Auteur/autrice : ASUD

Conférence de presse Asud/Circ/Act Up Paris – Contre « la guerre à la drogue »

En 1998, réuni en session extraordinaire à New York, l’ONU s’était donné dix ans pour éradiquer la production de plantes à drogues et réduire significativement l’offre et la demande des drogues illicites.
À l’heure du bilan, en 2008, une évidence s’impose : « la guerre à la drogue » est un échec cuisant.

Le 11 et 12 mars 2009 à Vienne, en présence de l’ensemble des autorités concernées sur le plan international, l’ONU tiendra une assemblée dont l’objectif est de définir une nouvelle politique pour les dix années à venir.

Une coordination d’associations européennes (cf. pièce jointe), dont ASUD et le CIRC, ont décidé de participer le 11 mars à un rassemblement pacifique devant le bâtiment de l’ONU. Nous demandons que cesse cette politique répressive et stigmatisante pour les usagers. Nous souhaitons pour les drogues une politique plus pragmatique qui privilégie la réduction des risques plutôt qu’une répression aveugle et contre productive.

Pour que cette assemblée qui doit se prononcer sur la future politique des drogues ne soit pas occultée.
Pour que soient relayées les actions des militants européens se battant pour une réforme des traités internationaux,
ASUD, le CIRC,et Act Up Paris vous convient à une conférence de presse, le lundi 9 mars à 17 heures dans les locaux de l’association ASUD.

Toutes informations complémentaires au numéro suivant : 01 71 93 16 48 ( Fabrice Olivet ou Pierre Chappard)

Liens :

Le Plan Hépatites 2009-2012 ne répond pas à l’urgence de l’épidémie d’hépatite C

Communiqué de presse ASUD/AFR/AIDES

Hier sortait le «plan hépatites 2009-2012 » attendu depuis trois ans. Et force est de constater que ce plan ne répond pas à l’urgence à laquelle sont confrontés les usagers de drogues : 8000 contaminations et 4000 morts par an pour l’hépatite B et C, dont une majorité sont des usagers de drogues.

Si le plan prend acte du fait «que l’efficacité des méthodes de réduction des risques utilisées jusqu’ici s’avèrent insuffisantes» pour lutter contre le virus de l’hépatite (VHC), il ne propose qu’études et évaluations là où il faudrait pousser plus loin la logique de la réduction des risques. Pour élaborer ce plan, l’État a pourtant consulté les représentants des intervenants de terrain, des usagers de drogues et des malades. Mais leurs propositions face à l’urgence n’ont pas été retenues. Il s’agissait d’expérimenter ou d’ouvrir de nouveaux programmes comme l’accompagnement des personnes dans leurs pratiques d’injection (ERLI – Éducation aux Risques Liés à l’Injection), l’instauration d’échange de seringues dans les prisons, l’extension à tout le territoire des programmes de réduction des risques, la mise en place de structures d’hébergement et de soins adaptées aux usagers de drogues actifs…

Même au niveau économique, le plan est dérisoire et est un non sens. A titre de comparaison, son montant, 4 millions d’euros par an, ne correspond même pas au prix de 700 traitements VHC (sur six mois). Or développer ces nouveaux programmes de réduction des risques permettrait non seulement d’éviter des milliers de morts, mais aussi d’économiser des millions d’euros en traitement VHC, en incapacité de travail….

Nous nous retrouvons 20 ans en arrière, confrontés aux mêmes défis qu’avec l’épidémie de SIDA : un État qui fait la sourde oreille et qui refuse d’expérimenter des réponses pragmatiques, une épidémie qui se répand, des usagers de drogues qui se contaminent et meurent dans l’indifférence générale.

Réponse aux descentes de police dans les collèges

Communiqué de presse ASUD / ANITeA

Encore une descente de police dans un collège sous couvert de « prévention anti-drogue ». Ceci va pourtant à l’encontre de ce qu’a affirmé Michèle Alliot-Marie dans une circulaire aux préfets du 2 décembre 2008 qui a reconnu que de telles interventions « sont de nature à nuire à la compréhension et à la clarté de l’action » des services de police.

Les usagers et les professionnels du champs de la toxicomanie ajoutent que la politique de la peur, qui ne pense que loi, interdit et danger, ne peut faire office de prévention. Au contraire, elle favorise le repli sur soi, enferme les usagers dans leur consommation, empêche les professionnels de travailler et aggrave la situation.

Elle ne laisse aucune place à des actions d’Intervention Précoce sur les circonstances et les facteurs qui aggravent les risques de ces conduites (déscolarisation, dislocations des liens familiaux, traumatismes et troubles psychiques…). Aujourd’hui, l’État sous-finance ce type d’actions au profit d’actions répressives, inefficaces et coûteuses, comme les descentes dans les collèges.

Dans notre société de plus en plus addictogène, une politique de « rupture » pour employer un mot à la mode, devrait privilégier la santé au moralisme, l’éducation à la peur et la responsabilisation à l’autoritarisme.

Des députés stupéfiants

Communiqué de Presse ASUD / AFR / ANITeA / Aides / Médecins du Monde

Des députés UMP ont présenté ce jour à l’Assemblée Nationale un rapport sur la question des drogues. Leur mesure phare est le classement du Subutex® au tableau des stupéfiants, proposition qui avait déjà couru en 2006, contre laquelle s’étaient élevées très unitairement de nombreuses associations et que le ministre d’alors Xavier Bertrand avait finalement écartée.

Depuis nous avons fait du chemin. La Caisse Nationale d’Assurance Maladie renforce son contrôle, la Commission Nationale Addiction a évalué le problème et proposé des réponses tournées vers le soin, les centres de soins, les centres d’accompagnement et les médecins libéraux qui accueillent et aident ceux qui ont besoin de ce médicament pour vivre mieux (ils sont 100.000 en France) ont affiné leur prise en charge.
A l’évidence, ces députés arqueboutés sur une position répressive (envoyer « un signal fort aux usagers et aux trafiquants ») ne sont pas intéressés par le travail des professionnels et ne s’informent pas de l’avancée des idées et de la science. Dans le cadre de la Commission Addiction, mise en place par la Direction Générale de la Santé, existe un groupe d’experts sur les traitements de substitution aux opiacés (TSO), dont les avis peuvent faire autorité.
La politique du bâton, démagogiquement toujours attractive est totalement contreproductive en matière de santé publique et fait de nos bénéficiaires d’éternels boucs émissaires.
Nous réclamons au contraire un élargissement des dispositifs, un meilleurs accès aux traitements de substitution (autres molécules, autres galéniques), nous nous organisons face à cette urgence sanitaire qu’est l’épidémie d’hépatite C et qui exige que nos patients accèdent sans menace aux structures de soins. Les traitements de substitution coûtent cher à la sécurité sociale, lit-on dans ce rapport !
Sûrement moins que le traitement des maladies qui sont liées à des consommations clandestines et moins que la prison où on incarcère de plus en plus (cf la Conférence de Consensus sur les traitements de substitution en 2004.
Quand nos législateurs s’informeront ils sur ces politiques de Réduction des Risques que nous développons en France, qui existent partout dans le monde et ont fait leurs preuves tant en termes d’amélioration de la santé des usagers, qu’en termes d’ordre social ? Combien de temps encore, des positions idéologiques, moralisantes et irrationnelles persisteront et feront obstacle à une politique pragmatique, humaine, opérante, peu coûteuse et qui a fait ses preuves ?

L’Académie de Pharmacie envisage l’héroïne médicalisée

Communiqué de presse ASUD / SAFE / AFR

L’académie de pharmacie vient de rendre son rapport sur le bilan des politiques en matière de traitement de substitution aux opiacés. Surprise ! La plupart de leurs recommandations viennent rejoindre les revendications de nos associations.

Tout d’abord, l’académie prend acte du succès de la politique de substitution en France, en particulier sur la réduction par dix du nombre d’overdose et la baisse du nombre de contamination par le virus de VIH. Elle recommande ainsi le maintien du statut actuel de la buprénorphine (substances vénéneuse) alors qu’elle avait jusqu’a présent toujours été favorable à la classification de la buprénorphine (Subutex) comme stupéfiant. Mais elle a aussi conscience que ces deux produits ne suffisent pas et qu’il est nécessaire de diversifier la palette thérapeutique. Elle recommande ainsi « de ne fermer aucune porte » et que la morphine puisse être utilisée « quand les malades ne répondent pas bien aux deux médicaments disposant d’AMM ». C’est un rappel indispensable, à l’heure ou les patients sous morphine sont inquiétés et menacés d’arrêt de traitement par la sécurité sociale, avec pour conséquence de les renvoyer au marché noir. Elle se dit également « attentive » à d’autres options thérapeutiques, en particulier à « l’héroïne comme traitement de substitution en milieu médicalisée, qui fait l’objet d’expérimentation chez nos voisins européens ». C’est une raison de plus pour que de tels programmes, qui ont montré leur efficacité sur la santé des patients, se mettent en place dans les plus brefs délais..

Concernant les modalités de prescription, elle souhaite une « Extension de la durée de prescription à 28 jours pour tous les médicaments y compris la méthadone », en notant que « l’obligation d’aller en consultation tous les 15 jours pour obtenir son traitement de substitution paraît inutile, coûteuse et décourageante à l’égard du maintien dans le circuit sanitaire. ». Elle souhaite aussi que la BHD puisse être prescrite aux urgences, parce qu’elle « peut être considérée comme un traitement d’urgence du manque ». C’est une mesure de bon sens quand on sait combien d’usagers de drogues se sont fait refouler en manque des urgences, augmentant grandement les risques encourus.

Au niveau du parcours de soin, elle recommande que « Le pharmacien dispensateur doit être choisi par le patient », ce qui nous paraît raisonnable vu le mauvaise accueil dans une grand nombre de pharmacies. Elle ajoute que le refus de dispensation par le pharmacien « pourrait être assimilé à une faute professionnelle. », ce que nous appelons de nos voeux depuis plusieurs années, tellement il est dur pour un patient de trouver une pharmacie qui veuillent lui délivrer son traitement. Elle recommande enfin de limiter le nombre de patients par prescripteur et par pharmacien. Si cette dernière recommandation par d’un bon sentiment, « deghétoïser » le peu de pharmaciens et prescripteurs qui acceptent des patients sous substitution, cela nous paraît à l’heure actuelle inimaginable. Où iraient les 50 patients d’un prescripteur qui devrait d’un coup se limiter à 10, vu que personne d’autre n’en veut ?
Ce retournement de position radicale est le produit de longues consultations de tout les acteurs du champs de la toxicomanie, en particulier des usagers. C’est une bonne nouvelle pour la réduction des risques et pour les usagers, et une marche à suivre pour l’État !

Heroïne, ces overdoses peuvent être évitées !

Communiqué de presse Asud / Safe

26 overdoses en Ile de France depuis hier. L’héroïne revient-elle rôder dans les banlieues ? Il y à peine deux ans, les spécialistes ne parlaient plus que des « vieux héroïnomanes ». Les opiacés sont consommés depuis 2000 ans, il n’est pas surprenant qu’une nouvelle génération subisse le choc de l’addiction à l’héroïne accompagnée de plusieurs facteurs aggravants :

1° la répression n’a jamais été aussi intensive : 120 000 arrestations en 2008.

2° Les conséquences de cette répression sur les usagers d’héroïne sont connues : on shoote vite dans un endroit peu adapté et souvent seul. On apprécie mal les quantités ; en cas d’overdose, on est vulnérable à l’extrême, si quelqu’un vous accompagne, la peur de la prison le pousse à vous abandonner à votre sort.

3° Depuis 15 ans ASUD et les associations de réduction des risques demandent que des campagnes de prévention des overdoses soient organisées par l’État : cela suppose d’informer sur les techniques de consommation, le degré de pureté et les quantités injectées ou sniffées. Au lieu de cela, la stigmatisation accrue des toxicos encourage les plus jeunes à s’initier tout seul, enfermés dans le déni et sans avoir pu profiter de l’expérience des « anciens » , victimes de la grande vague d’héroïne des années 80/90. Il existe par exemple, à l’étranger des programmes d’?éducation à l’utilisation du Narcan, un antagoniste des opiacés, qui ont fait leur preuves en matière de réduction des morts par overdose ; ou encore des programmes d’héroïne médicalisée et des salles de consommation sécurisée pour les usagers où l’on est pas obligé de se cacher au coin d’une rue ou au fond d’une voiture. Cela suppose de cesser de traquer les usagers de drogues comme des gibiers, particulièrement dans les cités de banlieue où la répression des années sida a laissé son sillage de morts.

L'équipe d'Asud en 2009

Asud vous souhaite une bonne année 2009 !

Tout semble baigner pour la réduction des risques liés à l’usage de drogues ! Plus personne ne se contamine avec l’hépatite C, l’héroïne est médicalisée, les salles de consommation se fondent dans le paysage, l’usage de drogue est dépénalisé, et les usagers de drogues ne sont plus stigmatisés !
Quels progrès depuis 15 ans !

Vive 2009 !

*L’équipe d’Asud en 2009 (de gauche à droite sur la photo, Pierre, Anna, Greg, Fabienne, Helene, Fabrice)

EGUS IV : Programme

L’éducation à la santé en matière de drogues a-t-elle un sens ?
S’agit-il de prévenir l’usage, de réduire les risques ou d’apprendre à se droguer ?

15 OCTOBRE 2008- Bourse du Travail de Bobigny

9h30/10h00 : Accueil des participants

10h00 : Introduction
Pascal Melhian-Chenin, chef du bureau pratiques addictives à la Direction Générale de la Santé
A. Lalande, anthropologue, Act-Up : Savoir des usagers, de quoi parle-t’on ?

10h30 : Opiacés et traitements, de l’auto-médication à la substitution
Comment établir un outil scientifique valide d’évaluation du ressenti opiacé ?
Compliance, confort, défonce : définition des termes du sujet.

Modératrice : Aude Lalande, anthropologue, Act-Up Paris
Intervenants :
William Lowenstein, addictologue, Clinique Montevideo
Serge Escots, anthropologue
Fabrice Olivet, ASUD

11h10 : Débat participatif

11h30 : Pause

11h45 : Cannabis, réduire les risques ou dissuader l’usage ?

Modérateur : Fabrice Olivet, ASUD
Intervenants :
Jean-Pierre Couteron, psychologue, ANITeA
C. Mercier-Guyon, médecin légiste, secrétaire du conseil médical de la Prévention Routière
Jean-Pierre Galand, CIRC

12h30 : Débat participatif

13h00 : Pause déjeuner (un repas est compris dans la participation)

14h30 : Descente , bad-trips, flash-backs et rester perché
Réaction psychosomatique ou manifestation physiologique ? Comment lutter contre ? Quels sont les risques ? Peut-on utiliser d’autres drogues ou des médicaments, lesquels ?

Modérateur : W. Lowenstein, addictologue, Clinique Montevideo
Intervenants :
Florence Noble , Neurobiologiste, CNRS-INSERM
Vincent Benso, étudiant en sociologie, Techno+
H. Gadelius, urgentiste, mission rave de Médecins du Monde
S. Soltani, infirmière, GAÏA
E. Schneider, councellor, ACCES, ASUD

15h40 : Débat participatif

16h00 : Pause

16h15 : Clôture : patients plûtot que délinquants, un progrès ?
Quelle citoyenneté pour les malades chroniques ? Cette nouvelle identité est-elle une avancée pour les usagers de drogues

Modérateur : Jean-Pierre Couteron, psychologue, ANITeA
Intervenants :
Bruno Spire, président de Aides
Pierre Chappard, ASUD

17h00 : Débat participatif

La méthadone gélule

substitutionPour tout savoir et échanger sur les traitements de substitution opiacés rendez vous sur la Plateforme Substitution d’ASUD.

Bientôt les petites gélules ! Fini ces horribles flacons disgracieux, impossibles à dissimuler, et remplis d’un liquide au goût disons… inqualifiable.

Une bonne nouvelle qui pourrait ne plus en être une si ce changement devait préfigurer la seconde vague de détournement à grande échelle d’un médicament de substitution vers le marché noir. La méthadone n’ayant pas les mêmes propriétés chimiques que la buprénorphine – le principe actif du Subutex® –, une invasion de gélules sur le marché parallèle aura inéluctablement comme conséquence la montée en flèche des overdoses. Et de là à voir l’ensemble du dispositif vaciller sous les coups d’une campagne de presse adroitement pilotée par les adversaires de la substitution, il n’y a qu’un pas que nous n’avons pas intérêt à franchir. Car si trop de dérives sont constatées, ce sont les usagers eux-mêmes qui en pâtiront en premier et seront renvoyés dare-dare dans les centres en attendant la prochaine éclaircie. Loin de nous l’idée de promouvoir une morale gnangnan destinée à rassurer les autorités, car si nous déconseillons de faire du biz avec ce nouveau cachet, ce n’est pas parce que dealer c’est mal mais parce que, dans le cas présent, ça tue. Et contrairement au Sub, ça tue presque à tous les coups.

Un traitement sûr et efficace

Globalement, la méthadone est un traitement sûr et efficace. Et comme le rappelle Le Flyer, l’excellente publication des laboratoires Bouchara-Recordati (propriétaires du brevet de la méthadone) dans sa livraison de janvier 2008, « … l’accroissement très sensible du nombre de patients traités par la méthadone, qui a presque triplé en 8 ans… ne s’est pas accompagné d’une augmentation du nombre de décès recensés dans le dispositif Drames… »

Si le nombre d’usagers en traitement méthadone a progressé, c’est principalement grâce à la possibilité de quitter les contraintes d’un centre, ses contrôles, ses heures d’attente et, disons-le, son dispositif parfois infantilisant. 26 000 patients sont désormais en traitement (ils étaient 4 000 il y a moins de 10 ans), dont une large majorité bénéficient d’une prescription « de ville », avec des avantages évidents : discrétion, responsabilisation, anonymat, et accueil comme n’importe quel autre patient.

Selon Le Flyer, certaines sources policières s’inquiéteraient cependant de l’augmentation du marché noir de méthadone. Sans être inexistant, ce phénomène est loin d’atteindre l’ampleur du trafic de Sub, les informations dont nous disposons à l’association indiquant plutôt un trafic de « connaisseurs » : des usagers ayant besoin de compléter une prescription trop faiblement dosée (ça arrive), ou des usagers amateurs de longue date des propriétés « stupéfiantes » de la métha, qui l’utilisent en connaissance de cause. La métha est de plus en plus consommée pour « descendre » après un épisode de speed ou de coke « basée », ou tout simplement pour faire une « teuf ». Il s’agit donc essentiellement d’usagers qui connaissent les effets du produit et surtout, la manière dont leur organisme y réagit.

A.M.M. limitée

Le 18 septembre 2007, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a accordé une autorisation de mise sur le marché (AMM) à la méthadone sous forme de gélule. Le débat, déja ancien autour de cette question sensible, a maintenu les autorités sanitaires dans les limites de la prudence la plus extrême. Comme dit de
manière pudique dans le cadre de prescription et de délivrance : « La formule gélule n’est pas destinée à la mise en place d’un traitement… » Seuls sont donc concernés les patients sous métha depuis au moins un an. Selon les termes du décret, les patients pris en charge par un médecin généraliste de ville devront, en outre, obligatoirement repasser tous les six mois dans un centre ou un service hospitalier spécialisé dans l’accueil des usagers de drogues. «Volontaires» et devant « accepter les contraintes du traitement », ils devront également « se soumettre à une analyse urinaire à l’instauration du traitement et à l’occasion de chaque renouvellement semestriel de la prescription. » Enfin, les dosages restent faibles à modérés : 40 mg pour le dosage maximal, puis 20, 10, 5, et 1 mg. La bonne nouvelle, c’est l’arrivée de ce dosage à 1 mg, réclamé depuis des années pour faciliter les diminutions progressives sur le long ou le très long terme. Promise à la vente pour 2007, la méthadone gélules devrait apparaître sur le marché du médicament à partir du 15 avril 2008 (dans le meilleur des
cas). Pour tous renseignements complémentaires, n’hésitez pas à contacter directement les laboratoires Bouchara-Recordati, promoteurs industriels du traitement.

Premier danger : l’overdose

Reste que comme le souligne encore Le Flyer, « ces bénéfices ne doivent pas faire oublier le risque que courent certains usagers, voire non usagers de drogues, de décès par overdose…». La première chose à savoir est que la méthadone est mortelle pour les organismes naïfs d’opiacés. Comme l’héroïne, me direz-vous ? Et bien non ! Beaucoup plus. La longue durée d’action de la méthadone dans le corps prolonge, en effet, ce risque de mort tandis qu’une consommation d’alcool, de benzodiazépines ou même la simple fatigue peuvent entraîner une dépression respiratoire longtemps après l’absorption du cachet.

Le constat est donc, hélas, sans ambiguïté : seuls les patients déjà sous traitement sont peu ou pas vulnérables à la surdose, dans la mesure où leur accoutumance les préserve. Tous les autres, y compris les héroïno-dépendants, courent, par contre, des risques jusque-là inconnus des usagers de drogues. Le Fyer identifie ainsi plusieurs situations où les risques d’overdose sont majeurs :

  • Les usagers naïfs ou peu dépendants aux opiacés. La dose létale (c’est-à-dire mortelle) étant de 1mg par kilo, une jeune femme de 55 kg qui vous demande de la dépanner en vous assurant être accro aux opiacés pourra très facilement faire une OD avec seulement 2 gélules de 30 mg que vous lui aurez cédées. Des risques d’autant plus grands que les usagers ignorent la sévérité et le caractère soudain de la surdose de méthadone. D’où l’importance de mettre en garde les victimes potentielles, par exemple, en sortant de cure ou de postcure, après avoir décroché aux sports d’hiver ou, moins rigolo, après avoir été incarcéré. Dans tous les cas, on est sevré des opiacés. C’est en général dans ces moments-là que l’on se dit qu’une petite entorse à la règle ne tire pas à conséquence, a fortiori si l’on se contente d’une gélule de méthadone, une rupture de jeûne considérée comme moins grave que l’héro. Mais attention, vous êtes en danger ! Divisez par deux la dose que vous aviez l’intention de prendre, et n’oubliez pas le seuil du 1 mg par kg de poids.
  • Les overdoses délibérées chez des consommateurs habituels. Autre exemple cité par Le Flyer, les suicides déguisés en overdoses, autrement dit des « overdoses délibérées » de méthadone surreprésentées dans une étude américaine réalisée à l’hôpital parmi les rescapés d’OD. Selon les auteurs, de nombreux patients des programmes de substitution seraient ainsi de « faux suicidés », ce qui laisse supposer la détresse psychologique dont ils souffrent fréquemment. Encore un facteur de risque qui dépend, pour partie, de la qualité de la prise en charge et de la plus ou moins grande proximité entre patients et prescripteurs.
  • Les accidents domestiques. En l’occurrence, toute prise de toxique par un consommateur qui ignore ou se méprend sur la nature de ce qu’il ingère. Pour la méthadone, cela concerne surtout les enfants (voir Asud-Journal n° 25). Le conditionnement en gélule est à la fois rassurant et inquiétant. Rassurant, car l’apparence sirupeuse et le goût sucré du sirop en flacon pouvaient être un facteur d’attractivité, surtout pour les gosses. Inquiétant, car une gélule peut contenir beaucoup plus de produit actif qu’une gorgée de sirop. Encore une fois, nous ne saurions trop conseiller aux utilisateurs de ne pas consommer leur substitution devant des jeunes enfants susceptibles de vouloir imiter les gestes des grands et surtout, de bien reboucher les flacons hermétiques avant de les ranger hors de portée des enfants, même grands. Grâce au nouveau système d’ouverture des flacons – « child proof » – et à la prise de conscience des usagers (mieux informés par les professionnels du soin), le nombre d’accidents domestiques dont sont victimes des jeunes enfants a considérablement diminué. D’où l’importance de rester vigilant.

substitutionPour tout savoir et échanger sur les traitements de substitution opiacés rendez vous sur la Plateforme Substitution d’ASUD.

Quelles solutions ?

Pour Le Flyer, seule la délivrance fractionnée lors de la période probatoire de mise à disposition des gélules de méthadone permettra de prévenir le risque d’inflation des OD : « La délivrance de 14 jours de traitement ne peut être une règle pour tous, sauf à considérer que tous les usagers de drogues pharmacodépendants aux opiacés sont systématiquement aptes à l’autogestion de substances opiacées. »

Journal d’autosupport, Asud ne peut contester une part de justesse à cette remarque, même si elle réduit l’ensemble du problème à ce qui est le moins susceptible d’évoluer. Car il existera toujours des usagers tricheurs, fragiles financièrement et psychologiquement, et donc tentés de revendre ou de céder tout ou partie de leur traitement. Mais tout ce qui relève du contrôle et de la coercition ne sera toujours qu’un pis-aller. Tout système bâti sur la contrainte, les contrôles urinaires, le ramassage de flacons vides, la délivrance journalière, court, en effet, le risque d’être détourné, truandé, vidé de sons sens. La meilleure garantie de voir une règle respectée, c’est de la voir réinterprétée par les patients eux-mêmes, dès lors qu’ils la comprennent comme une composante du succès de leur propre traitement. De nombreux usagers de buprénorphine se battent, par exemple, contre eux-mêmes durant de longues années, multipliant les dispositifs draconiens pour abandonner l’injection, jusqu’au jour où, utilisant une autre molécule comme la méthadone, ils ressentent un bien-être intérieur supérieur à celui procuré par un shoot de Sub. D’autres, salariés, craignant à la fois la perte de temps et d’anonymat, continuent à se fournir au marché noir jusqu’au jour où, grâce à un centre compréhensif, ils réalisent que la prescription par un médecin relais peut être rapide, discrète et surtout, beaucoup moins onéreuse.

Satisfaire la demande

Évidemment, la méthadone en gélule ne sera jamais un remède contre la pauvreté, la folie, ou la violence des rues, autant de facteurs qui poussent une partie des plus vulnérables vers le trafic. Mais le marché noir est aussi une soupape de sécurité face aux ratés du système. S’il existe, c’est bien parce que l’offre réglementaire ne couvre pas l’ensemble de la demande des usagers. Afin de permettre à cette règle d’être respectée par le plus grand nombre, il conviendrait donc parfois de faire preuve de psychologie en étant moins répressifs, moins tatillons sur les règlements. Entre la prudence nécessaire pour protéger d’eux-mêmes les usagers vulnérables et la tolérance indispensable pour ne pas rebuter certains besoins légitimes, la marge de manoeuvre est ténue. Ouverts à toute heure et peu regardants sur les dépassements de la dose prescrite, ce sont pourtant les dealers qui gagneront dans le cas contraire. C’est d’ailleurs tout l’enjeu d’une véritable collaboration entre répression des trafics et réduction des risques liés à l’usage, deux politiques non pas alternatives mais au contraire, complémentaires.

15 ans en arrière ?

Lettre ouverte à Etienne Apaire, président de la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (MILDT)

Paris, le 29 octobre 2007.

Monsieur,

Un mois et demi à peine après votre nomination à la tête de la MILDT, vos premiers gestes et déclarations suscitent chez nous la plus vive inquiétude.

La MILDT vient de refuser à l’association d’auto-support d’usagers de drogues ASUD une subvention qu’elle lui accordait chaque année avant votre nomination, pour l’organisation des quatrièmes Etats Généraux des Usagers de drogues et de la Substitution (EGUS) prévus en décembre prochain. Vous ne pouvez ignorer cependant ni le rôle central des associations d’auto-support dans le champ de la réduction des risques, ni la qualité des débats, soulignée par tous, qui avait caractérisé les précédentes éditions des EGUS – puisque votre prédécesseur en avait inauguré la tenue il y a tout juste un an -, ni le caractère paradoxal d’une telle mesure, quelques années à peine après le vote de la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé.

L’ensemble du secteur des intervenants en toxicomanie s’est toujours accordé en effet sur l’importance d’une collaboration avec les associations d’auto-support, tant comme vecteurs d’information que pour leur rôle d’éducation auprès des usagers, leur parler vrai sur les questions de dépendance ou de plaisir, ou comme regard critique sur l’élaboration des programmes. Loin d’« encourager des usages illégaux », comme vous le suggériez à l’AFP le 21 septembre dernier, les associations d’usagers sont des partenaires indispensables de la lutte contre les maladies infectieuses ou de la réduction des risques en général. Nous ne pouvons comprendre cette décision.

Selon Valeurs actuelles du 19 octobre 2007, vous vous seriez par ailleurs fixé comme objectif de « renforcer l’idée selon laquelle la substitution n’est pas une fin en soi et qu’il faut en sortir », ambition à nos yeux lourde de sous-entendus, que nous ne pouvons que rapporter aux débats souvent violents qu’avait suscités la mise en place des traitements de substitution il y a quinze ans.

Faut-il vous rappeler les succès imputables à ces traitements : chute spectaculaire du nombre d’overdoses, réduction du taux de nouvelles contaminations VIH chez les usagers de drogues à 3% des cas diagnostiqués en 2004, contre 40 % en 1993 avant l’arrivée du Subutex ? Faut – il aussi vous rappeler la fragilité de ces acquis, la difficulté de suivre des traitements aussi lourds que ceux du sida ou de l’hépatite C, qui sans la délivrance d’opiacés de synthèse se seraient souvent avérés impossibles, la menace que fait peser aujourd’hui sur les usagers de drogues l’hépatite C, la stigmatisation continuelle dont ils font l’objet ?

De l’avis unanime de nos structures, seul l’abandon de l’abstinence comme norme unique et préalable a permis de sauver des vies et continue de permettre aujourd’hui, dans bien des cas, de convaincre de se soigner, de rentrer en contact avec un établissement, d’entreprendre des démarches administratives ou juridiques. Le désaveu de ce parti-pris de pragmatisme ne peut que nous alarmer dans la bouche d’un président de la MILDT, dont la fonction devrait être de garantir une pluralité d’approches de la question des drogues.

Il nous laisse par ailleurs incrédules, tant les succès de la réduction des risques invalident vos positions. La stratégie de réduction des risques liés à l’usage de drogues adoptée depuis bientôt quinze ans en France a si bien fait ses preuves que le principe en a été inscrit dans la loi en 2004, avec l’adjonction de trois articles au Code de Santé Publique qui lui fixent notamment comme objectifs de prévenir la transmission des infections, la mortalité par surdose, et les dommages sociaux liés à la toxicomanie. Aujourd’hui ces objectifs nous paraissent plus d’actualité que jamais. Rien ne nous permet de penser en effet, dans le contexte actuel de progression de l’hépatite C, de diversification des produits, de progression des pratiques de polyconsommations, que nous puissions nous passer de programmes innovants, éclairés par l’expertise critique des usagers de drogues, et acceptant de suspendre tout jugement pour répondre concrètement aux problèmes sanitaires ou sociaux.

Rien ne nous permet non plus de penser que les députés qui ont voté cette loi, ni le secteur devenu désormais essentiel de la réduction des risques, puissent comprendre ce qui apparaît aujourd’hui comme un revirement de fond.

C’est pourquoi nous vous demandons, Monsieur le Président, de bien vouloir :

  • Revenir sur votre décision concernant Asud, et lui confirmer le soutien que la MILDT lui a apporté depuis huit ans ;
  • Nous donner des garanties sur le respect du Code de la Santé Publique, en ses articles L. 3411-6, L. 3411-7 et L. 3411-8 notamment, qui concernent la réduction des risques ;
  • Affirmer votre engagement dans la poursuite de la politique de réduction des risques initiée par vos prédécesseurs, et de ses extensions nécessaires pour faire face à l’évolution des pratiques de consommation et des risques sanitaires qui y sont liés.

Merci de vos soutiens !

Vraiment, ça fait chaud au cœur ! Suite à l’annonce de la fin de la collaboration de la MILDT avec Asud, nous avons reçu beaucoup de messages de soutiens !

Que ce soit de particuliers, de travailleurs médico-sociaux, de médecins, ou d’associations ! Certaines associations, et non des moindres, comme l’ANIT et l’AFR, se sont même fendues d’un communiqué de presse !
Alors encore merci de vos soutiens, qui nous encourage à continuer de défendre les droits des usagers de drogues et à tout faire pour que les EGUS 4 aient lieu.

Nous avons un entretien avec le Président de la MILDT ce vendredi et nous vous tiendrons au courant de la suite des évènements.

L’AFR et l’ANIT soutiennent ASUD

Communiqué de presse de l’AFR

C’est avec surprise et préoccupation que l’Association Française pour la Réduction des Risques (AFR) a pris connaissance du courrier de Monsieur Étienne Apaire, Président de la MILDT à l’association ASUD, refusant le financement de deux actions : la tenue des 4èmes EGUS (États Généraux des Usagers de drogues et de Substitution) ainsi qu’une recherche sur les traitements de substitution.

L’AFR rappelle que la Réduction des Risques est une approche pragmatique et humaniste de la problématique de l’usage des drogues. Elle a largement fait ses preuves et elle ne saurait se concevoir sans l’engagement et la participation des usagers eux-mêmes. L’AFR se déclare très préoccupée par ce rejet qui remet en cause la politique gouvernementale de ces dix dernières années. Est-ce pour nos adhérents une menace sur leurs actions à venir ?

La Réduction des Risques est une politique globale dont l’Auto-support est un pilier incontournable, d’autant plus lorsque la loi consacre le droit des usagers et le droits des malades comme pivot des politiques en matière sanitaire et sociale. La décision est alors d’autant plus incompréhensible à l’ensemble du mouvement, que ces EGUS permettent une expression des besoins des usagers et une plate-forme de débats avec les professionnels du soin et de la RdR indispensable à l’amélioration de la qualité des soins, de tous les soins.

La politique de Réduction des Risques et l’association ASUD sont nées dans les années noires de l’épidémie de SIDA et c’est l’alliance des usagers, des acteurs de la réduction des risques et des professionnels du soin qui a enrayée cette épidémie chez les usagers de drogues.

Aujourd’hui, alors que le SIDA n’est pas encore sous contrôle, une autre épidémie : l’hépatite C, est devant nous avec toutes ses conséquences, notamment chez les usagers de drogues. Pour se soigner du SIDA et maintenant du VHC, les usagers ont largement recours aux traitements de substitution sans lesquels, pour beaucoup, rien n’aurait été possible. Pour des dizaines de milliers d’entre eux ces traitements représentent une alternative pour recouvrer une vie sociale, familiale, professionnelle. Les résultats sont là et les EGUS concourent à l’amélioration de ces résultats par la tribune qu’ASUD a ouverte aux usagers utilisateurs de soins et aux professionnels dispensateurs de soins.

Se passer de cette tribune est une erreur. Nous demandons à la MILDT, et à travers elle à son président Monsieur Étienne APAIRE, de revoir sa décision et de soutenir le travail d’ASUD, dans la continuité de ce qu’elle a fait depuis 8 ans.

Communiqué de presse de l’ANIT

L’ANIT (Association Nationale des Intervenants en Toxicomanie) apprend avec étonnement et inquiétude que les EGUS (États Généraux des Usagers de Drogues et de Substitution) ne pourront peut être pas se tenir en 2008, faute du soutien financier de la MILDT.
S’il ne remet pas en compte la pérennité de l’association ASUD (Auto-Support des Usagers de Drogues), ce refus pose la question du devenir de la représentation des usagers. Cette représentation est un des principes fondateurs de la loi de 2002 qui régit les institutions médico-sociales, et notamment les CAARUD (Centre d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des Risques pour Usagers de Drogues) et CSAPA (Centre de Soins et d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie).
ASUD s’est engagée dans des actions et travaux avec des associations de professionnels, dont l’ANIT. Une convention pour aider à la mise en œuvre des Conseils de la Vie Sociale a été signée entre nos deux associations. Un projet de recherche sur les besoins des usagers de la substitution est en cours de finalisation. Toutes ces actions, et d’autres, participaient d’une socialisation des questions d’usage d’autant plus nécessaire que les décisions de ne pas modifier la loi de 1970 laissent les usagers de drogues illicites dans un statut particulier.
Aujourd’hui, la place des usagers est indissociable des réponses apportées aux problèmes posés par les usages de drogues et conduites addictives. L’accompagnement des usagers et des familles est au cœur de la mobilisation de l’ANIT pour une approche cohérente des addictions. Les EGUS sont une des manifestations qui y participe. Nous ne pourrions que condamner fermement leur disparition.

Communiqué de l’Ordre National des Pharmaciens et d’Auto Support des Usagers de Drogues

Le refus de délivrance des traitements de substitution est une infraction.

En tant qu’acteurs de santé publique, les pharmaciens jouent un rôle de premier plan, en particulier dans le champ de la toxicomanie. C’est grâce à leur implication (délivrance de seringues stériles de trousses de prévention, de traitements de substitution) que la prévalence du VIH a nettement reculé chez les usagers de drogues par voie intraveineuse et que l’on a l’espoir de faire reculer un jour celle du VHC.

L’inexpérience et l’incompréhension mutuelle, associée à la crainte légitime suscitée par le comportement de certains usagers, ont abouti à une situation absurde : 25 % des pharmaciens d’officine (1 sur 4) refusent de délivrer certains médicaments de substitution sous des prétextes divers (d’après une enquête menée par Asud, voir Pharmaciens et usagers, le dialogue nécessaire).

PharmacienL’Ordre National de Pharmaciens et Asud sont associés pour dénoncer cette situation qui, loin de résoudre les tensions éventuelles, est une source de conflit supplémentaire entre usagers et pharmaciens.

Rappelons que le refus de délivrance d’un médicament autorisé sur présentation d’une ordonnance valide est une infraction au code de santé publique. Ce refus entraîne par ailleurs un effet de concentration des patients dans certaines officines. Cette « ghettoïsation » n’a que des effets pervers. Le manque à gagner volontairement assumé par les officines défaillantes entraîne une surreprésentation des gains liés à la substitution dans les autres officines, générant ainsi des ambiances équivoques sinon malsaines.

D’autre part, la colère légitime des patients littéralement chassés de certaines pharmacies contribue à entretenir le mythe des toxicomanes violents.

PESRappelons au contraire que, grâce à l’introduction des traitements de substitution dans les années 90, le nombre d’agressions de pharmaciens d’officine par des toxicomanes n’a cessé de baisser.

Asud-Journal et l’Ordre National des Pharmaciens se proposent d’agir concrètement pour améliorer la situation.

Dans un premier temps, l’ensemble des situations de rejet dont sont victimes les usagers vont être recensées afin d’établir une typologie. Si vous-même ou l’un de vos proches avez été victime d’un refus de délivrance, contactez Asud ou l’Ordre National des Pharmaciens à l’adresse suivante :

ASUD
206, rue de Belleville
75020 Paris

Ordre National des Pharmaciens
4, avenue Ruysdaël
75008 Paris

Contactez l’Observatoire du Droit des Usagers picto-odu

Le subutex, bouc émissaire de la substitution ?

Dans la presse, il ne se passe pas une semaine sans qu’on nous répète que les usagers l’utilisent comme une drogue en le shootant ou le sniffant, et que la France est la plaque tournante de ce trafic alimenté par des médecins et des pharmaciens. Dernièrement, Le Monde nous apprend même qu’un chauffard était sous Subutex® sans autre explication. Pas besoin d’en dire plus, tout est la faute au Subutex®

S’il faut bien reconnaître l’existence d’un marché noir et de mésusage/usage alternatif, la fougue avec laquelle on stigmatise ce médicament n’est-elle pas un peu disproportionnée ? Pourquoi ne pas stigmatiser les benzodiazépines dont une grande quantité est revendue dans les rues ? Pourquoi parle-t-on toujours des dérives sans jamais parler des bénéfices de ce traitement ? Le Subutex® concentre les frustrations, les méconnaissances, les fantasmes et les peurs. C’est un bouc émissaire.

Le bouc émissaire de la substitution, car il cache les attaques envers un groupe de personnes, les toxicomanes, et plus particulièrement les usagers de Subutex®. Alors, plutôt que de rappeler encore une fois les bienfaits de la substitution, il est temps de s’interroger sur le pourquoi de cette rhétorique.

substitutionPour tout savoir et échanger sur les traitements de substitution opiacés rendez vous sur la Plateforme Substitution d’ASUD.

La faute au tox

Le tox, c’est l’autre, celui qui a pris du plaisir interdit et qui l’a bien cherché. Il a commis une faute et il est coupable. Et à tout coupable, il faut une punition. Dès lors, pourquoi lui donnerait-on une «drogue» payée par les contribuables ? Pourquoi ne devrait-il pas pointer tous les jours à la pharmacie, ne lui contrôlerait-on pas les urines pour voir s’il n’a pas récidivé ? Comme si, pour expier sa faute, l’accès aux soins devait être un chemin de croix. C’est ainsi que des journalistes de Libération se sont fait plusieurs prescripteurs dans une journée en dénonçant la facilité avec laquelle ils avaient obtenu le produit. Ce qu’on reproche au Subutex®, c’est son accès « trop facile» : pas de verrouillage CCST/hôpital, prescription de 28 jours, pas d’obligation de consultation psy ni d’analyses d’urines.

Parler de laxisme sans parler de l’accès au traitement, et encore moins de la question morale, c’est méconnaître la substitution et les addictions. Bref, c’est une erreur. Plus l’accès sera facile, plus il y aura de personnes dépendantes aux opiacés qui franchiront le pas de la substitution et du soin.

Mais même avec la meilleure volonté du monde, cette facilité d’accès entraînera des dérives qu’il faudra contrôler, voire aménager. Par exemple, avec une substitution à la buprénorphine injectable, pour que le « mésusage » devienne traitement et que les injecteurs de Subutex® soient traités comme des patients.

La peur de l’avenir

Le Subutex® a remplacé l’héroïne comme produit de rue, et la caricature de l’usager de Subutex® celle du junky à l’héroïne. Fini l’héroïnomane, voilà les usagers de Subutex ®, en bande, oisifs, accompagnés de chiens, habillés de couleurs militaires, décorés de piercings, qui achètent leur Sub au marché noir et qui l’injectent. Avec le deal de rue et les seringues qui traînent, ils sont devenus la partie visible des personnes sous Subutex®.

Une population qui fait peur à la société. On ne compte plus les pétitions de quartier contre l’installation de centres d’accueil. Mais de quoi a-t-on peur ? Ces marginaux n’illustrent-ils pas une série d’échecs ? Échec de la lutte contre la drogue, dont le Subutex® est un avatar, échec de la Sécu, qui n’arrive pas à renflouer ses comptes, échec de la valeur travail si chère à notre Président, mais aussi et surtout échec d’une société plus juste, qui laisse une partie de ses enfants sur le bord de la route. L’insécurité qu’ils représentent, c’est la crise des valeurs et la peur de l’avenir ! Notre responsabilité est de militer pour une plus grande tolérance envers l’autre et ses différences, et non de bâtir une société plus propre à défaut d’en faire une plus juste.

La chasse aux sorcières continue

Le docteur Patrick de la La Selle, s’est vu interdire d’exercer pendant un an (dont six mois avec sursis) par le conseil de l’ordre des médecins : l’une de ses patientes, qui désirait réduire son traitement, lui a ramené des fioles de méthadones (19 pour 675ml). Partant le soir même en vacances, il les a déposé dans un tiroir fermé à clef de son cabinet. Ses associés, en conflit avec lui à cause de sa clientèle d’exclus, ont mis la main dessus et se sont empressées de les apporter au conseil de l’ordre des médecins qui a fait derechef un signalement au parquet pour « trafic de méthadone ».

Aujourd’hui, la DASS a émis un avis favorable n’estimant pas nécessaire des poursuites, la Sécurité Sociale, après une enquête poussée de l’activité du médecin, n’a pas donné suite, et la Brigade des stupéfiants a classé l’affaire. Mais la DRASS a émis un rapport à charge que le Conseil de l’Ordre a repris à son compte en portant plainte pour « détention illégale de substances classées comme stupéfiants » et « prescription dangereuse »

Le Conseil Régional de l’Ordre, saisi de cette plainte, a statué en première instance et a décidé d’interdire au Docteur de La Selle, l’exercice de la médecine pendant un an. !! Mais il est bien sur en appel au Conseil National de l’Ordre des Médecins.

Outre la mise en cause ridicule de cet acte que tout médecin pourrait être amener à faire, il nous semble important de dénoncer cette chasse aux sorcières et de démasquer les mécanismes mis en place :

Tout d’abord, au niveau local, n’oublions pas que Montpellier est la seule ville de France ayant connu une expérience de « salle de shoot », initiée par Asud en 1994 et vite vouée aux gémonies. Depuis cette époque, le fossé ne cesse de s’élargir entre partisans et adversaires de la réductions des risques. Plus récemment, c’est Marie-Ange Augé-Caumon, pharmacienne très impliqué dans la réduction des risques qui a fait les frais de la malveillance de son ordre professionnel. L’existence d’une nombreuse population d’exclus, de « travellers » amateurs d’opiacés et clients potentiels du marché noir contribue à radicaliser les positions : d’un coté deux CSST, très frileux avec seulement une quarantaine de patients chacun , de l’autre, un petit réseau de médecins de ville très impliqués qui suivent 3500 usagers dont ce médecin dynamique qui gère une file active de 200 usagers à lui tout seul, faute de réponse satisfaisante au niveau local.

Ensuite, au niveau national, le docteur De la Selle est l’ancien Président de la Coordination Nationale des réseaux ville-hôpital. C’est aussi une figure dans le milieu de la réduction des risques. En attaquant ce symbole, le conseil de l’ordre envoie un message fort aux autres médecins : « si nous pouvons nous en prendre à lui, nous pouvons aussi nous en prendre à vous ».
C’est un énième pas en arrière pour la libéralisation de la prescription de méthadone en médecine de ville. Combien de médecins, après cette épisode, voudront rendre service à leur patient ? Encore plus grave, combien voudront prescrire de la méthadone ? Un comité de soutien est en cours de constitution.

Pour toute information, n’hésiter pas à appeler le journal ou à nous envoyer un mail.

Arnaud Marty-Lavauzelle nous a quitté.

Cette phrase est lourde de sens quand on pense au lien qui unissait ASUD et le président de AIDES de 1993. Il n’est pas exagéré de dire que sans l’engagement d’Arnaud en faveur d’ASUD en particulier, et des usagers de drogues en général, la politique de réduction des risques n’aurait pas occupé cette place privilégiée qui est toujours la sienne au sein de AIDES. Souvenirs

Je me souviens, c’est la devise des Québécois, les Canadiens français comme on disait quand j’étais petit. Arnaud, c’est mon canadien français, un cousin qui parle la même langue, qui s’exprime dans la même gamme, le même langage, mais à partir d’une autre patrie, au-delà des océans mais tellement proche par le cœur.

La colère

Je me souviens de ce jour de 1993 où j’ai pris la parole pour la première fois au cours d’une réunion publique. Asud était de création toute récente, quelques mois, un an tout au plus, et la parole publique d’un « tox » en tant que « tox » était une chose vraiment nouvelle.
Je me souviens très vaguement du débat auquel je n’avais pas compris grand chose, je me souviens des orateurs, qui se dressaient l’un après l’autre, au gré des passages du micro. Je me souviens des visages, Bertrand, Anne et …Arnaud, Arnaud Marty Lavauzelle, le président de AIDES. A l’époque AIDES, Act-up, ou même ASUD, autant de sigles mystérieux vaguement suspects , et je me souviens de ma colère. Je les voyais dire : « les toxicomanes ceci… » « oui mais quand on prend de l’héroïne cela… » « et quand on est en manque ça fait ça…bla bla… ». À l’époque, les toxicos séropos, franchement, on était en plein merdier.
En1993 tes chances de franchir le cap des années 2000 étaient de 1 sur beaucoup beaucoup. Sérieusement, les « books » auraient raisonnablement pu prendre des paris sur nos vies à 1 contre 100. Nous, en tous cas, on se préparaient à mourir.
Et donc la colère…
La colère parce-que je me disais : « mais qu’est-ce qu’ils connaissent de la vie des toxs ? Qu’est-ce qu’ils connaissent de MA vie ! ».

J’avais repéré la tête d’un des mecs, carrée, un peu grosse, avec des lunettes, très sympa, Alors je m’adresse à lui. Je prend le micro et je lui dit un truc naze qui depuis me met en boule-« qu’est-ce que vous connaissez à tout ça ? Vous êtes des toubibs- on disait toubib, ça faisait « tox » de dire « toubib »- mais vous ne connaissez rien à la vraie vie des toxs. ! »

A la fin de la réunion, le gars à lunettes est venu me voir, j’ai cru qu’il venait prolonger l’engueulade. Il m’a dit « Fabrice –le mec avait retenu mon prénom- ta colère c’est de l’or- il a peut-être dit « du diamant » je sais plus vraiment, mais le sens général c’était : « ta colère il faut t’en servir , elle est là pour dire quelque chose à la société française qui trouve normal que les gens qui se font des injections meurent du sida. »

De cette réunion là, dans les locaux de Aides, au 247 rue de Belleville, date ma prise de conscience du fait séropositif et conséquemment du fait toxico. Un fait éclair, un fait exprès qui dit que le déni de justice donne à ta parole une force insoupçonnée.

Le citoyen

Je me souviens du CAL 70 , la Collectif pour l’Abrogation de la Loi de 70. Je me souviens de la promptitude avec laquelle Arnaud a répondu oui à ma demande de soutien. C’est bras dessus bras dessous que nous avons descendu les berges de la Seine, face aux tours de Notre Dame pour dire non à la criminalisation des gens qui prennent des drogues, une première en France.

Foucauld

Ce combat est sans doute le plus significatif du lien qui nous unissait. ASUD s’est constitué sur le modèle de AIDES, et non sur celui d’ACT-UP. Notre modèle est universel et républicain, c’est celui du citoyen comme les autres ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs . Jamais nous n’avons prétendu appartenir à la communauté des héroïnomanes par exemple, au contraire, nous avons toujours souligné la proximité qui existe entre toutes les ivresses , légales ou illicites, dure ou douces, mais surtout propres à caractériser l’humanité toute entière. Universalisme de l’usage des drogues comme il y a universalisme de la maladie. Droits imprescriptible à l’ivresse, comme il y a droit imprescriptible à la santé. Ces bases sont foucaldiennes mais je n’en eus conscience que plus tard. La théorie passait aussi par la pratique de l’amitié.

L’amitié

Je me souviens de cette tribune à Grenoble en 1996.

15 jours plus tôt, le secrétariat de AIDES nous appelle. Arnaud veut qu’ASUD soit présent aux Assises de AIDES, et sur la plus haute marche, face au Ministre….
En face de moi Hervé Gueymard, Secrétaire d’Etat à la Santé dans le gouvernement Juppé. Je lui dit pendant la table ronde : « .. ;Asud, association de malfaiteurs, payés par vos services… ». Hilarité générale. Moi, je me dis « merde, j’ai dit une connerie… ». Arnaud fait son discours de clôture : « ASUD, cette association de malfaiteurs payée par l’Etat etc..etc… » Ouf , sauvé !!! Depuis c’est resté dans les annales.

La douleur

Reste les page sombres, les moments où l’on pouvait voir sur son visage, les marques de la fatigue. Les AG de Aides fédération , si diffiçiles. Une nouvelle équipe qui prend les rènes du bateau …les inévitables froissements d’ego …
Et puis dans ces années là, AIDES a cessé d’être aussi la maison d’ASUD, et Arnaud a commencé d’être associé au souvenir des années de lutte, des années sida, celles dont on dit , il y a un avant et un après…
La colère, le citoyen , l’amitié et les pages sombres, ma foi, c’est un résumé que j’ai tenté de faire le plus fidèle possible. Les trois premiers mots vont comme un gant au militant de la lutte contre le sida que fut avant tout Arnaud. Le dernier n’est pas moins caractéristique de ce qu’il a du enduré tout dernièrement.

Ces dernières années , je n’ai plus revu Arnaud. Je le savais malade, je n’ai eu ni le courage ni l’envie de venir le déranger dans sa retraite, c’est comme si son rôle, également inspiré par la personnalité de Daniel Defer, autre ami d’ASUD, était confondu avec le temps où tout était possible, où l’on parlait de légalisation plutôt que d’addictologie et de droit au plaisir plutôt que d’alcoologie.
Cher Arnaud, repose en paix aux côtés d’Olivier, de Véronique et de mille autres, comme toi morts du sida, mort contre le sida, mort en ayant vaincu les alliés du sida, la discrimination et l’injustice.

Méthadone, les français préfèrent la Belgique

Vous connaissait la dernière blague belge sur les français ? « Pourquoi tous les mois, des milliers de français passent la frontière pour aller chercher leur traitement de méthadone en Belgique ?». A l’heure ou tout les intervenants en toxicomanie réclament un accès plus large à la méthadone, notamment avec la primo-prescription en médecine de ville, Asud a tenté de répondre à la blague de nos amis belges et s’est demandé pourquoi certains de nos concitoyens parcouraient des centaines de kilomètres, payaient le trajet, la consultation et la méthadone, et boudaient notre beau système de soins, pourtant anonyme et gratuit depuis la loi de 1970.

Un peu d’histoire

On aurait pu croire qu’en 1996, avec la multiplication de nombre de place dans les CSST que la situation n’allait pas perduré. Mais dans les CSST, les fils d’attente sont longues, et les seuils d’exigence élevés. De plus, la buprénorphine qui est largement plus accessible à partir de 1996, ne convient pas à un certain nombre d’usager : au total, même si le « tourisme de substitution » se ralentit, c’est toujours l’afflux en Belgique de patients français pour qui ni les conditions de délivrance de la métha, ni la molécule de buprénorphine ne conviennent.

substitutionPour tout savoir et échanger sur les traitements de substitution opiacés rendez vous sur la Plateforme Substitution d’ASUD.

Et maintenant ?

Depuis 1996, le cadre de la substitution n’a guère évolué en France : certes, après avoir « fidéliser leur patient pour une meilleure prise en charge », les CSST délèguent de plus en plus aux médecins de ville pour désencombrer leur files d’attente.

Mais, le cadre légal impose un circuit de soin unique pour les patients « stabisés socialement » ou totalement « désinséré » là ou en Belgique il existe tout un panel de services différenciés avec des modalités variés concernant la primo-prescritpion, les délais de prescriptions, les modes d’administrations et types de délivrance de la métha :

  • En France, les conditions d’accès à la métha restent toujours soumises à des critères de haut seuil et la primo-prescription se fait uniquement en CSST, alors qu’en Belgique, la primo-prescription comme le suivi du traitement à la méthadone peuvent etre faits par un médecin généraliste, une MASS (Maisons d’Acceuil Socio-Sanitaire), ou un centre spécialisé. Ainsi, beaucoup de français qui passent la frontière ne veulent pas être soumis aux contraintes du système français (passage quotidien, analyses d’urine, psychologue…), qu’ils consièrent demesurées et inadaptées, voire infantilisantes.
  • Dans la plupart des CSST, les files d’attente sont longues. Au contraire, en Belgique, un simple rendez-vous avec un médecin généraliste suffit pour accéder à la métha. Ainsi, pour contourner les files d’attentes des CSST, il n’est pas rare que des usagers se servent du système belge comme un tremplin vers les CSST. Ils vont ainsi consulter un médecin belge en attendant le rendez-vous en CSST. Certain passent même du système belge à un suivi en médecine de ville, squizant ainsi les CSST.
  • Autres différences notables, la méthadone se fait uniquement sous forme de sirop en France, ce qui est « une punition » pour beaucoup d’usager. En Belgique, la méthadone est disponible sous forme de sirop ou de gelules préparées magistralement par le pharmacien, avec le dosage approprié. De ceux qui vont en Belgique, beaucoup de Français sont à un haut dosage (plus de 120mg), du en particulier à l’interaction de leur traitement VIH avec la métha, et ne supportent plus de boire « des litres » de ce sirop. Il faut reconnaître aussi que les flacons sont assez difficles à stocker. Par exemple, quand on part en vacances, il faut un véritable sac à dos de fioles.
  • la durée de prescrition est limité à 14 jours en France, alors que chez nos voisins, elle peut être d’un mois ou plus. Ceux qui vont en Belgique se voient parfois préscrire leur substitution pour plusieurs mois. Ils échappent à la contrainte de revenir au moins tout les 15 jours, à la fois vers le prescripteur, mais aussi vers le pharmacien.

Et les OD ?

Une des grandes peurs de la libéralisation de la méthadone en France, ce sont les overdoses possibles. En Belgique, ils nous répondent que les usagers sont des personnes sachant gérer leur dépendance et non candidate au suicide, et que les quelques OD recensées sont dues a des personnes « naïves », c’est à dire à des personnes qui n’ont jamais pris de métha ou qui n’en n’ont pas pris depuis longtemps. C’est par exemple, le cas des personnes non dépendantes aux opiacées qui voudrait gouter le produit, des personnes qui sortent de prisons, ou encore des personnes qui laissent trainer leur métha qui tombe sous la main d’enfant.

Conclusion

Bien sur, le tableau n’est pas si noir que cela : un certain nombre de CSST ont assoupli leur seuil d’exigence au fil des années et passent de plus en plus le relais à la médecine de ville. Mais il reste que beaucoup d’usager, pour des raisons variables, vont chercher un autre cadre en Belgique. Ce « tourisme de la méthadone » (1500 français passent la frontière tout les mois) est le syndrome d’un problème collectif, conséquence de la frilosité des pouvoirs publics en particulier avec à la méthadone. Après le bond en avant de 1996, avec la multiplication des places méthadone et à la mise sur le marché de la buprénorphine, il est temps de réclamer d’autre forme de substitution, que ce soit la primo-precription de méthadone en médecine de ville, d’autre forme galénique de la méthadone, de la substitution injectable ou d’autres molécules comme le sulfate de morphine, pour que la France reste une terre d’accueil…pour ses toxicomanes…

Au fait, avez trouvé la réponse à la dernière blague belge ?

Programme des EGUS 3

Depuis deux ans, les usagers, les consommateurs, les toxicomanes… et tous ceux que ça intéresse, ont la possibilité de se rencontrer et d’échanger des idées concernant les drogues, la manière d’en prendre, de ne plus en prendre ou d’en reprendre encore, tout cela en réduisant les risques. Ça s’appelait les États généraux des usagers de substitution (Égus I et II) ça va s’appeler les États généraux des usagers de substances licites ou illicites (Égus III).

Ces Égus III, qui se tiendront le 11 octobre, se dérouleront dans le cadre des premières Rencontres nationales de la réduction des risques organisées à Bobigny par l’Association Française de réduction des Risques (AFR) les 12 et 13 octobre 2006

9h30 – 10h : Accueil

10h00 – 10h30 : Discours d’ouverture
– Eric Schneider (Président d’ASUD)
– Didier Jayle (Président de la MILDT)

10h30 – 12h00 : Les usagères de drogues sont-elles discriminées en tant que femmes ?
La société regarde les usagers de drogues de travers, on le sait. Mais lorsque les drogués sont des mères ou des compagnes, le regard social n’est-il pas plus implacable encore ? Pire la discrimination qui frappe les « toxico » hommes ne les rend-elle pas encore plus machistes que les autres hommes ?
– Quels sont les risques sociaux encourus par les femmes ?
– Les risques de violences physique et sexuelle, ses risques de contaminations et d’usage de drogues.
– Quelles actions spécifiques (prévention, accompagnement) peuvent être mises en place ?
– La réduction des risques pratiquée sur le terrain, ses apports et ses limites.

Table ronde
Animatrice : Séverine Martin (Asud)
Intervenantes : Anne Bauer et Catherine Charles (réseau ASUD), Jacqui Schneider (Acces), Françoise Mancy (Le Tipi), Marijo Taboada (Association HORIZONS) (Paris), Fabienne Pourchon (Keep Smiling), Danièle Autier (Frisse) (Lyon)

12h00 – 12h15 : Pause

12h15 – 13h15 : Les conseils de la vie sociale, un espace de revendication possible…
Les premières expériences de conseils de la vie sociale vont pouvoir profiter de la tribune des Égus. Il s’agit de mettre en exergue certains aspects de la confrontation usagers/soignants, et les solutions mises en pratique qui nous paraissent originales, innovantes et significatives.

Débat en plénière
Intervenants : Eric Schneider (ASUD et ACCES), François Hervé (Vice-président ANIT), Estelle Sarrazin (Educatrice)

13h15 – 14h30 : Déjeuner

14h30 – 16h00 : Cannabis et réduction des risques , un mariage impossible ?
Débat qui doit faire émerger la spécificité du cannabis, et poser la question de son statut de drogue. Certains milieux anti-prohibitionnistes peuvent soutenir l’idée que les principaux problèmes sanitaires posés par le cannabis sont quasi-exclusivement dus à son caractère illicite, or depuis quelques mois un effort important est fourni par les pouvoirs publics pour favoriser l’ouverture de consultations cannabis dans les centres d’accueil. CETTE OFFRE DE SOIN EST-ELLE EN ACCORD AVEC LA DEMANDE RÉELLE DES USAGERS ?
La question centrale est celle de la réduction des risques qui semble trop souvent évacuée par les centres de consultation au bénéfice exclusif de l’arrêt de la consommation.
Sur la forme, comme lors des EGUS n° 2, c’est la formule du débat qui a été retenue. Un ou plusieurs usagers de cannabis seront invités à dialoguer avec un représentant de la MILDT, un professionnel de santé exerçant dans une consultation cannabis et un psychologue exerçant dans les mêmes conditions.
Des exemples concrets seront évoqués.

Table Ronde
Animation : Jean Pierre Galland
Intervenants : Jean Pierre Couteron (ANIT), Fabrice Olivet (Asud), Chantale Gatignol et Marie-France Chedru (MILDT), un usager « Point-Ecoute Cannabis »

16h00 – 16h30 : Pause ou projection en avant-première première du film « 17’10 pour une injection à moindre risque » de Thomas NORYMBERG

16h30- 18h00 : Délivrance de produits de substitution : droits et devoirs réciproques patients/pharmaciens
Le dialogue pharmaciens/ usagers passe par la reconnaissance et la délimitation du rôle de chacun, d’un point de vue thérapeutique, mais aussi sur le terrain réglementaire. Une professionnelle, responsable d’officine dans l’Hérault, viendra nous parler des expériences très enrichissantes qu’elle a faites en 10 ans d’échanges avec les usagers de drogues. A l’inverse, une typologie de tous les conflits potentiels sera faite à l’appui de plusieurs témoignages d’usagers. Si vous êtes concernés par l’une ou l’autre de ces situations, rendez-vous le 11 octobre à Bobigny.
a) Générique ou princeps, quels sont les droits des usagers en matière de délivrance du Subutex?
b) Le refus de délivrer un médicament de substitution est-il un délit ?

Table ronde
Animation : Fabrice Olivet
Intervenants : Maitre Timozko (Avocat à la Cour), Dr Jean Lamarche (Président de Croix Verte et Ruban Rouge), Dr Demester (Pharmacien d’officine), Alain Chateau (Asud Reims), Un représentant de l’Ordre des pharmaciens, Marie Debrus (Pharmacienne MDM)

Clôture

Hépatites et usages des drogues : l’enquête Asud/SOS Hépatites

Premières analyses des résultats de l’enquête Asud/SOS Hépatites réalisée avec la collaboration de Harris Médical, qui révèle notamment de réelles difficultés d’accès au soin.

L’organisation, la diffusion, et donc l’exploitation, de cette enquête n’a, bien évidemment, pas été sans difficultés. Certainement à cause de son format (8 pages), mais aussi d’un manque de motivation des malades, et surtout parce que bon nombre d’acteurs associatifs ou professionnels n’ont toujours pas pris conscience de la gravité de cette épidémie silencieuse.

Un virus qui ne rend pas malade ?

Ce manque de mobilisation est aussi dû à l’évolution lente et totalement silencieuse des hépatites virales. Comme beaucoup de maladies chroniques, les hépatites virales sont des maladies asymptomatiques, et même au stade cirrhose, à part une fatigue accrue, on ne se sent souvent pas malade. Il faut donc arriver à comprendre que c’est « quand on va bien » qu’il faut se traiter, même si le traitement est lourd. Bon nombre de malades traités ayant admis à tort être devenus malades « à cause du traitement », ceci explique aussi la mauvaise réputation de l’interféron. Seule la moitié d’entre eux ont guéri, et un autre quart ont pu calmer l’évolution de la fibrose. D’accord, l’interféron ça secoue, mais si c’est pour éviter de gros problèmes aux trois quarts des gens traités, le jeu en vaut peut-être la chandelle, non ? Il faut vraiment comprendre que ça n’est qu’en se formant et en s’organisant à l’avance, avec son entourage, qu’on arrive à tenir 1 an de traitement, plus les 6 mois difficiles d’attente des résultats.

Reste que ces résultats sont équivalents à ceux enregistrés pour d’autres maladies asymptomatiques et chroniques et ce, quels que soient les malades.

Savoir où en sont les lésions du foie

Si on est usager de drogue actif et que l’on n’a jamais rencontré d’hépatologue, il ne faut plus attendre pour évaluer réellement les lésions du foie, de façon à mettre en place une stratégie et une prise en charge adaptée à chaque situation. Si vous ne l’avez pas encore fait, sachez que c’est l’étape vraiment indispensable qui vous permettra de savoir si vous devez rapidement être formé et bénéficier d’un premier traitement interféron, pour guérir (dans le meilleur des cas), ou au moins pour calmer le jeu avant que n’arrivent de sérieuses complications morbides. Aujourd’hui comme hier, il ne sert à rien de faire la taupe face à la peur de la biopsie car d’autres moyens existent : par prise de sang (Fibro-Test®) ou par échographie spécialisée (Fibro-Scan®). Même s’ils ne sont pas encore faciles d’accès partout en France, ça vaut vraiment le coup de faire quelques kilomètres pour cet examen, surtout quand on sait qu’au moins 45 % des usagers ayant répondu à l’enquête sont déjà en pré-cirrhose (score Métavir F3).

Un traitement plus efficace, mais…

Grâce à cette enquête, nous avons constaté que la situation a évolué depuis 2001 : le traitement de référence actuel – la bithérapie Peg-inteféron+ribavirine – a permis de passer au-dessus de la barre des 50 % de guérisons possibles. De plus, pour la moitié des malades n’ayant pas guéri, ce traitement permet quand même de réduire les lésions du foie, voire de bloquer ou ralentir sur 3 ans la progression de ces lésions. La moitié des répondants ont eu accès à un traitement, qui a également été proposé au tiers de ceux qui n’ont pas été traités. Aujourd’hui, la difficulté concerne surtout les usagers de drogues actifs et malades (au moins en hépatite modérée – score Métavir F2 –) pour lesquels il n’est plus raisonnable d’attendre en misant sur l’arrivée de nouvelles molécules. La mise à disposition des antiprotéases et autres n’aura pas lieu avant 3 à 5 ans. De plus, il est désormais possible de prendre un traitement allégé seulement destiné à bloquer l’évolution de la fibrose. Plusieurs essais thérapeutiques sont en cours.

Blouses blanches et junkies : des relations difficiles

Un cinquième des répondants déclarent ne pas avoir de suivi médical satisfaisant (20 %), une mauvaise expérience du monde médical en général (24 %), une mauvaise expérience avec l’hôpital (21 %), ou encore le refus de tout traitement (11 %) comme raisons rendant difficiles le suivi médical.
Parmi ceux qui n’ont pas fait d’examens du foie (33 %), une minorité seulement refusent de se faire suivre (9 %), ne veulent pas savoir (8 %), refusent d’aller à l’hôpital (8 %), ou pensent qu’il n’y a plus rien à faire et que c’est trop tard (6 %).

Parmi les usagers non-suivis, 12 % expliquent cette absence de suivi par une mauvaise expérience avec des médecins dans le passé, 10 % refusent de se faire suivre, ou d’aller à l’hôpital (9 %).

Les médecins n’ont pas proposé d’examens du foie à un cinquième (22 %) de ceux qui n’en ont pas eu, et n’ont pas proposé de traitement à la moitié (42 %) de ceux qui n’ont pas été traités.

Malgré ces difficultés de relation entre médecins et usagers, les trois quarts des répondants parlent de leur hépatite avec leur médecin généraliste (75 %). La mobilisation de l’équipe médicale est une motivation pour un suivi médical (42 %). Heureusement, les deux tiers des usagers répondants parlent de suivi efficace (67 %), voire très efficace (19 %), et la moitié pense même que c’est une maladie assez facile à prendre en charge (44 %).

Un nécessaire accompagnement

Du point de vue social, les répondants déclarent à la fois des critères d’insertion et des facteurs aggravants, reflétant leur fragilité : s’ils ont une couverture sociale (90 %), un logement stable (80 %) et un enfant à charge (23 %), ils n’ont, par contre, aucune activité (50 %), que le RMI (56 %), sont seuls (54 %), et ne fréquentent aucun lieu festif (34 %). La moitié d’entre eux doit donc faire face à un isolement qui peut aggraver la survenue de problèmes, notamment en cas d’usage de drogues ou de mise sous traitement par interféron. Un accent particulier doit donc être mis sur les problèmes sociaux, les besoins de soutien, et l’importance de développer l’autosupport, dans la prévention ou l’accès aux soins des hépatites chez les usagers de drogues.

Car tout comme pour le VIH à partir de 1996, cette enquête démontre magistralement que quand les usagers de drogues actifs bénéficient d’un accompagnement spécifique, ils peuvent obtenir les mêmes résultats que les autres malades. Ils sont tout aussi capables de suivre correctement les contraintes liées au traitement, à condition d’avoir une réelle écoute de la part du médecin traitant, et que la décision soit partagée. C’est peut-être sur ce point, en effet, que bon nombre d’hépatologues ont arrêté d’avoir peur et essayé de traiter des usagers, y compris actifs. Ils se sont rendu compte que, si on s’entend bien, ils peuvent nous faire confiance. Le but premier d’une prise en charge médicale adaptée, c’est de nous aider à rester motivé tout au long de la prise en charge (du traitement jusqu’aux résultats). C’est pour cela que les acteurs doivent se former et être activement mobilisés contre les hépatites virales.

Le foie est résistant jusqu’à ce qu’il…

Les répondants sont ou ont été dépendants des opiacés (53 %), des médicaments pour se défoncer (43 %), des stimulants comme la cocaïne ou les amphétamines (33 %), et de l’alcool (30 %). Ils ont injecté au moins 1 fois (91 %). Quand on est déjà à mi-course de la cirrhose, donc en hépatite modérée (score Métavir F2), et que l’on consomme régulièrement des produits hépatotoxiques (alcool, certains médicaments psychotropes, cocaïne, amphétamines, etc.), la cirrhose peut survenir dans les 3 à 5 ans, surtout si on est coinfecté par une autre hépatite virale ou par le VIH. Tous les usagers substitués ont déjà des consultations régulières avec un médecin qui devrait faciliter leur prise en charge.

Malgré tout, la moitié des répondants (46 %) n’ont rien consommé depuis un an et ne semblent plus concernés (30 %) par un besoin d’aide pour réduire ou renoncer à certaines drogues. Ils correspondent au profil d’ex-usager, chez qui l’hépatite n’a pourtant pas arrêté sa course. Grâce à la prise en charge de leur hépatite, les trois quart des répondants ont spontanément réduit leur consommation, d’alcool tout d’abord (72 %), mais aussi de drogues (67 %), et même renoncé à certaines drogues ou alcools forts (55 %).

Épidémie de cirrhoses

Dans les centres spécialisés, environ 15 % des usagers sont porteurs du VIH, même si, grâce à la RdR, les nouvelles contaminations sont devenues exceptionnellement rares par injection. La priorité reste encore trop souvent donnée au VIH, oubliant que ce sont les usagers cirrhotiques d’aujourd’hui qui risquent de mourir dans les 3 à 5 ans s’ils ne sont pas activement pris en charge et traités. Les centres devraient tous avoir une équipe spécialisée dans la prise en charge des hépatites en lien avec un service hospitalier de référence. Car si les hépatites sont largement dépistées chez les usagers des centres, la cirrhose est très souvent considérée comme banale puisque nous sommes dans un « État d’alcooliques». 1 600 000 Français ont une cirrhose (dont 90 % dues à l’alcool), et les problèmes visibles et symptomatiques n’arrivent qu’au stade terminal des maladies du foie. Il aura ainsi fallu plus de 20 ans avant d’admettre qu’il s’agissait réellement d’une épidémie, car seule une minorité de malades arrivait à l’hôpital… mais beaucoup trop tard, c’est-à-dire avec des décompensations sévères de cirrhoses (hémorragies digestives, état neuropsychique délirant, cancers, etc.).

Nous, les usagers de drogues, ne devons pas rester les bras croisés face à cette banalisation des cirrhoses « made in France », qui risque de réduire à néant nos efforts pour traiter notre hépatite. Aller prendre conseil auprès d’un autre médecin plus motivé et consommant moins d’alcool peut aussi être une solution efficace.

Mortelle dès aujourd’hui

Lors des prises de contact autour de cette enquête, de nombreux responsables de structures d’accueil pour usagers de drogues ont reconnu que, parmi les usagers qu’ils suivent, le nombre de décès lié aux hépatites a au moins doublé en 2004-2005, comparé à 2000-2003. Tout comme face à l’hécatombe du VIH au début des années 90, avec l’épidémie d’hépatite C, les courbes de mortalité liée au foie risquent de décupler dans les 3 à 5 ans à venir, si rien n’est fait rapidement en termes d’amélioration d’accès au traitement des hépatites, spécifiquement pour les usagers de drogues actifs.

Convaincre les autruches de se bouger

Évidemment, les responsables et les médecins de CSST se plaignent souvent que les hépatologues hospitalo-universitaires ont encore des difficultés de prise en compte des usagers dans leur file active. Seulement, c’est aussi au centre d’arriver à informer et motiver les chefs de service. Les expériences les plus concluantes sont celles où un hépatologue hospitalier a pu ouvrir une consultation avancée dans un CSST puisqu’il peut à la fois former tout le personnel de soin et prendre en charge directement les malades les plus avancés.

À nous d’aller les réveiller

À partir de l’expérience du VIH, nous savons bien que c’est aussi à nous, usagers, de militer et convaincre les acteurs de soins, un à un. Face aux hépatites, l’autosupport doit devenir plus actif. Un rôle dans lequel les usagers déjà traités et pris en charge par un hôpital peuvent arriver à faire connaître les blocages et donc avancer la situation, avec le relais d’associations comme Asud ou SOS Hépatites.

La moitié des répondants de cette enquête sont des usagers qui se sont largement investis dans la prise en charge de leur hépatite. Aujourd’hui, c’est à ces usagers expérimentés de monter au créneau pour tous les autres usagers qui ne sont pas encore admis dans les filières de soin. Les résultats de cette enquête nous donnent des arguments permettant de convaincre les acteurs du soin encore réticents. Alors préparons-nous à une rentrée active et militante pour notre foie et celui des autres.

Les Douze Travaux d’EGUS

Issue des 1ers États Généraux des Usagers de la Substitution
Plate-forme de revendication des usagers de la substitution

Conférence de presse au Cyber-CRIPS, Tour Montparnasse
le mercredi 16 juin 2004 à 11h00

Introduction

Les usagers substitués demandent au jury de la Conférence de Consensus sur les traitements de substitution de Lyon (23 et 24 juin 2004) de prendre en compte spécifiquement chacun des points de la plate-forme suivante les « Douze Travaux d’EGUS 2004 ». Ils demandent également que le même souci de respect du contenu de cette plate-forme établie par les usagers préside aux décisions que les pouvoirs publics seront amenés prochainement à prendre en matière de traitements de substitution.

Ces “ Douze Travaux d’EGUS 2004 ” ont été établis suite à la tenue des 1ers Etats Généraux des Usagers de la Substitution (EGUS 2004) à l’Auditorium de l’Hôpital Européen Georges Pompidou à Paris le 5 juin dernier. Il s’agissait d’une initiative conjointe d’Act Up-Paris et d’ASUD qui n’aurait pu voir le jour sans le soutien logistique du CRIPS Ile-de-France.

Quatre-vingt personnes étaient présentes et représentaient plus d’une vingtaine d’associations d’usagers de drogues et de la substitution en France, ainsi que des médecins, des représentants des pouvoirs publics et notamment le Dr Alain Morel, président de la Fédération Française d’Addictologie et président de la Conférence de Consensus.

Contexte

Si les politiques de substitution ont été mises en place à partir de la circulaire de 1994, et largement développées avec l’arrivée du Subutex© en 1996, c’est notamment, en pleine hécatombe de l’épidémie de sida, pour permettre la survie et faciliter l’accès aux soins des usagers de drogues (accès aux trithérapies anti-VIH, prise en charge psycho-sociale, etc…).

Aujourd’hui en 2004, alors que l’épidémie d’hépatites virales est particulièrement prévalante chez les usagers de drogues, il faut absolument mettre à jour ces politiques de substitution, en développant leur promotion et en élargissant l’accès aux traitements de substitution et, ainsi faciliter l’accès aux traitements des hépatites virales pour tous les usagers de drogues.

Indication et rappels

Le terme de “ MESUSAGE ” est à bannir, considérant qu’il recouvre un point de vue moral de la part des autorités, puisqu’il s’agit en fait de problèmes de prise en charge médicale, liés à l’observance, le respect de la galénique et les modes de consommation des produits de substitution. Si il y a un trafic de produits de substitution, fait que nous ne nions pas, il ne relève en rien d’un problème médical, mais plutôt des réponses manquantes des politiques de substitution actuelles, en France.

Il paraît essentiel de reconnaître et prendre en compte la place du plaisir dans la substitution, car même si un usager ne prend sa substitution que dans un but hédoniste, il faut privilégier le fait qu’il renonce déjà aux produits illicites et au trafic. Le plaisir a une place essentielle dans l’accès aux soins mais aussi dans le cadre d’une démarche thérapeutique.

C’est pourquoi, il est vraiment urgent de pouvoir rapidement pérenniser et développer aussi bien ces programmes que de nouveaux programmes pilotes de recherche pour des solutions ayant déjà fait leurs preuves, depuis longtemps, notamment dans de nombreux pays européens voisins.
La particularité de la substitution “ à la française ”, et ce qui a fait son succès si rapide, reconnu par l’ensemble des acteurs internationaux de la réduction des risques, a toujours été ses facilités d’accès et d’initiation, qu’il faut aujourd’hui consolider et absolument préserver, au risque de voir bon nombre d’usagers préférer retourner aux produits illicites, s’ils ne peuvent faire face à de nouvelles règles trop strictes.

Suite aux 1ers EGUS, les usagers de la substitution proposent :

Revendication n°1

Elargissement de la palette des produits de substitution (héroïne, morphiniques,codéïnés, etc…), et développement des galéniques adaptées (voie injectable, fumable, inhalable, buvable, sub-linguale, etc…).

Revendication n°2

Prise en compte des propositions de l’usager quantaux molécules et aux dosages envisagés, en vue d’un choix éclairé, aussi bien pour la prescription que la délivrance, en concertation avec le médecin et le pharmacien, de son choix. Assouplissement des règles de délivrance et des conditions administratives (avec extension de la règle des 28 jours à tous les produits).

Revendication n°3

Autorisation de primo-prescription en ville pour tous les produits de substitution Responsabilité du médecin traitant et non plus du primo-prescripteur une fois le traitement initié.

Revendication n°4

Reconnaissance de l’utilité de
l’alternance thérapeutique
(passage d’un produit à un autre au cours d’un traitement de substitution au long cours), alternance liée notamment à la question – aujourd’hui taboue – de l’importance du plaisir, de l’importance de pouvoir accéder à plusieurs produits et éviter ainsi la tolérance à un seul qui ne fait que renforcer la
dépendance, rendant aussi plus difficile, le sevrage des produits de substitution.

Revendication n°5

Développement des programmes de substitution “bas seuil”. Pérennisation des programmes et des structures d’accompagnement dites de “première ligne” (boutiques, P.E.S., intervention sur site festif, etc…). Les structures de bas seuil et de première ligne ne sont toujours pas reconnues et sont maintenues dans une précarisation et un cadre
expérimental, leur empêchant toute forme de reconnaissance et de pérennisation, alors que leur
efficacité n’a plus à être prouvée.

Revendication n°6

Développement de programmes d’éducation à la santé spécifiques pour les usagers de la substitution, depuis des interventions de première ligne jusqu’à des stages spécialisés.

Revendication n°7

Accès aux droits sociaux pour les usagers, notamment à l’hébergement comme condition de réussite d’un traitement de substitution. Prise en compte de l’état de santé dans les conditions d’obtention du RMI et des autres indemnités de protection sociale (la dernière réforme du RMI ayant supprimé la question de l’état de santé dans ses critères d’obtention) pour les usagers en
traitements.

Revendication n°8

Développement de programmes de sevrage de stupéfiants, sur demande de l’usager. Elaboration de recommandations précises pour le sevrage des produits de substitution, ainsi que des programmes d’accompagnement spécifiques, pour “ l’après substitution ”.

Revendication n°9

Principe absolu de la continuité du traitement de
substitution en prison
, ainsi qu’avant et après l’incarcération (mise en place de relais en ville, primo-prescription facilitée). Mise en place d’une consultation spécifique à l’entrée et à la sortie de prison, et d’une formation à la
prévention des overdoses
avant la sortie.

Revendication n°10 

Mise en place de projets-pilotes et de programmes alternatifs de recherche dans différents domaines : en matière de psycho-stimulants, souvent qualifiés de “speeds” par les usagers, expérimentation de sevrage et de substitution ;
expérimentation de l’iboga, etc…

Revendication n°11

Autorisation et prise en charge des examens biologiques
spécifiques
(dosages plasmatiques, méthadonémie, dépistage de stupéfiants, etc…) pour permettre aux usagers d’évaluer eux-mêmes, la réussite de leur traitement de substitution. Ces examens n’ont pas pour but un contrôle à l’initiative du médecin seul, mais en concertation avec l’usager. Les consommations parallèles, surtout pour le cannabis, ne peuvent être un critère de sanction, surtout par baisse des dosages de substitution, mais l’occasion de préciser à nouveau le but et les modalités de traitement.

Revendication n°12

Accès aux soins du VIH et des hépatites virales grâce au suivi des traitements de substitution.

Toutes ces revendications ayant pour but d’améliorer la vie quotidienne et la santé des usagers en traitements de substitution ne sauraient être appliquées efficacement, comme dans de nombreux pays européens, sans une dépénalisation de l’usage de tous les produits stupéfiants.

Réduire les risques liés à la consommation de LSD

Pour triper un maximum en réduisant les risques au minimum, il faut observer quelques précautions.

D’abord le contexte

  • Préférez un lieu retiré et en pleine nature ou un intérieur chaleureux, et évitez les endroits laids, lugubres ou mal famés. Le monde moderne avec ses appareils et ses machines, offre toutes sortes de décors et de bruits qui peuvent provoquer la panique chez des personnes à la sensibilité exacerbée.
  • Évitez aussi les ambiances glauques ou les personnes avec qui vous ne vous sentez pas en confiance ou en sécurité.
  • L’environnement acoustique a aussi son importance, une musique que l’on apprécie sera toujours plus favorable et épanouissante que le bruit d’un marteau-piqueur.
  • L’état psychique de celui qui le prend est tout aussi important, sinon plus encore, que le cadre extérieur. Son humeur du moment, la fatigue physique ou psychique, sa disposition vis-à-visde l’expérience qu’il s’apprête à vivre, ce qu’il en attend en fonction de ce qu’il en sait, sont des facteurs importants. Le LSD ayant tendance à intensifier l’état psychique où l’on se trouve au moment où on le prend, un sentiment de bonheur peut atteindre la félicité, une dépression atteindre au désespoir.
  • Ne prenez jamais de LSD pour fuir vos problèmes ou pour sortir d’un épisode dépressif. Il est aussi déconseillé aux personnes qui présentent une personnalité instable, le choc du LSD pouvant révéler une psychose latente.
  • Il est fortement déconseillé aux adolescents de se livrer à l’expérimentation du LSD. Le choc provoqué par un afflux de sensations de la puissance de celles que produit le LSD peut mettre en danger l’équilibre et la structuration d’un psychisme en cours de développement.

Lors de la prise de LSD

  • Pendant le début de la montée, une légère angoisse peut survenir : évitez
    de chercher à contrôler ou à trop analyser les effets du trip.
  • Pour éviter un bad trip dû à un surdosage, surtout lors d’une première expérience, fractionnez la prise en en prenant d’abord un quart ou une moitié.
  • Les effets se font sentir une demi-heure à une heure après la prise, mais cela peut parfois prendre plusieurs heures. Ne reprenez pas une double dose en pensant que la première n’agit pas.
  • Évitez autant que possible les mélanges de produits : les tazs ou le speed modifient les effets du trip et peuvent aussi les bloquer.

Bad Trip

Dans le cas où quelqu’un ferait un bad trip, emmenez-le dans un endroit calme et aéré, une tente où on pourra l’isoler de la foule, par exemple. Rassurez-le en lui expliquant qu’il a juste pris un acide, et que les effets vont bientôt se dissiper. Continuez à lui parler doucement sans le harceler. Un visage familier, une présence rassurante, une épaule chaleureuse suffisent à faire redescendre la plupart des bad tripers. Malgré cela, si la personne reste scotchée, il faudra faire appel à un médecin. Si cela est nécessaire, il lui donnera un calmant (benzodiazépine style Xanax ou Lexomil) pour la faire redescendre.

La descente

La descente est un moment plus ou moins délicat à gérer selon les individus. Au moment où les effets commencent à s’estomper, l’euphorie laisse place à une fatigue intense. Prévoyez au moins 24 heures sans activités contraignantes ni prises de tête, dormez, et essayez de manger sucré et vitaminé. Un moral fluctuant et une grande fatigue sont courants. Néanmoins, ces effets secondaires disparaissent en général après un ou deux jours.

Y-a-t-il une vie après la Méthadone ?

substitutionPour tout savoir et échanger sur les traitements de substitution opiacés rendez vous sur la Plateforme Substitution d’ASUD.

C’est la question que bien des usagers se posent après quelques années de traitement et multiples tentatives réussies ou non pour y mettre fin. Deux témoignages radicalement opposés illustrent toute la diversité des réactions individuelles.

Samia, 32 ans, 10 ans d’héroïne

J’avais 10 années d’héro derrière moi et de plus en plus de mal à assurer mon demi-gramme quotidien lorsque j’ai décidé de me mettre à la substitution. Au début, tout ce que je voulais, c’était déjà ne plus avoir à me prendre la tête avec le manque, le fric et le plan à trouver ! Le reste, on verrait plus tard…

J’ai commencé par le Moscontin, du costaud : 6 à 700 mg par jour. Ça allait bien, trop bien même, car j’ai vite découvert comment le shooter. Mais je me suis aperçue que, même si ça m’avait permis de quitter le circuit came/dealers/fric, je ne voyais pas où cela me menait de passer mon temps à me faire des trous en guettant le flash !

Alors je suis passée à la Métha et là, j’ai pu “faire le deuil” de la shooteuse et de la défonce. Ce qui était mon véritable objectif… Pas maso pour autant, j’ai commencé avec un gros dosage : je suis restée à 100-mg pendant un an… Je voulais faire le pas suivant et me suis mise à réduire peu à peu, par 5 ou 10 mg, jamais plus. Et ça allait, à part quelques insomnies. Il m’a fallu un peu plus d’un an pour redescendre à 20 mg et encore six mois pour arriver à 5 mg.

Puis, j’ai décidé d’arrêter : ça n’avait aucun sens de rester prisonnière (à vie ?) de cette toute petite dose de 5 mg qui, de toute façon, ne me faisait plus aucun effet. Je pensais que ce ne serait qu’une formalité : à ce stade, cela ne me ferait plus ni chaud ni froid de tout arrêter du jour au lendemain. Erreur, lourde erreur !

En réalité, j’ai commencé par me farcir une semaine de manque grave… Pas à me taper la tête contre les murs, non, mais le mal de dos, les courbatures, les insomnies persistantes…

C’était comme si tous mes problèmes de santé “suspendus” depuis quel-ques années me tombaient
dessus d’un seul coup !

Et puis j’étais à cran, déprimée, fatiguée en permanence, mais pas au point de m’empêcher de sortir et d’aller bosser. Disons que j’arrondissais un peu les angles avec du Prozac, des somnifères légers et aussi avec un peu de shit et de l’alcool…

Il m’a bien fallu quinze jours pour commencer à me sentir un peu mieux… et puis tout à fait bien, et voilà ! Ça fait maintenant sept mois que je ne prends plus rien.

Ce que je conseillerais à ceux qui, comme moi, veulent arrêter la Méthadone sans avoir à passer par une vraie cure de décroche, c’est de baisser en douceur, surtout pour les derniers milligrammes, en prenant des trucs pour dormir. Et aussi de ne pas rester trop longtemps sous Métha-: c’est encore plus dur après. Trois ans, pour moi, c’était trop !

Au fond, le seul intérêt de la Métha, c’est de n’en avoir aucun – au niveau de la défonce. Ce qui fait qu’on est naturellement amené à baisser les doses et à arrêter.

Si on veut juste une “maintenance” pour se défoncer sans risque et gérer ses flashes sur ordonnance, ce n’est pas de la Métha qu’il faut. Moi ce que je voulais, c’était arrêter la drogue, redevenir performante, avec la pêche, quoi !

Là oui, la Métha a été positive. Peut-être aussi parce que j’ai eu la chance de l’avoir presque tout de suite en médecine de ville, ce qui m’a donné une certaine liberté. Je ne crois pas que j’aurais supporté les contraintes d’un centre.Le psychosocial, non merci !

substitutionPour tout savoir et échanger sur les traitements de substitution opiacés rendez vous sur la Plateforme Substitution d’ASUD.

Frank, 40 ans, 20 ans de came et 5 années sous substitution

Malgré les conseils de prudence de mon toubib, j’en étais arrivé, sans trop de mal, à descendre des 120 mg de Métha par jour à la moitié d’un flacon de 5 mg. Ça ne me faisait plus rien ; restait la contrainte du rendez-vous hebdomadaire chez le docteur et ces quelques gouttes de sirop poisseux à avaler (beurk !) tous les matins. Il était temps d’en finir pour de bon !

Je devais partir un mois avec ma copine en Corse et je pensais que c’était l’occasion de couper le cordon ombilical. J’ai donc laissé mon stock de Métha (que j’avais économisé en réduisant peu à peu) à Paris, n’emportant que 10 petits mg et un bout de shit : mes doses pour 4 jours, histoire de passer le cap en douceur. Je pensais que ça irait puisque cette mini dose n’avait plus (c’est ce que je croyais !) qu’un effet psychosomatique ; dont ces vacances m’aideraient définitivement à me passer.

La première semaine a été super : plage déserte, p’tits joints, couchers de soleil sur la mer, etc. J’avais réussi à baisser encore les doses, si bien que ma quantité de Métha m’a duré 6 jours. A peine si je sentais une légère appréhension à la veille du 7e jour, lors du grand plongeon ! C’est sans doute pour cette raison que, ce soir-là et le lendemain, j’ai poussé un peu sur les joints et le rosé de pays.

Je tenais une solide gueule de bois au réveil du 8e jour ! Car c’était bien la gueule de bois, ces nerfs à vif, ces nausées, ces bâillements à répétition, ces migraines et ces courbatures, ce mélange de fébrilité et de fatigue écrasantes ? J’ai essayé de m’en persuader tout au long de la journée, jusqu’à ce que, mon état ayant empiré, je me rende à l’évidence tant redoutée : je me tapais une sérieuse crise de manque ! Bon, je me suis dit que ce n’était qu’un mauvais moment à passer, que je n’avais qu’à serrer les dents etc. Quand, au bout d’une soixantaine d’heures, j’ai commencé à faire des crises de tétanie, à me vider par tous les trous, j’ai compris que je n’y arriverais pas et qu’il fallait faire quelque chose.

Consternée, ma copine décide alors de partir faire la tournée des pharmacies des villages du coin. Après une journée d’autostop et pas mal de rebuffades (sur cette île de Beauté, les toxicos n’ont pas vraiment la cote), elle finit donc par ramener quelques boîtes de Néocodion : ouf !

Ça m’a suffisamment requinqué pour retourner à Bastia, où j’espérais vaguement trouver un toubib… Mais, pour éviter la tentation, j’avais laissé à Paris mon stock mais aussi mes ordonnances, lettres, etc. , bref tous les papiers susceptibles de me permettre un dépannage d’urgence.

Après quelques coups de fil et un rendez-vous avorté nous nous sommes aperçus qu’il valait mieux ne pas compter sur les médecins corses pour une ordonnance de Moscontin ou de Skénan. Alors, comme les pharmaciens étaient de plus en plus réticents pour le Néocodion, auquel je reprenais goût à toute vitesse – oui, c’était crade mais au moins ça défonçait ! – on est rentrés à Nice. Je pensais y trouver un médecin qui me prescrirait de quoi repartir en Corse sans problème, mais… … Mais au lieu de trouver le toubib qu’il ne cherche que mollement (notre ami a repris goût au truc !), c’est sur un dealer que Frank finit par tomber en débarquant sur le continent : un gramme, puis un autre, puis…

On n’arrivait plus à décoller de Nice. C’est seulement quand tout l’argent des vacances a fini par passer dans la came (et aussi un peu de coke : quitte à faire la teuf, au point où on en était…)… Bref, au bout d’une semaine, il a fallu rentrer à Paris. Ma copine était furieuse et moi, la queue entre les jambes, je me retrouvais frustré et accro comme une bête – à nouveau !

La suite ? Après une explication orageuse avec mon toubib, il a bien fallu reprendre de la Métha, à 60 mg, cette fois-ci. Tout était à recommencer.

Maintenant, quand je pense à l’avenir, je ne sais plus comment je vais faire. Je me sens pris au piège.

La prescription des psychotropes n’est pas une science exacte

Tribune à Anne Coppel, sociologue et soignante dans deux centres Méthadone à Paris et présidente de l’Association française de réduction des risques (AFR). Son analyse progressiste en matière de substitution et RDR bouscule quelques idées reçues tant du point de vue des prescripteurs que des usagers.

Il y a maintenant dix ans, lorsque j’ai commencé à travailler avec la Méthadone, j’étais persuadée, comme presque tous les soignants français, que la meilleure posologie était la plus basse possible. Je me souviens de mes hésitations et des longues négociations avec les usagers pour une augmentation de 45 mg à 50 mg ou encore de ma satisfaction quand l’usager demandait lui-même de baisser de 40 mg à 35 mg… Je connaissais les études américaines qui démontraient l’utilité des hautes doses mais je soupçonnais les Américains de transformer la Méthadone en une sorte de camisole chimique. J’opposais à ces statistiques le simple bon sens mais aussi l’expérience clinique : il y avait, bien sûr, des usagers qui réclamaient “toujours plus” (ce qui, même à cette époque, ne me gênait pas) mais il y avait aussi “les bons patients”, ceux qui se sentaient débordés par leur consommation et se satisfaisaient des petites doses en témoignant qu’à partir de 40, voire 45 mg, ils ne ressentaient pas les effets du manque.

Comme la plupart des soignants, j’ai changé de conviction, non sans mal : car la posologie n’est pas une question anodine. Toutes mes croyances ont été bouleversées : sur l’usage, sur la dépendance, sur les traitements…. Première révolution culturelle : l’objectif du traitement ne se limite pas à la sortie de la toxicomanie.

Si la prescription améliore la santé de l’usager, si elle lui permet de vivre avec moins de souffrance, moins d’exclusion, en choisissant son mode de vie, si la mortalité baisse, alors il s’agit bien d’un traitement médical. Que l’usager puisse en tirer du plaisir ne change rien à l’affaire.

L’autre bouleversement dans mes croyances porte sur le traitement de la dépendance. Pendant toutes les années où le sevrage était l’unique traitement, tous – soignants, entourage, répression – encourageaient les usagers dépendant d’un opiacé à multiplier les tentatives de cure. L’usager était dépendant, c’était simple, il fallait qu’il s’arrête. Les rechutes étaient attribuées à l’absence de volonté de l’usager (ou à sa mauvaise volonté). Là encore, les croyances partagées par la plupart des soignants et usagers faisaient illusion. Les usagers dépendants d’un opiacé peuvent se passer d’opiacé pendant un temps, contraints (problème d’approvisionnement, incarcération) ou consentants.

substitutionPour tout savoir et échanger sur les traitements de substitution opiacés rendez vous sur la Plateforme Substitution d’ASUD.

La meilleure façon de traiter la dépendance, c’est de l’accepter pour la contrôler

Mais la succession de ces sevrages-rechutes a pour premier effet de déstabiliser l’usager, qui perd toute confiance en lui-même alors qu’elle renforce la dépendance, comme le montre l’expérimentation animale. Plus le rat a connu des successions de dépendance-sevrage, plus le sevrage est difficile. Nous ne sommes pas des rats mais pour les humains, également, il semble bien que plus nombreuses ont été les tentatives de sevrage, plus difficiles ont-elles été à vivre – jusqu’à devenir non envisageables.

Peut-être découvrira-t-on un jour une pilule miracle qui traite toutes les dépendances (on en parlait cet été…). Pour le moment, la meilleure façon de traiter la dépendance est d’abord de l’accepter afin d’en reprendre le contrôle, que ce soit pour vivre avec ou pour s’en défaire à terme. Les hautes doses permettent d’éviter les hauts et les bas qui renforcent la dépendance. Il ne s’agit pas seulement de supprimer tout signe de manque mais d’offrir à l’usager un confort suffisant, qui peut contribuer, s’il le souhaite, à mieux contrôler le désir d’ivresse (de défonce). Par exemple, prévenir (ou récupérer après) des épisodes d’abus de cocaïne ou d’alcool. Si l’usager le souhaite : même les hautes doses ne fonctionnent pas de façon automatique comme des antibiotiques….

Tous les patients en traitement de substitution ne souhaitent pas renoncer à l’usage (ou à l’abus) de drogues licites ou illicites. Certains utilisent les traitements de substitution comme filet de sécurité pour éviter le manque tout en continuant à consommer de l’héroïne ou d’autres drogues, régulièrement ou occasionnellement. Dans ce cas, les petites doses conviennent mais l’usager doit être informé qu’il entre dans un usage sans doute mieux maîtrisé mais chronique. Ceux qui souhaitent arrêter toute consommation de drogues – il y en a – ont tout intérêt à rechercher un confort suffisant et pas uniquement l’absence de symptômes de manque.

La souffrance (ou simplement l’effort de volonté) n’est pas bonne conseillère en la matière. Si la dépendance aux opiacés est bien installée (pas ou peu de périodes d’abstinence sur les années précédentes), il faut accepter l’idée d’un traitement long avec des doses de confort. A défaut, les rechutes sont programmées.

La posologie dépend donc en partie de l’objectif fixé au traitement. Elle dépend plus encore de ce que ressent l’usager qui est, comme pour tous les psychotropes, extrêmement variable d’une personne à l’autre. Seul le patient peut dire si l’anxiété, la dépression ou le désir de drogues sont diminués par le traitement. Comme le montre l’excellent livre de Philippe Pignarre*, les médicaments psychotropes ne sont pas exactement des médicaments comme les autres : la subjectivité des patients ne peut être évacuée.

Question difficile à éluder : l’objectif du traitement

Les médecins ne sont pas formés à consulter leurs patients. Ils ont, au contraire, appris que le médicament est efficace précisément parce qu’il fonctionne quel que soit le patient ou le thérapeute ; le traitement s’impose donc de lui-même sans discussion possible, au nom de la rationalité scientifique. Le pouvoir médical y trouve sa justification.

Dans le domaine du sida, les associations de malades ont su imposer au corps médical le point de vue du patient, mais négocier avec un médecin le choix d’une stratégie thérapeutique nécessite le développement d’une expertise. Dans le domaine de la prescription de psychotropes, la négociation devrait être plus aisée puisque la prise en compte de ce qu’éprouve le patient est incontournable alors que la consommation de drogues implique de développer une véritable expertise sur les produits et leurs effets.

Il faut reconnaître que cette négociation reste dans bien des cas difficile, voire impossible à mener. Il y a de multiples raisons à cela. Certaines relèvent banalement de la relation médecin-malade. D’autres tiennent à l’histoire des relations entre les usagers de drogues et le monde médical, dans une époque pas complètement révolue, où il s’agissait d’extorquer au médecin le produit convoité, à l’insu-de-leur plein-gré, s’il le fallait. Phillipe Pignarre donne l’exemple d’une de ces confrontations à la prison de Fresnes lors d’une consultation dont l’un des enjeux est l’acceptation du statut de malade. Les deux interlocuteurs, le médecin et le détenu, discutent, expertise contre expertise, proposition de traitement psychiatrique contre demande de soulagement de la douleur (ou recherche de plaisir ?). Mais la discussion se mène uniquement par médicaments interposés : « Dehors, je prenais du Néocodion », rappelle le détenu. Ce à quoi le médecin répond par le refus de prescrire les médicaments « auxquels on s’accroche ». Il propose alors de la Vicéralgine. Mais le détenu revient à la charge « Avant, je prenais du Tranxène 50. » Le médecin propose alors du Tercian. « Vous n’allez pas me prescrire des médicaments qui font gonfler », s’indigne l’usager. Et le médecin de se résigner à prescrire du Lysanxia : « Je ne peux assumer ici une position curative-éducative, je prescris a minima pour assurer un certain confort et le calme ». Cet échange, résumé ici faute de place, évoquera certainement des souvenirs à des lecteurs. L’avènement des traitements de substitution a modifié le dialogue.

Reste la difficile question : qui définit l’objectif du traitement. Sur ce terrain, le médecin qui n’obtient pas l’adhésion de l’usager est perdant à terme. Le médecin peut imposer le choix d’un médicament ou d’une posologie mais il ne peut empêcher l’usager de poursuivre ses consommations. Nombre de pratiques médicales restent contre-productives (confusion entre traitement et récompense-punition, avec réduction des doses en cas de consommation de drogues), mais ces pratiques renvoient en miroir à celles des usagers qui disqualifient d’entrée le médecin en refusant à la prescription le rôle de traitement.

Il est clair que le statut illégal des drogues fausse en grande partie le dialogue. L’alcoolique qui consulte un médecin sollicite clairement un soutien thérapeutique. L’usager de drogue recherche-t-il le produit interdit ou bien demande-t-il un soutien thérapeutique ? Pour certains, la réponse est claire dans un sens ou dans un autre mais l’ambivalence est relativement fréquente (c’est également vrai pour celui qui a des problèmes d’alcool) et le bon thérapeute accepte de travailler avec cette ambivalence. Quoi qu’il en soit, aller voir un médecin, c’est, au moins lui reconnaître le désir d’améliorer la santé de son patient. On ne peut demander à un médecin de résoudre la question du cadre légal.

Il est tout aussi illusoire d’exiger que la consultation soit menée dans le cadre d’une négociation tripartite (médecin-patient-associations d’usagers). Il appartient aux associations de veiller à ce que le droit des patients soit respecté mais tout dans la relation soignant-soigné ne relève pas de la question du droit. Reste à imaginer le cadre dans lequel des représentants d’usagers peuvent être entendus (par exemple, dans les conseils d’administration ou réunions spécifiques).

Le médecin qui n’obtient pas l’adhésion du “patient” est perdant à terme

Une bonne négociation implique aussi d’accepter de confronter son expérience personnelle avec d’autres niveaux d’expertise : recherches pharmacologiques ou biologiques mais aussi expérience clinique. Le soignant n’est pas seul à être prisonnier de ses croyances. Ce que l’usager ressent est également influencé par ce qu’il croit. On sait par exemple que les circonstances dans lesquelles les psychotropes sont consommés (seul, avec des amis… ) en modifient les effets. C’est particulièrement net pour le cannabis ou le LSD mais les effets sont également influencés par la façon de consommer (fumer/injecter) les doses.Et enfin par les attentes. La cocaïne en sniff occasionnel et shootée à raison de 5 gr par nuit sont deux produits différents. Il aura fallu des examens qui évaluent la Méthadone restant dans le sang après 24 h pour prendre conscience de l’importance des écarts selon les personnes. Ces usagers, antérieurement gros consommateurs d’héroïne, continuaient à se sentir mal avec la Méthadone mais ne pensaient pas à demander l’augmentation des doses, qui s’est révélée nécessaire. Il n’est pas plus de science exacte dans l’usage de drogues que dans le traitement.

Les confrontations entre expérience de la consommation, études et recherches scientifiques et expériences cliniques sont incontournables. Les accepter, c’est oeuvrer à une alliance thérapeutique qui est de l’intérêt de tous.

*Philippe Pignarre, Puissance des psychotropes, pouvoir des patients. PUF 1999.

Courrier des lecteurs (hiver 1996)

Salut à tous,

Je commencerai par de banales mais sincères félicitations pour votre travail. Je peux imaginer sans peine les difficultés que vous devez rencontrer pour avoir osé vous attaquer à un sujet aussi sensible. Sensible et convoité, car « le gâteau » que représente la dope est sous la coupe d’une poignée de « spécialistes » autoproclamés, incompétents notoires, qui n’apprécient certainement pas de devoir y découper une part supplémentaire, ceci se faisant obligatoirement à leur détriment. Tous ces « Olivenstein » et autres « Curtet » prennent certainement votre action comme une atteinte à leur toute puissance ainsi qu’a leur porte-feuille.

Votre journal m’est apparu à un des moments les plus noirs de mon existence, dans la salle d’attente de l’éducateur que je venais solliciter pour obtenir la méthadone, il y a environ un an. Votre militantisme m’a emballé, m’a redonné un peu de courage, et j’aurais voulu vous contacter, mais j’étais bien trop mal pour faire quoi que ce soit à ce moment là, et l’obtention de la substitution mobilisait le peu de temps que me laissait la dope. En vain. Quatre mois plus tard, j’étais toujours en galère, et ce que je craignais est arrivé : la taule. Pas la peine de détailler, vous connaissez l’histoire.

Une vingtaine de jours plus tard, quand j’ai eu peu repris mes esprits, j’ai cherché du soutien auprès de l’antenne toxico de la prison, qui m’ont dit à peu de choses près de ne surtout pas hésiter à les solliciter si je n’avais besoin de rien. Je leur ai demandé de me procurer à défaut d’autre chose quelques exemplaires de votre magazine mais même ça je n’y ai pas eu droit. Apparemment, vous êtes tricard. Dans un pays qui se prétend le garant des droits de l’homme, qui se permet de donner des leçons au reste du globe, nos animaux domestiques ont droit à bien plus de respect que la gente toxicomaniaque, l’espèce la plus méprisée de notre territoire.

Des décennies d’échecs à tous les niveaux, mais jamais de remise en question. Le discours, c’est pas que leur politique est à revoir, c’est les toxicos qui doivent changer. Que ce soient les politiciens ou les « intervenants » en toxicomanie, l’incapacité dont ils ont largement fait la preuve est criminelle, et nulle part on n’évoque la détresse, la souffrance. Elle est pourtant présente au quotidien du dépendant et l’immense majorité des médecins nous a cependant exclus du fameux serment d’Hippocrate. Cette situation est intolérable, et seuls les toxicos pourraient défendre leurs droits. Personne ne le fera pour eux. J’en ai marre d’être traité comme de la merde, marre du mépris, et seules des actions comme celle de votre magazine pourront faire évoluer les choses. Je vous remercie d’exister et je suis à votre disposition, dans la mesure de mes moyens, pour collaborer à votre combat.

À bientôt j’espère.

Nicolas

Bonjour,

Je vous écris cette lettre parce que j’ai vraiment un truc à dire à tous les junks. Junk moi-même depuis 25 ans, ça fait deux ans que j’suis à la métha et tout va bien pour moi, merci. Par contre, ma copine, mon amie de toujours, ma compagne de shoot vient de se faire gober par un étrange animal : Narcotiques Anonymes. Je voudrais dire, crier à tous les junks de france et de Navarre de faire hyper gaffe quand ils entendent ces deux mots : Narco Ano.

Ma chère copine que j’aime, Babette, était pas vraiment accro : 2 ou 3 jours de spleen lui suffisaient pour récupérer la pleine forme physique. Hélas, son chemin a croisé une de ces Narco Ano. « Viens à nos réunions, viens voir ! » Elle est allée, puis retournée. C’était il y a trois mois. Au bout de 3 mois de réunion midi et soir, ma copine n’est plus qu’une zombie, un robot, une ombre : elle ne pense qu’a travers les Narco Anonymes.

Il faut dire que leur soi-disant méthode pour oublier la dope peut laisser perplexe : Il faut croire en Dieu. C’est Dieu qui te sauve, en te donnant une douzaine de commandements. Chez les Narco, t’es qu’un sale putain de dépendant, et pour pas l’oublier il faut le dire à chaque réunion ; « Je me présente, Donald, dépendant ». Il y a des mecs là-bas, ça fait six ans qu’ils ont arrêtés mais ils se présentent toujours comme dépendants. Ma copine ne veut plus me voir car je ne suis qu’un drogué à la méthadone et « je ferais mieux de tout arrêter tout de suite ». Vous êtes donc astreint à faire votre mea culpa tous les jours, midi et soir.

Bonjour le bourrage de crâne, obéir à leur douze commandements « je suis un pêcheur, je crois en Dieu », « je me soumets au traitement des Narco », « je ne mens jamais », etc. Moi qui me suis déjà fait baisé par une secte il y a dix ans, j’y retrouve tous les ingrédients. Alors, je dis à tous les junks de bon sens : « Faites gaffe » à ces gens pleins d’amour et super compréhensifs de Narco Ano. En un rien de temps, ils vous lavent le cerveau, dans quel but, je ne sais pas. Tout ce que je peux en dire, c’est que c’est craignes à mort et si je vois un seul de ces zombies dans mon centre de métha je lui latte la gueule de suite.

Merci de me publier, surtout pour les autres.

Jean-Luc

JUNKIE BARBE QUI ?

Junkie qui jeûne
décroche à la méthadone.
Le toxico n’a plus de pedo,
le temgésic sera sa future musique.
Accro, accro, et pas qu’à l’héro,
vive la substitution,
qui est le reflet de l’illusion.
Dépendant de ton médecin,
ton dealer c’est le pharmacien,
et toi toujours aussi arnaqueur.
Il y a longtemps que ton cœur
est une boite de néocodion.
La came a remplacé ta raison.
Je sais que tu ne veux pas arrêter,
tu veux mélanger les produits
et profiter de cette défonce
pharmaceutique, de cette dope merdique.

Saïdem

Salut les potes.

Si je prends la plume c’est juste parce que j’ai repris l’habitude d’écrire pendant les 14 derniers mois que j’ai passé au club med des Baumettes. Ça n’était rien de grave, juste un petit cambriolage, et vol = mobilier, appareils photo, caméscopes… = brozoufs = came, ça tombe sous le sens. Bon.

Donc, 14 mois de sport, business, boston et miouzik. Cette dernière activité j’ai eu la chance de la pratiquer car l’assistante sociale qui s’occupait de moi était mélomane et a bien apprécié que je lui joue la sérénade 3 après-midi par semaine. En plus, elle était bonne (l’assistante, pas la sérénade). Mais je m’épanche un peu, là.

J’ai découvert ASUD par le biais d’une copine qui a récemment perdu son mec (because AIDS, œuf corse) et qui est bénévole depuis pas mal de temps. Pour ma part, fervent consommateur de poudre depuis 12 ans (j’en ai 28) de shit, d’herbe (de mon jardin s.v.p.) et de champipi, champipi, de champignons de « Paris » quand c’est la saison, j’ai eu la chance de passer au travers de toutes les infections virales et autres hépatites. Ouf ! J’apprécie énormément votre journal et j’adhère à fond à vos idées. Bien sûr, j’ai les miennes aussi, mais je les garde pour la prochaine lettre.

Le but de la présente est, en fait, une demande. Si vous pouviez m’envoyer les plans du vaporisateur d’herbe (ou de shit) dont vous parlez dans votre journal du printemps… ce serait très très cool. Je joins une enveloppe timbrée à cet effet. Merci les gars. S’il vous prenait la fantaisie de publier cette lettre, sachez que je ne vous en tiendrai pas rigueur. Ouala, c’est à peu près tout.

Ah, ouais j’allais oublier, je fabrique artisanalement des bongs (bhangs) de toutes tailles pour déco ou usage perso, c’est selon. N’hésitez pas, écrivez, donnez-moi les mensurations de l’objet de vos désirs et j’exaucerai. Je pense qu’il est inutile de préciser que je n’utilise que du bambou et, bien entendu, les prix sont très modiques (100/150 baluches). Bon. Fin de la coupure pub, je vous remercie encore et dés que je touche un peu de francs (un bong ou le chomage), je m’abonne, c’est promis.

Katia, ma copine vous fait de grosses bises (elle est très câline), quant à moi je me contente de vous en serrer cinq en vous disant à bientôt, au plaisir de vous lire.

Marc

Si vous désirez contacter Marc, écrivez au iournal, on fait suivre.

Je rêvais d’être pompiste

Je rêvais d’être pompiste, je finis RMIste
Avec mon âme d’artiste, je persiste
Insertion, Exclusion, Expulsion
Y’a pas vraiment que du bon.
Administration, tu rentres avec un carton
Tu ressors avec un jeton.
Secours Catholique, on appelle les flics
Secours populaire, mieux vaut me taire
Resto du Cœur, c’est juste pour ma petite sœur
Y’en a vraiment marre, je prends une arme,
Merde ! un gendarme.
Prison, j’ai fini de tourner en rond.
Je rêvais simplement d’être pompiste…

Gaby

Chers Amis d’ASUD,

J’ai croisé Mr Quotidien, lors d’un voyage de routine, lequel côtoyait Mme Habitude, fidèles à la vie à la mort. D’un rouleau de p-cul à un rouleau de papier, il n’y a qu’un pas, des tubes cathodiques aux tubes à insuline, il me fallut un autre pas (aux trépas…), bien-sûr, je les ai franchis, les deux pieds joints (joints…).

Finies ces heures giratoires à l’emploi du temps du tant et temps, terminé ce no man’s land iournalier et autre Républicain Lorrain, j’avais trouvé l’intemporel, la belle kafkaïenne au pays des merveilles de fixette ! Sans parler de la sœurette au visage si pale. La mariée était en blanc, vêtue de ses plus beaux cristaux, j’avais toujours sur moi l’appareil et son flash automatique, vous me suivez ?

Et ça fait presque 10 ans que je ne fréquente plus Mr Quotidien et Mme Habitude, non maintenant, mes meilleurs amis sont ce charmant couple, vous connaissez sûrement, Mr Débit et Mme Galère. Je dois avouer qu’on s’entend bien et cette fois, je crois pouvoir dire que c’est à la vie à la mort ; Et on continue à penser que les T.O.X* ne sont ni fiables ni fidèles, non-non, ce n’est qu’une métaphore.

Et si on arrètait l’auto-flagellation, la masturbation intelectuelle de nos neurones en voie de disparition. Vous savez, ce qui me chagrine le plus en ce bas monde, ce sont l’augmentation des prix, le pouvoir d’achat en continuelle baisse, c’est l’abatage répressionniste, la concurrence déloyale, la quantité au profit de la qualité et j’en passe et des pires et tutti-quanti. Et ces putains d’enculés des deux côtés de la barrière, oh pardon ma langue a fourché. Et sorry pour tous les terriens omosapiens en mal de vivre mais j’aime faire l’amour et parfois ça fais mal et j’aime la dope et parfois et je ne fais de mal qu’à moi-même. Je suis une consommatrice en puissance, parmi tant d’autres et personne ne me dit rien quand ça engraisse la corruption de sa mémère et de son pépère.

Vous savez, quand j’étais gosse, j’avais des crises de foie à cause des bananes. Le docteur me disait, ralentie ça ira mieux. Aujourd’hui 20 néocodions attaquent plus mon foie qu’un pet et le docteur me dit, prend de la viscèralgine forte et du lexomil mais surtout, arrêtes tes un ou deux sniffs (ou pets) par jour et j’attends patiemment qu’il termine son ordonnance par un « ça ira mieux ». I like it, my dear.

Et essayons d’être un peu positif… Je vous laisse, ça va mieux.

* = terrain à oxygène xénophobe

Bisous.

Sophie

Courrier des lecteurs (automne 1995)

Éventuel plaidoyer d’un toxicomane.

Si j’avais une requête à formuler, de l’ordre du détail, ce serait celle-ci :

Quitte à vendre des stéribox (ce qui en soit est déjà bien) il faudrait que ceux-ci soient complets ; à savoir en sus des seringues fournies y ajouter du coton hydrophile, de l’acide citrique (remplaçant ainsi le « vieux » citron pas toujours très frais…), une capsule stérile en guise de cuillère, sachant que la « toujours vieille cuillère n’est-elle pas toujours très fraîche » par souci de récupération on laisse volontiers y sécher le dépôt pour un jour, éventuellement s’en servir en cas de pénurie. C’est ici un raclage de fonds de cuillères truffés de bactéries et autres microbes (veuillez excuser ici mon manque de connaissance scientifique et par la même excuser de rentrer dans une sorte de détail technique cru et sordide). Mais je crois le sujet suffisamment grave pour faire fi des usages et bonne manières.

Des esprits réfractaires ou même d’autres, ceux là bien pensants, pourraient alors me rétorquer :

Et puis quoi encore ? « Monsieur » ne voudrait-il pas d’une infirmière pour lui faire son shoot ?

Et bien si justement, cela éviterait bien des accidents et autres infections tous les deux plus dangereux l’un que l’autre.

Et surtout, en guise de conclusion, s’il fallait pour se shooter se rendre dans un quelconque établissement hospitalier, l’adolescent que j’étais alors aurait, certainement, trouvé ça bien amer, moins grisant (car dans ce contexte ça l’est) que d’aller chiner en képa à 20 keus rue Ramponneau ou dans n’importe quels bas fonds qui restent encore à Paris, à 5h du mat, à la sortie d’une boîte, déjà un peu éméché, avec tout le « parfum d’aventure » que cela implique (à savoir dealers, flics, bref… dangers). Pour moi, en tous cas ce n’eut pas été, mais alors pour le coup, nullement excitant, que de me rendre tel un malade dans un endroit aseptisé en toute sécurité me faire administrer de l’héroïne…

Qu’adviendrait-il alors, de ma révolte de « jeune con révolutionnaire » que je traduisais de façon flagrante par ce geste : le shoot, le suprême interdit, dangereux de surcroît, quelle « émotion », quelle « bravoure » au sens premier du terme, c’est à dire brave, se mesurer à un si grand danger. Je suis absolument convaincu que j’eusse alors préféré exprimer ma révolte (quasi viscérale quand on a 17 ans !) en détruisant je ne sais quelle cabine téléphonique publique, arrêt de bus ou autre symbole de cette société tant haïe, encore une fois, quand on est un grand adolescent et que l’on s’ennuie à en mourir (c’est malheureusement le cas de le dire).

Mais la vie d’une cabine téléphonique est peut-être jugée (par ceux qui jugent) plus importante que la mienne.

D’où l’humilité de ma requête du début… (juste un stéribox complet).

Que demander d’autre, la Révolution n’existant plus que dans les rêves d’un monde qui aurait un visage humain et, après mûre réflexion, c’est bien là malheureusement qu’est sa place…

Hervé

Salut les potaux,

Il y a une semaine, j’ai reçu d’un pote 3 revues ASUD Metz, ma zone. Je les ai lu et j’ai horreur des quinboux mais celui-ci même en piquant du zen, j’y arrivais. La preuve, j’ai oublié mon arrivée à la gare de l’est et suis sorti du train avec ma gueule enfarinée. Boum ! je suis tombé sur les douanes, ça m’a fait tout drôle.

Je vous avais fait une lettre de quelques pages mais je l’envoie pas, je causais de ma vie et de ce système qui ne pense qu’à casser l’homme. Ils n’ont jamais réussi. Je suis un verni, mon prix est assez élevé tout de même 10 ou 11 ans de tôle fait… Là, j’ai cassé un dealer et il m’ont sauté avec le fruit de mon casse, 75g.

Je m’appelle Marco, je suis séro depuis 84 environ. Ma meut s’est envolée début 93, j’étais en tôle. Elle s’est envolé à Dam. Merde, en dope, parfois tu décroches, tu morfles. J’ai eu un bon coup de blues en mai et j’ai fini à l’hosto. Là, bilan, T4 : 60, hépatite Cet patati et patata. Je me suis tiré à Dam in the street : dope, coke ; puis, je suis remonté sur Poitiers où j’ai élu domicile chez mon frère pour les lattes et pour dossier programme de substitution, attendre septembre.

J’étais pas accro comme une bête, je suis pas un intello, ma vie est la mienne, merde. J’ai toujours vécu au feeling, je suis un battant. Je connais pas encore mon juge. Je vais écrire à Asud Metz aussi. Là, vous recevez ma lettre rapidos, pouvez-vous me refiler l’adresse d’un bon petit avocat. Je suis comme vous, et en tôle, il faut que je me batte. Être séro ici, c’est pas évident. Je suis un être humain ! Un toubib m’a mis incompatible à la garde à vue et un autre m’a renvoyé en garde à vue.

Bon j’attends des news pour plus ample causette. Et les gars, Asud est la revue qui me donne envie de me battre avec le cœur. Ciao !

Marco

Monsieur,

Dans ma première lettre, je n’ai pas pu développer la sensation de bonheur que j’ai eue en prenant connaissance de votre existence.

Aujourd’hui, je trouve un grand réconfort à savoir que les toxicomanes et les anciens toxicomanes comme moi sont capables de s’exprimer de façon correcte. Durant au moins 14 ans, le gouvernement a fait croire que nous étions les coupables de tous les maux de la société. La grande répression dont nous avons souffert durant le gouvernement socialiste nous a pratiquement réduit au silence. Chacun de nous avait peur pour sa liberté et nous pouvons mesurer aujourd’hui les dégâts occasionnés par cette répression.

Comme Maurice SACHA a écrit : « il faut en passer par là pour pouvoir en juger ». Chose dont je ne veux pas me priver étant moi-même passé par là. J’ai tout connu prison, mépris, abandon, misère, etc l’enfer !

Aujourd’hui j’essaie de me mettre debout étant donné que j’ai vécu presque à genoux. Les séquelles physiques, mais tant bien que mal nous sommes en train de marcher debout.

Je le répète à nouveau, je suis heureux de vous avoir trouvé. C’est comme si j’avais trouvé un frère dont je ne connaissais pas l’existence. J’espère que dans l’avenir nous resterons en relation.

Si quelqu’un peut protéger nos frères, nos enfants, c’est bien nous par notre expérience qui pouvons atténuer l’attirance de la jeunesse pour les interdits et notamment la drogue. Nos conseils seront, j’en suis sûr, écoutés dans l’avenir.

Nous sommes des idéalistes sans idéal, mais peut-être que nous avons trouvé là, l’idéal qui nous a manqué. Au moins avons-nous trouvé là une motivation pour continuer à vivre et pour vivre, il faut se battre. Sommes-nous assez mûrs pour combattre ? Je le crois.

Je crois même que c’est à l’approche du deuxième millénaire que nous pouvons être de dignes combattants, mais c’est avec la morale et avec le cœur que nous devons combattre. Victimes de nous-mêmes, victimes de la tentation et de notre jeunesse, victimes tout court ! La société ne nous pas protégés, mais a su nous faire payer nos fautes avec les siennes. C’est la société qui a été la plus coupable à mon sens. Il est facile d’accuser les autres de tous les maux de la société.

Nous les toxicomanes avons souffert d’une discrimination absolue. La société nous a mis dans l’oubli et nous a séparé d’elle comme une mère indigne. Sommes-nous aujourd’hui des orphelins ou des enfants abandonnés ? Cela tient certainement au deux.

Pour beaucoup de gens nous sommes encore des trouble-fête et personnellement, j’espère que nous le serons de plus en plus. Parce que c’est une quête de justice et de vérité que nous poursuivons aujourd’hui. C’est aussi parce que nous refusons d’avoir perdu nos amis, nos enfants, nos compagnes, dans un silence et un oubli total que maintenant nous posons des questions et demandons des réponses.

Espérons que les hommes qui nous gouvernent aujourd’hui n’aurons pas notre lâcheté d’hier.

Antonio Viera Branco

Monsieur,

Toxicomane depuis 5 ans et bientôt âgé de 26 ans, je suis en phase de décrochage, enfin je suis en train de diminuer mes doses. En effet de 4 à 5 grammes par jour, je n’en prends plus que une à deux fois, voire trois fois par semaine. Mais ceci n’est pas le propos de cette lettre. Je vous écris pour envoyer un poème de ma composition que j’ai écris un jour d’insomnie à cause du manque.

J’espère sincèrement que vous allez le publier, sinon tant pis. Dans l’affirmative, je ne le saurai pas car je ne suis pas abonné à votre journal mais ce n’est pas grave car si je vous l’envoie c’est pour en faire profiter tout le monde. Je vous remercie d’avance et vous prie d’agréer, Monsieur, l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Morphée Mon Amour !

Des champs de pensées
Se dressent devant mes insomnies ;
Les ai-je vraiment méritées ?
Si oui et bien tant pis.
Toujours la même obsession
Et Morphée ne veut pas de mon intrusion
Dans ses bras ou alentours.
Et je vois défiler les heures tout à tour.
Des images plein la tête.
Et mes nerfs s’enveniment,
Mon sommeil n’est pas à la fête
Et demain j’aurai bonne mine.
Tiens un fantôme vient d’entrer
Avec lui je vais pouvoir discuter.

Cyril

Mes semblables, bonjour,

Mon dernier courrier à ASUD ; voilà plus d’un an ! Vous avez publié ma bafouille sur la façon de mourir à l’hôpital P B.

Depuis, je n’avais vraiment plus le choix. Maryelle est morte et moi seul avec notre fils. 17 ans. Je suis très seul et cette fatigue… bon passons. Je décide de prendre de la Métha. Après tout, j’avais tout essayé pour obtenir ce « privilège ». Direction un Centre parisien de méthadone. 6 mois difficiles. Impossible d’arrêter la dope. Petit à petit, 1 OO mg de métha et petit à petit, impossible de sentir la dope. Donc voilà, 100mg de moscontin + 90mg de métha. Voici mon menu journalier. Et cela, depuis plus d’un an. Enfin quelques embrouilles pour refuser les analyses d’urine qui sont une honte. Enfin, plus d’analyses. Mais cela ne plaît pas à tout le monde. Mme W., Directrice, décide sans même me prévenir d’arrêter le don de méthadone et voilà, rien du jour au lendemain !

Je pense qu’elle est vraiment irresponsable. On n’a pas le droit de jouer avec ce genre de produits. Je pensais bêtement que la médecine ne jouerait pas à ce jeu là. Cette histoire est très grave. Et je vous pose une question : Y-a-t-il, a+ on enfin des droits ? Je ne suis pas trèls bon pour écrire mais je suis K.O. Jamais un dealer ne m’a fait ce genre de plaisanterie.

Voilà, Maryelle est morte en 93. Moi, c’est peut-être pour… enfin. Mais il y a Julien,· notre fils, lui, n’a rien demandé et pourtant il vit, il aimait sa maman et il m’aime. et compte sur moi.

La métha, oui mais attention au dérapage. Si cette dame joue avec ce produit, elle joue avec des être humains. Et nous sommes bien loin de la médecine. Je suis très malheureux. Ces gens là me font peur. Et ils ont le pouvoir total. Oui, au fait, pourquoi cette décision ? Tout simplement pour une sombre histoire de café. Tout simplement, Madame ne voulait pas qu’on fréquente le même café qu’elle. Pas mal, non !! À quoi ça tient tout ça. Elle oublie que c’est ma vie, mes souffrances. Attention à ce genre d’affaires car il n’y a pas de limites. Si elle en vit, nous on en meurt.

X , le 1/11/95

Cher ASUD,

J’aimerais bien te lire, pas après 3 mois ta tissor (style Laënnec « Monté Cristo » ou Corbillon « St Denis »), comment faire pour le recevoir chez moi, tranquille-pépère ?

J’ai vu un mec de « Potes à Potes » qui veut m’interviewer, mais moi je suis pas un monstre de foire (et toutes les manières, les vices, etc.).

Je suis tombé par hasard sur Dans Cités d’Oliventstein, je l’ai pas commencé. Je finis ASUD, que je viens d’avoir, le n°9 alors que j’en ai que 3 à la maison. Pourrais-tu arranger mon problème ? (à AIDES Paris, carrément il n’ont que 2 n°).

J’ai arrêté la came depuis décembre mais pas la coke. Ils me donnent du Moscontin®, 400mg/j, mais ça me suffit pas, en septembre, ils vont me filer la métha.

Ça fait douze piges que je suis séro+, hép B et C. Mon connard de généraliste m’a dit que j’avais une cirrhose mais pour dans 5 ou 10 piges, alors je continue un peu de tiser la rebié. J’ai 800 T4 (encore), 400 et 350 transaminases et 600 gamma GT. C’est grave docteur ASUD ?

Répond moi, s’il te plaît, vite !

Je n’ai plus d’amis (ils sont morts), je n’ai plus de famille (elle flippe de moi). Que faire (une bastos dans la tête) ?

Continuez, je vous aime.

Patrick

PS. Quand j’aurais un bifton de 50 balles, je le glisserai dans l’enveloppe.

Courrier des lecteurs (printemps 1995)

Lettre ouverte a tous les pharmaciens qui se posent encore des questions sur les produits de substitution, leur utilité.

Prenons l’exemple de quelqu’un qui s’est accroché depuis longtemps : environ 10 ans.

  • Trouver un médecin qui veuille bien sortir son carnet à souches, pas forcément évident ! Moi j’ai la chance de connaître des filières.
  • Par ce jour de mai, en fin d’après midi, j’emmène mon amie chez un médecin, il lui fait une prescription pour 14 jours de moscontin 60mg (posologie normale pour petit cancéreux, pas de quoi mettre un cheval les quatre fers en l’air). Donc ordonnance en règle, carte sécu + Paris santé.
  • Nous allons tous deux dans une pharmacie à côté de son cabinet : 1 ère excuse ne prends pas la carte Paris Santé, nous sommes en proche banlieue à une station de métro de Paris, d’après l’officine cette foutue carte n’est remboursée qu’à Paris, 1/3 payant, il ne veut pas en entendre parler,
  • Nous allons dans Paris, nous n’avons pas, il faut commander, vous aurez demain soir. Pour cette personne c’est impossible, commencer le boulot à 7h du mat, malade, c’est pas possible !
  • De plus, nous prendre pour des cons comme c’est pas permis, comment voulez-vous que des bons rapports s’installent entre toxicos-pharmaciens, c’est impossible !
  • L’image d’épinal du junkie qui s’éteint en Inde, etc. terminé, le laboratoire ne fabrique plus et si par hasard je suis livré (ne pas oublié de mettre le timing-chronologie oblige), ce ne sera pas avant 48h (donc il découlera un décompte de comprimés, de…).

Nous décidons tous deux d’aller voir dans les pharmacies open 24/24h de Paris Centre ; ce sont en principe des boutiques à vocation d’urgence ; le tableau B peut devenir vital pour quelqu’un qui cherche à s’en sortir.

Nation 2 apotek, nous nous sommes heurtés à un mur d’incompréhension, la peur de l’autre, mon amie et moi n’avons pas le look (serpillère junkie).

Nous avons encore fait deux tentatives, ils ont tous joué sur le coup de la livraison, lorsqu’ils n’ont pas déblatéré un monceau d’âneries.

22h. Découragés, nous sommes allés pécho (grâce de détails) du côté de Belleville et sommes rentrés. Mon amie a pu aller travailler et moi je suis allé chercher ses comprimés dans une pharmacie que je connais le lendemain matin.

L’État baratine les médias avec la substitution mais que de beaux discours, de belles phrases qui n’aboutissent à rien.

Dans cette histoire, malheureusement, la mentalité des gens dits « bien pensants », n’est pas prête de changer, quand apprendront-ils à vivre avec les drogues au lieu de les combattre.

Jean-Marc

Cher Monsieur,

C’est un plaisir que d’avoir reçu votre publication lors d’un récent colloque « la méthadone à Tourcoing »·(…)

L’essai comparatif des produits de substitution opiacés appelle quelques compléments d’information.

Le Palfium est à l’origine probable de talcose pulmonaire et d’emphysème avec insuffisance respiratoire. La méthadone est donc de la morphine chimique et sa « décroche » n’est douloureuse que si elle est inutilement rapide. À long terme (six mois) le décrochage est totalement indolore.

Il faut signaler qu’à la baisse de libido correctement décrite est associé un retard à l’éjaculation qui perturbe bien des couples. Ce phénomène est lui aussi transitoire.

La méthadone remet en marche la machine à bébé. Il y a donc lieu de prévenir les jeunes femmes de veiller à la contraception.

Ma population consultante utilise aussi largement le Rohypnol comme substitut temporaire de l’héroïne. L’Halcion ne fait pas partie de la culture toxicomane locale mais est, je crois, utilisé en France et l’a été en intraveineuse en Angleterre.

Il y a lieu de mettre en garde les usagers contre les effets graves de l’utilisation du Rohypnol (sensation d’invincibilité, levée des inhibitions, agressivité, passage à l’acte et amnésie rétrograde quasi complète). Encore bravo pour votre journal auquel je me fais un plaisir de m’abonner à partir du n°1. (…)

Bien amicalement

Marc JAMOULLE

Cher Asud,

Tout d’abord merci de m’avoir envoyé ASUD Journal (que j’avais déjà !).

Avec quelques personnes de mon ento – rage, nous voulons monter un ASUD Brest… Ce n’est pas facile d’essayer d’introduire dans le système social actuel de cette ville des toxicomanes qui sont automatiquement considérés comme les lépreux de la société. Surtout si ils ont le malheur d’être atteints par le VIH (Virus Inventé par l’Homme) on les fuit comme la peste.

« Poison pour empoisonner la flèche » est la définition étymologique du mot toxique qui vient du grec toxikon. Le saviez-vous ???

C’est la confrérie des politicards, des argousins et des médecins aidés par leurs potards qui ont bandé l’arc pour pomper de leur corps social et de leur ordre public les toxicomanes, en leur ayant trouvé une infirmité, une morbidité, un mal-être qui les détruit jusque dans la tête.

Je n’aime pas trop écrire de lettre, je préfère la poésie, comme message à faire passer ; tous les jours, tout le temps, comme un dessin au destin. Comme seul dessein, nous voulons faire un ASUD Brest.

Je vous remercie beaucoup d’exister.

Saïdem

A. Z. T.

Attention Zone Touchant
Une certaine catégorie
Une certaine ethnie
D’individus pas clairs.
Il y a ZIDOVUDINE,
mot technique qui m’ennuie,
Car c’est vrai qu’il ne faut pas avoir l’air,
L’air d’y croire qu’un jour on contracté
Sans le vouloir ce virus qui nous met dans la galère.
AZT est ton médicament,
Il est bien et va te soigner.
C’était l’été, on t’a prescrit ce remède de survie,
AZT juste après la misère,
La maladie, un putain de calvaire,
AZT t’es complètement contaminé,
Enivré, cassé…
AZT rustre qui promet un autre verre,
Un autre amour, on t’a trouvé
Pour découvrir une autre maladie,
Avec un zeste de tronci,
Tu fais tourner ta pompe
Tu propages ce mal que tu ignores dans le fond…
Comme un reste de survie tu peux plus rompre,
Fais gaffe aux traces sur les draps et le caleçon.
AZT te préserve,
AZT pour l’été,
Milieu médical et intervention radicale,
Pour ce cor au pied, ce poil sur la main,
Et cette maladie du nez,
Tu vas développer, tu vas attraper,
C’est musical, ça sonne sida à l’oreille,
Nouvelle, comme la peste noire au Moyen-Âge,
Tu vas, nous allons la voir
Décimer des amis à pleines pelles.
AZT est là !
Il te délivrera. AZT est ton médicament,
Il te ment.
AZT et la misère : rien à voir,
AZT rime avec espoir ou cafard.

Saïdem

Témoignage d’un ancien toxicomane

Comme Annie Emaux en exergue de son livre « La Place » (Prix Renaudaut 1984), je citerai cette phrase de Jean Genet :

« Je hasarde une explication : écrire c’est le dernier recours quand on a trahi »

— et donc j’écris —. Je pense avoir trahi moi aussi. Il s’agit de savoir exactement pour quoi, afin, en quelque sorte, de m’exorciser et de vaincre mes démons.

L’abandon de mes études est une explication mais elle ne m’apparaît pas comme essentielle.

Une séparation amoureuse à vingt ans avec celle qui fut la première femme que j’ai réellement aimée, n’explique pas tout. C’est le lot de beaucoup, il faut du temps pour « savoir » aimer, et être adulte en matière d’amour.

Alors quoi ? Je l’ai, je crois, cette réponse mais il me répugne d’en parler. Il s’agit de la DROGUE, qui m’a fait perdre toute dignité naturelle.

À cause d’elle. Dieu ou toute idéologie, qui est un trop grand mot en la matière, toute philosophie ou construction spirituelle, ne se fait pas ou plutôt ne se bâtit que par à coups, mais aussi de façon décalée, parallèle, sans aucun rapport avec la réalité de l’époque.

L’on est persuadé qu’il y a là, au milieu du système, une autre manière de vivre, sans foi ni loi. (Et là, je parle surtout de l’héroïne). Je ne dis pas que nous devons tous vivre comme des robots, que la différence, l’originalité, la liberté ou sa recherche ne sont pas permises, dans une société démocratique. Mais la recherche du bonheur par le biais de la drogue ne conduit pas, justement, à l’indépendance mais plutôt, à l’emprisonnement dans les sens du terme, hélas…

Pour en venir à cette drogue, nommée « douce », je veux parler de l’herbe ou son pollen, le haschisch, je crois qu’il est encore trop tôt pour le légaliser en France, même si de plus en plus de gens de tous milieux l’utilise, plus ou moins régulièrement.

On doit la dépénaliser pour une faible quantité, mais c’est tout, car son grand danger – et on revient à ce qui fut écrit plus tôt – est que si elle est consommée dès l’adolescence, elle désocialise peu à peu, et enfin, présente le danger que son utilisateur passe à une drogue « dure ».

Enfin, la dernière donnée et la plus horrible, je veux parler de cette maladie nommée SIDA, car malgré toutes les protections mises en place par les services publics, comme par exemple, le vente des seringues, la shooteuse reste dangereuse à ce niveau là.

À cause de l’inconscience de certains, l’on devrait brûler tout le pavot de Terre. (je n’oublie pas évidemment, que la maladie peut se contracter par d’autres biais). D’aucuns, mauvaises langues, pourraient affirmer que Dieu nous punit de la libération des mœurs en matière de sexualité et de cette tendance, apparue un peu partout, depuis une trentaine d’année. Je veux parler de la drogue et de l’héroïne en particulier. Ce raisonnement n’est évidemment pas sérieux.

D’autres affirment que des savants de l’ex-URSS ou de tout autre pays, auraient créé ce virus afin d’éliminer ceux qu’ils jugent inutiles ou déstabilisants pour la société. Je n’y crois pas non plus.

Face à tout cela, un seul espoir, la science, et tenir le coup le plus possible. Quelqu’un disait que « le génie c’est de durer ». Nous la vaincrons cette satanée bestiole, je vous le promets.

Restez géniaux…

Un médecin nous écrit…

Messieurs,

À vous lire, et d’autres, il serait regrettable que la méthadone ne soit pas plus accessible aux toxicos ? J’ai cinq ou six anciens toxicos dans ma clientèle qui ont décroché grâce au Palfium ; ils prennent un ou deux Palf/j, et cela leur évite la prise de « benzo », et ils ne se piquent plus (ou presque) ; on a l’impression qu’il y a des intérêts économiques non avoués derrière l’ostracisme qui frappe le Palfium au détriment de la Méthadone ?

Votre opinion m’intéresserait ! Merci.

Dr B…

Réponse ASUD : non, Cher docteur, Asud ne détient aucun intérêt financier au développement des programmes méthadone ! notre seul intérêt est de voir nos amis, et nous-mêmes, mieux vivre, survivre… Oui, la méthadone aide à sauver des vies, et nous estimons qu’il est criminel d’empêcher les usagers de drogues qui le désirent, de pouvoir y accéder ! n’oubliez pas qu’il y a encore un an, seulement 52 places étaient disponibles. C’est non seulement regrettable mais aussi criminel. Oui, nous revendiquons d’avoir le choix de nous sevrer ou de nous substituer à la méthadone ou à autre chose… En ce qui concerne le Palfium, il nous semble que ce produit est extrêmement difficile à gérer : sa durée d’action est très courte et il provoque une très forte tolérance. Nous avons pu le constater au sein même d’Asud ! Sachez que certains d’entre nous en consommaient plus de 100 amp/j… On est loin des 2 cp/j que vous prescrivez à vos 6 « clients ». Êtes-vous bien sûr qu’ils s’en contentent ? Sont-ils seulement encore accros ? 2 cps de palfium ont une durée d’action d’à peine 6 heures, dois-je vous rappeler qu’un journée dure 24h ? Ceci dit, tant mieux pour eux s’ils arrivent à se stabiliser ainsi, et bravo à vous de prendre le risque de ces prescriptions.

PS : en ce qui concerne d’éventuels intérêts financiers, nous devrions alors promouvoir le palfium, la société Synthélabo qui le commercialise ayant soutenu à plusieurs reprises notre action.

Dr Asud

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