Rock Hero : Jim Morrison

écrit par Marc Dufaud, le 01-08-2012 Thème : Musique, Rock Hero.

Chaman ? Grand sorcier ? Poète ? Ou rocker… ? Chaman, c’est risible. Grand sorcier, consternant. Poète, si on veut… Alors quoi ?… Rocker ? Peut-être bien, après tout !

C‘est sur le campus de l’UCLA où il suit des études de cinéma que Jim rencontre Ray Manzarek, Robby Krieger et John Desmore, tous trois issus comme lui de la middle class. Ils fondent les Doors, pas vraiment A Feast of Friends, mais l’alchimie musicale entre eux fonctionnent parfaitement : au jeune héros la lumière, tandis que dans l’ombre, les trois autres s’activent à élaborer une musique hypnotique propre à accroître le rayonnement de l’éphèbe solaire.
En 1967, l’année du Love Summer, la jeunesse se découvre un nouvel amant : Jim Morrison. Il a 23 ans, une allure folle de poète sexy rock qu’il cultive à souhait, et un ego à faire pâlir Jagger. Bref, tout pour devenir rock star. Incontrôlable sur scène comme à la ville, il multiplie les frasques et les expériences extrêmes sur fond de quête mystique Luciférico-chamaniKKK. Obsédé par William Blake et Huxley, Jim veut « ouvrir les portes de la perception  », chimère qui deviendra un véritable serpent de mer s’enroulant autour de cet arbre un peu creux d’élévation du niveau de conscience et de perception. L’époque s’y prête ! S’il expérimente les drogues hallucinogènes, acides et psychotropes en tous genres, l’héroïne ne le branche pas plus que ça. L’alcool est sa drogue dure.

Le roi Lézard

Se laissant surnommer le roi Lézard, il entretient des rapports ambivalents avec son statut de rock star. Statut qui le gêne aux entournures, panoplie étriquée craquant peu à peu aux coutures comme craquent ses futes de cuir, à mesure que sa silhouette s’épaissit.
Chaman Jim entre en transe, élève sa conscience afin de transmettre son Énergie à ses adeptes ! « Nous sommes des politiciens érotiques  », beugle-t-il, jamais en retard d’une sentence définitive bien sentie. Car les Doors théâtralisent de plus en plus leurs prestations scéniques, cherchent à les transformer en cérémonies mystiques. Hélas, c’est bien cette imagerie empesée, ce fourre-tout Chaman-loo qu’a retenu Oliver Stone dans le biopic roboratif qui exalta le mythe et relança les ventes d’albums.

Heureusement, il y a le concert du 1ermars 1969 à Miami : sur scène, Morrison, ivre, se met à insulter les flics, les provoque avec un sourire sardonique et brandit (ou ne brandit pas, telle est la question) sa queue. Jeté en taule, il en sort rapidement mais reste interdit de concert dans l’attente du procès… Bref, il redevient un rocker. Au moment même où son image de rock star l’encombre, il semble s’affranchir du carcan spiritualo-mystique balourd, mal assimilé et bourré de trous qu’il a entretenu. En juillet de la même année, il assiste subjugué au retour sur scène d’un Elvis Presley sauvage : vêtu d’une combinaison kimono noir, son magnétisme animal irradie et le replace sur le trône. C’est cette pureté originelle, l’Énergie rock’n’roll infestée de Rythm and Blues, que Jim Morrison traque sur l’album Morrison Hotel (Peace Frog) ou sur LA Woman. Aux antipodes du piètre Soft Parade, dont il avait laissé les commandes à Manzarek, lequel s’était englué dans une préciosité éprouvante. Un naufrage artistique et public cuisant ! Avec ses prétentions mégalo symphoniques, l’album annonçait finalement tout ce qui allait suivre, la direction progressiste que prenait le rock et ses tentations virtuoses à venir (les Who de Tommy, Deep Purple et son philharmonique orchestra…)

« Rock is Dead »

Ayant rompu avec les Doors, seul en studio le soir de son anniversaire, Jim Morrison enregistre ses poésies et hurle « Rock is Dead ». Peut-être pressent-il justement l’impasse qui se profile en ce début seventies pour une musique sur le point d’enfler jusqu’à ce qu’une nouvelle génération, punk, ne fasse exploser la bulle dorée.
En mars 1971, le roi Lézard fatigué jette l’éponge, décrète qu’il en a fini avec le rock. Il veut écrire. Méconnaissable, il s’exile à Paris, rejoint par sa compagne Pamela Courson, junky notoire. La mort déjà ricane. Elle l’attend tapie au fond d’une boîte de SaintMichel, et lui tombe dessus sans coup férir. Heavy Drinker, Morrison n’a pas l’appétence de sa compagne pour la dope mais ce soirlà, il déroge et accepte l’héroïne trop pure d’un Frenchy des beaux quartiers, l’un de ces fils de bonne famille jouant au dealer. Foudroyé par une surdose, son cœur lâche. On le ramène (mort ou encore vivant, le mystère demeure) dans l’appartement qu’il occupe dans le Marais. La mort le fige dans son bain rue Beautreillis, dans une posture de rupture irréversible avec le rock. C’est bien le propre d’une mort prématurée que de fixer les êtres dans l’instant où elle les a surpris, ouvrant sur toutes les conjectures possibles.

Personne ne sortira d’ici vivant, comme le comme le chantait… Hank Williams !

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