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Un pas en avant, vingt ans en arrièreEcrit par Pierre ChappardRares sont les moments de débats nationaux sur la réduction des risques et la politique des drogues. Le mois d'août a été de ceux-là. Et comme d'habitude quand il s'agit de réduction des risques, on est vite sorti du cadre de la santé publique pour virer à la polémique et à l’idéologie. Pourtant, ça avait bien commencé... Suite au rapport de l'Inserm confirmant l'intérêt des Centres d'injection supervisée et à la Déclaration de Vienne demandant aux gouvernements d'adopter une approche de santé publique basée sur des données scientifiques, Roselyne Bachelot annonce en juillet à la Conférence mondiale sur le sida « une concertation, notamment avec les collectivités locales, pour aboutir à des projets concrets de centres de consommation supervisée, pour répondre à des enjeux sanitaires cruciaux ». Mais début août, 14 députés de la droite « réactionnaire » s'opposent violement au projet et le président de la Mildt, Étienne Apaire, se prend pour Platon en affirmant que ces « centres sont discutables sur le plan philosophique ». Des déclarations contradictoires qui font monter la polémique. Contrairement à l'UMP, le PS, le PC, les Verts, le Modem et le Nouveau centre se déclarent favorables à l'expérimentation. Soutenue par Nadine Morano, la secrétaire d'État à la Famille, Roselyne Bachelot en remet une couche dans un discours à Bayonne, et Jean-Claude Gaudin, le maire UMP de Marseille, affirme vouloir expérimenter ces centres dans sa ville. Une division inhabituelle au sein du gouvernement qui amène les services du Premier ministre à déclarer lapidairement que ces « centres ne sont ni utiles ni souhaitables » et que « la priorité, c'est de réduire la consommation, non de l'accompagner ». Cette reprise « stupéfiante » du dossier par Matignon témoigne de sa politisation au détriment de la santé publique. Mais le plus grave, c'est que cette phrase, qui résume la position des opposants, est non seulement une négation de l'expertise scientifique de l'Inserm, mais aussi du travail accompli ces vingt dernières années par les intervenants de terrain. Avec ce type d'arguments, il n’y aurait jamais eu de vente libre des seringues ou de programmes de substitution. Une remise en cause de la notion même d'accompagnement des usagers de drogues, pourtant au cœur de la loi de santé publique 2004. Si toutes les associations de terrain sont montées au créneau, c'est parce qu'à travers le débat sur cet outil que sont les centres de consommation, c'est bien la politique d'accès au soin et de réduction des risques qui est en jeu. Vouloir réduire la consommation comme seule priorité est un dangereux contre-sens pour les usagers, qui fait le lit des épidémies et qui ne prend pas en compte d'autres critères tout aussi importants comme la mortalité, la morbidité, l'accès au soin, la lutte contre l'exclusion... Mais c’est surtout remettre en cause à moyen terme la politique de réduction des risques, qui est un maillon indispensable du continuum des soins ( sevrage, soins residentiels...) et qui, pour être efficace et répondre aux nouveaux besoins, doit être dynamique et expérimenter de nouveaux dispositifs. Ne pas lui donner cette possibilité, c'est l'étouffer, la condamner à être une pièce de musée qu'on expose en récitant les bons vieux résultats de la lutte contre le sida. Le sale coup de Matignon n'aura pas arrêté le débat, et la majorité de la classe politique a finalement pris position en faveur des centres de consommation. Il faudra certainement du temps pour que l'idée fasse complètement son chemin. Encouragés par un sondage IFOP/La lettre de l'opinion, qui montre que 53% des Français seraient favorables à l'ouverture de ces dispositifs, leurs partisans aiguisent leurs armes, en attendant le compte rendu du séminaire organisé pour les élus locaux, le 24 septembre à Paris. |
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