Safe, agence tous risques

écrit par Pierre Chappard, le 22-01-2008 Thème : Associations.

Quel dispositif permet aux usagers injecteurs de produits psychoactifs d’avoir des Kit + 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 ? Les distributeurs de seringues (distribox), bien sûr ! Mais qui les installe, les approvisionne, les répare ? L’association Safe, qui développe et entretient ce dispositif en région parisienne, tout en aidant à l’installation de distributeurs dans toute la France. Récit d’une journée passée avec l’équipe pour voir l’envers du décor.

Lundi, 9h30. Chacun s’affaire à préparer la voiture pour la tournée, réparer un distributeur, ou à rentrer les chiffres des Kit + (version d’état du Stéribox®) écoulés la semaine passée. Autour d’un café, graphiques à l’appui, Stéfo, le coordinateur, me montre le nombre des Kit + écoulés. Safe est la structure qui en donne le plus en France : 140 000 en 2006, un chiffre en hausse constante depuis plusieurs années, qui varie selon les mois, avec un pic en été, lorsque tous les Caarrud sont fermés. Car Safe n’arrête jamais son activité, et il n’y a pas un jour de l’année sans que les distribox ne soient remplis, mois d’août et dimanche compris !

10h00. Yves, me presse pour démarrer la tournée en voiture en évitant les embouteillages. Au programme : une quinzaine de distribox à vérifier sur les 30 que compte Paris. Arrivés au premier, Yves prend un sachet d’une centaine de jetons (que l’on glisse dans les distribox en échange des Kit +) et se dirige vers la pharmacie. Que ce soit dans son réseau de pharmaciens, dans les Caarrud parisiens, ou dans les urgences des hôpitaux, Safe en distribue des milliers chaque année. Dans la pharmacie, je ne peux m’empêcher de poser la question qui fâche : « Vous avez des problèmes avec vos clients UD ? » Tout sourire, la pharmacienne me répond : « Vu que je leur rends un service (les jetons), ils sont très gentils avec moi. » Une preuve de plus, si il en fallait, que quand on donne un peu de considération aux UD, ça se passe bien ! Nous repartons remplir le distribox d’en face. Un usager nous interpelle et nous demande un kit et quelques jetons. Quand je lui demande pourquoi pas plus de kits au lieu des jetons, il me répond : « C’est pour les flics, pour ne pas avoir de matos sur moi »… Dans la rue, malgré leur tenue militaire de camouflage, ce sont toujours les UD les plus précaires qui prennent…

Trop fatigué, trop loin…Kit+ StériboxSafe logo crayonné

Quelques distribox plus tard, nous arrivons à la

gare du Nord. À l’heure actuelle, un gros point de fixation dans Paris. Le distributeur/échangeur est vidé tous les jours de ses 100 Kit +. Alors qu’Yves s’occupe de l’échangeur, un UD nous demande du désinfectant pour les mains et des seringues 2 cc pour « shooter le Skenan® ». Pendant qu’Yves, habitué à ces demandes, ouvre le coffre de la voiture et lui donne le matériel, je lui demande s’il connaît des structures de réduction des risques où il pourrait se procurer du matos. « Je connais le 110 les Halles, mais je ne peux pas aller là-bas, je suis trop fatigué et c’est trop loin. » Je comprends que ce distribox est pour lui la seule façon de ne pas réutiliser (échanger ?) ses seringues à l’infini…

Nous finissons notre tournée vers 17h00, après avoir réparé des distribox endommagés, nettoyé des tags, fait le plein de tous les distributeurs… et vu une dizaine d’usagers, pour des kits, des jetons, ou pour tout le matériel qui n’est pas dans le Kit + (Stérifilt®, seringue 2 cc, désinfectant pour les mains…).

Pierre Chappard crayonnéRentré à Safe, je me faufile dans le bureau de Catherine, la directrice, qui me parle du distribox du XVIe qui marche très fort, de celui du XVIIe qui n’existera jamais (merci Mme de Pannafieu), et de tous les problèmes rencontrés pour implanter ou même garder ces distributeurs. Elle est également très fière que certains salariés de Safe soient d’anciens UD, et que cela soit désormais intégré dans la pratique de la maison. Nous refaisons le monde… puis nous nous quittons vers 20h00. Sur le chemin du retour, je me surprends à murmurer la chanson du célèbre feuilleton qui colle si bien à Safe et aux UD que j’ai rencontrés aujourd’hui : « L’agence tous risques, c’est vraiment… la dernière chance… au dernier moment… »

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