15 ans de réduction des risques, tout changer pour que rien ne change ?

écrit par Pierre Chappard, le 02-02-2009 Thème : Edito.

Pour démarrer cette nouvelle année, Asud vous offre un voyage dans le temps : un « best-off » des 15 premiers numéros, couvrant la période de 1992 à 1998.

C’est pendant ces années que la réduction des risques telle qu’on la connait en France s’est pensé et créé. C’est dans cette période qu’une alliance « usagers de drogues-militant de la lutte contre le sida-professionnels de la tox » du nom de « Limiter la casse » s’est scellée pour faire changer la donne et arrêter l’hécatombe du sida.
Dans ce numéro, vous pourrez vous passionner de la mise en place des programmes d’échange de seringues, des boutiques et de la salle de shoot d’Asud Montpellier, vous enthousiasmer de l’avènement de la substitution à la méthadone et au subutex, vous enflammer de la multiplication des Asud et de l’espoir d’une dépénalisation prochaines des drogues. Vous trouverez des cris, des pleurs, de la rage, de l’urgence, de l’espoir. La certitude que l’histoire est en marche et que rien ne sera jamais plus comme avant.

Mais que reste il aujourd’hui de cette vague nommée réduction des risques, qui a opéré son reflux à partir de 98 : Limiter la casse s’est dissout faute de combattant et le nombre d’Asud en France a fondu comme neige au soleil ; le skénan est interdit de substitution et l’héroïne toujours pas médicalisée ; la salle de shoot de Montpellier a disparu et les nouvelles expériences ne se bousculent pas au portillon ; la dépénalisation n’est plus qu’un souvenir et l’état a même renforcé la loi de 70 en créant des stages/punition pour rééduquer les délinquants fumeurs de cannabis ; la stigmatisation et la maltraitance des usagers est toujours aussi forte en particulier dans le système de soins ; il n’y a toujours aucune réduction des risques en prison ; nombre de boutiques se sont transformées en centre sociaux avec option réduction des risques et les avancées comme le programme ERLI (Education au Risques Liés à l’Injection) sont bloquées…La liste est si longue…
Comme si les progrès des années 92-98 n’avait été qu’une aumône pour les morts du sida, un cache-sexe pour la morale des bien-pensants.

Le frein principal au progrès de la RdR aujourd’hui est en effet toujours le même qu’hier : la morale, qui malgré les apparences et les catastrophes, n’a pas changé, elle aussi. Celle qui dans les années 80 a refusé de donner des seringues aux drogués. Celle qui continue sa croisade et qui cherche à éradiquer l’usage de drogue comme on éradique une maladie. Celle qui s’oppose aux résultats scientifiques et aux pratiques de terrain des intervenants du secteur, qui sont quand même bien placés pour élaborer de nouvelles et nécessaires actions.

Devant l’aveuglement des hommes politiques sur les dégâts du VHC/VHB, ces épidémies sourdes et muettes qui font plus de morts que les accidents de voiture, nous avons, usagers de drogues , militants et professionnels, une responsabilité : renouer une alliance et remettre la pensée en mouvement. Ne nous endormons pas sur nos lauriers institutionnelles et profitons au contraire de cette chance pour enfoncer le clou !

Bonne année !

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4 Commentaires

  1. invité

    best of

    oui, un best of c’est une bonne idée, ou plutot ça aurait été une bonne idée si la situation n’etait pas si catastrophique…
    aujourd’hui il y a pas mal de chose à dire, à écrire sur la casse du système de soins, sur la fermeture des hôpitaux de proximité, la mise en place de la nouvelle tarification des actes hospitalier, sur la rdr en panne, sur l’usage de prod psychoactif, sur le manque de revendication actuel des ud….
    alors un best of c’est trés sympa, mais voila, il manque quelque chose…

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  2. estelle

    histoire de la RDR

    Super de retracer par le journal l’histoire de la réduction des risques, espérant juste que les choses soient relatées telles qu’elles se sont réellement passées.
    A la base de la création, de la mise en place de la salle d’injection propre de montepllier, j’ose espérer que des innovations, tout ce qui manque actuellement, l’abrogation de la loi 1970 sur l’usage des drogues… et autres soient enfin mises en place…. et qu’elles puissent y rester.
    J’ose espérer aussi qu’un jour aucun humain de cette planète soit confronté de prés ou de loin à la drogue avec tous les aspects qui lui sont propres,
    J’ose espérer ne plus entendre un(e) seul(e) consommateur de drogues dire qu’il a attrapé le HIV, l’hépatite ou autres maladies,
    J’ose espérer que la presse, ne mentionne plus une seule overdose,
    … Une pensée à tous ceux qui ne sont plus là pour témoigner et qui ont tellement contribué à la réduction des risques.
    Estelle

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  3. Alain CHATEAU

    On est bien d’accord…!

    ça change…D’être OK avec les personnes qui s’expriment, et, derrière leurs propos, je détecte une « lourde amertume » et des… »craintes » quant à un best of….
    Mais sans doute, aurai-je ENCORE mal lu mon n° antispam….ça devient lassant….
    Et vous, qu’avez-vous pris, en termes de VRAIS risques, ceux qui bannissent, clouent le bec,…etc…à toute expression « autre » ?…Je sais: je me répète, mais c’est le propre de la pédagogie, non?
    Alain CHATEAU, alias Complet Brouillé
    PS: Merci à toi, Estelle, de témoigner…AU moins, et malgré les erreurs et les imprudences que nous avons TOUS connus, TU as osé quelque chose de fabuleux sur le terrain! Qui peut en dire autant? Pas moi, en tous cas…! Bises!

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  4. estelle

    Historique de la rdr

    Bonjour

    quelques erreurs à propos des articles du dernier numéro d’asud c’est en 1992 à l’hiver 1992 que s’est déroulé à montpellier le débat « faut-il légaliser les drogues »,
    concernant la salle de shoot elle a été fermée en juillet 1995 et l’association asud montpellier dissoute le 6 octobre 1995.
    En relisant le journal effectivement peu d’avancées dans le domaine de la RDR alors qu’il reste encore à faire…
    Oui j’insiste mais il faudrait vraiment que la loi de 1970 concernant l’usage des drogues soit abrogée… Celle-ci reste en contradiction avec le code de santé publique qui permet d’avoir une seringue sur soi à condition qu’il n’y ait pas de trace de stupéfiants… Dans ces conditions comment pratiquer l’échange de seringues nécessaire à la rdr ? Contrôler des collégiens des lycéens dans le but de trouver des stupéfiants relève vraiment de l’absurdité et surtout est ce nécessaire…
    bien à vous tous estelle

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