Éditorial N°3

écrit par ASUD, le 20-01-1993 Thème : Politique, Edito, VIH / SIDA.

Par les temps qui courent, les usagers de drogue ne savent plus que penser. D’un côté, on nous souffle le chaud et de l’autre, le froid. Entre Kouchner – La Tendresse qui promet Méthadone et échange de seringues à gogo et Broussard – Père fouettard qui fulmine contre les toxicos de base et nous menace de répression tous azimuts, qui croirons-nous ?

Et, ce ne sont pas ces Messieurs du Gouvernement, Ministre de la Santé et Ministre de l’Intérieur, déclarant à l’unisson – et contre toute évidence ! qu’il n’y a pas de contradiction entre leurs politiques qui risquent d’éclairer notre lanterne : D’un côté, on déclare vouloir privilégier la prévention du SIDA et de l’autre, l’empêcher – car c’est carrément à cela que revient en fin de compte la politique de “guerre totale à la drogue” Essayez d’y comprendre quelque chose !

Mais malheureusement, les UD ont autre chose à faire de leur temps que le gaspiller à analyser les subtilités de ce casse-tête chinois version franchouillarde. Ils ont à vivre, à survivre. Face au SIDA, face à la répression, face à la misère physique et morale – c’est une question d’urgence…

Il ne s’agit plus, face aux discours contradictoires des uns et des autres, de se livrer à des décryptages byzantins des déclarations gouvernementales pour faire la part des intentions sincères et des concessions électoralistes, l’heure est à l’action.

Et l’action, pour le groupe ASUD, cela veut dire lutter pied à pied, au jour le jour, contre l’extension galopante de la contamination VIH dans nos rangs.

Cela veut dire aussi être ouvert à tous les partenariats, à toutes les initiatives – associatives, professionnelles, politiques (et peu importe qu’elles viennent de la gauche, de la droite ou du centre… N’est-ce pas Madame Barzach ?) – à toutes les expérimentations, en France et dans le monde, partout où il s’agit de nous empêcher de crever !

Pour cela, nous avons un instrument : le journal. Un journal où les UD trouveront bien sûr, comme dans nos deux premiers numéros, le maximum d’infos techniques, pratiques, de bonnes adresses et de nouvelles du front de notre lutte quotidienne contre le SIDA. Et aussi contre tout ce qui menace la vie, l’intégrité et la dignité humaine des UD. Informer, témoigner, mais aussi prendre position dans tous les débats de société qui nous concernent…

Comme aujourd’hui, sur la question (par exemple) des produits de substitution. Un terrain où, en réaction à la lamentable affaire du Temgésic.

Une remise en question que les progrès de l’épidémie du VIH rend chaque jour plus inéluctable. Aussi, nous ne l’éluderons pas, et tant pis pour l’hypocrisie d’État, tant pis pour ceux qui préfèrent se voiler la face et réaffirmer les grands principes de la Prohibition en feignant d’ignorer l’hécatombe quotidienne de ces parias qui sont pourtant leurs fils, leurs frères, leurs concitoyens…

C’est dans cet esprit de refus des tabous, d’ouverture à tous les questionnements, à toutes les possibilités de mieux-vivre pour les usagers de drogues que certains d’entre-nous se sont rendus à Montpellier pour participer à une semaine de réflexion sur la légalisation des drogues. Un débat juridique, politique et qui, en tant que tel, n’est pas à proprement parler le nôtre dans la mesure où ce qui nous préoccupe, c’est avant tout le vécu, la réalité quotidienne de la lutte contre le SIDA, contre le désespoir, en un mot contre tout ce qui, au jour le jour, ici et maintenant, nous pourrit l’existence. Mais un débat pourtant, dont nous ne devions, dont nous ne pouvions pas être absents. Nous en retranscrivons ici les points forts – à chacun de juger et, à défaut de trancher et de prendre position, de s’offrir au moins le luxe de la réflexion…

Mais s’agit-il vraiment d’un luxe ? Oui, si, comme le prétendent certains, nous ne sommes qu’un troupeau irresponsable de victimes et de délinquants, trop heureux de se voir octroyer le droit de survivre. Non, si nous arrivons enfin, malgré la répression, malgré les menaces de M. Quilès et les anathèmes de Papy Broussard, à nous considérer enfin comme une communauté, comme une minorité consciente, responsable et agissante au sein de la grande communauté des citoyens, prenant en main ses droits et son identité.

Son identité, c’est à dire aussi sa culture, qui, pas plus que la réflexion, ne constitue un luxe à nos yeux, ni n’entre en contradiction avec la priorité absolue que la situation nous oblige à donner à la prévention du SIDA. Car si la prévention du VIH, c’est d’abord, c’est avant tout, une question de seringues propres, ce n’est pas seulement cela, c’est également un état d’esprit, un mode de vie, c’est une volonté de sortir de la marginalité et d’assumer sa liberté…

C’est ce que nous, membres du Groupe ASUD, pouvons vous souhaiter de mieux pour cette année 1993…

Avec tous nos vœux

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