LE DISPOSITIF GLOBAL D’ANALYSE DES DROGUES DÉFENDU PAR MÉDECINS DU MONDE

écrit par ASUD, le 23-10-2016 Thème : Analyse.

La qualité des produits consommés est une préoccupation fréquente des usagers de drogues qui s’inscrit dans une démarche de connaissance des substances et de leurs effets en vue de limiter les risques associés. Les informations détenues par les usagers sont souvent véhiculées par les pairs ou issues d’une expérience personnelle, parfois de l’ordre de la croyance, et ce, sans fondement objectif.

Partant de ce savoir expérientiel et individualisé, les associations communautaires ou d’autosupport en font un savoir collectif éprouvé.

En proposant aux usagers d’analyser leurs produits depuis 2009, les programmes de Médecins du monde (MdM) écoutent ces savoirs collectifs ou individuels et les confrontent aux informations médicales et scientifiques pour réduire les risques, en fonction des interrogations de chacun.

Dans la perspective de transfert de ses programmes, la mission XBT de MdM accompagne les structures spécialisées (Csapa, Caarud, associations d’intervention en milieu festif) pour intégrer ces techniques à leurs pratiques et proposer un dispositif global d’analyse de drogues aux usagers. Ce dispositif comprend plusieurs techniques complémentaires, du qualitatif rapide (1h pour un résultat par CCM) au quantitatif plus long (quelques semaines pour les laboratoires du dispositif Sintes de l’Ofdt).

carte-analysesProposer d’analyser le contenu des produits permet de répondre à la demande des personnes, de les reconnaître en tant qu’usagers experts de leurs savoirs, et de réduire les risques avec eux.

Analyser le contenu des drogues apportées par les usagers peut aussi permettre de s’inscrire dans le dispositif de diffusion des alertes sanitaires, de suivre les évolutions du marché parallèle en temps réel, les pratiques des usagers, et de faire évoluer au mieux les stratégies de prévention et de réduction des risques.

En faisant analyser leurs drogues, les usagers participent ainsi aussi à la formation continue des équipes proposant cet outil !

Le réseau MdM compte aujourd’hui treize partenaires conventionnés sur l’ensemble de la métropole et un transfert définitif est prévu d’ici deux ans.

 

Interview croisée

> Laure, 27 ans, étudiante interne en pharmacie.
> Antonin, 19 ans, étudiant en DUT Informatique, adepte de free party et consommateur de produits psychoactifs.

Comment en es-tu venu à être bénévole sur le dispositif d’analyse de drogues de Médecins du monde ?

Laure : De retour de mission humanitaire, j’ai eu envie de continuer en France, j’ai alors consulté le site de plusieurs ONG et je suis tombée sur la description de la mission Squat et du dispositif CCM. Ce qui m’a particulièrement intéressée était de pouvoir apporter une valeur ajoutée en tant que pharmacien.

Antonin : J’ai connu l’existence de ce dispositif sur le forum psychonaut.com, dans une période de consommation hebdomadaire. Je venais donc régulièrement faire analyser des prods. Quand ma consommation a diminué, j’ai continué à venir car les bénévoles étaient accueillants et les échanges intéressants, et j’étais très intéressé par la drogue et la RdR que je venais de découvrir grâce aux forums. Ils m’ont proposé de faire partie de l’équipe et j’ai tout de suite accepté.

Que fais-tu concrètement ?

Laure : J’analyse les produits, je rends des résultats aux partenaires, saisis des données pour la mission Squat pour la partie « technique », et je fais aussi des entretiens de collecte et de résultats avec les personnes qui viennent directement à la permanence du mardi soir.
Antonin : J’accueille les personnes qui viennent aux permanences. Je participe aux entretiens de collecte et de résultats, je prépare aussi les kits de collecte, et je fais de la saisie de données.
Vous avez chacun des savoirs et savoir-faire différents, du fait de vos études, de vos parcours, de vos centres d’intérêts, qu’est-ce que cela vous apporte en tant qu’intervenant ?

Laure : Dans les entretiens, être en binôme avec Antonin me permet de créer un lien avec les personnes, lien que je n’arriverais pas à créer avec mon statut de professionnelle de santé. Être avec Antonin me permet également d’apprendre sur les produits, les modes de consommation et le vocabulaire utilisé par les consommateurs. Cela renforce aussi mon positionnement, avoir davantage un discours RdR, sans jugement.

Antonin : Cela m’apporte un autre regard sur le sujet des drogues, une approche scientifique et pharmacologique. Cela me permet aussi d’apprendre les termes « scientifiques ». Travailler avec Laure m’apporte un regard plus objectif dans mes discussions avec les consommateurs, un côté plus RdR, je dirais. La plus-value évidente, c’est qu’elle complète et renforce les points que je pourrais négliger lors des entretiens.

Et pour les personnes qui viennent vous voir ?

Laure : Une personne qui consomme se reconnaît parfois plus et communique plus facilement avec une personne qui a un vécu en commun, le même type d’expérience, elle se sent mieux comprise. Je complète néanmoins et guide parfois un peu en ramenant du discours de RdR, qui échappe quand les anecdotes fusent… cette complémentarité amène un équilibre. Le binôme professionnel de santé/consommateur est nécessaire !

Antonin : Je dirais que la validation scientifique solidifie le discours, les utilisateurs de l’outil CCM savent qu’ils ne sont pas n’importe où, que c’est « contrôlé ». Le savoir empirique et le savoir théorique sont extrêmement complémentaires et la réponse apportée est la moins évasive possible. Cela démontre aussi qu’en étant « simple » consommateur on peut être utile dans les structures de RdR.

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