L’analyse de produits en Europe

Émilie Coutret est chimiste diplômée. Personne n’est parfait.
Pour se rattraper, elle a mis ses compétences au service de la santé communautaire au sein de l’association Techno+ en développant un dispositif d’analyse de drogues. Et pour être définitivement du côté des « good guys », elle offre pour Asud-Journal un tour d’horizon des outils similaires existant en Europe.

Si l’analyse de produits revient actuellement sur le devant de la scène en France, cela fait près de vingt ans qu’elle s’est développée en tant qu’élément essentiel des politiques de santé publique en Europe. En Suisse, en Autriche, en Hollande, mais aussi au pays de Galles ou en Espagne, les services d’analyses sont considérés comme des outils indispensables face à une composition des produits plus fluctuante et imprévisible que jamais, entraînant des incidents qui pourraient être évités avec une meilleure information sur leur contenu. Ces dispositifs ambitieux peuvent donc servir de modèles ou au moins d’exemples pour réfléchir à ce que pourrait devenir l’analyse de drogues en France.

 

ANGLETERRE : D’UN PROJET HOSPITALIER À UN SERVICE RÉGIONAL

Le projet Wedinos (Welsh Emerging Drugs and Identification of Novel Substances) a été créé en 2009 par l’hôpital de Gwent, confronté à une augmentation des admissions de patients ayant consommé des produits inconnus. En partenariat avec le laboratoire de toxicologie, l’équipe a commencé à analyser les échantillons fournis par les patients. Ce système, au départ informel, a été étendu en 2013 à tout le pays de Galles grâce au soutien du gouvernement local. La collecte des échantillons se fait uniquement par voie postale. Des kits de prélèvement sont disponibles dans une centaine de lieux. Les consommateurs peuvent ainsi effectuer seuls leur prélèvement et générer la référence de leur échantillon via le site de Wedinos, qui publie les résultats après analyse.

L’intérêt principal de ce projet est qu’il permet, grâce aux envois postaux, un accès facilité à tous les consommateurs. Si le fait qu’il n’y ait pas de contact physique entre professionnels de santé et consommateur garantit une confidentialité souvent privilégiée par les consommateurs, cela rend la personnalisation des conseils de prévention/RdR plus limitée, notamment au moment du rendu des résultats.

 

PAYS-BAS : UN RÉSEAU NATIONAL

L’usage de drogues étant considéré aux Pays-Bas comme une question de santé publique, c’est le ministère de la Santé qui, dès les années 1990, a rendu accessible l’analyse de produits pour les consommateurs dans le cadre du dispositif national de monitoring DIMS (Drug Information and Monitoring System). Ce dispositif s’appuie sur un réseau national d’organismes de prévention qui accueillent les consommateurs anonymement et collectent les produits. Après avoir relevé leurs caractéristiques physiques (dimension, poids, couleur, logo…), les échantillons sont analysés en laboratoire. Les résultats sont ensuite centralisés sur une base de données nationale et transmis :

  • au ministère de la Santé, qui peut adapter sa politique de santé publique et mettre en place des réponses rapides en cas d’alerte sanitaire via une équipe dédiée : la « Red Alert Team » ;
  • à la police, qui a ainsi une meilleure connaissance des marchés et peut améliorer ses actions de surveillance ;
  • aux organismes de prévention, qui assurent le rendu des résultats par téléphone la semaine suivant la collecte.

Plus de 100 000 échantillons ont pu être analysés depuis le lancement du dispositif, en 1992.

 

AUTRICHE : UNE INSTITUTION POUR LES FÊTARDS VIENNOIS

En 1997, le programme Check IT ! a été fondé sur la base d’un partenariat entre la ville de Vienne, la Verein Wiener Sozialprojekte (association de prévention), et l’unité de toxicologie du CHU de Vienne. Il s’appuie sur une démarche communautaire pour diffuser de l’information objective sur les produits, leurs effets et des outils de RdR aux consommateurs. Outre cette une approche préventive, Check IT ! s’est développé comme un projet scientifique pilote, ce qui lui a permis de gagner à la fois la reconnaissance des consommateurs de substances illicites et celle des autorités.

C’est aujourd’hui, avec la Suisse, un des projets les plus complets d’Europe puisqu’il rend accessible pour les consommateurs des analyses quantitatives en ville, via la collecte d’échantillon à leur local, mais aussi en milieu festif. Les produits collectés au local sont analysés en laboratoire, et le résultat (rendu quelques jours après) est affiché en vitrine avec la référence de l’échantillon. En milieu festif, les résultats sont disponibles 15 à 40 minutes après la collecte par affichage des références. Un code couleur permet de distinguer les produits non-conformes et/ou présentant un risque sanitaire accru. Tous les résultats sont également accessibles sur Internet avec photo et logo (pour les ecstasies), et des alertes sont publiées régulièrement.

Le projet dispose d’un lieu d’accueil spacieux et fonctionnel (la Homebase), d’une unité mobile équipée de deux systèmes de HPLC-MS (technique quantitative précise), et d’une équipe de 9 salariés et 20 vacataires. Véritable institution viennoise, Check IT ! réalise chaque année plus de 1 000 analyses et 5 000 entretiens.

 

SUISSE : DEUX PROJETS ET UNE COORDINATION NATIONALE

En Suisse, l’analyse de substances illégales a été validée politiquement comme outil de RdR en 1997. Deux unités mobiles d’analyse de produits par HPLC-MS se sont rapidement développées : en 1998 à Bern (PilotE, aujourd’hui Rave it Safe), et en 2001 à Zürich (Saferparty géré par Streetwork Zürich).

En 2006, le premier centre d’information sur les drogues a vu le jour à Zürich (à Bern en 2014), venant compléter l’offre en donnant accès à un service d’analyse en ville, ciblant ainsi une population plus large. Des permanences ont lieu une fois par semaine pour la collecte des échantillons et les analyses se font via un laboratoire partenaire. Les résultats (quantitatifs) sont disponibles après quelques jours par mail ou par téléphone. Ces offres proposent également des consultations et du counselling.

Ces deux unités mobiles d’analyse se coordonnent avec les projets de prévention et de RdR en milieu festif des autres villes afin de rendre le service accessible sur tout le territoire suisse. Les consommateurs obtiennent leurs résultats en 20 min seulement. Les alertes sanitaires sont affichées en direct sur les lieux de l’intervention et sur Internet, accompagnées d’informations sur les substances et les produits de coupe. Ces dispositifs alimentent également le dispositif de veille et d’alerte au niveau national.

 

UN ENJEU MAJEUR DE SANTÉ PUBLIQUE

Depuis 2007, la plupart des projets décrits précédemment travaillent ensemble au sein du groupe TEDI (Trans European Drug Information), financé de 2011 à 2013 par la Commission européenne dans le cadre du projet Newip. Ce partenariat a permis l’élaboration de plusieurs outils méthodologiques et de standards de bonnes pratiques, visant à soutenir l’émergence de nouveaux projets et à valider et harmoniser les pratiques des différents acteurs.

Les expériences européennes nous enseignent aussi que pour être réellement efficace, un système d’analyse doit s’appuyer sur la collaboration entre institutions nationales mais aussi locales (villes), laboratoires et acteurs spécialisés qui travaillent auprès des consommateurs.

Autant de pistes et de documents qui pourraient être mobilisés par la France pour combler son retard dans ce domaine.

 

PETIT LEXIQUE DE L’ANALYSE asud_59_analyse

COMPOSANTS :

ce sont les différentes substances présentes dans un échantillon. Généralement, on distingue les produits inertes ou excipients (qui n’ont pas d’effet psychoactif, comme les sucres) et les produits de coupe actifs (comme la caféine, le paracétamol, etc.). Notons que la plupart des techniques – y compris séparatives – ne permettent de distinguer que les produits de coupe actifs.

SÉPARATIF :

une technique est dite « séparative » lorsqu’elle distingue les différents composants de l’échantillon analysé, y compris si elle ne permet pas d’en établir la nature. Avec une technique séparative, un échantillon contenant par exemple une nouvelle substance qui n’aurait encore jamais été analysée (et qui ne pourrait donc pas être identifiée) donnerait un résultat établissant la présence d’un composant inconnu dans l’échantillon.

A contrario, une technique non-séparative peut passer à côté de certains composants d’un échantillon.

DOSAGE :

doser un échantillon, c’est lui faire subir une analyse quantitative. Le dosage, c’est le résultat d’une telle analyse.

QUANTITATIF :

une technique quantitative permet de doser les composants d’un échantillon, c’est-à-dire de déterminer la quantité de chaque composant dans l’échantillon. Les résultats s’expriment alors sous forme de pourcentages.

PRÉSOMPTIF :

une technique est dite «présomptive » si elle comporte une marge d’erreur relativement importante.

QUALITATIF :

une analyse qualitative permet seulement de lister des composants présents dans un échantillon, sans précisions quantitatives.

 

Sources

  1. Factsheet on Drug Checking in Europe, TEDI Workgroup, 2011. https://www.ecstasydata.org/text/2011/2011_tedi_factsheet_on_drug_checking_in_europe.pdf
  2. http://www.wedinos.org/
  3. http://www.checkyourdrugs.at/
  4. http://saferparty.ch/
  5. http://www.safernightlife.org/
  6. Drug Checking Consultation and Counselling Guidelines, TEDI Workgroup, 2012.
  7. Drug checking service good practice standards, Newip Standards, 2013.

Analyse

Commentaire

  • Bonjour
    J’ai une insuffisance corticotrope due aux opiacés et je suis tombé bien malade depuis 2ans à cause traitement de subutex.Peu à peu j’ai dû reprendre un opiacé sniffé car c’est la seule voie de consommation supportée sinon quasiment tout le temps couché.Je revis un enfer avec perte d’une très grosse somme depuis 11mois mais je voulais en finir si je continuais à être malade couché.Javais stoppé depuis 1996 et me revoilà sous heroine.Je viens de trouver de la blanche bizarre et j’aurais aimé qu’un pro l’analyse.Je suis en 1ere place sur Google !!! Cordialement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Inscrivez-vous à notre newsletter


© 2020 A.S.U.D. Tous droits réservés.