« Vous allez crever avec votre drogue... mais proprement ! »
Ecrit par Bernard Bertrand, créateur du site salledeconsommation.fr. Il nous fait part des messages qu'il a reçu sur son site suite à l'action "une salle de consommation à moindre risque à Paris", organisée le 19 mai dernier par le collectif "Asud, Anitea, ActUp Paris, Gaia, Safe, SOS Hépatites Paris, salledeconsommation.fr"Le 8 juin 2009« Vous allez crever avec votre drogue... mais proprement ! »
Cette phrase édifiante, fut envoyée par un auteur anonyme sur le site http://www.salledeconsommation.fr suite à l’ouverture d’une salle de consommation à moindre risque (SCMR) à Paris lors de la journée mondiale des Hépatites.
Dire d’abord que les SCMR entretiennent la consommation de drogues car c’est bien de cela qu’il s’agit, c’est remettre en cause la politique de Réduction des risques alors que les résultats plus que positifs ne sont plus à démontrer.
Les SCMR font partie intégrante de cette politique, pragmatique qui vise à minimiser les dommages sanitaires et sociaux, alors même que les personnes sont encore dans une phase de consommation. En d’autres termes, il s’agit de maintenir et de préserver l’état de santé et l’intégration sociale des personnes consommatrices.
En France et ailleurs dans le monde, il existe d’autres offres qui s’inscrivent dans ce cadre : on peut mentionner la possibilité de manger gratuitement, de se laver, de dormir pour une somme modique, etc. Ces mesures s’adressent à toute personne – toxico-dépendante ou non – qui se trouve dans une situation de grande précarité. Ces offres font partie des mesures traditionnelles que propose un pays pour venir en aide aux plus démunis et ne sont pas contestées.
La question des SCMR est plus délicate, car elle s’adresse spécifiquement à des consommateurs de drogues et, c’est là que le bât blesse, car soutenir l’ouverture de SCMR demande l’acceptation, dans notre société (comme dans toutes les autres) de l’existence de personnes qui consomment des drogues. Cela demande également d’accepter, dans l’immédiat, notre impuissance à « aider » et à « guérir », ainsi que notre colère devant cette souffrance visible. La répression ne peut, à elle seule, répondre à cette problématique. Alors que faire ?
Nous, professionnels, soutenons qu’il faut être avant tout réaliste pour préserver la santé des consommateurs de drogues et leurs liens avec les dispositifs socio-sanitaires. Cette approche, qui repose sur le postulat que l’on ne peut contraindre une personne à entreprendre une sortie de dépendance, implique qu’il faut accepter les toxicomanes et les aider lorsqu’ils le demandent. Dès lors, pourquoi leur refuser des conditions décentes de consommation ?
Ensuite, il est curieux n’est-ce pas, comme chacun d’entre nous a un avis, en général bien tranché et assez simpliste, sur ce qu’il convient de faire ou pas faire pour les toxicomanes ?
La question des SCMR commence à susciter beaucoup de fantasme de ceux qui font de la guerre à la drogue, une guerre aux drogués.
Notre position individuelle ou collective sur la question des dépendances ne doit pas être liée à notre position vis-à-vis des personnes toxico-dépendantes. La question n’est pas tant d’être « pour ou contre les drogues » - sur cette question nous sommes majoritairement tous d’accord – mais plutôt de nous interroger sur notre capacité à tolérer des toxicomanes dans notre société. Cette position est certes plus délicate et mérite d’être débattue, mais elle permet d’être contre la consommation de drogues sans pour autant être contre les toxicomanes.
Il faut s’y faire, même si l’on souhaite l’abstinence et la réinsertion pour tous les consommateurs de drogues, ceci ne se fait pas en un « claquement de doigts » et cette démarche prend du temps. Pendant ce temps, autant que les pratiques de consommation soient le moins dommageables possible. Alors OUI aux salles de consommation à moindre risque, à comprendre comme une mesure intelligence, pragmatique, un outil supplémentaire à apporter dans le dispositif français pour les toxico-dépendants qui vise à permettre aux plus vulnérables d’accéder à des structures d’aide, d’accompagnement et de soins.
Encore un peu et l’auteur anonyme en question va m’accuser de faire de la psychologie de bas étage, mais si la réponse aux problèmes que pose la toxicomanie était simple, cela se saurait depuis longtemps !
Rappel :
Les Salle de Consommation de drogues à Moindre Risque (SCMR) permettent de :
1) Réduire les problèmes de Santé pouvant découler de la consommation de drogues :
- Limiter l'incidence de la transmission des Hépatites virales (VHB et VHC), du VIH et autres virus transmissibles par le sang ;
- Réduire le développement d’abcès, d’endocardites et d’autres problèmes de santé pouvant résulter de la consommation de drogues lorsque celle-ci se déroule dans un cadre non-hygiénique (Cage d'escalier ; Entrée d'immeuble ; Shooting galleries ; Pîqueries ; Squats ; Toilettes publiques ; Square…).
2)Réduire les nuisances associées à l’usage de drogues dans les lieux publics et semi-publics :
- Réduction de la visibilité de l’usage ;
- Réduction de la criminalité ;
- Réduction du nombre de seringues usagées laissées à la traîne dans l’environnement (Réduction de l’incidence de la transmission de maladies virales et les accidents par piqûre accidentelle).
3)Améliorer l’accès aux services socio-sanitaires et thérapeutiques chez les consommateurs de drogues les plus marginalisés :
- Il s’agit d’améliorer l’accès aux soins et de toucher les consommateurs qui n'utilisent pas les services socio-sanitaires et/ou thérapeutiques.
4)Promouvoir l'éducation aux risques liés à l'usage de drogues :
- Les SCMR permettent une éducation et information sur les pratiques de consommation à moindre risque directement au moment de l’acte. Cette éducation et cette information sont adaptées aux risques observés contrairement aux programmes d'échange de seringues qui envoient un message sibyllin : « Nous savons que certaines personnes consomment des drogues et afin de diminuer les risques sanitaires, nous leur donnons des seringues et autres matériels stériles, mais en revanche, nous ne voulons pas les voir consommer devant nous et encore moins dans nos structures ».
Réduire les coûts des services de Santé liés à la consommation de drogues :
- Le rapport coût-efficacité avantageux de l’instauration de SCMR doit inciter les décideurs politiques à l’action :
Outre la perte tragique et coûteuse de vies humaines, certains méfaits peuvent être évités ou atténués et entraîner des gains sur le plan économique en soins de la Santé (traitement pour maladies chroniques, services d'urgence…) à l’instar de la mise en place des programmes d’échange de seringues pour limiter la propagation du VIH.
Les coûts d’application de lois répressives de lutte contre la délinquance et de la toxicomanie peuvent également diminuer : ces ressources pourraient alors être consacrées à la prévention, au traitement et aux soins de Santé.
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