L’intégration de « travailleurs-pairs » ou « médiateurs de santé pairs » ou de encore « pairs-experts » sur le marché de l’accompagnement et de la formation se développe  mais reste encore très embryonnaire  dans les structures de soins en  addictologie. Quel regard porter sur ce phénomène : « usagers-alibi » ou véritable révolution conceptuelle ?

Le sujet encore assez nouveau  du travail des pairs en addictologie produit des remous dans certaines équipes pluridisciplinaires . Il serait légitime de se demander s’il s’agit d’une véritable volonté de reconnaissance de leurs savoirs expérientiels ou la manifestation d’une certaine démagogie qui ferait d’eux des « usagers-alibi ». Depuis quelques années les travaux qui font référence aux « savoirs expérientiels » des usagers et ex-usagers se multiplient et se formalisent, cela dans l’hypothèse de changer le regard et les pratiques professionnelles sur la prise en charge des addictions. Diverses associations, et notamment la Fédération Addiction, principal regroupement de salariés du secteur, se sont emparées du sujet et sont devenues les  interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics en matière d’intégration de ces nouveaux acteurs du champs sanitaire et social. 

Drogué un jour drogué toujours 

Dans le contexte actuel de socialisation et de banalisation de l’usage des drogues, la politique de réduction des risques propose un  éventail  de conduites allant de la consommation contrôlée jusqu’au sevrage et à l’abstinence . Qui d’autres que les personnes concernées,  représentées par Asud, peuvent constituer une avant-garde de citoyens éclairés susceptibles de porterce changement de paradigme ? Celui-ci implique nécessairement d’intégrer des « pairs » dans les accompagnements des usagers de drogue et pour cela de lever les tabous, sortir des poncifs comme   « Drogué un jour, drogué toujours », « les ex-usagers sont des personnes fragiles », « ils n’ont pas régler tous leurs problèmes ». Par ailleurs, si les équipes veulent se donner les moyens de bénéficier de toutes leurs compétences, les pairs-aidants doivent être reconnus comme des professionnels à part entière, des  « professionnels -pairs ». Pour toutes ces raisons ASUD envisage d’intégrer ce sujet primordial  à son projet associatif sans pour autant délaisser les autres, le corps médical ne pouvant  demeurer le seul arbitre du débat. 

Assemblée générale ordinaire

Nous savons qu’il est compliqué de se revendiquer usager de drogues ou même ex-usager quand on est intervenant professionnel ou bénévole du champ des addictions. Cela est dû essentiellement au statut illégal des drogues, à la pénalisation et aux clichés sur les usages et donc, sur les usagers. Néanmoins, il devrait être normal de nous annoncer usagers ou ex- usagers de drogues aujourd’hui, sans risquer d’être jugés, pour diffuser des messages de protection, pour la reconnaissance de nos savoirs expérientiels et pour être enfin inclus comme des acteurs à part entière de l’addictologie. Asud organise son Assemblée générale le 28  Septembre 2020 à Paris. Cet évènement constitutif de la vie associative sera précédé d’un débat sur la reconnaissance des savoirs expérientiels propres aux addictions aux drogues, réunissant principalement des acteurs du secteur, professionnels ou militants, usagers ou ex-usagers de drogues, et addictologues portant un intérêt particulier à ce sujet. 

Sybille Liegeois et Bruno Didier

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  • Savoirs expérienciels, quelle place pour le travail des «pairs» en addictologie ?

Comments (10)

  • Le meilleur retour d d’expérience ne peut-être effectuer que par celui qui l a vécu.
    Appelez le comme vous le voulez..patient expert….ex-pairs me paraît plus adapté.
    La personne guerrie est la seule Personne à pouvoir expliquer,exprimer et traduire cette traversée démoniaque.
    Le soignant en addictologie est un interprète.La personne ex-pair est bilingue.Une différence énorme dans la prise en charge.
    Alors si cette personne ex-pair et infirmière formée à l’éducation thérapeutique,ce ne peut-être qu’une valeur ajoutée à la prise en charge des patients souffrants de maladies addictives.
    Alors le message est lancé,telle une bouteille à la mer………..J’étudierai toute proposition

  •  »Rétabli » j’ai commencé par accompagner des personnes dans des groupes de paroles de leurs choix pour leur  »première fois » car ce qui l’ont fait savent que cette démarche n’est pas simple. Ce fut sans le savoir ma première démarche de  »pair » : je crois que l’on peut être pair chacun à notre manière en s’appliquant. NB. Depuis j’ai fait des études sup. en addicto, écrit un livre, fait des média (pour une autre forme d’addiction : le numérique (jeu, réseaux, etc.)), créé les Digital détox day 8 relayés par la Fédération Addiction (en parlant de conduites chroniques ou addictives moins  »tabous » on ouvre des portes vers celles plus difficiles à entendre : là c’est peut-être une autre manière d’être pair ». J’y crois encore plus s’il y a le regard bienveillant d’asso. reconnues tel ASUD (pour éviter les dérives) aux  »pairs »Belle journée. Thierry

  • Ex usagère ,j’ai passé mon diplôme d’éducatrice spécialisée pour avoir une fiche de poste ,j’ai enchaîné sur une formation de sexothérapeute certifiée.J’ai actuellement des consultations cyber addiction porno mais mes patients se composent principalement de chemsexers ,étant donné que j’ai consommé des amphétamines à un moment de ma vie ,je connais les effets secondaires des produits concernés
    J’en discute avec les usagers qui souhaitent arrêter ou gérer leur consommation qui est liée à leurs pratiques sexuelles .Tous les mardis soirs ,j’interviens
    au Spot (Aides) Centre de Santé Sexuelle ,communautaire gay ,51 Bd Beaumarchais depuis deux ans.J’ai établi un lien de confiance et de bienveillance par mon statut d’ex usagère et de sexothérapeute .J’ai arrêté tous les produits depuis 1992 hormis quelques cérémonies d’ayahuesca avec un chamane shipibo .Je suis alors dans l’obligation d’aller en Belgique puisque c’est une plante interdite en France.Voilà pour mon témoignage
    Toute mon amitié à Fabrice et Kiki Picasso
    MM

  • Bonjour,
    Je suis pair-aidant en addictologie, je suis concerné par cet article, que je trouve bien écrit.
    Est-il possible de participer à l’assemblée générale d’ASUD du 28/09/2020?

  • Haaa enfin asud valorise la pair aidance
    Voilà depuis 2004 je suis sur le terrain en ayant créer un groupe d’auto support au sein d’un CSAPA et depuis 4 ans gère un jardin de 800m2
    Prévention dans les écoles
    Depuis 5 ans je suis le président du csapa colmar – caarud Mulhouse
    J’ai été embauché au chez soi d’abord
    Création du groupe pair aidant Alsace et alentours (Gp3a) qui ce prépare à créer ça propre association ( santé mentale, addiction et grande précarité)
    Des interventions, formation sur la pair aidance
    Voilà une petite partie de ce que peut faire un usagers en rétablissement
    Mais bon Fabrice, ASUD … me connais un PEU a l’époque il pensait que je venais des NA , pffff rien à voir lol
    Ensemble on ira plus loin

  • Pierre Faignoy, vice président de l’ASBL En Route qui a pour mission, entre autre, de promouvoir la pair aidance. Ancien consommateur rétabli depuis 11 ans avec une vie professionnelle active, je souhaiterais, éventuellement être présent dans votre réflexion. Merci

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