DROGUES ET RÉSISTANCES DES POPULATIONS AMERINDIENNES

écrit par ASUD, le 13-06-2019

Séminaire Drogues, Politiques et contre-cultures du jeudi 13 juin 2019

Lieu = EHESS, Amphitéâtre F. Furet, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Horaires = 17h-20h / gratuit et sans inscription

Carmen Salazar-Soler anthropologue, Directrice de Recherche au CNRS: « Coca et travail dans les entrailles de la terre : les mineurs du Pérou au XXème siècle »

Alessandro Stella historien, Directeur de Recherche au CNRS: « La prohibition du peyotl par l’Inquisition de Mexico : un conflit entre mondes magiques »

Mike Jay chercheur associé au Center for Health Humanities de l’University College London : « A religion of our own: the adoption of peyote by the Plains tribes of the USA »

Comme on sait, la colonisation européenne des Amériques s’est faite par l’épée, le sang, la traîtrise, la peur. Elle s’est faite aussi par l’extermination « naturelle » causée par les maladies importées d’Europe. Mais elle n’aurait pas pu s’accomplir sans la colonisation de l’imaginaire. Comment autrement quelques milliers d’européens auraient pu gagner contre des millions d’Amérindiens ? Pourtant, la colonisation a dû faire face à bien de résistances, sous toutes ses formes, armée, administrative, idéologique. Dans cette confrontation, les drogues utilisées par les populations amérindiennes, transmises aux Noirs, aux Métis, aux sang-mêlé, ont joué un rôle non négligeable. Les colonisateurs ont bien essayé d’interdire la consommation du peyotl, de la coca et d’autres herbes magiques utilisées depuis longtemps par les populations amérindiennes, mais sans aucun succès. Malgré les interdits, malgré la répression, les Amérindiens et les populations métissées ont continué à consommer ces plantes qu’elles pensaient un don des dieux.

Carmen Salazar-Soler : « Coca et travail dans les entrailles de la terre : les mineurs du Pérou au XXème siècle »

À partir de l’analyse des données recueillies dans les mines de Huancavelica, sierra centrale du Pérou, cette communication se propose de réfléchir sur les différents sens que revêt la consommation de feuilles de coca dans le contexte du travail minier. Tous les matins les mineurs fument des cigarettes au soleil et préparent ensemble leur pichou : une boule de feuilles de coca enroulées autour d’un morceau de chaux, que l’on garde au creux de la bouche. C’est un moment essentiel de leur vie quotidienne, pendant lequel ils discutent de leurs problèmes, organisent leur journée de travail, se réchauffent avant de plonger dans les entrailles de la terre. Les mineurs affirment que la coca les prépare mentalement pour le travail, qu’elle les met en forme et qu’elle les encourage. Elle facilite aussi la communication avec l’esprit gardien de la mine, et son goût permet de prédire le déroulement de la journée de travail. Souvent consommées avec l’alcool, les feuilles de coca facilitent le passage entre le monde des hommes et le monde souterrain. Divers rituels qui incluent de l’eau-de-vie, de la coca et du sang animal permettent aux mineurs de domestiquer les dangers du monde de ténèbres.

Carmen Salazar-Soler est anthropologue, Directrice de Recherche au CNRS. Elle est l’auteure d’Anthropologie des Mineurs des Andes. Dans les entrailles de la Terre (Paris, L’Harmattan, 2002) et de Supay Muqui, dios del socavón. Vida y mentalidades mineras (Lima, Fondo Editorial del Congreso de la República, 2006). Elle est co-auteure avec F. Langue du Diccionario de términos mineros para América española (siglos XVI-XIX) (Paris, ERC, 1993). Elle est éditrice en collaboration avec V. Robin du El regreso de lo indígena. Retos, problemas y perspectivas, (Lima, IFEA/CBC/Coopération Régionale avec les Pays Andins- Ambassade de France au Pérou, 2009). Ses recherches actuelles portent sur l’étude des conflits miniers socio-environnementaux et sur les processus des catégorisations sociales au Pérou.

Alessandro Stella : « « La prohibition du peyotl par l’Inquisition de Mexico : un conflit entre mondes magiques »

« La plante qui fait les yeux émerveillés » (A. Rouhier, thèse de 1927) mais aussi stimulant coupe-faim, le peyotl a été interdit par l’Inquisition de Mexico en 1620, car sa consommation rituelle constituait une forme de mysticisme concurrent à celui de l’Eglise catholique. L’on découvre ainsi qu’à l’origine des politiques prohibitionnistes se trouvent non pas des préoccupations de santé, mais une condamnation religieuse et morale, et en définitive un rapport de pouvoir, l’exercice d’une domination politique et culturelle. Comme souvent, les populations amérindiennes ont répondu « sí, señor », et ont continué leurs pratiques, rituels et consommations, parfois avec des subtiles dissimulations.

Alessandro Stella, historien, Directeur de Recherche au CNRS. Après avoir travaillé sur les révoltes sociales, l’esclavage, le métissage, le genre, ses études récentes portent sur la problématique des « drogues ». Ouvrages sous presse : L’herbe du diable ou la chair des dieux ? La prohibition du peyotl par l’Inquisition de Mexico, Paris, éditions Divergences, automne 2019 ; avec Anne Coppel (dir.), Vivre avec les drogues / Living with drugs, London, ISTE, automne 2019 (éditions en français et en anglais).

Mike Jay chercheur associé au Center for Health Humanities de l’University College London: “A religion of our own: the adoption of peyote by the Plains tribes of the USA’”

The Native American peyote ceremony emerged and spread rapidly among the tribes during the era of forced captivity on the reservations. It drew on the forms of Protestant worship mandated by the dominant culture while also creating a distinctively Indian world beyond its reach. Its advocates, both Indian tribal leaders and western ethnologists, presented it as a companion rather than a rival to Christianity and stressed its medical and spiritual benefits. It became a focus for resistance to the US federal policy of assimilation and constituted itself as the Native American Church for its legal protection. During recent years it has expanded rapidly, and now claims over 250,000 members.

Mike Jay is an author who has written widely on the history of science and medicine, and in particular on psychoactive drugs. His books include High Society: mind-altering drugs in history and culture (2011) and the recent Mescaline: a global history of the first psychedelic (2019). He lives in London and is a research affiliate at the Centre for Health Humanities at University College London. His website is mikejay.net.

Organisateurs

Vincent Benso, membre de Techno +
Béchir Bouderlaba, juriste, Directeur Exécutif de NORML France
Mariana Broglia de Moura, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Christian Chapiron (Kiki Picasso), artiste
Renaud Colson, juriste, MC à l’Université de Nantes
Anne Coppel, sociologue, présidente honoraire d’ASUD
Bertrand Lebeau Leibovici, médecin addictologue
Julia Monge, anthropologue, doctorante à l’EHESS
Fabrice Olivet, directeur de l’Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
Alessandro Stella, historien, directeur de recherche au CNRS


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2 Commentaires

  1. ottavy pascal

    Bonjour,
    Je suis intéressé, infirmier bientôt en Guyane en addictologie. L’approche anthropologique des drogues n’est pas courante pour l’amerique du SUD.
    Est ce que l ‘intervention sera filmée ?
    Pour ceux qui ne peuvent se déplacer…
    merci

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  2. MOKKA

    Merci à Mike Jay pour son intervention – c’était génial!!!

    Répondre