Rottercam, Balade à Rotterdam

écrit par Ji-Air, le 12-02-1996 Thème : International.

Imaginez une ville où des junkies organisés en syndicat contrôlent prix et qualité de la dope, une ville dans laquelle des policiers aimables (!) pratiquent l’échange de seringues, où un Pasteur humaniste consacre une partie de son église à l’acceuil des toxs, où une Clinique de la Marijuana fournit sur prescription médicale de l’herbe aux malades du sida, etc, etc. Non cette ville stupéfiante ne sort pas de l’imagination poudrée d’un junk trop défoncé, cette ville existe sur la planète terre, elle est bien sûr aux Pays Bas et elle s’appelle ROTTERDAM.

La réputation sulfureuse de « Mecque de la came » qu’ a Rotterdam s’est répandue plus vite qu’une trainée de poudre dans le monde toxico. Si l’on va à Amsterdam pour fumer des pétards, visiter le musée du hash (parfois même celui de Van Gogh) et planer cool aux bords des canaux, pour la came, la vraie, la dure, c’est plutot vers « Rotter » qu’on se tourne. Chaque année des centaines d’accros français, assoiffés de poudre, débarquent comme des sauvages dans les rues de Rotterdam. Et là, le « paradis » devient pour beaucoup un véritable enfer! En 1995, vingt-quatre jeunes français sont morts d’overdose dans les rues de « Rotter », d’autres dizaines ont disjoncté, et certains d’entre eux, errent depuis des années, comme des zombies, à la recherche de quelques florins pour assurer encore un fix.

Autrefois des junkies romantiques allaient se finir sur les sommets de l’Himalaya, aujourd’hui les toxicos épuisés crèvent dans les squatts sordides du quartier de Spangen

Un départ et une arrivée mouvementée

14h 32, gare du Nord, nous nous installons confortablement dans le Thalys à destination d’Amsterdam. Le voyage commence mal: la loco est en panne et il nous faudra changer de train pour finallement partir avec plus d’une heure de retard. Notre flair tox nous fait vite repérer dans notre wagon quelques voyageurs à la mine »fatiguée ». Nos deux voisins font plutôt dans le style dealer (bagouses, chaines et dents en or, regards fuyant, etc.). Ils n’échangeront pas un mot avant de passer Bruxelles, passé cette ville, ils commencèrent à se détendre et nous adresseront même la parole…pour nous proposer un plan! Les deux lascars habitent à Rotterdam et bossent pour un grossiste dont ils nous laissent, « au cas ou », le tel.(nous apprendrons plus tard qu’ils revenaient d’une livraison en banlieue parisienne). En gare d’Anvers, monte un jeune type, look raver, qui se met à sillonner de long en large les wagons… Évidemment, il nous branche. Fred est belge, il bosse pour un dealer hollandais. Son taf consiste à rabattre les éventuels clients avant qu’ils n’arrivent en gare de Rotterdam où la concurrence est rude. Héro à 100 frs le gr, coke à 250, ecsta à 50 et l’hébergement est compris! Malgré notre manque d’intérêt, il nous file – « au cas ou » – le numéro du portable de son boss, sur lequel nous pouvons passer commande en toute tranquillité, celui-ci étant bidouillé et donc inécoutable. Fred nous explique également, toujours « au cas ou », qu’il est préférable à l’avenir de prendre rencart en Belgique pour faire le bizz, car Rotterdam est vraiment trop fliqué. Quelle organisation!
Décidément, voilà un reportage qui commence vraiment fort!
19h et des brouettes, arrivée à la Central Station de Rotterdam, et là, c’est l’enfer qui va commencer…
Nous avons à peine le temps de poser un pied sur le quai que déjà une horde de rabatteurs nous agrippe: « hé mon ami, viens chez moi j’ai de la bonne came », « salut mon frère, suis moi, tu peux même dormir chez moi et je fais des super prix ». Tous parlent parfaitement français, la plupart étant d’origine marocaine et montés à « Rotter » pour s’occuper de la clientèle des dopés français. Ces mecs sont des vraies sangsues, ils nous suivent dans la rue, nous saoulent de belles paroles et il nous faudra sauter précipitement dans un taxi pour enfin les larguer.
Pour ces nazes, un français vient forcément à « Rotter » pour la dope avec des biftons plein les poches…ce qui est d’ailleurs souvent vrai.

Leçon 1 : français = drogué = plein de tunes = gogo à plumer

Le chauffeur de taxi nous a lui aussi immédiatement étiqueté « tox », et quand nous lui demandons de nous trouver un hotel, il nous emmène direct dans un hotel situé… en plein quartier dope. Après quelques hésitations dues à nos tronches de français (donc de drogués), le réceptioniste nous file une chambre.
Ouf, nous voilà enfin tranquilles.

Jamais de répit…

21h. Après une douche réparatrice et un bon demi (de bière), nous repartons à l’aventure dans les rues de cette cité qui n’a pas fini de nous étonner.
Pas de bol, n’ayant plus d’argent hollandais, nous sommes obligés de retourner à cette putain de gare centrale, seul endroit où il est encore possible de changer un peu d’argent.
Les pénibles rabatteurs sont en embuscade autour d’ un lieu très stratégique: le guichet de change. Les malheureux 800 frs que nous changeons sous leurs regards brillants, décuplent leur ardeur! Deux d’entre eux nous ont dans le collimateur, et c’est des coriaces, avec eux même le coup du taxi ne marchera pas: ils ont carrément le culot de s’incruster dans notre voiture! Sentant une embrouille, le chauffeur coupe son moteur et nous demande de sortir. Il ne veut rien savoir, on est français donc pas clairs! Quelques’un de ses collègues viennent immédiatement à la rescousse au cas ou on comprendrait pas assez vite, tout ça sous le regard amusé des deux enfoirés de rabatteurs. La scène se passe juste devant la gare, à une dizaine de mètres d’un car de flics, complétement blasés..

Leçon 2 : français = drogué = emmerdeur = va te faire foutre! (n’attendez aucune aide de personne)

Tout celà commence à devenir extrêmement désagréable et nous décidons d’aller nous détendre au café le plus proche. Les deux embrouilleurs nous y rejoignent, et nous devrons changer de table puis taper une grosse geûlante pour les garder un peu à distance. On pense qu’ils vont se lasser, mais rien à faire, ils nous regardent patiemment dîner, chacun d’entre eux placé en embuscade aux deux sorties du troquet.
Même l’arrivée imminente d’un train en provenance de Paris, avec son lot de pigeons, ne les fait pas bouger. Fatigués de ce jeu stupide, nous décidons alors de joindre l’utile à l’agréable en appellant le numéro de tél. que nous avaient opportunément laissé nos deux dealers de voisins du Thalys. « Allo Khaled, on aimerait te voir, peux tu venir nous retrouver à la brasserie devant la gare? » Sitôt dit, sitôt fait et en moins de deux, Khaled arrive pour nous driver, au grand désespoir des 2 embrouilleurs.
Khaled c’est la pointure au-dessus, et les deux connards se trissent vite fait, bien fait!
Dix minutes plus tard, nous nous retrouvons bien écroulés dans un canapé au domicile de l’associé de Khaled, Bob. Bob deale coke et héro pour des quantités minimum de 50 gr. Il nous explique travailler principalement avec des français – il préfère d’ailleurs être payé en francs plutôt qu’en florins – et assure pouvoir assurer la livraison en France, moyennant un supplément. Très convivial il nous offre un thé à la menthe et dépose sous notre nez un gros (très gros) caillou de coke ainsi qu’un beau sac d’héro: « allez y les gars, faites comme chez vous, goûtez la bonne dope à Bob ». Comme on est poli on se plie à cette coutume locale, et c’est l’esprit bien pétillant que nous entrons dans le vif du sujet: les tarifs. Cent francs le gr d’héro turque et 300 frs la coke. C’est cher pour « Rotter », mais la qualité est là, merci Bob. Nous marchandons un peu histoire d’être crédible dans notre rôle d’acheteur tout en reprenant un bon gros rail de speedball « pour être bien sûr » et promettons de rappeller demain pour conclure le deal. Tchao Bob et merci pour tout!

Leçon 3: pour consommer à l’oeil, faites vous passer pour des dealers et testez…

Une église pas ordinaire.

Après une bonne nuit réparatrice, nous repartons àu turbin, direction la fameuse église St Paulus., temple des paumés. Peu avant d’y arriver, nous sommes abordés par un petit jeune bien abîmé, et tiens, comme par hasard il est français. Daniel est toxico – ça se voit – et fait la manche pour se payer son billet de retour. Son baratin est bien huilé et son regard de chien battu implore un peu de compassion, de préférence en espèces. Tout en lui donnant un billet de 25 florins, nous lui expliquons le but de notre présence ici et qu’il est inutile qu’il se fatigue à nous pipoter. Le bifton lui redonne une pêche d’enfer et il se rappelle soudainement qu’il se moque bien de rentrer en France. Très reconnaissant, il accepte de prendre rencart avec nous pour une interview et propose même de nous guider dans la jungle de “ rotter ”….Mais pour l’instant, il est très pressé car il doit aller transformer son billet en fix. A bientôt Daniel!
A priori rien ne distingue l’église Saint-Paulus d’une autre église, si ce n’est quelques écroulés trainant aux alentours. L’entrée est filtrée par une bénévole et il faut montrer patte blanche pour pénétrer dans ce lieu étonnant. Dans la nef, une place est occupée par des familles de sans papiers qui y vivent en attendant leur régularisation, le sous-sol est lui réservé aux junkies. La consommation de drogues dures est autorisée et même réglementée en ces lieux: une pièce sert de « shooting room », une autre est réservée aux fumeurs de dope. Du personnel médical veille au grain et une infirmière propose chaque semaine aux junkies un cours sur l’art du shoot propre. Trois dealers autorisés tiennent commerce dans ce vaste sous-sol. Aucune autre personne ne peut vendre sans se faire virer illico. Ces dealers sont réputés pour vendre à un bon prix de la bonne qualité et s’il faillaient à leurs devoirs, ils perdraient immédiatement leur place. Ils ne vendent que des petits paquets (héro et coke) entre 30 et 50 francs. Il leur est interdit de vendre plus de 3 fois par jour à une même personne, de fourguer de la cocaïne après 16h (pour éviter les délires la nuit), et de dealer hors de l’église. De plus chacun d’entre eux est tenu de respecter des horaires précis. Aujourd’hui c’est jeudi et le jeudi en Hollande c’est « le jour du social », c’est à dire l’équivalent de notre RMI, mais là c’est toutes les semaines 1000 frs, alors bien qu’il soit à peine 10h du matin il y a affluence autour des dealers tous les trois présents pour ne rien perdre de cette manne si sociale. Les choses se passent dans le calme, chacun concentré sur ses petites affaires. Aucune agressivité, ici il y a des règles claires qu’il faut respecter. La tolérance oui, le boxon non, et celui qui l’oublierait se verrait vite rappeller à l’ordre par un membre de l’équipe ou par un junk. Il faut préciser qu’il n’est pas si facile d’accéder à ce « coffe tox »: la demande est telle, que seuls les résidents rotterdamois peuvent obtenir une carte qui leur en ouvrira les portes. Daniel, le français que nous avons rencontré peu avant, a du attendre plusieurs mois avant d’obtenir ce sésame tant convoité. Mais l’organisation de la consommation de dopes n’est heureusement pas le seul service proposé par le pasteur Visser et son équipe de 200 bénévoles et 15 permanents.
A l’église St Paulus, vous pouvez manger un repas complet pour 5 francs, boire un café, jouer aux échecs, au ping-pong ou au baby-foot, lire les journeaux, peindre, consulter un médecin, prendre conseil auprès d’une assistante sociale, etc, etc. Un lieu comme on en a tant besoin en France… L’église aide aussi de nombreux français en galère à organiser leur retour dans des conditions correctes.

Leçon 4: mieux vaut être un junkie dans une église hollandaise qu’un “ sans-papiers ” dans une église française….

Vive la police!

Encore tout étonnés par tant de pragmatisme, notre guide, Lydia, décide de nous achever en nous enmenant visiter …le commissariat central de Rotterdam à deux pas d’ici. Un simple coup de fil pour prévenir les lardus de notre arrivée et nous voilà parti, avec quand même une petite appréhension bien française qui semble beaucoup amuser cette chère Lydia: « le drogué est un être humain, le policier aussi » nous dit-elle, « la police est au service de la population, et n’importe quel citoyen a le droit d’aller voir comment est utilisé l’argent de ses impôts ». On a décidement la désagréable impression de venir d’un pays habités par des barbares arriérés…
Ce qui nous frappe aussitôt en entrant dans ce commissariat, c’est que l’endroit est propre et moderne. Rien à voir avec les sinistres postes de police parisiens. Lydia nous présente comme ce que nous sommes, des usagers de drogues français syndiqués comme il y’en a tant en Hollande. L’acceuil est chalheureux, et nous nous baladons un peu partout, prenant des photos, posant 10 000 questions. Nous essayons d’imaginer la situation inverse, nous, essayant de faire visiter la brigade des stups à nos homologues hollandais… même si par miracle nous en obtenions l’autorisation, nous aurions trop honte de dévoiler à nos amis tant de saleté, tant de mépris si typiquement français. Les policiers hollandais n’ont aucune hostilité envers les usagers de drogues, seuls ceux qui commettent des délits autre que l’usage risquent une arrestation. On peut même estimer qu’ils sont bienveillant puisqu’il est possible à un tox d’aller se dépanner en shooteuses au commissariat! (essayez donc d’aller demander une pompe dans un commissariat français…) Un médecin de la ville passe chaque matin pour s’assurer du bon état de santé des éventuels toxs en garde à vue, il a avec lui de la méthadone pour ne jamais laisser quelqu’un en manque. Incroyable, non?
Après cette étonnante visite, Lydia nous raccompagne à l’église pour y rencontrer encore un policier, l’inspecteur A.J. Koopmans qui est affecté à la surveillance de la zone de la gare et donc de l’église qui se trouve dans son périmètre. L’inspecteur accepte avec gentillesse de discuter avec nous, en exclusivité pour Asud-Journal.
AJ Koopmans nous explique que son rôle est plus « diplomatique » que répressif. Sa mission est de veiller à ce que tout ce passe bien dans l’église et non d’y pourchasser les 3 dealers. Par contre il veille à ce qu’ils n’exercent pas leurs talents dans la rue, dans le cas contraire ils seraient arrêtés. Petite hypocrisie, quand l’inspecteur se promène au sous-sol, les transactions de dope stoppent, officiellement il ne se passe rien.
Son plus gros problème, sont les « narcos touristes » principalement les français.
Les français arrivent à Rotterdam avec beaucoup d’argent, ne respectent pas les règles en vigueur et terminent souvent à la rue, sans un rond et en sale état.
La police surveille les arrivées des trains en provenance de France et les français qui arrivent pour le bizness de dope sont vite repérés et pris en filature jusqu’à l’achat de came pour être interpellé et expulsé. Ce dispositif fait partie du fameux plan Victor en collaboration avec les polices belges et françaises. Un bus fait la navette entre la prison et la frontière deux fois par semaine pour ramener les imprudents, mais l’inspecteur concède qu’il arrive que l’expulsé revienne plus vite en ville que la navette! Avec la police d’Anvers, ils contrôlent en moyenne une dizaine de toxs dans chaque train qui rentre sur la France. Leur flair est bon, car 9 fois sur 10 le contrôle s’avère positif. A notre question quel message a-t il pour les usagers français, il répondra sans une hésitation: « restez chez vous!. La tolérance hollandaise n’est plus ce qu’elle était et vous n’êtes pas les bienvenus. Vous risquez de tout perdre en venant chez nous ». Nous terminons en évoquant les prises de position de notre président Chirac elles ne susciteront chez lui mépris. Il estime que Chirac ne sait pas de quoi il parle et qu’il serait mieux inspiré de s’occuper sérieusement de ses toxicos. Malgrès les déclarations guerrières de Chirac, l’heure est à la collaboration, et l’ancien patron de la police de Rotterdam vient d’être nommé en France pour améliorer les liaisons avec Paris. Le pauvre bougre va avoir un sacré boulôt!

Leçon 5 : un policier est aussi un être humain (particulièrement aux Pays-Bas)

Un syndicat pour les junkies

Le Rotterdam Junkie Bund (RJB) est une des plus anciennes associations d’usagers de drogues dans le monde. Ces pionniers ont d’ailleurs inspiré la création de nombreux groupes comme Asud. Dès la fin des séventies, bien avant l’irruption du sida, le R.J.B. a imposé aux autorités sanitaires la distribution gratuite de seringues. La municipalité subventionne cette organisation, ce qui ne l’empêche pas de lui faire des procès quand les droits des usagers lui semblent menacés. Aujourd’hui un petit bout de femme énergique d’une quarantaine d’années, Nora Storm, dirige avec passion le RJB. Lobbying, soutien aux usagers, et contrôle des maisons de deal représentent l’essentiel de ses activités. En accord avec la mairie, Nora Storm a aussi monté « Topscore », une sorte d’agence d’intérim pour junkies . Il s’agit surtout de petits boulots comme l’entretien des rues, mais ces emplois, tout comme la vente du journal de rue « ….. » ont considérablement amélioré la condition des junkies dans la ville et donc les relations avec la population. L’activité la plus spectaculaire reste le contrôle des « deal houses ». Les membres du syndicat vérifient que la dope qui y est vendue soit de bonne qualité, à des prix corrects, que les règles sanitaires de base soient respectées, et que les clients sont « convenablement » traités. Les maisons de deal reconnues par le RJB ont un macaron à l’entrée certifiant la bonne tenue de la baraque. La police tolère ces maisons de deal et travaille même en lien avec le RJB: dans le cas ou ils passerait des trucs craignos dans une de ces maisons, le RJB alerte les flics qui y font une descente et ferment la boutique. Cette methode est, d’après les policiers, les junkies, les intervenants et les riverains, très efficace pour diminuer les nuisances, garder le contact avec les toxs et surveiller le bizness. Prochain objectif du RJB, imposer une « shooting room » dans une maison utilisée pour la prostitution.

Leçon 6 : osons!

Débits de cannabis

Après toutes ces émotions, nous partons tester au Sensi Caffé la fameuse herbe hollandaise. Au menu du jour, hachisch népalais, manalais, afghan, libanais ou marocain plus tout un tas de variètés d’herbes locales. Notre choix se porte sur la « Chronics » et pour moins de 50 frs, nous en achetons un petit sachet particulièrement odorant. Cette herbe est de pure dynamite, et nous peinerons à retrouver le chemin de notre hotel. En Hollande la consommation de marijuana est vraiment bien intégrée dans la société et aucun parti politique – a l’exception du FN local- ne s’aventure a remettre en cause la tolérance à ce sujet. Il nous suffit de nous poster à la sortie du débit de beû Sensi pour constater à quel point la fumette s’est démocratisée: ça va du rasta, à la bourgeoise en mercédès en passant par l’étudiant en vélo. Les hollandais s’arrêtent acheter leurs joints comme, ils achètent un paquet de clopes. Avis aux français, l’herbe hollandaise est extrêmemente puissant alors allez-y mollo.
Les qualités médicales du cannabis sont également bien exploitées à Rotterdam. En 1993, l’Institut Medical de la Marijuana ouvrait ses portes sous l’impulsion de James Burton citoyen américain persécuté dans son pays pour avoir soigné son glaucôme avec de la marijuana. Un autre organisation, « Maripharm », travaille à produire une herbe clean pour les malades. Plus problèmatique est l’augmentation de la consommation parmi les jeunes d’ecstasy et de LSD. Ces drogues fabriquées dans des labos de fortune par des apprentis chimistes peu scrupuleux, sont souvent mal dosées et coupées avec n’importe quoi. Pour limiter les « bads trips », une assistance médicale est présente lors des raves et les gobeurs peuvent faire tester sur place leurs pills, histoire de savoir réellement ce qu’ils prennent. Le système semble efficace, aucun décès lié à l’ecstasy n’a été enregistré à Rotterdam.

Leçon 7 : 1 joint ça va, 2 joints ça dégage !

Daniel, tox français à « Rotter »

Quand nous avons rencontré Daniel, le premier truc qui nous a frappé, c’était sa gueule presque aussi ravagé que ses fringues. Pourtant Daniel n’a que 26 ans, mais vit ou plutot survit, dans les rues de Rotterdam depuis plus de 4 ans. Pourquoi a-t-il débarqué un jour ici pour ne plus en décoller, Daniel ne sait plus trop bien…enfin ici la came n’est pas chère et les toxicos sont à peu prés bien traités et en plus quand on est condamné comme Daniel à la prison en France, on est pas préssé de rentrer ! Pourtant la vie est dure à RotterCame, et pour assurer son gramme quotidien, Daniel fait la manche aux alentours de la gare, à la recherche de touristes français à qui il pourra faire ses yeux de cocker triste pour obtenir quelques florins destinés à un improbable retour. En Hollande, faire la manche est interdit et Daniel se fait souvent ramasser par les flics qui ne lui font pas de cadeaux, et les amendes pleuvent, avec parfois en primes quelques coup de pieds… Les amendes impayées lui ont déja valuun mois de taule et trois expulsions… suivies d’un retour immédiat. Heureusement pour Daniel, l’église St Paulus lui permet de manger un peu, de dormir au chaud et de garder le contact avec la réalité. Daniel regrette la fermeture du parc « Perron-Nul » et du quai « Zéro » ou la came se vendait et se consommer sans problèmes. Effectivement, la municipalité a depuis deux ans considérablement durci sa politique et les toxicos se sont dispersés dans les rues de la ville, génralement dans des squatts glauques, à l’abri des regards. La population etait excédé des nuisances générées par les narco-touristes qui erraient jour et nuit, défoncés à mort (la rue Binnenweg avait été rebaptisé « ghost avenue », c’est à dire la rue des fantomes). Malgré tout, Daniel estime les hollandais plus cool que les français et apprécie leur approche trés humaine des toxicos. Nous avons beau expliquer à Daniel qu’en France la politique des drogues évolue favorablement, l’idée du retour ne l’emballe pas trop. La méthadone ne l’interesse absolument pas, pour lui une dope ça s’injecte et ça défonce sinon aucun interet. Daniel semble avoir le profil type du mec concerné par la distribution médical d’héroïne, une ditribution qui vient de commencer ici dans la plus grande discretion et à laquelle il n’a aucune chance d’accéder.

Retour à la casba

Bilan de cette visite, une forte impression de rentrer dans un pays qui persiste à vivre au « moyen-age », quand d’autres expérimentent avec plus (ou moins) de succès des nouvelles pratiques.
Il y a à Rotterdam 2500 junkies recensés (mais dans la réalité sans doute près de 4000) pour 700 000 habitants, c’est à dire moins que dans la ville de Nice. La moitié d’entre eux suivent un programme méthadone et 12% sont séropositifs au VIH. Cela veut dire que dans une ville tolérante, où les dopes sont peu chères et facilement accessible, la toxicomanie est moins importante qu’en FRance ou la répression reste la priorité. Reste le problème du narco-tourisme et du trafic qui mine l’audacieuse et généreuse politique hollandaise.
Tant que seul un petit pays en Europe pratiquera une politique tolérante des drogues, celui-ci se verra évidemment envahir par des hordes de junkies, persécutés chez eux.
Rotterdam n’est surement pas un paradis pour junkies, encore moins un enfer, mais simplement une ville où les usagers de drogues sont considérés comme des êtres humains à part entière.

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1 Commentaire

  1. François Cossin

    A quand les SniffsShop de Rotterdam?

    Mais surtout, vivement que la législation Française, évolue avec son époque°°°

    Des psychotropes propres et bien distribués, une vie plus agréable pour les tox, la disparition du marché noir, l’arrêt de poursuites inutiles°°°

    Ma fille toujours en vie, car elle n’aurai pas eu à prendre en surdose des médicaments inutiles, pour calmer son manque.

    Ma La, je t’aime intensément, à chaque instant tu es avec moi, je ressent ta présence, et je sais que jamais tu ne me quittes. Tu es mon ange gardien, jusqu’au jour où nous nous retrouverons, et que je pourrai te serrer si fort dans mes bras, comme je le faisais si tendrement jusqu’au 10/10/2010, alors que tu n’avais encore que 20 ans.
    Ma Léa, je t’aime et je t’aimerai toujours.

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