La « salle de shoot » d’Asud Montpellier

écrit par Bernard Bertrand, le 10-05-2006 Thème : Injection, Auto-support, Histoire.

En mai 1994,Asud-Montpellier mettait les autorités françaises dans l’embarras avec l’ouverture d’une salle d’injection… de médicaments prescrits par des médecins (Temgésic®, Orténal®, Monscontin®, etc.).
Officiellement inaugurée le 7 octobre 1994 en présence du maire de la ville et de nombreux médecins et pharmaciens
lors d’une réception offerte par Bernard Kouchner, la petite maison de la rue du Pont-des-Lattes aura permis à une vingtaine de personnes de s’injecter à moindre risque.

Située derrière la gare ferroviaire de Montpellier, en face d’une usine à gaz, la «maison d’accueil » affichait sur sa porte d’entrée la liste des pharmaciens de garde. La salle d’injection était une pièce de 10 mètres carrés avec une table, des chaises, un lavabo, des plantes vertes et un conteneur pour les seringues usagées. Aux murs, des affiches de prévention en plusieurs langues, des articles de presse, une affiche de Bob Marley et des étagères où étaient stockés seringues, cuillères, tampons alcoolisés, etc. Un règlement rappelait l’utilisation de la salle : «Casser les aiguilles de seringues après usage et les jeter dans la poubelle prévue à cet effet ; Garder le lieu propre et ne pas y pénétrer à plus de deux. » Pas de consommation d’héroïne ni de cocaïne, mais uniquement de traitements prescrits par des médecins. À l’étage, les bureaux d’Asud avec 5 salariés et des bénévoles.

Le 1er décembre 1994, le préfet de l’Hérault, Charles-Noël Hardy, déclarait que la salle d’injection « n’était pas illégale » car « si la substitution par injection est répréhensible aux yeux du code de la santé… elle ne l’est pas à ceux de la loi». Pour le commissaire de police Parat, «l’association ne troubl[ait] pas l’ordre public» et « nous n’av[i]ons pas constaté d’infraction, il n’y a[vait] donc pas de raison d’intervenir ».
Mais malgré le soutien des médecins, des pharmaciens, d’associations comme Aides, Médecins du monde, Ensemble contre le sida, et du maire, Georges Frêche, qui estimait que « […] cette salle [devait] continue[r] de fonctionner comme premier sas d’accueil de toxicomanes candidats à la substitution», la Direction générale de la santé (DGS) mis fin à la salle d’injection au courant de l’été 1995 (1).

L’auto-évaluation d’Asud-Montpellier chiffre à 594 le nombre de visites à la «maison d’accueil » durant les 3 derniers mois de 1994. 364 injections de Temgésic®, 32 d’Orténal® et 57 de Monscontin® ont été dénombrées pendant cette période dans la salle d’injection propre fréquentée par une vingtaine de personnes
par jour (2).


ERLI – Fabrice Olivet, ASUD – L’expérience de Montpellier par AFRdR

(1) Sources : Revue de presse ASUD National, 1994-1995.
(2) Montaucieux C., La « shootéria » de Montpellier s’impose sans convaincre, Le Journal du Sida, n° 70-71, p. 22, 1995 (février-mars).

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