Les Bolchéviks Anonymes – Les Débuts 2006-2013

écrit par Jejor, le 03-10-2014 Thème : Musique.

Non, ce n’est pas un groupe de parole pour léninistes addicts basé sur un programme en 12 étapes. Cette galette numérique est le fruit de l’atelier musique d’EGO (Espoir Goutte-d’Or). Certes, ce n’est pas la limpidité sonore du dernier Daft Punk, ni la profusion de singles de Pharrell, mais ce n’est pas le but.

Ce onze titres est avant tout l’accomplissement des acteurs qui s’y sont impliqués et de l’initiative d’EGO. Et l’on y retrouve de tout. De l’hommage à la chanson française avec des clins d’oeil à Dutronc, Piaf et Gainsbourg. Des influences allant des Doors à Kravitz, en passant par FFF et Keny Arkana. Musicalement, on trouve un mix de guitares wah-wah et folks, de kazoo, de nappes électros et de beats de TR-808. Chacun peut y trouver son compte. Et c’est sûrement l’attrait majeur de ce disque.

Les textes sont poétiques, touchants, engagés, parfois drôles et pleins de second degré, mais sans aucun pathos ni misérabilisme. Ils sont l’expression de ceux qui vivent l’usage de drogues dans ce qu’il a parfois de plus précarisant et ils le traduisent sous forme brute, instantanée, parfois brouillonne et inachevée, mais sincère.

Cet album a une valeur de témoignage. C’est la voix des sans-voix. Ils ont la parole et, pour une fois, on leur laisse le micro. Ce qu’il en ressort n’est pas de l’apitoiement, de la colère ou de la revendication, mais de l’intime. Ce qu’un consommateur s’interdit d’exprimer telle- ment il est pris par ce sentiment de n’avoir aucun droit. C’est le regard qu’il porte sur lui-même à travers la perception que la société a de lui qui transpire ici. On y ressent le rejet et l’incompréhension de notre société. Si c’était un film, ce serait Un UD dans la ville. Et tout ça s’exprime dans la bonne humeur. Ce disque est le reflet de son quartier, la Goutte d’Or. On y ressent ce brassage culturel, ses coups durs mixés de solidarité, sa richesse dans sa pauvreté. Et cet amour de Paris, pour ce que cette ville a de meilleur comme de pire.

Ce disque n’aura pas les faveurs des Inrocks et ce n’est pas le but. Mais il a le mérite d’exister. Tout d’abord, pour ceux qui l’ont fait. Ils peuvent s’en féliciter car peu de projets de ce type se concrétisent par un CD. Et puis il peut servir à inciter d’autres structures à s’investir dans des projets similaires et à créer des envies chez d’autres usagers. Belle initiative qui n’a pas dû être un long fleuve tranquille à concrétiser.

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