il continuer à arborer le double visage qu’il a actuellement: d’un coté, la prévention (et pour nous, ça signifie promotion de l’usage des seringues stériles) et de l’autre, la répression (stigmatisation de la drogue, déclarations publiques de « guerre à la drogue » etc.)?

C.ORTMANS : “C’est bien là le problème dans notre travail Être patient. Il faut expliquer et expliquer encore au public que ce n’est pas parce qu’on fait de la prévention du SIDA en favorisant le libre accès aux seringues, qu’on incite les jeunes à prendre tel ou tel produit. De même que la promotion du préservatif n’a pas pour objectif d’inciter les jeunes à la “débauche”, mais simplement à se protéger eux-mêmes et leurs partenaires lors de relations sexuelles. Pourtant il y a encore beaucoup de réticences à faire passer la prévention du sida avant celle de la toxicomanie. Néanmoins, je peux vous assurer que les responsables des différentes administrations travaillent ensemble sur ce sujet et que l’on commence à observer une évolution dans les discours et les mentalités.”

ASUD : Pensez-vous que les usagers ont un rôle à jouer dans la prévention du sida ?

C.ORTMANS : “Bien sûr . Il est normal que la prévention passe en priorité par les groupes les plus exposés. A la fois pour eux-mêmes mais aussi pour l’ensemble de la société”.

Comité de soutien des non-usagers

Pour nous aider dans notre lutte pour la prévention du SIDA et le respect des Droits de l’Homme, notre ami Abdalla TOUFIK a pris l’initiative de former un Comité de Soutien des non-usagers.

Nous nous joignons à lui pour appeler tous ceux – médecins, juristes, intervenants en toxicomanie, parents ou amis d’Usager des drogues, personnes privées ou associations – qui partagent nos objectifs et nos convictions, à rejoindre ce Comité de Soutien destiné à travailler en liaison avec le Groupe ASUD et en fonction des aspirations et des impératifs qui orientent notre action.

Les coordonnées sont les mêmes que celles du groupe ASUD.

Oslo : la présence d’Asud au niveau européen

C’est tout naturellement que dès sa création, le groupe ASUD s’est inséré dans le réseau européen des groupes d’Auto-Support des usagers des drogues. Un ralliement tardif, certes (mais après tout, nous n’existons que depuis le 9 avril 1992) mais enthousiaste.

Comme ont été enthousiastes les applaudissements, qui, le 26 avril 1992 à Oslo, où s’était réuni le comité directeur du Réseau Européen, ont salué l’annonce de la création du groupe ASUD France.

La naissance du réseau européen que notre groupe ASUD vient donc de rallier, remonte à novembre 1990. C’est au cour d’un congrès organisé par le groupe allemand d’Auto-Support JES et financé par la Deutsche AIDS-Hielfe (Agence allemande de Lutte contre le SIDA) à Berlin et réunissant 30 participants venus de toute l’Europe de l’Ouest et de l’Est pour affirmer la volonté des groupes d’auto-suppport des usagers des drogues de prendre part en toute première ligne au combat de la prévention du SIDA, que l’idée de créer un réseau organisé des groupes ASUD européens , doté d’une structure permanente, s’est imposée.

Une idée qui devait prendre corps un an plus tard, du 29 novembre au 1er décembre 1991, toujours à Berlin. On a en effet pu voir, tout au long de cette nouvelle rencontre, le réseau européen esquissé, l’année précédente, s’élargir à de nouveaux participants (26 groupes au total), et se doter d’un secrétariat permanent ainsi que d’un comité directeur élu.

A l’issue de son congrès fondateur de Berlin 1991, la toute nouvelle organisation européenne devait également adopter une déclaration résumant les objectifs et les revendications des groupes ASUD européens.

5 mois plus tard, en cette fin avril 1992, c’est à Oslo que le comité directeur, qui rassemblait une douzaine de personnes sous l’égide d’un observateur de l’OMS venu apporter le soutient de son organisation à l’action du réseau européen, a pu saluer la toute nouvelle création de notre groupe ASUD français.

Abdalla Toufik, membre élu du comité et messager du ralliement de notre groupe au réseau européen, a demandé au Comité son remplacement par un usager membre d’ASUD France, parce que, dit-il :

“J’ai démissionné du comité parce que, dans la logique de l’Auto-organisation des usagers des drogues, n’étant pas usager moi-même, il me semblait normal de céder ma place à Philippe Marchenay, responsable du groupe ASUD France. Le comité directeur a accepté ce remplacement , en dépit de la règle selon laquelle ses membres étaient en principe élus au scrutin nominal, et non par association. Tout le monde en effet a compris la nécessité pour ASUD France, d’y être représenté.”

Quant aux travaux de cette première réunion de ce comité directeur, ils ont été largement féconds, aboutissant notamment à la définition d’un double objectif pour l’action au niveau européen : la lutte contre le fléau du SIDA d’une part, et la protection des droits de l’Homme pour les usagers des drogues :

“Il ne s’agit pas, poursuit Abdalla, de promouvoir la Toxicomanie ou de devenir je ne sais quel carrefour de la défonce, mais de participer activement en tant qu usager des drogues, à la politique de réduction des risques à commencer par celui du SIDA. Or, les travaux du comité ont clairement mis en lumière le fait que c’est dans les états (Allemagne, Grande-Bretagne, Pays-Bas) où les pouvoirs publics ont enfin compris que rien ne peut être fait en matière de prévention sans le concours des usagers des drogues que sont menées les seules expériences réellement fructueuses. Les résultats sont là : il n’ a qu’à voir les statistiques ; partout où les usagers des drogues sont pris en compte, on observe que la contamination par le virus VIH est nettement moindre.

“C’est pourquoi nous comptons travailler avec nos partenaires européens sans oublier les conditions imposés par le contexte local, en servant à notre façon le double objectif du réseau : le droit à la santé et les Droits de l’Homme”.

“Pour nous, en France, cela veut dire entre autre faire en sorte d’élargir la palette des choix de vie proposés à l’usager, et surtout à l’usager malade. C’est à dire en un mot : abstinent ou non, avec ou sans drogue, survivre … vivre, tout simplement.”

Quoiqu’il en soit, c’est dès juillet prochain, à Amsterdam, où se trouve le siège officiel du réseau européen, que se tiendra la prochaine réunion du comité directeur, à l’occasion de la conférence mondiale du SIDA. Et notre groupe, bien que nouveau venu, entend bien y tenir un rôle actif, d’autant qu’il a été convenu à Oslo de lui confier la coordination des groupes francophones et d’Europe du sud. : Belgique, Suisse, Espagne, Italie et la Grèce.

Arrêt de la cour de cassation

Désormais, en matière de stupéfiants, il suffit d’une simple dénonciation pour habiliter la police à intervenir en flagrant délit, c’est à dire à faire irruption au domicile d’un suspect à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, sans avoir besoin d’aucun document justificatif.

Rien de nouveau sous le soleil direz-vous. Eh si justement : ce qui est nouveau c’est qu’à présent, ce genre de pratique policière qui, pour être courante, n’en restait pas moins comme plus ou moins en marge du Code Pénal, se voit en effet officiellement consacrée par une toute récente jurisprudence de la plus haute juridiction française.

La Chambre Criminelle de la Cour de Cassation vient en effet de rendre un arrêt consacrant de fait le droit des policiers à intervenir en flagrant délit sur simple dénonciation, dès lors qu’il s’agit de stupéfiants. Et ce, en cassant voici trois semaines l’arrêt de la Cour d’Appel de Fort de France daté du 19 juillet 91, arrêt par lequel celle-ci annulait elle-même la procédure de flagrant délit engagée contre un nommé Riquier Max, suspecté de vente de drogue à la suite de la dénonciation d’un petit consommateur qui le désignait comme son fournisseur. Cette annulation avait été prononcée au motif que “la simple mise en cause (du suspect) ne saurait constituer l’indice apparent suffisant d’un comportement délictueux révélant l’existence d’un flagrant délit”.

En clair, la récente décision de la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation, en permettant à la police d’agir en flagrant délit sur simple dénonciation, lui donne un pouvoir quasi-discrétionnaire et dégagé de toute tutelle judiciaire en matière de stupéfiants…

Décidément non, comme répondait le flic qui l’embarquait à 3 h du mat’ après avoir défoncé sa porte au pauvre pékin menotté, assez naïf pour lui demander s’il avait un mandat – non vraiment, “On n’est pas dans un feuilleton américain, mon petit pote, on n’est pas à la télé” …Eh non, c’est vrai ; on est en France en mai 1992…

Massacre au Myanmar (ex-Birmanie)

D’après le chef du Centre Anti-Prostitution, une ONG thaïlandaise, 25 prostituées birmanes séropositives auraient été exécutées par injection de cyanure en fin 91 sur ordre des autorités de Rangoon.

Les vingt-cinq jeunes femmes avaient été, en même temps que plusieurs dizaines de leurs compatriotes, libérées du bordel de Thaïlande où elles travaillaient et refoulées vers leur pays d’origine par la police des mœurs thaïlandaises en juin dernier.

quand on sait qu’environ 40 000 prostituées birmanes travaillent dans les bordels du “pays du sourire”, pour la plupart membres de ces minorités ethniques contre lesquelles le régime de Rangoon mène par ailleurs une véritable guerre d’extermination sous couvert de “lutte contre la drogue”, et qu’on connaît d’autre part le peu de cas que font les généraux birmans de la vie humaine, on peut légitimement s’attendre à des lendemains sanglants… Alors, après les prostituées, à quand le massacre des UD séropositifs ?

Pour le moment – et pour ce que nous en savons – la question n’est heureusement pas à l’ordre du jour … N’empêche que si j’étais birman, et toxico, et séropo, pour couronner le tout, j’aurais disons comme une tendance à me méfier des prises de sang.

En taule

Selon le Docteur Denis L, interne de l’hôpital St André à Bordeaux, dans “Synopsis Pluralis” d’avril 1992, près de 10 000 à 12 000 toxicomanes seraient incarcérés chaque année en France, avec parmi eux, un taux de séropositivité variant de 30% à 40%. On peut donc en déduire qu’il y aurait actuellement entre 3 000 et 5 000 Usagers des drogues séropositifs ou malade du SIDA dans les prisons françaises.

Face à cette situation, face aux risques de contamination qu’elle entraîne du fait de l’impossibilité de trouver en prison des préservatifs ou des seringues stériles, comment réagit l’Administration Pénitentiaire ? Comment soigne-t-elle les détenus usagers des drogues ou malades du SIDA ? Comment ceux-ci vivent-ils leur séropositivité ou leur maladie en prison?

Médecins pénitentiaires, surveillants, ex-détenus, parents ou amis de détenus, nous attendons vos témoignages…

Remerciements

A l’occasion du premier numéro de notre journal, c’est tout le groupe ASUD qui se joint à notre équipe pour remercier de leur écoute attentive à nos préoccupations MM Fromiont et Dorléans, de la Ville de Paris, ainsi que Mme Christine Ortmans de l’AFLS, Maitre Charles-Henri De Choiseul-Praslin, notre conseiller juridique, le Dr Annie Mino, médecin-chef de la division pour toxico-dépendants de Genève, Mme Colette Aubourg, ainsi que tous ceux qui nous ont aidé à constituer le Groupe et à sortir le journal ASUD.

Parmi eux, nous tenons à remercier tout particulièrement les laboratoires Delagrange pour leur aide financière sans laquelle ce premier numéro n’aurait jamais vu le jour.

Un grand merci également à tout les membres de l’équipe de l’association APARTS. C’est en effet grâce à leur confiance et à leur généreuse hospitalité que le groupe ASUD peut aujourd’hui sortir ce numéro 1 de son journal.

© 2020 A.S.U.D. Tous droits réservés.

Inscrivez-vous à notre newsletter